Résumé du précédent chapitre: malgré le léger recul de la peste, préparer Noël ne s'est pas fait sans encombre. Après avoir manqué de mourir étouffé dans une tempête, Drago Malefoy et Hermione Granger se sont occupés de décorer leur salle, et y ont réussi après moult négociations. De son côté, Harry essuie plus ou moins bien le refus de Ginny de passer Noël avec lui parce qu'elle a «déjà quelqu'un». Mais qui est donc le mystérieux rival du Survivant?
Parole de l'auteur: Au début, ce chapitre-là devait pas exister: je l'avais relié au précédent, mais je manquais de temps devant moi, j'ai préféré séparer les parties, ça m'a permis de mieux respirer au niveau timing. Bon, j'arrête mon bla-bla inutile pour passer aux choses sérieuses.
Remerciements chaleureux à:
Opus: merci de ta review, merci d'être là, tout simplement. Ce chapitre-là aussi est plutôt calme. Juste ce qu'il faut pour leur permettre de reprendre leur souffle pour les épreuves qui vont suivre. D'ici deux chapitres, grand maximum, certaines choses vont bouger. Mais tu auras le temps d'en découvrir plus au fil des prochains chapitre. Bisous et bonne lecture!
Emma: merci de ta review. Je suis contente que ma fic te plaise et j'espère que la suite ne te décevra pas. B!zz et bonne lecture.
Lei'lor: merci pour tes encouragements et pour tes compliments, je suis contente que ma fic t'ait plu, j'espère que la suite ne te décevra pas. Bonne lecture et à la prochaine.
Oceane: coucou, merci de tes encouragements, j'espère que le suite te plaira tout autant que le reste. Bisous.
Elianor: voilà, voilà! La suite est en ligne, bonne lecture!
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Première partie: Drago Malefoy
Chapitre 11: Noël ou la magie qu'on ne voit pas
Magie: «C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.» Le Petit Prince
«…Ça me fait mal de te voir comme ça…ça me fait du bien: ça prouve au moins que j'ai été heureuse…»
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Le soir du vingt-quatre décembre, Ginny Weasley se dirigea vers la tour d'astronomie, là où son petit ami lui avait donné rendez-vous. Ce jour-là était spécial pour tous les deux car c'était le premier Noël qu'ils passeraient ensemble. Émue, la jeune amoureuse se rappela leur première rencontre, leurs débuts plutôt chaotiques et leur premier baiser.
Arrivée en haut, elle sourit quand elle l'aperçut, jeta un coup d'oeil admiratif autour d'elle. Il avait installé des poussières d'étoiles un peu partout et des lampions, des photophores qui projetaient leurs ombres lumineuses sur les murs. Au centre, une petite table, drapée d'une nappe rouge et sur laquelle reposait le couvert, digne d'une tablée de seigneurs. Les chaises, légèrement décalées, semblaient tendre leurs bras vers les deux amoureux comme une invitation à s'asseoir.
Souriant, Ginny s'avança vers l'homme qui l'attendait, le sien.
«Salut. Tu m'avais promis une surprise, mais je crois que c'est raté.
Fronçant les sourcils, le garçon attaqua:
-Ah bon? Et comment ça?
-Et bien, dit-elle faussement navrée, ce n'est pas une surprise que tu m'offres, c'est un enchantement!
Retrouvant son sourire radieux, il prit sa petite amie par la taille et lui dit avec humour:
-Alors…dois-je comprendre que tu es déçue?
-Oui, mais il existe peut-être un moyen de te rattraper.
-Dis-moi vite lequel! S'empressa-t-il d'un ton comiquement inquiet.
-Rends cette soirée inoubliable pour nous deux. Alors je serais parfaitement comblée.»
Avec un petit rire, le garçon la couva tendrement du regard et lui baisa le front.
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Ron tenait la main d'une jeune fille, rousse comme lui. Bien que tressaillant de fièvre à coups irréguliers, elle le fixait avec une lucidité presque dérangeante. Elle était encore belle comme une fleur de printemps, fauchée trop tôt avant même d'avoir pu vivre. La fièvre avait creusé son visage au profit de ses larges yeux bleus, lui donnant un aspect bizarrement plus jeune. Elle avait l'air d'une enfant…de l'enfant qu'elle était encore après tout.
«C'est Noël demain, dit-elle, pourquoi n'es-tu pas auprès de tes amis?»
Ses amis? En avait vraiment eu un jour? Parfois, Ron doutait de ses souvenirs. Coupé du reste du monde, hors du temps et toujours face à face avec la mort, le jeune homme se demandait si la vie qu'il avait vécu à l'extérieur dans le passé, n'avait été qu'un rêve, un rêve étrange, sans passion ni couleur, absurde et vide comme le coeur d'un avare. Sans attendre de réponse, la jeune malade enchaîna:
«C'est gentil de rester près de nous jusqu'à la fin comme tu le fais. Beaucoup nous abandonnent bien avant, et toi, tu es là, solide comme un roc.
Ron se justifia maladroitement:
-Oh! Ce n'est rien tu sais…c'est normal. On doit s'entraider.
Elle parut ne pas entendre, resta songeuse, puis elle demanda brusquement:
-Qui es-tu?
Déstabilisé, il parla sans réfléchir:
-Euh…je suis Ronald Wea…
-Je ne t'ai pas demandé ton nom, l'interrompit-elle. Je t'ai demandé qui tu es.
Délirait-elle? Ron ne sut que répondre. Elle reprit:
-Oui, qui es-tu? Je t'ai vu circuler parmi les malades. Je t'ai vu leur parler, leur tenir la main jusqu') la fin et leur sourire pour les rassurer. Qui es-tu donc? Es-tu un de ces êtres invisibles aux yeux des vivants, envoyés pour guider les mourants au moment du trépas sur le chemin de leur mort? Es-tu un ange?
Ron était très pâle. Voilà une chose à laquelle personne ne l'avait jamais associé: un ange? Lui? Il tenta de la calmer:
-Non, mais écoute…
-Je le savais! S'enflamma-t-elle. Les anges ne dévoilent jamais leur nature à personne. Donc tu en un!
-Tais-toi. Tu ne sais pas ce que tu dis. Tu es brûlante et tu trembles des pieds à la tête. Repose-toi maintenant.
Mais elle ne fit que sourire, un lumineux et magnifique sourire d'outre-tombe. Mal-à-l'aise, Ron ajouta pour apaiser la tension qui montait:
-Je resterai près de toi jusqu'à ce que tu t'endormes.
-Tu es bon, murmura-t-elle avec un drôle de regard. C'est si rare.»
Ron ne répliqua pas, son coeur battait très vite. Ils se turent un petit moment. La voyant fermer les yeux et se détendre, il crut qu'elle s'était endormie, amis en s'approchant de son visage, il s'aperçut qu'elle le regardait toujours, une lueur un peu mystique filtrant à travers ses paupières mi-closes. Enfin, elle déclara doucement:
«Je vais te dire un secret, mon secret.
-Chut. Je t'ai dit de te reposer un peu.
-Je n'ai pas sommeil. Et de toutes façons, dans quelques heures, j'aurai toute la mort devant moi pour me reposer. Écoute-moi maintenant! S'il-te-plaît…je suis…»
Elle fut brusquement coupée par une irrépressible quinte de toux qui la souleva de son lit. Affolé, Ron passa aussitôt un bras derrière son dos poisseux de fièvre et la força à se rallonger. La mourante s'accrocha à sa chemise d'une seule main, qu'elle serra de toutes ses forces. Le Griffondor eût basculé avec elle s'il n'avait eut le réflexe de lui saisir son poignet à temps pour l'obliger à la relâcher. Elle se laissa faire, épuisée. Le garçon la gronda:
«Maintenant ça suffit. Tu dors!
-Je t'aime, répondit-elle.
Ron stoppa net ses mouvements, abasourdi. Puis il se reprit:
-Tu n'es pas consciente de ce que tu dis…la peste…
-Je suis au contraire très lucide. Et la peste était exactement ce qu'il me faillait pour en avoir le coeur net. En temps normal, on ne se serait peut-être jamais rencontré. Mais voilà, nous ne sommes pas en temps normal et quand je t'ai vu, j'ai tout de suite su que c'était toi!
-Je…
-Non, ne réponds rien. Je sais bien que c'est inutile car les anges ne peuvent pas aimer, mais moi je ne suis pas un ange et je t'aime plus que tout…à en mourir. Je voulais que tu le saches avant que…»
Elle toussa à nouveau, cracha un peu de sang mais cette fois, elle ne se releva pas, étendue sur le lit, le visage cireux, le regard fixe, un filet rouge coulant de sa bouche. Et Ron sut qu'elle était morte. Choqué, il resta longtemps à la contempler. Ce n'était pas tant l'amour sans espoir qu'elle lui avait voué qui le perturbait: il savait d'expérience que les cas complexes des patients amoureux de leur médecin n'étaient pas rares. Non, ce qui avait son attention était l'étrange affirmation qu'elle lui avait déclarée peu avant son trépas. Hébété, il répéta d'une voix sans timbre…
«Les anges ne peuvent pas aimer.»
…avant de s'apercevoir avec consternation qu'il ne connaissait même pas son nom. Il ne pourrait jamais la retrouver.
Et il ne pourrait jamais l'aimer.
Qui était-il donc?
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Hermione passait une merveilleuse soirée. Après la décoration du sapin, Malefoy et elle s'étaient mis à transfomer la salle-à-manger (sous l'impulsion de la Griffondor bien sûr). Après leur passage, l'endroit était devenu méconnaissable. Tout n'était que profusion de couleur, de chaleur et de lumières.
Ils étaient à table, savourant le foie gras sur leurs toasts grillés. La fille s'était vêtue tout de rouge pour l'occasion et elle pétillait de bonne humeur. Sa gaieté était sans doute contagieuse car elle sentait que le Serpentard était plus détendu, elle l'avait même aperçu sourire.
Drago, quant à lui, avait tout simplement décidé non pas d'accepter mais de…laisser de côté son obsession, sans chercher à la rejeter mais plutôt à gagner du temps. Il se donnait un sursis durant lequel il surveillerait comment évolueraient les choses avant de prendre une décision définitive. Inconsciente des émois du jeune homme, Hermione parlait et souriait toujours; malgré lui, Drago se sentait entraîné par son exubérance et sa joie de vivre.
De son côté, la jeune fille se félicitait en secret de son projet insensé. Sous l'effet de chandelles, Malefoy avait l'air un peu étonné d'un angelot découvrant les splendeurs divines. De plus, il posait des questions sans relâche.
«Pourquoi décore-t-on le sapin à Noël?
-Parce que c'est la tradition.
-La tradition, la tradition…tu n'as que ce mot-là à la bouche. Mais finalement quand on réfléchit bien, au fond, à quoi ça sert de faire tout ça? À rien. Ça n'a aucun sens, c'est absurde!
-Écoute Malefoy, dans le passé, l'hiver était une saison particulièrement rude pour les hommes, expliqua Hermione. Il fait froid et humide, la nature est morte, les animaux ne sortent plus, la neige recouvre tout et il y avait souvent pas grand-chose à manger. Et durant cette période, Noël était une des rares occasions où l'on pouvait se réjouir et faire la fête. Et ce n'était pas…pas seulement pour des questions religieuses. D'ailleurs on a substitué la naissance du Christ à une autre fête plus ancienne, liée au solstice d'hiver: les gens célébraient la nuit la plus longue de l'année.
-Comment tu sais tout ça?
Hermione regarda au loin avec mélancolie et répondit d'un ton rêveur:
-C'est ma mère qui me racontait ces choses.»
Depuis le temps qu'ils vivaient ensemble, Drago avait appris à la connaître et il se sentait un peu jaloux de la relation exclusive que Hermione entretenait avec ses deux parents. Bien qu'elle en parlât peu souvent, le jeune homme sentait bien à travers ses paroles qu'elle les adorait…et que c'était réciproque. Drago songea alors avec amertume à ses parents.
Ce n'était pas que Lucius et Narcissa étaient de mauvais parents. Ils aimaient vraiment leur fils mais jamais ils n'avaient pris le temps de beaucoup s'occuper de lui quand il était petit, pas même pour des choses simples.
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Alors qu'ils attaquaient le pudding caramélisé, Ginny fit soudain remarquer:
«Tu te rends comptes que depuis onze mois qu'on est ensemble, c'est notre premier rendez-vous romantique?
Surpris, le garçon répondit:
-Mais non, pas du tout. Tu sais bien qu'avant, il y a eu…
-Oui bien sûr, coupa-t-elle. Mais en fait, je voulais dire notre premier rendez-vous romantique qui ne foire pas.»
Il éclata de rire en comprenant à quoi elle faisait allusion. Ginny parlait de leur St-Valentin de l'an dernier, marquée du début à la fin, par le sceau de la malchance: entre les restaurants pleins à craquer, les chandelles de mauvaise qualité, le rhume de Ginny et la pluie qui tombait sans relâche, les pauvres amoureux en avaient été réduits à manger dans une pizzéria miteuse du côté moldu. Cerise sur le gâteau: malgré toutes leurs précautions d'agents secrets, ils avaient tout de même réussi à se faire prendre.
La Griffondor se souvenait comme d'un mauvais rêve, de la frayeur abominable qu'elle avait éprouvée ce jour-là. Heureusement, elle avait pu se rendre compte par la suite que Théodore Nott était un garçon digne de confiance.
La voyant perdue dans sa rêverie, il demanda:
«À quoi tu penses?
-À notre St-Valentin de l'année dernière.
Baissant la tête pour dissimuler son sourire, il reprit sa cuillère et soupira:
-Tu te fais du mal inutilement.
-Pas forcément, contra-t-elle. Après tout, c'est à ce moment-là qu'on a su que ça devenait sérieux entre nous…et que ce ne serait pas une fête pourrie qui nous séparerait.»
Le garçon releva la tête mais ne répondit pas. Il la regarda intensément et sourit une deuxième fois, mais avec une lueur étrange dans le fond des yeux. Ginny frémit et sentit qu'il se passait quelque chose…quelque chose de nouveau. Elle bredouilla piteusement:
«Blaise…je…
Il posa aussitôt son index sur sa bouche et murmura avec passion:
-Chut! Allez, viens là.»
Elle se réfugia avec bonheur dans ses bras, ouverts rien que pour elle. Il la berça silencieusement, savourant cette douce présence féminine contre son torse. Au bout d'un moment, elle sentit une main soulever son pull et glisser sournoisement sur son dos. Alors les deux amoureux surent que la soirée ne faisait que commencer pour eux.
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Au loin dans le château, deux garçons fêtaient tristement Noël ensemble, unis dans la douleur de leur cruelle solitude. Installé dans un fauteuil de la la salle commune des Griffondors, Harry broyait du noir depuis la début de la soirée, sous le regard compatissant de Neville Londubat, lui-même souffrant en secret de semblables tourments d'un amour sans issue.
En revanche, plus près des cachots, tandis qu'elle passait la soirée avec ses amies, Pansy se réjouissait intérieurement de l'absence de Drago Malefoy. Avec un peu de chance, sa déesse aurait une influence positive sur son caractère volcanique. À condition bien sûr qu'il eût laissé tomber Annabelle auparavant, mais la Serpentard ne se faisait pas trop de bile pour ça: elle entendait régulièrement la potiche se plaindre des absences répétées de son petit ami. La séparation était donc proche.
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Les deux ennemis se regardaient, assis sur deux poufs l'un en face de l'autre devant le sapin, le dos délicieusement chauffé par la cheminée derrière. Le repas s'était terminé joyeusement, Hermione avait servi du pain d'épices (qu'elle avait cuisiné elle-même) en guise de dessert. La dinde et la bûche étant réservées pour le repas de midi du lendemain.
Hermione regardait Malefoy avec insistance, qui l'ignorait délibérément, et finit par demander:
«Alors Malefoy, j'espère que tu as passé une bonne soirée.
-Oui, ce n'était pas mal, convint-il d'un ton dégagé. Je n'avais jamais mangé de saumon froid cuisiné de cette façon.
-Ah! Le saumon…c'est une recette familiale: ma mère le préparait ainsi chaque année et elle m'a appris à le faire quand j'avais quatorze ans.
-Et qu'est-ce que tu mets dedans*?
-Ça, c'est un secret…un secret de famille que je ne transmettrais qu'à mes enfants si j'en ai.
-Ah. Je vois.
Il y eut un silence, puis elle reprit:
-Alors Malefoy, quelle est ta réponse?
Il feignit la surprise innocente:
-Ma réponse?
-Oui, répondit-elle patiemment. Pour le pari, tu te souviens? Minuit va bientôt sonner. Si tu ne donnes pas ta réponse ou si tu triches, les conséquences seront…désagréables.
Malefoy en était parfaitement conscient. Il resta toutefois silencieux, cherchant sa réponse et les mots qu'il fallait, tandis qu'Hermione l'interrogeait des yeux. Enfin, lorsqu'il releva la tête, elle sentit que quelque chose avait changé en lui. Lorsqu'il parla, elle eut frisson à l'écoute de cette voix masculine, terriblement sensuelle:
«C'est bon. Tu as gagné Granger: j'ai passé…vraiment une très bonne soirée. Je ne pensais pas que tout cela pouvait exister. Et…
Elle retint son souffle…
-…je regrette de ne pas avoir connu ça plus tôt . Donc…
…n'osant y croire.
-…tu as gagné ton pari. Satisfaite?
Elle crut que c'était de l'amertume, et s'empressa de le corriger d'un ton grave:
-Ce qui importe Malefoy, c'est que toi, tu sois plus que satisfait.
Il ne trouva rien à redire. Elle ajouta presque aussitôt:
-D'ailleurs, j'ai quelque chose pour toi.
Elle se leva et farfouilla en-dessous du sapin. Intrigué, il observa son manège sans rien dire. Enfin, elle se releva et lui tendit un petit paquet enveloppé de papier multicolore. Drago lui jeta un regard d'incompréhension.
-Joyeux Noël Malefoy. Prends-le, c'est ton cadeau.
Embarrassé, il protesta:
-Merci, mais je n'ai rien à t'offrir en retour.
-Tant mieux, sourit-elle. Comme ça, ce sera un vrai cadeau.»
Et comme elle le lui tendait toujours, il prit finalement le présent. Retenant tout mouvement d'impatience enfantine, il ouvrit soigneusement le paquet sans déchirer l'emballage. À la fin, il put voir que c'était un livre peu épais et illustré assez curieusement. Il n'y avait pas de résumé. Il y avait juste le titre en lettres cursives: Le Petit Prince. Il demanda alors:
«Qu'est-ce que c'est?
-C'est…une grande leçon sur la vie.
-Et tu l'as lu?
-Oui, et j'ai pensé que cela pourrait te plaire.»
La vérité, c'est qu'elle espérait que la lecture de cette histoire magnifique lui permettrait de prendre conscience de certaines choses. La philosophie était très simple, accessible et optimiste. De plus, Hermione ne connaissait aucune personne qui eût détesté Le Petit Prince. Baissant la tête, Malefoy examina de nouveau le petit livre. Finalement, il lui dit avec un petit sourire:
-Merci Granger. Bon…il est temps maintenant de revenir aux choses sérieuses…et au pari.
-Ah oui, c'est vrai…le pari, dit-elle en écho.
-Et oui. Je suis un homme de parole Granger. Une promesse est une promesse.»
Là-dessus, il se leva, et, sous le regard brûlant de la jeune fille, lentement, il souleva la manche de son bras gauche.
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Voldemort écoutait le rapport de Bellatrix, l'intermédiaire entre l'espion de Poudlard et lui-même. Ce jour-là, la Mangemort était venue avec de fraîches et très intéressantes nouvelles. Lorsqu'elle eut fini de parler, il répéta lentement, comme pour bien assimiler:
«Le jeune Malefoy et la Sang-de-Bourbe Granger…En es-tu bien sûre?
-Le rapport de notre espion ne laisse aucun doute là-dessus.
-Et l'espion lui-même est des plus fiables, acheva-t-il. Je sais tout cela. Ainsi donc, Drago Malefoy s'est écarté du droit, et trahit son propre sang.
-Faut-il que nous nous en occupions pour le ramener à la raison? Demanda-t-elle avec une lueur sadique dans le fond des yeux.
-Non, trancha-t-il abruptement. Ce qui doit se faire, se fera. Laissons les choses poursuivre leur cours. Un jour, cela pourra nous servir.
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Sans rien dire, Malefoy regardait ironiquement la jeune fille qui se tenait devant lui, les yeux clos, les joues rouges et respirant lentement. Il n'avait pas rabaissé la manche sur son bras, attendant la réaction de Hermione Granger. Elle paraissait bouleversée, n'osant apparemment croire ce qu'elle voyait sur son bras…ou plutôt ce qu'elle ne voyait pas. Et comme elle ne pipait, d'un ton moqueur, le Serpentard prit les devants:
«Eh bien quoi Granger? C'est si terrible?
Enfin, elle rouvrit les yeux, mais ne parla toujours pas. Levant les yeux au ciel, Drago reprit:
-Bon, ça y est? Tu as tout vu? Je peux rabaisser ma manche?
D'un ton tremblant, elle tenta:
-Euh…je…o-oui.
-Bon, allez approche, soupira-t-il en secouant la tête.
Et sans lui laisser le temps de protester, il lui saisit la main et la passa sur son bras blanc. Tétanisée, elle ne songea même pas à le repousser. D'un ton grave, il chuchota:
-Là, tu la vois?…tu la sens, l'absence de toute marque?»
Se pinçant les lèvres, elle hocha la tête plusieurs fois. «Comme il a la peau douce», se dit-elle. Elle réprima à ce moment un hochement de tête. Devenait-elle folle? Elle sentait que le rouge lui montait aux joues alors elle n'osa croiser son regard et garda la tête baissée dans ses chaussons. Lui en revanche la regardait sans gêne, amusé par sa timidité de fillette. Chez toute autre femme, il aurait méprisé ces minauderies d'oie blanche. Mais chez elle, cela le rassurait.
Parce qu'il savait qu'il n'y avait pas de calcul dans son attitude.
Et parce qu'enfin il découvrait des failles chez cette fille terriblement forte et intelligente. Des faiblesses qui la rendaient si adorablement humaine.
Peut-être avait-il eu tort après tout?
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Le lendemain, Blaise Zabini se réveilla à l'aube en même temps que le soleil. Fourbu, il contempla l'horizon incandescent, encore recouvert par la masse bleu sombre de la nuit qui enveloppait le ciel. Il n'eut pas à attendre longtemps pour voir un croissant de soleil se dessiner derrière une montagne, le ciel était déjà plus clair, hésitant entre une teinte orangée ou rosée. Blaise se retourna vers sa compagne endormie et fut saisi par le spectacle de sa peau nue et lumineuse, drapée par les seuls rayons du soleil. Ses cheveux se répandaient éparses autour de sa tête comme un écrin rouge sombre sur lequel reposait sa peau nacrée
Nu comme au premier jour, il s'approcha doucement d'elle. Arrivé à sa hauteur, il s'accroupit et lui caressa le dos. Sa main partit de ses rein et remonta lentement le long de sa colonne vertébrale pour arriver à sa nuque, provoquant des frissons chez elle. Heureusement qu'ils avaient pensé à jeter un sortilège pour les isoler du froid sinon, frileuse comme elle était, Ginny serait probablement tombée malade cette nuit. Finalement, réveillée par le contact électrisant de sa main sur son cou, elle ouvrit les yeux. Alors il se sentit soudainement inspiré.
«Ah! J'aime te voir ouvrir lentement les yeux, brillants comme des cristaux de neige sous le soleil de l'aube. Et te voir parée de ta seule chevelure rougie par la passion, glissant lascivement sur tes épaules et ta gorge nues. Ta peau blanche n'est revêtue que par les rayons translucides du soleil. Impudiques qui, au lieu de te voiler, illuminent comme une perle ton éclatante nudité.»
Rougissant, Ginny ne savait que répondre. Elle se redressa pour se mettre en position assise, les genoux repliés et les jambes sur le côté, telle une sirène langoureuse sur un rocher. Le garçon sentit une chaleur familière remonter sourdement en lui. Elle se mordilla la lèvre et lui dit d'un ton enflammé:
«Blaise…embrasse-moi!»
Le visage transformé par la passion, il la prit par la taille et la serra contre lui. En réponse, elle s'accrocha à ses épaules et ferma les les yeux. S'écartant légèrement, il posa ses lèvres en feu sur ces lèvres qui le réclamaient.
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Lorsque Harry se réveilla ce matin-là, il eut du mal à se souvenir pourquoi il se sentait si malheureux, puis la triste veillée de Noël lui revint en mémoire, l'absence de la fille qu'il aimait aussi. Tristement, il se leva. Le dortoir n'était guère rempli que de Neville Longdubat et Dean Thomas. Harry regrettait de ne pas avoir demandé à Hermione de venir avec lui, mais il lui en voulait trop à cause la dispute avec Ron pour lui pardonner. Fatigué, il se leva et s'habilla, sans regarder la petite pile de cadeau au pied de son lit. Là, il avait surtout envie de prendre un peu l'air.
«Où tu vas Harry? Demanda soudain quelqu'un derrière lui.
Harry se retourna pour se retrouver face à un Neville inquiet. Déglutissant, il répondit:
-Je vais juste un peu dehors pour…me changer les idées.
-Ah d'accord. Sois prudent surtout, recommanda-t-il.
-Oui, souffla-t-il en levant les yeux au ciel.
-Et couvre-toi bien, insista-t-il d'une voix de fausset, entrant dans le jeu.
-Oui maman!»
Ils eurent tous les deux un petit sourire, puis Harry sortit de la pièce.
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Le repas de midi du vingt-cinq décembre était plus copieux: dinde, petit pois et bûche de Noël en dessert. Hermione lui avait expliqué que c'était pour éviter qu'ils ne tombent malades. Sa mère en avait toujours fait ainsi: ne pas servir la dinde et le foie gras dans le même repas, vu qu'il s'agissait de plats très copieux. Les elfes avaient eu la gentillesse de leur mettre le couvert en même temps que les plats. Les deux élèves s'étaient mis à table et savouraient en silence la dinde, lorsque Malefoy demanda au débotté:
«Dis-moi Granger, pourquoi tu ne fêtes pas Noël avec tes amis?
Elle pâlit, mais répondit néanmoins sans flancher:
-Je…on s'est disputé alors…chacun se débrouille de son côté en quelque sorte.
-Encore? S'étonna Malefoy.
-Oui, c'est…c'est assez compliqué et…je ne souhaite pas en parler, dit-elle en secouant la tête.
-Comme tu voudras.»
Et le repas se poursuivit dans une ambiance plutôt détendue. La dinde de petite taille fut vite engloutie et la bûche, à peine entamée. À la fin, Hermione débarrassa la table pour aider le travail des elfes, Malefoy, lui ne toucha à rien. Une fois que ce fut fait, chacun voulut vaquer à ses occupation: elle devait ranger sa chambre, et lui avait envie de commencer son livre (par pure curiosité bien entendu!). Comme ils se levaient tous les deux, Drago fit soudain remarquer:
«Hé Granger! Tu as un truc dans les cheveux.
Perplexe, elle se passa les mains dans sa masse bouclée, mais ne trouvait rien.
-Attends, j'arrive.»
Il s'avança et tendit la main dans ses cheveux. D'un seul coup, il attrapa entre l'index et le pouce la petite étincelle de fée qui s'était sauvée du sapin pour se coincer dans la crinière ondulée de la Griffondore. Celle-ci, surprise, sentit plus qu'elle ne vit les doigts de Malefoy se faufiler dans ses cheveux pour dégager l'étincelle. Enfin, il la retira complètement mais la garda entre les doigts. Surpris tous les deux par le geste un peu surréaliste de Drago, ils se regardaient, les yeux pleins de questions. Mais aucun d'eux ne se sentit le courage de donner des réponses.
D'une voix un peu taquine, Malefoy rompit le silence:
«Joyeux Noël Granger!»
Déconnectée de la réalité, Hermione s'entendit répondre machinalement et vit Malefoy prendre la direction de la salle-de-bains. Alors elle tourna les talons et se réfugia dans sa chambre. Épuisée, elle se jeta sur son lit en se prenant la tête entre les mains. «Mais qu'est-ce qu'il m'arrive? Gémit-elle. C'est Malefoy, le cauchemar vivant de ma scolarité! Pourquoi? Pourquoi donc suis-je si faible?» Et comme lui au début, elle reniait ses propres sentiments qui commençaient à grandir en elle.
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Deux jours plus tard, Pansy se décida à aller voir Théodore Nott. Après avoir passé des heures à cogiter et à essayer de trouver des réponses à ses questions, elle s'était décidée à s'adresser à quelqu'un…et Théodore était le seul Serpentard capable de l'aider. Il était en ce moment dans la salle commune des Serpentard. Déterminée, elle descendit vers lui et l'appela:
«Théodore, on peut se parler deux minutes?
Étonné, celui-ci releva la tête et répondit:
-Si tu veux, oui.
-En privé, appuya-t-elle.
-Euh…d'accord.»
Elle partit en direction de la bibliothèque, là-bas au moins, personne ne les dérangerait. Une fois arrivés là-bas, ils s'installèrent à une table et Théo demanda:
-Bon, qu'est-ce que tu voulais me dire?
-Je voulais te demander si à ton avis, est-ce le Seigneur des Ténèbres qui a introduit la peste ici?
Il lui jeta un regard perçant, puis répondit:
-Pourquoi cette question?
Elle soupira, exaspérée, puis cingla:
-Très bien je parlerai la première: j'ai la certitude que c'est bien lui qui nous contaminés. Alors?
-Hem!…je pense comme toi. Mais ce n'est qu'une intuition. Je n'ai pas de preuves.
-Et bien…moi j'en ai peut-être une.
Elle sortit une lettre pliée en quatre dans sa poche et la lui tendit.
-Ma mère m'a écrit à Noël, c'est assez déconcertant.
Ma chère Pansy,
Tout d'abord, je te souhaite un Joyeux Noël. J'espère que tu vas bien et tu es très prudente. Souviens-toi, ne t'approche jamais des malades. Sinon tout va bien ici, le Lord aurait, paraît-il, reçu d'excellentes nouvelles de Poudlard qui permettraient l'aboutissement de son projet secret. Mais bon, entre rumeurs, fausses et vraies nouvelles, c'est souvent dur de faire le tri, on ne sait plus trop qui croire. D'ailleurs l'autre jour, une délégation de Mangemorts est venue pour supplier au Lord d'organiser un raid au moins pour sauver leurs enfants. On ne les a plus jamais revus. D'ailleurs comme le dit souvent ton père…
-J'ai coupé la lettre ici, expliqua Pansy. Le reste n'était pas intéressant.
-Effectivement c'est troublant, remarqua Théo. Mais tu crois que ta mère est dupe?
La jeune fille haussa les épaules et répondit d'un ton condescendant:
-Ma mère n'a jamais été très futée tu sais. Mon père la trompe allégrement, presque devant elle.
-Oh, fit-il un peu gêné.
-Bref, coupa-t-elle, pour en revenir à notre affaire. Ce que je me suis demandé d'abord, c'est quelles sont ces fameuses nouvelles réjouissantes, et surtout qui les a transmises?
-Quelle est ton hypothèse? Demanda-t-il d'un ton indifférent.
-Je crois qu'il y a un espion à Poudlard, déclara-t-elle.
-Et que pourrait-il espionner?
-Des choses apparemment capables de mettre le Seigneur des Ténèbres de bonne humeur en tous cas! Dit-elle d'un ton doucereux.
-Écoute Pansy, soupira-t-il. Je ne me suis pas posé la question, donc je ne sais pas encore quoi te répondre à cela, laisse-moi quelques jours et je te dirai ce que j'en pense.
-Okay, accepta-t-elle sans conviction. Et sinon, en parlant d'espionnage, c'est qui la copine de Drago?
-Tu veux dire Anabelle ou…sa future femme?
-Sa future femme bien sûr! Tout ce que je sais: c'est que c'est une fille de moldus.
-Je sais qui c'est, moi, dit-il avec suffisance.
-Et tu ne veux pas me le dire? Demanda-t-elle d'un ton mutin.
-Non, j'ai une autre idée: comme tu es intelligente, nous allons faire un jeu de devinette. Je te donnerai tous les indices qu'il te faudra pour trouver à la fin le nom de sa dulcinée.
-D'accord, je t'écoute.
-Alors, premier indice, il faut te baser sur ses ex.
-Les ex de Drago?
-Oui. Pour deviner le physique d'abord.
-Euh…mais, il en a eu de toute sorte, tu le sais bien!
-Bon, alors ses ex récentes. Depuis le mois de septembre en fait, il a dû en consommer une ou deux. Rappelle-toi de leur physique.
-Et bien, commença-t-elle en faisant fonctionner sa mémoire. Elles étaient brunes, toutes. Et…je sais qu'Anabelle a des cheveux plutôt longs et bouclés.
-Oui.
-Donc c'est une Sang-de-Bourbe aux cheveux bruns, longs et bouclés. Hum…je ne vois rien d'autre.
-Mais si allez, fais un effort.
-Annabelle a les yeux marron, Daphné les avait noirs et…Lucinda aussi. Donc, je pense qu'elle a les yeux sombres.
-Allez, je vais t'aider: ils sont noirs.
-Merci. Voyons ensuite…euh…
-Tu as fait le tour pour le physique, indiqua Théodore. Il ne te manque plus que le caractère.
-Alors, elle doit une personnalité un peu hors normes puisqu'elle compte parmi les rares qui demeurent qui résistent au charme de notre séducteur: il me l'a plus ou moins avoué. Je sais aussi qu'elle n'a pas peur de lui et même qu'elle l'affronte ouvertemement sans baisser les yeux, c'est d'ailleurs ça qui le rend fou. À mon avis, il ne sait tout simplement pas comment s'y prendre pour l'aborder.
-Tu brûles, tu brûles!
-Hmm…au final, ça ne fait pas grand-monde.
-Dernier indice: elle est à Griffondor.
Elle mit peu de temps à faire le lien. Incrédule, elle le regarda et s'exclama:
-Non! Ne me dis pas que c'est…
-Allez! Ricana-t-il. Maintenant que tu connais le nom, vas-y, dis-le!
-C'est Hermione Granger? S'exclama-t-elle l'air abasourdi.
-Dans le mille! On a même fait un pari avec Blaise, tu veux te joindre à nous?»
_.-◊-._.-◊-._.-◊-._
Retour à des chapitres de taille raisonnable. Les choses s'accéléreront enfin dans le prochain chapitre, c'est promis!
