Echec et mat
Lorsque Liza se réveilla, le soleil était déjà haut. Elle n'avait pas conscience d'avoir autant dormi. Elle avait plutôt l'impression qu'elle s'était assoupie quelques minutes auparavant.
Sa fièvre était partiellement tombée, mais elle se sentait toujours faible. Et elle avait mal au dos. Une douleur sourde, mais plus intense que les jours précédents. Elle essaya de se lever, mais ses forces étaient loin d'être revenue, et elle ne dépassa pas la porte. Elle dut s'appuyer sur le montant pour ne pas tomber. Une infirmière se précipita pour l'aider et la remettre au lit. Elle put lui apprendre que ses résultats étaient arrivés, et même s'ils confirmaient bien l'infection, ils montraient qu'elle n'était pas très avancée. Il n'y aurait pas de conséquences si elle suivit la traitement.
Liza fut soulagée et demanda tout de suite quand elle pourrait sortir, ce qui fit rire gentiment l'infirmière. Elle ne tenait même pas debout toute seule et elle ne pensait qu'à rentrer chez elle ! Le médecin passerait la voir en fin de matinée, mais en attendant, il n'était pas question qu'elle bouge de là. On lui apporterait son petit déjeuner, et de quoi faire sa toilette, mais elle devait absolument rester tranquille et se reposer jusqu'à la visite du médecin. Liza soupira, mais se rappelant les conseils de son supérieur préféra obéir. De toute façon, dans cet état, elle ne lui servirait à rien. Sans compter que pour le moment, elle n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait bien faire. Elle se remit au lit sans discuter et se rendormit presque aussitôt. Elle se réveilla facilement quand l'infirmière lui apporta son déjeuner et de quoi faire sa toilette avant son nouvel examen. Elle se sentit beaucoup mieux une fois lavée. Sa fièvre était tombée, et les douleurs semblaient s'estomper un peu.
Le médecin lui prescrit un traitement assez simple, mais la prévint une fois de plus qu'elle risquait de se sentir très fatiguée pendant plusieurs semaines. Elle devait absolument rester tranquille. Elle promit d'être prudente et qu'elle resterait au dispensaire jusqu'à ce que ses amis viennent la chercher. Ensuite, avec un peu de chance, elle pourrait rester chez Arthur pour se remettre, le temps qu'ils terminent l'affaire. Le médecin n'était pas ravi, mais il ne pouvait pas la forcer à rester au lit. Il lui fit quelques recommandations d'usage et la laissa se reposer.
Mustang et Flainkle étaient toujours enfermés dans le bureau. Aucun bruit ne filtrait et Havoc commençait à s'inquiéter. Leur plan ne reposait que sur la bonne volonté d'un homme sans foi ni loi. Même s'ils avaient réussi à l'acculer, il n'allait peut-être pas céder si facilement. Le blond sortit dans la cour pour fumer, profitant de l'occasion pour contrôler les environs. Il avait essayé de s'approcher de la chambre forte, mais il avait toujours été dérangé. Par contre, il avait pu entamer une petite conversation avec le garde à l'entrée. Même si leur rencontre avait mal commencé, une fois informé que son patron connaissait ces gens, il n'avait plus aucune raison d'être désagréable. Il n'était pas avenant, mais il savait être poli. Contrairement à ses collègues, il n'était pas un ancien dissident, il n'était fiché sur aucune liste des militaires. Il n'avait donc pas à avoir peur d'un simple soldat.
Une fois sa cigarette finie, Havoc retourna à son poste à l'intérieur. Mais cette fois, il fut seul et put vraiment explorer les bâtiments. La pièce à la porte métallique n'était pas gardée, seulement fermée à clé. Il crocheta discrètement la serrure, toujours à l'affût du moindre bruit pour ne pas se faire prendre. Il lui fallut s'y reprendre à plusieurs reprises, mais le cadenas finit par céder. Malheureusement, il y avait plusieurs autres verrous, confirmant l'importance de ce que cette pièce devait contenir. Il lui faudrait du temps pour en venir à bout, et il n'était pas sûr d'en avoir.
Dans le bureau, Roy jouait un match serré. Il avait bien sûr proposé à Flainkle de développer une nouvelle affaire à Centrale, mais le marchand ne semblait pas très intéressé. Tous ses alliées locaux pliaient les uns après les autres, et il se retrouverait bientôt seul. Pourtant, il ne paraissait pas inquiet le moins du monde. Tant qu'il lui restait ses appuis principaux, il savait qu'il ne craignait rien.
Il expliqua à Mustang qu'il n'avait pas très envie de s'étendre du coté du centre. L'important pour son commerce, était la proximité de la frontière. Certes, le fait de connaître un homme comme lui pouvait toujours être utile, mais quelque part, il n'arrivait pas à lui faire confiance. Roy avait beau lui promettre la sécurité, Flainkle savait que s'il révélait un peu trop ses sources et son plan, des hommes bien plus hauts qu'un colonel de province en aurait après lui, et ambitieux comme il était, Mustang ne risquerait pas sa carrière pour lui, même s'il payait bien.
Le terrain était glissant pour tous les deux. La conversation s'éternisait, et ils n'aboutissaient à rien. Bientôt Flainkle allait le raccompagner, et il préviendrait certainement ses alliés qu'il avait eu de la visite. Non seulement son affaire avait été mise en pièce par quelques petits malins de l'armée, un peu trop zélés, mais un certain colonel avait particulièrement fouiné. Et ça, c'était très mauvais pour lui. Flainkle savait ce qu'il risquait en avouant s'être fait démasquer, mais d'un autre côté, comme cette affaire avait déjà dégénéré, il valait peut-être mieux en rester là, se taire et faire le dos avant de reprendre dans de meilleures conditions. S'il parlait, il était mort.
Roy n'avait pas grand chose à perdre. Il était déjà dans les petits papiers des hauts gradés corrompus de Centrale, donc il ne craignait plus rien pour sa carrière. Par contre, il connaissait un moyen pour que Flainkle puisse quitter le pays sans encombre. Le problème était de jouer suffisamment finement pour ne pas trop se révéler. Même si cet homme quittait le pays, personne n'était à l'abri d'un retournement de situation. Si Roy se dévoilait trop et lui faisait par de ce qu'il savait sur l'armée, alors il aurait un moyen de pression contre lui et pourrait l'utiliser à tout moment. Il ne pouvait pas prendre ce risque. De plus, il n'était pas utile d'ébruiter les problèmes internes du gouvernement.
Le colonel eut alors une idée, et ne put retenir un sourire. Il y avait peut-être moyen de trouver un compromis.
Flainkle leva un sourcil et écouta sa proposition.
A l'heure du déjeuner, toute l'équipe se retrouva au Quartier Général. L'absence de Mustang et Havoc ne passa pas inaperçue. L'enquête était presque finie. Ils avaient réuni assez de preuves et de témoignages pour arrêter les quelques marchands corrompus, laissant à l'équipe de Centrale le soin de s'occuper des militaires, comme prévu. Ils n'avaient plus qu'à attendre leur accord pour passer à l'action. N'ayant pas de nouvelle depuis la réunion du matin, Léo pensa naïvement qu'ils étaient allés au chevet de leur collègue malade et proposa à Arthur de faire de même.
Arrivés au dispensaire, ils furent surpris de trouver Liza seule. Elle était partiellement habillée, elle s'était refait une queue de cheval et semblait en meilleure forme. Elle avait commencé son traitement et n'avait presque plus de fièvre. Elle prit des nouvelles de l'affaire dès qu'elle eut rassuré ses amis.
Quand Léo lui expliqua qu'ils avaient rassemblé les preuves contre les marchands et fait tout ce qu'il fallait pour clore l'affaire, elle fut soulagée. Mais quand Léo lui apprit qu'il n'avait plus de nouvelles de Mustang et Havoc depuis le matin, elle paniqua. Il lui raconta rapidement le plan qu'ils avaient prévu et elle devint de plus en plus agitée. Quelque chose leur avait forcément échappés.
Il fallait intervenir au plus vite. Liza se leva, enfila sa jupe rapidement et demanda à Arthur de lui trouver une arme. Elle avait toujours son holster à la cuisse, mais avec une jupe aussi longue, il ne lui serait pas très utile. Et le revolver qu'elle avait à l'intérieur n'était bon qu'en cas d'urgence. Elle préférait avoir son pistolet habituel pour ce genre de mission. Léo la regardait, médusé par tel retournement de situation, et demanda ce qui lui prenait. Elle était encore faible et pourtant, elle était déterminée à aller sur le terrain, alors que rien ne l'y forçait.
Elle finit par donner elle aussi sa version de l'histoire. Roy était chez Flainkle, il allait certainement essayé de le faire parler. Mais s'il n'était pas encore revenu, c'était qu'il y avait eu un problème. Et elle ne pouvait rester allongée sur un lit d'hôpital à attendre qu'on lui amène le corps de son supérieur simplement parce qu'elle avait une petite infection et qu'elle était fatiguée.
Arthur soupira mais préféra ne pas discuter. Il la connaissait suffisamment pour savoir combien elle était têtue. Sans compter qu'elle tenait plus à son colonel qu'à n'importe quoi d'autre, donc elle n'allait sûrement pas se laisser convaincre de ne rien tenter. Puisqu'elle était convaincu qu'il fallait agir, alors la seule chose qu'il pouvait faire, c'était l'accompagner et l'aider.
Liza signa une décharge auprès de l'infirmier de garde et fila sans demander son reste. Une fois en voiture avec Arthur et Léo, elle fit un rapide bilan de la situation tout en contrôlant les armes qu'ils avaient en plus à lui prêter. Elle reprit tous les éléments qu'ils avaient et comprit où était la faille dans leurs suppositions. Elle devait prévenir Roy au plus vite.
Ils la déposèrent un peu avant les bureaux de Flainkle et devaient rester en arrière pendant quinze minutes. Si elle ne revenait pas d'ici là, alors il leur faudrait intervenir. Elle leur fit un dernier sourire avant de s'engouffrer dans la rue.
Elle arrivait d'un pas léger devant le garde, le saluant le plus naturellement du monde. Elle avait été présentée la veille au personnel de sécurité et pouvait donc rentrer sans problème. Un vigile l'accompagna tout de même dans le bâtiment, mais elle réussit à s'en débarrasser dès qu'ils se retrouvèrent seuls dans le couloir. Elle trébucha sur marche et se rattrapa en s'appuyant sur lui, le faisant tomber délibérément. Le bruit attira l'attention du garde d'entrée et elle s'excusa platement, proposant de l'aider à accompagner son collègue vers une salle de repos. Bien sûr elle restait penché sur le blessé, exposant au passage son décolleté avantageux qui n'échappa pas à l'œil du garde.
Il la regarda un moment avant de décliner son offre. Il était suffisamment costaud et semblait bien décider à lui montrer qu'il pouvait se débrouiller seul, sans l'intervention d'une petite jeune fille gringalette. Il souleva son partenaire et le traîna tant bien que mal vers leur baraque. Liza sourit intérieurement. Elle venait de libérer le passage pour un bon moment. Elle remonta rapidement, avant que quiconque d'autre ne vienne l'ennuyer et se retrouva face à face avec Havoc devant la prote métallique. Il fut surpris de la trouver là, mais quand il comprit qu'elle l'avait débarrassé des gêneurs, il s'appliqua à nouveau à crocheter les verrous. Comprenant ce qu'il essayait de faire, Liza choisit de surveiller les alentours et de tenir à l'écart les potentiels éléments perturbateurs tout en lui expliquant rapidement la situation.
Elle se plaça en haut de l'escalier, juste au coin du couloir et resta à l'affût du moindre bruit. La tension devenait palpable. Elle n'était pas la seule à s'inquiéter du temps que le colonel passait avec Flainkle. Son personnel de surveillance aussi devait commencer à trouver le temps long. Les allées et venues s'accéléraient. De plus, il avait certainement des rendez-vous de prévus et les clients devaient bien attendre quelque part.
Liza fit signe à Havoc. Il fallait prévenir Léo et Arthur de la situation à l'intérieur. Il ne lui restait qu'un verrou, mais il y avait plus importants. Trouver ceux avec qui Flainkle avaient rendez-vous, les interroger et les faire quitter les lieux. Il devrait profiter de sa pose cigarette pour faire signe aux deux autres et repérer là où pouvaient être les invités. Arthur et Léo se chargeraient d'eux et des gardes, pendant qu'il reviendrait finir de forcer la porte blindée. Liza, elle se chargeait de Flainkle et Mustang.
Elle frappa discrètement à la porte dès qu'Havoc eut quitter le bâtiment. Elle n'attendit pas de réponse et rentra en souriant.
Roy essaya une fois de plus de convaincre son interlocuteur de lui donner les noms de ses alliés et l'avancée de leur projet. Mais le dandy en face de lui ne voulait rien savoir. L'alcool déliait les langues, c'était bien connu. Le colonel se souvint alors des recommandations de son lieutenant et se dit qu'une fois de plus, elle était irremplaçable. Si voulait affaiblir Flainkle, il fallait utiliser ses faiblesse. Liza lui avait dit qu'il pouvait boire, mais face à un habitué comme lui, il ne ferait pas le poids. Il n'avait même pas tenu face à elle ! Mustang proposa alors à son hôte de prendre le temps de réfléchir à toute cette histoire avec un verre.
Ce que bien sûr l'autre accepta. La conversation dévia un peu, le temps que l'alcool fasse effet, avant de revenir aux préoccupations principales du colonel. Flainkle commençait de plus en plus à divaguer. Roy se leva et lui proposait encore un verre. Petit à petit, il regroupait les informations qu'il lui fallait, mais il lui manquait toujours la clé pour dénouer cette affaire. Les contacts avec Aegis. Et comment un espion avait pu se faire retourner si facilement. Quel était l'intérêt de Flainkle dans cette histoire ? Il ne pouvait pas y avoir que l'argent, sinon, il aurait accepter sa première proposition de s'échapper avant qu'on ne l'arrête pour trafic avec une force étrangère. Quelque chose lui échappait. Il resservait son hôte pour la cinquième fois quand il entendit frapper. Il fut relativement étonné, mais n'imaginait pas la suite des évènements. Il pensa simplement que son entrevue s'éternisait un peu trop.
Quand il la vit entrer, tout sourire, avec ses cheveux ébouriffés, sa jupe chiffonnée et son décolleté, son sang ne fit qu'un tour. Elle n'était pas venue sans raison. Il vit dans ses yeux la panique, très vite remplacée par une surprise de composition.
« Gustave ! Je voulais vous faire une surprise, je ne savais que vous aviez de la visite... » Elle sourit encore plus et tendit la main vers le colonel.
« Elizabeth. Vous vous souvenez ? On s'est vu hier soir. » Elle se tourna vers Flainkle, en minaudant. « Je suis navrée de vous déranger, mais je n'avais pas de nouvelle et j'avais peur de vous avoir fâché. Il y a eu du changement et je dois rentrer dès ce soir. Ma famille a besoin de moi. Vous savez ce que c'est, les commerces. On imagine toujours que tout va bien se passer parce qu'on a des clients réguliers, mais en fait... » Elle joignait le geste à la parole en jetant un oeil discrètement du coté de Roy. « D'un coup, on découvre que les plus gros demandeurs ne sont pas ce qu'on croit, et on ne peut plus faire face. »
Elle s'avança de plus en plus vers son prétendant, passant délibérément devant son supérieur. Elle espérait qu'il est saisi le message. Maintenant ce n'était qu'une question de timing.
Flainkle se leva et l'embrassa sur la joue. Il chancelait un peu et Liza comprit ce que Roy avait essayé de faire en voyant la bouteille de scotch bien entamée.
« Ma chère Elizabeth, c'est très gentil à vous d'être venue. Mais je vais devoir vous demander de patienter un petit moment que je termine avec le colonel. » Il la raccompagna vers la porte et elle allait sortir quand il remarqua le silence dans le couloir. Pourquoi n'y avait-il aucun garde ? Et pourquoi avait-elle pu rentrer seule, sans qu'on le prévienne ? Malgré l'alcool qui lui jouait des tours, il comprit rapidement qu'il devait y avoir un problème. Il attrapa Liza un peu plus fermement par le bras et la conduisit au bout du couloir. Elle parlait fort, et lui fit remarquer qu'il lui faisait mal, mais il ne s'en souciait plus. Elle se retourna pour saluer le colonel et vérifier qu'il suivait à bonne distance. Il arrivait devant sa chambre forte, pour voir les verrous et le cadenas au sol. Ses hommes n'étaient nulle part. Il s'était fait piéger, et elle était son seul moyen de sortie. Il appela ses gardes, mais personne ne semblait répondre.
Il l'agrippa et voulut l'emmener avec lui vers l'entrée, mais elle en eut assez de jouer la comédie. Au bas des escaliers, elle se dégagea, révélant sa force et son agilité et dégaina.
Malheureusement le timing n'était pas parfait. Il restait un garde au premier. Liza avait Flainkle en joue et ne pouvait pas bouger. Elle avait beau savoir qu'il pouvait se défendre seule, elle paniqua et cria. Roy se tenait au coin de l'escalier, et réussit à arrêter le garde. Mais l'effet de surprise permit à Flainkle de la désarmée. Elle n'était pas non plus au mieux de sa forme. La situation se renversa. Il tenait Liza contre lui, l'arme posée sur sa tempe. Il n'avait pas imaginé une seule seconde qu'elle fasse partie de l'armée, mais puisque c'était le cas, il n'aurait pas d'état d'âme à la tuer. Elle était d'autant plus précieuse.
Il se dirigea lentement vers la sortie, se cachant derrière sa prisonnière pour l'utiliser comme bouclier.
Comme prévu, Léo et Arthur avaient fait le ménage avec Havoc, et les gardes ainsi que les deux invités de Flainkle attendaient sagement à l'extérieur, pieds et poings liés. Havoc avait pu rejoindre l'intérieur et se cachait pas loin de l'entrée. Ils attendaient simplement de voir arriver Liza et Roy, mais ils n'étaient pas préparés à les voir dans une telle position. Roy sortit rapidement mais il ne voyait pas ce qu'il pouvait faire. Il devait négocier avec Flainkle pour qu'il relâche son lieutenant, seulement il n'avait pas grand chose à proposer.
Liza parla pour lui.
« Vous êtes encerclé, vous n'avez aucune chance. Soyez un homme pour une fois, et assumez ! » Elle sentait ses jambes commencer à mollir, elle ne tiendra pas très longtemps. Elle avait présumé de ses forces, une fois de plus. Elle transpirait, mais pourtant avait froid. La fièvre revenait. D'un instant à l'autre, elle allait s'évanouir. Mais finalement c'était peut-être une bonne chose.
Flainkle commença à ricaner en la sentant trembler.
« Alors, ma chère, vous avez peur, vous ne tenez même plus sur vos jambes. » Il reculait un peu plus, se trouvant en plein milieu de la cour.
« Si vous bougez, colonel, je la tue. » Liza eut un regard désespéré à l'intention de Roy, lui indiquant la présence d'Havoc. Il était trop loin pour pouvoir utiliser l'alchimie, mais son lieutenant pourrait le couvrir. Il s'approcha et Havoc tira, en même que Flainkle. Liza s'effondra dans une marre de sang au dessus de son assaillant.
Tout le monde se précipita vers eux, mais Mustang fut le premier à les rassurer. Elle était brûlante de fièvre, mais pas blessée. Flainkle lui avait une balle dans l'épaule et risquait à tout moment d'y passer. Les renforts arrivaient doucement et les coupables furent progressivement emmenés au Quartier Général pour les dépositions. Flainkle eut droit à un traitement médical et resta à l'infirmerie militaire sous bonne garde.
Assis dans sa chambre, Roy regardait Liza dormir en lui passant une compresse humide dans le dos. Il l'avait raccompagnée pendant qu'Arthur et Léo s'occupaient des derniers interrogatoires. Il se sentait terriblement coupable. Il avait fait une erreur de jugement qui aurait pu coûter la vie à un de ses hommes. Il était tellement convaincu de l'implications de l'armée d'Amestris, qu'il n'avait pas pensé que Flainkle puisse seulement travailler pour Aegis. Il jouait les agents doubles, acceptant l'argent de Raven pour développer ses magouilles, mais ses vrais intérêts étaient avec l'ennemi. Havoc trouva toutes les pièces à convictions qu'il leur fallait dans la chambre forte.
Il l'avait allongée et déshabillée, ne lui laissant que ses sous-vêtements. Il n'avait pas osé les enlever. Encore qu'il est décroché son soutien-gorge pour ne pas le mouiller avec la compresse. Il était content d'être seul, ne voulant partager avec qui que ce soit le spectacle de sa Liza endormie. Même si d'autres l'avaient certainement déjà vue, il voulait croire qu'il était le seul à connaître le secret que renfermait son dos. Il s'approcha et écarta les mèches rebelles sur son front qui l'avaient tellement fait rêvé. Depuis le temps qu'il voulait les pousser… Il sourit devant l'ironie de la situation, sa main restant sur sa joue.
Liza finit par ouvrir les yeux. L'après-midi était déjà bien avancé. Elle fut contente de trouver son colonel à son chevet et lui sourit.
« Vous vous sentez mieux ? »
Elle s'étira et réalisa qu'elle était à moitié nue. Elle rougit un peu et hocha la tête.
« C'est vous qui m'avez… »
Roy rougit également et détourna les yeux.
« Vous étiez brûlante et votre blouse était tachée. Je l'ai mise à trempée dans la salle de bain… »
Elle sourit devant son air gêné et attrapa le drap pour se couvrir avant de se retourner.
« Pas la peine de jouer les effarouchés avec moi, colonel. Vous avez vu assez de femmes nues dans votre vie pour ne plus être mal à l'aise. En plus, vous avez déjà vu le plus intéressant me concernant. » Elle avait un sourire espiègle en disant ça qu'il ne comprit pas. Il leva un sourcil interrogateur auquel elle répondit simplement : « Vous êtes le seul à avoir vu les symboles de mon dos en entier. C'est le plus important, non ? »
Il fut plus que surpris par cette remarque.
« Vous voulez dire que vous étiez vierge avant Ishbal ? »
Liza éclata de rire et lui enfila la chemise qu'elle gardait sous son oreiller, tout en tenant le drap sur sa poitrine.
« Je ne parle pas de ça. Je dis juste que personne d'autre que vous n'a vu ces symboles. Le problème de ma virginité n'a rien à voir la dedans ! »
« C'est pourtant un sujet qui me passionne. » Lui aussi avec un sourire espiègle.
« Ca ne m'étonne pas, remarquez… »
Il s'en suivit un silence bizarre que Roy finit par briser. Il parlait doucement, les yeux rivés sur ses mains, poser sur ses genoux.
« Ce que… je me suis toujours demandé… si j'avais eu une chance… » Il leva lentement le regard vers elle, mais elle lui tournait la tête.
« Je croyais avoir déjà répondu à cette question, monsieur… »
« Vous m'avez mal compris, Liza. Je parlais de l'époque où j'étais chez votre père. Vous étiez… vous êtes toujours très attirante, et je me demandais, si à ce moment-là, j'avais eu le courage de vous part de mes sentiments… »
Elle se retourna soudain et le regarda avec des yeux immenses de surprise.
« Vous voulez dire que je vous plaisais ?! » Elle n'en revenait pas. Comment avait-elle pu passer à coté toutes ces années ?
Roy rougit un peu plus et baissa la tête.
« J'avais tellement peur que vous rejetiez et que votre père ne veuille plus de moi que je n'ai rien oser dire… Mais j'avais un sacré béguin pour vous, oui… »
« Alors pourquoi être parti sans prévenir, alors même que votre formation n'était pas finie ? »
« Et bien… Je vous ai vu dans les bras d'un grand blond, vous riiez avec lui, comme jamais vous ne le faisiez avec moi. Vous sembliez tellement complices. J'ai cru que je n'avais aucune chance… »
Liza se rapprocha de lui et lui prit la main.
« Vous devriez arrêter de croire uniquement ce que vous voyez. Comment vous faites avec les autres ? Vous avez récupéré je ne sais combien des copines de ce pauvre Havoc, vous ne vous souciiez pas qu'elle en regarde un autre ! »
« Mais vous, ça a toujours été différent. »
« Et en quoi, s'il vous plait ? » Elle prit un air défiant qui l'amusa plus qu'autre chose. Mais il répondit sérieusement.
« Si je vous perdais, je ne pourrais pas m'en remettre, les autres n'ont aucune importance. » Ses yeux se plongèrent dans les siens et elle sut qu'il était sincère. Elle frissonna. Jamais elle n'aurait pensé une chose pareille possible. Puis la réalité la rattrapa et elle murmura simplement : « Vous vous rendez compte du temps qu'on a perdu ? »
Roy sourit et s'approcha d'elle, posa la main sous son menton.
« Mais maintenant on peut parfaitement se rattraper. » Et il conclut en posant ses lèvres sur les siennes.
Quand Arthur rentra, il les trouva tous les deux assis sur le lit, enlacés. Il sourit et leur proposa de diner. Liza étant trop fatiguée, il leur monterait un plateau. Il revint moins de dix minutes plus tard, mais ils n'avaient toujours pas bouger. Roy lui murmurait dieu sait quoi et elle souriait, traçant inlassablement des cercles sur sa paume avec ses doigts.
"Alors, je vais enfin avoir droit à mes neveux ?" demanda le blond avec un sourire ravi.
Liza sourit tristement et répondit : "Pour le moment, ca va être dur. Je suis condamnée à l'abstinence pour au moins deux mois..."
Roy éclata de rire et répliqua : "Deux mois, c'est pas la mort... On devrait pouvoir attendre !"
Liza pinca les lèvres manifestement peu convaincue. Elle allait répliquer quand elle vit Léo passer la tête par l'embrasure de la porte.
"Alors, ils se sont enfin décidés ?"
Arthur se retourna et confirma : "Oui, on va les avoir nos petits !"
Léo sourit à Roy et annonça : "Avec votre phyqsique et son intelligence, vous allez nous faire des perles en plus !" Il n'arrivait pas à cacher son amusement devant la mine de deux amoureux. Mais Liza ne se laissa pas démonter et répliqua simplement :
"Et si c'est mon physique et son intelligence ?"
Arthur éclata de rire et conclut simplement : "Ca sera pas mal non plus !" Et il embarqua Léo avec lui pour les laisser seuls.
Liza rougit un peu en regardant Roy. "Je ne disais pas ca parce que je veux des enfants tout de suite... je ..."
Il la coupa d'un baiser. "Liza, je ne crois pas être un homme qui mérite le bonheur d'une vie de famille. Mais si je devais le connaitre un jour, je ne voudrais le connaitre avec personne d'autre que toi."
La blonde se blottit un peu plus contre lui et murmura : "Et je n'ai jamais eu l'envie de construire une famille avec un autre que toi, Roy."
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Ouf !! La fin est un peu cheesy, désolée... C'est bizarre de finir une histoire; A la fois satisfaisant et triste. Bon, comme toujours j'espère que ca vous aura plu (remarquez je vois pas l'intéret dêtre allés jusque là sinon...) et merci d'avoir suivi cette aventure jusqu'au bout. J'ai un peu brusqué la fin, mais j'en avais un peu marre pour être honnete. Mais bon, l'essentiel est dit je crois et j'allais pas encore faire un chapitre supplémentaire pour détailler les amours de jeunesses de Roy et Liza. Ce sera dans une autre histoire. Voila encore merci à tous et à bientot pour d'autres fics !!
