Avec une semaine de retard sur mon programme, voici le chapitre 11 de "Perdu entre deux mondes". Merci pour vos reviews et PM :) N'hésitez pas à en laisser d'autres ! Bonne lecture !

Perdu entre deux mondes

Chapitre 11

Fragments de nuit

Ecrit par Ashbear et Wayward Tempest

Traduit de l'anglais par ChrisVIII

Il regarda au loin dans le désert, la haute structure qui se reflétait dans le clair de lune. Cela faisait bien longtemps qu'il n'était pas allé au mémorial. Bien longtemps qu'il n'était pas allé rendre hommage à la plus grande erreur de sa vie. La perdre. Il se sentait même coupable de ne pas avoir la force d'aller la voir et la regarder en face. Bien qu'on lui ait dit des fois et des fois que c'était sa façon à lui de faire son deuil, il savait qu'il devrait être là-bas pour lui parler, juste au cas où elle pourrait l'entendre. Lui dire combien il était désolé de l'avoir laissé s'approcher de lui, de son cœur, car tout ce qu'il touchait était condamné à se briser.

Squall eut vaguement conscience de la porte que l'on ouvrait derrière lui. Il ne fit aucun signe de reconnaissance, espérant que peut-être, le ou la personne aurait la même idée. Il sentit des yeux posés sur lui et entendit des pas qui se rapprochaient. Apparemment, il espérait trop. La personne s'assit sur un banc près de l'endroit où il se tenait. Un long silence s'ensuivit, les étoiles semblaient partager leur malaise.

" Je ne t'ai pas été d'une grande aide ce soir, hein ?" Plus qu'une question, c'était là une affirmation.

" Je ne t'ai jamais demandé de l'être. C'est pas de ta faute, je suis comme ça." Il se tourna et la regarda. L'alcool commençait à brouiller sa vue mais il était encore capable de voir la tristesse de son visage.

" Je crois que je m'y suis mal prise… J'ai l'impression de n'avoir rien fait d'autre que te regarder souffrir. Quand je dis quelque chose, ce n'est pas ce que je devrais dire et je ne fais qu'empirer les choses. Je t'ai laissé tomber."

Ce n'est pas toi qui as échoué. Il garda cette pensée pour lui et se contenta de nier de la tête. Squall se redressa lentement et se retourna complètement.

Un moment, Elise pensa qu'il allait partir et la laisser là. A sa grande surprise, il se dirigea vers elle et s'assit à l'autre bout du banc, à côté d'elle. Ce geste la laissa sans voix. Tous deux étaient silencieux, ils regardaient danser les couples dans la salle sur-éclairée. Ecoutant leurs rires, voyant les visages familiers, sentant la chaleur de la proximité qu'ils partageaient. Dans la lumière, ils semblaient être issus de conte de fées. Il serait fascinant de voir ensuite la vérité comme les lumières s'éteindraient.

" Il n'est certainement pas du genre à rater une soirée. "

" Qui ? "

" Cid. Il est là-bas avec Edéa." Squall fit un vague geste du menton pour les désigner.

" Oui, c'est en partie pour ça que je suis venue te voir. Il aimerait te voir. Il m'a dit qu'il aimerait te parler à un moment ou un autre dans la soirée. "

" Oh, génial ! Il est peut-être venu me dire qu'Edéa a entraperçu une nouvelle catastrophe que je dois aider à éviter.. Un autre de ses "il n'y a personne d'autre que toi pour le faire, c'est ta destinée " et tout le baratin qui va avec. "

" Je crois qu'il veut simplement te féliciter."

" Si la vie m'a appris une chose, Elise… il n'y a rien qui se rapproche de près ou de loin à la destinée, à ce qui doit arriver. Ce n'est qu'une chose que l'on invente pour que les enfants s'endorment. Tout n'est que chance…la vie, une longue partie de roulette russe." Il maugréait, il commençait à avoir des difficultés à articuler.

" Ok, oublions-le un instant. Je m'inquiète pour toi. Squall, ce n'est pas que je ne veuille pas que tu passes une bonne soirée, que tu boives un ou deux verres. Mais il y a ici des responsables du conseil… ils analysent chacun de tes gestes. Toutes les preuves qu'ils pourraient utiliser contre toi au tribunal."

" Je sais que tu t'inquiètes pour mon poste." L'interrompit-il. " Ne crains rien, tout ira bien. "

Ils laissèrent le sujet de côté. Ils le laissèrent irrésolu, comme de nombreux autres auparavant. Il vit Laguna traverser la pièce pour aller saluer Cid. Ses deux figures paternelles, si on pouvait les appeler ainsi, se trouvaient maintenant dans la même pièce. Son père biologique, qui avait attendu qu'il soit adulte pour lui dire. Et l'homme qu'il avait fini par considérer comme un père, qui lui avait caché tant de choses et avait fini par lui confier la vie de milliers de gens… une surtout.

Il savait bien qu'il devrait retourner à l'intérieur et faire comme si de rien n'était. Il se demanda s'il y avait moyen de fuir par-dessus le balcon pour disparaître sans se faire remarquer. Il se doutait bien que ce serait difficile, il devrait d'abord échapper à la jeune femme assise à ses côtés. Comme si elle avait lu ses pensées, elle enroula son bras autour du sien.

Squall regarda sa main puis ses yeux.

" Même après toutes ces années, je sais que ça doit être difficile pour toi de revenir ici. " Elise caressa sa main pour le rassurer. "Ca fait combien de temps maintenant ?"

Il fixa le sol.

" Ca fera huit ans, en avril. " Il prononça ses mots avec douceur, une douceur que l'on n'imaginerait pas chez lui. Ca faisait si longtemps ? Grâce à tous ses cauchemars, il avait l'impression que c'était hier.

" Tu as pensé à aller la voir ?" Demanda-t-elle lentement, incertaine de sa réaction.

Il resta silencieux et finalement répondit.

" Je voulais. Depuis longtemps… J'ai l'impression de l'avoir abandonnée, encore. Mais c'est si dur… Mon Dieu, c'est dur. "

" Je sais… je sais. Pourtant, ça pourrait t'aider d'y retourner. Je veux dire, peut-être qu'en profitant de notre présence ici. Je pourrais… t'accompagner. Si tu veux de la compagnie. "

Il regarda par-dessus son épaule pour observer à nouveau le grand désert. Peut-être en était-il capable. Jusque-là, il y était toujours allé seul. Personne pour le pousser quand ses pieds refusaient de le porter plus loin. Il était encore plus surpris de son offre. Aller là où résidait la cause de son éloignement, de ses malheurs, toutes ses années durant.

" Tu… tu es sûre… que tu veux le faire ? "

Elise sourit et acquiesça.

" Je serai à tes côtés. "

Après tant d'années… il aurait l'occasion de la revoir. Il pourrait franchir ses barrières qui l'avaient retenu. Soudainement c'était comme si un grand poids lui avait été enlevé, comme si quelqu'un avait pris la culpabilité qui le rongeait.

" Pourquoi … Squall Leonhart… est-ce un sourire que je vois sur ton visage ?" Elise le fixait maintenant d'un air choqué.

Il lui rendit son regard et se sentit rougir comme il rit doucement.

" Peut-être. "

Elle rit aussi.

" Eh bien, il faut appeler la presse ! Laisse-moi trente secondes, je reviens. "

Il la retint alors qu'elle se levait, la ramenant à lui. Elle riait encore plus. Une fois calmée, il lui prit la main et tourna son visage vers le sien.

" Merci." Dit-il avec une sincérité qu'elle n'avait jamais sentie chez lui. Il se pencha vers elle et l'embrassa doucement sur les lèvres avant de la serrer dans ses bras. Etonnée de sa soudaine affection, elle ne dit rien et se contenta de répondre à son étreinte.


Linoa s'approcha lentement de la grande porte donnant sur le balcon. C'était parfait. Il était seul. Et si elle prenait le courage d'aller lui parler ? Bon sang, que lui dirait-elle ? Elle ne savait pas, mais elle se convainquit que les mots viendraient une fois sur place. Peut-être n'aurait-elle même rien à dire.

Du coin de l'œil elle vit une femme à l'autre bout de la salle s'avancer elle aussi vers le balcon. La femme devait être légèrement plus grande qu'elle. Entre 5 et 7 cm. Ses cheveux lui arrivaient aux épaules et étaient retenus par une pince élégante. Une qui allait parfaitement avec sa robe. Elle avait des cheveux d'un brun profond, aux reflets si denses qu'on ne les voyait que si la lumière était parfaitement dessus. Elle était très belle et arborait un air professionnel. La classe que Linoa savait pertinemment ne pas avoir. Et, sans savoir pourquoi, au moment même où Linoa la vit se diriger vers la porte, Linoa sut à qui elle avait affaire.

Toute à son observation, elle lui laissa le temps de passer devant. Maintenant il y avait un problème. Elle ne pouvait pas aller s'immiscer entre eux. Ca serait trop compliqué et puis, Linoa croyait dur comme fer aux " bons moments ". Elle ne gâcherait pas celui-là. Connaissant Squall, il allait certainement la faire fuir très rapidement. Les gens ne quittent une soirée que s'ils veulent rester seuls, non ? Il n'y avait plus qu'à attendre.

Linoa se faufila dans la foule pour trouver un bon angle de vue. Elle était près de la porte quand deux visages très familiers émergèrent du groupe. La peur la figea un instant, il s'agissait de la cause même de ses problèmes. La sorcière Edéa et Cid Kramer. Paniquée, elle se réfugia derrière un pilier et pria qu'aucun des deux ne l'ait vue.

Elle se cacha autour du marbre, ils l'empêchaient maintenant d'observer le balcon. Merde. Ce n'était pas prévu dans le scénario. Mais, encore une fois, les choses ne se passent jamais comme on voudrait qu'elles le fassent. Elle vit Laguna s'avancer vers eux. Reconnaissant soudainement l'extrême difficulté de son entreprise, la jeune femme souhaita ardemment avoir un peu d'aide. Malgré tout, elle resta résolue: elle devait le faire elle-même.

Le temps prit un malin plaisir à ralentir, ils semblaient ne jamais vouloir partir. En vérité, son infini se limita à quelques minutes. Quand ils partirent enfin, elle soupira intérieurement de soulagement et reprit sa place face aux deux personnes derrière la porte. Il n'avait pas bougé, elle était assise sur un banc, discutait. Linoa pouvait dire qu'il ne l'écoutait pas attentivement. Puis, tout d'un coup il se retourna et elle vit son visage pour la première fois. Ses cheveux étaient légèrement plus courts. Son visage un peu plus fin, mais c'était peut-être dû à la lumière. Un moment elle crut qu'il l'avait vu. Son cœur rata un battement et elle le regarda aller s'asseoir près d'elle.

A première vue, la conversation semblait tendue. Ils échangeaient peu de mots et restaient plutôt statiques. Elle se dit qu'ils devaient s'être fâchés. Si c'était le cas cependant, c'était la plus calme et la plus raisonnable des disputes qu'elle n'ait jamais vues. Elle perdit l'espoir de gagner la guerre quand une vague emplit la tranchée adverse. La jeune femme dit quelque chose qui le fit sourire.

Bon sang, elle se souvenait avoir essayé et essayé encore avant… rien qu'un petit sourire. Soudainement Elise se leva et elle le vit la rattraper, la ramener à lui. Ils riaient.

Il a changé. La situation a changé. Tu ne peux pas espérer arriver et inverser le cours des choses pour les faire redevenir ce qu'elles étaient.

Pour une raison inexpliquée, elle eut l'impression que la pièce avait perdu dix degrés en un instant. Elle resserra son étole sur ses épaules dans un réflexe. Squall la rapprocha encore de lui… et l'embrassa.

Mais, est-il heureux maintenant ?

Oui, oui, je crois qu'oui. Linoa, changeons de sujet. Ca ne te fera que du mal.

S'il est heureux… alors c'est tout ce qui compte.

Six mois. Elle l'avait connu six mois. Et maintenant elle voulait s'immiscer entre lui et quelqu'un qu'il connaissait depuis quatre ans. Elle pensait venir ici pour le sauver. Mais de quoi ? De cette magnifique jeune femme qui était avec lui ? Elle aussi avait su voir par-delà les barrières qu'il avait dressées pour se protéger, elle lui avait apporté plus de lumière qu'elle.

Elle l'avait fait sourire…

" Mon Dieu, Linoa… " Murmura-t-elle. " Qu'est-ce que tu fais là ?"

Une vague d'émotion la submergea. Elle suffoquait. Sa vue se brouillait. Linoa fit demi-tour et obéit à la seule commande qui répondait encore.

Elle courut.


Edéa Kramer sonda la salle à la recherche de son mari. Elle lui avait toujours connu cette fâcheuse tendance à s'éclipser. C'était l'un de ses plaisirs de s'arrêter et d'échanger deux mots avec tous ceux qu'il connaissait. La nuit allait être longue.

Cependant, aussi importante que soit la foule, elle savait repérer ses enfants aux quatre coins de la salle. Elle sourit en se remémorant le passé. En vérité, ce n'était pas ses enfants biologiques, mais elle ne voyait pas de différence. Tous étaient devenus des adultes responsables et avaient réussi. Elle était très fière d'eux. Elle était même fière de Seifer qu'elle n'avait pourtant pas vu depuis près de huit ans. Sans savoir pourquoi, elle sentait que peu importe où la vie l'avait laissé, il se débrouillait bien.

La gouvernante ne vit ni Squall, ni sa fiancée. Laguna lui avait pourtant dit qu'ils étaient venus. Elle espérait avoir l'occasion de les croiser dans la soirée. Elle s'inquiétait pour lui. Elle s'était toujours inquiétée pour lui. Certaines habitudes sont difficiles à perdre. Aujourd'hui, elle s'inquiétait pour le jugement à venir.

Quelqu'un la bouscula en courant. Elle se retourna pour voir quand une étrange impression s'empara d'elle. C'était comme si elle était entrée en contact avec une sensation du passé, aujourd'hui oubliée. On aurait dit… ses anciens pouvoirs. Edéa scanna rapidement la zone espérant apercevoir la figure en fuite. Etait-il possible que? Ce n'était peut-être que son imagination. Elle aurait pu s'en convaincre si cette sensation ne passait pas en ce moment même en chacun de ses muscles. Elle traversa la foule et prit la direction opposée, se dirigeant vers la grande baie vitrée. Elle attendit un peu et aperçut une silhouette sortir en courant. Les lampes extérieures ne l'aidèrent pas beaucoup à l'identifier. La sorcière posa la main contre la vitre. La sensation retourna. Elle ferma les yeux, tremblante de tout son corps.


Laguna sirotait calmement punch quand, à travers son verre, il vit Edéa se diriger rapidement vers lui. Il le posa et lui sourit chaleureusement.

" La dernière fois que je l'ai vu, il était dans le coin là-bas, près des toasts à la crevette, parlant avec Shu. " Commença-t-il en pointant une direction.

Respirant profondément, elle lui adressa un maigre sourire.

" Honnêtement il n'est pas sortable Laguna, je crois que je vais devoir lui acheter un de ces harnais qu'ils font maintenant pour les enfants."

Il rit et secoua la tête.

" Ca ou un de ces colliers sonar que l'on utilise pour tracer les chocobos migrateurs."

" Oui, ça serait aussi efficace." Edéa sourit malgré elle et redevint sérieuse. " Laguna, dis-moi, comment va Squall? "

Son visage s'attrista sans qu'il s'en rendit compte en entendant le nom de son fils.

" Tu le dirais aussi bien que moi. Je ne crois pas en savoir plus sur lui que ce que je savais quand j'étais en prison à Esthar. A chaque fois que j'essaie de lui parler, je finis par dire quelque chose de stupide qui gâche tous les progrès entre-aperçus. "

" Ne renonce pas Laguna, il est difficile à atteindre, mais pas inaccessible. "

" Oui… tu dois avoir raison... "

Elle s'installa à côté de lui.

" Il a l'air de finalement regarder vers le futur, après tant d'années à rester dans le passé." Elle le regarda alors droit dans les yeux. " C'est toujours du passé, n'est ce pas ?"

" Qu… quoi ?" Répondit Laguna, troublé.

Elle se détourna et fixa la foule.

" Tout le monde ici a l'air de passer une excellente soirée. Regarde tous ces jeunes couples qui dansent."

" … Oui."

" Malheureusement, un jeune homme rentrera seul. "

" Hein ? "

" Oh, c'est rien… Je viens de voir s'enfuir une jeune fille il y a à peine cinq minutes. A voir la vitesse à laquelle elle courait, elle devait être bouleversée. Elle est partie vers le centre ville. "

Edéa observa la crainte emplir progressivement les yeux de Laguna.

" Désolé gouvernante… je viens de me souvenir de quelque chose à faire."

" Bien sûr. "

Elle le suivit du regard, il scannait la foule. Quelqu'un d'autre était au courant. Elle le savait. Ses soupçons se confirmèrent quand il s'arrêta sur Quistis Trèpe. Elle soupira et fut prise d'une grande tristesse en pensant à toutes les personnes qui se trouvaient et se trouveraient affectées par les conséquences.


Squall et Elise quittèrent le balcon et retrouvèrent la foule. Ils marchaient main dans la main quand il s'arrêta brutalement en passant près d'un pilier.

" Qu'est-ce qu'il y a ?"

Il secoua la tête comme pour chasser une mauvaise pensée et reprit sa marche.

" Rien… J'ai eu l'impression d'être traversé par un courant glacial." Il frissonna malgré lui, comme pour accentuer ses paroles.

" Tu veux rire ? Cette salle est un four !"

" Je sais… c'est bizarre."

" Tu es peut-être tout simplement passé sous une bouche d'aération."

" Oui… sûrement."

Elle se mit à balancer leurs mains joyeusement, l'attirant vers les danseurs.

" Allez viens, il est grand temps de faire travailler tes deux pieds gauches."

" Non… ça va aller." Répondit-il. " Je suis fatigué. Je crois que je vais aller m'asseoir."

" Non, non, non ! Pas d'excuse cette fois ci. Je vais t'apprendre à danser. Et puis, tu ne voudrais pas trébucher devant tout le monde pour notre première danse au mariage ?"

Sa main se fit plus insistante.

" Je ne danse pas." Dit-il, haussant le ton.

" "Non" n'est pas une réponse alors arrête de dire que tu ne sais pas et viens avec moi, on va s'amuser."

Il s'arrêta net et la ramena à lui avec force. Elise trébucha et releva la tête, elle ne souriait plus.

" Bon sang Squall ! Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?"

Il en avait marre de ce jeu. Ca se sentait dans sa voix.

" J'ai dit que je ne dansais pas Elise, pas que je ne savais pas ! Je ne danse pas d'accord ? Je ne veux pas danser… C'est assez clair cette fois ?"

Elle s'apprêtait à répliquer quand on lui prit le bras, la traînant sur la piste. Elle se retourna vivement.

" Viens danser avec moi Elise, je serai ton cavalier." Dit Zell en la fixant droit dans les yeux. Elle se retourna une dernière fois et regarda Squall par-dessus son épaule, il avait les yeux rivés au sol. Elle le perdit de vue comme Zell l'entraînait au cœur de la foule.

Squall soupira de frustration. Il n'avait pas voulu être aussi brusque. Mais il avait parfois l'impression qu'elle refusait de l'entendre. Il sentit un regard posé sur lui et vit deux étudiants le dévisageant avec crainte.

" Un problème ?" Grogna-t-il.

" Non Monsieur !" Répondirent-ils à l'unisson avant de s'éloigner rapidement dans la direction opposée.

Il fallait qu'il sorte avant de perdre le contrôle. Il repéra la sortie la plus proche et s'y dirigea. Il laisserait un message pour Elise, lui dire qu'il était rentré à l'hôtel. Avec de la chance, elle comprendrait. Pour le moment, il s'en fichait complètement. La sortie se précisa et il accéléra le pas quand par derrière, on lui mit la main sur l'épaule.

" Eh Squall! Comment ça va ?" Demanda Quistis l'obligeant à s'arrêter.

Elle l'avait entendu crier de l'autre bout de la pièce. D'une certaine façon, elle comprenait sa frustration, ce qu'Elise ne pouvait pas. A l'évidence, elle ne connaissait pas l'histoire. Elle s'était précipitée pour le rattraper pendant que Zell éloignait Elise dans l'espoir qu'il se calmerait avant d'aller trop loin.

Il pivota et lui fit face. Elle n'avait pas vu une telle froideur dans ses yeux depuis bien longtemps. Une froideur qui cachait sa douleur. Et alors, la part d'elle qui avait déconseillé à Linoa de venir se mit à souhaiter sa présence avec ardeur.

" Quistis, tu peux me rendre service ?"

" Bien sûr."

" Quand tu verras Elise, dis-lui que je suis rentré à l'hôtel."

" Quoi, attends! Pourquoi pars-tu déjà ? Viens par-là, asseyons-nous et parl… "

" Quistis, s'il te plaît !" Coupa-t-il. "Pas maintenant, ok ? J'ai besoin d'être seul pour le moment. Tu lui laisseras le message ?"

" Oui… sans problème." Répondit-elle triste. " Je lui dirai. Tu es sûr que ça va ?"

" Merci et oui, ça va." Il n'en dit pas plus et la laissa sur place.

Avec tristesse, elle se résolut à le regarder s'éloigner puis se mit en quête de Laguna.

La porte n'était plus qu'à quelques pas, il sentait déjà l'air frais de la nuit qui le frapperait au visage sur la route du retour. Il y était quasiment quand une main se posa une nouvelle fois sur son épaule. Il soupira.

" Quistis… je t'ai dit que… "

" Squall, mon garçon ! Je t'ai cherché partout. "

Merveilleux… Heureusement, Cid ne vit pas l'effort que fit son ancien commandant pour adopter un visage " accueillant " et saluer l'homme.

" Bonsoir Monsieur." Articula-t-il en se retournant.


Laguna força le passage, oubliant les formules de politesse dès qu'il vit Quistis. C'était à elle que Linoa parlerait. Quistis saurait quoi dire. Lui non. Il se devait d'être honnête envers lui-même et de reconnaître qu'il ne savait pas trouver les mots, et réconforter les gens n'était pas son point fort. Et à l'instant même où il réfléchissait, la jeune femme devait atrocement souffrir. Il savait aussi qu'Edéa les avait mis à jour. Le président levait la main pour capter l'attention de la proviseur quand il se rendit compte qu'elle était avec Squall. Apparemment, ils étaient en pleine conversation et Squall était énervé, pas une grande surprise en soi.

" Et merde." Jura-t-il entre ses dents. Il ne pouvait pas attendre. Il devait faire quelque chose maintenant, peu importe le risque d'aggraver les choses… elle avait besoin de quelqu'un.


Linoa courut jusqu'à être à bout de souffle. Elle s'écroula à genoux et respira bruyamment, comme un poisson hors de l'eau. Le seul bruit qu'elle entendait était celui de son propre cœur qui battait à tout rompre. Elle s'appuya au trottoir froid pour se reprendre. Tant de choses se mêlaient dans sa tête. Le poids des sept années passées s'imposa soudainement à elle.

Et elles étaient si lourdes.

Elle rouvrit les yeux et regarda aux alentours. Inconsciemment, elle était revenue à Esthar et pourtant, elle ne reconnaissait pas le lieu. Bien qu'elle ait l'esprit embrouillé, elle était sûre de ne jamais être venue ici auparavant. Laguna avait visiblement oublié de l'y amener. Ce petit coin n'avait rien de la grande structure éclairée et translucide du cœur de la ville. Pourtant, grâce à ce manque, il était beau par lui-même.

On aurait dit un petit parc, entouré d'une grille de fer dans laquelle courait une vigne fleurie. Une curiosité en soi à cette période de l'année. Dans un coin se tenaient quatre arbres affichant les premières feuilles de la saison. Une grande fontaine avait été dressée au centre, un point de repère. L'eau coulait le long des pierres pour retomber dans le bassin avec un bruit régulier et apaisant. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas vu d'arbres, entendu le bruit de l'eau qui court. Si longtemps qu'elle n'avait pas senti l'odeur de fleurs encore sur tiges, et non coupées. Elle se traîna vers le bord du bassin et regarda son reflet dans l'eau.

Elle vit pour la première fois les effets du temps sur elle. Il l'avait laissée tellement à la traîne qu'elle avait oublié des choses qu'aucun être ne devrait. Le monde avait continué de tourner…comme toujours, comme quand les gens partent. Qu'ils meurent. Cette idée la frappa brutalement de toute sa force et elle se couvrit la bouche pour ne pas vomir dans la fontaine. Elle prit un peu d'eau dans le creux de ses mains et se rafraîchit le visage. Puis elle toussota et se secoua, elle avait l'impression qu'on venait de lui jeter une boule de neige dans la nuque. Elle frissonna de froid et de peur. Elle aperçut une silhouette derrière le monument et retint son souffle devant la familiarité de la forme.

" Sq… Squall?"

Elle se leva, hypnotisée, et contourna le bassin. Il ne bougea pas et ne répondit pas non plus. Parce que le destin voulait remuer le couteau dans la plaie une fois de plus: il était statufié. De pierre. Tous. Ses amis avaient été sculptés dans le granit, sur un piédestal, le long de la grille. Linoa s'approcha de la statue lentement, elle marchait dans un rêve. Les lumières incrustées dans le socle les éclairaient et elle les voyait parfaitement maintenant. Elle regarda mieux et les reconnut, ils étaient semblables à ses souvenirs. Les amis qu'elle connaissait. Ils étaient tous là, armes à la main, prêts à se battre. Même son chien était là, fièrement dressé à ses côtés, comme à chaque fois lors des combats. Elle lui caressa le museau et chercha désespérément à retenir ses larmes. Elle comprenait maintenant pourquoi Laguna ne l'avait pas amenée ici.

La jeune femme se trouva malgré elle perdue dans ses yeux. Elle leva la main et caressa doucement son visage, en traçant les contours, faisant courir ses doigts le long de sa cicatrice. C'était froid…comme tout ce qu'elle touchait. Elle éclata en sanglots en se jetant contre la statue, elle l'enlaça et se surprit à lui demander une réponse, lui demander de la prendre dans ses bras. Il se contentait de fixer un point à l'horizon… le futur. Ses jambes ne la portèrent bientôt plus et elle se laissa tomber au sol. Dans sa chute elle buta contre un angle et se coupa. Elle cria de douleur entre deux sanglots et baissa les yeux sur sa coupure qu'elle ne voyait pas à cause de ses larmes. Elle serra le poing et suivit le chemin du sang qui coulait le long de sa main pour finalement tomber lourdement sur le sol. Linoa appuya son autre main sur la pierre pour se redresser quand elle sentit un relief sous ses doigts, la cause de sa blessure. Elle s'arrêta et lut l'inscription gravée avec soin dans la pierre.

En l'honneur des jeunes gens qui ont risqué leur vie pour s'assurer l'avenir de cette génération et de toutes celles à venir.

En dessous elle vit son nom.

A la mémoire de Linoa Heartilly.

Tremblante, elle en retraça les lettres. Le sang devint noir sous l'effet de l'éclairage. On ne faisait rien en mémoire de quelqu'un qui reviendrait. On ne faisait pas de monument à la mémoire de quelqu'un qu'on reverrait, un jour. On faisait un monument à la mémoire de ceux qui étaient morts.

" Oh mon Dieu..." Elle retomba sur le sol.

Ramenant ses jambes à elle, elle se replia en position fœtale. Ces quelques mots gravés, c'était des milliers de coups de poignard assénés en plein cœur.

Linoa Heartilly était morte.

Elle ne savait pas si elle devait pleurer, crier ou rire de la cruelle ironie des choses. Elle produisit finalement un son composé des trois. Les larmes coulaient sans trêve, se mêlant au sang pour tâcher sa robe.

" Je suis morte…" Murmura-t-elle entre deux sanglots. " Je suis morte… "

Elle le répétait comme un mantra. Elle remarqua à peine les bras qui l'étreignirent doucement. Elle redressa la tête et reconnut l'homme agenouillé devant elle. C'était donc ça ce qu'ils lui cachaient. Lui-même avait les yeux emplis de larmes. Les mots qu'elle n'avait pas entendus résonnaient désormais à ses oreilles. Ils la croyaient morte, aux yeux du monde, elle était morte, aux yeux de Squall Léonhart aussi.

Rassemblant le peu de forces qu'il lui restait, elle répondit à l'étreinte, pleurant, répétant avec amertume.

" Mon Dieu… Laguna… je suis morte !"