Chapitre 11 :
Rodolphus et moi nous nous étions séparés par un long baiser sur le seuil de nos dortoirs respectifs. J'entrai dans ma chambre, elle était déserte et c'était tant mieux. J'étais frigorifiée et je ne souhaitais plus qu'une seule chose : une douche bien brûlante et surtout ne voir personne. Trop de choses me trottaient dans la tête, j'avais besoin de calme. Je me dirigeai dans la petite salle d'eaux attenante à mon dortoir. Je restai longtemps sous le jet brûlant. Les gouttes martelaient avec violence mon dos, mais je n'en avais que cure. L'eau coulait sur mon visage, se mêlant aux larmes que je ne sentais même pas rouler sur mes joues. J'avais fermé les yeux. Mon front était collé contre le marbre noir de la paroi de la douche.
J'y voyais plus clair à présent. Et je savais que certaines paroles que j'avais prononcé dans le bureau du gros morse n'étaient pas sans conséquences si elles se réaliseraient.
- Et merde ! Jurai-je.
Je frappai du poing la paroi noire. La douleur fusa aussitôt dans toute ma main, remontant le long de mon bras.
- Merde, répétai-je.
Cette fois, je sentis les larmes couler sur mes joues. J'étais en colère comme rarement je l'avais été.
Je lui en voulais terriblement. Pourquoi ne pas m'avoir tout expliqué ? Pourquoi avait-il fallu que ce soit grâce à Rodolphus que la vérité m'apparaisse toute entière !
Parce que maintenant je savais pourquoi la marque noire me paraissait si familière et surtout, je savais à présent où je l'avais déjà vue ...
Je frappai de nouveau le mur de toute mes forces, plusieurs fois. La douleur me fit du bien.
- Père, marmonnai-je à chaque coup de poing.
Pourquoi ne m'avait-il rien dit ? Etait-ce une sorte d'épreuve ? Etait-ce pour me protéger ? Ou pour ces deux raisons ? Cela m'énervait de ne pas savoir.
Finalement, je coupai l'eau et sortis de la douche. Je me séchai bien vite et passa une longue robe bleue en laine.
Je retournai dans ma chambre et m'assis sur mon lit après en avoir tiré les rideaux du baldaquin. Les jambes croisées sous moi, je regardai ma main. Elle avait triplé de volume et arborait une belle teinte rougeâtre et violette. Déjà la douleur se faisait moins sentir. Je me laissai tomber en arrière sur les oreillers. Une petite tache d'humidité se forma à cause de mes cheveux encore mouillés. Je fermai les yeux quelques instants.
Je voulais réfléchir à tout cela, mais mes yeux clos ne me laissait voir que le visage de Rodolphus, son sourire, ses yeux plus foncés qu'un océan déchaîné. Je n'avais en tête que les moindres détails de son corps, l'odeur de sa peau, le goût de ses baisers.
- Ahhh, ne pus-je m'empêcher de grogner.
Comment se concentrer dans de telles conditions ?
Je pris mon oreiller et l'écrasai contre mon visage, mais cela ne résolut pas le problème. Je me relevai et tirai les rideaux de mon lit. Je m'avançais vers la fenêtre pour me changer les idées ; au même moment la porte s'ouvrit et Bellatrix entra. Elle se dirigea vers moi, un sourire éclatant sur le visage.
- Alors ?
Je haussai un sourcil avant de lui répondre.
- Slughorn n'est qu'un idiot, marmonnai-je en râlant.
Bella éclata de rire.
- Je le sais et je m'en fiche ! Ce n'est pas de cela que je veux parler !!
Elle posa ses mains sur ses joues et commença à m'imiter.
- Bella, tu sais jamais je ne me remettrai avec Rodolphus ... C'est terminé ! Minauda-t-elle en riant.
Je tentai de faire une moue boudeuse.
- Quoi ? Marmonnai-je.
- Bah raconte !
Je soupirai en levant les yeux au ciel.
- Y a pas grand chose à raconter, lui répondis-je. Ca nous est tombé dessus et puis voilà !
Je retournai m'asseoir sur mon lit, suivie par Bella. Je croisai mes jambes et la regardai avec sérieux.
- Tu sais, je ne sais pas trop ce que ça va donner tout ça ... soupirai-je.
- Bah pourquoi ?
- Tu sais la dernière fois ...
Je m'interrompis quelques secondes, plongée dans mes pensées.
- On est bien ensemble, mais on a trop mauvais caractère tous les deux pour que ça tienne la route ... deux fortes têtes ensemble, ce n'est jamais bon ...
- Oh, dis pas ça, voulut me consoler Bella.
Je lui souris.
- On verra bien !
Le silence se fit et j'en profitais pour finir de me coiffer. J'observais à la dérobée Bella. Plus je la regardais, plus je sentais qu'elle brûlait de me demander quelque chose mais qu'elle n'osait pas. Je posai ma brosse.
- Vas-y ! Je t'écoute ! M'exclamai-je.
Elle joua les étonnées.
- Quoi ?
- Je vois bien que tu veux savoir quelque chose d'autre mais que tu n'oses pas demander !
Je décidai alors de la charrier un peu. Avec un grand sourire moqueur, je continuai.
- Ne me dis pas que tu es comme toute ces écervelées qui me harcelaient pour savoir si c'était vrai !
- Hein, mais de quoi parles-tu ?
J'éclatai de rire.
- Tout le monde voulait savoir si c'était vrai que Rodolphus avait un dragon tatoué dans le creux des reins !
Bellatrix ne put s'empêcher d'éclater de rire avec moi.
- Alors ? C'est vrai ? finit-elle par me demander entre deux rires.
J'essayai de reprendre mon calme pour lui répondre avec le plus grand sérieux, mais ce fut peine perdue.
- Désolée de briser le mythe mais c'est totalement faux ... En fait c'est un petit serpent sur la fesse droite.
Impossible pour nous de garder notre calme, le fou-rire nous secouait en tout sens. J'essuyai même quelques larmes qui perlaient au coin de mes yeux. Bellatrix se tenait le ventre. Il nous fallut un long moment pour redevenir sérieuses. Je passai une dernière fois la main sur mes paupières pour chasser les dernières larmes.
-J'en ai mal au ventre, gémit Bellatrix.
Je lui tirai la langue.
- C'est toi qui l'a cherché !
Je la regardai de nouveau avec sérieux.
- Alors ? Que voulais-tu savoir ?
Je vis ses yeux se poser sur la main.
- Ca ? Lui demandai-je. C'est rien.
Elle prit ma main gonflée.
- Rien ? Répéta-t-elle. Ne te moque pas de moi, Caly !
Je soupirai.
- C'est rien, je te jure ! Je me suis juste énervée contre un mur !
Elle me regarda bizarrement.
- Hum, j'espère que tu ne t'énerveras jamais contre moi ...
- T'inquiète ! Lui souris-je.
- Et pourquoi t'étais-tu énervée ?
Je ne lui répondis pas tout de suite. Je ne savais pas trop quoi lui dire ... Je soupirai.
- Pour plein de raisons ... finis-je par avouer. Et parce que je suis bête ...
Je regardai Bella.
- Ce n'est pas que je ne veux pas t'en parler, m'excusai-je presque. C'est juste que c'est encore très confus ... Je ... Je ...
Je me tus soudain. Bellatrix me regarda nullement fâchée. Elle me sourit, se leva brusquement et alla farfouiller dans le coffre qui reposait au pied de son lit. Elle revint rapidement en brandissant un petit pot qu'elle me tendit.
- Tiens ! Pour ta main !
- C'est quoi ? Lui demandai-je curieuse en dévissant le couvercle.
Elle sourit.
- Un baume contre les coups. C'est bien utile quand les Cognards se sont montrés un peu trop entreprenants !
Je la remerciai. Je posai le couvercle à côté de moi sur le lit. La pommade à l'intérieur du pot était d'un joli bleu et pour une fois, elle ne sentait pas trop mauvais. J'en pris une noisette et l'appliquait sur ma main blessée. J'en ressentis rapidement les effets.
Bella me sourit.
- Je pensais aller bosser un peu à la bibliothèque ce matin. Ca te dit de venir ?
Tout en disant cela elle fit la grimace. Je la dévisageais stupéfaite.
- Toi ? Bosser un dimanche matin ? Plaisantai-je.
Elle fit de nouveau la moue.
- Avec ces fichues retenues, je ne vois pas quand on va pouvoir bosser, Caly ... Alors autant prendre de l'avance ...
A mon tour, je fis la grimace, elle n'avait pas tort.
- OK, marmonnai-je. Je viens avec toi !
Il ne nous fallut pas beaucoup de temps pour préparer nos affaires. Bras dessus bras dessous, nous quittâmes notre dortoir.
La salle commune était presque déserte. Il n'y avait là que Severus, assis dans un recoin sombre, penché sur un gros livre. Nous entendant descendre, il releva la tête et ses petits yeux noirs nous suivirent longuement. Je lui adressai un petit signe de la main avant de quitter le cachot.
Les cachots étaient à présents loin derrière nous, nous approchions de la bibliothèque quand soudain quelques sifflets retentirent. Bella et moi nous nous retournâmes. Un groupe de quelques Serdaigles hilares me dévisageait.
- Alors Kered-Ann, tu t'es changée ? C'est dommage, ta première tenue était vraiment pas mal ! Me lança l'un d'entre eux.
Je soupirai.
- Contente que le spectacle t'ait plu, Abbot ! Lui lançai-je. Je voulais lancer une nouvelle mode, mais désolée, ça n'a pas marché ...
Je lui adressai un geste qui n'avait rien d'amical avant de disparaître avec Bella. Intérieurement, je maudissais Rusard. Je sentais que cette histoire ne serait pas oubliée de sitôt.
La bibliothèque à cette heure-ci était presque déserte. Nous nous installâmes dans un coin tranquille sous le regard inquisiteur de Pince. Bella et moi déroulâmes nos parchemins et bientôt nos plumes crissèrent sur les rouleaux jaunis.
Je venais de terminer mes quatre-vingt dix centimètres pour l'histoire de la magie. Je reposai ma plume et me redressai. J'avais le dos en marmelade. Je m'étirai sur ma chaise. Bella n'était plus là, elle était dans les rayonnages à la recherche de quelques bouquins.
Je sentis une présence derrière moi et je me retournai pensant que c'était Bella. Mais non, c'était Rodolphus. Il me sourit, moi aussi et s'assit à la place de Bella. Il se pencha vers moi et m'embrassa. Mes mains se perdirent dans la masse de ses cheveux.
- Hum hum, toussota quelqu'un dans notre dos.
C'était Bellatrix qui revenait avec des bouquins.
- Tu fais très bien Pince, me moquai-je gentiment.
Rodolphus se leva pour lui rendre sa place. Elle s'assit et déposa un peu brusquement les livres sur la table. Du coup de l'oeil, je l'observai, elle se mordait les lèvres pour visiblement masquer un fou-rire. Je levai un sourcil interrogatif avant de comprendre. Je souris à mon tour. Le serpent sur les fesses, nul doute !
- J'ai manqué quelque chose ? Nous demanda Rodolphus.
Je lui fis signe de la main que non. Etouffer mon fou-rire devenait de plus en plus difficile.
- Je voulais te parler Caly, me dit-il soudain.
Il avait l'air sérieux. Cela me calma immédiatement.
- Très bien, répondis-je.
Je rangeai mes affaires.
- Désolée, Bella !
Elle me dit que ce n'était pas grave. Nous nous étions déjà éloignés, je me retournai pour lui faire un petit signe de la main. Elle me rendit mon salut avant de prononcer silencieusement un mot.
- S E R P E N T !
Je lui souris et lui fis les gros yeux avant de sortir de la bibliothèque.
Rodolphus me tenait par la main et m'entraînait dans les couloirs.
- Un petit tour dehors te tenterait ? Me demanda-t-il.
- Va pour le parc !
La matinée était froide mais ensoleillée. Les zones encore à l'ombre gardaient leur couche de givre. Tout semblait immobile et endormi. Le parc du collège était désert. Novembre décourageait les promeneurs les plus téméraires. Au moins, nous serions tranquilles. Rodolphus m'emmena sur les bords du lac. Les eaux grises étaient, le long des rives emprisonnées sous la glace.
- Tu n'as pas froid ?
- Non, répondis-je.
Ma lourde cape en fourrure noire me protégeait efficacement contre le petit vent vif qui soufflait. Les saules et les bouleaux agitaient doucement leurs branches presque nues, perdant leurs dernières feuilles. L'onde tranquille reflétait les sommets déjà enneigés des montagnes toutes proches. Tout était calme.
Rodolphus finit par s'arrêter. De gros rochers formaient des sortes de bancs. Il s'assit sur l'un d'entre eux, je l'imitai sans rien dire. Je me doutais de la teneur de notre conversation. Il passait un bras autour de ma taille, je posai ma tête contre son épaule et fermai les yeux.
Il finit par parler.
- Je suis désolé pour tout à l'heure, Caly.
- C'est pas grave, lui murmurai-je.
Il baissa les yeux et vit à ce moment, ma main blessée. Il la prit avec délicatesse et l'embrassa doucement.
- Que t'est-il arrivé ?
- Rien, je me suis énervée contre un mur, marmonnai-je en soupirant.
- Contre quoi ?
Je laissai échapper un nouveau soupir. Je décollai ma tête de son épaule pour mieux le dévisager. Puis je me saisis de son bras gauche et de mon doigt, je pointai son avant-bras.
- Contre ça, répondis-je dans un souffle.
- Tu es fâchée ? Me demanda-t-il alors.
Je ne répondis rien. J'étais perdue dans mes pensées. Fâchée, non, je ne l'étais pas – enfin pas contre lui. J'étais plutôt vexée ... Vexée d'avoir mis tant de temps à comprendre, tant de temps à me souvenir ... Je soupirai de nouveau.
- Non, je ne suis pas fâchée, du moins pas contre toi !
Je le dardai de mon regard.
- Et puis pourquoi devrais-je être fâchée ? Lâchai-je enfin.
Il ne répondit rien. Je me décidai à poursuivre ou au moins à essayer car les mots se bloquaient dans ma gorge.
- Je ... je ...
Et zut ! Je me levai d'un bond et fis quelques pas. Je shootai dans une pierre, elle alla s'écraser contre la glace, glissant sur la surface brillante avant de finir par sombrer beaucoup plus loin dans les eaux glacées du lac. Le vent avait fini de défaire la tresse que je n'avais pas nouée. Mes cheveux s'envolèrent derrière moi, se déployant comme les ailes d'une chauve-souris. Je me retournai, lentement. Rodolphus était toujours assis. Il avait plié un genou et avait appuyé dessus nonchalamment son bras. Il avait l'air d'un roi sur son trône de pierre. Ses yeux restaient posés sur moi, curieux et interrogateurs.
Je vins me planter face à lui. J'attirai vers moi son bras, le découvris, et de nouveau, je laissai mes doigts courir les longs des lignes noires de sa marque.
- Je ne suis pas fâchée contre moi, murmurai-je plus doucement, sans colère aucune. C'est juste que maintenant, je sais pourquoi cela me paraît si familier ...
Rodolphus se leva. Je n'avais toujours pas lâché son bras. Il me sourit, me dominant de toute sa hauteur. Son autre main joua avec une mèche de mes cheveux avant de caresser très tendrement ma joue.
- Caly, chuchota-t-il si bas que le vent me vola ses paroles.
- Mon père, finis-je par avouer.
Dans ses yeux, je vis que ce n'était pas une grande nouvelle pour lui.
- Tu le savais, n'est-ce pas ? Lui demandai-je toutefois.
Il hocha la tête. Je ne dis rien. Doucement je m'éloignai de lui et refis face au lac. Je fermai les yeux, sentant une larme couler le long de ma joue. Le vent l'emporta rapidement. Je respirai un bon coup.
- Pourquoi ? Pourquoi ne m'avait-il pas parlé ? Criai-je soudain excédée.
- Caly !
Rodolphus vint se placer derrière moi, m'enlaçant. Il déposa quelques baisers dans mon cou.
- Tu étais peut-être trop jeune à l'époque.
C'était faux, il le savait pertinemment et moi aussi.
- Ou peut-être voulait-il te protéger.
- C'est pas juste ! Râlai-je.
- Et puis, tu sais, poursuivit-il, pour ça, le plus grand secret est de mise !
Je me retournai et plantai mon regard dans le sien.
- Pourtant, toi, tu me l'as dit !
Il éclata de rire.
- Tu fais erreur, Caly ! Je ne t'ai rien dit du tout ... Tu as deviné toute seule !
Je me jetai dans ses bras.
- Il ... il n'avait pas confiance en moi ? Pleurai-je à moitié.
Rodolphus caressa mes cheveux.
- Tu fais fausse route, si tu penses cela.
Je serrai Rodolphus avec force, me raccrochant à lui comme un naufragé à une épave. J'étais injuste avec mon père, je le savais. Son silence, c'était pour me protéger, mais il n'empêchait ...
Il desserra son étreinte et me força à le regarder.
- Caly ! Ne sois pas dure avec ton père ! Tu ne sais pas ce que c'est que d'être un Mangemort, souffla-t-il tout bas.
Je ne répondis rien. Encore une fois, Rodolphus avait raison. Il me reprit dans ses bras.
Un long silence s'installa. Les nuages filaient dans le ciel à toute allure comme s'ils fuyaient un terrible dragon. Les arbres de la Forêt Interdite toute proche bruissaient doucement sous les jeux facétieux du vent. Non loin de nous, un corbeau lança sa plainte déchirante au ciel avant de s'envoler à tire-d'aile.
- Caly ?
- Oui ?
Je savais ce qu'il allait me demander. Je m'y étais préparée.
- Ce que tu as dit dans le bureau de Slughorn, ce matin ... tu le pensais vraiment ou était-ce juste comme ça ?
- Ai-je déjà lancé des paroles en l'air ? Le défiai-je.
Il me sourit. Je lui rendis son sourire. Mon choix était fait ...
