Hellow~! Voici le onzième chapitre! (Oh god! O.ô) Comme toujours, vos adorables réactions me font très plaisir, ainsi que vos mises en favoris et vos follows! Cette histoire accumule déjà plus de 1000 vues, chers lecteurs! 1000 vues! Je vous aime *w* (Mais j'imagine que vous le saviez déjà :3) (Et si les derniers chapitres postés vous ont semblé moins intéressants que les premiers, c'est parce que cette partie de l'histoire m'a gonflée au moment de l'écriture x) *la fille qui ne sait pas écrire de la romance mais qui en écrit quand même~*)

Annonce officielle! Une histoire préquelle de cette fiction est prévue! Elle sera composée de plusieurs chapitres et parlera du passé d'Antonio et de Lovino. Elle paraîtra plus tard, vu que ma seconde histoire sera officiellement sur du DenNor (Et la scénarisation est en bonne voie!)! Mais j'essaierai malgré tout de les écrire simultanément et d'en sortir un chapitre chaque mois ^^ (Si j'ai assez d'inspiration -et de temps, bien entendu- pour enchaîner tout ça ^^')

Bonne lecture à vous! Et nous nous retrouvons, à nouveau, très bientôt pour de nouvelles aventures~!

Ciao~


Chapitre 11

- Je vois, soupira la femme d'âge mûr en jouant avec la cuillère dans sa tasse de café fraîchement versé.

Ses cheveux chocolats, en grande partie défais de son chignon, retombaient devant ses yeux verts et cernés par la fatigue. Elle était emmitouflée dans un gros pull en laine bleu marine.

- Vous accepteriez ? demanda avec espoir Antonio, assit à la gauche de Lovino, autour d'une table en chêne.

La femme opina.

- Oui, bien évidemment ! J'ai besoin de personnel, de toute manière, et je suis aussi très heureuse d'avoir de vos nouvelles après tout ce temps, les garçons ! Mais vous êtes sûr que c'est une bonne idée de choisir un travail manuel ? Ton état le permet vraiment ? s'enquit-elle auprès d'Antonio d'un air inquiet.

- C'est pour ça que je vous demande si ça ne vous ennuie pas de lui donner un travail à temps partiel pour débuter, renchérit Lovino, ses prunelles olives perdues dans le fond de sa tasse brûlante qu'il tenait d'une main. Il n'a pas le droit de se surmener sous peine d'aggraver ses lésions, mais il refuse d'entendre quoi que ce soit.

- Je t'ai dit que je voulais simplement retrouver une vie normale ! s'offusqua Antonio.

- Ouais, ouais… fit Lovino d'un geste dédaigneux de la main.

- Je veux bien tenter, dit la dame, mais travailler dans une serre n'est pas de tout repos.

Lovino perdit le fil de la conversation. Il soupira faiblement et jeta un bref regard par-delà l'une des fenêtres du salon. La pluie tombait averse depuis la matinée et ne semblait pas prête de s'arrêter de sitôt. Le temps était morne, sans vie, sans couleurs, tout comme le moral du jeune italien.

Ils étaient arrivés tous deux un peu avant midi et avaient demandé aux employés de leur indiquer où ils pouvaient trouver la gérante des lieux. Ils avaient étés reconduit dans la maisonnette à proximité et avaient étés accueillis à grands renforts d'embrassades. Elle les avait obligés à entrer et leur avaient servi un café corsé, et Lovino ne s'en était pas plain, il avait grandement besoin d'un remontant. Ils avaient tous deux survolé les lieux du regard, mais se gardant bien d'être indiscrets. C'était modeste, sans chichi. Une petite maisonnée toute garnie de bois clair, un de ces vieux livings qui avait fait son temps meublait le salon, juste devant un feu ouvert bariolé, une salle à manger pour quatre personnes, une petite TV à écran plat, un escalier raide au bois crissant. C'était confortable sans être trop recherché, c'était juste assez. Ils avaient eu une longue discussion et avaient expliqué les raisons de leur présence. La femme les avait écoutés très attentivement, posant alternativement des yeux ridés en leurs coins sur celui qui prenait la parole pour compléter les explications de l'autre.

- Vous voulez commencer quand ? demanda-t-elle en sirotant son café.

- Le plus tôt possible, enchaina Antonio, après avoir jeté un vif coup d'œil à Lovino.

La femme esquissa un sourire.

- Alors retrouvez-moi ici tous les lundis, mercredis et vendredis, de huit heures à dix-sept heures. Ça vous convient ?

- Parfaitement ! Merci ! s'exclama gaiement Antonio en lui serrant la main dans les siennes.

Lovino hocha du menton en signe d'approbation et ourla les lèvres dans un sourire en coin.

La journée avait été spéciale, il avait une drôle de sensation depuis qu'il s'était éveillé. Antonio était étrange, comme agité. Et Lovino ne cessait de se prendre la tête avec son patron, ce qui lui mettait le moral à zéro. Il s'était ramassé son dernier avertissement : encore un seul écart de conduite et il serait définitivement viré. Point à la ligne. Lovino avait encaissé ça comme un coup de poing dans le ventre et l'avait fermé. Et ça faisait donc quelques jours qu'il était déprimé, mais il faisait tout pour ne pas le laisser paraître. Ni à son frère, ni aux autres, et surtout pas à Antonio.

Ils rebroussèrent chemin près d'une heure plus tard, s'étant laissé inondé par un élan de nostalgie au détour d'une conversation. La gérante était quelqu'un de très gentil, mais elle paraissait éprouvée par un travail manuel constant. Avant qu'ils ne quittent tous deux les lieux, Lovino demanda à Antonio de commencer à avancer sans lui.

Une fois que la gérante fut sûre qu'Antonio ne puisse plus entendre leur conversation, elle prit la parole :

- Ça doit être dur pour toi mon garçon.

Lovino fut tout d'abord surpris, puis baissa les yeux et soupira.

- Disons que ce n'est pas facile tous les jours, admit-il malgré lui.

- J'ai pu le remarquer, oui…

La dame marqua un instant de pose, laissant ses yeux brillants suivre du regard Antonio qui avançait toujours plus loin en observant attentivement les alentours.

- Je peux te demander une chose ?

Lovino haussa les sourcils et acquiesça.

- Oui, bien sûr.

- Vous êtes toujours ensemble ?

Lovino plissa du nez et chercha ses mots, fuyant le regard mature de la gérante.

- Qu'est-ce qui vous fait penser le contraire ? dit-il tandis qu'une boule au fond de sa gorge se formait.

La gérante haussa mollement des épaules, toujours avec cette même lueur dans les yeux qui avait le don de désarmer Lovino.

- Juste une intuition, je dirai… Vous me semblez trop éloignés l'un de l'autre pour encore être un couple.

C'est mots claquèrent dans l'air tel un coup de tonnerre, et Lovino, lui, se les prit comme une gifle cinglante. Il écarquilla les yeux et entrouvrit la bouche, mais fut incapable d'en placer une de plus, trop ébranlé par les mots emplis de vérité que cette dame venait de balancer comme si c'était la chose la plus évidente qu'elle avait devant elle. La gérante des lieux sembla remarquer son malaise et posa une main qui se voulait sans doute réconfortante sur son épaule encore humide, Lovino n'y prêta nulle attention. Il tourna des talons sans une parole, saluant vaguement d'un signe de main, et partit dans le sillage d'Antonio qui s'était finalement stoppé un peu plus loin pour ne pas perdre Lovino de vue.

Lovino avança en silence, vaguement conscient de ce qui l'entourait. Il ralentit enfin le rythme pour relever des yeux absents vers l'espagnol, qui ne sembla pas le remarquer, trop occupé à détailler son environnement. Il était là, debout, tourné de trois-quarts dos, vêtu de son gros manteau foncé d'hiver qu'il n'avait pas fermé. Lovino ne put s'empêcher de laisser vagabonder ses yeux sur les traits du visage d'homme de l'espagnol. Ses cheveux foncés, ses yeux brillants d'un vert émeraude, son nez, sa bouche, ses pommettes.

Il réfléchit : était-ce vraiment une bonne idée de le laisser venir travailler trois jours sur cinq ici ? Il avait peur qu'Antonio ne replonge d'une quelconque manière que ce fut dans un afflux de souvenirs et qu'il soit seul pour le gérer.

Lovino reprit enfin une bonne allure de marche et arriva enfin à la hauteur d'Antonio. Ils traversèrent la petite parcelle de terrain plat avant de se retrouver une nouvelle fois devant les serres. Lovino détailla les alentours, ça avait pas mal changé depuis la dernière fois où il était venu avec Antonio. Deux nouvelles serres s'étaient ajoutées de part et d'autre des trois autres. De nombreuses personnes s'étaient ajoutées au panorama et déambulaient ci et là avec des caisses de légumes du terroir dans les mains. L'endroit était grand, tout en longueur. L'installation se trouvait au beau milieu d'un terrain plat entouré sur l'arrière par des oliviers.

Antonio ralentit soudainement le pas, obligeant Lovino à en faire de même. Le plus âgé se mit à regarder avec une attention toute particulière les serres qui se dressaient de toute leur hauteur sur leur droite.

- Dis Lovi', je suis déjà venu ici, pas vrai ? Tu me l'as raconté toi-même.

La gorge de Lovino se serra.

- Oui, 'Tonio. On venait souvent ici, avant.

- Toi et moi ?

Lovino acquiesça.

- Et Feli' nous accompagnait parfois.

L'espagnol resta silencieux, les yeux perdus dans le vague. Lovino déglutit.

- Tu ne t'en souviens vraiment pas ? hésita-t-il, la gorge nouée.

- Non… souffla l'espagnol la mine déconfite. Cet endroit me paraît familier. Je sais que j'y suis déjà venu, mais je ne me souviens pas y être venu avec toi…

Antonio glissa des yeux tristes vers son voisin, qui ne pipait mot.

- En fait, se reprit-il songeur, c'est dingue… mais je ne me souviens pas de toi.

Encore une fois. Le cœur de Lovino venait encore une fois de sombrer dans sa poitrine. Et les mots ne dardaient se frayer un chemin à travers le portail de ses lèvres tremblantes. Sa main bougea d'elle-même, agrippa fermement celle d'Antonio et l'obligea à faire volte-face. Il s'avança d'un pas et planta son regard olive dans celui brillant de l'espagnol.

- Tu ne te souviens vraiment pas de moi ?

Sa voix lui paraissait plus aigüe, brisée par l'émotion.

- J-Je m'excuse, Lovi. Mais non, je-

- Tu ne sais vraiment plus qui je suis pour toi ? insista malgré tout Lovino, le cœur cognant jusque dans ses tempes. Tu n'arrives vraiment pas à te souvenir de ce que nous sommes, toi et moi ? Je t'en prie 'Tonio ! Fais un effort… supplia-t-il.

Il avait envie de lui hurler toute la vérité, de tout balancer une bonne fois pour toute et d'en finir avec tous ces mois de longue attente qui n'avait fait que se prolonger, encore et encore. Mais il savait qu'Antonio ne devait pas subir de révélation trop brutale, vu qu'il se remettait tout doucement de ses précédentes séquelles. Mais ces mots, dit de manière si honnête et lancés dans le vent s'était répandus comme une trainée de poudre dans le cœur du jeune italien déjà bien éprouvé.

Ils étaient tous deux plantés l'un devant l'autre, ne se quittant pas du regard. Autour d'eux, le clapotis de la pluie venait à elle seule troubler le silence qui s'était installé entre les deux hommes. L'eau glaciale de ces dernières semaines d'automne dégoulinait sur les traits de leurs visages et se fracassait dans les flaques qui prenaient tout doucement forme à leurs pieds. Antonio regardait Lovino, toujours sans mot dire, les yeux écarquillés et soucieux, la bouche entrouverte. Lovino se perdait dans cet éclat émeraude, dans cet éclat qu'il avait si longuement espéré lui voir revenir. Et maintenant qu'il était de nouveau là, Lovino ne pouvait même plus y voir son reflet, toute présence de lui avait disparue… Sa relation avec Antonio avait déjà estompé toute trace de son existence.

Il n'avait pas voulu l'admettre, mais cette que la gérante lui avait dite, avait tapé là où ça faisait le plus mal, là où Lovino était le plus sensible. Lovino perdit tout courage, épuisé :

- Laisse tomber ! J'en ai ma claque, putain !

Il fit volte-face et reprit à grandes enjambées la direction de la voiture, fulminant. Antonio l'appela :

- Lovi' ! Attends-moi ! De quoi je devrai me rappeler ? Dis-moi !

- Rien ! Ferme-la ! maugréa Lovino pour toute réponse, dévalant la petite pente en bas de laquelle était garée sa voiture.

Il manqua une fois de glisser mais fut rattrapé de justesse par Antonio qui lui avait empoigné le bras. Le cœur de Lovino loupa un battement quand il réalisa qu'il était à présent collé contre Antonio.

- Tu vas bien ? s'enquit ce dernier, l'air soucieux.

Lovino ne put répondre, trop troublé par cette soudaine proximité et voulu se dégager des bras de l'espagnol au moment où il sentit ses joues prendre feu, mais en fut incapable car ce dernier agrippa d'une main de fer ses bras et se planta de toute sa hauteur face à lui.

- Qu'est-ce qui se passe Lovi' ? demanda-t-il en fronçant légèrement les sourcils. Tu m'as l'air bizarre, en ce moment.

- Rien ! grogna l'italien, évitant de le regarder dans les yeux.

- Alors s'il n'y a rien, comme tu dis, explique-moi ce que je devrais savoir. ça m'aidera peut-être à retrouver la mémoire !

Lovino laissa échapper un rire amer.

- Tu ne comprendrais pas, de toute manière… soupira-t-il d'un air absent.

- Mais je peux essayer ! Tu essaies toujours de m'aider, laisse-moi te rendre la pareille ! Au moins pour cette fois…

Lovino releva des yeux livides vers Antonio.

- Je suis quoi pour toi, 'Tonio ? Réponds-moi honnêtement.

Antonio cligna des paupières, surpris par cette question.

- Mon meilleur ami, fit-il comme si c'était l'évidence-même.

Le souffle de Lovino se coupa net, une lueur incandescente traversa soudainement ses yeux.

- Et c'est justement parce que tu penses cela que tu ne comprendrais pas ce que je me tue à essayer de te dire. Maintenant lâche-moi !

Lovino se dégagea de l'emprise d'Antonio et dégringola le restant de la pente qu'il restait avant de grimper dans sa voiture et de claquer la porte.

Antonio resta quelques instants interdit, fixant toujours le point où Lovino avait disparu de sa vue. Il reprit ensuite sa descente à pas lourds, frissonnant à cause du froid. Voir Lovino, comme ça, les cheveux ondulés noyés par la pluie, le visage tordu sous l'émotion, cette sensation inexplicable qui s'était emparé de lui quand il l'avait touché et s'était penché vers lui… Tout ça l'avait troublé. Il avait eu une sensation de « déjà-vu », sans pour autant réussir à se souvenir d'où elle pouvait provenir. Lovino lui était familier, il le savait. Lovino avait fait beaucoup de chose pour lui, et Antonio lui en était éternellement reconnaissant. Le plus âgé s'était beaucoup attaché à lui, c'était indéniable. Mais là, l'italien lui avait paru perdu, triste et seul. Antonio savait que son colocataire avait un tempérament rebelle et qu'il n'hésitait pas à lâcher des insultes à tout bout de champ et de repousser quiconque tenterait de trop s'approcher de lui, mais il savait aussi que ce n'était rien d'autre qu'une façade pour cacher un jeune homme au cœur tendre et attentionné. Et à cet instant-là, au moment où Lovino l'avait regardé droit dans les yeux, il lui avait paru si fragile, et l'espagnol s'était fait violence pour ne pas le prendre dans ses bras et le réconforter, sous peine de se faire cogner.

Dans sa voiture, Lovino avait envie de se baffer. Merde. Il aurait pu tout lui dire, il aurait pu enfin en finir avec tout ça, enfin en voir le bout… mais il s'était dégonflé au dernier moment. Car cette phrase continuait de résonner en écho dans sa tête « vous me semblez trop éloignés l'un de l'autre pour être un couple ». Lovino n'avait pas pu le nier, car c'était la vérité. Et que cette foutue vérité si foutrement agaçante l'avait ramené sur terre, loin de toutes ses désillusions. Il devait reconstruire sa relation avec Antonio s'il voulait retrouver ce qu'il avait perdu. Et pour ça, il devait lui parler de ses parents… et de lui.

Il suivit machinalement Antonio du regard quand celui-ci arriva d'un pas nonchalant près de la voiture. Il attendit qu'il fut de installé pour mettre le contact et s'éloigner au son du moteur qui ronronnait.

Durant la soirée, Feliciano et Ludwig étaient passés, vite rejoints par Francis et Gilbert. Ils avaient tous partagés un repas préparé par le cadet des jumeaux ce soir-là, qui avait encore une fois acheté trop de pâte et avait décidé de tourner ça en « repas de famille ». Mais tous avaient ressentis la tension qu'il ne faisait que grandir entre Lovino et Antonio. Et tous tentèrent d'animer la soirée, tant bien que mal.

Lovino supposa que Francis et Gilbert en avaient touchés deux mots à Antonio car ce dernier avait essayé d'instaurer un sujet de conversation quand ils furent à nouveau seuls dans la maison, débarrassé des commérages sans fin d'un Feliciano ayant une petite cuite dans le nez. Il ramena une tasse de café à Lovino et la posa sur la petite table basse du salon, tout en sirotant distraitement la sienne.

- Tu te sens mieux ? souffla l'espagnol en glissant les yeux vers Lovino qui était recroquevillé dans le fond du canapé et visiblement pas enclin à lui répondre.

Mais, contre toute attente, Lovino reporta son attention sur lui en arquant un sourcil interrogateur.

- Je me suis toujours senti bien, affirma-t-il d'un air las et désabusé.

- Tu sais très bien que je ne parle pas de ta santé, Lovi'.

- Une petite précision s'impose, alors, ironisa Lovino en avalant une gorgée de son café brûlant qui lui permit de se réchauffer par ces températures plus fraîches.

Antonio roula des yeux.

- Je parle de la discussion qu'on a eue aujourd'hui ! Je te demandais si tu étais encore préoccupé par cette chose que tu as refusé de me dire.

Il venait d'insister tout particulièrement sur cette partie de la phrase, ce qui arracha un petit rire cynique à Lovino.

- Ohw ! Parce que Monsieur est encore plus curieux que d'habitude, à ce que je peux comprendre !

- Oui.

Lovino haussa les sourcils, étonné du ton sérieux avec lequel Antonio venait de lui répondre.

- Je m'inquiète pour toi, Lovi'. Je voudrai pouvoir t'aider comme toi tu le fais toujours.

Le cœur de Lovino loupa un battement.

« Si tu as vraiment envie de m'aider, tu n'as qu'à retrouver tes souvenirs ! » hurla-t-il intérieurement.

Lui aussi avait un peu bu pour oublier ses tourments, alors ça se ressentait dans sa manière de parler. Il était plus franc sous l'effet de l'alcool, même après une tasse de café. Il secoua la tête dans l'espoir de chasser ces pensées de son esprit.

- Très bien ! s'exclama-t-il en haussa quelque peu la voix. Qu'est-ce que tu pourrais faire si je te disais qu'une personne me manque ?

Antonio, qui s'était redressé pour écouter attentivement son colocataire, se voûta une fois de plus sur lui-même et bâtit des cils.

- Tu es amoureux, Lovi' ? Elle est comment ?

- « Il ».

- Hein ?

- C'est un homme, rectifia Lovino.

Antonio se figea, ce qui offusqua un peu le plus jeune.

- Owh… fut tout ce que l'hispanique trouva à répondre.

- Eh ouais, riposta Lovino d'un ton amer. J'aime les mecs, comme tu peux le comprendre. Satisfait, maintenant ? Je savais que je n'aurai pas dû en parler !

Lovino posa rageusement sa tasse maintenant vide sur la table basse et fit pour bondir sur ses pieds, mais fut stoppé dans son élan par le bras d'Antonio qui vint se placer dans sa trajectoire et qui l'obligea à se rassoir dans le fond de son dossier.

- Il est comment ? demanda-t-il d'une expression que Lovino ne put déchiffrer.

Voyant que Lovino ne disait mot, Antonio poursuivit.

- Il est comment, cet homme ? Je peux savoir ?

Lovino prit une longue inspiration, il avait la sensation de retomber quelques années en arrière, quand Antonio lui avait demandé pour son homosexualité et que Lovino l'avait décrit lui, tout juste comme maintenant.

- C'est un idiot fini. Et un imbécile heureux. Et il m'énerve comme pas d'autres à toujours sourire pour un rien et à être un véritable pot de colle en manque d'affection.

Un sourire crispé se dessina sur les lèvres de l'espagnol, sourire que Lovino ne remarqua pas.

- Tu as l'air de beaucoup l'aimer…

Lovino ne prit pas attention à cette voix brisée, il était trop occupé à se ressasser tous ce qu'il reprochait à Antonio… tout ce qu'il aimait à propos de lui.

- Il a toujours eu peur d'être rejeté, et de finir encore une fois seul… comme avant.

- Je le connais ?

Lovino suspendit tous ses gestes. On y était. Il serra les poings et prit une longue inspiration.

- Plus maintenant.

Lovino ne mentait pas, du moins dans ce qu'il ressentait. Car Antonio, celui qui se trouvait près de lui en ce moment-même, lui semblait effacer toute trace du précédent Antonio. Car le précédent Antonio l'aimait en tant qu'amant… alors que celui du présent ne se rappelait même plus avoir partagé avec lui une liaison plus profonde que de la simple amitié.

Tandis qu'il posa sa tête sur le dossier du canapé, Lovino sentit un poids lui retomber sur les épaules, ses paupières. Il avait fini son café, il avait amené Antonio à décrocher un job. Maintenant, il devait amener Antonio à le voir de nouveau comme ce qu'il était réellement : son compagnon.

Antonio s'étonna de voir Lovino piquer inopinément du nez, sans prévenir. La dose d'alcool que son frère lui avait fait avaler l'avait achevé. Antonio sourit, mais son sourire n'était pas des plus heureux. Si Lovino avait regardé de plus près, il aurait vu qu'Antonio se rétractait à chaque nouvelle chose qu'il apprenait concernant la personne dont Lovino semblait profondément amoureux. Il l'avait vu rougir au fil des mots, il avait vu ses yeux se voiler de nostalgie… mais surtout, il avait réalisé à quel point cette personne lui manquait. Et, étrangement, il s'était sentit exclus, délaissé.

- Allez Lovi' ! Il faut aller te reposer dans ta chambre !

Pour toute réponse concrète, il reçut un simple « Nh. »

Il réfléchit quelques instants. Ça s'énonçait d'être compliqué de le faire grimper sur son dos ou de le passer par-dessus son épaule, qui l'aurait sans aucun doute rendu malade. Il passa ses bras dans le dos et sous les jambes de Lovino et se fit force pour le soulever, l'ayant pris dans une position pour le moins inconfortable. Une fois calé dans ses bras, Lovino lui parut léger… voir trop. Avait-il perdu du poids ? Maintenant qu'il y regardait de plus près, Lovino semblait s'être affiné. Lovino s'agita et passa ses bras par-delà le cou d'Antonio et y enfuit son visage aux pommettes rosettes, cherchant un peu de chaleur. Antonio sentit de nouveau cette même sensation, cette même familiarité, cette même… envie de se rapprocher.

Il se ressaisit et se dirigea vers l'escalier où il s'engagea, montant marche après marche et évitant de son mieux de tanguer et de tout dégringoler d'une façon qu'il estimait sans doute très douloureuse au vu de sa situation actuelle. Il ouvrit tant bien que mal la porte malgré ses bras chargés et pénétra dans la chambre lugubre. Lovino grognait de mécontentement à chacun de ses pas, ce qui arracha un petit rire à l'espagnol.

Il le déposa avec délicatesse dans son lit double et délia ses bras de sa nuque. Un frisson lui parcourut l'échine quand il lui effleura la peau. Il n'arrivait pas à se débarrasser de cette impression de « déjà-vu » qu'il lui avait continuellement tordu l'estomac depuis quelques jours, bien avant qu'il n'aille se présenter pour obtenir son boulot.

Il épousa la pièce du regard en se relevant doucement pour s'étendre le dos. Elle aussi, elle lui était familière.