Disclaimer : Les personnages de Saint Seiya ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Mû/Saga.

Rating : M.

Salut !! Didi est de retour...

Lys : ... pour vous jouer un mauvais tour...

Donc voici un nouveau chapitre de "Souviens-toi" ! J'espère que cette suite vous plaira toujours autant !

Lys : Il ne nous reste plus que plus 18e chapitre à écrire et puis c'est fini !

Exactement !

Lys : Oui, vous avez raison, elle pourrait poster ses chapitres plus souvent, elle n'a aucune excuse...

O.O Et le bac, t'en fais quoi ?

Lys : Bah ils sont écrits, de toute façon...

-.-'

Lys : Tu sais que j'ai raison :p.

T.T

Bonne lecture !


Chapitre 11

Il s'était mis à neiger. Lys voyait les flocons tomber derrière la vitre de sa fenêtre. Elle aurait voulu sortir et sentir le froid lui fouetter le corps et l'esprit, mais elle était là, dans ce lit d'hôpital, à somnoler tout en lisant un livre. Elle n'avait même pas envie de travailler. Elle savait que Kanon s'occupait de tout et elle avait une confiance presque aveugle en lui.

Quand elle l'avait vu entrer dans sa chambre et s'asseoir à côté de son lit, Rhadamanthe à ses côtés, elle avait eu envie de hurler et de les jeter dehors tous les deux. Mais elle s'était tue, sa voix bloquée dans sa gorge. Kanon la regardait avec de l'inquiétude dans les yeux, tout comme son cousin.

Pendant quelques secondes, la jeune femme les avait imaginés blêmir au téléphone, faire leurs valises et sauter dans le premier train. Quand son adjoint avait pris sa main dans la sienne, Lys s'était contentée de sourire, comme pour lui dire qu'elle allait bien. Dans le fond, elle était soulagée qu'il soit là.

Saga était passé la voir avec Mû et Kiki. Elle avait senti son inquiétude, même s'il la cachait. Elle s'était plainte pour la forme, elle n'était pas mourante, mais elle était heureuse qu'ils soient venus quand même. C'était agréable de se sentir aimée. Et qu'on s'inquiète un peu pour sa santé… Évidemment, elle ne l'aurait jamais avoué.

Ça faisait maintenant deux jours qu'elle était dans cette chambre d'hôpital, elle pourrait sortir le lendemain. Rhadamanthe s'était déjà installé chez elle, il resterait toute la semaine. Elle trouvait ça génial, elle allait pouvoir lui tirer en toute tranquillité les vers du nez pour savoir comment ça avançait avec Kanon.

Elle eut un sourire en pensant à son adjoint. Puis, sans vraiment s'en apercevoir, ses pensées dérivèrent vers son travail, et d'autres visages qui s'étaient accumulés ici, les uns après les autres. D'abord, il y avait eu sa mère, terriblement inquiète qui lui posait mille et une questions auxquelles Lys répondait par monosyllabes, trop fatiguée pour faire des phrases trop longues.

Ses frères étaient venus, aussi. Henri travaillait à l'hôpital, rien d'étonnant à ce qu'il vienne prendre de ses nouvelles. À nouveau, elle avait eu droit au questionnaire sur son amant, la blonde l'avait envoyé balader. Puis il y avait eu René Charles et Jean. Elle était certaine qu'ils étaient venus pour s'assurer qu'elle était toujours en vie. Des fois qu'elle clamse, avec ce qu'elle avait dans le ventre… mais ne soyons pas trop optimiste.

Agnès était passée, aussi. Une fois, puis deux. Elle venait prendre des nouvelles, mais elle voulait aussi lui parler de son amant. De son divorce. De cet enfant qui grandissait dans son ventre. En fait, ce type ne voulait plus d'elle parce qu'elle attendait un enfant. Son mari ne voulait plus d'elle parce qu'elle était enceinte d'un autre. Elle voulait des conseils et de l'aide. Lys lui avait dit de vivre sa vie et de la laisser tranquille. Son père ne la harcelait pas, elle.

Sa sœur aînée était partie, vexée, mais la blonde savait qu'elle reviendrait. Un peu comme son père, qui partait en colère mais qui finissait toujours par revenir, un jour ou l'autre. Ah, celui-là… Il était passé elle ne savait combien de fois la voir, en deux jours. Les médecins lui avaient dit franchement que c'était à cause du stress et de la fatigue qu'elle était tombée de fatigue. Sa fille avait failli perdre ses enfants, ou provoquer un accouchement bien trop avancé. Maintenant, il lui était interdit de travailler et de voyager.

Son père n'avait pas manqué de se mettre en colère en apprenant ça. Lys se sentait d'attaque pour riposter, mais ce fut Kanon qui péta un câble. À se demander s'il n'allait pas rôtir son père sur place. Il s'était d'ailleurs enfui la queue entre les jambes. Un peu plus tard, elle sut par Saga que Rhadamanthe en avait rajouté une bonne couche de son côté, il était rentré dîner légèrement sur les nerfs.

Ainsi, son père passait de temps à autre à l'hôpital prendre de ses nouvelles et essayer de s'excuser, mais Lys l'ignorait. Elle avait mieux à faire que d'écouter ses tentatives d'excuses. À savoir trouver une excuse pour les fêtes. Les médecins, et Rhadamanthe, Kanon et Saga, refusaient qu'elle voyage dans son état. Comment expliquer ça à son chéri ? Comment lui dire qu'elle ne pourrait passer les fêtes avec lui ? Elle avait envie de pleurer rien qu'à penser qu'elle ne le verrait plus avant la naissance de ses enfants… ou avant qu'elle n'ait le courage de tout avouer à son père…

Lys poussa un long soupir. Elle allait bien trouver quelque chose. Elle allait réussir à lui expliquer la situation sans qu'il ne s'inquiète trop. Du moins, elle l'espérait.

On toqua à la porte et deux personnes entrèrent dans la pièce. Lys fit un sourire à son frère, son sauveur, et à Ingrid. Elle tenait un grand bouquet de fleurs dans les bras, un sourire joyeux sur les lèvres. Celle-là, c'était la seule avec Aaron à ne pas l'avoir harcelée pour savoir qui était son amant mystère. À vrai dire, du moment que sa sœur allait bien et que ça ne dérangeait pas sa vie, qu'importe avec qui elle se mettait en couple.

Aaron l'embrassa sur la joue, puis Ingrid lui fit un gros câlin et se mit à papoter gaiement, lui parlant de son stage dans une entreprise où elle devait être interprète. Lys écouta son blabla en se disant que ça changeait un peu de tout ce qu'elle pouvait entendre.

OoO

« Arrête de tourner en rond, tu me donnes le tournis.

- Quand est-ce qu'il rentre, ce crétin ?

- Bientôt, ne t'inquiète pas.

- On ne sait jamais, avec lui, il ne rentre jamais à la même heure. »

Phrase à ne pas dire. Rhadamanthe partit comme une flèche dans le salon chercher son portable alors que Saga lançait un regard exaspéré à Mû qui lui fit un sourire d'ange. Quelques secondes plus tard, l'anglais revint en pestant après un « dragon de pacotille qui n'a jamais son portable allumé ».

« Il n'est que neuf heures et il lui arrive de rentrer à onze heures.

- Crétin de dragon.

- Maman poule.

- Pardon ?! »

Saga éclata de rire alors que Rhadamanthe jetait un regard noir au malade, pas si malade que ça tout compte fait, qui lisait sagement son roman. Mû n'était pas désagréable mais il avait la sale manie de sortir des petits mots comme ça qui mettaient en rogne…

Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit. Kiki, assis dans le salon pour regarder la télé, cria un « Ah bah enfin ! » alors que Rhadamanthe poussait un soupir quelque peu soulagé. Mû dit à Saga que ça ne servait à rien de s'inquiéter, Kanon rentrait tard et souvent sans ses clés, mais il finissait toujours pas retrouver le chemin de la maison. Comme les chats perdus, quoi. Cette fois-ci, Rhadamanthe rejoignit Saga dans son hilarité, Kanon se demanda bien ce que ce malade pas si malade que ça avait bien pu dire encore. L'image de Kanon avec des oreilles de chat et tout crade venait de leur effleurer l'esprit.

L'adjoint de Lys entra dans la cuisine, embrassa Rhadamanthe sur la tempe, puis son frère, mais bouda Mû qui lui dit qu'il n'avait rien fait de mal, sauf que Kanon savait très bien que cette tête d'ange s'était encore moquée de lui. Avec Saga et Kiki en prime, il était bien entouré, tiens…

Kanon s'assit, ou plutôt se laissa tomber, sur une chaise et Saga fit réchauffer son assiette dans le four à micro-ondes, alors qu'il leur résumait sa journée. Une journée harassante, car non seulement il y avait eu des rendez-vous, quelques peu difficiles maintenant que Lys n'était plus là, mais en plus il avait vu de la famille à la patronne…

« Tu as vu qui ?

- Jean et le paternel.

- Génial. De quoi te pourrir la journée.

- Je te remercie pour ta compassion, Rhadamanthe. Enfin bon, c'est surtout les rendez-vous qui m'ont embêté. Il y en avait beaucoup aujourd'hui, et sans Lys…

- Où est le problème ? »

Saga servit du thé à Mû et Rhadamanthe avant de remplir sa propre tasse et de s'asseoir à table.

« Disons que… Bah d'abord, j'ai plein pouvoir, ou quasiment, puisqu'elle est à l'hôpital, alors soit on me traite comme un abruti, soit on fait le faux cul.

- Ça, c'est le plus chiant quand tu succèdes à quelqu'un. Mais bon, tu leur mets un coup de boule à chaque fois qu'ils te gonflent et ça roule.

- Comment gérer une entreprise, par Ryan Wolf.

- Tu sais ce qu'il te dit, le Ryan Wolf ? »

Ouais, décidément, quand c'était pas Mû, c'était Saga qui s'y mettait.

« Aussi, y'a les parasites comme Pacaly, je peux plus le voir en peinture.

- Qui c'est ?

- Un amour de jeunesse de Lys. Il espère encore, va comprendre. Elle est enceinte jusqu'au cou, mais à part ça… »

Philippe Pacaly était plutôt agréable à l'œil. Un homme bien habillé, bien coiffé avec une voix grave et des yeux bleus qui donnaient froid dans le dos quand il était énervé. Enfin, ils donnaient tout le temps froid dans le dos, mais c'était pire quand il était sur les nerfs. Kanon comprenait sans mal que Lys ait été attirée par ce gars-là, un grand ténébreux, mais il le trouvait légèrement… collant. Et un peu trop sûr de lui, aussi…

Tout en buvant son thé, Rhadamanthe essayait de mettre un visage sur ce nom, et il revit ce glaçon ambulant qui ne semblait se réchauffer qu'au contact de sa cousine. Cousine qui l'avait vite laissé tomber quand il lui avait fait part, à demi mots, qu'il voulait l'épouser. Lys avait autre chose en tête que le mariage, à l'époque, et même aujourd'hui, il doutait qu'elle ait envie de se marier, ce n'était pas un idéal pour elle, juste une signature sur des papiers.

« Je vois de qui tu parles. Un glaçon sur pattes un peu trop sûr de lui. Tellement sérieux que c'est à vomir.

- Ça doit être ça.

- Elle était vraiment amoureuse ? »

Saga ne connaissait pas vraiment le passé de Lys. À part qu'elle avait six frères et sœurs ainsi qu'un père emmerdant, il ne savait pas grand-chose. Pas qu'il était spécialement curieux, mais on ne pouvait pas dire que Lys était très ouverte en ce qui concernait sa vie personnelle, même s'ils étaient plutôt proches.

« Amourette de jeunesse. Remarque, il est plutôt pas mal, le genre grand brun ténébreux. Mais elle est un peu trop sauvage pour lui, c'est une fille soumise qui lui faut, pas une nana comme Lys. »

D'ailleurs, quand il y pensait, leur liaison n'avait pas duré plus de deux ou trois mois… Rhadamanthe eut un léger sourire ironique.

« Sinon, et vous deux ? »

Saga lui dit qu'à part taper sur son ordinateur, il n'avait pas fait grand-chose de la journée. Rhadamanthe, quant à lui, était passé voir un peu la famille, histoire de ne pas se faire remonter les bretelles par son père une fois rentré chez lui. Rien de bien intéressant, en somme.

OoO

Il eut à nouveau cette sensation de flottement… Comme si son esprit quittait son corps, flottant dans les airs pour revenir dans son enveloppe un peu plus tard, ramenant avec lui des images inconnues. Pas d'eau autour de lui, juste des couvertures chaudes, alors Mû se laissa aller à ces doux songes, les yeux clos.

À nouveau, son regard errait sur les campagnes verdoyantes, où s'éparpillaient çà et là des petites maisons, puis des routes apparurent, des bidonvilles, des bâtiments plus ou moins élégants, plus ou moins habités.

Ralentissant l'allure, il se laissa tomber dans les rues animées par les marchés, écoutant à peine ces hommes et ces femmes enveloppées de saris remplir les allées de leurs voix. Non, il préférait avancer, flottant au-dessus de tous ces visages inconnus dont il distinguait à peine les traits.

Sans vraiment savoir pourquoi, il cessa son chemin et son visage se tourna lentement sur une vitrine. Une vitrine propre qui laissait voir le bar qu'elle protégeait de la cohue à l'extérieur. Un léger sourire se formait sur ses lèvres, alors qu'il distinguait un visage, parmi tous ceux qui entouraient les tables arrondies.

Il se sentit entrer dans cette salle enfumée et moite, il pouvait presque sentir l'odeur de la nourriture, du café et de la cigarette. Mais ses yeux étaient posés sur ce jeune homme si différent des autres, si beau et serein. Une lueur de tristesse vacillait dans ses yeux bleus, mais ce n'était pas cela qui attirait le regard de ces femmes modernes qui tenaient un bâton de tabac entre leurs lèvres. C'étaient ses cheveux blond doré qui faisaient briller leurs yeux, ces cheveux qui descendaient juste sous ses épaules, auréolant son visage d'ange.

Pendant un instant, Mû eut envie de l'appeler. De crier son nom, mais il sentait une main sur son épaule, entendait une voix à son oreille, et la vision d'estompait déjà, s'enveloppant dans un brouillard trop épais pour qu'il puisse y distinguer quand chose…

OoO

Abandonné dans les bras de Morphée, Mû sommeillait dans son lit, le visage serein et le corps détendu sous la couette épaisse. Pendant quelques minutes, Saga le regarda dormir, enviant un peu sa capacité à fermer les yeux et laisser son esprit dériver sans se réveiller à cause de ses cauchemars. Enfin, tant qu'à faire, autant que Mû ait un sommeil doux plutôt que perturbé.

Saga avait toujours du mal à s'endormir et il lui arrivait de faire des nuits blanches, ou alors de se réveiller à cause d'un cauchemar. Cette voix si familière et si étrange à la fois résonnait dans sa tête, comme le bruit entêtant d'une cloche. Et puis des visages, des morts, des papiers qui volent autour de lui, arrêts de morts ou de vie… Les thermes purificateurs qui lui permettaient de se réveiller de sa transe, ces miroirs le long de murs, le narguant discrètement. Il pouvait presque les entendre rire quand il passait devant eux et qu'un autre reflet le défiait de ses yeux malveillants…

D'un geste nerveux, le grec secoua l'épaule de son ami pour le réveiller. Et accessoirement se réveiller lui-même… Mû ne tarda pas à ouvrir les yeux et à le regarder vaguement, l'esprit encore embrumé par le sommeil réparateur. Il lui fit un sourire, tout en essayant de distinguer ce qui se trouvait autour de lui. C'est alors que deux lèvres se posèrent sur sa joue, et une mèche bleue lui chatouilla le nez.

Ravi, il enserra le cou de Saga, l'attirant plus prêt de lui, alors que le grec glissait ses bras autour de lui pour le serrer contre son corps. Le serrer fort, comme s'il avait peur qu'il s'envole. Cet être chéri, cet ange tombé du ciel dont on avait blessé les ailes. Il finirait pas repartir, un jour. Loin de lui. Très loin…

Avec tendresse, le tibétain caressait les longs cheveux du grec, comme pour le rassurer. Il respirait son odeur, le parfum de sa peau au creux de son cou, alors qu'il le sentait se détendre sur lui, ses bras autour de sa taille, l'emprisonnant avec douceur. Pour essayer d'apaiser un peu Saga, Mû prononça quelques mots qu'il aurait mieux fait de garder pour lui.

« Saga… C'est qui, Shaka ? »

OoO

Rhadamanthe raccrocha et poussa un soupir. Il lui semblait pourtant avoir prévenu son père de son départ… Enfin, c'était un vieux qui ne voulait bien entendre que ce qu'il voulait. Maintenant, il était rassuré, il pouvait rentrer chez lui en paix. Pas de cancer à l'horizon, alors il n'avait plus de raison de rester plus longtemps à Londres.

L'anglais revint dans le salon où se trouvait Saga qui regardait vaguement la télévision. Mû était à l'étage. Sa fièvre était tombée mais ils l'avaient retrouvé endormis dans le canapé. Un coup de barre, sûrement. Et Saga n'avait pas envie de le déranger en tapant sur le clavier de son ordinateur. Et n'avait pas d'inspiration, non plus.

Saga leva les yeux vers son ami, quittant cet air rêveur qu'il traînait derrière lui depuis le début de la matinée. Rhadamanthe s'assit à côté de lui.

« Un problème ?

- Mon père n'a apparemment pas reçu mon coup de téléphone pour le prévenir que je partais pour la France. Il me semblait lui avoir parlé, mais bon.

- Et son cancer ?

- Son médecin voulait le tuer avant l'heure, il n'a rien du tout.

- C'est génial, tu dois être rassuré.

- Oui. Il arrêtera de me casser les pieds. »

Saga eut un sourire moqueur, puis il retomba dans sa rêverie. Il se passa quelques minutes de silence, à peine troublé par la télévision, avant que l'anglais ne se décide à le briser.

« Qu'est-ce qui te tracasse ?

- Rien.

- Tu peux dire ça à ton frère mais pas à moi. »

Rhadamanthe regarda le grec, attendant qu'il tourne les yeux vers lui. Saga s'y résigna. Bien sûr que quelque chose n'allait pas, mais il ne pouvait pas faire grand-chose pour arranger son problème. Il ne pouvait rien faire, et dans le fond, il ne voulait pas changer les choses. C'était impossible.

« Je crois que j'ai peur.

- Que Mû retrouve la mémoire. »

Rhadamanthe s'en doutait. Ce n'était plus un secret pour personne, Saga et Mû étaient amoureux. Ou du moins cette partie innocente et amnésique du jeune homme. Kiki ne l'avait pas si mal pris que ça, ce qui surprit beaucoup Saga et Kanon.

D'ailleurs, ce dernier évitait maintenant de taquiner son frère à propos de ses sentiments pour le tibétain car Saga n'hésitait plus à lui faire des remarques sur sa propre relation avec Rhadamanthe. Comme leur première nuit ou même leur premier baiser. C'était suffisamment discret pour que Kiki ne comprenne pas, ce qui n'était cependant pas le cas de Rhadamanthe.

Mais entre Mû et Saga, ce n'était pas comme entre son frère et l'anglais. Il y avait toujours la peur et le désir, paradoxalement, que Mû redevienne lui-même. Qu'il oublie Saga, que tout redevienne comme avant. Juste retour des choses. Douloureux retour des choses.

« J'ai peur que tout ça s'arrête.

- Tu es vraiment amoureux, toi. »

Saga ne répondit pas. Il s'interdit de répondre, et Rhadamanthe s'en doutait. Impossible d'avouer ce sentiment à voix haute ou dans son esprit. Ce serait comme un crime. Et Mû n'était pas dans son état normal. S'il ne disait rien, il n'espérait rien, et il serait moins déçu le moment venu.

« Ça n'est pas encore pour tout de suite, tu sais.

- Mais ça commence à revenir.

- Ah bon ?

- Il fait des rêves. Il voit les autres, sûrement dans leur vie actuelle. Il ne se rappelle pas de leur nom et tout juste de leur visage.

- Et il en a reconnu un.

- Oui. »

C'est qui, Shaka ?

Un ami. Un vieil ami à toi, Mû, avait-il répondu. Que pouvait-il dire d'autre ? Cette question l'avait bouleversé. Mû commençait déjà à se souvenir de son passé, à travers des prénoms. Il y avait eu d'abord des visages, mais cela n'avait pas… inquiété Saga. Maintenant, c'était différent.

« Il ne va pas tarder à se souvenir de tout.

- Espérons que ce soit le plus tard possible.

- Pas pour lui, il aimerait retrouver ses souvenirs.

- Mais toi tu resteras tout seul comme une cloche.

- Rhadamanthe…

- Tu n'oseras pas aller le voir et tu seras malheureux. J'espère que ça arrivera le plus tard possible. »

Dans le fond, Saga l'espérait aussi. Mais le retour des choses devait se faire, qu'il le veuille ou non. C'était ainsi…

OoO

« À quelle heure ils arrivent ?

- À dix heures.

- Demain ?

- Ryan Wolf !! Vous me cassez les pieds !!

- Pas la peine de t'énerver… »

Lys et Kanon étaient écroulés de rire sur la table de la cuisine. Saga était à deux doigts d'écarteler vivant ce sale british casseur de nerfs. Ceux de Saga étaient solides, mais quand même ! Voici quatre ou cinq jours, Saga ne savait même plus, que Rhadamanthe était à Paris et il n'arrêtait pas de lui demander quand, où et… quand… la charmante Corinne et ce crétin d'Éaque venaient à Paris.

« Rhadamanthe, pour la dernière fois, ils arrivent le vendredi 15 décembre, à savoir demain, à dix heures trois précises.

- Et vous arriverez quand chez toi ?

- Mais je vais le tuer, celui-là… »

Et pas seulement lui, ces deux crétins qui pleuraient de rire dans leur coin allaient y passer aussi…

« Rhadamanthe, laisse tomber ou Saga va t'arracher la langue.

- On voit les connaisseurs… »

Kanon jeta un regard mauvais à sa patronne qui porta sa tasse à ses lèvres. Un bon chocolat chaud qui ne lui ferait pas de mal, surtout celui que Saga lui préparait. Tellement sucré que c'était à vomir. Mais elle adorait ça. Et elle adorait aussi échanger sa tasse avec celle de Kanon, juste pour voir sa grimace.

« Et c'est qui, ta copine ?

- Ma copine ?

- Celle qui vient avec Éaque.

- Corinne ? Une amie me l'a fait connaître.

- D'ailleurs, ça fait un bout de temps qu'on n'a pas eu de nouvelles d'elle. »

Tiens, maintenant qu'il y pensait… Kanon n'avait pas tort, elle n'avait pas appelé, ces derniers jours… Il allait essayer ce soir, juste pour voir ce qu'elle devenait avec son handicapé. Dont il ne connaissait toujours pas le nom, d'ailleurs. Ludivine était assez discrète sur son identité. Pas de doute que Médicis lui avait fait juré de ne révéler son nom à personne.

« T'inquiète pas, Rhadamanthe, tout va bien se passer. »

Du moins, Saga l'espérait. Lys regardait discrètement son cousin et elle ne put résister à en placer une.

« C'est quelqu'un de bien élevé, tu n'auras pas de problèmes avec lui. Rhadamanthe passe pour une brute à côté.

- Pardon ?!

- À ce point ?

- Tu sais que Rhadamanthe est méticuleux en ce qui concerne ses fringues, n'est-ce pas ? Imagine en puissance dix, c'est quelque chose !

- Et toi, tu dois être un homme des cavernes à côté, alors ?

- Kanon !! »

Rhadamanthe et Saga cachèrent leur rire du mieux qu'ils purent alors que la blonde lançait un regard noir à Kanon, tout en lui disant que lui était une bête sauvage si on suivait la comparaison. Le pauvre n'avait pas dit ça de façon méchante. Bah, y'a que la vérité qui blesse… Oh la la, ç'allait être beau à la maison, déjà que Rhadamanthe était gonflant là-dessus, qu'est-ce que ç'allait être…

OoO

La météo avait prévu une petite baisse de la température et elle ne les avait pas déçus. Il faisait un froid à ne pas mettre le nez dehors, ni même un chien. Saga avait failli donner un coup de pied dans le derrière de Sayuri qui refusait de sortir. D'ailleurs, la balade n'avait pas été longue, à peine avait-elle fait ses besoins qu'elle voulait rentrer. Ce n'était pas Saga qui allait se plaindre, il était gelé.

Il hésita longuement avant de prendre sa voiture pour aller chercher ses invités. Il n'avait pas vu ni même entendu au téléphone son « beau-frère », comme le disait moqueusement Lys, ce qui énervait particulièrement Kanon et le concerné. Ils n'étaient pas mariés, non plus ! Enfin… Le fait est que Saga n'avait pas vu l'anglais qui refusait d'être là quand Éaque arriverait.

Il embrassa Mû en lui disant que, s'il avait le moindre problème, qu'il n'hésite pas à l'appeler. Mû se contenta de lui sourire en lui promettant que tout se passerait rien. Et Sayuri était là pour le protéger, elle grognait à chaque fois que la porte d'entrée s'ouvrait, le froid pénétrant dans la maison leur donnant la chair de poule.

C'est donc en tenue de combat que Saga prit le volant de sa voiture en direction de la Gare de Lyon où ses deux invités ne tarderaient pas à arriver. Corinne l'avait appelé la veille, en lui demandant si ça ne le dérangeait vraiment pas d'accueillir un parfait inconnu tel que Éaque. Quoique, son compagnon lui avait assuré qu'il connaissait Saga de vue. Mais quand même… Le grec l'avait rassurée, ça ne le dérangeait pas.

En avance, l'homme resta un peu dans sa voiture un petit quart d'heure puis se décida à en sortir. Il avait enfilé un chaud manteau, une écharpe et des gants. Il aurait pu se trouver ridicule, ainsi emmitouflé, si la grande majorité des personnes qu'il croisa n'était pas habillée comme lui. Les enfants portaient des doudounes multicolores, certains éternuaient. Cependant, il aurait été inquiétant que le thermomètre affiche les trente degrés en décembre…

Saga regarda le grand panneau, cherchant le train, qui n'allait pas tarder à arriver. Il s'avança sur le quai, les mains dans les poches, attendant que le train soit là. Il le vit arriver à toute vitesse dans le large couloir, à sa droite. Les gens se précipitèrent hors des wagons, sautant dans les bras des uns et des autres. Contournant les gens qui tiraient comme des forcenés les valises, les autres stationnant en plein milieu du passage et les enfants courant presque devant leurs parents pour sortir de la gare, Saga chercha des yeux un visage connu.

« Saga !! »

Et il en vit un. Secouant la main, Corinne tirait sa valise, un grand sourire sur le visage. De la buée s'échappait de ses lèvres et ses yeux bruns brillèrent de bonheur en le voyant. Il la trouva encore plus jolie que la dernière fois qu'il l'avait vue. Ses cheveux bruns avaient un peu poussés et, malgré son épais manteau d'hiver, il la trouvait ravissante. Toujours pareille, elle n'avait pas vraiment changé.

La jeune femme lui sauta dessus pour le serrer fort dans ses bras. Ça faisait tellement longtemps qu'elle ne l'avait pas vu, ça faisait du bien ! Puis, elle lui présenta son compagnon, Éaque.

Il était comme dans son souvenir. Plutôt grand et élancé, son épais manteau noir masquait sa musculature, mais évidemment pas son visage qui attirait les regards. Il y avait dans sa figure quelque chose d'asiatique qui n'altérait en rien la virilité de son être. Ses cheveux tombaient en boucles savantes sur ses épaules, de longues mèches de cheveux noirs aux reflets bleutés, s'harmonisant avec ses yeux bleu foncé. Un bel homme, sans aucun doute.

Les présentations furent faites rapidement. Avec un léger sourire sans la moindre hypocrisie, Éaque tendit la main à l'ancien chevalier des Gémeaux qui la serra avec chaleur. Premier signe d'une nouvelle amitié, Saga l'espérait.

Ou l'ambiance allait être terrible à la maison…

OoO

Quand Corinne lui avait dit qu'elle allait passer quelques jours chez une connaissance à Paris, il s'était tout de suite demandé si la personne concernée avait un service trois pièces entre les jambes, ce qui avait évidemment été le cas. D'abord, Éaque s'était méfié. Il n'était nullement rassuré en imaginant sa petite amie chez un homme inconnu. Pas qu'il était jaloux, mais il y avait de quoi se poser des questions, tout de même.

En apprenant que l'homme s'appelait Saga, qu'il avait la trentaine et qu'il était grec, tous ses doutes s'étaient envolés. Quelle coïncidence… Saga des Gémeaux, ancien Grand Pope, autrefois connu pour son sens de la justice… Non, décidément, Corinne ne risquait pas grand-chose avec un type pareil. Enfin, en la sachant casée, il n'essaierait pas de la séduire.

Cependant, tout de même curieux, Éaque avait insisté pour suivre son amie qui était extrêmement gênée de demander à Saga d'accueillir son compagnon. Ce que le grec avait accepté sans la moindre hésitation. Les jours qui suivirent et tout le long du voyage, le népalais s'était demandé comment il allait réagir une fois en face de son ancien ennemi. Ce que ce dernier allait faire.

Ce fut comme si c'était déjà programmé à l'avance. Une poignée de main serrée avec chaleur, un signe d'amitié. Ou du moins d'entente. Et le jeune homme préférait avoir de bons termes avec lui. C'était un ami de Corinne et il devait certainement être plus ouvert que son frère jumeau. Et Rhadamanthe.

Éaque eut un sourire amusé en pensant à l'ancien spectre. Ah, Rhadamanthe… Ce crétin qu'il avait fréquenté en de rares occasions, avec lequel il avait partagé son ennui mortel pour les réceptions. Crétin qu'il adorait embêter, son passe-temps favori quand il était coincé entre quatre murs avec des gens qui lui étaient indifférents.

En Enfers, il ne l'avait pas reconnu. Ils avaient changé en quelques années, Éaque avait laissé ses cheveux courts pousser alors que Rhadamanthe coupait les siens. Et puis, ils n'étaient pas particulièrement proches, en Enfers. Personne n'était vraiment proche. L'amitié n'existait pas vraiment, juste la reconnaissance…

« Saga, tu as des nouvelles de Ludivine ?

- Heu… non. Ça fait quelques jours que je ne l'ai pas eue au téléphone…

- C'est inquiétant, quand même, je n'arrive pas à la joindre…

- Ne t'inquiète pas, je suis sûr qu'elle va bien. »

Ludivine… Éaque tenta de se remémorer la jeune fille qu'il n'avait qu'aperçue que sur une photographie. Une amie de Corinne à qui ils allaient rendre visite. Elle lui avait paru sympathique et elles entretenaient de bons rapports. La jeune fille ne devait pas être si désagréable.

« Ah, j'allais oublier ! On a un chien, maintenant.

- Ah bon ? C'est génial ! Mais je croyais que tu ne voulais pas d'animal chez toi !

- Kiki a ramené une chienne abandonnée. À deux contre un, qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Éaque, ça ne te pose pas de problèmes ?

- Pas du tout, j'aime les animaux. C'est quoi comme race ?

- Je ne sais plus. »

Corinne le charia gentiment, Saga était vraiment un sans cœur. Il ne savait même pas de quelle race était son animal de compagnie ! Le grec lui répondit qu'il savait que c'était un chien et ça lui suffisait amplement, ce qui fit rire Éaque. Nul doute que Saga n'était pas un passionné des animaux, contrairement au népalais. Corinne avait été quelque peu troublée en découvrant deux chiens et un chat dans le vaste appartement de son compagnon, qui possédait plusieurs chevaux, installés dans la province française.

Ils ne tardèrent pas à arriver chez le grec. Un pavillon entretenu, agréable à la vue même s'il était loin de ces palaces où Éaque avait l'habitude de se rendre. C'était agréable, Éaque avait tendance à se sentir mal à l'aise dans des endroits trop luxueux. Quand on avait connu l'Enfer, difficile de se pavaner dans des pièces si luxueuses qu'elles permettraient de faire vivre des dizaines de personnes dans les parties reculées du monde.

Saga gara sa voiture dans le garage et tout le monde en sortit. Il prit la valise de Corinne dans le coffre alors qu'Éaque attrapait la sienne. Ils montèrent un tout petit escalier et entrèrent dans la maison. Et c'est alors que…

« Sayuri !! »

… une chienne encore non identifiée leur sauta dessus. D'abord sur Saga, mais comme elle le connaissait déjà, elle le laissa vite tomber et fit la fête aux nouveaux arrivant. Amusée, Corinne lui caressa la tête, alors que Éaque fondait littéralement pour l'animal qui se trouva donc un nouveau fan. Perdant son air sérieux, Saga lui trouva un air de gamin devant un nouveau jouet.

Ils entrèrent dans le salon où se trouvait Mû et, accessoirement, Kiki qui attendait patiemment son repas. Enfin, c'était vite dit, il avait une dalle d'enfer et ne cessait de rouspéter intérieurement après Saga sous le regard amusé de son ancien professeur. Les présentations furent vite faites, Corinne embrassa le jeune homme sur les deux joues alors qu'Éaque lui serrait la main. Il ne vit pas cette légère lueur de défi dans ses yeux, comme il avait pu la percevoir chez Saga. Cette petite lueur qui lui disait qu'ils avaient un passé commun et qu'il valait mieux l'enterrer définitivement.

Il ne se rappelait pas vraiment du jeune homme. Il n'avait dû voir que son portrait, les spectres de haut rang se devaient de connaître le visage de leurs ennemis, mais c'était tout. Il fut cependant quelque peu touché de le voir ainsi, fragile sur ce canapé et sans souvenirs. Ce ne devait pas être évident, ni pour lui ni pour les autres.

Saga les emmena dans la chambre d'ami. Il avait été conclu que, dorénavant, Saga dormirait avec Mû. Il aurait très bien pu partager le lit de son frère, mais cette possibilité n'avait même pas été évoquée, Kanon était une véritable araignée. Il ne pouvait s'empêcher, dans son sommeil, de s'étirer dans tous les sens, prenant toute la place, et accessoirement toute la couette. Quand ils n'étaient pas encore en situation régulière, Saga ne se gênait nullement pour jeter son frère hors du lit, ce qui lui permettait donc de dormir, mais Kanon, réveillé, ne restait pas immobile longtemps et se remettait à gesticuler pour retrouver son sommeil.

En somme, dormir avec Kanon était une horreur, et Lys était tout à fait d'accord avec Saga sur ce point. Pour ne pas louer deux chambres, Lys avait parfois partagé son lit avec Kanon, et elle n'avait pas hésité une seconde à lui donner des coups de pieds, inefficaces, puis de lui faire manger le sol. En fait, il fallait croire que seul Rhadamanthe pouvait supporter le grec. Enfin, comme il disait, mieux valait qu'il ait la bougeotte plutôt qu'il soit un gros ronfleur…

Éaque sembla quelque peu gêné de forcer Saga à dormir avec Mû à l'étage, et ainsi de le priver de son lit, mais le grec lui assura que ça n'aurait pas été différent s'il n'avait pas été là. Et il n'allait pas les faire dormir à l'hôtel. De toute façon, Mû ne bougeait pas, il n'avait pas de ver dans le derrière contrairement à son frère…

« Donc, voici la chambre, les commodités sont là-bas, la salle de bain est à l'étage, et la cuisine par là. »

Corinne connaissait déjà les lieux mais ce n'était pas le cas d'Éaque. Saga leur fit donc rapidement visiter en insistant sur le fait qu'ils pouvaient faire comme chez eux. Éaque, suivi de près par Sayuri, trouva le pavillon très agréable et se dit qu'il ne passerait pas un mauvais séjour entre ces murs.

Quand le tour du propriétaire fut fait, Saga accepta enfin de préparer le déjeuner. Kiki en sauta de joie. Corinne vint le rejoindre en cuisine, laissant son homme dans le salon qui partit dans une grande conversation littéraire avec le tibétain. Il pensait que Mû ne se souviendrait de rien et il fut surpris que, bien qu'ayant oublié son passé, il se rappelait aujourd'hui parfaitement de tout ce qu'il avait pu lire par le passé. Éaque était cultivé et il trouva un égal. De plus, ils venaient de pays voisins, même si Mû n'en avait pas vraiment conscience.

Le repas était presque prêt quand, soudain, on sonna. Saga ne sembla pas entendre et Mû poussa un soupir.

« Saga ! Ton frère a dû oublier ses clés !

- J'irai lui ouvrir dans deux minutes.

- Quand il sera gelé ? Après, il devra aller au médecin et on va tous être contaminés.

- Kiki, va ouvrir à ce crétin. »

Corinne et Éaque éclatèrent de rire alors que l'enfant allait tranquillement ouvrir à l'adjoint qui pestait contre ces « crétins pas fichus de lui ouvrir la porte et qui voulaient sa mort ». Quand il arriva dans le salon, frigorifié, il lança un regard étonné à Éaque et se souvint que, en effet, ils avaient maintenant des invités à la maison.

Le népalais se leva et lui serra la main. Corinne arriva et salua à son tour le grec. Voilà une tête connue. Puis, ce fut Saga qui arriva et il lui lança un regard moqueur.

« La prochaine fois, prends tes clés.

- Oh, ça va, hein…

- Rhadamanthe n'est pas avec toi ?

- Monsieur avait des choses à faire.

- Tu l'appelleras pour qu'il vienne avec Lys.

- Mais on sera combien à table ?! Hey, Saga, je te cause ! »

Mais le grec était déjà reparti dans sa cuisine alors que Kanon lui affirmait que ce n'était pas une bonne idée du tout d'inviter ces deux-là ensemble, Rhadamanthe ne ferait que le charrier et Lys mangeait comme quinze. Il ne fut guère soutenu par Éaque, il voulait voir Rhadamanthe et son amie enceinte jusqu'au cou. Corinne fut néanmoins d'accord avec Kanon, ça ferait un monde pas possible à table, mais Saga ne changea pas d'avis. De toute façon, ils finiraient forcément par rappliquer, ces deux-là, autant que ce soit maintenant…

OoO

C'est… folklorique…

Devant ses yeux bleus, s'étendait un curieux tableau. Mais Lys ne regrettait pas d'être venue, il aurait fallu qu'elle soit mourante pour ne pas assister à ce petit dîner entre… amis.

Dans la salle à manger, étrangement étroite, tout un petit monde était assis autour d'une table. D'abord, il y avait Saga, qui allait et venait depuis la cuisine pour servir tout le monde, et accessoirement pour fuir la table. À vrai dire, Corinne en faisait de même dès que l'occasion se présentait, et nul doute que Mû aurait aimé les imiter s'il avait pu. Sauf que le jeune homme ne marchait pas, ce qui posait un sacré problème avec lui.

Donc, il y avait la charmante Corinne, à la conversation agréable et intéressante, ainsi que Mû, très cultivé et d'une douceur inimitable, même s'il savait balancer subtilement des piques quand on venait lui chauffer les oreilles. Étrangement, Kanon n'en reçut aucune ce soir-là, trop occupé à essayer de faire dévier les conversations.

Ensuite, il y avait donc Kanon, son adjoint adoré et indispensable qui s'était attribué la mission divine de faire diverger la conversation vers des faits plus… neutres. Sauf qu'il échouait lamentablement, mais ses efforts étaient louables, Lys devait bien le reconnaître. Et puis, Kiki était assis à côté d'elle, mangeant tranquillement sa viande et ses légumes en se demandant si la maison serait en état le lendemain matin ou si tout allait exploser dans la minute suivante.

Enfin, il y avait Rhadamanthe et Éaque. Quand Rhadamanthe était arrivé, tout s'était à peu près bien passé. Polis l'un envers l'autre, il n'y avait eu aucune remarque désobligeante. La soirée avait donc bien commencé, mais c'était carrément parti en vrille quand Saga avait servi l'entrée, à savoir des crevettes et une salade de tomates. Et il fallait savoir que Rhadamanthe avait une sainte horreur des crevettes et Éaque était incapable d'avaler un morceau de tomate sans filer directement aux toilettes. Quelle idée avait-il eu de servir une entrée pareille…

Et c'est ainsi que les hostilités commencèrent, à cause de bêtes crevettes et tomates, qui n'avaient rien demandé à personne. Une dispute calme mais non moins acérée débuta entre les deux challengers, passant d'un sujet à un autre avec une incroyable facilité, demeurant calmes quelques instants grâce aux efforts de Kanon mais ils repartaient de plus belle au moindre mot de travers. Et rien ni personne ne savait quoi faire, n'osant gueuler qu'ils n'étaient que des gamins immatures, de peur de se faire foudroyer sur place.

Corinne ne savait plus quoi faire, ni même où se mettre. Elle était incapable de calmer son compagnon, tout comme Kanon qui avait peur de se prendre la fourchette dans le bras s'il osait se plaindre. Saga et Mû essayaient de participer normalement à la conversation, mais si le jeune tibétain arrivait à employer un ton détaché sans recevoir les foudres des deux adversaires, ce n'était pas le cas de Saga qui préféra au final se taire.

Lys, elle, regardait ce combat avec attention, comme on regarderait un débat politique entre deux partis opposés, ou alors un match de tennis. Pour le moment, son cousin avait l'avantage, mais la situation pourrait très bien se retourner d'un moment à l'autre, Éaque avait de la répartie, alors ce n'était pas le moment de se déconcentrer.

Après le plat de résistance vint le dessert, à savoir deux tartes. Saga servit les pâtisseries avec classe, parce que tout ce que Saga faisait avait une certaine classe, interrompant deux minutes les deux anciens spectres pour savoir de quel gâteau ils voulaient. Ah, la mi-temps, se dit-elle. On crut que la bataille serait terminée entre ces deux crétins, mais quelle idée ! Elle reprit quand Saga leur servit le café et ne se termina que quand Kanon décida qu'il était l'heure d'aller se coucher, un taxi attendait Rhadamanthe et Lys dehors.

La blonde fut déçue. Match nul. Mais ce n'était que partie remise…

OoO

« Kiki !! »

Tout le monde sursauta. Un hurlement encore non identifié venait d'éclater dans la maison. Aussitôt, des petits pas précipités s'enfuirent dans le couloir alors que Saga, car ce ne pouvait être que lui, pourchassait ce petit renard fouineur, et accessoirement sa chienne. Enfin, ladite chienne prit ses papattes à son cou et dévala l'escalier, terrifiée, pour entrer dans le salon et se faire consoler par Éaque.

« Bah… Qu'est-ce qui se passe ?

- Pas grand-chose, à part Kiki qui cherche ses cadeaux de Noël au lieu de faire ses devoirs. »

Corinne et Éaque se regardèrent avant d'éclater de rire. Mû se contenta de sourire, le nez plongé dans un roman de Zola, alors que Saga redescendait, fulminant de colère. Ce qui l'embêtait le plus, en fait, ce n'était même pas que Kiki trouve ses cadeaux, puisqu'ils étaient emballés, mais c'était surtout qu'il allait mettre un foutoir pas possible dans la chambre pendant ses recherches. Et Saga avait horreur de fermer les portes à clés dans une maison.

« La chasse au fouineur a été bonne ?

- C'est ça, moque-toi. Tu rigoleras moins quand il ira fouiller dans ton armoire. »

Le sourire d'Éaque tomba et, si Corinne n'avait pas été assise sur ses genoux, il se serait levé pour fermer sa chambre à clé. Éaque détestait qu'on fouille dans ses affaires et, surtout, qu'on mette tout en désordre. Saga eut un sourire ironique alors que l'ancien spectre lui tirait intelligemment la langue.

« Bref. Vous ne sortez pas, tous les deux ?

- On est déjà sorti toute la matinée. Et puis, j'ai laissé un message à Ludivine, j'aimerais qu'elle me rappelle. »

Corinne était vraiment inquiète pour la blonde qui ne lui avait toujours pas répondu, ce qui l'ennuyait de plus en plus. Éaque se disait plutôt « pas de nouvelles, bonnes nouvelles », mais bon. Tout le monde ne raisonnait pas comme lui. D'un autre côté, il n'avait pas vraiment d'amis qui pouvaient s'inquiéter pour lui, ou pour qui il pouvait s'en faire. À part Lys, sans doute. Ouais, c'était la seule exception.

« D'accord. Je vais aller promener Sayuri. »

Saga enfila ses chaussures, appela la chienne encore apeurée et ils sortirent, laissant ses invités et Mû seuls dans le salon où la télévision allumée diffusait un film à l'eau de rose, peu intéressant mais ça faisait du bruit dans la pièce.

Éaque et Corinne étaient arrivés la veille, et ils étaient presque comme chez eux. Saga et Kanon avaient découvert, avec stupéfaction, que le népalais était terriblement pointilleux sur ses affaires. Une fois que ses vêtements étaient lavés, c'était lui qui les repassait, qui les pliait et qui les rangeait dans son armoire.

Pas que ça dérangeât Saga, il en était même content, mais jamais il n'avait eu l'idée de repasser les chaussettes et les sous-vêtements avec autant de délicatesse. Et il ne se rappelait pas non plus s'être excité autant que Éaque à cause d'un petit pli sur une chemise qui refusait tout net de se laisser repasser.

Tout était carré, chez lui, jusqu'à l'heure à laquelle il se brossait les dents. Et même la place de sa brosse à dents. Kanon se demandait comment il pouvait respecter ses heures avec son train de vie. Corinne ne faisait même plus attention aux excentricités de son compagnon, on se fait à tout, comme aux vingt litres de lait dans le placard pour les crêpes de Kanon.

Saga était cependant troublé quand Éaque mettait la table avec lui, sa manie de placer correctement les couverts à quelques centimètres près des assiettes. Un peu comme la manie de Mû de ranger ses romans, à Saga, dans l'ordre alphabétique et par genre, ce qui était quelque peu compliqué puisqu'il ne pouvait se tenir debout. Ce qui énervait le jeune homme, qui voulait ranger ces fichus bouquins trop hauts pour lui. Saga le trouvait adorable à bouder les étagères.

Dans la maison, le petit couple s'était fait discret au plus grand plaisir de Saga et Mû qui avaient déjà fort à faire avec Kanon et Rhadamanthe, certes silencieux sur leur relation, mais Kanon ne pouvait s'empêcher de taquiner l'ancien spectre, qui le lui rendait bien. Et la guerre entre Éaque et Rhadamanthe de la veille demeurait dans les esprits. Par bonheur, la maison était encore debout, Saga avait été à deux doigts d'étriper Lys en la voyant déçue de ce match nul. Kanon n'était pas loin non plus. Mû avait jeté un regard tendre à Saga qui s'était calmé. Sinon, on aurait eu droit à un homicide.

Quelques minutes plus tard, Saga revint avec Sayuri. Ils étaient tous deux frigorifiés. Sayuri vint chercher du réconfort auprès d'Éaque, mais ce dernier et sa compagne la virent d'un très mauvais œil, toute gelée qu'elle était. Kiki, assis sur le tapis pour faire ses devoirs sur la table basse, attrapa Sayuri pour lui faire un gros câlin. Quant à Saga, il préféra chercher du réconfort auprès de Mû.

Chose qui avait étonné le couple : la tendre complicité qui liait le grec et le jeune malade. Corinne trouvait ça mignon, Saga était quelqu'un d'attentionné et Mû répondait à ses attentions. Elle craignait juste le moment où il recouvrerait la mémoire… Quant à Éaque, il avait été surpris mais pas vraiment choqué. Les gays étaient des hommes comme les autres, on donnait juste un nom à leur amour. Chez les hétéros, l'amour était « normal ». Entre les hommes ou les femmes, l'amour était « homosexuel ». Éaque ne voyait pas vraiment où était la différence.

Et puis, dans un monde comme celui des Enfers, ou encore du Sanctuaire, c'était assez répandu, il y avait si peu de femmes dans leurs rangs. Sa tolérance était peut-être due à cela, mais il n'en était pas vraiment certain. Il était juste large d'esprit. Avec ce qu'il avait vécu, il ne se sentait de toute façon pas d'âme à batailler pour une broutille pareille.

OoO

Le téléphone sonna. Il était dix-neuf heures passées et tout le monde était à table. Sauf Kanon, il était actuellement porté disparu, comme c'était le cas ces derniers temps à cause du travail. Éaque poussa un soupir.

« Qui peut téléphoner à une heure pareille ?

- Kanon. »

Saga se leva et disparut dans le salon, laissant les autres manger. Un silence s'installa dans la pièce, tout le monde écoutait la conversation du grec.

« Oui ? … J'avais deviné que c'était toi. Tu es où ? … Ah ? … D'accord, mais tu aurais pu m'appeler avant… Non, on t'a pas attendu, et puis quoi encore ? … Comment ça, c'est méchant ? Crétin… Et Lys, elle fait quoi ce soir ? … D'accord. Bon, à plus tard alors… Comment… T'avais tout prévu et tu m'as rien dit ?! »

Éaque et Corinne se regardèrent, sans comprendre. Mû leur glissa que Kanon avait dû prendre des affaires et qu'il avait prévu ce soir de découcher. Bizarrement, le couple sembla intéressé, et surtout surpris que Mû ait compris malgré les bouts de phrase qu'on entendait du salon.

« Bon, passe une bonne soirée… À dix heures ? Kanon, je ne suis pas ton chauffeur ! … Bon, si Lys vient aussi… Non, c'est pas du favoritisme, Kanon, tu n'as pas deux bébés dans le ventre, toi… »

Saga poussa un soupir exaspéré en entendant les autres éclater de rire dans la cuisine. Oui, imaginer son frère avec un ventre de femme enceinte, ce n'était pas très sérieux… surtout quand on essayait d'imaginer comment les bébés sortiraient… Mouais, mauvaise image…

Le grec raccrocha, revint dans la cuisine et se rassit à sa place pour continuer son repas. Éaque lui demanda avec qui Kanon découchait ce soir-là, Saga faillit s'étrangler avec son repas. Mû cachait son sourire derrière sa main. Évidemment, ils n'étaient pas au courant…

« Eh bien…

- Tu ne veux pas me le dire ?

- Disons que…

- Qu'est-ce que ça change qu'il le sache ?

- Mû a raison, qu'est-ce que ça change ?

- Je préfère ne pas en parler. »

Éaque tenta de connaître l'identité de la maîtresse de Kanon, mais Saga était une tombe. Mû préféra se taire, même s'il savait que le népalais l'apprendrait d'une manière ou d'une autre. Il était même étonné qu'il n'ait pas deviné la veille. Enfin, il était focalisé sur Rhadamanthe. Heu… justement…

Quelques minutes plus tard, Lys arriva, toute fraîche et pimpante. Disons plutôt qu'elle était tout sauf ça. Tout simplement crevée, elle se laissa tomber sur une chaise. Elle avait très faim, elle se plaignit d'ailleurs que Kanon ne l'avait même pas emmenée dîner.

« On dirait que Kanon est ton chien.

- Éaque !!

- À peu de choses près.

- Lys !!

- Si Monsieur n'avait pas décidé de découcher, aussi… Depuis que Rhadamanthe est là, il n'a d'yeux que pour lui ! »

Un ange passa. Saga sentit un poids lui tomber sur les épaules, Mû se dit que la révélation était arrivée plus vite que prévue, Kiki mangeait ses pommes de terre et Corinne avait mis sa main devant sa bouche pour cacher, très mal, sa surprise. Ces mots n'étaient pas tombés dans l'oreille d'un sourd, les yeux bleu foncé d'Éaque brillèrent d'une étrange lueur.

Lys regarda la petite assemblée avec l'étrange impression d'avoir dit une grosse connerie.


Merci de m'avoir lue ! J'espère que ça vous a plu !