Bonjour à tous,

Nouveau chapitre de la semaine "L'éclaireur"

Chapitre écrit en 2 jours. J'étais motivée :D

Un nouvel OC pointe son nez. Petite pensée à Toutouille qui devinera qui il est ;-)

J'espère que vous l'aimerez car il sera là jusqu'à la fin.

Petite précision : quand c'est écrit en italique et gras, c'est du français. Le gras normal est soit du Quenya soit du Sindarin.

Ce chapitre ne suit pas directement le précédent. j'ai encore fait une avance rapide dans le temps. Faut que ma fic avance, donc...

Bonne lecture.


Merci à Zveda pour sa review.


Année 1975 du Troisième Age

Arthedain

Les pluies du début du printemps avaient rendu le campement bourbeux et difficilement praticable, aidées en cela par les piétinements de chevaux. Mais pour les Elfes ce n'était pas dérangeant, contrairement aux Hommes qui pestaient contre les conditions climatiques.

Sous une grande tente qui servait de centre de commandement, les Seigneurs Elrond et Glorfindel expliquaient la situation aux généraux des troupes nouvellement arrivées. Les soldats d'Imladris étaient sur place depuis déjà près d'une semaine et ils venaient d'être rejoints par ceux du Lindon et du Gondor. L'Arthedain n'était plus un Royaume depuis que le Roi Arvedui avait été contraint à prendre la fuite devant les forces du Roi-Sorcier. Mais avant d'abandonner la cité de Fornost, il avait appelé à l'aide le Gondor, qui avait répondu à sa demande. Plusieurs mois furent nécessaires aux secours pour arriver et hélas l'Arthedain était tombé.

Néanmoins il était impensable de laisser le Roi-Sorcier avec son armée d'Orques et de mauvais Hommes, occuper librement la région. Les Elfes et les Hommes s'associèrent encore une fois contre le mal qui infestait la Terre du Milieu.

En ce début d'année 1975 du Troisième Age, les forces alliées du Gondor, du Lindon et d'Imladris furent enfin réunies et au complet. Les choses sérieuses pouvaient alors commencer.

- La cité de Fornost se trouve à moins de 20 miles au Nord du campement, expliqua Elrond très sérieusement. Nous n'avons pas pu marcher plus avant, des troupes d'Orques circulent dans la zone.

- A combien est estimée l'armée d'Angmar ? demanda un des généraux.

- Des éclaireurs sont actuellement en mission. Nous attendons leur retour.

Pendant une grande partie de l'après-midi, ils discutèrent âprement sur les possibilités qui s'offraient à eux et sur la préparation aux batailles, tout en étudiant de près les cartes.

Les Seigneurs présents étaient parmi les plus puissants qui régnaient en Terre du Milieu. Les forces de Fondcombe étaient représentées par le Seigneur Elrond, le Seigneur Glorfindel, capitaine de la cavalerie et Bôrion, capitaine des pelotons d'archers.

Face à eux, Eärnur, Prince et Général du Gondor, envoyé par son père le Roi Eärnil II du Gondor. C'était un Prince encore jeune et intrépide, sûr de ses capacités et de sa force. Il portait une livrée d'un bleu profond et sur le plastron de son armure l'arbre du Gondor y était représenté, orné des sept étoiles. Deux de ses capitaines s'étaient joint à lui, ainsi que Aranarth, un Dúnadan, fils du Roi exilé Arvedui.

Et parmi les nouveaux arrivants, le dernier et non des moindres, Ruinhîl, Haut Roi des Noldor, fils de Gil-Galad. Cet Elfe aux cheveux noirs de jais, incarnait la puissance et la témérité à lui tout seul. Malgré ses yeux gris pâle, tous pouvait dire qu'il brûlait d'un feu ardent. Il n'était pas aussi sage que l'était son père et c'était d'ailleurs pour cette raison que l'anneau Vilya alla à Elrond, héraut de Gil-Galad durant la dernière grande guerre, et non à son fils. Ruinhîl ne portait pas Elrond dans son cœur et ne s'en cachait pas. Mais en tant que Noldo le Seigneur d'Imladris lui avait porté allégeance et devait supporter les piques de Ruinhîl à son égard.

Autour de la table c'était bel et bien Elrond et Glorfindel qui étaient les plus sages et éclairés. Ils n'agissaient jamais sur un coup de tête et aimaient avoir toutes les cartes en main avant d'entrer en action. Ils allaient devoir tempérer les deux autres et ça ne serait pas une mince tâche à faire.

§

Après plusieurs heures de discussion, Ruinhîl et Eärnur s'apprêtèrent à prendre congés et retourner dans leurs tentes respectives pour se reposer de leur long voyage, quand un ellon rentra sous la tente principale.

- Mes Seigneurs. Les éclaireurs sont de retour, annonça-t-il après s'être incliné.

- Bien, j'attends le rapport dans les plus brefs délais, répondit Elrond.

Mais le jeune elfe ne partait pas et semblait embarrassé.

- Avez-vous autre chose à nous dire ? demanda Glorfindel en constatant sa gêne.

- Trois… ils ne sont que trois à être revenus.

A cette nouvelle, Elrond garda sa mine sévère tandis que Glorfindel paraissait inquiet. Le Seigneur d'Imladris fit signe à l'ellon qui pouvait disposer.

Dans les cinq minutes qui suffirent, une tornade verte déboula sous la tente. Le nouveau venu alla droit vers la table des cartes sans considération aucune envers les Seigneurs déjà présents. Sa démarche bien que boitillante démontrait un certain énervement.

Ruinhîl et Eärnur se raidirent en constatant le manque de respect du nouveau, mais le Noldo remarqua que le Seigneur Glorfindel semblait soulagé et que Elrond était plus irrité que jamais. De ses yeux experts, Ruinhîl trouva étrange que l'éclaireur ne soit pas très grand et relativement fin pour un ellon. Il n'avait également pas daigné retirer le capuchon de sa cape couleur vert feuille. Son manque d'éducation était flagrant.

Mais Ruinhîl fut encore plus stupéfait lorsqu'une main typiquement féminine se posa fermement sur la carte de la région. Il oscillait entre la curiosité et la colère.

- Bon les gars, on n'est pas dans la merde ! s'exclama l'éclaireur en Quenya avec une voix qui concordait avec son allure.

- Veuillez mieux vous exprimer, et en Sindarin je vous prie, la coupa le Seigneur Elrond exaspéré.

- Bien mon Seigneur, répondit la voix féminine sur un ton à la limite de l'irrévérencieux. Mais je n'ai pas le temps pour les courbettes. Donc, reprit-elle en montrant différentes zones sur la carte, ici, ici, ici et ici, se trouvent les principales zones de concentration des forces d'Angmar. Nous n'avons pas pu pénétrez dans la cité, donc il faudra compter dix pour cent de plus à notre estimation.

- Et quelle est-elle ? demanda Ruinhîl d'un ton calme et posé qui tranchait avec son habitude.

L'éclaireur releva la tête vers celui qui avait parlé. Elle n'avait pas fait attention aux personnes présentes et elle fut impressionnée par l'Elfe brun qui était face à elle, à l'opposé de la table. Mais elle ne perdit pas de temps et répondit au tac au tac.

- 30 000

Les voix s'élevèrent sous la tente. Chacun y alla de son commentaire, réfutant le nombre ou discutant de la tâche énorme que cela allait représenter.

Ruinhîl resta silencieux, observant l'étrangeté qu'il avait sous les yeux. Il se demandait quelle raison avait poussé Elrond à prendre une elleth dans son armée. Il avait désormais un argument de plus pour railler le Semi-Elfe, mais il se garda bien de sourire. Il était tout de même curieux de voir quel minois se cachait sous ce capuchon. L'éclaireur semblait avoir passé un mauvais moment pendant sa mission d'observation. Ses vêtements étaient éclaboussés du sang sombre des Orques. De la boue et de nombreuses déchirures attestaient des combats. Et il remarqua que l'elleth n'était pas en grande forme. Elle tenait son bras droit fortement pressé contre son buste et lors de son arrivée, à sa démarche, il lui avait été évident de constater une blessure à la jambe. De plus, l'odeur de sang frais inondait l'air ambiant depuis son arrivée.

- Sachez également que pendant que vous discutez, l'ennemi grossit. Chaque jour des renforts arrivent du Nord, dit-elle d'une voix suffisamment forte pour ne pas crier.

Elle obtint l'attention de tous.

- Cette guerre ne se gagnera pas en une bataille. Nous sommes en sous nombre et l'ennemi croit que sa récente victoire se réitérera. Cela lui donnera plus d'audace, et l'aveuglera également. Mais ils ne se battent que pour le bon vouloir de leur maître et j'aimerai penser que ce n'est pas le cas de vos soldats. Se battre en tant qu'homme et elfe libre, est ce qui nous différenciera d'eux, déclara-t-elle d'un ton ferme.

Elrond n'apprécia pas qu'elle se permette de parler ainsi devant cette assemblée prestigieuse, mais il devait avouer que ses paroles étaient bien fondées. Elle se tourna vers lui et lui dit de sorte que lui seul entende :

- Höa est blessé. Permettez que je dispose.

- Faites. Mais revenez me voir après pour votre rapport complet.

Elle acquiesça, s'inclina puis sorti en clopinant, toujours en ignorant les nobles.

§

La réunion des chefs s'acheva peu de temps après le départ de l'éclaireur. Eärnur et ses capitaines partirent en premier, suivi par Bôrion, les capitaines du Lindon et finalement Glorfindel. Il ne resta que Ruinhîl et Elrond qui sortirent ensemble. Ils marchèrent à travers le camp en direction de la tente royal où le Roi avait convié son vassal à venir déguster une coupe de vin du Lindon.

- Tout se passe-t-il pour le mieux à Fondcombe ? questionna le Roi tout en marchant.

- La vallée se porte à merveille, répondit le Semi-Elfe.

Ruinhîl savait pertinemment qu'Elrond n'allait pas lui révéler son explication sur la présence d'une elleth dans ses rangs. Alors il n'y alla pas par quatre chemins :

- Vos soldats ne sont-ils pas suffisants pour que vous vous encombriez avec une présence féminine ?

Elrond avait bien remarqué le regard fureteur et intéressé qu'avait porté Ruinhîl à son éclaireur, et il s'attendait à quelques questions à son sujet.

- Cette personne mériterait une réunion entière à son propos. Et sa présence ici, même si elle ne m'enchante guère, pourra nous être utile.

- Hum… vous éveillez ma curiosité, Peredhel. Hâtons-nous d'arriver sous ma tente pour que vous puissiez m'en dire plus, s'exclama le Roi.

Le campement des Elfes du Lindon était situé à côté de celui de Fondcombe, près du bras d'une rivière. Les deux campements étaient accolés car tous dépendaient du Haut Roi des Noldor. Les 2 000 guerriers de Ruinhîl étaient encore en train d'installer les bivouacs, mais ils avaient pris du retard car quelque chose avait suscité de l'étonnement chez les nouveaux venus.

Lorsque les Elfes virent arriver leur Roi, ils reprirent aussitôt leur tâche en tentant de ne pas montrer leur égarement. Néanmoins Ruinhîl avait remarqué leur manque de rigueur, et il sentit l'agacement monter en lui. Ce fut à ce moment que son écuyer, Feredir, vint à sa rencontre.

- Mon Roi. Votre tente est prête. Je vais vous y conduire, déclara le jeune ellon au service de Ruinhîl.

Les deux Seigneurs commencèrent à suivre l'écuyer quand Ruinhîl parla :

- Dis-moi, Feredir…

- Oui votre Altesse.

- Pourquoi le camp n'est-il pas prêt ?

- Euh…, hésita le serviteur qui redoutait le courroux du Roi.

- Parle ! tonna Ruinhîl qui perdait déjà patience.

- Les soldats ont vu quelque chose… ou plutôt une chose, un animal… un chien pour être plus précis, débita l'écuyer.

- Un chien ?

- Oui votre Altesse. Un chien… un très grand chien…

- Quelle est cette plaisanterie ? s'emporta la Roi qui jugea l'explication insatisfaisante.

Elrond qui avait suivi la conversation, jugea bon d'intervenir avant que les choses ne dégénèrent. Il connaissait le caractère emporté du Roi.

- Si je puis me permettre, votre écuyer n'a pas tort. Il y a bien un chien de grande taille dans notre campement.

Ruinhîl se retourna vers Elrond et lui lança un regard noir.

- Et en quoi un chien, même de grande taille, peut être la cause d'un tel désordre parmi mes troupes.

- Laissez-moi vous montrer, déclara Elrond.

Le Roi, toujours contrarié, fit signe au Semi-Elfe d'ouvrir la marche. Ils firent demi-tour et marchèrent encore dans les allées boueux du campement des Elfes d'Imladris, jusqu'à arriver à l'extrémité Ouest.

Ce fut en contrebas d'un léger dénivelé que l'objet de la confusion apparut.

- Est-ce que mes yeux se fourvoient ? s'exclama Ruinhîl en constatant l'immense chien au pelage blanc truffé de gris couché au milieu du bivouac.

- Non votre Altesse, répondit Elrond. Vous avez devant vous un descendant de Huan.

Ruinhîl ne répondit pas mais son visage ne cachait en rien sa fascination. Il s'avança alors vers l'animal. Sur son passage les Elfes, surpris de voir leur Roi déambuler dans les quartiers des simples soldats, se poussèrent sur son passage. Le fils de Gil-Galad était complétement obnubilé par la présence de la magnifique bête. Plus il s'en approchait plus il pouvait constater que le chien était en piteux état. Son pelage mouillé qui avait pris la dernière averse, était recouvert de sang et son museau était lacéré d'entailles plus ou moins profondes. Le chien se léchait consciencieusement ses pattes.

Lorsque Ruinhîl fut à quelques pas de lui, le chien arrêta son nettoyage et le Roi remarqua un léger retroussement des babines. Il prit cela comme un avertissement mais sa curiosité et son audace de Noldo ne le firent pas s'arrêter. Il continua sa marche. Le chien commença à grogner de plus en plus fort et ses crocs finirent par être clairement visibles. Au moment où Ruinhîl s'arrêta à deux pas de la bête, celle-ci se rebiffa dans un jappement sourd contre son flanc gauche, hors du champ de vison de l'Elfe. Surpris, Ruinhîl eut un léger mouvement de recul, mais l'attaque ne lui était pas destinée.

Contre toute attente, il vit le chien se prendre une énorme correction de la part de la tempête verte qui avait déboulé lors de la réunion entre Seigneurs. Elle avait surgit du flanc gauche de la bête qui se calma instantanément. Dans la main de l'éclaireur toujours encapuchonnée, Ruinhîl vit une pointe de flèche ensanglantée.

- Ne me refait jamais ça, cria-t-elle à la bête en le menaçant d'un second coup.

Elle lança au loin l'objet acéré et reparti contre le flanc de l'animal.

- C'est pour ton bien. Je ne pouvais pas te laisser avec ça, l'entendirent parler Elrond, Ruinhîl et son écuyer Feredir.

Maintenant que le Roi était près du chien, il le trouvait redoutable et puissant, une véritable bête de guerre. Mais le voir ainsi remis à sa place pour un petit bout de femme, était presque risible.

- Putain ça pisse le sang, commença-t-elle à parler dans sa langue natale. GLORFI ! Ramène-toi ! J'ai besoin d'aide, cria-t-elle.

Ruinhîl ne comprit pas un traite mot de ce qu'elle venait de dire, mais dans l'instant qui suivit le Seigneur Glorfindel sorti d'une petite tente, les bras chargés de linges et de divers petits pots.

L'Elfe blond se précipita près du chien et en voyant ses deux Seigneurs face à lui, il stoppa net, l'air confondu.

- Votre Altesse, réussi-t-il à dire en s'inclinant du mieux qui pouvait les bras ainsi encombrés.

- File-moi un linge, grouille, s'exclama l'elleth en remarquant l'absence de réaction de son ami. Ah, Seigneur Elrond, c'est vous. Que faites-vous là ? dit-elle en Quenya tout en prenant des morceaux de tissus.

- Je suis venu montrer Höa au Seign…

Il dut arrêter sa phrase car elle avait de nouveau disparu derrière le flanc du chien et ne l'écoutait absolument pas, complétement absorbée à sa tâche. Elrond avait fini par apprendre à la connaître et il avait cessé de la reprendre à chaque fois qu'elle faisait preuve d'impolitesse. C'était peine perdue.

- Glorfi vient m'aider, s'il te plait, continua-t-elle à parler dans sa langue.

L'Elfe de Gondolin passa à son tour sur le côté de Höa.

- Tu peux appuyer là fortement, je n'y arrive pas avec mon bras

- Tu devrais aller te faire soigner toi aussi, lui répondit Glorfindel dans un français parfait.

Soucieux de l'état du chien, Elrond se déplaça pour avoir une meilleure vue sur l'épaule de Höa. Il n'appréciait guère sa maîtresse, mais le descendant de Huan ne faisait jamais les frais de son inimitié.

Ruinhîl et son écuyer observaient la scène, l'un avec intérêt et le second avec méfiance. Le chien se mit à couiner doucement, signe de douleur. L'elleth réapparut et d'un geste d'agacement bascula son capuchon à l'arrière, dévoilant ainsi sa chevelure rougeoyante. Elle alla à la tête de la bête et de sa main valide le caressa en apposant son front contre le sien.

Enfin Ruinhîl put apercevoir son visage. Il ne fut pas déçu au contraire, mais il ne s'attendait pas à une telle couleur de cheveux qu'il n'avait jamais vu chez un Elfe. Néanmoins le guerrier qu'il était, fut touché lorsqu'il vit à quel point elle était inquiète et affligée par l'état de son animal. Elle semblait aussi terriblement affaiblie.

- Je m'occupe d'Höa, annonça Elrond en prenant la rousse par l'épaule pour l'éloigner.

- Merci, répondit-elle rassurée car confiante envers les capacités de guérisseur de l'Elfe.

Il prit place à côté de Glorfindel qui tentait toujours d'arrêter l'hémorragie de l'épaule de son chien.

- Nous n'avons pas besoin de vous ici, alors allez panser vos blessures, lui lança le Semi-Elfe quand il remarqua qu'elle s'approchait à nouveau.

Elle recula pas après pas, n'osant pas quitter son ami du regard.

C'est alors qu'elle cogna contre quelqu'un. Ne s'attendant pas à cela, elle se retourna mais sans vigueur. Elle offrit un visage bien morne et pâle aux deux Elfes face à elle.

- Je vous demande pardon, déclara-t-elle d'un ton las et sans motivation.

Elle tenta de passer son chemin, mais un bras puissant lui barra la route. Elle n'avait pas fait attention à qui elle avait bousculé et elle releva la tête pour le voir. C'était un Elfe qu'elle avait déjà vu mais son esprit était ailleurs et elle ne se souvint pas.

- J'aimerai passer s'il vous plait, dit-elle fatiguée.

- Permettez que je soigne vos blessures, répondit l'ellon aux cheveux noirs, d'une voix charmeuse.

Elle hésita, mais finalement accepta car elle savait pertinemment qu'une fois dans sa tente elle s'écroulerait de fatigue sur son lit, laissant ses bobos en l'état.

Ruinhîl - car s'était bien le Roi des Noldor que l'éclaireur avait bousculé - l'accompagna jusqu'à la tente d'où était sorti le Seigneur Glorfindel l'instant d'avant. L'endroit n'était pas très grand, juste un lit de camp, une paillasse spacieuse qui prenait presque tout l'espace – sans doute pour le chien, pensa-t-il – une petite table, deux tabourets et des affaires éparpillées un peu partout.

- Feredir, apporte de l'eau propre, ordonna le Roi.

Ci-tôt l'écuyer s'exécuta.

- Venez, dit-il en tendant sa main vers la blessée.

Elle se laissa faire bien sagement, mais elle tourna plusieurs fois la tête vers l'extérieur pour observer son chien.

- Hé, ne vous angoissez pas, murmura-t-il en la remettant face à lui. Votre animal est entre de bonnes mains.

Ruinhîl tira sur le lien qui maintenait fermé la cape de l'elleth, qu'il laissa tomber au sol. Elle ne faisait absolument pas attention à lui, perdue dans son inquiétude, alors il se décala d'elle pour mettre les deux tabourets face à face près de la table. Pendant sa manœuvre, il l'observa sous toutes les coutures. Ruinhîl était un Elfe qui aimait les belles femmes. Celle-ci n'avait pas les critères de beauté des ellith du Lindon à cause de ses cheveux bouclés, sa poitrine trop forte et sa taille inférieure. Elle était revêtue de la tenue classique des éclaireurs faite de tissus et de cuir. Le métal étant prohibé car trop bruyant quand on doit se faire discret. Son uniforme avait été modifié pour s'adapter à ses formes généreuses.

- Mon amie, venez-vous assoir, annonça Ruinhîl une fois son inspection faite.

Elle fit ce qu'il lui demanda. Le tabouret était bas et elle grimaça en s'asseyant. Ruinhîl remarqua qu'un garrot avait été fait sur sa cuisse droite. Il remonta ses manches et inspecta la plaie.

De là où elle était placée, elle ne pouvait voir Höa alors elle se contenta d'observer son soigneur. Il n'était pas aussi grand ni robuste que Glorfindel – l'Elfe blond étant une exception, semblait-il – mais il était tout de même bien bâti. Ses épaules carrées contrastaient avec son visage fin et fier. Ses cheveux lises, d'un noir profond, étaient coiffés de nombreuses petites tresses fines et maintenus par un bandeau à la manière d'Elrond mais en plus complexe.

Une douleur à la cuisse la sortit de sa contemplation. Elle se raidit et voulu soustraire sa jambe des mains de l'Elfe.

- Je suis désolé, je ne voulais pas vous faire mal, dit-il en relevant la tête vers elle. La plaie n'est pas mauvaise, elle peut attendre. Montrez-moi votre bras.

Ils se fixèrent un moment. A ce petit jeu elle gagnait à chaque fois, mais là elle était épuisée et n'avait pas envie de jouer. Elle déplia alors son bras droit avec difficulté et Ruinhîl lui prit délicatement entre ses mains. Contrairement à sa cuisse, la blessure du bras était fâcheuse.

Il commença à enlever précautionneusement sa protection d'avant-bras en cuir, puis il lui arracha sa manche souillée de sang d'un coup sec. Elle serra les dents pour supporter la douleur. Au vu des marques, Ruinhîl déduisit qu'elle s'était pris un coup de fléau au niveau du coude. Il manipula son bras pour vérifier si il n'y a avait pas de fracture et malgré la douleur causée par le mouvement, l'articulation semblait indemne.

Feredir arriva à ce moment avec le récipient d'eau comme lui avait demandé son Roi. Il le posa sur la table.

- Merci. Tu peux m'attendre dehors, lui dit Ruinhîl d'un ton autoritaire.

Il y trempa un linge qui s'imbiba, puis fit couler l'eau au-dessus des plaies. La sensation était plus que désagréable et elle voulut reprendre son bras, mais c'était sans compter sur la forte poigne qui l'en empêcha.

- C'est pour votre bien

- Oui je sais, mais je n'apprécie pas avoir mal.

- Comme tout le monde.

Ruinhîl s'appliqua à nettoyer son bras. Il sentait le regard de la rousse sur lui et n'en dit rien, la laissant faire.

- Vous étiez avec Elrond sous la tente tout à l'heure quand je suis venue faire mon rapport, n'est-ce pas ? demanda-t-elle.

- Oui, j'y étais, répondit-il sans entrer dans les détails.

- Ah, il me semblait bien. Désolée, j'avais la tête ailleurs et je n'ai pas dû être très respectueuse, avoua-t-elle.

- C'est le moins que l'on puis dire. Mais je ne vous en tiendrai pas rigueur, car vous avez égayé ma journée, reprit-il en trempant de nouveau le linge dans la bassine d'eau qui n'était plus aussi transparente qu'avant. Je ne pensais pas voir une elleth au milieu d'un campement de guerre et encore moins compter parmi les troupes actives.

- Ah oui. Disons que je suis plus utile avec une arme à la main qu'avec un couteau de cuisine… du moins pour éplucher des légumes, affirma-t-elle tout en se tortillant sur son tabouret car elle se sentait encore plus mal depuis qu'il insistait sur les plaies les plus profondes.

Lorsque les entailles furent assez propres de son point de vue, il s'attela à les suturer. C'était la partie qu'elle appréciait le moins mais l'Elfe était très doux et minutieux. Ils ne parlèrent pas trop pendant ce moment. Puis il appliqua un onguent et banda son bras.

- Il vous faudra éviter de trop le bouger en attendant que les chairs se referment, lui conseilla-t-il.

Il la regarda acquiescer, les lèvres pincées et le teint blafard.

- Vous feriez mieux de vous allonger pour que je m'occupe de votre jambe, poursuivi-t-il en considération de son état.

- Ça ne pourrait pas attendre demain ? implora-t-elle.

- Seriez-vous aussi douillette que cela pour refuser de vous faire soigner ? s'exclama Ruinhîl en l'aidant à se relever.

- Oui, avoua-t-elle en s'asseyant lourdement sur son lit.

Elle fut surprise de voir que le bel ellon à l'allure noble prit l'initiative de lui ôter ses bottes en cuir.

- Euh… je peux le faire, vous savez, lui indiqua-t-elle gênée. Et puis vous avez surement autre chose à faire. Et en plus, on ne se connait pas, conclut-elle fermement.

- Ne vous en faites pas. Vous avez besoin d'aide et je ne peux concevoir de vous laisser comme cela, dit-il en faisant peu de cas de sa gêne.

Elle le regarda faire avec une mine boudeuse. Personne ne s'était occupé d'elle ainsi. Bien sûr il y avait Glorfindel qui se chargeait de la soigner quand elle en avait besoin, c'est-à-dire bien trop souvent. Mais c'était plus un ami, un frère qu'autre chose. Il ne la considérait pas comme une petite chose fragile, alors qu'en ce moment précis c'était ce qu'elle ressentait au contact de cet Elfe. Glorfindel la connaissait bien, c'était lui qui lui avait appris les différentes langues parlées dans ce monde et en retour elle lui avait appris la sienne. Il avait été un bon professeur patient et pédagogue, car la tâche avait été laborieuse, hormis pour le Quenya qui avait été presque instinctif.

Cela faisait plus de 200 ans qu'elle vivait à Fondcombe parmi les Elfes. Elle était restée sauvage et ne s'était pas liée avec beaucoup d'entre eux. Elrond ne l'appréciait guère et elle faisait du mieux qu'elle pouvait pour ne pas lui rendre son antipathie. Il y avait aussi ses deux fils, des jumeaux, avec qui elle partait chasser régulièrement, que ce soit du gibier ou de l'Orque. Ils étaient moqueurs à son égard mais également curieux. Ils avaient eux aussi appris sa langue. Ce qui faisait que tous les quatre formaient un groupe singulier parmi les « coincés du cul » comme elle les appelait au début. Mais progressivement elle avait remarqué qu'elle devenait un peu comme eux. Sa libido s'était envolée, pourtant elle n'était pas entourée de laiderons, au contraire. Et il n'y avait pas que cela qui avait changé.

A son arrivée dans le passé, en Terre du Milieu, elle avait déjà subi quelques changements. Rien de physiquement visible, juste ses sens et son endurance améliorés. Mais après sa seconde entrevue par ses ainés, dans les années qui suivirent elle avait gagné quelques centimètres et la courbe de ses oreilles avait décidé de se modifier. Le résultat était discret, heureusement. Elle avait mis au courant Elrond de son histoire et il en avait déduit que la pierre avait un effet sur ses gênes. A chaque fois qu'elle « s'activait » la part elfique de son sang prenait le dessus sur son héritage humain.

- Êtes-vous toujours avec moi ?

La voix de l'ellon la sortie de ses pensées, mais elle ne sursauta pas et resta songeuse. Il la saisit doucement par les épaules et l'obligea à s'allonger, puis se remit au travail. Il ôta le garrot, vérifia que la plaie ne saignait plus et d'un geste franc il déchira son pantalon au niveau de la blessure pour avoir un meilleur accès. Et il répéta ce qu'il avait fait à son bras.

- Ainsi Huanion est à vous ? dit-il pour continuer la conversation et au passage en apprendre plus sur elle et le chien.

- Il s'appelle Höa. Il m'a secouru il y a plus de 300 ans et depuis on ne s'est plus quitté, expliqua-t-elle ensommeillée. C'est mon ami le plus fidèle, même si il m'est arrivé à en douter. Je lui fais la plus grande confiance et rares sont ceux qui peuvent en dire autant. Vous, par exemple, je ne vous fais absolument pas confiance. Je ne vous connais pas.

Ruinhîl fut contrarié par sa remarque. Comment osait-elle lui parler de la sorte ? Il était son Roi, mais elle agissait comme si elle ne le savait pas ou bien prenait-elle plaisir à envoyer paitre tous les nobles ?

- Je pourrai en dire de même vous concernant, signala-t-il en gardant un ton calme.

Elle ne répondit pas, son esprit plongeant progressivement dans le sommeil.

- Je ne connais même pas votre nom.

- Mon nom… j'en ai plusieurs, répondit-elle d'une voix de plus en plus basse.

- Dites-moi celui que vous préférez.

- Non, celui-là je le garde pour mes amis

Ruinhîl rageait de l'intérieur. Plus elle s'endormait et plus elle devenait impertinente. Jamais on ne lui avait manqué de respect. Mais d'un côté, il accorda qu'elle avait bien du courage à lui parler ainsi.

- Rhawen… murmura-t-elle. C'est ainsi que me nomme le Seigneur Elrond.

- Et bien, cela à l'air de parfaitement vous correspondre, reprit-il satisfait d'avoir enfin un nom, mais sa curiosité le poussait à connaitre les autres.

- Et encore… vous n'avez rien vu…

A cette phrase insolente à souhait, il la regarda, mais elle venait de s'endormir, un léger sourire aux lèvres. Son visage, salit par les intempéries et le sang, était à présent apaisé, ses cheveux cuivrés l'auréolant. Parmi les boucles, deux fines tresses de part et d'autre de sa tête étaient terminées par des bijoux et une petite plume. Curieux ornements.

Ne pouvant avoir plus d'informations, Ruinhîl termina rapidement le soin. Il n'avait pas fait une telle chose pour quelqu'un depuis bien longtemps. Ce n'était pas son rôle. Mais il s'avoua que là, il ne vit pas cela comme une besogne, au contraire.

Il était en train de se laver les mains, lorsque le fameux Höa rentra en boitant sous la tente. Le chien ne fit pas attention à lui et alla directement s'installer sur sa paillasse après un rapide coup d'œil à sa maîtresse.

- Votre Altesse, s'exclama une voix à l'entrée de la tente.

Ruinhîl se retourna toujours en train de s'essuyer les mains avec un morceau de tissus.

- Ah, Elrond, vous avez fait du bon travail à ce que je vois.

- Et vous aussi. Je ne vous connaissez pas guérisseur, ironisa le Seigneur d'Imladris en voyant les bandages sur la rousse endormie.

- Votre Altesse ? articula Glorfindel en rentrant lui aussi sous la tente, les bras encore chargés.

La petite tente devint rapidement exigüe avec tout ce monde à l'intérieur.

- Mon cher Elrond, n'avions-nous pas un verre à déguster, coupa Ruinhîl avant que des questions n'arrivent sur le pourquoi il était présent.

Il sortit en premier suivit d'Elrond. Glorfindel ne s'était pas attendu que son Roi se soit occupé de panser son amie. Il posa ce qu'il avait dans les bras et alla à son chevet. Il fut satisfait de voir que les soins étaient parfaits. Rassuré, il la recouvrit d'une couverture et la laissa se reposer. Elle avait besoin de repos et Höa aussi.

- Repose-toi bien, Roxanne, lui murmura-t-il avant de partir à son tour.


Alors? Ça vous a plu?

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Explications :

Ruinhîl, un OC de mon imagination car Gil-Galad n'avait pas de descendant. Mais j'en avais besoin pour ma fic, alors comme c'est un UA j'en l'ai inventé. Son nom vient de "ruin" feu ardent et "hîl" héritier.

J'ai voulu le rendre un peu comme son arrière-grand-père Fingolfin (le demi-frère de Fëanor), emporté, sûr de soi et tête brûlée. Car pour moi c'est ce qu'il faut être quand on cherche à tout prix à casser la gueule à Melkor et que finalement le méchant Vala arrive à vous laminer...

Mais physiquement j'ai voulu que Ruinhîl ressemble à son grand-père Fingon (cheveux noirs et tressés, visage fin et yeux gris). Pour ceux qui ne connaisse pas, c'est Fingon qui sauva son cousin Maedhros (ce qui explique pourquoi beaucoup de fic tournent autour de la relation Fingon-Maedhros, que j'ai en horreur)

Roxanne aura plusieurs noms, ce qui est souvent le cas des Elfes.

Roxanne pour les amis proches comme Glorfindel et les jumeaux et plus tard Ruinhîl.

Rhawen qui signifie "jeune fille indomptée". C'est le nom que lui donne Elrond et que tous utilisent, car son troisième nom "Nossëfinwë" est trop lourd de sens.

Pour ceux qui ne connaissent pas :

¤ Qu'est-ce que l'Arthedain?

C'est un des trois royaumes du Nord avec le Cardolan et le Rhudaur. A la base ces trois royaumes n'en formaient qu'un, l'Arnor.

¤ Le Roi-Sorcier d'Angmar est le même que dans LOTR.

C'est le Nazgûl qui est tué par Eowyn et Merry.

¤ Eärnur : fils du Roi Eärnil II du Gondor.

Il sera tué par le Roi-Sorcier qui lui proposera un duel après qu'il est élu domicile à Minas Morgul (ancienne cité du Gondor). Eärnur n'ayant pas de descendant, ce fut à partir de ce moment que le Gondor sera dirigé par les Intendants.

D'autres questions, n'hésitez pas à me les poser, je vous répondrai.

Biz

Sacrok