Title : は虫類
Summary : Sa peau était blanche comme de l'albâtre, son corps long et fin comme celui d'un reptile, ses yeux deux orbes vermillons vibrantes et ses lèvres deux amas de chair fins qui s'incurvaient en un rictus malveillant. Sa tête se tourna alors lentement dans sa direction et elle remua lentement des lèvres. Ils s'étaient faits prisonniers de l'étreinte mortelle d'une vipère.
Disclaimer : Tous les personnages – ou presque – appartiennent à Haruichi Furudate, hormis un seul et unique qui m'est propre à moi et à moi uniquement.
Note de l'auteur : On va dire que même si j'ai de l'expérience dans le domaine de la fiction à présent, cela reste mon premier fandom sur ce thème alors restez ouverts, hm ? Je suis pour toutes critiques – constructives ou non – alors sentez-vous libres de souligner tous les défauts et ce qui ne va absolument pas dans cette histoire.
Passons un bon moment à partir de maintenant ensembles. Enjoy~
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Bénéfices du Syndrome de Clérambault[1]
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« Pourquoi ? »
Ses mots résonnèrent dans la vaste pièce. Mais le silence perdura pourtant, alors qu'elle relevait des yeux écarquillés vers sa mère qui fit un pas en arrière, levant un bras pour s'arracher à la vision qu'elle avait sous les yeux. Déglutissant en sentant une boule remonter dans sa gorge, elle fit un pas hésitant en avant, s'immobilisant lorsque sa génitrice en fit un en arrière pour répondre à son mouvement.
« Pourquoi ? »
Sa lèvre inférieure se mit à trembler et cela sembla enfin faire réagir sa mère qui frissonna, se mordant la lèvre inférieure. Alors qu'elle ouvrait à nouveau la bouche, un haut-le-cœur la secoua et avant même qu'elle ne comprenne, elle se trouvait à genoux, un liquide âcre lui brûlant la gorge et les lèvres, crachant sa bile, la main de sa mère traçant des cercles dans son dos pour tenter de l'apaiser.
« J'avais fait… J-J'avais f-fait… T-Tout ce qu'il f-fallait… »
Un nouveau haut-le-cœur la prit et elle recracha à nouveau tout le contenu de son estomac, ses épaules tressautant, ses mains tremblantes, les larmes s'écoulant sans qu'elle ne réussisse à les arrêter. Vivement, sa main vint agripper la partie gauche de son tee-shirt, en-dessous de laquelle devait se trouver son cœur, tirant dessus de toutes ses forces pour tenter de faire disparaître la douleur.
« C-C'est comme si peu importe mes efforts… »
Sa voix s'étrangla dans un sanglot. Peu importe ce qu'elle faisait, peu importe ce à quoi elle s'appliquait, c'était comme si tout ce qu'elle touchait finissait absolument par connaître une fin prématurée. Elle agissait avec toutes les bonnes intentions du monde, mais quelque chose tournait constamment mal. Pourquoi ?
« Chut. Ça va aller Shiro-chan, ne pleure pas. Tu as fait de ton mieux, d'accord ? Otou-san et Oka-san auraient dû être là pour s'en occuper avec toi. C'est bon, on ne te reproche rien. »
Mais malgré les paroles de sa mère, tout semblait sonner tellement faux. Les plantes mourraient chaque fois qu'elle tentait de s'en occuper et c'était le troisième animal de compagnie qui mourait, quand bien même elle se soit parfaitement occupée d'eux et leur ait donné tout l'amour du monde. Le premier était mort d'un œdème pulmonaire, le second d'empoisonnement et maintenant, le seul qu'elle ait gardé assez longtemps pour qu'il s'attache réellement à elle avait fait un arrêt cardiaque. Tout ce qu'elle touchait était-il contraint à s'éteindre prématurément ? C'était…
« C'est ça. » Chuchota-t-elle d'une voix étrangement douce, dénuée de tous les sanglots qui avaient pu l'accompagner.
Sa mère qui jusque-là tentait de la rassurer cligna des yeux, murmurant un « Shiro-chan ? » inquiet en tendant la tête de côté pour tenter d'avoir une meilleure vue de son visage, penché vers l'avant et caché par ses cheveux. Doucement, elle releva la tête et sa mère tressaillit, s'éloignant d'un pas pour échapper à son regard vide, au petit sourire qui venait de gracier ses lèvres, si mauvais, si haineux…
« C'est comme ça que sont les choses. » Chantonna-t-elle avec une voix étrangement légère. « Peu importe ce qu'on fait, peu importe la bonté de nos actes, peu importe la volonté de faire les choses bien… Tout finit toujours par mourir, par retourner au néant. Dans ce monde, le pire est toujours certain. »
Elle remarqua à peine sa mère qui se figeait, yeux écarquillés alors qu'elle gloussait stupidement, ne se souvenant même plus de la raison stupide pour laquelle elle s'était mise dans un état pareil. Avec un léger soupir, elle jeta un sourire éblouissant à sa mère qui se glaça d'horreur.
« Si l'être humain a la moindre possibilité de faire une erreur, il la fera c'est ça ? Quelle douce règle de vie à suivre, tu ne trouves pas ? »
La Loi de Murphy.
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X~#Hachurui#~X
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« Tu n'as qu'à te dire… que s'il y'a la moindre possibilité que tu perdes, tu perdras forcément. C'est pas mal, non ? »
A un pas à peine devant elle, Azumane Asahi se tortilla avec embarras, désapprouvant visiblement sa manière de pensée mais ne trouvant pas le courage de lui dire. Elle poussa un léger soupir qui le fit sursauter, tendit la main jusqu'à pouvoir effleurer la base de son cou avec ses doigts.
« Écoute-moi, Asahi-kun. L'être humain est faible. Si physiquement il peut rivaliser avec bon nombre d'espèces, sa lâcheté et son manque de jugeote font sa faiblesse. Il y'a deux principes fondamentaux sur lesquels je me repose constamment. Lorsque tu dois faire un choix et qu'il y'a l'infime possibilité de te tromper, alors tu te tromperas forcément. C'est dans la nature de l'homme. Et si une première erreur est faite, elle entraine d'autres erreurs et la situation va de mal en pis avec le temps et le nombre d'erreurs. Est-ce que tu veux être prisonnier du cercle de cette loi infernale et continuer à enchaîner les erreurs sans jamais pouvoir t'en dépêtrer ? Pour moi, c'est une loi absolue. Mais pas incontournable. »
Asahi cligna des yeux en l'observant. Pour la première fois, il voyait en la personne de Hebishiro Kuroko une véritable adulte. Pour la première fois, il voyait la frontière bien distincte qui les séparait tous les deux, qui le reléguait à l'état d'enfant et elle d'adulte. Elle était parée à tout. Au meilleur comme au pire, avançant en prévoyant toujours le pire de ce qui pouvait arriver et tirant une mince satisfaction s'il n'arrivait pas. A son contraire, Asahi pensait qu'il y'avait toujours moyen de satisfaire tout le monde, de ne décevoir personne, que le meilleur attendait chacun d'entre eux. Quelle naïveté. Contrairement à elle, il voyait ce match comme un moyen de prendre sa revanche, il n'entrevoyait pas la défaite – pas directement tout du moins – et avait les yeux fixés sur la victoire en se répétant qu'elle était possible.
« Vous avez perdu une fois. Il n'est pas impossible– non il est plus que probable que vous perdiez encore aujourd'hui. »
Elle ne voyait que leur possibilité de défaite sans jamais penser à la victoire, cherchant un moyen de l'éviter sans s'accrocher au fait qu'ils seraient certainement vainqueur. Elle réfléchissait comme une adulte. Et il se sentait tellement enfant en cet instant, alors qu'un an seulement les séparait, quand bien même elle soit diplômée du lycée depuis 4 bonnes années.
« Ne lui mets pas la pression, Kuroka. »
Détachant ses yeux de ceux de l'Azumane, elle tourna paresseusement la tête vers le jeune coach Ukai, s'appuyant paresseusement contre le banc derrière elle en affichant un demi-sourire moqueur. Celui-ci se contenta de rouler des yeux face à sa provocation, se contentant de croiser brièvement le regard de l'As de l'équipe en lui adressant un hochement de tête confiant. Satisfait de la confiance nouvelle qui brillait dans les yeux du jeune homme, il reporta son attention sur la petite-fille du coach de Nekoma… qui n'était plus là.
« Tobio-chan ~ ! »
Tirant le ballon de toutes ses forces sans perdre un seul nano-millimètre de terrain face à Oikawa qui tirait aussi fort que lui, il lâcha brutalement le ballon en sentant deux bras glisser agilement le long de ses deux flancs, appuyant légèrement contre son torse pour l'immobiliser. Puisqu'elle faisait presque la même taille que lui, il lui suffit de se hisser sur la pointe des pieds pour approcher sa bouche de son oreille avec un sourire moqueur.
« Qu'est-ce que tu fais, Tobio-chan ? » Murmura-t-elle en haussant les sourcils.
Elle le relâcha immédiatement en sentant son corps s'élancer vers l'avant. Kageyama fit littéralement un bon en avant – se retrouvant près d'Oikawa mais c'était la dernière de ses préoccupations à présent – se tournant vers elle en prenant un air horrifié et reculant légèrement pour être à l'abri de ses assauts. Clignant des yeux, elle se contenta d'incliner légèrement la tête de côté avec un sourire innocent.
« To-bi-o-chan ~ ! »
Tous les joueurs sur le terrain semblèrent s'immobiliser alors qu'elle chantonnait son nom, s'approchant lentement de lui avec un pas dansant, tandis qu'il essayait vainement de reculer sans lever ses pieds du sol. Ignorant le « oï ! » indigné que lança Ukai Keishin à quelques mètres de ça, elle se planta devant lui en se penchant légèrement en avant, croisant les bras dans son dos comme une petite-fille emplie de curiosité.
« Tu ne comptes pas… »
Elle fit courir son index le long de son torse, se fichant bien de le sentir se raidir lorsqu'elle atteint son cou et glissa son doigts le long de sa nuque jusque sur sa joue gauche, s'immobilisant à ce moment-là. Affichant un sourire qui découvrit ses dents et fit frissonner Kageyama, elle se redressa jusqu'à être de toute sa hauteur, faisant un nouveau pas en avant pour envahir son espace vital, le faisant brusquement reculer son visage pour augmenter la distance entre eux.
« …ne pas prendre ce match au sérieux, pas vrai ? Parce que sinon… »
Tout se passa tellement rapide qu'elle ne fut même pas sûr que le passeur de premier année était conscient de ce qui se passait. Son index se glissa dans le col de son maillot et elle tira d'un coup sec, le faisant se pencher en avant, avant même qu'il ait pu essayer ne serait-ce que tenter de résister. Elle entendit les cris d'indignation de Tanaka et Nishinoya – bon dieu, elle était sûre qu'on pouvait même les entendre à l'extérieur du gymnase – et les halètements de pur choc des joueurs de Seijouh. Mais en ce moment, alors qu'elle appuyait brièvement ses lèvres sur celles du premier année, elle songeait qu'elle avait connu un baiser bien plus agréable auparavant et qu'il lui tardait de goûter à ces lèvres-là à nouveau. Elle relâcha le pauvre Kageyama au bout de trois courtes secondes, faisant un pas en arrière pour recouvrer une distance de sécurité, renversant la tête de côté en affichant un sourire éclatant.
« …tu apprécieras tellement ta punition que tu me supplieras de te punir de cette façon à nouveau. »
Le teint du passeur devient tout rouge, puis bleu, vert, blanc, violet avant qu'il n'acquiert une couleur blanche alarmante. Ses lèvres s'entrouvrirent à cause du choc, mais livide, il n'osa rien dire qui pourrait l'inciter à pratiquer son harcèlement sexuel traumatisant sur lui à nouveau.
« Bonne chance, Tobio-chan ~ ! »
Il frissonna à cause du ton avec lequel elle avait employé son prénom. Puis elle fit un nouveau pas en avant, violant à nouveau son espace vital, mais se contenta de relever un visage inexpressif dans sa direction, entrouvrant les yeux pour le fixer de ses deux orbes sanglants. Kageyama crut que son cœur avait arrêté de battre en cette simple seconde, terrifié par la vision qu'elle lui offrait, ses lèvres se mouvant pour qu'il soit le seul à entendre. Mais elle referma les yeux la seconde suivante, affichant un demi-sourire narquois qui lui donna la nausée. Reniflant à cause de peu-importe-quelle-pensée elle trouvait amusante, elle tourna les talons avec le plus de tranquillité du monde, saluant d'un geste calme le petit-fils de l'ancien coach Ukai qui semblait prêt à lui dévisser la tête et lui arracher les yeux pour oser s'attaquer à un gamin sans défense, le superviseur de l'équipe qui semblait s'être pétrifié sur son siège, l'impassible manager qui avait oublié de porter son masque et la fixait avec des yeux écarquillés et la petite première année qui avait l'air à deux doigts de tomber dans les pommes.
« Bonne chance, tout le monde ~ ! » Chantonna-t-elle une nouvelle fois avant de disparaître dans un couloir.
Elle s'immobilisa après quelques pas, son sourire retombant et ses yeux fusillant le sol du regard. Puis son avant-bras rencontra sa bouche, essuyant celle-ci pour effacer quelconque trace de l'à-peine baiser qui venait d'avoir lieu. Son nez se fronça avec dégoût alors qu'elle effleurait ses lèvres du bout des doigts, une pensée déplaisante lui traversant l'esprit.
« On dirait… que je me suis particulièrement entichée du petit passeur de Nekoma. »
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« Je veux Kenma. »
Kuroo Tetsuro roula des yeux, connaissant son petit scénario par-cœur. Elle allait bientôt se mettre à rouler par terre comme une enfant qu'on avait privé de gâteau en geignant qu'elle voulait son Kenma, des larmes de crocodile roulant le long de ses joues et employant son ton enfantin agaçant. Mais lorsqu'elle ne fit aucun geste pour accomplir toutes ces actions, il releva paresseusement la tête de sa position avachie sur le sofa, clignant des yeux en la voyant assise sur le fauteuil à sa droite, les genoux remontés contre la poitrine et les yeux grands ouverts, fixés sur l'écran de télévision en face. Bien que ces actions restent inhabituelles ou brusques – le fait qu'elle ouvre totalement les yeux ou qu'elle perde son sourire qui était presque une marque de fabrique – il avait à peu près appris sa manière de son comporter. Et surtout le fait qu'elle n'ouvrait absolument jamais les yeux, sauf lorsqu'elle était agacée, particulièrement amusée ou dans ce cas présent, mortellement sérieuse.
« Je le veux tellement, que ma tête me fait mal rien que d'y penser… »
Il pinça les lèvres d'un air désapprobateur, l'entendant traiter son ami d'enfance comme un vulgaire trophée. Puis, alors qu'elle ne bougeait toujours pas, figée comme une statue, et qu'elle n'élevait pas la voix qui se trouvait être à peine un léger murmure, il se demanda si c'était quelque chose qu'il était censé entendre, si elle s'adressait vraiment à lui. Si elle réalisait qu'elle se trouvait là, dans la même pièce que lui.
« He reminds me so much of that lost kitten… [2] »
Il cligna des yeux en l'entendant cette fois-ci s'adresser en anglais, ne semblant même pas remarquer qu'elle avait changé de langue. Sa main gauche vint soudainement tirer un coup sec sur une mèche de cheveux plus longues que les autres et Kuroo tressaillit en le la voyant pas réagir, ressentant la douleur pour elle.
« Je veux pouvoir… »
Elle sembla brusquement s'arracher à sa rêverie, se redressant d'un mouvement brusque. Sans faire attention au presque-adulte qui se redressa piteusement en clignant des yeux, elle s'empara de sa veste et de son sac avec des mouvements fluides. Alors qu'il descendait enfin du canapé, elle était déjà à la porte, la claquant derrière elle sans lui laisser le temps de réagir.
« Kenma… » Chuchota-t-elle d'une voix éteinte en dévalant la rue à toute vitesse.
'Si tout tourne toujours mal, alors profite des choses existantes tant que tu en as encore le temps.' Étouffant un grognement d'agacement dans sa barbe, elle bifurqua en direction Nippori[3], la station la plus proche de cet endroit. Depuis quand n'avait-elle pas fui de cette façon ? Ironique. Elle qui faisait toujours fuir les autres courait pour échapper au trop fort engouement qui la poussait dans la direction du petit passeur de Nekoma. Risible.
'Ceux qui ne possèdent ni cœur ni sentiments ne ressentiront jamais le besoin d'aimer.'
Et elle n'aimait pas. Rien. Personne. Pas ses parents, pas son grand-père, pas son frère-aîné. Aucun des joueurs de Nekoma, pas les joueurs de Karasuno, pas même sa propre personne. Alors pourquoi ? Elle se savait dépourvue depuis cette capacité depuis tellement longtemps qu'elle ne savait plus exactement. Et pourtant, une crampe douloureuse continuait à marteler son estomac chaque fois qu'elle pensait à lui.
« Il faut… que je me débarrasse… de ce problème… »
Elle s'immobilisa brusquement, tendant la main devant elle. Une goutte d'eau s'écrasa. Puis une deuxième. Une troisième. Et en quelques secondes, toute une averse qu'elle n'était pas préparée à accueillir. Sans s'en soucier pourtant, elle releva la tête vers le ciel, fermant les yeux avec apaisement.
« …mais est-ce que… j'ai réellement envie… de m'en débarrasser… ? »
Elle expira profondément.
« Kuroka-senpai ? »
Et rouvrit les yeux.
« Ya ~ Kenma-kun ! Si tu restes dehors en ce temps-là, tu risques d'être trempé. »
Elle n'eut besoin de que trois pas pour aller à sa rencontrer, voûtant le dos pour avoir une meilleure vision de son visage camouflé sur son parapluie. Consciencieux, il le releva jusqu'à les protéger tous les deux, baissant immédiatement le regard en se rendant compte qu'il ne formerait plus une barrière entre eux.
« Tu me rappelles… »
Il releva les yeux, surpris par le ton qu'elle employait. Ses yeux s'écarquillèrent en voyant son expression, mais elle l'empêcha de dire quoique ce soit en faisant un pas en avant, enroulant ses deux bras autour de ses épaules et le serrant contre elle comme elle n'avait jamais serré personne, se fichant bien du parapluie qui claquait dangereusement au sol et de la pluie qui trempait leurs vêtements.
« Ne dis rien. » Murmura-t-elle d'une voix étouffée.
Ses bras se trouvaient là où ils se trouvaient, et elle ne tentait pas de le mettre mal à l'aise comme elle le faisait toujours. Avec une inspiration silencieuse, elle resserra un peu plus son étreinte, sa bouche s'entrouvrant pour laisser échapper la plainte qu'elle retenait dans sa gorge, mais aucun son ne filtra. Avec un geste étonnamment doux, elle desserra considérablement son étreinte sur lui, reculant légèrement pour lui laisser assez d'espace afin de se détacher. Kenma fit un demi-pas en arrière, mais s'immobilisa en entendant sa voix cassée.
« Vas-y. Je te laisse partir. Lorsque je veux quelque chose, le contraire arrive forcément et ça finit par devenir dangereux. Alors vas-y. »
Il aurait pu. Il aurait réellement pu faire ce pas en arrière, se détacher complètement d'elle, la voir disparaître puisque si elle le laissait partir ainsi, elle n'aurait plus aucune raison d'être ici avec eux elle disparaîtrait pour de bon. Il aurait pu. Et peut-être qu'il aurait dû le faire. Mais il ne songea pas un seul instant à regretter en étirant son bras vers l'avant, agrippant un pan de sa veste et tirant dessus avec une main tremblante. C'était idiot. Tellement idiot de se rendre compte que malgré son cœur de glace, incapable de battre, il s'accrochait à elle de toutes ses forces. Était-ce qu'on ressentait lorsqu'on tombait amoureux ? Il en doutait. Mais malgré tout le mal qu'elle pouvait lui infliger, toutes les moqueries, il continuait à s'accrocher à elle de toutes ses forces. Même s'il pouvait le regretter, même si elle lui arrachait sans le moindre scrupule ce petit cœur qu'était le sien… il ne voulait pas lâcher prise. Il s'accrochait à cette conviction délirante qu'elle partageait les mêmes idées que lui en retour. Finalement, il était peut-être aussi dérangé qu'elle. Qui aurait pu penser que lui, Kozume Kenma, si calme, si intelligent, si observateur souffrait d'une psychose ? Personne n'aurait pu, même pas lui-même. Et pourtant, malgré avoir en vain essayé, il n'arrivait toujours pas à se débarrasser du syndrome de Clérambault. は虫類. Hachurui.
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[1] Le syndrome de Clérambault, en psychologie, est la conviction délirante d'être aimé. Le patient érotomane est persuadé qu'on lui déclare son affection, souvent par le biais de télépathie, de messages secrets, de regards, etc.
[2] 'Il me rappelle tellement ce petit chaton perdu…'
[3] Nippori est une station de métro à Tokyo.
