TEXTE 10

Une découverte embarrassante


C'était un matin comme tout autre matin, dans la salle commune des Papillombre. Toujours levé aux aurores, par question d'habitude, Leeroy était souvent le premier à errer dans la salle commune. Il s'y étirait. Soupirait devant le bazar que ses camarades avaient laissé là. Les plateaux d'échecs de Tetsuya, les pièces encore sorties s'étant endormies sur les cases. Teffie laissait traîner ses chaussures. Shako avait encore oublié son sac sur sa table d'étude. Rachel n'avait pas rangé son livre à la bonne place. Les oreillers et les poufs semblaient avoir volé dans tous les sens.
Cet endroit avait besoin d'un brin de ménage !
Quelle courageuse initiative ! Mais Leeroy ne se laissa pas abattre par cette charge qui s'annonçait. Il ne se faisait pas d'illusion. Le fatras reviendrait d'ici deux jours. Mais il savait au moins que Kate l'en féliciterait. Et pour lui, cela signifiait beaucoup. Il voulait la rendre fière de lui. Mériter sa confiance. Avoir un rôle dans cette maison, au sein de cette deuxième famille.
Le jeune écossais retroussa alors ses manches et sortit sa baguette magique. Ses sortilèges virent à bout des tâches les plus incrustées, comme celle qu'Heather avait laissée là en renversant son chocolat chaud sur le canapé. Il tria les livres par ordre alphabétique. Secoua le tapis.
Plus loin, la statue de Cliodna l'observait œuvrer avec une tendresse presque maternelle.
Jusqu'à ce que Leeroy trouve quelque chose sur l'un des poufs, qui attirait son attention. Un petit tas de tissu rouge et chatoyant. Intrigué, il le tâta avec sa baguette magique. Il ne connaissait pas cet habit. Ne l'avait jamais vu sur personne…
À ce moment-là débarqua Nestor, son voisin de lit. Tous deux partageant la même chambre, il était fréquent que Leeroy réveille son meilleur ami par la même occasion sans le vouloir. Ces jours-là, Nestor était bien plus grognon qu'à l'habitude. Et ce jour-là, il allait être vraiment très grognon…
Pourtant, Leeroy ne tint pas rigueur du grognement que lui destina son meilleur ami. Il demeurait obnubilé par le morceau de tissu. Cela étonna Nestor à son tour, qui s'approcha :

— Qu'est-ce que tu fais planté là ?

Leeroy lui désigna alors le morceau de satin avec sa baguette magique. Nestor en fronça les sourcils. Puis, avec prudence, il l'attrapa par ses rubans et la porta à bout de bras.
La nuisette écarlate les fit rougir.

— C'est q-q-q-quoi, ç-ça ?!
— Tu veux vraiment que je t'explique ?!
— N-non, je… je sais ce-ce que c'est, mais… qu-qu-qu'est-ce que ça fait là ?!

Ils analysèrent ensemble la petite tenue de nuit, non sans embarras.

— Tu cr-crois que ça appartient à u-u-une fille ?
— Certaines sont trop jeunes ou trop petites pour ça, observa Nestor. Peut-être à Kate ? Mais qu'est-ce qu'elle l'a abandonnée là ?!
— Ou à Te-Teffie ?

Immédiatement, Nestor lâcha l'habit comme si ses doigts avaient été en contact avec du fumier.

— Merci pour l'image, crétin !
— C-c-c-c'était une hypothèse ! Et Rose ?
— C'est pire encore !
— Elle est b-b-bien arrivée ici d'une manière ou d'u-d'une autre, q-q-quand même !
— Je ne veux pas savoir ! Laissons ça ici ! Faisons comme si nous n'avions rien vu.

Nestor poussa Leeroy par les épaules pour le forcer à s'en détacher. Et les deux amis quittèrent l'endroit, encore étourdis par leur découverte. Quand quelques minutes plus tard, une ombre apparut depuis le couloir qui menait au dortoir des filles. Mister Minnows apparut, sa queue en panache bien dressée, signe qu'il avait bien profité de sa longue et belle nuit. Il retrouva avec grande joie son trophée de la veille. Sautant sur le pouf avec agilité, il ramassa la nuisette en satin dans sa gueule et l'emmena autre part, dans un coin de la salle, pour se rouler en boule dedans.


— Whisper.
— Oui ?
— Il faut vraiment que tu surveilles ton chat si tu tiens à le retrouver avec ses quatre pattes.
— Oh non, pas Mister Minnows. Qu'est-ce qu'il a encore fait ?
— Je l'ai vu traîner hier dans nos dortoirs. Il n'a plus le droit ! Ce n'est plus son territoire ! Ce n'est plus ta maison ! Et une de mes nuisettes fétiches a disparu ! Je suis certain que c'est lui ! Il s'en prend toujours à mes affaires ! C'est systématique !
— Tu accuserais mon chat de vol de chemise de nuit ?! Tu es sérieuse, Maggie ?