Hello sweeties~
Ca me fait bizarre, d'un coup, de me mettre à publier toutes les semaines. C'était déjà inhabituel de publier régulièrement, pour moi... °_° Enfin~
Dans tous les cas, une petite chose sur les chapitres 11 et 12: ils étaient censés n'être qu'un seul chapitre, je les aurai donc très probablement publiés à une semaine d'intervalle, parce qu'ils ne sont vraiment équilibrés qu'ensemble. Contrairement aux autres chapitres qui ont dû être coupés pour ne pas saturer d'informations, l'interruption là ne m'a pas semblé naturelle (je trouve d'ailleurs encore que le 11 se termine un peu en queue de poisson), donc... Bon.
Ce chapitre est du coup encore une fois un peu plus court que ce à quoi je me suis habituée, mais il a son petit lot d'informations, de questions, et DEUX guest-stars pour couronner le tout: Uri, Hibird, et leur glorieux combat pour savoir si oui ou non les lois de la nature disant que le chat mange l'oiseau s'appliquent aussi dans le monde des esprits! 3
... Ca vaut bien d'attendre encore une semaine pour avoir de vraies révélations, non? 3
Chapitre 11
Il l'avait senti dès la fin du rituel. Lorsque les Arcobaleno l'avaient planté là, livré à lui-même, pour s'éclipser les uns après les autres, il le savait déjà. Il avait attendu, cependant, pour s'en assurer, effrayé. Il avait attendu, en tremblant.
Tard, bien plus tard, à la faveur de la nuit et de sa solitude, la confirmation était tombée.
Sa flamme s'était éteinte.
Il avait tout essayé, appliqué tous les conseils et consignes reçus lors de son entraînement - rien. Pas même une ombre d'étincelle.
Néanmoins, cette fois-ci, il ne voulut pas céder au désespoir. Il s'était beaucoup trop approché de son but pour baisser les bras à ce niveau-là. Les menus contretemps auxquels il était confronté n'avaient pas l'air insurmontable, après tout.
Il avait déjà brisé son sceau une fois. Si sa flamme s'était retirée derrière, il n'avait qu'à la rappeler. Quant à Mukuro... Il l'avait déjà ramené une fois. Et de façon magistrale. Il recommencerait, et tous les bannissements du monde ne pourraient l'arrêter.
Il se sentait là brûler d'une flamme nouvelle, et vivace. Elle avait déjà produit quelque éclat jusque là, mais s'était rarement illuminée avec tant de violence, tant que ça lui serrait presque le cœur de douleur. Dès qu'il repensait à la journée maudite qui avait vu sa flamme et son fantôme disparaître, tous ses muscles se contractaient, la colère faisait vibrer son sang, et ses poings se serraient. Il ne se connaissait pas rancunier mais, s'il avait l'occasion de mettre un jour ses bourreaux en face de l'erreur monumentale qu'ils venaient de lui faire subir, il ne se gênerait pas. Et il espérait que, comme le lui avait assuré Fon, ils s'en souviendraient, de ses avertissements, au moment de rendre des comptes.
Car il était encore et toujours persuadé que ce qu'il s'était passé était une erreur, une faute, malgré tous les arguments sans doute très pertinents qu'on pouvait lui opposer. Il le sentait, il l'avait senti depuis le début, la volonté de garder Mukuro auprès de lui n'était en aucun cas liée à un quelconque caprice égoïste de la part d'un adolescent qui découvrait les délices de l'occulte. Il était assez lucide d'ailleurs sur le fait que le seul goût qu'il avait pour ce monde était en rapport avec les raisons qui l'y avaient mené. Il était certes, comme il s'y était attendu, étrange de se sentir à nouveau normal après une telle aventure, mais sans le goût de cendres qui lui emplissait la bouche, tout avait pu s'arranger, au final, il s'en serait remis. Sans doute.
Mais l'amertume était bien trop forte. Pour quitter ce monde comme il fallait, il devait terminer ce qu'il y avait entrepris.
Il devait y retourner.
C'est pourquoi il se trouvait en cet instant devant Reborn, cause actuelle de tous ses maux.
Et potentiel salut.
Effectivement, il se savait désavantagé, et probablement incapable, en fait, de revenir dans la course par ses propres moyens. Si ses relations avec son "maître" n'avaient cessé de se dégrader ces derniers temps, que d'ailleurs depuis le bannissement il le sentait plus surveillant que professeur, il restait le mieux placé, objectivement, pour le sortir de son impasse. Dino ne pouvait l'aider que jusqu'à un certain point, et Gokudera avait assuré que sa sœur ne bougerait pas sans l'accord de l'Arcobaleno.
Ne restait donc plus à prendre son tuteur entre quatre yeux, tout mettre à plat et repartir sur de bonnes bases.
... Une idée si simple, sur le papier. Enfantine.
Une montagne à déplacer, en vrai.
Tsuna surprenait de temps en temps l'Arcobaleno dans son champ de vision, son regard ne loupant rien de ses faits et gestes depuis l'achèvement du rituel. Il ne cherchait pas à se cacher, la plupart du temps, agissant plus en caméra mobile qu'en espion, mais ces coups d'œil en coin étaient quasiment les seuls contacts qu'ils avaient eu dernièrement. Trop peu de mots avaient été échangés pour rendre la conversation de nouveau naturelle entre eux.
- Alors? s'impatienta Reborn, attendant que le petit brun annonce la raison de leur rencontre.
Celui-ci avait remarqué que son surveillant inspectait régulièrement sa maison, il lui avait seulement fallu laisser un mot en évidence au milieu de son bureau pour convaincre l'autre de l'approcher à moins de vingt mètres, pour l'occasion. Naïvement, il songeait que si Reborn avait consenti à venir, il était prêt à écouter, cette fois, au moins un peu, en dépit de l'expression fermée qu'il arborait, lèvres pincées, l'air dédaigneux.
Il inspira un grand coup. Il lui fallait trouver l'argument décisif, d'ici la fin de la conversation, qui était soumise à la maigre patience de son interlocuteur. Mais il avait déjà sa petite idée.
- Reborn... Redeviens mon professeur, s'il te plaît.
- Pourquoi?
Bien qu'il se soit attendu à ça, la question le prit de court.
- Y-y a-t-il besoin d'une raison? balbutia-t-il donc maladroitement. Bien sûr, la raison profonde était toujours la même, il voulait sauver Mukuro, tenir sa promesse envers lui, mais l'affirmer de cette façon lui faisait craindre un refus catégorique de l'autre partie.
Il était sûr que de toute façon Reborn n'était que trop conscient de ce fait, ce n'était pas la peine d'insister sur ce point sensible. Ça ne le sauverait pas, au contraire.
De fait, la moue dédaigneuse du chérubin s'accentua:
- Non, puisque tu ne cesseras officiellement d'être mon élève qu'à la fin de ta formation, pour des raisons que je n'ai pas envie d'expliquer aujourd'hui. Dans tous les cas, elle n'en est encore qu'au commencement, donc je ne pourrais me débarrasser de toi comme ça, même si je le voulais.
Tsuna ne s'y trompa pas, il n'y avait aucune perche à attraper dans ce discours à première vue rassurant. Il était sûr qu'il pouvait, d'une manière ou d'une autre, lui refuser les entraînements qu'il lui devait par son statut de professeur. Reborn ne dévoilait pas ses faiblesses aussi simplement - et s'il le faisait, c'est que ce n'étaient pas réellement des faiblesses, mais des pièges dans lesquels on se garderait bien de tomber.
- Toutefois, reprit l'autre, tu en as une, de raison, une raison très précise. Et je ne me déciderai pas sans l'avoir entendue de ta bouche.
Ça, par contre, c'était une raison d'espérer. Le jeune homme était prêt à parier que son maître n'avait accepté de l'écouter que parce qu'il avait déjà prévu le contenu de toute la conversation. Qu'il attendait quelque chose de son élève avant de s'avouer disposé à proposer son aide, et que tout ceci n'était qu'une nouvelle leçon commencée dans un but bien déterminé.
Le petit brun eut un sourire en coin devant cette preuve que, en fin de compte, pas grand chose n'avait changé entre eux. Il était temps pour lui d'abattre ses cartes, en toute confiance.
- Eh bien... J'ai beaucoup réfléchi, et depuis quelques temps j'ai une idée qui pourrait bien m'aider à avancer...
L'expression de son vis-à-vis n'avait pas changé d'un iota, et pourtant il se savait écouté avec intérêt. Parce qu'on attendait quelque chose de lui, on guettait ses mots avec avidité et impatience. Il poursuivit donc, de plus en plus léger alors qu'il sentait presque dans l'air que la situation s'arrangeait, le problème se dénouait, un peu.
- Bien sûr, pour y arriver, il faut que je puisse réutiliser ma flamme, et comme je n'ai pas la moindre idée de comment la réveiller tout seul... Enfin.
Il prit une grande inspiration avant d'en venir au fait, résistant à la tentation de se perdre dans un discours emmêlé et bégayant. Il ne voulait pas prendre le risque d'être interrompu, alors qu'il tenait là une chance en or, à ne surtout pas gâcher.
- Je veux tenter d'invoquer directement mon père. Cette fois, j'attendrai d'être prêt à le faire, je ne ferai rien dans mon coin, peu importe combien de temps ça prendra. C'est la meilleure solution qu'il me reste pour en finir avec toute cette histoire alors... Voilà.
Il se tut, enfin, soulagé d'avoir pu cracher le morceau de bout en bout, mais nerveux quant à la suite. De son côté, Reborn ne bougea pas un cil, n'ouvrit même pas la bouche pendant plusieurs minutes. L'adolescent eut l'impression de suffoquer dans cet intervalle de silence, surtout qu'il savait, encore et toujours, que les pauses de son maître étaient rarement réflectives, qu'il ne lui fallait que quelques secondes tout au plus pour juger une situation et prendre une décision.
- Mauvaise raison, finit-il par lâcher, libérant son interlocuteur de son malaise. Pour le plonger dans l'incompréhension la plus profonde.
- Q-quoi? Pourquoi? protesta-t-il, soufflé.
Il se demandait évidemment si le facteur "Mukuro" n'avait pas joué en sa défaveur, mais tout de même, son serment de ne plus rien tenter contre les consignes et les volontés de son maître n'était-il pas suffisant? De plus, il n'avait pas menti, il était on ne peut plus sincère en disant vouloir invoquer son père. Mais même ça, Reborn ne voulait pas le lui accorder? Que lui fallait-t-il, à la fin?
- Enfin, tu peux toujours essayer, continua le petit prof, si tu aimes perdre ton temps. Tu ne pourras pas plus appeler ton père que Mukuro, et ce n'est pas seulement dû à ton état actuel.
- Hein?
Pour le coup, Tsuna n'aurait jamais eu l'idée d'une telle réponse. Il avait juste pensé que, encore une fois, son projet n'avait pas été jugé digne d'intérêt depuis sa base. Mais au final, le revers qu'il subissait était seulement dû à une difficulté d'application?
Il eut envie de demander pourquoi, mais il fut interrompu par le sourire de l'Arcobaleno. Le premier depuis des semaines.
- Tiens, faisons ça, fit sa voix redevenue enfantine, espiègle et non plus sombre. Je te mets au défi de réussir à trouver la raison qui me fait dire ça.
Son sourire s'élargit. C'était confirmé, le Reborn ordinaire, avec ses folies, ses mystères et ses énigmes, était de retour. Bien que cela constituait une nette amélioration, Tsuna se surprit à se demander si ça ne serait pas encore plus dur à gérer, au quotidien.
- ... Et si tu trouves la bonne réponse, je réfléchirai à ta demande.
Toutefois, le retour en force du caractère infernal de son tuteur restait un grand pas en avant, quoi qu'il puisse dire ou penser. Tsuna se sentait déjà redevenu son élève.
Loin, loin au-dessus du sol de Namimori, une petite créature volait, sans soucis. Lorsqu'elle redescendit à une hauteur plus humaine, ce ne fut que pour venir battre de ses petites ailes duveteuses auprès d'un certain individu en sifflotant des airs résolument joyeux.
La silhouette en-dessous de lui se redressa, il se posa sur une masse de cheveux noirs soyeux - son seul et unique perchoir. Une main vint grattouiller son petit crâne. Il répondit par des petits cris de contentement.
Hibari Kyoya acquiesça aux piaillements de son compagnon, et se leva. Il se dirigea vers la porte du toit - enfin reconquis! - pour l'heure de sa patrouille.
Dès qu'il apparut dans les couloirs, la fébrilité s'empara des lieux. Le silence se faisait sur son passage, on libérait la place pour ne risquer de se trouver sur son chemin. Certains préféraient même regagner leur salle de classe, par peur de gâcher leur pause en tombant entre les tonfas du terrible préfet. Sur la plupart des visages se lisait encore la crainte; la mauvaise humeur passée du jeune homme avait laissé des traces dans les esprits de ses potentielles victimes. Hibari mémorisa soigneusement chacun des faciès grimaçants; s'ils estimaient avoir des raisons d'être effrayés par lui, ils ne devaient pas être irréprochables - le comité de discipline se pencherait sur leur cas.
Il poursuivit ainsi sa route, lentement, tranquillement, jusqu'à une certaine classe. Devant la porte ouverte se tenait l'individu à l'aura détestable, Sawada Tsunayoshi. Le brun fut néanmoins étonné du changement radical de l'atmosphère autour de lui. A leur dernière rencontre, les effluves nauséabondes qui émanaient de lui avaient immédiatement déclenché un raz-de-marée de violence. Désormais, l'impression était plus faible, mais aussi chaude, presque attirante. C'était presque décevant, cette promptitude à rentrer dans le rang dès les premiers ennuis. Cela dit, en tant que préfet, ce résultat était gratifiant, satisfaisant. L'ordre avait été maintenu.
Du coup, lorsqu'il s'apprêta à dépasser le niveau du petit brun, il s'arrêta une seconde pour le jauger du regard. Le concerné, lui, en le remarquant, se tendit, déglutit de façon bruyante et peu élégante.
- Hn. Je vois que tu as compris la leçon, conclut le chef de la discipline devant cette réaction.
Mais, en fait de comprendre, Tsuna fronça plutôt les sourcils. Sur le coup, il croyait qu'Hibari allait encore s'en prendre à lui dans un élan de pure gratuité, ainsi ce qu'il venait de dire ne trouva aucun écho dans son esprit. Non, il n'avait rien compris - enfin, pas qu'il sache.
Il ouvrit la bouche, bête comme un poisson qui se retrouvait soudainement hors de l'eau, hésitant encore sur la légitimité de demander une explication au terrible préfet de Nami-chu.
A ce moment-là jaillit de la classe un Gokudera à moitié penché vers le sol, sans doute à la poursuite d'Uri, vu le cri qu'il poussa à la cantonade, appelant le chat, et aux nombreuses marques rouges qui ornaient ses bras sous Les manches retroussées de son uniforme.
Tous les témoins de la scène le regardèrent donc tourner en rond dans le couloir, cherchant à attraper le vide, et Tsuna comme tous les autres ne put rien voir de plus. Au bout de quelques minutes cependant, l'argenté s'arrêta net, tombant nez à nez avec Hibari, toujours présent. On aurait dit qu'il venait à peine de remarquer sa présence et qu'il prenait conscience de ce qui allait lui tomber dessus pour s'être rendu responsable d'un tel tapage dans les couloirs du collège. Mais, si le premier point était sans doute vrai, le petit brun savait que son ami ne craignait pas l'autre, qu'il passait son temps à lui répondre avec une insolence toute volontaire. Du coup, quand il le vit faire plusieurs pas en arrière, la bouche crispée en un sourire tordu, il s'approcha pour lui demander ce qui n'allait pas. Gokudera eut l'air le plus gêné du monde, répondant à voix basse:
- I-il... Uri s'est mis à courir après Hibird...
Encore une fois, Tsuna dut froncer les sourcils. Hibird était une sorte de canari jaune qu'ils avaient récemment identifié comme le compagnon de l'austère Hibari Kyoya, mais il n'en voyait pas la moindre trace. Tout comme il ne voyait pas Uri.
Sa gorge se noua. Il savait ce que cela voulait dire.
- Je ne vois rien, moi, dit-il simplement à son ami, tâchant de cacher sa déception.
Gokudera se tourna vers lui, profondément surpris. De son point de vue, son chat se tenait aux pieds du brun, à l'affût des gestes de la boule de plume perchée sur l'épaule de celui-ci. Il craignait d'ailleurs pour ce que pourrait faire l'esprit félin s'il se décidait finalement à attaquer. Ça ne serait pas beau à voir. Il n'avait jamais touché aux créatures vivantes jusque là - à part son maître.
Et puis, en dévisageant la mine maintenant attristée de son ami, il comprit à son tour. Le choc fut tellement grand qu'il laissa échapper l'exclamation à haute voix:
- Quoi?! Hibird est un esprit aussi? On n'avait rien vu!
Son compagnon, se doutant qu'il n'était pas très malin de crier ça au milieu de civils, lui donna un coup de coude dans les côtes. Cela permit à l'argenté de se reconcentrer sur le propriétaire - invocateur? - de l'oiseau, qui les fixait désormais d'un oeil mauvais.
- A-ah... fit-il, alors ça veut dire que... Tu peux voir Uri?
Il montra sa créature du doigt, qui feula à ce geste qu'il devait juger irrespectueux. Le brun baissa furtivement les yeux et... lorsqu'il les releva, il semblait sur le point de déverser sa colère sur eux. Il n'en fit rien, cependant, faisant volte-face pour quitter au plus vite ce rassemblement de fous. Il en avait marre de toutes ces inepties.
Il venait à peine de leur tourner le dos lorsque Tsuna ressentit un puissant frisson sur la nuque, accompagné du sentiment que quelqu'un venait de lui verser de l'eau glacée sur la tête.
- Hiiiiiiie!
Son cri attira les regards sur lui, ce qui lui fit regretter aussitôt son éclat, mais il fut encore plus perturbé en remarquant les yeux de Gokudera et d'Hibari dirigés plutôt vers le sommet de son crâne. Si le carnivore retourna à ses occupations après un simple haussement d'épaule désintéressé, Gokudera eut plus de mal à s'en remettre.
- Hum... Gokudera-kun? demanda Tsuna, tâchant de paraître détendu. Il ne l'était pas. - Qu'est-ce qu'il y a? J'ai perdu tous mes cheveux ou quoi?
- Non, répondit l'autre, sortant de sa torpeur - mais pas trop. Mais je crois que Hibird a décidé de s'y installer.
- Ah...
Il ne put rien ajouter de plus. Pour une raison qu'il peinait à accepter, il n'y avait là que de l'amertume et du regret en lui.
- Tsuna!
- Salut... Dino-san. Hum, Gokudera-kun m'a dit que tu avais un peu de temps avant ton service... On peut parler?
A la mention de son nom, l'argenté inclina la tête en guise de salutation, puis s'éclipsa, laissant les deux autres seuls. Le blond fixait son cadet, surpris par sa demande, et surtout par sa mine sombre, tête basse et échine courbée.
- Bien sûr, dit-il, pris de court, et inquiet.
Il fit entrer le petit brun et le précéda dans l'escalier qui menait à son appartement, se demandant ce qu'il avait bien pu se passer. Tsuna, lui, se préparait déjà à prendre la parole. Il avait suivi son ami à son travail après les cours dans le seul but de se confier à son meilleur conseiller en cas de problème d'occulte. Il ne savait pas trop pourquoi il n'avait pas pensé plus tôt à venir le voir, dès la perte de ses pouvoirs. Après tout, il était là dans une situation tout-à-fait comparable à la sienne.
A la différence près que Dino, lui, avait désigné cette situation.
- Alors? demanda le blond, une fois assis en face de lui, sur son canapé. Qu'est-ce qu'il y a?
Tsuna ne se retint qu'une dernière seconde avant de s'abandonner à son récit. Il n'oublia rien, pas un seul détail, depuis la douleur du rituel du bannissement - qu'il évoquait alors pour la première fois en des termes aussi libérés - jusqu'à la mortelle solitude qu'il avait éprouvée le matin-même, dans le couloir du collège, un oiseau fantomatique perché sur la tête. Il n'imaginait pas qu'il aurait pu parler autant de ça à quelqu'un. Il en avait bien touché quelques mots à ses amis, mais ne s'était pas trop étendu; il n'avait pu récolter qu'une compassion sincère, mais incapable de l'aider à endurer son sort.
En revanche, face à Dino, il trouvait un havre de compréhension qui le pourrait à continuer. Il sut qu'il ne pourrait se taire qu'après avoir tout expliqué de la moindre pensée qui avait hanté son esprit ces derniers jours.
Lorsqu'il se tut enfin, il retrouva son auditoire en pleine réflexion. Comme souvent, celui-ci tâchait de tout analyser avec de répondre à son cadet. D'envisager les choses sous tous les angles possibles. Et seulement ensuite, il parlait.
- Tu sais... - il n'avait pas quitté sa posture pensive, comme happé par la nostalgie de vieux souvenirs - même moi, j'ai eu un peu de mal à me défaire de tout ça. C'est quand même une partie de ta vie qui part en fumée d'un coup. Ça fait drôle.
C'est ça. C'était exactement ça! Malgré la différence de leurs choix, ils étaient tous les deux passés par la même épreuve. Tsuna commença à se sentir soulagé. Il n'avait jamais assez souvent la bonne idée de venir parler à Dino, alors que ce dernier avait déjà plus que fait ses preuves en matière de conseiller.
-Toutefois, reprit le blond, tu es sûr de vouloir une deuxième fois rentrer dans ce monde? Je veux dire, même si tu as tous ces signes, toutes ces impressions qui te disent des retourner, ce ne sont que des sirènes qui s'échinent à te poursuivre. Est-ce vraiment une bonne idée? La décision doit venir de toi, non de l'extérieur.
Ah. Comme toujours, il posait les bonnes questions. Cela dit, cette fois, Tsuna avait déjà sa réponse. Ferme et décidé. Et d'ores et déjà en marche.
- Je pense que c'est une très mauvaise idée, avoua-t-il. Ce monde m'a apporté plus de douleur que de bien. Mon entourage s'est retrouvé impliqué à cause de moi... Mais il y a encore quelque chose que je dois faire. Je ne peux juste pas y renoncer.
Face à cette affirmation, l'autre s'avoua vaincu. Il ne voulait pas trop orienter le plus jeune vers ses propres idées, qui n'étaient pas du tout objectives. Pas s'il avait déjà pris sa décision. S'il savait déjà où il allait, à quoi il s'engageait.
- Même si, une fois que tu auras fini ce que tu dois faire, tu te retrouves incapable de faire marche arrière?
- Oui.
- D'accord. Tu as une idée de la suite, alors?
Lorsque la discussion prit cette tournure un peu plus concrète, l'expression déterminée du petit brun fondit, il redevint l'adolescent maladroit qu'il était.
- Eh bien... Reborn est a priori d'accord pour reprendre les entraînements... à condition que je trouve pourquoi je ne serais pas capable d'invoquer mon père.
- Ton père?
- Oui. J'ai proposé d'essayer ça plutôt que de sauver directement Mukuro, mais il a dit que c'était impossible. Comme il a comparé les deux, je pense que le fantôme de mon père a aussi pu être banni, mais je n'en sais pas plus.
- Je vois...
Dino réfléchit un instant encore, puis se prononça sur la question:
- Bon, comme Reborn est sur le coup, mon aide serait superflue en ce qui concerne ta flamme. Il saura la gérer.
- Mouais. Bien que je ne sache jamais où il veut en venir avec ses énigmes et ses entraînements de l'Enfer.
- Oh, ne t'inquiète pas pour ça. Tu comprendras sûrement un jour. Reborn ne fait jamais rien sans raison.
- Y compris un bannissement arbitraire.
Le plus âgé fronça les sourcils. Tsuna était soudainement devenu agressif, dans son ton, et son visage s'était crispé dans une grimace de rejet.
- Il n'avait rien d'arbitraire, Tsuna, se défendit-il. En te possédant, Mukuro avait très facilement accès à la puissante flamme éveillée qui était en toi. C'est un risque très grand, de mettre un tel pouvoir entre les mains d'un fantôme, quel qu'il soit. Et puis, les cas de possession ne s'étendent jamais sur le long terme, car cela étouffe la flamme du porteur. C'est pour ça qu'elle s'est rendormie après le départ de Mukuro. Sans ça, elle n'aurait pu se régénérer et tu serais en train de mourir à petit feu.
- Mais avec Chrome...
- Avec Chrome, nous n'avions pas à agir dans l'urgence, car si elle a un très grand pouvoir passif, celui-ci a la particularité de pouvoir se révéler sans éveiller la flamme. Son énergie à elle était à l'abri.
Le jeune homme ne trouva rien à répondre. Il était assez soufflé, quand même, de la confiance aveugle que semblait placer Dino en la personne de son ancien maître, alors qu'il l'avait fui et s'était caché de lui durant plusieurs années. D'accord, le contexte de sa retraite n'était pas le même, mais vu leurs relations encore explosives, c'était réellement étonnant de voir comment il le défendait, même dans ses décisions les plus discutables.
- Après, la façon dont il a fait ça n'était pas très fair play. Même moi, je ne comprends pas ce qui l'a poussé à faire ça.
... Enfin, dans presque toutes ses décisions les plus discutables.
- Mais je peux te dire qu'il n'y avait rien de personnel là-dedans. Il est l'une des rares personnes qui ne laisse aucune ouverture à ses sentiments lorsqu'il fait des choix.
- Hum... Tsuna n'écoutait déjà plus. Peu importaient les raisons, il avait trouvé le comportement de l'Arcobaleno impardonnable, et s'il pouvait oublier ça pour essayer d'arranger les choses, rien ni personne ne le ferait changer d'avis sur les événements en eux-mêmes.
Dino le remarqua très vite, et eut le bon sens de ne pas insister. Il eut un sourire à l'attention du petit brun, lui indiquant que le sujet était clos.
- Donc, je disais... Si je n'aurai pas une grande utilité dans tes prochains entraînements, il y a sans doute quelque chose que je peux faire pour t'aider à vérifier ta théorie.
- Comment ça?
Voyant qu'il avait de nouveau son attention, le plus vieux se mit à arborer un visage espiègle, complice.
- Si ton père a réellement été banni, c'est forcément écrit quelque part. En tout cas s'il l'a été par un membre d'un clan ou par un Arcobaleno. Mais même dans le cas contraire, quelqu'un devrait bien posséder l'information.
Tsuna ouvrit les yeux ronds comme des soucoupes.
- Vous recensez tous les esprits bannis? s'étonna-t-il. Il ne s'attendait pas à ça.
- Tu n'as pas idée de toute la paperasse à gérer à côté du moindre rituel occulte, déplora son vis-à-vis avec un soupir. En particulier les esprits bannis, d'une part parce qu'ils deviennent ainsi plus ou moins invisible aux invocateurs que nous sommes, et qu'on aime bien garder leur trace, quand même, d'autre part pour que personne n'ait l'idée de réinvoquer le banni, puisque ça pourrait être un esprit dangereux.
Là encore, surprise. Le jeune homme sentait qu'il n'arriverait jamais à comprendre toutes les règles et exceptions à ces règles qui régissaient le monde de l'occulte. Pourquoi était-ce si compliqué? Et surtout, pourquoi avait-il cette impression que les exceptions réglaient beaucoup plus la réalité de cet univers de fous que les règles en elles-mêmes?
- Attends, parce qu'on peut quand même rappeler un esprit banni?
Il avait posé la question innocemment, surtout soucieux de ne pas recommencer à se perdre dans une série d'explications alambiquées, mais Dino eut soudain l'air gêné, comme s'il pensait en avoir trop dit. Mais il fut obligé de continuer, puisqu'il avait commencé.
- Oui. Il y a plusieurs moyens, en théorie assez simples, mais qui ont des prérequis assez compliqués à atteindre. Ça dépend aussi du type de bannissement et de tout un tas de paramètres, du coup on considère, pour faire simple, que c'est impossible. Ce qui est le but premier du bannissement, d'ailleurs, donc tu comprends qu'on ne cherche pas trop à enseigner comment le contourner.
- Mouais. ... J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de choses impossibles qui peuvent quand même se réaliser, marmonna le petit brun, blasé, en repensant à "l'impossibilité" d'invoquer un esprit humain sous forme physique. Chose qu'il avait faite sans même le savoir.
- Disons que ces choses sont considérées impossibles pour une flamme ordinaire seule. Mais il y a une telle diversité de pouvoirs, d'esprits et de pratiques que ça rend tout ça un peu flou et emmêlé.
- D'accord. Donc tu penses pouvoir trouver mon père?
Il était temps d'en revenir au sujet principal de la conversation. Les considérations théoriques pouvaient attendre.
- S'il a été banni en tant que fantôme, on devrait le trouver quelque part, oui. Avec Romario, on a encore quelques amis dans les affaire à qui on peut demander un service sans devoir rendre de comptes.
Tsuna ne voulait pas trop savoir ce que cela impliquait. Le fonctionnement des familles avait l'air encore plus fou que les lois aléatoires de leur univers.
- D'accord. Merci, Dino.
Il était sincère. L'aide du blond valait tout l'or du monde, surtout sachant que celui-ci n'avait jusque-là qu'un seul but dans la vie: rester civil et ne plus s'embêter avec les histoires d'esprits. Et encore plus en cet instant où le garçon avait l'impression que les résultats de ces recherches seraient déterminants dans la suite de sa quête.
- Tu me remercierai quand on aura trouvé quelque chose~ Par contre, si ce n'est déjà fait, tu devrais aussi demander un coup de main à Gokudera. Sa famille a un réseau d'informations et d'alliés énorme par rapport au mien. je suis sûr que Bianchi pourrait trouver en quelques heures ce que je trouverais en plusieurs semaines.
- Ah euh... ok. Je n'y avais pas pensé.
Dino l'avait visiblement deviné, puisqu'il sortit en même temps que son sourire le plus rayonnant son le conseil le plus avisé qu'entendrait jamais Tsuna:
- N'oublie jamais tes amis, Tsuna. Appuie-toi sur eux autant que tu veux, ils sont tes meilleurs atouts et souvent tes seuls supports, dans ce monde-là. Prends le temps de les choisir, de juger ce que chacun peut faire, et garde la main toujours tendue vers eux. Pour ceux que je connais déjà, tu n'as pas intérêt à les laisser partir.
Ouais, je finis sur la niaiserie la plus mielleuse que j'ai jamais osé écrire. Promis, j'étrangle Dino dès le chapitre posté.
Sinon, au chapitre 12, les affaires reprennent un peu plus sérieusement (enfin, je crois), et je vais faire encore un peu plus étalage de ma folie en ce qui concerne l'écriture de cette fic (je m'expliquerai la prochaine fois~), on aura encore de nouveaux personnages - et peut-être des premières pistes pour des spin-off~ - et un gros, GROS cliché pour servir de cliffanger. Pourquoi je raconte ça maintenant? Aucune idée. Mais le chapitre 12 n'est rien que la seconde partie du 11, il faut bien mettre l'eau à la bouche du lecteur, non? 3
See ya~!
'w'
