Le voyage de retour à Harugeon fut terriblement long pour Lucy. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à Natsu, de penser à ses amies. Elle espérait que tout le monde était bien rentré sains et saufs. Malgré tous ses efforts, elle ne pouvait s'empêcher d'être triste de la manière dont les choses s'étaient terminées. En écoutant les conversations de ses gardes, elle avait compris qu'ils la pensaient tous sous le choc de son expérience.
Elle avait également appris qu'Hadès et son équipage avait été arrêté il y avait de cela quelques semaines. Et évidemment, elle n'était plus avec eux lorsqu'ils avaient été capturés. Hadès avait indiqué le nom des personnes qui l'avait 'emportée'. Et depuis, ils cherchaient tous l'équipage de Natsu. Donc, tout ce qui était arrivé, était bel et bien sa faute. Comment Natsu avait-il réagit à la nouvelle ? Lucy ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'il n'avait rien fait de stupide.
Harugeon était en vue ce matin là. Le navire n'était plus qu'à 3 ou 4 heures du port, ils arriveraient en fin de soirée. De nombreux cadavres de pirates pendaient à l'entrée. Avant son père refusait d'exhiber les victimes de l'échafaud, mais son récent kidnapping avait dû changer les choses. Lucy descendit du navire, en portant un uniforme de la marine. Les soldats n'ayant que ça à lui offrir.
Son père, entouré de gardes, s'avança vers elle. Les larmes aux yeux, mais la démarche fière et assurée, comme toujours. Il enlaça sa fille et lui assurait que tout était fini en lui caressant la tête. C'est alors que Lucy craqua, qu'elle se mit à pleurer, non pas de soulagement comme semblait le croire toutes les personnes autours, mais de désespoir. Tout était fini, elle ne reverrait plus jamais Natsu. La seule chose qui lui permettait de tenir était de se dire que Natsu était vivant, et libre.
En sentant sa fille trembler, Jude resserra son étreinte. Jamais une princesse ne devait pleurer en publique. Lorsque la crise se calma, Lucy s'éloigna de son père, et c'est tous deux qu'ils retournèrent vers le château. Son ancienne maison, mais qui ressemblait aujourd'hui à une prison dorée.
Jude rejeta tous les serviteurs qui s'approchaient de sa fille. Il la conduisit lui-même sa fille vers sa chambre. En poussant la porte, il dit
« Bon retour à la maison, Lucy. Tu m'as vraiment manquée. »
Il l'embrassa sur le front de nouveau, et referma la porte lorsqu'elle entra. Lucy fit le tour de sa chambre. Elle était toujours aussi grande, toujours aussi luxueuse. Mais quelque chose manquait. Natsu. Sans lui, même le château lui paraissait vide. Lucy s'effondra alors au milieu de la pièce. De nouveau elle pleura, encore et encore. Elle n'avait même pas la force de marcher jusqu'à son lit. Son lit immense à baldaquin. Si elle en avait eu la force, elle aurait même pu se cacher derrière les longs rideaux de son lit. Mais non, elle se contenta de rester sur son tapis, et de pleurer.
Elle n'entendit pas la porte s'ouvrir. Mais elle sentit la présence d'une personne derrière elle. Elle se retourna et vit Angel. Angel était une autre de ses dames de compagnie. Une de celles qui n'avait pas tous les privilèges de Lévy, étant donné que Lévy était sa première dame de compagnie. Lucy ne pouvait pas supporter Angel, c'est pourquoi elle n'était en général qu'avec Lévy.
Lucy l'observa un moment, avant de se lever. Elle ouvrit la porte, et vit 4 gardes en faction devant sa porte.
« Vous. (elle pointa un garde du doigt) Allez me chercher ma dame de compagnie. »
« Mais, madame. Elle vient de rentrer dans votre chambre. »
Le garde semblait confus.
« Je ne voulais pas parler d'Angel. Je voulais parler de Lévy MacGarden. Ma dame de compagnie depuis que je suis petite. »
Le garde sembla embarrassé. Il semblait s'excuser de devoir lui annoncer la chose.
« Mademoiselle MacGarden est en prison depuis qu'elle vous a laissée seule. Votre nouvelle première dame de compagnie est Angel, ma dame. »
Lucy s'élança dans le couloir. Enfin, s'élancer est un bien grand mot, lorsque l'on n'a pas le droit de courir. Elle se dirigea jusque chez son père et toqua. Celui-ci ouvrit la porte, et surpris s'écarta pour laisser sa fille entrer.
« Lucy ! Y a t'il un problème ? »
« Oui, père. Je viens d'apprendre que Lévy MacGarden, ma dame de compagnie est en prison. Puis-je savoir ce qu'elle a fait ? »
« Mais enfin Lucy, elle t'a laissée seule face aux pirates ! »
« Père ! » Lucy prit un ton sévère. « J'espère que vous plaisantez. Ca ne peut assurément pas être le seul crime de Lévy. Père, je me suis rendue dans l'espoir de faire cesser l'attaque sur Harugeon. Lévy aurait été incapable de m'arrêter. » Jude était silencieux, il semblait indiquer qu'il ne reviendrait pas sur sa décision.
« Enfin père, vous avez vu Lévy ! Elle est petite, frêle. Lorsque j'ai retiré mon bras pour retourner vers le port, elle n'avait même pas une chance de me retenir et encore moins de me suivre. » Jude hochait la tête de droite à gauche. Il refusait d'entendre la vérité.
« Père ! » Lucy haussa le ton et regarda son père droit dans les yeux. « Père ! Faites moi le plaisir de relâcher ma dame de compagnie immédiatement. Je refuse qu'Angel soit à mes côtés en permanence. »
L'agitation de Lucy fit se rouvrir la plaie sur son flanc droit, et le sang commençait à imbiber son vêtement. Jude écarquilla les yeux en voyant la chemise blanche de marine que Lucy portait encore devenir écarlate. Mais Lucy ne flancha pas. Au contraire, elle se posta devant la porte, en bloquant l'accès et elle continua à réclamer la présence de Lévy à ses côtés. Et plus elle s'agitait, plus le sang coulait rapidement. Au bout d'un moment, son père céda. Lucy s'écarta alors de la porte, son père put alors demander aux gardes d'aller chercher un médecin… et de libérer Lévy.
Le médecin reconduisit Lucy jusqu'à sa chambre, et lui recousu la plaie. Une fois fait le médecin lui demanda de garder le lit jusqu'à nouvel ordre. Et Lucy promit, à condition que Lévy soit à ses côtés. Sans cela, elle se lèverait de nouveau. Le médecin ouvrit la porte et demanda à Lévy d'entrer.
La dame de compagnie semblait encore plus petite que d'habitude. Elle qui n'était pas grande, et qui semblait si mince, avait encore maigrit. Ses joues s'étaient creusées, ses bras et ses jambes étaient squelettiques. Et sa poitrine qui était peu développée semblait encore plus petite. Ses cheveux autrefois soyeux et brillants étaient maintenant ternes et crêpés. Lucy regarda son amie avec des larmes dans les yeux. C'était sa faute. Elle avait fait subir ça à Lévy, sa seule amie dans cet immense château.
« Oh mon dieu. Lévy, je suis tellement désolée. C'est de ma faute. C'est de ma faute. C'est de ma faute. »
Lucy répétait cette dernière phrase en boucle, comme une litanie, jusqu'à ce que son amie vienne à son chevet. Lévy prit la tête de Lucy dans ses mains, la forçant à la regarder dans les yeux.
« Princesse. Ecoutez-moi bien. Vous avez fait ce que vous aviez à faire pour nous sauver tous. Si j'avais été plus courageuse, je vous aurais suivie. Mais j'ai été lâche. Et je me suis enfuie. Je méritais ma punition. »
Lévy hésita quelques instants avant d'ajouter.
« Je ne me le serais jamais pardonné s'il vous était arrivé malheur. Je suis vraiment heureuse de vous revoir ! »
Lucy esquissa un léger sourire. Lévy ne changerait jamais !
« Disons que les torts sont partagés. Tu te sens responsable parce que tu ne m'as pas arrêtée, et je me sens coupable de t'avoir laissée dans cette prison pendant si longtemps. Donc je pense que le plus simple, serait que l'on se pardonne l'une l'autre. Bien que de mon côté, je ne pense pas que tu ais quoique ce soit à te reprocher ! »
Lévy sourit, s'approcha de la table de chevet de Lucy et en sortit un livre. Elle souffla la poussière qui s'était accumulée au dessus.
« Vous devez rester au lit plusieurs jours. Nous allons enfin pouvoir finir ce livre. »
Et Lévy lui fit la lecture.
Après une semaine, Lucy put enfin se lever et se promener. Elle sortit donc avec Lévy dans la roseraie. Elle pouvait voir Angel les suivre de loin, mais dès qu'elle s'approchait, Lucy et Lévy se taisaient.
Durant ces quelques jours, Lévy reprenait vie : elle ne ressemblait plus à son ombre, mais à Lévy de nouveau. Lucy aussi reprenait ses habitudes et sa vie d'avant. Oh, ce n'était qu'une façade, elle ne voulait inquiéter personne. Les pirates lui manquaient, et l'absence de Natsu laissait comme un trou béant dans sa poitrine. Mais Lévy se sentait coupable de ce qui lui était arrivée, elle ne pouvait donc pas lui faire subir sa mélancolie.
Les jours continuaient à passer, et cela faisait presqu'un mois que Lucy était rentrée. Un début d'après midi, son père vint toquer à sa porte. Lucy, qui s'apprêtait à sortir pour sa promenade quotidienne avec Lévy, ouvrit la porte.
« Lucy, il faut que nous parlions. Le roi est au plus mal. Et avant de mourir il voudrait que son fils héritier, ton cousin Sting, se marrie. Et il a remarqué le courage dont tu as fait preuve lors de l'attaque d'Harugeon. Il t'a donc choisit pour devenir reine. Je préfèrerais te garde avec moi encore un peu, mais c'est devenu impossible. Le mariage aura lieu le jour de ton anniversaire. Dans un mois et demi, le 1er juillet. »
Lucy avait l'impression de manquer d'air, de se noyer et personne n'était là pour la sortir de l'eau et la ramener à la surface. Elle forçait un sourire sur son visage, mais à l'entente de cette nouvelle, elle n'avait qu'une envie : pleurer, hurler, se débattre. Mais elle se devait de garder le sourire. Dans un autre temps, dans une autre vie, c'était tout ce qu'elle voulait. Mais plus maintenant, seulement personne ne pouvait voir ça.
« Le roi m'en avait parlé un peu avant l'incident, tu sais. Je lui avais demandé d'attendre au moins tes 18 ans. Tu as grandie si vite… »
Le regard de Jude se perdit dans le vide. Lucy avala la boule qu'elle avait dans la gorge, avant de dire tant bien que mal.
« J'en suis honorée, Père. Quand partons-nous pour Magnolia ? »
« Oh, nous partirons dans 2 semaines. Nous arriverons suffisamment tôt pour que tu puisses apprendre à connaître le prince Sting avant votre union. »
Et son père quitta la pièce. Lucy, oubliant totalement ce qui était autour d'elle, se jeta sur son lit et hurla dans l'oreiller. Si elle avait pu, elle aurait tout cassé autour d'elle, mais c'était impossible. Elle hurla, hurla et hurla, jusqu'à ce qu'elle sente le lit bouger. Elle tourna lentement la tête. Ses yeux étaient rouges, elle pleurait.
« Princesse, je ne vous ai jamais demandé ce qui c'était passé lorsque vous étiez prisonnière. Vous êtes revenue changée, et surtout vous étiez triste. Avant, cette nouvelle vous aurait comblée de joie. Mais vous voilà à hurler votre colère dans votre oreiller pour qu'on ne vous entende pas. Je sais que ce n'est pas ma place de vous demander ça, mais je peux peut être vous aider. »
Lucy hocha la tête lentement. Elle se redressa et essaya de parler. Sa voix était éraillée à cause des cris, et nouée à cause des larmes qu'elle retenait. Mais elle raconta tout à Lévy.
Elle lui raconta ce qui lui était arrivée avec Hadès, ce qu'elle avait enduré. Et lorsqu'elle s'était crue perdue. Elle raconta son enlèvement par Grey, et la manière dont elle avait été traitée, au début. Elle raconta Erza, Mira et la manière dont ils avaient tout tenter pour retrouver leurs amis perdus : Juvia et Gellal notamment. Elle raconta Natsu, la manière dont il l'avait traitée, sa jalousie, ses faces cachées, et leur dernière nuit. Elle raconta même Lisanna, Igneel, Lévy, Makarov. Elle n'oublia rien de ces quelques mois passés en mer.
Pendant tout son récit Lévy ne dit rien, son visage trahissait sa surprise parfois, notamment dès que Lucy parlait de la manière dont elle se comportait avec Natsu. A la fin du récit de Lucy, Lévy pleurait. Lucy avait tout sacrifié une fois pour sauver Harugeon. Mais elle avait enfin trouvé la liberté et le bonheur. Et voilà qu'elle devait de nouveau tout sacrifier, pour protéger ses amis, sa famille et même l'amour. La boucle était bouclée.
Sauf que dans les histoires qu'elles lisaient ensembles, la princesse était sauvée et retrouvait son grand amour. Il n'y avait aucune histoire dans laquelle la princesse terminait mariée au mauvais homme. Et l'histoire de Lucy ne devait pas se terminer comme ça. Lévy prit Lucy dans ses bras, et la berça jusqu'à ce qu'elle s'endorme.
Le lendemain matin, Lucy se réveilla, seule, encore et toujours seule. Lévy avait du retourner dans sa chambre. Elle alla dans ses appartements et y trouva une note 'Je reviendrais' et une lettre destinée à son père, qui expliquait qu'elle avait de la famille malade et qu'elle devait rentrer dans son village natal.
Une fois de plus Lucy était seule, sauf que cette fois, elle avait un bon pressentiment…
A la faveur de la nuit, on put voir une ombre quitter le château d'Harugeon. La personne se dirigea vers le port sans la moindre hésitation. L'un des pêcheurs 'pas très net' fut réveillé. Après un échange d'argent, l'ombre embarqua sur un petit navire et quitta le port.
Le navire ne revint que le soir, mais seul le pêcheur était encore à son bord.
