Bonsoir / Bonjour à tous !

Je ne vais pas être très originale mais je vais, une fois de plus, m'excuser pour ce retard.

Quoi qu'il en soit, je finirai cette fiction que cela me prenne un, deux ans voire plus, je la finirai !

Pour ce chapitre, je vous propose un petit "fanart" de ma création (si cela vous dit de le voir demandez moi en MP, je ne sais pas mettre de lien, ici ! A dire vrai, je ne sais même pas si cela est possible. )

Réponse à Lyzeldia : Je ferai mon possible et mon maximum pour finir cette fanfiction. Je comprends tout à fait que tu t'inquiètes et que tu émettes des doutes. Cela doit arriver souvent qu'une histoire ne se termine pas et je dois avouer que c'est plus que frustrant pour les lecteurs alors je ferai tout pour que cela n'arrive pas ! Merci encore pour avoir pris le temps de m'envoyer de jolies encouragements qui me comblent de joie ! Bonne lecture pour ce nouveau chapitre !

Bonne lecture et bonne découverte à tous ! Je croise les doigts pour que cela soit à votre goût.


La cloche retentit dans toute l'infrastructure ainsi qu'à l'extérieur, avertissant les Espadas qu'un nouveau flot d'étudiants allait, incessamment sous peu, sortir pour regagner leur domicile. Ulquiorra se concentra alors sur la pression spirituelle du jeune Kurosaki. Il devait avoir, lui aussi, terminé sa journée puisqu'il se rapprochait. C'est avec un soulagement à peine dissimulé qu'il chassa l'air de ses poumons. Sans un mot pour le Décima, il se leva et s'éloigna de la cour du bâtiment pour se mettre hors de portée de la vue du rouquin, mais à distance suffisante pour écouter et le suivre du regard -un Yammy aux trousses.

Uryû, Chad et Ichigo se tenaient tous les trois en ligne et discutaient tranquillement des cours ennuyeux de la journée. Ils s'arrêtèrent à hauteur du portail et échangèrent quelques mots avant de se séparer. Chad d'un côté, le rouquin et Uryû de l'autre. Le ténébreux coula un regard vers son acolyte, et d'un mouvement de tête lui indiqua la direction de l'humain qu'il fallait qu'il piste. Avant que la masse ne s'élance à la poursuite de Chad, Ulquiorra lui attrapa le poignet et planta son regard reptilien dans celui du mastodonte. Nul besoin d'échange pour comprendre qu'il s'agissait d'une mise en garde, et qu'en sous-entendu, mieux valait pour lui qu'il n'agisse pas dans la précipitation et l'excitation du moment.

L'Espada hocha la tête, son sourire béat ayant retrouvé sa place à la vue des jeunes hommes. C'est à peine s'il prenait en considération les menaces implicites de son acolyte. Il est une chose qu'il avait appris aux côtés des différents Espadas. C'était qu'acquiescer en toute circonstance lui permettait d'avoir la paix et de retourner tranquillement à ses affaires sans qu'on ne l'importune davantage. Une fois que le ténébreux eut tourné les talons et se soit un peu éloigné, il bougonna pour lui-même d'une voix à peine audible :

« Pourquoi c'est toujours lui qui a le droit de s'amuser, hein ? Moi aussi j'voulais faire mumuse avec le shinigami... Tsss… Tant pis, celui-là f'ra quand même l'affaire ! »

Grimmjow, zanpakutô en main, s'entraînait seul à l'extérieur du palais dans les plaines arides. Ses anciens Fraccions étant tous tombés au combat, il ne pouvait, désormais, compter que sur lui-même pour progresser. Après tout, ils n'étaient que ses sujets, pas ses amis. Dans sa grande mansuétude, il les avait autorisés à l'accompagner après leurs nombreuses suppliques pour le suivre, lui, le roi. Un véritable souverain, puissant et d'une prestance sans égale. Ses sujets étaient faibles et incapables de continuer à évoluer, pas étonnant qu'ils se soient tous fait massacrer par ces pourritures de Shinigami. Aussi pitoyables étaient-ils, il ne pouvait s'empêcher de penser à regret à ses compagnons qui l'avaient presque suivi depuis le début de sa vie d'Adjuchas.

Torse nu, il tournait le dos à Astrae qui s'approchait à pas de velours, sa pression spirituelle quasiment nulle. Ses yeux vairons ne purent s'empêcher de détailler avec une certaine délectation les muscles dorsaux, bien dessinés, de l'animal. Sans s'en apercevoir, ses yeux glissèrent le long de sa colonne vertébrale pour s'arrêter à hauteur des deux barres en V au bas de son dos, saillantes et particulièrement attirantes dont son trou de Hollow était positionné entre elles. Pendant qu'elle détaillait la musculature de son corps ainsi que de ses fesses dissimulées derrière son hakama, elle se surprit à penser que le vêtement était vraiment de trop.

Avec d'amples mouvements, Grimmjow esquissait de grands arcs de cercle dans le vide pour s'entraîner à la maniabilité de son arme, et ainsi améliorer la souplesse de son poignet. La lame fendait l'air rapidement, sans un bruit et virevoltait tout autour de lui. La garde passait de la paume au dos de sa main sans difficulté avec une fluidité déconcertante. Il émanait de cet Arrancar de la puissance, mais également une grâce insoupçonnée qu'Astrae n'avait jamais eu l'occasion d'observer. Sans s'arrêter, il tendit l'oreille et huma rapidement l'air avant de retrousser les babines sur ses crocs supérieurs.

« Dégage ! »

A ces mots, la lame se planta violemment dans le sable stoppant net son entraînement solitaire. La grâce de ses mouvements avait aussitôt été annihilée par son agressivité et son langage qui ne se voulait jamais très délicat. La jolie brune stoppa sa marche dans le sable et arqua un sourcil, elle ne s'était pas encore signalée qu'il la renvoyait déjà balader. Le vent était pourtant en sa faveur et son reiatsu indétectable. Elle mit cela sur le compte des incroyables capacités et de ses sens exacerbés. Elle s'avança d'un sonido pour se retrouver à seulement quelques centimètres de l'Arrancar, qui, en sentant sa présence dans son dos, empoigna la garde de son zanpakutô, et l'abattit, au plus vite, en direction de la personne indésirable qui le perturbait plus qu'autre chose. Astrae esquiva sans difficulté et recula de quelques pas, toujours proche de lui mais hors d'atteinte de son arme. Peut-être avait-elle manqué d'un peu de tact. Surprendre une bête sauvage n'était sûrement pas la meilleure des choses à faire. Elle secoua imperceptiblement la tête pour se tirer de ses pensées, et ainsi revenir à la raison de sa présence.

« T'es-tu occupé de l'humaine ? » demanda-t-elle calmement sans se soucier de l'attitude hostile.

Les yeux de glace du félin se reportèrent sur les siens, chargés de haine et de reproche. Néanmoins, il rangea avec calme Panthera dans son fourreau sans rompre le contact visuel.

« Qu'est-ce que ça peut te foutre ? » rugit-il.

« Ne crains-tu pas les retombées que cela pourrait avoir sur ta personne si Aizen s'aperçoit de ton comportement ? »

Excédé, il brandit la paume de sa main en direction de la jeune femme. Ce nom, il ne l'avait que trop entendu. La jeune gardienne lui lançait un regard neutre et son visage était fermé afin de lui faire comprendre que la situation ne l'amusait guère. Une boule lumineuse rouge se chargea rapidement et fut projetée sur l'Arrancar qui s'éleva dans les airs et se retrouva, après un élégant salto, derrière l'animal. Dos à lui, elle resta dans cette position vulnérable tandis qu'il lançait déjà un nouveau cero. Un souffle court s'échappa des fines lèvres de l'Arrancar, désabusée par la situation. Elle s'écarta sur le côté de seulement quelques pas sans même se retourner, l'attaque de son co-équipier prévisible au possible. Ses cheveux et le bas de sa robe s'agitèrent et claquèrent contre sa peau claire. Le faisceau lumineux qui déferlait à seulement quelques centimètres d'elle la lui échauffa.

« Cesse de fuir à chacune de mes attaques ! Bats-toi si tu en es digne ! »

Aucun coup ne fut donné de la part d'Astrae qui ne faisait qu'esquiver avec habilité les attaques pourtant puissantes de Grimmjow. Elle l'observait, lui et sa technique de combat, afin de mieux parer ses offensives et trouver une fenêtre d'opportunité pour ses mouvements.

Elle s'approcha de lui, mais resta à bonne distance pour ne pas être à la portée de ses assauts. Furieux de l'attitude de son adversaire, Grimmjow fondit rapidement pour asséner un coup de poing. Sans hésitation, Astrae se pencha en avant et en profita pour lui agripper les deux avant-bras afin de le forcer à venir en sa direction. Elle le rapprocha d'elle d'un coup sec. Surpris, l'animal ne sut comment réagir et avança son pied gauche pour freiner sa progression. Avec une force insoupçonnée, la jeune femme allégea les appuis de son alter-ego. Son poids reposant sur son pied gauche, la jolie brune balaya du dessous de son pied droit la jambe avancée de Grimmjow qui entraîna l'autre par la même occasion. Déséquilibré, il tomba lourdement au sol, en perpendiculaire d'Astrae, sur la hanche. Tout cela s'était déroulé si rapidement qu'il lui était impossible de comprendre comment de debout il s'était lamentablement retrouvé affalé sur le sol.

D'un bond, elle prit de la distance pour rester hors de portée du bleuté, qui n'apprécierait sûrement pas d'être malmené de la sorte après s'être épanché inutilement au combat. Peu de temps fut nécessaire à l'Espada pour se redresser avec rage.

« C'est quoi ça ? C'est comme ça que tu te bats ? Lâche ! »

L'Arrancar aux yeux vairons considérait son comparse avec dureté.

« Je ne suis pas venue ici pour me battre, je suis venue ici pour m'assurer que tu obéissais aux ordres.

- T'es quoi au juste ? La chienne de garde de l'autre pourriture ?

- Tu sais très bien que non, je le déteste tout autant que toi. Je tiens juste à m'assurer que vous ne fassiez pas de bêtises. Vous êtes capables de nuire bêtement à vos propres vies. »

N'y tenant plus, la panthère bondit sur la jeune femme, zanpakutô en avant. Il gérait sa vie comme bon lui semblait et ce n'est pas cette garce qui allait, sous couvert de bonnes intentions, lui interdire quoi que ce soit. Son arme rencontra l'acier de son adversaire dans un tintement sonore. Sans grande peine, elle para son attaque. Les deux lames encore en contact, Grimmjow donna un à-coup puissant pour déséquilibrer les forces et ainsi faire reculer son assaillante qui glissa de quelques mètres dans le sable. En bout de course, elle souffla d'agacement, la colère ne tarda pas à lui picoter les joues dont quelques points rouges venaient colorer ses pommettes beiges ivoire. Tous deux se défièrent du regard, la jeune gardienne haussa rapidement le ton, sa patience arrivait à ses limites.

« Arrête-toi ! Je ne suis pas ton ennemie ! »

Ce qu'elle décelait dans ces yeux à la beauté glaciale n'était que chaos et destruction. Astrae n'était pas en disposition pour se battre, encore moins face à un énergumène aveuglé par la colère. Le combat, contrairement à son acolyte, moins elle y prenait part, mieux elle s'en portait. La jolie brune rengaina son zanpakutô qu'elle n'avait brandi que pour parer l'attaque de l'Espada. Elle espérait, sans trop y croire, lui démontrer dans une énième tentative que ces intentions n'étaient pas hostiles.

Cette attitude désinvolte exaspérait la panthère qui ne tarda pas à revenir à l'attaque malgré le manque d'entrain pour l'affrontement de son adversaire. D'un sonido, il apparut devant la jeune femme et abattit, une fois de plus, sa lame en sa direction. In extremis, l'Arrancar se sortit de ce mauvais pas en fléchissant le buste sur le côté droit, puis de l'autre, pour éviter le tranchant de Panthera. Elle finit par reculer de plusieurs pas. Sans lui laisser de répit, il arma de nouveau son katana et continua à la submerger de coups rapides et puissants qu'Astrae eut de plus en plus de mal à esquiver. La lame était livrée toute entière à la fureur de son porteur, qui, bien qu'excédé par ce comportement pacifiste ne pouvait s'empêcher d'afficher un sourire bestial. Décidément, Grimmjow n'était heureux qu'au combat et sa réputation ne lui avait en rien été volée. Sa soif de vengeance et de destruction était telle qu'elle en finissait même par l'aveugler et ne lui permettait pas de mettre un visage sur ses vrais ennemis, au grand dam de la jeune gardienne qui s'essoufflait rapidement.

Comprenant son petit jeu d'esquive, l'Espada porta un coup de zanpakutô transversal qui déséquilibra la jeune femme qui n'eut d'autre choix que de se laisser tomber sur le côté. Elle était fermement opposée à l'affronter et ses convictions étaient inébranlables. Aujourd'hui, quoi qu'en dise ou quoi que fasse ce fou furieux, elle ne se battrait pas. Sans lui laisser le temps de se redresser, il abattit plusieurs fois sa lame sur l'Arrancar qui roula sur le sable à chaque tentative manquant de peu de se faire trancher. D'un bond, elle se redressa et ne put, cette fois-ci, esquiver que trop tardivement le coup d'épée qui lui ouvrit une longue entaille sur le bras.

« Putain ! » s'écria-t-elle en tenant de sa main libre la plaie de laquelle s'écoulait un flot abondant de sang.

Elle rassembla tout ce qui lui restait d'énergie pour se propulser hors de portée de l'Espada. Son visage dans son intégralité vira instantanément au rouge écarlate. Voilà qu'elle était maintenant au bord de la crise de nerfs. Les muscles bandés par la colère, Astrae ne put s'empêcher de lui hurler d'une voix presque éraillée tout ce qu'elle pensait et qui lui brûlait les lèvres depuis un moment déjà.

« Bordel ! Grimmjow ! Tu le fais exprès ? Tu ne désires pas prendre ta revanche sur Aizen ? Tu ne crois pas qu'il serait plus sage de te plier à ses volontés dans un premier temps pour continuer à progresser et arriver au niveau nécessaire pour l'évincer ? Tu sais pertinemment ce qui arrive à ceux qui désobéissent, tu veux, de nouveau en payer les frais ? Es-tu aussi stupide pour penser que tout se résout par la seule force de tes poings et en solitaire de surcroît ? Je te conseille fortement de la jouer fine si tu veux avoir une chance de le vaincre ! Aussi infime cette chance soit-elle. Désolée de te l'apprendre, mais tu n'as absolument pas le niveau pour t'opposer à lui, du moins, pas dans l'état actuel de tes capacités. Et tu serais bien fou de croire le contraire ! Tu vas te faire écraser comme un misérable insecte, piétiner comme un moins que rien, c'est ça que tu veux ? Hein ? Mais connecte tes neurones entre eux, merde ! C'est pas vrai d'être aussi buté ! Réfléchis avec ton cerveau pas avec tes muscles pour une fois ! »

Surpris par le flot incessant de paroles qu'Astrae débitait à la seconde, son discours teinté d'une colère sans commune mesure, Grimmjow écarquilla grand les yeux. Son zanpakutô encore brandi, ses deux mains serrées autour de la garde de son arme, il ne bougeait plus d'un iota. Les paroles d'Astrae commencèrent à percuter son cerveau embrumé par la rage et rongé par un violent désir de vengeance. Il en oubliait presque l'attitude injurieuse de la jeune femme à son égard.

Celle-ci face à la confusion de l'animal se rendit soudain compte des mots qu'elle venait d'employer et déglutit avec peine. D'apparence, elle restait la même, le regard dur, son visage encore fermé et courroucé par la colère. En son for intérieur, c'était tout autre chose. Elle perdait peu à peu consistance mais elle ne devait montrer aucun signe de faiblesse, cela s'avérerait être contre-productif. Après tout, Grimmjow n'était rien d'autre qu'une bête sauvage qui ne réagissait qu'à l'instinct et qui pouvait être impressionnable si l'on grognait plus fort que lui. Aizen en était la preuve incarnée. Pour l'instant, l'effet de surprise semblait opérer. Jamais personne n'avait osé lui parler sur ce ton, du moins, jamais personne qui ne soit resté en vie plus de quelques secondes après avoir parlé. Bien qu'avec une volonté d'acier et sans même faillir un instant, sa voix sembla s'adoucir :

« Concentre-toi sur tes vrais ennemis, inutile de t'en inventer, tu en as déjà bien assez. Ecoute bien ce que je vais te dire, c'est important… Que tu me crois ou non cela m'est bien égal mais l'union dans le troupeau oblige le lion à se coucher avec la faim. Rappelle-toi de ces simples paroles, elles pourraient t'être utiles à l'avenir. »

L'Arrancar à la tignasse électrique baissa son arme et la rangea dans son fourreau. Il s'approcha de la jeune gardienne qui, cette fois-ci, ne bougea pas. Seul son regard suivait l'allure puissante et pleine d'assurance de la bête. Une fois à sa hauteur, il ne lui adressa aucun regard, la tête droite tout en fixant l'horizon dont quelques tours lointaines indiquaient la direction du palais.

« J'entends ce que tu me dis, mais à l'avenir, ne t'avise plus jamais de m'adresser la parole de cette manière si tu ne veux pas finir lacérée ou déchiquetée par mes griffes et mes crocs. »

Sa voix fut sèche et ses paroles sans détour. Sa babine supérieure était une fois de plus retroussée sur ses crocs, accentuant le côté terrifiant de l'animal. A ces menaces, les fibres du corps de la jeune Arrancar voulurent frissonner, mais elle banda ses muscles afin que la peur qui l'étreignait ne transparaisse pas. Tout compte fait, Grimmjow n'était peut-être pas si stupide que cela. Pour qu'il ne fonce pas tête baissée au-delà du danger, sa soif de vengeance envers le renégat devait être à son paroxysme et bien supérieure à tout autre sentiment de haine qu'il avait pu connaître au cours de sa vie centenaire.


Les rayons lumineux du soleil dans le ciel de Karakura se faisaient de moins en moins intenses, ceux blafards de la lune allaient bientôt les remplacer au plus grand soulagement d'Ulquiorra. La lumière du jour ainsi déclinante apaisait les rétines du ténébreux qui n'étaient pas habituées à tant de clarté sur un si grand laps de temps. Ce fut une journée plus qu'éprouvante pour l'Espada de la désolation que d'avoir été immergé plusieurs heures dans ce monde diaphane. Les plaintes dans son esprit ne lui avaient laissé aucun moment de répit. Déjà bien présentes dans son monde originel, elles n'en étaient que plus exécrables sur Terre. Pour une raison qui lui échappait, depuis quelques temps ces voix obscures avaient décidé de lui faire vivre un enfer. Apparemment, se retrouver sur terre n'était pas à leur goût et elles le lui faisaient clairement comprendre. Comme si cela ne suffisait pas, même dans son monde d'abomination elles en devenaient de plus en plus intenses. Elles le persécutaient, le tourmentaient sans relâche depuis quelques semaines, presque comme aux premiers jours de sa vie de Hollow…

# Le néant. Le vide. L'abîme. Tant de mots similaires qui sont le quotidien de cet Hollow solitaire à l'apparence vipérine. Il n'a aucun souvenir de sa vie d'antan. Devant ses yeux l'obscurité. Devant lui la noirceur d'une nuit sans éclat de lune. Inlassablement à la même heure, il immerge son corps dans une grande étendue d'eau gelée sans qu'il ne puisse jamais refréner ce besoin. Ce qu'il ne peut entendre, sentir, ni même goûter, il peut l'observer, en silence. Muet et sourd à la face du monde. Ses mots restent prisonniers de ses songes, de ce masque disgracieux qui ne laisse apercevoir rien d'autre que deux grandes orbes sans profondeur ni relief. Il lui est impossible de communiquer avec son environnement, il ne peut qu'en observer le fonctionnement.

Le soleil son pire ennemi. L'obscurité sa meilleure compagne. Ce monde, il ne peut le supporter et de tout son être le maudit. Sa vie sur terre est un véritable bagne.

Dans son esprit, des voix, violentes et médisantes qui hurlent et le font terriblement souffrir. Sa raison est mise à l'épreuve. Son âme est meurtrie et endolorie par le poids des tourments. Une existence entière de désolation. Sa poitrine est vide et douloureuse.

Dans la nuit, deux grands yeux verts tourmentés. Sur son masque, deux grandes cornes pointues aux allures du malin. Dans son dos, deux grandes ailes noires à l'envergure auguste et annonciatrices d'infortunes. Sur ses lèvres, des complaintes impossibles à prononcer.

La faim au ventre, il ne peut rester sans se nourrir. A l'affût d'une proie. Humaine ou non. Vivante ou non. Du monde des humains, d'horribles légendes. Tantôt ange de la mort parmi les hommes pour expier les pêcheurs. Tantôt démon ailé dévorant l'âme de jeunes vierges innocentes. De nombreuses offrandes sont livrées pour apaiser la colère de cet être surnaturel et rassurer les croyances des Hominidés désespérés par ce mal inconnu. L'homme donne l'homme en sacrifice pour acheter son salut et contenter l'incube. Des pleurs, des cris qu'il n'entend pas, du sang sur ses griffes. Sur les visages peut se lire la souffrance. Sur le sien se lit la tranquillité jusqu'à la prochaine tentation.

Aucune compassion pour l'espèce humaine. Nulle miséricorde pour ces êtres responsables des pires abominations. Du dégoût. Du mépris pour ces vies insignifiantes et factices. Le temps le rend bien vite las de vivre prisonnier de ce corps et de cette dimension. Il se désintéresse alors des âmes humaines plus noires encore que celles de l'espèce à laquelle il appartient. Peu à peu leur goût devient putride contrairement à ses semblables dont il préfère largement se repaître.

Des questions ne peuvent empêcher d'infester son esprit. A-t-il été l'un des leurs un jour ? Agissait-il de la même manière ? Si tel était le cas alors cette existence dans l'ombre est nettement plus enviable. Est-ce pour cela que sa mémoire lui fait défaut et que son cerveau rechigne à lui donner les réponses à ses interrogations ? Alors si un quelconque mécanisme l'empêche de se souvenir de sa vie d'avant exil, peut-être est-ce préférable de ne pas en prendre connaissance. Son histoire restera alors enfouie au plus profond de son esprit, au tréfonds de son âme.

Blâmé pour de nombreux fléaux dont il n'en est pas l'investigateur. Des épidémies de pestes, de grippes, de dysenteries jusqu'aux déchaînements des éléments. Son existence exacerbe les vices de cette espèce inférieure. Cette entité maligne leur permet de légitimer leur folie innommable. L'inquisition naît. Des tortures sadiques sont pratiquées pour forcer les Hommes à dévoiler les liens étroits qu'ils entretiennent avec le démon seulement pour en avoir peint sa silhouette ou n'en avoir qu'énoncé le nom. Des femmes sont brûlées vives pour cause de sorcellerie prétendument suppôt du diable dès lors qu'elles manifestent des aptitudes hors de l'entendement de simples mortels. Une fois de plus, du sang, des cris sourds, l'agonie sur les visages. De ces êtres martyrisés naissent de nouvelles créatures de la nuit. L'humanité devient responsable de sa propre déchéance.

Les chants sinistres détonnent dans son crâne, engourdissent son organe et l'empêche de plus en plus de raisonner. Le soleil sur sa peau blême est comme une brûlure insoutenable. La nitescence de l'astre en devient un véritable supplice pour son unique sens céphalique. Impossible de rester plus longtemps sur cette terre damnée et pourrie jusqu'à la moelle.

Au loin, une ouverture, sombre et distordue. Derrière ce portail se trouve, peut-être, l'affranchissement tant désiré. Une forte hésitation l'étreint. Mille raisons de fuir ce monde chaotique et une seule de rester. Furtivement, il lance un dernier regard vers cette grande étendue d'eau, seule manière d'apaiser ces voix devenues mortifères pour son âme. D'une certaine manière, il sait ce lac lié à un évènement de son passé, mais volontairement décide de refouler son histoire.

Et si ces abominations dans son esprit ne font qu'empirer une fois loin de cette folie ? S'il ne parvient jamais à les faire s'estomper ? Au final, peu lui importe. Jamais cela ne pourra être pire que sa vie au sein de ce monde, il en est persuadé.

Un pied s'avance dans les ténèbres suivi de près par le second. Il abandonne alors sciemment le dernier espoir de savoir qui il avait été en franchissant celui-ci. De l'autre côté, un long chemin à l'éclairage éclatant se trace devant lui, entouré d'un nuage opaque d'obscurité. Ces tourments intérieurs à leur paroxysme. Des injures et des sifflements résonnent dans son esprit ne lui laissant aucun moment de répit. Puis la délivrance. Un pied au sol. Le second. D'immenses plaines arides et désertiques baignées d'éclats de lune apaisants à perte de vue. Les voix s'atténuent pour n'en devenir qu'une douce litanie en comparaison de ce qu'elles avaient été jusqu'à présent.

Dans cette dimension comme dans la précédente, il n'y a personne avec qui échanger ni évoluer. Une vie de solitude. Dans cette dimension comme dans la précédente, le monde entier est à braver. Une vie entière de damnation. #

Tapis dans l'ombre d'une ruelle étroite, le ténébreux essayait de faire taire ces stupides voix. Le monde qu'il avait quitté ce jour-là ne ressemblait en rien à celui qu'il avait sous les yeux aujourd'hui. Pour autant, cela ne l'empêchait pas de le haïr comme au premier jour. Difficilement, il suivait les deux jeunes hommes à l'affût d'une quelconque information qui pourrait s'avérer utile à son Maître. La journée arrivait à son terme et rien de ce qu'aient pu dire ces misérables humains n'était digne d'intérêt. Ils ne faisaient qu'échanger des banalités sans nom qu'Ulquiorra renaudait d'entendre. Heureusement qu'il était doté d'une patience à toute épreuve sans quoi il lui aurait été incapable de mener sa mission à bien. L'on ne pouvait en dire autant de son acolyte qui n'avait pas hérité de la même qualité.

Se retrouver chez les humains constituait, déjà, en soit, un véritable calvaire mais d'être obligé de se cacher pour épier le moindre de leurs faits et gestes en était l'apothéose. Revenir au Hueco Mundo sans information n'était en aucun cas envisageable. Comment réagirait son Maître si cela s'avérait être le cas ? Son sens du devoir lui dictait de continuer et de persévérer aussi ridicule son allure était-elle. Aizen avait une grande considération pour l'Espada, il en était son plus fidèle et fervent serviteur. Il s'agissait de l'une des pièces maîtresses de son échiquier dont le renégat savait d'avance finir le grand vainqueur. En tant que tel, l'échec ne lui était pas autorisé et, si jamais, il revenait les mains vides alors il en accepterait les conséquences aussi dures et terribles seraient-elles.

La disparition de cette femme leur importe donc si peu pour qu'ils n'en n'évoquent jamais le nom ? se mit-il à penser tout en continuant d'écouter leur insignifiante conversation. Après tout, s'ils n'en parlaient pas, peut-être était-ce qu'ils ne s'en souciaient guère et que son sort leur était finalement bien égal. Et dire qu'elle ne peut s'empêcher de penser avec espoir à ce répugnant shinigami qui n'en a cure d'elle... Pathétique…

Il s'apprêtait à rebrousser chemin lorsque l'insupportable rouquin prononça de sa voix particulièrement horripilante, le prénom qu'il lui avait tardé de saisir tout au long de la journée. Seulement maintenant qu'il l'avait très clairement entendu articuler « Orihime », le ténébreux ne put s'empêcher de le haïr davantage. L'entendre prononcer ces quelques syllabes l'irritèrent au plus profond de son être. Énoncé de ces lèvres abjectes, ce prénom sonnait douloureusement à ses oreilles comme une injure qui lui avait été difficile d'encaisser. Prenant sur lui, il tendit l'oreille en leur direction, son sens de l'audition étant particulièrement bien développé depuis qu'il s'était transformé en Arrancar. Cela ne poserait donc pas trop de problème pour suivre leur discussion. De sa cachette, les voix devenaient de plus en plus lointaines, diluées dans les bruits insupportables d'une ville encore en activité.

« …l'imaginer avec ces monstres sanguinaires m'enrage et me brise le cœur. C'est de ma faute tout ça, j'aurais dû être là pour empêcher que cela n'arrive… Tu penses qu'elle est encore en vie et qu'elle va bien ?

- Tu n'y es pour rien, Ichigo. Je ne pense pas qu'Aizen ait décidé de l'enlever pour la tuer sinon il l'aurait fait directement lorsqu'il en avait l'occasion… Il doit avoir des projets pour elle… Reste à savoir lesquels.

- Ce n'est pas réellement rassurant, Uryû. Va savoir de quoi est capable cet homme. Il est hors de question de… »

Le passage d'un camion sur la chaussée perturba l'écoute du ténébreux qui perdit le fil de la conversation. Il ne pouvait les suivre dans la rue sans risque de se faire repérer et pesta intérieurement. De ses yeux mornes, il sonda les alentours à la recherche d'une solution. Tout en levant la tête, il s'attarda quelques instants sur le toit des habitations qui lui permettraient sans doute d'avoir un bon angle de vue mais aussi d'écoute. La proximité des bâtiments lui permettrait de sauter de toit en toit sans éveiller les soupçons et leur hauteur de les entendre sans trop de difficulté. Il bondit alors adroitement du sol jusqu'à la toiture du petit immeuble sans un bruit. Cela se révéla être une bonne décision puisqu'avec la nuit en éveil et les nombreux rebords, antennes et blocs en pierre pour la ventilation de l'édifice, ce n'étaient pas les endroits qui manquaient pour se camoufler sans être aperçu.

« … qu'Urahara trouve la solution ! Je commence à m'impatienter, la savoir entre leurs griffes me rend malade ! »

Merde. Maudit véhicule motorisé.

« Cela ne devrait être qu'une question de temps, non ?

- Oui, ses travaux avancent et le connaissant, il ne lâchera pas l'affaire avant d'avoir trouvé le moyen de nous faire passer de l'autre côté mais cela fait déjà trois semaines qu'il planche dessus…

- Tout de même, je me demande bien pourquoi Aizen a décidé de s'en prendre à elle plutôt qu'à l'un d'entre nous.

- Il n'a pas intérêt de lui avoir touché ne serait-ce qu'un seul de ses cheveux ! » s'emporta le rouquin avant de reprendre un peu plus calmement. « Kisuke soutient qu'elle n'a pas encore pris connaissance de la totalité de ses pouvoirs, j'espère qu'elle saura les utiliser à son avantage et qu'ils se dévoileront au moment opportun… »

Cette dernière information fit tiquer le ténébreux qui, accroupi aux rebords du bâtiment, s'étonna de cette annonce. Il n'eut que peu de temps pour réfléchir à ce qu'il venait d'entendre lorsqu'au loin, il ressentit une pression spirituelle colossale se libérer. Aussitôt après, le soul pager d'Ichigo se manifesta, alertant les deux amis d'une présence indésirable.

Pourquoi faut-il que Yammy soit Yammy…


J'espère que vous avez apprécié cette lecture. Je me suis bien amusée à rédiger ce chapitre. L'inspiration du flash-back m'est venue très tôt (ou tard?) dans la nuit. Oui, je me suis levée à 3heures pour commencer à le rédiger alors que je devais me lever à 6 heures. (Tout est sous contrôle. Pardon, je divague un peu, ahah !)

N'hésitez pas à me dire vos impressions, vos sentiments face à ce que l'on découvre d'Ulquiorra. J'espère ne pas vous avoir perdu et intrigué davantage.

Merci encore pour votre lecture et à bientôt pour le prochain chapitre.

Bises, farouche.