Nos Corps à la Dérive
Les blas-blas de Xérès : noooon vous ne rêvez pas, j'ai bien fini par publier ce f**** chapitre qui me pourrissait la vie depuis trois mois ahah. Ça n'a pas été simple, je manquais de temps, j'écrivais deux paragraphes par-ci, une page par-là, souvent j'ai ouvert le fichier, relu, refermé en grommelant car un imprévu ou une obligation m'empêchait de m'y remettre. Mais il est enfin là ! J'espère que vous passerez tout de même un meilleur moment à le lire que je n'en ai eu à l'écrire xD
Pour celles et ceux qui voudraient un rapide rafraîchissement de mémoire, un résumé des événements se trouve juste après les réponses aux reviews !
Bonne lecture !
Merci à tous mes nouveaux follow/fav ainsi qu'à HPMagnus, PlumeDeSerpent, okami shiroi, MissDraymione, Charliee3216, Swangranger, Audrey917000, Fleur d'Ange, BlissTnbrs, Wizzette, tulusito, Jeny, Liag Kab, PouleauPotter, Acide'nette, Cécile, Michèle-Valérie, Mione 159, Drasha, Lemm, mon chéri, pour leurs reviews.
RAR :
Jeny : merci pour ta review ! ahah oui il faut qu'Hermione change d'amis et c'est prévu ! xD Mais pour l'instant, la pauvre va devoir affronter une énième trahison… Gros bisous et bonne lecture !
Cécile : merci pour ta review ! Effectivement, l'amitié entre Harry et Hermione est définitivement enterrée et tu comprendras toute la portée de ces mots plus tard XD Bonne lecture et merci de ta patience (il en faut pour supporter mes rythmes de publication ces derniers temps… Le temps béni d'un chapitre par semaine me semble bien loin…) Gros bisous et merci !
Michèle-Valérie : merci pour ta review ! Je suis totalement d'accord, Narcissa et Severus sont parfaits l'un pour l'autre ! ahah malheureusement beaucoup de gens ne partagent pas notre avis. Tristesse. Alors non, je te rassure, cette fois Théo n'est pas le grand méchant de l'histoire, je l'ai assez fait détester dans mes précédentes fictions xD. Gros bisous et merci à toi !
Drasha : Merci pour ta review ! En ce qui concerne Fay, c'est au début du chapitre 12 qu'on en saura plus sur ce mystérieux diable, même si quelques infos filtrent dans ce chapitre aujourd'hui ! ) Draco a un peu sous-estimé les dommages collatéraux de ses actes ahah. Il est aveuglé par la vengeance, la colère, la cocaïne aussi… xD Rassure-toi je n'ai aucune raison de t'en vouloir pour ce que tu dis de la dispute Harry/Ginny/Hermione car c'est exactement ça que je voulais dépeindre : le fait que chacun a un point de vue différent et s'imagine des trucs sur la mort de Ron, au point de ne pas croire la victime qui était là (juste parce qu'elle n'était pas en pleine possession de ses moyens au moment du crime ou autre..). Et effectivement, le ressenti d'une femme agressée par l'homme qu'elle aime n'est pas du tout le même que celui des amis qui ne voient en Ron qu'un bon pote sympa toujours prêt à rendre service… Donc tu as très bien cerné toute la scène ! Ca me fait plaisir que tu dises aussi apprécier de me voir briser les tabous et oser parler de choses dont justement personne n'ose parler de manière aussi directe. Il y a toujours eu une démarche engagée dans mes fictions, surtout en ce qui concerne les violences faites aux femmes. J'avais traité le syndrome de Stockholm avec Sarah et Lucius, la torture psychologique sur Hermione dans la voix des morts, le viol avec Hermione et l'inceste avec Pansy dans TRAF/Ennemis, bref je cherche toujours à dénoncer ces comportements mais aussi la façon dont la société les perçoit et ça m'a déjà attiré des problèmes sur FFnet, où certaines personnes m'ont reproché d'utiliser le « poncif du viol » avec mes personnages. Hors pour moi, le viol n'est pas un poncif, ni un cliché, ni un élément scénaristique pour attirer la pitié ou autre sur un personnage. Pour moi le viol est une réalité, partout dans le monde, dans toutes les classes sociales, il est omniprésent donc je ne vois pas pourquoi il ne le serait pas aussi dans la fiction. Pour moi, les gens qui attendent toujours d'une victime de violences sexuelles qu'elle se terre dans son lit et pleure toutes les larmes de son corps sans jamais retrouver goût à la vie sont aussi cruels et indéfendables que ceux qui au contraire minimisent les conséquences de cet acte ignoble. Je lutte pour qu'on puisse reconnaître qu'il est possible de vivre avec un viol, que les sentiments de la victime ne regardent qu'elle et que la société n'a pas à lui dire si ce qu'elle a vécu « c'est rien » ou au contraire si elle doit passer 20 ans à se morfondre en pleurant sur son innocence perdue. Après un viol, il faut être libre de nos choix y compris celui d'être déprimée ou d'avoir la rage : attendre d'une femme un comportement X ou Y, c'est encore lui retirer sa liberté de reprendre le contrôle sur son corps. Ouh là je me suis un peu enflammée ahah. Bon j'espère que ce chapitre te plaira ! Gros bisous et bonne lecture !
Lemm : Merci pour ta review ! Comme je l'ai dit depuis le début de cette fiction, je ne répondrai à aucune question concernant l'issue de l'enquête (ni par l'affirmative ni par la négative, d'ailleurs). Je l'avais fait un peu avec The rise and Fall mais cette fois les seuls indices qui sortiront de mon clavier se trouveront dans le texte. Ahah. J'espère que le nouveau chapitre te plaira !
Luna : Merci pour ta review, je suis contente que mon histoire te plaise ! N'est-ce pas que les Lupin sont mignons ? Teddy est un véritable amour ahah. Et j'adore donner à Tonks un VRAI grand rôle, alors que d'habitude elle reste un personnage plutôt secondaire dans mes histoires. Bonne lecture !
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Un petit résumé « parcequeçafaitlongtempsetquejaihonte »
Après avoir passé l'été à travailler dans le café-librairie de son oncle, Hermione a le plaisir d'y retrouver l'un de ses clients préférés, Remus Lupin, au poste de professeur de Littérature anglaise après que le précédent professeur titulaire ait été victime d'une agression gratuite à la sortie d'un bar. Mais les réjouissances sont de courte durée. Quelques jours après la rentrée, une soirée est organisée dans les dortoirs et après avoir surpris son petit-ami Ron dans les bras de Lavande Brown, Ron passablement ivre tente de violenter Hermione au cours d'une dispute et lui porte un coup au crâne qui la plonge dans l'inconscience. A son réveil, Ron est mort et l'autopsie révèle qu'il s'agit bien d'un meurtre. Les rumeurs vont bon train à l'école et tandis que les amis d'Hermione se détournent d'elle les uns après les autres, elle trouve refuge auprès d'un autre groupe d'élèves et notamment de son ex-ennemi de toujours : Draco Malfoy, fils de l'adjoint au premier ministre et secrètement amoureux d'elle. Terrassée par la mort de Ron, Lavande ne cesse de multiplier les scandales et les crises d'hystérie, accusant Hermione d'un crime qu'elle n'a pas commis. Sa colocataire, Fay Dunbar, que la mort de son principal rival arrange plus qu'elle ne voudrait l'admettre, s'efforce de se rapprocher de Lavande sans grand succès. Après une violente dispute entre les deux jeunes filles, Lavande est retrouvée dans les toilettes, les poignets sectionnés. Malgré un habile maquillage en suicide, l'autopsie révèle qu'il s'agit d'un nouveau meurtre, mais Fay s'accuse d'elle-même de la mort de Lavande… Réelle culpabilité ou simple crise de démence suite à la perte de son amie ? Dans l'attente de son procès, elle est placée en service psychiatrique. Pendant ce temps, Harry et Ginny refont un pas vers Hermione mais ne supportent pas d'entendre ce que Ron lui aurait fait sous l'emprise de l'alcool. Celle-ci fuit les accusations du jeune homme et s'effondre dans un couloir sombre pour y pleurer toutes les larmes de son corps. Une main caresse ses cheveux. Quelques minutes plus tard, le professeur de Physique-Chimie, Severus Rogue, la trouve recroquevillée dans le noir et lui glisse quelques paroles encourageantes. Un geste surpris par l'objectif d'un téléphone portable… et qui pourrait bien lui valoir quelques ennuis. Ainsi qu'une convocation au commissariat.
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Chapitre 11 : Narcissa
« Les conséquences d'un acte sont incluses dans l'acte lui-même. »
- George Orwell. '1984'
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« Ensuite, il m'a accusée de salir la mémoire de Ron par pure méchanceté… et je suis partie, je n'en pouvais plus. » Hermione baissa les yeux sur ses genoux, essayant d'éviter au maximum le regard de Théodore, assis en tailleur sur son lit à côté d'elle. Elle savait pertinemment ce qu'elle verrait dans ses yeux si elle levait les siens : de la rage, de la pitié aussi peut-être. Et une envie irrépressible d'aller faire mordre la poussière à Harry Potter. Toutefois, en bon ami qu'il était, Théodore réprima son envie de vengeance pour caler son corps chaud et réconfortant contre le sien, puis l'entoura de ses bras. Le geste fit remonter les larmes aux yeux d'Hermione mais elle ferma les paupières et prit une grande inspiration pour ne pas se laisser aller. Elle avait suffisamment sangloté pour la journée…
Au lieu de ça, elle posa sa main sur le bras droit de Théo et esquissa un sourire pincé. « Merci d'être là… Tu es sûr que tu n'auras pas de problèmes si tu sèches les cours de l'après-midi ? »
« Aucun. J'avais TP de Sciences en demi-classe, je dirai que je me suis trompé de groupe… », répondit Théodore en haussant les épaules. « Il est hors de question que je te laisse toute seule dans un moment pareil… Pourquoi tu n'as pas cours, toi ? »
« Rogue est absent cet après-midi. Ce qui est très bizarre d'ailleurs, je crois qu'en sept ans c'est la première fois. Je commençais à me dire qu'il était immunisé contre nos microbes… »
« Attends, t'es pas au courant ? », s'étonna Théodore, tandis qu'Hermione se retournait entre ses bras pour lui jeter un regard pétri d'incompréhension. « Il a été emmené au commissariat ce midi. »
« Rogue ? » Hermione n'en croyait pas ses oreilles. « Pourquoi est-ce qu'ils auraient besoin de l'interroger ? »
« C'est peut-être lui le meurtrier… », hasarda Théodore en haussant de nouveau les épaules.
Hermione éclata d'un rire franc. « Non mais arrête le délire, on parle de Rogue, là ! Il ne ferait pas de mal à une mouche ! »
« Peut-être qu'à force de respirer des trucs pas nets dans son labo, ça lui a grillé le cerveau… »
Hermione gloussa de nouveau en levant les yeux au ciel. Au moins, leur petite conversation avait eu le mérite de lui changer les idées. Ils échangèrent un sourire complice et pendant une minute, Hermione réalisa combien son amitié avec Théodore lui était précieuse. Bien plus précieuse que son amitié avec Harry qu'elle avait longtemps crue immuable. Peut-être s'était-elle raccrochée à son amitié avec Ron et Harry par habitude, parce qu'ils formaient un trio inséparable depuis des années et que cela la rassurait ? Car il fallait bien l'avouer, Théodore avait toujours été bien plus attentionné et à l'écoute ces dernières années, que Ron et Harry réunis depuis leurs onze ans. Pourquoi avait-elle mis autant de temps à saisir le contraste ?
C'est au beau milieu de cet instant de flottement, où ils se souriaient en silence, que la porte de la chambre de Théodore s'ouvrit toute grande pour laisser apparaître Pansy Parkinson en tête, suivie de Blaise… et de Malfoy. Hermione tourna vivement la tête en direction des nouveaux venus et faillit sursauter en percevant le regard mauvais que Draco dardait sur les bras de Théo autour de la frêle silhouette de son amie.
« Oups, désolée, vous n'étiez pas en train de baiser au moins ? », railla Pansy, une main théâtralement plaquée sur ses yeux, bien qu'elle continue de les détailler d'un air malicieux entre ses doigts écartés.
Théodore laissa échapper un petit rire, qui faillit se transformer en quinte de toux lorsqu'il capta le regard de Draco. « Si, justement. Hermione et moi, on met au point une nouvelle technique de coït qui ne nécessite pas d'enlever nos vêtements. On espère la breveter d'ici la fin de l'année… »
De plus en plus intimidée par les iris glacés et furieux de Malfoy, Hermione choisit de mettre un terme illico presto à la blague douteuse des deux Serpentards. « Vous n'êtes pas censés être en TP avec Chourave ? »
« On a décidé de se tromper de groupe », répondit laconiquement Blaise, les mains dans les poches.
Théodore poussa un long soupir et se laissa retomber en arrière sur son lit. « Oh bah non, c'était mon excuse ! Si on s'y met tous, ça ne sera plus du tout crédible ! »
« Au contraire, un débile qui se plante dans un groupe d'amis, c'est suspect. Alors que si tout le groupe d'amis se plante, c'est qu'ils se sont mutuellement induits en erreur », rétorqua Blaise avec un sourire supérieur.
« Pas faux. »
Pansy se retourna vers Blaise et se dressa sur la pointe des pieds pour déposer un rapide baiser sur ses lèvres. « Mon mec est un génie… »
Tandis que Blaise hochait la tête avec une expression ravie, Pansy leva les bras en l'air pour s'étirer avec un soupir de bien-être, sortit son smartphone et son paquet de cigarettes de sa poche, et se laissa tomber sur le lit tout en entreprenant la tâche difficile de s'en allumer une tout en surfant sur Facebook.
« A la fenêtre, s'il-te-plaît, Pans'… », grogna Théo tandis que Blaise se laissait tomber en tailleur sur le sol et que Malfoy restait planté au milieu de la pièce, son regard furieux toujours rivé sur Hermione.
Pansy poussa un soupir mais s'exécuta, faisant entrer une légère bourrasque d'air froid dans la pièce lorsqu'elle ouvrit la fenêtre. « T'es lourd… »
Hermione ne put s'empêcher de sourire à cette remarque. Certes, la petite équipe avait légèrement envahi sans prévenir sa bulle de calme qu'elle partageait avec Théo, mais cela ne la gênait pas forcément. Qu'il était bon d'avoir l'impression de faire partie d'un petit groupe, où on ne la jugeait pas, où on ne la traitait pas de menteuse, et où on ne la traitait pas non plus comme une victime.
« Draco, assieds-toi quelque part, t'as l'air über con, là… », ironisa Blaise en arquant un sourcil narquois.
Le blond, qui n'avait toujours pas décroché un mot depuis qu'il était entré dans la pièce, sembla chercher un instant un endroit stratégique pour s'installer. Au choix, une chaise de bureau, le sol, le rebord de la fenêtre où il pourrait s'en griller une avec Pansy, ou le petit coin restant sur le lit. Raide comme un piquet, il se dirigea droit vers Hermione et se faxa littéralement dans le petit espace qui demeurait entre elle et le pied du lit. Théo et Blaise échangèrent un regard sarcastique, alors qu'Hermione se poussait un peu pour laisser davantage de place à Malfoy que les 30 centimètres carrés qu'il avait décidé d'occuper initialement.
« Il y avait une chaise libre, tu sais », railla Pansy avant d'exhaler un peu de fumée par la fenêtre ouverte.
Draco lui jeta un regard meurtrier. « Merci, je suis bien ici. »
« Ça, je n'en doute p- » La fin de phrase de Pansy se perdit dans l'oreiller que Draco lui jeta à la figure sous les rires des deux autres Serpentard. Hermione se contenta d'un sourire crispé. Elle n'était pas naïve au point de ne pas comprendre certains signes qu'elle percevait depuis un moment chez Malfoy. Leur relation avait changé du tout au tout depuis cette fameuse soirée de rentrée où sa vie avait basculé. Il l'avait soutenue, dormi à ses côtés, s'était inquiété pour elle, des choses que Théo faisait également… Mais les instants simples et réconfortants qu'elle partageait avec ce-dernier n'avaient rien à voir avec l'atmosphère électrique qui persistait entre elle et Malfoy. Ses précédentes expériences avec Viktor et (tristement) Ron, lui indiquaient que cette tension permanente entre eux trahissait une attirance. Une attirance qui sortait du cadre de la simple relation platonique. Mais quand bien même elle l'aurait voulu, était-elle vraiment prête pour ça ? C'était une autre histoire…
Autour d'elle, la conversation avait repris bon train et Hermione écouta avec ravissement les plaisanteries de Théo, Blaise et Pansy, qui pianotait d'un œil distrait sur son téléphone. Seul Malfoy, toujours inconfortablement serré contre elle restait silencieux. Il la fixait, avec une expression un peu plus apaisée qu'à son arrivée, mais sans desserrer les dents et Hermione finit par lui adresser un regard inquisiteur.
« Comment tu vas ? », demanda-t-il d'un ton qui se voulait détaché, avant de regarder droit devant lui.
« Euh… »
« Je demande ça comme ça, hein. T'imagine pas des trucs comme quoi… enfin, t'es même pas obligée de répondre, d'ailleurs. Je ne sais même pas pourquoi j'ai posé la question. T'as qu'à faire comme si j'avais rien dit et… »
« Je vais bien, Malfoy », l'interrompit doucement Hermione avec un hochement de tête rassurant. « J'étais juste venue voir Théo parce que… enfin, ça s'est mal passé avec Harry. C'est tout. »
« Oh. »
A la gauche d'Hermione, Théodore sauta en bas du lit tout en parlant à Blaise pour aller fouiller dans son sac et en ressortir un livre quelconque, qu'il posa sur son bureau. L'espace vide qu'il laissa ne fit qu'accentuer la proximité de son propre corps avec celui de Malfoy et Hermione se demanda si elle devait encore se décaler ou non.
« Tu ne me demandes pas comment s'est passée ma journée ? », demanda abruptement Malfoy. Il semblait nerveux, comme un gamin qui a fait une bêtise et s'attend à voir tomber une punition imminente.
« Euh… eh bien, oui, comment s'est passée ta journée ? », répéta Hermione sans aucune originalité. Pourquoi se sentait-elle aussi gourde ? Ce n'était pas la première fois qu'elle parlait avec Malfoy ces derniers jours, ils s'étaient même tenu la main, bon sang ! Quelque chose clochait. L'ambiance que le Serpentard avait installée entre eux depuis son arrivée dans la pièce ne présageait rien de bon. Celui-ci leva un index devant lui et grimaça légèrement.
« Alors, figure-toi que ça tombe bien que tu poses la question… parce qu'il y a deux ou trois petites choses dont il faudrait que je te parl- »
« Oh merde, regardez ça ! », s'exclama Pansy en invitant tout le monde à se rassembler autour d'elle et de son téléphone portable.
Hermione jeta un bref regard d'excuse en direction de Malfoy lorsque Parkinson insista de nouveau, mais le blond avait refermé la bouche d'un air buté et s'était levé pour se poster derrière Blaise et Pansy. La brunette avait mis une vidéo en pause sur un réseau social quelconque et ses yeux brillaient d'excitation.
« Ce truc-là est devenu viral depuis ce matin. Un des employés de l'asile où est internée Dunbar a filmé ça et l'a mis en ligne, écoutez ! » Pansy appuya de son doigt parfaitement manucuré sur le triangle de lecture et l'image au centre de l'écran s'anima. La vidéo était d'assez mauvaise qualité et enregistrée à la sauvette avec un téléphone portable, mais on y distinguait Fay, assise sur une chaise blanche, devant une table blanche, entourée de murs blancs eux aussi. En face d'elle, un homme, dont la blouse immaculée le confondait presque dans le paysage.
« - Comment vous sentez-vous aujourd'hui, miss Dunbar ? »
« - Comment croyez-vous que je vais… » Fay se balança légèrement sur son siège, son index frappant la table de manière répétée sans discontinuer. Toc. Toc. Toc. « Pareil qu'hier, qu'avant-hier, pareil que demain et tous les jours suivants. Je ne devrais pas être ici. »
« - En effet, c'est ce que vous ne cessez de hurler jour et nuit ces derniers temps. Les autres pensionnaires ont besoin de calme et de repos, vous le savez… »
« - C'est la vérité. Je n'ai tué personne. »
« - Pourtant ce n'est pas ce que vous disiez, il y a encore quelques jours… Voulez-vous que nous repassions les enregistrements de nos premières séances ? » La voix du psychiatre est douce, mielleuse, comme s'il s'adressait à un enfant de cinq ans au quotient intellectuel diminué. Sur la table, les doigts de Fay accélèrent le rythme. Toc-toc-toc-toc-toc-toc.
« - C'est parce que je l'ai dit, je l'ai hurlé ! Et il m'a entendue ! Mais je ne voulais pas. Je ne voulais pas vraiment… » Les mouvements oscillatoires de l'adolescente sur sa chaise avaient pris de l'ampleur. Elle semblait en proie à une frénésie incontrôlable.
« - Qui vous a entendue, miss Dunbar ? » Toc. Le silence retombe. Fay a plaqué ses deux paumes sur la surface blanche et s'est penchée en direction du médecin, ses cheveux gras et hirsutes tombant de chaque côté de son visage. Ses grands yeux noisette ne sont plus que deux puits sans fonds au milieu de son visage blafard.
« Celui qui a tué Lavande. L'homme dans les Ténèbres. Il m'a entendue hurler que je voulais qu'elle meure. Et il m'a exaucée. L'homme dans les Ténèbres m'a exaucée. »
L'image se figea sur l'écran et Hermione mit bien trois secondes à réaliser que la vidéo était terminée et à bouger de nouveau. C'était comme si tout l'air de ses poumons avait été aspiré et elle sentit l'oxygène les brûler lorsqu'elle inspira de nouveau. L'Homme dans les Ténèbres ? Quelle était encore cette affreuse histoire ? Une invention de Fay, une illusion qu'elle s'était créée pour accepter le meurtre qu'elle avait commis ? Ou bien y avait-il effectivement un autre individu, tapi dans l'ombre, qui avait profité de l'instabilité de la jeune fille pour passer à l'acte ?
« C'est purement et simplement ou-fis-sime », scanda Pansy en faisant défiler les milliers de commentaires en-dessous de la vidéo. « On se croirait dans un film d'horreur, cette fille est complètement marteau. »
« Est-ce que ça va ? », murmura Théo en effleurant le coude d'Hermione, qui tressaillit.
« Oui… oui, je crois… c'est juste… enfin, je ne comprends pas qu'un infirmier ait pu faire ça, c'est une violation de la confidentialité médecin-patient… » En vérité, la vidéo l'avait plutôt secouée mais il était hors de question de le laisser paraître.
« Le type a été licencié apparemment », les informa Pansy, qui lisait toujours les commentaires. « Mais il a créé un buzz monstre. »
« L'Homme dans les Ténèbres… Vous croyez que c'est à cause de ça que Rogue a été emmené, ce matin ? », demanda Blaise en fronçant les sourcils. Derrière lui, Draco pâlit et écarquilla les yeux mais personne ne le remarqua.
Pansy secoua la tête. « Pourquoi Rogue irait-il se mêler des histoires de cul de Lavande et de Fay, sérieusement ? »
« J'en sais rien, mais l'Homme des Ténèbres… ça lui correspond bien, non ? Avec ses cheveux noirs, gras, toujours terré dans son labo mal éclairé… » Blaise haussa les épaules, tandis que les autres réfléchissaient soudain à cette affirmation.
« Laisse tomber Rogue, c'est pas pour ça qu'il a été emmené… », grommela Draco, s'attirant des regards inquisiteurs.
« Qu'est-ce que tu en sais, t'es de la police ? Ou bien tu t'es subitement pris d'affection pour ton nouveau papa ? »
Le jeune Afro-britannique avait dit cela sur le ton de la plaisanterie, mais manifestement son ami n'était pas d'humeur à rire. Pansy leva brutalement le nez de son téléphone, persuadée que ce n'était plus qu'une question de millisecondes avant que son petit-ami ne se fasse démonter le portrait, tandis que Théodore et Hermione échangeaient des regards alarmés. Le rose monta légèrement aux joues de Malfoy, sa mâchoire se contracta, tout comme ses poings, mais contre toute attente, il tourna les talons et sortit en claquant la porte.
« Bien joué… vraiment… beau travail », lâcha Théodore, sarcastique.
Blaise esquissa une grimace, l'air sincèrement désolé. « C'est parti tout seul… »
Les trois Serpentards sursautèrent soudain : la porte venait de claquer pour la deuxième fois. Hermione était partie sur les traces de Malfoy.
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« Reprenons, si vous le voulez bien, professeur… Expliquez-nous ce que l'on peut voir sur cette photo… », reprit pour la centième fois l'Inspecteur Maugrey en brandissant le cliché et son message infâme sous le nez de Severus Rogue. Celui-ci enfonça ses paumes dans ses orbites et lâcha un long soupir exaspéré.
« Mais puisque je vous dit qu'il ne s'est rien passé avec cette élève, l'angle de la photographie est calculé exprès pour qu'on imagine d'horribles choses, mais ce n'est pas le cas… »
« Quand vous dites avec cette élève, vous sous-entendez qu'il s'est passé quelque chose avec d'autres ? », reprit le flic avec une expression accusatrice.
Rogue releva les yeux et lui adressa un regard qui en disait long sur ce qu'il aurait voulu faire avec l'œil de verre et divers orifices corporels de Maugrey, mais réussit à rester calme. Du moins en apparence. « Vous êtes vraiment un bel enfoiré… »
« Outrage à magistrat, vous n'arrangez pas votre cas, professeur… », reprit Maugrey avec un sourire pincé. Dans un coin de la pièce, la jeune femme aux cheveux courts que Rogue avait déjà aperçue dans Poudlard après les événements, s'approcha de la table et prit la photo entre ses doigts. Il était vrai que l'angle ne permettait pas de voir si la jeune élève avait oui ou non le sexe de son professeur dans sa bouche, mais plus elle y pensait, plus ce scénario paraissait peu probable. Les pédophiles avaient souvent des réactions amusées ou éprouvaient une légère excitation devant ce genre d'images, or tout ce que cet homme avait montré au cours des dernières heures, c'était un profond et viscéral dégoût pour l'acte dont on l'accusait.
« Est-ce que vous avez des ennemis, professeur ? Des gens qui vous voudraient du mal ou bien des élèves difficiles, qui auraient pu vouloir détruire votre carrière ? », demanda Nymphadora en reposant la photo sur la table.
Enfin une interlocutrice sensée…, pensa Rogue avec une pointe de soulagement. « Vous voulez dire comme l'Adjoint au Ministre depuis qu'il sait que sa femme le trompait avec moi ou encore les dizaines d'élèves qui n'ont pas la moyenne dans mon cours ? »
« Par exemple, oui… », répondit-elle avec un léger sourire.
« Lucius Malfoy… ce politicard de mes deux se croit toujours au-dessus des lois… Lui et son satané fils… », grogna Maugrey, tandis que Rogue semblait soudain en proie à une intense réflexion.
Toutefois, le fil de ses pensées fut interrompu par un vacarme assourdissant de portes qui claquent et de protestations aiguës. Les trois occupants de la salle d'interrogatoire sursautèrent de concert lorsque la porte s'ouvrit à toute volée et qu'une Narcissa Malfoy fraîchement divorcée et manifestement hors d'elle fit irruption dans la pièce exiguë. Suivie de trois policiers en colère.
« Madame, vous n'avez pas le droit d'être ici. Veuillez attendre à l'accueil ! », aboya Maugrey, tandis que l'ex-femme de l'adjoint ministériel s'accrochait désespérément à son amant.
« Severus est innocent, jamais il n'aurait pu assassiner deux de ses élèves, c'est absurde ! » D'un geste impérieux, elle chassa les mains des policiers qui tentaient de l'agripper et Tonks leva les mains en signe d'apaisement.
« Madame Malfoy… », commença-t-elle doucement.
« Black. »
Tonks reprit une grande inspiration. « Madame Black, je ne sais pas qui vous a prévenue que nous interrogions votre compagnon, mais il n'est absolument pas question de l'inculper pour les deux meurtres commis à Poudlard. »
Narcissa sembla se dégonfler comme un ballon crevé et elle leva des yeux hagards en direction de l'Inspectrice. « Ah bon ? Enfin… Dumbledore m'a appelée pour me dire… enfin, avec tout ce qu'il s'est passé, je… j'ai cru que… »
Nymphadora lui sourit et hocha la tête pour lui signifier qu'elle comprenait son raisonnement malgré l'absence d'une bonne moitié des phrases. « C'est autre chose. »
« Oh… » Le soulagement qui parut sur les traits de Narcissa Black fut de courte durée. « Mais alors, de quoi l'accuse-t-on ? »
« Si on vous le dit, vous quitterez cette pièce ? », grinça Maugrey en lui décochant une œillade mécontente, à laquelle Narcissa répondit par un regard froid digne des plus hautes strates de la bourgeoisie londonienne.
« Je ne promets rien… »
« Votre ami, le professeur Rogue a été accusé de pédophilie par le biais d'un message anonyme. » Tonks pinça les lèvres, s'attendant à une réaction effondrée, mais c'est tout le contraire qui se produisit. Un grand éclat de rire s'échappa d'entre les lèvres carmin de Narcissa Black et l'aristocrate secoua la tête comme si c'était la meilleure blague qu'on lui ait raconté. Mais son sourire s'évanouit progressivement à la vue des expressions graves des flics et de celle, mortifiée, de Severus.
« Vous plaisantez ? »
« Je crains que non, Madame… », répondit doucement Tonks en croisant les bras sur son ventre. « Voilà pourquoi il serait préférable que vous quittiez cette pièce, à présent. »
« Montrez-moi ce message. » La voix de Narcissa Black était autoritaire, assurée, ferme. C'était la voix d'une femme qui n'avait pas l'habitude que l'on discute ses ordres. Cependant, elle n'avait pas affaire à ses domestiques aujourd'hui, mais à la justice. Nymphadora haussa les sourcils et inclina légèrement la tête, ce qui poussa très vite la blonde à ajouter « S'il vous plaît. »
« Si je vous le montre, vous me promettez de partir ensuite ? »
La langue de Narcissa claqua légèrement contre son palais mais elle hocha imperceptiblement la tête et Tonks fit glisser la photo sur la table avant de la lui tendre. Elle vit une expression choquée traverser les traits parfaits de l'ex-Narcissa Malfoy et ne put s'empêcher de la prendre en pitié. Personne n'aimait voir ce genre d'images, surtout lorsqu'elles mettaient en scène un être cher dans le mauvais rôle. Cependant, le choc laissa bientôt la place à la déception, puis à la colère, lorsque les yeux de glace de la femme lurent le message écrit au marqueur noir. Sa bouche se pinça et elle retourna le cliché en direction de Tonks, un de ses ongles rouge sang pointant précisément la première lettre D du message : UN DANGEREUX PÉDOPHILE SÉVIT DANS NOTRE ÉCOLE. LES ABUS DOIVENT CESSER. AIDEZ-NOUS ! Tout était rédigé en lettres majuscules et les D ne faisaient pas exception. En revanche, leur graphie était quelque peu singulière : contrairement à l'usage, le « ventre » du D n'était pas arrondi mais en pointe, ce qui donnait à la lettre une forme triangulaire.
« Vous voyez ceci ? », demanda Narcissa avec un air pincé.
« Euh… oui, c'est… un D, mais… »
« Ce D, ce sont des centaines d'heures de cris et de hurlements. Des dizaines de pages arrachées, des litres d'encre gaspillés… Ce D a envoyé deux institutrices de CP en dépression. » La colère de Narcissa Black était désormais palpable et derrière Tonks, Rogue semblait avoir compris où elle voulait en venir et s'était pris la tête en soupirant entre ses mains.
« J'ai peur de ne pas bien saisir, Madame Mal-Black. »
« Il n'y a rien à comprendre, ma fille… », rétorqua son interlocutrice avec un ton légèrement condescendant. « J'ai simplement donné naissance… à l'Antéchrist lui-même. » Devant le regard perdu de Tonks, elle ajouta : « Mon fils, Draco. Il n'y a que lui pour tracer les D de cette façon. »
Nymphadora lui prit le cliché des mains et l'examina avec circonspection. « Vous êtes certaine ? », demanda-t-elle, tandis qu'un scénario logique prenait soudain forme dans son intellect. Le fils Malfoy semblait avoir toujours été un enfant à problèmes, caractériel mais protégé par le pouvoir que détenait son paternel. Il n'avait pas digéré que son professeur s'envoie en l'air avec sa mère. Peut-être le tenait-il même pour responsable de la déliquescence du mariage Malfoy ? Et aujourd'hui, par malheur, il avait surpris son professeur positionné de manière compromettante devant une de ses élèves et avait saisi l'instant sur son téléphone portable… Peut-être même avait-il piégé l'enseignant avec l'aide de l'élève sur le cliché ? Mais cela aurait été étonnant de la part de Miss Granger. Tonks avait toujours eu un bon feeling la concernant, elle ne l'imaginait absolument pas prendre part à ce genre de bassesses. Surtout en ce moment…
« Effectivement, le gosse a un mobile… », fit remarquer Maugrey avec un sourire satisfait. « C'est tout à fait son genre, ce type de mauvaises blagues. » Il se tourna vers Rogue et lui décocha un sourire mielleux. « Désirez-vous porter plainte pour diffamation ? Je me ferai un plaisir de coffrer ce sale morveux une bonne fois pour t- »
« Merci, mais ce ne sera pas nécessaire », lâcha froidement Rogue en le toisant de ses deux yeux noir de jais. « Nous allons régler ça… en famille, si tu veux bien, Cissy ? »
Le cœur de l'aristocrate sembla fondre dans sa poitrine lorsque Rogue prononça le mot « famille » et elle hocha la tête en silence. Maugrey se laissa retomber contre le dossier de sa chaise avec un soupir de dépit et Tonks s'empressa de prendre le relai en voyant l'expression méprisante que lui lançait Narcissa Black. « Bien, il va falloir qu'on interroge tout de même votre fils, Madame. S'il avoue de lui-même sa bêtise et que vous décidez tout de même de ne pas porter plainte, alors j'imagine que nous pourrons tirer un trait sur tout cela pour cette fois… »
« Je suis vraiment désolée qu'il ait fait ainsi perdre un temps précieux aux forces de l'ordre de Pré-au-Lard… », l'interrompit Narcissa, ses joues pâles rosissant légèrement de honte malgré son expression impassible.
« Y'a pas de mal, on s'ennuyait après deux meurtres… », ironisa Maugrey en levant les yeux au ciel. Bien entendu, un seul sur les deux se leva, donnant un résultat apparemment peu ragoûtant au vu du rictus qu'esquissa Rogue en face de lui.
~o~
Hermione avait passé près d'une heure à traquer Malfoy dans tous les couloirs des dortoirs, les bois autour du lac, le réfectoire, les gradins du terrain de sport… Sans succès. Elle avait fini par se résigner et regagner les dortoirs lorsqu'une tête platine fit son apparition au loin entre deux rangées d'arbres. Elle poussa un soupir de soulagement et regarda la silhouette de Malfoy se fondre dans les ombres du jour qui déclinait, traversant les buissons, s'accroupissant pour passer sous un trou du grillage délimitant les terres de Poudlard et remontant la colline au trot.
La jeune fille croisa les bras et attendit qu'il la remarque. Draco esquissa un bref mouvement de recul mais continua malgré tout de s'approcher, une expression contrite sur ses traits. « M'engueule pas, s'il-te-plaît… J'avais juste besoin de… » Il haussa les épaules sans la regarder.
« Je n'allais pas t'engueuler… », répondit Hermione d'une voix douce, s'attirant un regard pétri d'incompréhension de la part du Serpentard. « A ta place, j'aurais probablement eu la même réaction. Blaise n'a pas… réfléchi, je suppose. » Comme Draco ne semblait pas disposé à commenter sa remarque, un silence inconfortable s'installa entre eux et Hermione finit par décroiser les bras pour les laisser se balancer le long de ses flancs. « C'est bientôt l'heure du dîner, tu veux… marcher encore un peu ? » Elle s'apprêtait à ajouter 'avec moi' mais se retint au dernier moment, se sentant de plus en plus stupide.
« Non, j'en ai marre de tourner en rond… », grommela Draco avant de comprendre à l'expression soudain déçue d'Hermione qu'il y avait probablement une proposition cachée dans sa question. « Mais on peut s'asseoir… tous les deux… où tu veux. »
En silence, ils gagnèrent un petit banc de pierre qui bordait l'allée menant aux dortoirs et s'y laissèrent tomber avec un soupir de soulagement. L'atmosphère était toujours tendue et Hermione décida d'y mettre un terme. Au même moment que son camarade.
« Malfoy… »
« Granger… »
Ils refermèrent la bouche et échangèrent des regards surpris, puis rieurs. « Toi d'abord », marmonna Hermione avec un sourire pincé.
« Non non, vas-y, ça peut attendre… », fit Draco, désireux de repousser au maximum le moment où il lui avouerait sa grosse bêtise de la journée. Elle serait furieuse, alors autant profiter des derniers instants de complicité qu'ils partageaient car l'occasion ne se représenterait pas de sitôt.
« Tu es sûr ? », s'enquit-elle tandis qu'il hochait la tête précipitamment. « Ok, alors… je voulais te remercier. D'avoir été là pour moi ces derniers temps… Alors que tu avais toi-même tes propres problèmes. Je voulais que tu saches que moi aussi je peux être là pour toi si jamais tu avais envie… d'en parler. Ou tout simplement pour te changer les idées. Avoir quelqu'un… enfin. Je suis là, quoi. »
A cet instant, Draco se sentit plus coupable que jamais il ne l'avait été dans sa vie. Encore une fois, son impulsivité saupoudrée d'un peu de cocaïne allait certainement entraîner la destruction de l'une des rares relations amicales qu'il avait eu tant de mal à établir. Comment pouvait-il lui avouer ce qu'il avait fait à Rogue, en l'utilisant elle par la même occasion, alors qu'elle venait de lui offrir son amitié sincère ? L'idée de lui cacher toute la vérité se faisait de plus en plus tentante. Après tout, il était peu probable que ces abrutis du commissariat réussissent à découvrir son identité, c'était l'avantage des messages anonymes, non ?
« Et toi, que voulais-tu me dire ? », fit Hermione avec un sourire plus détendu.
Draco ouvrit la bouche pour lâcher une réponse désinvolte lorsqu'un mouvement sur sa gauche attira son attention. Au bout de l'allée, près des grilles du pensionnat, une silhouette furieuse suivie de deux autres approchaient d'eux, et Draco sentit une goutte de sueur glacée glisser le long de son échine.
« Merde… », lâcha-t-il dans un souffle en reconnaissant sa mère, son professeur de Physique-Chimie et l'inspectrice qui était déjà venue dans le cadre des deux décès qui avaient eu lieu dans l'enceinte de l'école. Hermione suivit son regard et fronça les sourcils en lisant l'inquiétude et la panique sur les traits du jeune homme. « Granger… il serait peut-être temps que tu rentres… »
« Hein ? Qu'est-ce qu'il se passe ? », demanda-t-elle en portant tour à tour son regard sur Draco et sur sa mère qui approchait aussi vite que ses hauts talons le lui permettaient sur le sol inégal.
Le Serpentard comprit soudain qu'Hermione ne serait jamais partie avant que la tornade Narcissa ne s'abatte sur lui et il tourna une expression alarmée dans sa direction. « Granger, j'ai merdé… vraiment merdé… je ne voulais pas t'impliquer là-dedans, c'était un hasard que ce soit toi… ça aurait pu être n'importe qui, je l'aurais fait quand même… putain, mais pourquoi est-ce que je suis toujours aussi con, je gâche toujours tout… »
Hermione sentit les battements de son cœur s'accélérer. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il se passait, mais c'était grave. Au point de déclencher une véritable diarrhée de paroles affolées et incohérentes chez un garçon globalement stoïque et froid.
« DRACO LUCIUS MALFOY ! »
« J'ai vraiment aimé ce qu'on est devenus, Granger. T'es quelqu'un de bien… Voilà. Au moins j'aurai eu l'occasion de te le dire… », ajouta le blond très vite. Hermione le dévisageait avec une expression de totale incompréhension, et une pointe de terreur, qui ne fit que s'accentuer lorsqu'il acheva sa diatribe d'un « je suis désolé » précipité. Narcissa Malfoy était arrivée à leur hauteur et toisait son fils, les joues rouges de rage. Ses yeux aussi étaient rougis et son menton tremblait. Hermione envisagea de quitter les lieux pour leur laisser un peu d'intimité, mais le regard que l'ex-femme de l'adjoint ministériel et que le professeur lui adressèrent la cloua sur place.
« Comment as-tu pu… Comment as-tu pu me faire une chose pareille ?! », s'égosilla Narcissa au-dessus de Draco qui se ratatinait comme un asticot déshydraté. « Mon propre fils ! Tu te rends compte ? Dis-moi, Draco, est-ce que tu te rends compte des conséquences que tes actes auraient pu avoir ? Pour toi ? Pour Severus ? »
Le regard de Draco dériva un instant sur le professeur silencieux en arrière-plan mais la main de sa mère saisit brutalement sa joue pour ramener l'attention de son fils sur elle. « Regarde-moi, Draco ! Est-ce que tu te rends compte à quel point ça aurait pu mal tourner ?! »
« Je… je n'ai pas… »
Narcissa ignora les balbutiements de son fils et pinça violemment son oreille gauche, le faisant grimacer. « J'ai toujours pris ta défense, toujours été là quand Lucius se montrait injuste avec toi… et c'est comme ça que tu me remercies ? En ruinant mes tentatives de me reconstruire avec un autre homme en l'accusant de pédophilie ? Quelle espèce de monstre ai-je mis au monde ? » La voix de sa mère tremblait et les larmes s'amoncelaient peu à peu derrière la barrière de mascara qui empesait ses cils.
« De pédophilie ? », murmura Hermione, davantage pour elle-même que pour les autres. Malheureusement pour elle, Narcissa l'entendit et elle darda ses iris meurtriers sur la jeune fille.
« Ne jouez pas les innocentes, vous… » Elle plongea sa main dans la poche de son long trench cintré Burberry et en jeta le contenu, une demi-feuille de papier, au nez de l'étudiante. « Piéger votre professeur de la sorte, vous devriez avoir honte. »
Interloquée, Hermione ramassa la feuille et la retourna. Elle identifia tout de suite sa chevelure hirsute au niveau de la taille du professeur Rogue, lut le message diffamatoire noté en-dessous. Vue comme ça, la scène qu'elle avait réellement vécue avec l'enseignant prenait une tournure bien plus perverse et elle grimaça.
« Comment pouvez-vous être sûre que c'est Draco qui l'a envoyé, il n'y a aucune signature… », rétorqua-t-elle, agacée à l'idée qu'on puisse la mêler à un stratagème aussi répugnant.
« Oh croyez-moi… je saurais reconnaître cette écriture entre toutes… », cracha Narcissa en considérant à nouveau son fils avec un mépris presque palpable. Hermione tourna lentement la tête en direction de Draco, mais les rouages affûtés de son cerveau tournaient à plein régime et elle sut déjà avant de la voir quelle expression arborerait le visage pâle du jeune homme. Une expression coupable.
« Monsieur Malfoy », fit Tonks d'une voix douce. Elle avait laissé le drame familial se dérouler avec discrétion depuis le début, mais pour que l'affaire soit définitivement close, elle devait poser la question en bonne et due forme. « Cette photo est-elle bien un canular et si c'est le cas, en avez-vous l'entière responsabilité ? »
« Malfoy, c'est toi qui… » Hermione leva dans sa main le message froissé, incapable de terminer sa phrase. La déception qu'elle ressentait à cet instant était telle, qu'elle en perdait l'usage de la parole. Du coin de l'œil, elle entrevit le Professeur Rogue : il avait brièvement fermé les yeux et poussé un soupir de soulagement, comme si l'idée de la savoir comme lui victime et non complice apaisait un peu le mélange de colère et d'humiliation qui ne l'avait plus quitté depuis son interpellation un peu plus tôt dans la journée.
Draco, quant à lui, était figé sur le banc de pierre, ses doigts aux jointures blanchies, crispés sur le bord de l'assise. Il avait les yeux écarquillés, rivés sur un point fixe quelque part entre le sol et la ceinture du trench de sa mère, et il tremblait de tous ses membres. En d'autres circonstances, Hermione se serait inquiétée mais après un bref check-up d'une seconde et demie, elle s'aperçut qu'elle n'en avait plus rien à faire.
« Comment est-ce que t'as pu me faire ça… ? Après tout ce que j'ai subi », souffla-t-elle en secouant lentement la tête. Narcissa ne disait plus rien, quelque peu honteuse d'avoir manifestement accusé la jeune fille à tort, mais la colère qu'elles dirigeaient toutes deux contre Draco semblait avoir balayé ce léger détail.
« Granger, j'ai pas réfléchi… », réussit à balbutier le Serpentard, juste avant de recevoir le message roulé en boule sur le coin du museau. Hermione s'était levée et il tourna vers elle un regard de lapin apeuré.
« Toi et Blaise, vous faites vraiment la paire… Surtout ne changez rien », cracha Hermione avec tout le mépris dont elle était capable, avant de tourner les talons pour regagner les dortoirs à toutes jambes. Draco la regarda partir, les yeux toujours hagards, conscient qu'il venait en un clic sur son téléphone portable de ruiner probablement à jamais tout semblant de relation avec la Gryffondor.
Et un coup d'œil en direction de la femme qui l'avait mis au monde lui indiqua que cette relation-ci ne serait plus jamais la même également.
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Merci encore pour votre patience, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! Draco a vraiment merdé, avec les dernières personnes qui croyaient encore en lui qui plus est… Comme vous devez vous en douter, ça ne va pas l'aider à se sortir de la spirale infernale dans laquelle il s'enfonce peu à peu…
Je vais faire de mon mieux pour qu'il n'y ait pas autant de temps entre ce chapitre et le suivant mais je ne vous promets rien, étant donné qu'à chaque fois que je me suis promis un truc à moi-même ces derniers temps, j'ai lamentablement échoué…
En revanche, bonne nouvelle pour les lecteurs de The Faces of Insanity, puisque le prochain chapitre est déjà dans la boîte donc il devrait arriver d'ici 15 jours ! :) :) :)
Gros bisous à tous et à bientôt pour la suite !
Xérès
