Coucou tout le monde!
Alors, comme certains ont pu le remarquer... aujourd'hui est un jour spécial ! Et ouep, c'est l'anniversaire de "Comme Une Vraie Famille", et donc également de sa suite, "Sept Nuances De Noir." Il y'a un an jour pour jour, le 17 juillet 2014, je postais l'introduction et le premier chapitre de CUVF.
...26 chapitres en un an, on ne me juge pas! XD
Voilà, c'est tout bizarre ^^ Bon anniv fanfic'!
Merci à toutes celles, ceux peut-être, qui review, follow, et mettent en favoris. Qui apprécient l'histoire tout simplement. Merci *big big coeur à la vanille*
(J'ai pas eu trop le temps de répondre bien au review, je suis assez pressée pour poster, veuillez m'excuser ^^')
lea89: Coucou! Merci, oui c'est très la dépression xD J'aime beaucoup le Malexis ! :D Ah désolé pour ta wifi, courage :/ Et si, c'est important : merci beaucoup pour ton soutient! Et bravo pour ton brevet! :D Bonne lecture!
Miritamoku: Twitter c'est bien pratique :D Faut se mettre à la place de Mat', c'est pas cool mais on sait pas ce qu'on aurait fait ^^' C'est vrai que je ne m'intéresse pas trop à la relation Prof/Fille, c'est le couple que j'aime le moins. Et le PanGeek est le couple "stable" de la fic, donc pas trop de choses à dire non plus c'est vrai ^^ Bonne lecture!
Lilou-neko: Coucou! Et bien ravie qu'elle te plaise :) C'est normal de lire une histoire qui te plaît d'une traite, ça arrive à bien d'entre nous ! ^-^ Oui ça se complique. C'est toujours compliqué :P Et bien ça tu verras! Alexis a effectivement des sentiments pour Mathieu, ça c'est flagrant ! Hippie T_T Non c'est pas juste :') Merci de tes compliments, et j'espère que la suite te plaira tout autant. Bonne lecture, puisque finalement, le chapitre est sorti plus tôt! :)
Et, une personne,-que dis-je, une déesse ou un dieu- dont on ne sait le nom (A moins que ce ne soit toi, Bleu-Ah), a trouvé un magnifique nom de pairing pour le Patron/Hippie : Le PaciFist. Applaudissez s'il-vous-plaît.
Au fait, le début du chapitre précédent est tiré de la série "The Walking Dead" au début de la saison 2, avec Shane. ^^
Et pour contrebalancer cette joie et cette intro toute légère et toute mignonne, mesdames et messieurs... Voici le dixième chapitre!
"La vérité des hommes est dans les secrets qu'ils gardent."
Chapitre 10: ... ne nous rend pas plus forts.
Silence complet dans le salon.
Rien ne troublait la paix fragile, le calme froid et déstabilisant. Rien.
Pour la énième fois de l'après-midi, Mathieu avança une main vers le clavier. Alla pour écrire, les doigts postés fidèlement sur les touches blanches et noires. Ses yeux bleus, fatigués, fixant l'écran.
L'écran blanc. La page vierge de toute écriture. Le vide.
Mais rien ne vint. Ni mot, ni idées, vagues ou précises. Il cliqua sur l'onglet en bas à gauche, présentant un logo rouge qu'il connaissait bien.
Il observa la liste de vidéos défiler sous ses yeux.
Pas une ne lui plaisait. Il ne les avait même pas vraiment regardés. Il n'avait même pas sourit. Pourtant, un besoin viscéral de s'occuper l'esprit le tenait fortement. Il en avait besoin. Son émission et son public aussi. L'épisode n'allait pas se faire tout seul.
Se vider la tête. Réfléchir, faire comme avant. Trouver des sujets, des thèmes, les exploiter, demander leur avis aux autres. Ne pas penser à lui.
Ne pas penser non plus à Antoine, qui dormait dans l'une des chambres du haut.
Il jeta un coup d'œil à ses doubles.
Ce serait sans doute pour plus tard.
Soupirant fortement, il cliqua sur la croix blanche, puis éteignit son PC. Pour tourner son fauteuil, vers le reste de sa famille.
Personne ne s'était étendu sur sa nouvelle coupe de cheveux. A peine quelques commentaires lancés doucement.
Ils n'étaient que cinq. Assis, la tête entre les mains, silencieux, perdus dans les méandres de leurs pensées confuses. A ne pas savoir quoi faire.
Lui, le Geek, le Panda, la Fille, et le Démon, qui avait fait son apparition quelques minutes après...
Le vidéaste retint un frisson. Ne pas y repenser. Tout ce qu'ils avaient à faire à présent, c'était attendre le Prof. Le verdict, et surtout, l'après. Ne pas tirer de conclusions hâtives. Réfléchir et trouver une solution tous ensembles. Pour leur frère.
Un reniflement le tira de ses pensées.
Sur le canapé, posé sur l'accoudoir, le Geek regardait obstinément le mur blanc en face, quelques larmes coulant encore de temps à autre. L'ursidé était à ses côtés, une main posée sur son dos.
Malgré l'apitoiement de sa plus fragile personnalité, le vidéaste sentit une bouffée de douceur l'envahir à cette vision. Le Panda et le Geek étaient les seuls, avec le Prof et la Fille, a réussir à garder leur relation stable.
Les seuls... à rester doux. Le scientifique et la blonde étaient souvent en désaccord, malgré l'affection qui les liait. Il y'avait une part de noir en chacun d'eux que Mathieu ressentait. Comme pour lui et
Antoine. Comme pour le Hippie et le Patron. Lorsqu'il avait rencontré le Panda, lorsque celui-ci s'était matérialisé pour la toute première fois devant lui, c'était une tristesse, et surtout une colère qu'il avait ressenti aussi, bien-sûr. Mais elle était contenue, amoindrie, contrôlée par le gamer. Autant qu'elle pouvait l'être, du moins.
A chaque fois qu'il posait les yeux sur eux, il ne voyait que de la tendresse et de la douceur. Et ce n'était que de ça, dont ils avaient tous besoin.
_Je dois aller le voir.
L'ursidé releva la tête, devant son amant qui s'était levé d'un bond, la mâchoire serrée mais tremblante.
_On peut pas le laisser tout seul sans personne.
_Il est avec le Prof. Rappela doucement la Fille. On ne fera que le gêner. Sans compter... qu'il y'a le Patron, avec lui.
Tressaillement de tout le monde. Rappel. Brûlant et incompréhensible de ce que le criminel avait pu être ces dernières heures.
Cette implication qu'il avait eu envers le pacifiste, et ce refus de quitter son chevet.
Une part caché d'évidence, aussi, pour chacun. Bien qu'ils ne soient pas en mesure de comprendre exactement la relation établie entre l'homme en noir et le voyageur.
La dernière fois datait de plus de deux mois. Lorsque le Patron avait accidentellement donné un coup de poing au plus frêle.
Mais ça n'avait rien à voir. Il y'avait une possessivité différente. Un engagement nouveau.
Néanmoins, tous se rendaient compte de cette différence. Le Patron n'était pas le même envers le Hippie, tout comme le Hippie n'était pas le même envers le Patron. Qu'est-ce que c'était, comment le nommer, la plupart n'en savait rien. Mais c'était là.
_Heureusement qu'il était là.
Le Panda tressaillit à ses mots, mais ne dit rien, dardant son regard sur la Fille.
_Il faut le reconnaître. On ne savait pas quoi faire, on ne faisait même absolument rien. Le Patron, lui, a su. Heureusement qu'il était là.
Elle le répéta avec une forte conviction.
Et même le chanteur consentit à l'approuver, au fond de lui.
Il était le seul au courant. Avec Mathieu, peut-être, sûrement. Il était le seul à savoir que le Hippie aimait le Patron à en crever. Et il n'avait jamais compris comment personne n'avait pu le deviner.
Il songea avec un rire noir que le camé n'aurait décidément pas pu tomber sur pire. Et il avait raison, à voir ou ça l'avait amené.
Car c'était de la faute du Patron, s'il en était là, à hurler à la mort en plein bad, à pleurer et à gémir sur le sol comme une poupée brisée, malmenée, depuis trop longtemps.
Le Geek se laissa retomber sur le coussin, vaincu malgré lui. Elle avait sans doute raison, la Fille. Il ne ferait que gêner son frère.
A cet instant précis, des pas se firent entendre dans l'escalier, et quelques secondes plus tard, le Prof apparût. Les cheveux en pétard, l'air exténué, mais un léger sourire aux lèvres.
Devant les dix yeux interrogateurs qui le fixaient, il hocha la tête, l'air confiant.
_Il va mieux. Son... "mauvais voyage", vient juste de se terminer. Il a repris des couleurs, une respiration normale, mais il s'est endormi. Il va avoir besoin d'une très longue nuit de repos.
_Qu'est-ce qu'il s'est passé?
La voix de Mathieu ne tremblait pas.
_Qu'est-ce qu'il a pris, Prof?
_Et bien...
Le scientifique sembla hésiter quelques secondes, l'air assombri, le visage grave.
_Il a ingurgité de la mandragore.
_... De la mandragore? C'est pas un truc mythique ça?
_Non. C'est une plante difficile à trouver, mais vendue dans les marchés noirs, comme une puissante drogue. Et c'est ce qui m'inquiète.
Mathieu sentit son cœur bombarder dans sa poitrine. Il était trop rare que le scientifique prenne cet air si grave. Presque... déchiré.
_De quoi? C'est pas comme un champi?
_Non Mathieu. Excusez-moi du terme, mais la mandragore est une véritable saloperie. Elle a de très forts effets psychotropes, et souvent néfastes.
Ce n'est pas comme la marijuana à haute dose, ou certains champignons hallucinogènes. Bien plus du trois-quarts des consommateurs de mandragore sont sujets à des "bads", il est extrêmement rare qu'une expérience avec cette drogue soit agréable.
La réalisation intervenait petit à petit dans leur esprit. La peur.
_Tu veux dire...
Mathieu déglutit, laissant le génie achever ses mots à sa place.
_Le Hippie s'y connait trop dans ce milieu pour ignorer les effets de cette plante. De plus, il sait qu'il n'est pas bien en ce moment, et que son corps ne supporte plus aussi bien les drogues. Mais je crois que pour la première fois... le bad-trip était intentionnel. Il voulait en faire un.
La Fille secoua la tête, les yeux écarquillés.
_C'est impossible. Qui voudrait faire intentionnellement une si mauvaise expérience?
_Je ne sais pas... je ne sais pas pourquoi il a fait ça. Toutefois, rien n'est sûr. Peut-être qu'exceptionnellement, il ne connaissait pas cette plante, ou il s'est trompé et ne l'a pas reconnu.
_Ça m'étonnerait.
Mathieu avait parlé doucement, cette fois.
_Le Hippie sait ce qu'il prend. Il sait qu'c'est pas un jeu. Je le vois mal se défoncer avec n'importe quoi. Il savait très bien ce que c'était.
A ces mots, un silence gêné prit place. Une lourdeur que le schizophrène remarqua rapidement, aidé par les regards que se lançaient ses personnalités.
_Quoi?
Le Panda se racla la gorge, mal-à-l'aise. Et Mathieu eu la désagréable impression que ses doubles faisaient une sorte de conversation mentale à laquelle il n'était pas invité.
_Qu'est-ce qui se passe les gars?
"Qu'est-ce que vous me cachez?"
La question silencieuse hurla, ricochant contre leur corps et les murs de cette maison si vive, devenue froide et triste. Et le Panda soupira. Un soupir qui lui donnait l'impression de contenir toute la peine du monde.
_Quand tu étais dans le coma, je suis tombé sur le Hippie, dans son van, shooté. A vomir par terre, à plus pouvoir respirer. Il avait pris de la drogue dure, dans une seringue. J'ai jamais su ce que c'était... et lui non plus.
Silence faible. Réalisation, encore. Trop de coups. Trop de blessures qu'il ne pouvait pas encaisser.
_Il fait plus attention, Mathieu. Il ne va pas bien. Il ne va pas bien du tout.
Fermant les yeux, le Geek posa sa tête contre le dossier du canapé. A ses côtés, le Démon prit un air atterré.
Penser à d'autre chose.
Mais son frère était seul, là-haut. Et il avait voulu se faire du mal. Pourquoi? Lui qui avait pensé bien le connaître...
Une réponse s'imposa à lui. Une simple pensée, qu'il eut envie de chasser, à l'aide d'une autre réflexion. Mais elle s'accrochait. Pour finir par ne plus le quitter.
Le Geek compris.
Il se releva, faisant fit du regard du Prof qui lui intimait de rester avec eux, pour prendre la direction des escaliers, quittant cette pièce étouffante pour retrouver sa chambre.
La dernière chose qu'il entendit fût la voix de la Fille.
_On va l'aider.
Tous répétèrent, comme une promesse. Mais le gamer, fantôme dans les marches éclairées d'ombre, sourit tristement.
Ils n'avaient pas compris.
Il n'y avait qu'un homme qui pouvait aider le Hippie. Et ce n'était pas eux.
Si le silence était une arme, le Patron songea qu'il serait déjà mort. Fusillé par les longues minutes qui traînaient depuis trop longtemps. Depuis qu'il avait ouvert les yeux et découvert le monde.
Rien ne présageait un beau moment dans les heures silencieuses. L'ennui, l'apitoiement. C'était tout ce qui ressortait. Lui aimait le bruit, les foules, les corps se mouvant; ceux qui aimaient se frôler suavement sans un regard.
Pourtant, à cet instant précis, alors que dans sa tête, le silence sonnait à grand coup de tambour, il aimait un tout autre corps. Frêle, pâle et inconscient, dont la poitrine se soulevait au rythme des respirations tantôt calmes, tantôt erratiques.
Il aima cette main froide contre le sienne. Ses longs doigts décharnés, brisés entre les siens.
Deux coups. Deux bruits sourds contre la porte de bois. Il décolla sa paume, regrettant instantanément la sensation de froid impitoyable qui l'envahit.
Le Patron n'était pas fait pour vivre sans chaleur. Bien qu'elle fût glaciale et sans affection. Il lui fallait de l'énergie brûlante, vive, qui parcourait sa peau, à lui en faire des frissons.
C'est avec la chaleur, qu'il se sentait vivant.
Il entendit le claquement sourd derrière lui, signe que l'un de ses frères venait de pénétrer la pièce. Et dans une sorte d'instinct animal, il n'eu pas besoin de se retourner pour découvrir l'identité du nouveau venu.
_Comment il va?
_A ton avis.
Dingue comme son double lui paraissait soudainement petit. Comme un enfant. Plus fragile et plus délicat que le plus petit enfant du monde. Trop, pour ce lit deux places et ses oreilles gigantesques.
Comme lui. Deux cœurs d'enfants.
Gratter la couche, et l'on verrait les tourments, derrière les gamins.
_Le Prof m'a dit qu'il s'en sortirait.
A ces mots prononcés avec le plus grand des calmes, le criminel ne retint pas le rire méprisant qui s'échappa de ses lèvres gercées.
_C'est un putain de bad. Je pense qu'il va s'en sortir.
_C'est vrai. J'avais oublié, tu dois t'y connaître.
Le Panda s'assit sur une chaise qui traînait contre le mur. La tête encapuchonnée posée contre le mur la regardait droit dans les yeux. Dans son regard à lui, baissé sur le corps de l'enfant-adulte.
L'homme en noir ne voulût pas lui dire que chaque prise de drogue dans sa vie avait conduit à un mauvais voyage. Rien n'était jamais agréable pour lui là-dedans. Et il savait bien pourquoi.
Le silence traîna, encore. Puis freina brusquement, comme un train qui déraille.
_C'est ta faute.
C'est ta faute.
Quatre mots qui lui firent hausser les sourcils. Il croyait pourtant qu'ils n'avaient pas le temps de se battre. Les deux têtes brûlées de la maison Sommet n'avaient plus à se prouver quoique ce soit. Il était trop fatigué.
Mais le Panda était tenace. Têtu. Peut-être plus stupide et plus possessif que lui, au final.
Alors il ne répondit pas. Écoutant les mots destructeurs. Venimeux.
_Tu sais pourquoi il a fait ça.
(Non. Je suis comme toi.)
_Oui.
L'autre cligna des yeux, serrant ses mâchoires carrées. Il n'avait pas décelé le mensonge, trop sûr de lui, certain d'avoir raison.
_Pourquoi Patron?
Pourquoi lui? Pourquoi nous? Qu'il se batte avec lui. Que ce soit à lui, qu'il envoie les coups de poings. Pas au reste de leur famille. Le Patron était-il trop faible et trop lâche pour ne s'attaquer qu'à lui?
(J'en sais rien.)
Il ne répondit pas. Muet. Les lèvres cousues par la fierté. Celle qui lui hurlait qu'il ne pouvait pas avouer au Panda qu'il ne savait presque rien. Qu'il n'en savait pas assez pour aider le Hippie.
_Il t'aime Patron.
Pas un mouvement. Les stores à moitié baissés renvoyaient dans la chambre la lumière froide du soleil. Comme éclairant les mots du Panda. Une vérité qui ne procurait en lui qu'un grand gouffre de peur. Une spirale.
Mais ça il le savait déjà. S'en doutait.
_Et c'est parce que t'es un connard qu'il est à deux doigts de se foutre en l'air.
_Tu ne sais rien.
Son visage était dur comme la pierre. Fermé à tout.
_Tu ne peux pas comprendre.
_Tu te crois au-dessus de tout le monde? Le Hippie est putain d'amoureux de toi! Tu vas le laisser comme ça?
S'il aurait tendu l'oreille, il aurait presque pu sentir le torrent de haine pulser dans les veines de l'ursidé. Animal.
Animal.
_TU NE SAIS RIEN!
Le cri rauque le fit sursauter, dardant sur son double en noir un regard glacial. L'autre avait serré les poings. Toujours aussi impressionnant.
Toujours aussi fort.
Le Panda laissa échapper un rire sarcastique, plein de colère. Le Hippie sur le lit avait une respiration plus rapide, comme touché lui aussi par les mauvaises ondes qui se dégageaient des deux frères.
_Au contraire je crois avoir compris.
_Tu crois avoir compris quoi, Hein? Panda.
Le mot craché comme une insulte fit hérisser les poils du chanteur. Mais la vision de son amant s'imposa à lui, le forçant au calme. Ça ne servait à rien de s'énerver. A rien. Pas avec le criminel.
Et pourtant, c'était plus fort qu'eux. Comme si il n'y avait plus que les colères et les coups, qui les faisaient se sentir vivant. Ça, et l'amour qu'un des deux n'avait pas la chance d'avoir.
_Tu as peur.
Le cœur du criminel congela. Il comprit le sens de ses mots à l'instant où ils furent prononcés. Le Panda était trop observateur. Il avait compris.
Il surjouait peut-être, pour se donner l'air d'être sûr de ces propos, mais au fond de lui, il savait.
Tout le monde savait, ou tout le monde saurait.
Le Patron avait peur. Peur d'une étincelle de sentiment qu'il n'avait jamais connu. Pour lequel il n'était pas fait, pas préparé. Peur d'un pacifiste shooté qui voyait des abeilles roses à toute heure de la journée. Et la peur était partagée, avec ce même homme.
Ils avaient l'air bien con, tous les deux.
Il ne chercha pas à démentir, encore moins à approuver. Le cœur vide. Éclaté comme un ballon de baudruche. Devant les yeux impitoyables du chanteur qui le ruaient de reproches, et devant ceux fermés, inaccessibles à sa vue, du camé.
Et l'autre semblait lui répéter, comme un mantra infernal.
Tu as peur. Tu as peur. On a tous peur. Mais surtout toi.
Qu'il était fatigué.
Soudainement, comme si tout ce qui constituait son moteur pour vivre avait éclaté. Tombé en morceaux comme l'homme inconscient à ses côtés.
Comme si c'était lui, son moteur. Cet être qu'il avait tant vu pleurer et tant vu rire.
Il chassa de ses dernières forces cette pensée ridicule de son esprit.
Le Hippie n'était pas son moteur. Il était sa faiblesse. Son inavouable talon d'Achille. Et on ne fait pas de ses faiblesses des forces. On les élimine, et si on ne peut pas, on les ignore. On les éloigne, le plus possible.
Pour éviter d'être blessé. Pour éviter d'avoir mal. Il n'en avait plus l'habitude. Sa carapace s'était durcie au point de devenir insensible, par le destin, par la force des choses, il n'en savait rien. Mais c'était ainsi.
Et le criminel avait l'impression que la moindre fêlure dans ses remparts pourrait de nouveau faire tout tomber. Après tant d'années. Après tant d'effort. Tant d'obstacles.
Il ne pouvait pas se le permettre.
Et pourtant, il n'arrivait pas à quitter ce lit. A songer à quitter cette main. Pas tout de suite.
Lâcher cette paume, ce serait vivre et mourir en même temps. Dans une autre spirale, peut-être plus terrifiante encore. C'était redevenir comme avant. Ce qu'il était en train de faire, doucement mais sûrement.
_Laisse-moi seul.
Il espéra que l'ursidé ne rajoute rien. Qu'il se contente de s'en aller, comme d'habitude. Un peu de tranquillité, simplement. Ce n'était pas trop demandé.
Sa demande fût entendue. L'homme-animal quitta la pièce d'un pas lourd, comme la fin d'une scène dramatique en plein milieu d'une pièce de théâtre.
Et pourtant, ses quatre mots flottaient derrière lui. Ancrés dans les murs de la maison même.
"C'est ta faute."
L'air frais lui faisait du bien. Passait sur sa nuque, la rafraîchissant. Il avait eu soudainement trop chaud, dans l'accueillante chambre d'ami.
Avait eu besoin de sortir. De regarder le ciel qui commençait à s'assombrir. Les nuages qui le recouvraient, le soleil, qui se couchait doucement, comme depuis des millénaires et des millénaires.
C'était tout ce dont il avait besoin. De la simplicité.
Ne plus avoir ce dilemme entre dormir ou rester éveillé, dans un sommeil rempli de rêves cauchemardesques. Il préférait encore fixer l'horizon. La seule vue en ce monde qui en valait la peine.
Fixer, et ne plus en détourner les yeux.
Pourtant, il les détourna au moment où la baie vitrée claqua, dans le silence de l'après-midi qui laissait place au soir.
Un soupir le crispa, lui rappelant les événements de la longue journée qu'ils avaient tous passé. Une journée qu'avait dû encaisser de plein fouet son ami.
_Alors?
_Rien. Il a dit qu'on pourrait parler plus tard.
En temps normal, bien qu'il ne se mêle pas trop à leurs histoires, Antoine aurait poussé Mathieu à aller voir sa personnalité une deuxième fois pour insister lourdement. Montrant que c'était lui, et personne d'autre, le chef de maison. Mais il se tût, abaissant légèrement les épaules.
Les cernes sur le visage creux du châtain étaient une raison suffisante pour ne pas en rajouter. Les siennes également.
_Il m'a presque expédié de la chambre. Et au vu du regard du Prof, j'ai pas osé dire grand-chose.
_Le Hippie s'est réveillé?
_Tout à l'heure, quelques minutes... il a dit deux trois mots, puis il s'est rendormi.
_Il avait l'air de quoi?
Un éclair douloureux passa dans les yeux du présentateur de Salut Les Geeks.
_De quelqu'un qui sort d'un bad de sept heures.
Un soupir franchit ses lèvres, et il baissa son regard vers le jardin. Vers le Van du pacifiste. Aux pieds d'une des roues arrière, Capsule de Bière grattait la terre en couinant, comme malheureux de ne pas sentir l'odeur de son maître à travers les parois peintes.
_Il s'en remettra, Mathieu.
Antoine sentit une pointe de culpabilité le traverser, et s'étonna de pouvoir encore en ressentir malgré tout le reste. Car c'était sûrement, entre autre, à cause de lui, que le camé se retrouvait dans cet état. Il n'avait pas pu supporter sa peine, lui qui était plein de compassion, si altruiste, à se soucier des autres avant sa propre personne.
La vision de sa personne tombant à genoux en hurlant disparaîtrait de l'esprit du Hippie. Il lui fallait juste du temps.
Comme eux tous.
_J'espère.
Le soufflement à peine perceptible lui tordit les boyaux. Rajoutant la peine de son ami à sa propre douleur. Comme si il n'en avait pas assez.
_Je suis désolé Antoine. T'es pas venu là après tout ça pour supporter ce qui se passe chez moi.
_T'as pas à t'excuser Mat'. Tu m'as accueilli, c'est déjà beaucoup.
_Peut-être...
_Et les autres, comment ils vont?
_Ça dépend. Le Panda et le Prof ont l'air de tenir le coup. En apparence, du moins. Le Geek et la Fille sont plus touchés. Je crois que... ils s'attendaient pas à ça. Personne, s'attendait à ça. Ils m'ont dit que quand j'étais dans le coma, le Hippie s'était déjà mis dans des états semblables. Pas aussi graves, mais qu'il avait fini en train de vomir dans le jardin, ou à pleurer, livide, sur le canapé après un coup de fatigue. Je l'ai déjà vu dans de très mauvais états, Antoine, mais cette fois... c'est différent.
_Et le Patron?
Mathieu fit une pause à ces mots. Semblant réfléchir un moment. Le criminel lui posait toujours un problème. Jamais comme les autres. Jamais à réfléchir et à agir pareil.
Il ne savait pas quoi en penser.
_Il est fatigué.
Et c'était sa seule certitude. Le teint du criminel était plus blanc, se gestes plus lents, sa tête abaissée. Fatigué. Usé.
Même le Patron, pouvait faiblir.
_Ça se voit.
_Ne lui dis surtout pas.
_Je ne suis pas suicidaire.
La voix étrangement sèche d'Antoine le fit hausser un sourcil, mais il n'ajouta rien. Il resta fixé sur le chien grattant la terre au sol.
_Il doit y être attaché, au Hippie, pour réagir comme ça.
_Ils se ressemblent plus qu'il n'y paraît, je pense.
Mathieu sourit un peu tristement.
_Ce sont les seuls que je n'arrive pas à cerner. Toujours... sur deux bords. A penser gris et noir.
_Peut-être que tu devrais leur parler.
_Je leur parle!
_Sérieusement, Mat'.
Antoine plongea ses yeux chocolats étonnement sérieux dans ceux du plus petit, qui se perdit un instant dans ce lac brun et profond.
_J'en ai marre, de voir des gens malheureux. Je le suis déjà assez. Et toi aussi. Tu devrais avoir une discussion sérieuse. Ou tu leur dis tout. Ce sont tes personnalités, tes doubles. Des parties de toi. Vous devriez vous connaître par cœur. Vous ne faîtes juste... pas attention.
Le plus vieux sentit une boule désagréable se former dans sa gorge. "Tu leur dis tout". Il ne pourrait jamais se dévoiler, révéler tous ses secrets à sa famille. Jamais. Ce serait les perdre, et ne plus jamais les retrouver.
Le chevelu enchaîna sur sa lancée, ignora sa crispation soudaine.
_Et si tu n'y arrives pas... tu devrais peut-être songer à envoyer le Hippie voir un psy.
Mathieu écarquilla les yeux.
_Un psy? Le Hippie?
_Tu m'as bien dis que tu en voyais un. Ça lui ferait sûrement du bien.
_Je ne vais pas l'envoyer voir un putain de psy.
Le ton était implacable. Pas envers Antoine, mais envers lui-même. Comme si il se refusait à céder à de telles méthodes.
_J'aurais au moins essayé...
Le brun soupira, les coudes appuyés sur la rambarde de fer. Il baissa à son tour les yeux sur Capsule.
_Ce dont j'ai peur, c'est d'un nouvel accrochage entre le Patron et le Panda. Et que cette fois, on en souffre bien plus.
Les mots du plus vieux laissa place au silence.
Mathieu avait fermé les yeux, les sourcils légèrement froncés, les traits tirés. Antoine se demanda rapidement depuis combien de temps il n'avait pas eu une nuit normal, sans cauchemar et sans réveil brusque en plein milieu des heures sombres de la nuit.
Tout comme lui.
Mais Mathieu ne pensait pas à dormir. Il passa une main las sur son crâne tout récemment lisse, et derrière ses paupières closes, des milliers d'images défilaient.
Elles se succédaient comme un film, tantôt joyeux et tantôt triste.
Celui de sa vie. De son passé et de son présent.
Des visions du Geek en blouse, élu cobaye de la journée pour le Prof qui tenait une seringue entre les mains. Le Hippie avec son chien courant dans le jardin, essayant de rattraper une chaussure que le canidé avait dans sa gueule. La Fille qui se maquillait, moquée par le Panda qui grignotait un bambou. Le Patron, laissant tomber pour une rare fois ses lunettes noires, et plonger dans l'eau de la piscine pour tenter de le noyer, et lui, qui se débattait en riant.
Le Prof, qui pianotait sur un ordinateur, l'air concentré. Le Panda, qui composait une chanson dans un coin. Le Geek, qui jouait avec le Démon à Zelda sur sa toute nouvelle console. Le Patron, qui fumait une cigarette au bord de la mer. La Fille, qui prenait un papillon entre ses mains, l'aidant à s'envoler. Le Hippie, qui lui souriait de toutes ses dents après qu'il lui est offert un cadeau fait de ses mains.
Sa famille. Ses doubles. Les personnes les plus chères à son cœur. Bien au-dessus de ses amis. Bien au-dessus du reste du monde.
Même au-dessus d'Antoine.
D'autres images remplacèrent les précédentes. Le Panda et le Patron, au sol, dans le couloir, poings levés et visage en sang. Le Geek en larmes sur son lit, la tête entre les mains. La Fille, et ses regards vides qui observaient cette maison chaleureuse qui avait perdu son éclat. Marion et son sourire éclatant, qui éblouissait le visage d'Antoine tant ils étaient proches. Les coups de cœur appuyés et si douloureux qu'il ressentait lorsque les mains du plus grand frôlaient celles de la blonde. Les regards haineux du Patron. Ces mots destructeurs, qui réduisaient son cœur en cendre. Le teint pâle du Hippie et sa démarche si triste. L'agitation du Prof qui lui conseillait d'aller voir quelqu'un, pour parler de ses problèmes.
Ces mots de l'apprentie médecin dans cette voiture. Ce bébé qu'il avait été à deux doigts de connaître, et de devoir faire semblant d'aimer.
L'éclair blanc. La douleur. Le réveil. Et ces mots, toujours les mêmes, qu'il ne devait pas dire.
Ce soulagement qu'il avait ressenti dans le cœur de ses doubles. Dans celui de tous ces doubles. Qui l'avait aidé à tenir.
"_On parlera plus tard Gamin, c'est pas le moment-là."
Ce n'était jamais le moment. Lui, pourtant, voulait en parler maintenant. C'était l'instant où il fallait le faire. Alors que le Hippie allait si mal. Ouvrir les yeux du Patron, lui montrer que ses actes, -leurs actes- avaient des putains de conséquences sur ceux qui n'en méritaient pas.
Le faire changer. Si c'était encore possible.
Au loin, venant du clocher le plus proche, dix-sept heures sonna.
L'atmosphère changea soudainement. Les deux amis se tendirent. Leur cœur rata un battement.
Un seul souvenir afflua comme une foule unie sur un condamné.
Un baiser. De dix-sept coups de cloche.
Tout s'embrasa en leur cœur et en leur âme pour ne plus rien laisser. Seulement un souvenir, vif, brûlant comme les cendres. Comme leurs joues qui s'enflammèrent, car ils savaient à quoi penser l'autre.
Et une attente insoutenable.
Un coup. Deux coups. Trois coups. Quatre coups...
Mathieu sentit son être, son intérieur flancher complètement. Un corps, son corps, bouger imperceptiblement vers la droite.
Vers Antoine.
Le grand brun qui fit de même, au même instant. Comme une fatalité qui les poussait à se rapprocher. Une volonté plus forte qu'eux, qui ne voulait pas les décoller.
Car leur bras se touchait. Celui d'Antoine était figé, semblant même froid, contre celui, brûlant et tremblant de Mathieu.
Cinq coups. Six coups. Sept coups. Huit coups...
Il n'y avait plus qu'une seule pensée qui tournait dans l'esprit trouble du jeune homme chauve. Qu'est-ce qui allait se passer? Rien sans doute.
Tout, peut-être.
L'espoir. C'était ce qui allait le tuer. Le mettre en pièce.
Il n'arrivait plus à réfléchir correctement, trop perturbé par le stress qui grimpait en lui. Déjà fébrile à cause de cette peau, en contact avec la sienne.
Mais il n'y avait pas un mouvement, de l'autre côté. Pas un.
Neuf coups. Dix coups. Onze coups. Douze coups...
Antoine laissa une sensation grisante envahir ses sens.
Il se souvenait des lèvres de Mathieu sur les siennes. Du goût, de la texture des ces deux bonbons roses, qui avaient été, il pouvait le dire, si alléchants. Un baiser fiévreux au goût de l'interdit, de la trahison.
Mais maintenant...
Il n'y avait plus personne à trahir.
Il n'y avait plus qu'un fantôme, qui lui souriait dans ses rêves.
Quand il ne lui hurlait pas dessus, en sanglot, lui hurlant que tout était de sa faute à lui. Quand ses yeux bleus devenus blancs ne le fixaient pas avec la plus grande haine du monde et de l'au-delà. Ses lèvres à elle étaient toujours aussi belles, mais s'entrouvraient grossièrement, lui criant des insultes.
Des lèvres de morte. Mais celles de Mathieu étaient bien là, chaudes, et si tentantes.
Treize coups. Quatorze coups. Quinze coups. Seize coups...
Soudain, ce ne fut plus un fantôme qui lui fit face dans son esprit.
Il ouvrit les yeux.
Le souvenir de Marion lui apparût, clair et distinct. Sa peau de pêche et ses longs cheveux blonds comme les blés. Ses yeux rieurs.
Les mêmes que ceux d'en face, qui s'étaient ouverts, eux-aussi.
Les mêmes. A quelques différences près.
La même peau pâle et douce. La même bouche fine, les mêmes orbes métalliques.
Dix-sept coups.
La magie ne se rompit pas. Elle changea, se transforma pour quelque chose de plus profond. De plus intime, pour le brun.
Ils se fixèrent un instant.
Mathieu, avec tristesse, et une certaine mélancolie, compris à l'instant qu'il ne se passerait rien. Car Antoine n'était pas prêt. Absolument pas.
Le reflet de la blonde était encore dans ses yeux. Le hantait.
Il ne l'admirait plus avec le même regard. Il avait les yeux de celui qui se souvient. De celui qui vit dans le passé, dans des temps dont il est le seul à avoir accès.
Ce n'était pas les yeux de Mathieu, c'était ceux de la blonde. Ce n'était pas sa peau, pas son cœur, qui battait sous cette poitrine trop fine, sur un buste trop frêle. Sa bouche ne lui appartenait pas.
Antoine ne voyait plus son ami. Il voyait son amante. Comme un double, une fausse copie. Une pâle imitation qui aurait volé la première. Et il aurait presque eu l'impression qu'elle lui souriait, alors que l'air grave de Mathieu n'avait pas bougé.
Le brun tendit une main. Comme prêt à surmonter toutes ses peurs, pour toucher l'épaule de cette personne inconnue. Mi-Mathieu, mi-Marion.
Mais la réalité lui sauta aux yeux.
Il releva la tête sur son crâne devenu chauve, qui donnait au vidéaste un air plus âgé, plus dur. Et l'illusion s'évapora. Comme la fin d'une longue danse. La cavalière s'en alla, galopant le ciel.
Il aurait presque pût la voir s'échapper sous ses yeux, lui tirant une dernière révérence.
Sa mâchoire se crispa. Il ignora le cœur de Mathieu qui craqua sous la pression et sous la déception. La tristesse. La colère. Il n'en savait rien.
Il voyait Marion là où elle n'était pas. Là où quelqu'un d'autre, qu'il aimait peut-être tout autant, se trouvait.
Mais il n'avait pas le droit! Pas le droit de dire ça. C'était Marion qu'il aimait. Marion qu'il avait perdu.
Mais à choisir, c'était Mathieu, qu'il aurait sauvé.
Il sentit une désagréable brûlure humide remplir ses yeux de nouveaux fermés. Et il lui sembla que l'autre devenait plus doux, à cette image. Comme une soudaine culpabilité, peut-être.
Mathieu posa une main réconfortante sur son épaule.
Une main qui sembla l'écraser comme si elle était faîte de plomb.
Il renifla, s'attirant l'attention de Capsule de Bière qui leva des yeux tristes vers lui.
_Je crois...
Mathieu resserra sa prise.
_Je crois que j'arriverai à affronter rien tout seul.
Le souvenir de leur baiser était si loin, et si proche en même temps.
Tout ce qu'il savait, c'était qu'il avait besoin de Mathieu.
Les sons et les couleurs clignotaient rapidement à l'écran, dans une succession que seul un œil aguerri pouvait suivre. Pour beaucoup, la musique entraînante mais basse du jeu vidéo ne perturbait en rien à la compréhension.
_Tu trouves toujours le moyen de râler.
_Ce n'est pas ma faute ma chère! Les pixels sont si...
_Prof, on a pas envie d'entendre ce que t'as à nous dire.
La Fille sourit un peu moqueusement, lançant un clin d'œil au Panda. Et lança une plainte d'exclamation quand son coéquipier tomba à l'eau.
_Mon chou, rappelle-moi de ne plus jamais jouer à la console avec toi.
_Ce n'est pas ma faute! Tu m'as bloqué en t'appuyant contre le rocher!
_Pardon? La mauvaise foi, je rêve!
_C'est quoi cette touche?
La voix grave du Démon tira la Fille de son attention, et, lançant un rapide coup d'œil à la manette noire, lui expliqua la fonction.
_Donc, je peux te tuer avec ça?
_Hein? Oui mais...
Quelques secondes plus tard, la Fille fixait, les yeux écarquillés, son personnage mort, écroulé au sol.
_Sans commentaires.
_Oh la ferme!
Le Panda sourit, et s'étira légèrement contre le dossier du canapé, posant sa manette sur un des coussins.
_Bon bah, 4 à 0, c'est ça?
_Tu as joué avec le Geek. Ca ne compte pas.
_Le Démon t'as battu, pourtant.
_Moment d'inattention, il en a profité.
_Trouve toi des excuses. Le Prof se débrouille mieux que toi sur ce jeu.
La Fille souffla, se passant une main dans ses cheveux blonds de plus en plus longs. Elle leva les yeux vers l'horloge.
22h38.
_Fatiguée?
_Un peu.
Elle sourit au Prof, caressant sa main posée sur sa cuisse. Avant de tourner son regard vers le bout du canapé.
Le Geek était assis sur un fauteuil, sa peluche Pikachu dans les bras, les yeux vides posés sur l'écran dont les couleurs et les mouvements étaient redevenus stables. Il semblait ailleurs, n'écoutant pas leurs discussions. Le seul à ne pas vouloir se changer l'esprit. Tous savaient à quoi il pensait, tous le respectaient, malgré leur inquiétude.
Se changer les idées, c'était ce qu'ils avaient convenu. Une soirée jeux-vidéo, après la journée qu'ils avaient passée. Après ce cauchemar, avec le Hippie. Juste se vider la tête, et ne plus penser à l'horreur et à la peine. C'est ce dont ils avaient besoin.
C'est ce dont le Geek avait besoin, mais ce qu'il était incapable de faire. Il avait joué, au début, mais avait vite abandonné, après la vue d'un champignon. Les larmes aux yeux, il avait posé la manette, demandé au Démon de jouer pour lui, et s'était installé dans le fauteuil individuel, pour ne plus dire un mot.
Le Panda hésita une seconde, tentant une approche.
_Hé, mon cœur... tu veux aller te coucher?
Un poids leur tomba dans l'estomac.
Le gamer hocha la tête, reniflant, les yeux rougis. La vision du plus frêle de la famille dans cet état leur donna tous l'impression d'avoir la gorge sèche, et le cœur éclaté comme un raisin trop mûr.
_Ok.. on va y aller. Bonne nuit tout le monde.
Le Démon, le Prof et la Fille hochèrent la tête, l'air entendu. Une nuit de sommeil complète leur ferait du bien à tous.
Le contrecoup du lendemain serait sans doute dur à encaisser, mais il ne fallait pas y penser.
Surtout, penser le moins possible.
Le chemin jusqu'à la grotte de l'ursidé fut silencieux. Le Panda observait le dos de son amant, contracté, les épaules basses, le torse serré contre sa grosse peluche jaune.
Il ouvrit la porte de la chambre, laissant un espace pour son double, avant de poser sa peluche, prendre son pyjama, et s'enfermer dans la salle de bains, laissant l'autre fermer derrière lui.
Le gamer ne claqua pas la cloison de bois, mais ce fut tout comme. Le Panda ferma les yeux, inspirant profondément.
La soirée allait être longue.
Il se remémora une vision qu'il aurait préféré oublier. Le Hippie, allongé sur un lit, pâle comme la mort.
Tous avaient dû croire que ça ne l'avait pas atteint. Il n'avait pas pleuré. Il n'était allé le voir qu'en coup de vent. Ne semblait pas atterré comme les autres.
Mais ça le touchait. Bien plus qu'il n'y paraissait. Le Hippie était son frère. Son frère qu'il devait protéger. C'était l'animal en lui qui ressortait dans ces moments-là. Et il n'y avait plus qu'une seule alarme qui tournait dans sa tête.
Celle qui lui hurlait qu'on avait fait du mal à l'un des siens. Par quel moyen, il s'en foutait. Est-ce qu'on avait fait exprès, pourquoi, il ne savait pas, et ne voulait pas le savoir.
Le Hippie était au bord de la chute. C'était ça, qui lui faisait monter la colère. La peine bien-sûr. Mais la colère avant tout.
Ce qu'il devait éviter. Toujours.
Il se força à inspirer. A penser à Mathieu, au Geek. Mais çe ne fit que plus l'énerver, se rappelant les yeux rouges de son amant.
Après quelques minutes où il resta là, debout, au milieu de la pièce à réfléchir, la porte de la salle d'eau s'ouvrit. Le Geek en ressortir, le visage humide, par les larmes et les gouttes d'eau, dans un simple caleçon et un T-shirt bleu.
Il fixa le Panda quelques secondes. Les deux paires de yeux bleus se rencontrèrent. Les deux vides. Fatiguées. Mais l'une bien plus que l'autre.
_Tu veux en parler?
Le Geek se tendit, observant soudainement la pièce autour de lui, comme si elle pouvait lui fournir une quelconque réponse adéquate. Finalement, il déposa son jean sur une des chaises, et partit s'asseoir sur le lit.
_Non.
_Tu es sûr? Ça te ferait du bien.
_Je vais bien.
La petite voix frêle et nasillarde qui le faisait d'habitude fondre, l'agaça pour la première fois.
_Non tu ne vas pas bien!
Le gamer releva la tête vers lui, les sourcils déformés, comme surpris qu'il lui parle ainsi.
_Si.
_Non. Et j'aimerai que tu m'en parles.
_J'ai pas envie.
Le plus frêle pouvait être têtu, le chanteur ne le savait que trop bien. Si il le voulait, il pouvait lui tenir tête ainsi le reste de la nuit.
_Moi j'en ai envie.
La voix du Panda se fit plus douce.
_J'ai envie que tu me dises ce qui ne va pas. Que tu me parles simplement. Même si ça ne te rendra pas moins malheureux, au final. Même si je ne peux rien faire. C'est...
_Qu'est-ce que tu as dit au Patron?
Silence.
_...Quoi?
_Tout à l'heure, quand tu es allé voir le Hippie dans sa chambre. Qu'est-ce que tu as dis au Patron?
_Pourquoi ça t'intéresse?
_Tu m'as demandé de te parler de ce qui n'allait pas, alors je t'en parle. Je veux savoir ce que tu lui as dit.
Le Panda hésita. Les yeux soudainement directs du Geek le firent frissonner. Ce ne serait sûrement pas une bonne idée. Sûrement. Mais il n'avait aucune envie de lui mentir.
_Je lui ai dit que c'était de sa faute, si le Hippie est dans cet état.
Les yeux du plus jeune s'assombrir. Devinrent un peu plus brillants. Sa bouche se pinça, et il serra les poings, empoignant les draps.
_C'est pas tes histoires. Pourquoi il faut toujours que tu t'en mêles?
_Il faut bien que quelqu'un lui ouvre les yeux!
_Et cette personne c'est pas toi! On ne peut pas aider le Hippie! Il n'y a que le Patron qui le peut. Et tu ne les aides pas en l'accusant!
_J'ai pas raison? Ose me dire que j'ai pas raison!
_Peut-être. Peut-être qu'il est comme ça en partie à cause de notre frère. C'est pas ça le problème! Il faut que tu les laisses régler ça tout seuls!
_Ils arrivent très bien à gérer leurs problèmes, ça se voit! Le Hippie est au bord du suicide au cas où t'avais pas vu!
Le silence se fit glacial, une larme apparût dans les yeux du gamer. De rage, de douleur, d'une tristesse énorme à ces mots. Des mots qu'il ne voulait pas entendre. Avec un sens qu'il ne voulait pas comprendre.
_Le Patron est un sale connard! Il fait souffrir tout le monde autour de lui! Et tu dis ça parce que je suis le seul à lui dire les choses en face. Il t'a fait souffrir toi! Il fait souffrir Mathieu! Le Prof! La Fille! Tout le monde ici! Et maintenant, le Hippie! A quel point? Au point qu'il en vienne à prendre des saloperies et à se taper des hallucinations pendant des heures! Tu l'as bien vu tout à l'heure, tu l'as vu mieux que tout le monde ici. Et ce que tu as vu, ça ne se serait pas produit si le Patron n'était pas ce qu'il était!
_Mais il est ce qu'il est! Qu'est-ce que tu veux y faire?
Les mots étaient sanglotés, hurlés par le Geek qui avait laissé couler quelques larmes de désespoir.
_Je veux qu'il change.
Le gamer renifla, observant le visage si grave de son amant, dont les yeux étaient remplis de conviction.
_Je veux qu'il se rende compte qu'il n'est pas le roi du monde. Et encore moins celui de cette famille. Au début, je ne l'aimais pas parce qu'il te courrait après, parce que tout ce qu'il voulait, c'était te mettre dans son lit! Mais maintenant j'ai compris que c'est bien plus que ça! C'est lui, notre problème. La seule raison pour laquelle on souffre depuis des mois. C'est lui qui empoisonne tout.
L'ursidé reprit son souffle, les dents serrées. Et le pire, fût toute la vérité qu'il avait mis dans ses mots.
Il y croyait. Il y croyait dur comme fer. Une volonté inchangeable, incassable. Pour lui, le Patron n'était rien d'autre qu'un poison. La seule personne qui était nocif à leur famille.
Et c'était à cause de lui, tout ce qui arrivait.
_Je l'aime Panda. C'est mon frère.
_C'est mon frère aussi. Mais... je ne peux pas aimer quelqu'un d'aussi pourri. Du fond de l'âme jusqu'au bout des doigts.
_Je crois qu'il est malheureux.
Le Panda lui lança un regard perdu, une main sur son visage encore un peu rouge.
_Non en fait...
Le gamer sourit tristement. Les larmes plein les yeux.
_J'en suis sûr.
Le Panda ne sut pas quoi dire. Il ne sût pas quoi répondre pour stopper les larmes de son amant. Son cœur ralentit, reprit un rythme normal.
Il sentit ses jambes flancher, et se laissa glisser au sol, contre le mur de leur grotte. De leur chambre. Leur sanctuaire.
_Je voudrais que tout redevienne comme avant.
Ils étaient au moins d'accord là-dessus.
Lentement, les pas du Geek s'approchèrent, alors qu'il s'était levé du lit. Son corps vint s'affaisser aux côtés de celui de son amant, et il posa, à son tour, la tête contre le mur, les yeux rivés sur le plafond.
Le silence revint. Triste. Monotone. Si inhabituel. Les pleurs du gamer avaient cessé. La respiration du chanteur était lourde, comme celle d'un endormi. Mais ses paupières étaient bien ouvertes. Gardiennes de souvenirs qui avaient tant réchauffé son cœur.
Le bruit de la pendule était toujours là. S'accrochait à eux. Le Panda n'entendait plus que lui. Un bruit à le rendre fou. A lui faire perdre la tête et tous ses moyens.
Il fallait qu'il l'enlève. Ce soir. Demain. Il fallait qu'il l'enlève.
_Je crois que le Patron est malheureux aussi.
Ces propres mots le surprirent lui-même. Et encore plus, quand il continua. Il sentit l'humain reprendre de nouveau le contrôle. Celui qui aime. Celui qui comprend.
_Parce qu'on l'est un peu tous, hein?
Hochement de tête contre son épaule. La casquette était à terre depuis bien longtemps, lui laissant la possibilité de glisser une main dans les cheveux châtains.
_Je t'aime Geek.
Soupir chaud sur les doux poils noirs.
_Moi aussi je t'aime.
La nuit était lourde. Pesait sur les étoiles et sur le ciel noir comme l'encre.
Comme les secrets.
Comme les révélations.
_Je ne suis pas mieux que lui.
Froissement de tissu. Il avait toute son attention. Une attention terrifiante.
_Personne n'est mieux que personne.
Les souvenirs l'assaillirent. Comme des milliers de dagues.
_J'ai tué quelqu'un.
Silence.
_Dans ma vie d'avant. On m'a enchaîné. Montré comme une bête de foire. Et moi j'avais mal. Et j'étais...
Il sourit. Si sombre.
_Tellement en colère.
Son sourire se transforma en rictus douloureux. Triste comme celui d'un môme. Ou d'une poupée.
_Alors j'ai tué mes bourreaux. Sous les yeux d'un enfant.
Le corps contre son flanc ne bougeait toujours pas.
Lui ferma les yeux. Remplaçant la lumière par l'obscurité.
Et il répéta, comme une vérité ou un mensonge qu'il se cachait depuis trop longtemps.
_Je ne suis pas mieux que lui.
Le ciel était noir comme l'encre. Tacheté d'étoiles brillantes. Comme leurs secrets.
Il sentit un bras autour de sa taille. Un bras qui le serrait. Une bouche scellée contre son cou, qui l'embrassa comme une caresse.
Comme leurs révélations.
Le Geek le serra en silence. Sans rien ajouter.
Comme leur amour.
This is the end of the chapter.
J'ai cru ne jamais le finir. On est à la moitie de cette partie, déjà!
J'ai écrit les 3/4 du chapitre en une après-midi... J'en peux plus T_T Mais... je suis tellement satisfaite! Et pour celles et ceux qui ont oublié l'histoire du Panda, je vous invite à relire le chapitre 13 de "Comme Une Vraie Famille."
(Et encore désolé pour les fautes!)
Je sors l'OS d'I Need Word bientôt, la date limite pour le prochain chapitre est le mardi 28! :)
Pleins de bisous.
Une review égale un chocolat pour vous. *coeur*
Peace and Love. 'HippiqueAndYDeaLD
