Coucou à toutes ! (et à tous ?)

Je suis coooooomplètement désolée, mais ça m'était complètement sorti de la tête !

Ce chapitre est à nouveau un petit peu spécial et sort de la trame narrative. En effet, je vous laisse faire connaissance avec le personnage de...

Jane Austin ! La maman d'Angel !

J'espère que vous aimerez ce personnage, parce qu'elle fait probablement partie de mes préférés, personnellement, parmi tous ceux que j'ai pu inventer dans ma vie x3

Sarah Holmes : La haine envers Magnussem est profonde (comme quoi son acteur a vraiment fait du bon boulot !) et j'ai hâte de pouvoir lire ce que tu as écrit. J'espère que ce nouveau chapitre te plaira tout autant que les précédents ^^

Sur ce, on se retrouve en bas ! :p


"- Mycroft ! Mycroft !"

Sans un mot, le jeune homme se retourna pour faire face à une superbe blonde. Les cheveux coupés au carré, elle était jolie, et ses grands yeux chocolat rieurs venaient de se poser sur lui. Aussitôt, il se sentit mal à l'aise, et il ne put s'empêcher de desserrer la cravate qui lui enserrait le cou. Un sourire indolent aux lèvres, il releva la tête vers celle qui lui faisait face, qui serrait un cahier sur sa poitrine, et qui venait de baisser les yeux en rougissant.

"- Tu me raccompagnes ?" demanda-t-elle avec un sourire timide.

"- Bien sûr, Jane."

Il lui tendit son bras, en parfait gentleman, et elle eut un sourire éclatant en s'accrochant à lui. Aussitôt, il se sentit rougir, ses yeux la dévisageant sans délicatesse. Elle souriait, et ses tâches de rousseur s'étalaient sur tout son visage, comme une traînée d'étoiles. Elle était vraiment belle. Réalisant que Mycroft la dévisageait, Jane releva la tête vers lui, et sourit de plus belle.

"- Je sais que je suis magnifique." pouffa-t-elle. "Mais ne me fixe pas comme ça, c'est embarrassant."

"- Ne sois pas ridicule. Je ne te fixais pas."

"- C'est ça. Et je suis la reine d'Angleterre ! Avant de rentrer, on va boire quelque chose ?"

"- Si tu veux." capitula-t-il en souriant.

Il avait horreur des cafés, en général. Il y avait bien trop de monde dedans, mais là, c'était différent. Là, il accompagnait Jane. Cette dernière était à l'université avec lui, mais elle étudiait le droit, quand lui étudiait la politique. Elle aspirait à devenir avocate, et une brillante carrière lui était destinée. Elle était particulièrement intelligente, et cela, même Mycroft devait admettre qu'elle l'était, en comparaison à ces poissons rouges qui les entouraient. Ils s'assirent ensemble, et il ne put s'empêcher de la regarder à nouveau.

Il ne comprenait pas qu'une fille comme elle puisse vouloir passer du temps avec lui. Oh, il savait bien ce qu'il en était. Il avait déduit il y a bien longtemps qu'elle avait commencé à développer des sentiments pour lui. Et lui, il devait admettre qu'il l'aimait beaucoup aussi. Il aimait sa spontanéité, il aimait sa façon d'agir, de parler, il aimait son rire, sa gentillesse, son humanité. Il prit une gorgée de thé alors qu'elle buvait son café en regardant les feuilles mortes qui tombaient.

"- Dis moi, Mycroft", commença-t-elle innocemment, "tu ne m'as jamais parlé de ta famille. Ils sont tous... comme toi ?"

"- Qu'est-ce que tu veux dire ?" dit-il en fronçant les sourcils.

"- Les déductions. Cette intelligence hors normes."

"- Oh. Hé bien... Ma mère était une grande mathématicienne. Elle a écrit de nombreux livres, mais elle n'atteint pas mon niveau."

"- Ça va, les chevilles ?" le coupa-t-elle en riant avant de se faire fusiller du regard.

"- JE DISAIS qu'elle n'atteint pas mon niveau. Mon père est tout ce qu'il y a de plus normal, et c'est un lourd fardeau, crois moi."

"- Tu n'es pas gentil." reprocha-t-elle.

"- Je ne suis jamais gentil." cracha-t-il.

Elle leva les yeux au ciel. Il ne voudrait jamais l'admettre, mais il pouvait vraiment être gentil, quand il y mettait du sien. D'accord, c'était rare, mais ça arrivait. Elle fixa son café quelques secondes, avant de poser ses coudes sur la table et de poser sa tête dans ses mains en l'observant avec un petit sourire. Elle savait que cela le mettait dans l'embarras, et elle ne se privait jamais de le faire. Ça ne manqua pas. Si il ne détourna pas le regard, il ne put s'empêcher de rougir de gêne.

"- Et ? C'est tout ? Tu es fils unique ?"

"- Non." souffla-t-il. "J'ai un petit frère. Sherlock. Il a sept ans de moins que moi, et il vient juste de finir le lycée."

"- Et lui aussi, il est normal ?"

"- Non. Il a également une intelligence sans limites. À moi, il m'a toujours semblé limité, mais apparemment, il est brillant."

"- Tu n'es vraiment pas gentil." réitéra-t-elle.

"- Si tu n'es pas contente, je peux toujours m'en aller." lâcha-t-il avec froideur.

"- C'est pas vrai !" s'énerva-t-elle. "On ne peut rien te dire ! Tu prends tout mal, Mycroft !"

Elle but son café cul sec, reposa sèchement la tasse sur la table, si fort qu'elle manqua de la briser, et elle se leva en repoussant brutalement sa chaise, attrapant son cahier de cours, et le fourrant agressivement dans son sac. Elle fusilla du regard l'autre homme, qui avait pincé les lèvres, et fermé son visage. Elle espéra une fraction de secondes qu'il allait l'arrêter et s'excuser, mais lorsqu'elle croisa son regard, elle sut qu'il ne le ferait pas. Les larmes lui montèrent aux yeux.

"- Puisque c'est comme ça, c'est moi qui m'en vais. Je te laisse la note, Mycroft."

Elle disparut du bar en manquant pleurer, plus de colère que de tristesse, du moins c'était ce qu'elle tentait en vain de se persuader. Resté seul à table, Mycroft ignorait les regards alentours, et il plongea son visage dans ses mains, soupirant avec lassitude. Encore une fois, il avait fallu que ça finisse comme ça. Le futur homme politique se maudit intérieurement pour son manque de délicatesse. Il s'observa dans la vitre. Le jeune homme mince qui lui faisait face avait la mine défaite. Avec un nouveau soupir, il se leva, paya la note, et partit sans même finir son thé.


Mycroft se réveilla paisiblement, en ce dimanche matin. C'était chose rare qu'il fasse une grasse matinée, mais aujourd'hui, c'était une occasion exceptionnelle. Il se retourna dans le lit, observant le corps encore nu qui dormait dans les draps, dos à lui. Il caressa l'épaule blanche, avant de se coller tout contre cette peau veloutée, embrassant la nuque maintenant cachée par des mèches blondes. Grommelant dans son sommeil, la jeune femme se retourna pour se coller contre son torse. Ses grands yeux clos, elle sourit doucement, tandis que la main de l'homme passait dans ses cheveux.

"- Bonjour, Mikey." murmura-t-elle.

"- Bonjour, Jane."

Il l'embrassa sur le front, la regardant s'éveiller comme une rose qui éclôt. Ses yeux sombres se posèrent dans les siens, et elle se redressa légèrement pour embrasser ses lèvres avec douceur. La veille, la dispute au restaurant entre les deux "amis" avait été violente, et lorsque Jane était partie, pour la première fois, Mycroft lui avait couru après. Il lui avait couru après, et il l'avait embrassée comme jamais il n'avait embrassé auparavant. Et voilà qu'ils se retrouvaient ensemble, ce matin, dans ce lit chaud et accueillant. Aucun "je t'aime" n'avait été prononcé. Ce n'était pas nécessaire. Leurs corps avaient parlé pour eux.

Un an qu'ils flirtaient ensemble, qu'ils se cherchaient l'un et l'autre. Un an de disputes, un an de mots délicats. Et aujourd'hui, tout allait changer. Et Mycroft aimait beaucoup cette idée. Il embrassait encore et encore la femme qu'il tenait contre lui. Il aurait voulu faire bien plus que l'embrasser pour continuer ce qu'ils avaient déjà entrepris la veille, mais son téléphone sonna. Maudissant l'appareil électronique, il décrocha néanmoins en reconnaissant le prénom de son petit frère. Paniqué, il se leva d'un coup sec, sous les yeux interrogateurs de sa compagne. Sherlock n'appelait jamais.

"- Sherlock ?"

"- Mycroft... Je... J'crois j'ai fait... une connerie..." commença le cadet d'une voix hésitante.

"- Sherlock, qu'est-ce qui se passe ?"

"- Viens me chercher..." supplia l'adolescent de 18 ans.

"- Où es-tu, Sherlock ?! Qu'est-ce qu'il s'est passé ?!"

"- Viens, Mycroft... S'il te plaît..."

"- Explications, Sherlock !"

"- ... Drogues..."

"- Merde... Merde, merde, merde."

"- M... Myc... Viens..."

"- Adresse." ordonna Mycroft avec inquiétude.

"- ..."

"- Sherlock ?"

"- ..."

"- SHERLOCK !"

Cette fois-ci, une terreur sans nom commença à lui ronger le coeur. Il se leva, se rhabillant avec précipitation, expliquant d'une voix saccadée ce qu'il se passait. Sans dire un mot, Jane s'habilla elle aussi, serrant la main de son compagnon d'un air décidé, alors que l'aîné des Holmes cherchait le téléphone de son frère grâce à une application. Lorsque ce fut fait, le couple bondit dans un taxi. Mycroft se dévorait les doigts, alors que la blonde passait doucement sa main sur son épaule. Elle ne disait rien, mais une fois encore, les mots étaient dérisoires. Elle était là, c'était tout ce qui comptait.

Ils descendirent dans la planque de drogués, et l'homme courait à travers tous les êtres groggy par la drogue, cherchant le corps de son frère. Lorsqu'il vit que l'un des drogués allait toucher son frère, il sortit l'arme qu'il avait caché sur lui, arrachant un petit cri à Jane, et il menaça l'autre homme, qui déguerpit aussitôt. Il regardait Sherlock, inconscient, et il tomba soudainement à genoux en lâchant son pistolet, secouant son frère comme un détraqué, poussant des cris démentiels.

"- SHERLOCK ! SHERLOCK, PUTAIN T'AS PAS LE DROIT DE ME FAIRE ÇA ! SHERLOCK ! SHERLOCK !"

Alors que la jeune femme appelait les urgences, Mycroft sentait ses yeux s'embuer de larmes, et il attrapa son frère contre sa poitrine, le berçant. Et pour la première fois, il pleura. Il pleura parce qu'il ne voulait pas que son frère disparaisse. Parce que malgré toutes les horreurs qu'ils s'étaient dites, il l'aimait, ce petit frère, si inférieur à lui intellectuellement. Il l'aimait comme un fou.

"- Ne meurs pas", murmurait-il comme une prière, "ne meurs pas. Je te l'interdis, Sherlock, ne meurs pas."

Une ambulance arriva dans le squat, entraînant le jeune homme, son frère et la jolie blonde suivant pour monter dans le véhicule. Pas une seule fois, Mycroft n'accepta de lâcher la main de son cadet. Il manqua s'effondrer dans les bras de Jane quand il dût le laisser partir avec les médecins, et il attendit avec angoisse qu'on vienne lui dire qu'il pouvait voir son frère, que ses jours n'étaient plus en danger. Que cette overdose ne l'avait pas tué. Lorsque le médecin vint le chercher pour lui annoncer la bonne nouvelle, il échappa un rire nerveux, et rentra rapidement dans la chambre pour mêler ses doigts à ceux de son frère.

Respectueuse, Jane restait légèrement en arrière, et un sourire fleurit sur ses lèvres quand la voix de son compagnon s'éleva dans la petite chambre.

"- Merci."

"- C'est normal." répliqua-t-elle d'une voix douce.

À nouveau, le silence s'installa entre eux, et soudain, l'aîné de la fratrie lâcha la main blanche de son frère, et après une dernière caresse sur la joue trop pâle de son cadet, il se leva et attrapa Jane dans ses bras. Elle se tendit, surprise d'abord, puis se laissa faire, se détendant instantanément au contact de l'homme qu'elle aimait. Elle posa sa tête sur son épaule, alors qu'il prenait une lourde inspiration.

"- Il va bien, Mycroft." promit-elle. "Il est hors de danger."

"- Je sais." rétorqua-t-il d'une voix rauque.

"- Alors pourquoi trembles-tu ?"

"- Parce que je viens de réaliser quelque chose."

Il resserra son emprise sur la jeune femme, collant un peu plus son corps au sien. Il ferma les yeux, rapprochant sa bouche de son oreille.

"- Je t'aime." murmura-t-il. "Et je te demanderai de ne jamais en douter."

Émue, Jane mit quelques secondes à répondre.

"- Moi aussi, je t'aime. Et toi, n'en doute jamais non plus, d'accord ?"

"- D'accord."


Jane observait son reflet dans le miroir. Ses cheveux étaient attachés en un chignon lâche. Ils avaient énormément poussé en quatre ans. Elle observa ses longs cils rehaussés par du mascara, et ses paupières teintes d'un léger rose. Ses lèvres étaient roses également, toujours aussi pulpeuses. Elle hésita à se regarder une nouvelle fois, mais elle se leva, et tournoya sur elle-même, pour regarder sa robe blanche aux reflets d'un rose très pâle. Elle jeta un regard au miroir en pied, regardant ses épaules nues, son décolleté, ses manches longues qui caressaient ses bras, et sa jupe évasive. Elle se sentait belle.

Elle sursauta quand on frappa à la porte, et sourit à sa mère qui lui murmurait que c'était l'heure. Elle affirma qu'elle arrivait, et elle se leva avec adresse sur ses talons, laissant sa mère ajuster son voile et sa couronne de fleurs. Elle tira légèrement sur son collier, avant de sourire timidement à sa génitrice. Elle agrippa le bras de son père qui l'attendait, et qui lui soufflait à l'oreille qu'elle était magnifique. Remplie de fierté, elle le suivit à l'église, et le suivit à l'intérieur. Et elle le vit.

D'habitude toujours tiré à quatre épingles, il était magnifique dans son costume noir sur mesure. Il avait une chemise blanche ouverte, et pour une fois, une simple cravate et pas de noeud papillon. Il était simple. Il était tellement beau qu'elle dut retenir un sanglot étranglé dans sa gorge. Elle s'arrêta devant l'autel, aux côtés de Mycroft, tandis que son père disparaissait aux côtés de sa femme, et de la famille de celui qu'elle aimait. Elle attrapa la main de son fiancé, et lui sourit avec douceur. Il se pencha vers elle.

"- Tu es magnifique." chuchota-t-il.

"- Comme d'habitude." répliqua-t-elle en souriant.

Il eut un sourire éblouissant. Il avait le sentiment qu'il vivait le plus beau jour de sa vie, alors il resserra son emprise sur les doigts de sa compagne, priant en silence pour que cette merveilleuse journée ne s'arrête jamais. Son coeur battait à tout rompre, et quand vint l'heure des serments de fidélité, il vit que Jane était dans le même état que lui. Il était un peu stressé, mais il ne regrettait pour rien au monde de l'avoir demandée en mariage le jour de Noël. Et ils se mariaient aujourd'hui, le 14 février. Il fut tiré de ses pensées par la voix du prêtre.

"- Vous pouvez embrasser la mariée."

Il ne se fit pas prier. Il souleva celle qui venait de devenir sa femme du sol, et lui arracha un baiser passionné alors que toutes les personnes présentes hurlaient de joie. Il la reposa sur les dalles, sans la lâcher pour autant. Son coeur battait à tout rompre, et il plongea ses yeux dans les siens, essuyant la larme de joie qui venait de rouler sur la joue parsemée de tâches de rousseur de sa femme. Sa femme. Ça faisait bizarre à dire. Il caressa sa joue.

"- Je t'aime, Jane."

"- Je t'aime aussi, Mikey. Je t'aime tellement..." jura-t-elle, les yeux brillants.

Il l'attrapa pour la serrer un peu plus contre son torse, et il releva la tête, rencontrant le visage illuminé de sa mère, et le grand sourire de son père. Ses yeux se portèrent sur Sherlock. Il avait les mains dans les poches, un air indolent, et il avait la tête baissé. Mycroft aurait pu jurer qu'un sourire étirait ses lèvres, mais il n'en parla jamais à son petit frère.

"- Arrête donc de regarder Sherlie, c'est moi qui vient de t'épouser !"

"- Jane !"

Elle éclata de rire, alors qu'ils quittaient l'église ensemble, souriant au photographe alors que Jane piquait une des fleurs de sa couronne derrière l'oreille de son mari. Il échappa un soupir dépité, mais se laissa néanmoins faire. Juste pour aujourd'hui, il avait le droit de laisser tomber le masque. Il regarda celle qu'il aimait, alors que la fête battait son plein. Il n'avait jamais été aussi heureux de toute sa vie.


"- Sois maudit, Alexander Mycroft Chad Holmes !"

"- Je sais, je suis un monstre, horrible, sans coeur, qui mériterait de brûler en enfers. Courage, mon amour."

Mycroft soutenait la tête de celle qui était sa femme depuis trois ans, et qui était en pleine crise de nausées matinales. Son ventre était arrondi par sa grossesse, mais tous les compliments de son époux ne changeaient rien à ses souffrances. Elle était en train de vivre des mois de torture, et elle priait pour qu'arrive enfin ce bébé casse-pieds qui lui faisait vivre de tels tourments. Elle eut un hochet nauséeux, et vomit de plus belle dans les toilettes alors que le brun tenait ses cheveux en arrière en embrassant sa nuque.

Après quelques minutes, il l'aida à se lever pour l'aider à se débarbouiller, et il embrassa son front avec toute la tendresse possible.

"- J'en peux plus", geignit Jane, "j'en peux plus. Dis moi que la naissance est pour bientôt."

"- Deux semaines, d'après les médecins. Ce n'est rien."

"- Parle pour toi ! Je ressemble à une barrique." se plaignit-elle.

"- Ne dis pas n'importe quoi ! Tu es magnifique."

Il l'aida à s'assoir dans un des fauteuils, et caressa sa main avec douceur. Il s'agenouilla devant le ventre rond de sa compagne pour caresser la peau pâle, frissonnant en songeant que dans moins de deux semaines, il allait être père. Il sentait le petit être qui donnait des coups de pied de bon coeur. Ce bébé tenait de sa mère. Il espérait silencieusement avoir un fils, quand Jane proclamait à qui voulait l'entendre qu'elle était sûre d'avoir une fille. Encore quelque chose sur laquelle ils n'étaient pas d'accord.

Ils avaient choisi d'avoir la surprise sur le sexe du bébé. Si c'était un garçon, il s'appellerait Louis Charles Holmes ; si c'était une fille, ce serait Angelina Rose Holmes. Jane avait eut le monopole des premiers prénoms, alors Mycroft s'était contenté de choisir les seconds. Mais ça lui allait très bien. Il se redressa pour embrasser le cou de sa compagne, qui s'était retournée d'un air boudeur. Elle faisait toujours ça quand elle était agacée. Ça ne la rendait que plus adorable encore, à ses yeux.

Et soudain, il lut une peur panique dans les yeux de la blonde, qui se redressait de toute sa hauteur dans son fauteuil, tant bien que mal. Elle venait de tourner pâle comme pas permis, et il ne fallut qu'une fraction de secondes à Mycroft pour comprendre que celle qui s'apprêtait à donner la vie venait de perdre les eaux. Elle poussa un cri paniqué, se tournant vers Mycroft, qui sut aussitôt qu'il allait se faire hurler dessus pour les prochaines heures.

"- MYCROFT ! JE..."

"- Perd les eaux, je sais, calme toi." chuchota-t-il. "On va y aller."

"- NON JE NE ME CALME PAS !" hurla-t-elle d'une voix suraigüe. "JE PANIQUE LÀ ! JE PANIQUE MYCROFT !"

"- Je sais, mon amour. Allez, ça va aller."

Il la leva avec délicatesse, l'installant dans la voiture alors qu'elle respirait difficilement, toutes les fenêtres ouvertes malgré la température encore trop froide de ce mois de février. Le coeur battant, Mycroft roulait à toute allure, faisant passer toutes les autres voitures au feu rouge, passant à toute vitesse en murmurant des mots encourageants à Jane qui préférait l'insulter. Ça la défoulait. Comprenant qu'elle ne se calmerait pas maintenant, il appela Mummy pour la prévenir de l'arrivée en avance du bébé. Folle de joie, elle lui cria de s'occuper de sa femme tandis qu'elle prévenait tout le monde.

L'accouchement fut long, et douloureux pour la pauvre femme qui n'en pouvait plus. Pendant tout ce temps, accusant les insultes et les malédictions, Mycroft serrait sa main, caressait sa joue et épongeait son front sous les regards admiratifs des sages-femmes. Généralement, les hommes attendaient dehors ou changeaient littéralement de couleur en voyant le sang sur les cuisses de leur compagne, et préféraient se détourner, voir sortir sous les agressions de leur compagne. Lui restait de marbre, continuant à l'encourager, alors qu'elle faisait probablement partie des femmes enceintes les plus agressives qui existent. Et enfin, la récompense.

Une petite fille qui hurla à pleins poumons lorsqu'elle prit sa première bouffée d'air. Mycroft se mordit l'intérieur des joues. Ce n'était pas le garçon qu'il avait attendu. C'était encore mieux. C'était son petit ange, sa fille, son bébé. Il regarda Jane qui tenait ce petit être dans ses bras, les larmes aux yeux. Elle releva la tête vers Mycroft, dévoilant ses dents blanches dans un grand sourire.

"- Elle les vaut, ces mois de torture. Je te jure qu'elle les vaut." souffla-t-elle alors que l'homme politique effleurait sa tempe de ses lèvres.

Il tendit timidement les doigts, frôlant le visage encore rouge. Soudain, le bébé ouvrit de grands yeux qui commençaient déjà à être translucides. Mycroft se mordit la lèvre. Merde alors. Elle avait ses yeux. Il remarqua également les mèches noires qui collaient à son crâne, et il eut un sourire empli de fierté. Remarquant la façon dont son mari regardait leur fille, Jane lui donna un petit coup de tête sur le crâne.

"- Aïe !"

"- Tu veux la prendre ?"

"- Tu... Tu es sûre ?" hésita-t-il.

"- Bah c'est ta fille, non ? Angelina, tu en penses quoi, toi ?"

Le bébé gazouilla avant de fermer ses yeux, serrant ses petits poings, avant d'ouvrir à nouveau ses paupières trop lourdes, sa main droite s'ouvrant en se tendant vers son père. Ce dernier en eut le souffle coupé. On aurait dit qu'elle avait compris. Comme Sherlock à sa naissance. Il la souleva des bras de Jane comme si elle était la chose la plus précieuse qui soit : ce qui était presque le cas. Ce n'était pas une chose, c'était sa fille. Il vit sa vision se brouiller, mais il parvint à tarir ses larmes avant qu'elles ne dévalent son visage.

"- Bonjour, Angelina." La petite le fixait avec curiosité. Et c'est à cet instant qu'il comprit. "Jane ?" murmura-t-il d'un air paniqué.

"- Oui, mon amour ?"

"- Elle est comme nous."

"- Et alors ?" répliqua la blonde. "Je ne vois pas le problème."

"- Le problème ? Jane, elle est comme Sherlock et moi !"

"- Et alors ?" répéta-t-elle. "Elle est brillante, c'est génial. Ma fille va être un génie. Je suis fière, c'est tout."

"- ... Tu n'as pas peur ?"

"- Peur ? Mycroft, pourquoi j'aurais peur ? Elle va aussi tenir de moi. Je te parie qu'elle aura... la même façon de penser que moi, tiens ! Qu'elle sera humaine."

"- ..."

"- Mikey, ça va aller. Allez, donne moi Angelina, et va y réfléchir dehors. Et dégage de là pour prévenir tout le monde."

Il obéit alors que la blonde roulait des yeux au plafond. Elle se pencha vers son petit ange pour caresser son nez avec un sourire amusé.

"- On dit de lui que c'est le Gouvernement Britannique, mais parfois, il est vraiment pas très fin, ton père."

Le bébé la fixa, et Jane aurait pu jurer que ses yeux souriaient. Oui. Cette petite fille allait être brillante, elle en était sûr. De l'autre côté du mur, dans le couloir, Mycroft venait de composer le numéro de la maison familiale. Bizarrement, c'était Sherlock qui avait décroché. Il sourit. Tant mieux. Il allait pouvoir le surprendre. Il chuchota une simple phrase au téléphone, et même si son frère ne l'avouerait jamais, il avait bien entendu le cri de joie qu'il avait échappé.

"Tu as une nièce. Une filleule, pour être précis."

Née le 14 février. Que c'était romantique. Le jour de leur mariage. Le hasard faisait merveilleusement bien les choses. Mais Mycroft ne croyait pas au hasard. Au fond de lui, il aimait songer que c'était Angelina qui avait choisi le jour de sa naissance.


Une silhouette courait à toute allure dans la maison familiale, sautant par-dessus les meubles, et zigzagant entre les personnes présentes. Agile comme un singe, elle se faufila dans le jardin et grimpa dans un arbre alors que les silhouettes de ses parents se distinguaient sur le perron de la maison, son père les bras croisés sur la poitrine dans une formule d'inquiétude, sa mère la mine soucieuse, ses mains encore humides après avoir renversé son verre sous le choc subi.

"- Angelina !"

Elle se renfrogna sur sa branche, refusant de sortir de sa cachette. Mycroft soupira et se massa la tempe d'un air las alors que Jane avançait dans le jardin, cherchant sa fille de tout juste quatre ans du regard. À nouveau, la voix rauque, l'homme politique appela sa fille, qui se recroquevilla sur elle-même, cachant sa tête dans ses bras. Elle sentait ses yeux la picoter.

"- Angelina, nous n'allons pas te fâcher, mon ange..."

"- Angelina, viens parler. Et fais attention en descendant de cet arbre." prévint-il, inquiet malgré tout.

"- Mikey, va l'aider à descendre !" s'écria Jane, à moitié vexée que Mycroft ait su où trouver leur fille sans bouger de sa place.

S'approchant de l'arbre, l'homme tendit les mains vers sa petite fille, qui hésita quelques secondes avant de se laisser saisir, cachant son visage dans le cou de son père pour que personne ne voit la détresse sur ses traits. La main paternelle allait et venait dans son dos, alors qu'il enfouissait son visage dans les mèches brunes de la petite. Jane s'avança d'un pas rapide, s'accrochant au bras de Mycroft qui lui jeta un regard embarrassé, comme s'il lui demandait de parler pour deux. Elle sourit.

"- Angelina... Tu n'as pas à avoir peur..."

"- Vous êtes pas fâchés...?" gémit la fillette en relevant la tête pour plonger ses yeux dans ceux de sa mère.

Cette dernière sourit plus tendrement encore, tendant la main pour caresser la joue d'Angelina qui venait de commencer à sangloter doucement. Elle essuya chaque larme de sa fille, et pinça gentiment son nez. Mycroft resserra son emprise sur elle, collant sa joue contre sa petite tête, fermant les yeux pour mieux la sentir contre lui, attendri par tout ce qui traversait son ange à ce moment précis.

"- Nous aurions préféré que tu nous en parles avant, à vrai dire." affirma Jane à voix haute. "Mais sache que malgré tout, nous sommes très fiers de toi."

"- Mais... Mais je suis pas normale..." protesta faiblement la fillette.

"- Ça va pas, non ?!" hurla Mycroft, faisant sursauter l'enfant. "Tu es normale. Tu es plus intelligente, Angelina, c'est tout. Moi aussi, je suis comme ça. Moi aussi, et Sherlock, aussi. Tu es normale, Angelina. Tu es humaine. Et tu es notre fille. Tu es juste terriblement intelligente. N'aie pas peur des autres. Les autres, on s'en fout."

"- Mycroft, vocabulaire." intervint à mi-voix Jane d'un air attendri.

"- Les autres, on s'en fout." souffla-t-il en ignorant sa femme, se laissant serrer par sa fille qui pleurait. "Les autres on s'en fout, parce que nous on t'aime."

"- Papa..." s'étrangla-t-elle avant d'éclater en sanglots de plus belle.

Elle se laissa bercer par son père, qui caressait doucement ses cheveux alors qu'elle pleurait toutes les larmes de son corps. Une simple fillette, qui avait expliqué devant toute une assemblée comment se décomposait la constitution anglaise. Remarquant la panique dans les yeux de certains, puis le dégoût sur le visage d'autres, alors que les autres enfants présents chuchotaient qu'elle était folle, elle avait été saisie de terreur. Alors elle avait couru dehors sous les regards effarés de ses parents. Mycroft avait ordonné qu'ils partent tous de chez lui, fou de rage, alors que Jane jetait un regard d'incompréhension à tous ces gens de la sphère "haute", qui ne comprenaient même pas qu'ils venaient d'avoir affaire à une démonstration de génie.

"- Je t'aime, mon ange." murmura Mycroft.

"- Je t'aime aussi, papa. Et toi aussi, maman."

"- Je sais, Angel. Je t'aime aussi. Je vous aime tous les deux, très fort." sourit la belle blonde avant de rejoindre l'étreinte.

Ils étaient bien, tous les trois. Que tous les autres aillent voir ailleurs, qu'ils se déchirent dans leur stupide monde de poissons rouges si ils le voulaient. Eux, ils étaient ensemble. C'était tout ce qui comptait.


Mycroft courait comme il n'avait jamais couru. Il était rentré chez lui à la seconde où il avait su ce qu'il s'était passé. Il avait retrouvé toute sa maison en désordre, et il avait su aussitôt où aller, et il avait couru jusque sous cet hêtre. Et là, tout son monde s'était effondré. Angelina pleurait, ses cheveux mouillés collaient à son crâne, et à côté d'elle, le corps étendu de Jane.

Il poussa un hurlement de douleur avant d'éclater en sanglots, saccageant tout ce qui se trouvait sur son passage. La colère, la douleur, tout passait trop vite. Il était le Gouvernement Britannique alors pourquoi ça faisait si mal ?! Il hurla à s'en briser les cordes vocales pour mieux éclater en pleurs. Du moins, c'est ce qui se passa dans sa tête. En vérité, il s'avéra qu'il avait couru devant sa fille et sa femme, et qu'il était tombé à genoux en prenant son ange dans ses bras tout en observant le corps sans vie de celle qu'il aimait. Et il s'avéra également qu'aucune émotion n'était passée sur son visage. The Iceman.

Coupable arrêté, enfermé. Il ne lui jeta même pas un regard. Si il le faisait, il risquait de le tuer. Il serrait Angelina dans ses bras. C'était tout ce qu'il lui restait. Et pas une larme ne dévala sa joue. Aucune quand il la vit à la morgue. Aucune quand il dût choisir le cercueil. Aucune quand on la mit en terre. Aucune quand il rentra dans sa maison bien trop grande. Aucune quand Angelina poussa un hurlement de chagrin. Aucune quand Angelina le repoussa pour la première fois. Aucune quand il se glissa dans son lit trop froid et trop vide. Aucune quand il veilla au chevet de sa fille qui cauchemardait toutes les nuits. Aucune larme.

Juste une douleur et un vide sans nom.


Mycroft se réveilla en sursaut dans son lit. Il était en nage. Il s'assit, passant une main sur son visage en reprenant doucement son souffle, surpris d'avoir ainsi repensé à Jane dans ses rêves. Ça n'arrivait presque jamais. Il attrapa les deux cadres qui trônaient fièrement sur sa table de chevet, et un sourire rassuré se dessina sur ses lèvres. Dans le premier, on voyait Jane et lui sortant de l'église, elle avec un air moqueur, et lui avec un air béa et une fleur rose dans les cheveux. Dans le deuxième, Angelina et Jane riaient aux éclats, assise dehors. Elles étaient tellement belles toutes les deux. Sur cette photo, on voyait parfaitement qu'Angelina tenait ses traits de sa mère. Le politique se leva de son lit en reposant les photos.

Maintenant qu'il était debout, autant se mettre au travail. On avait besoin de lui, pour l'affaire Moriarty. Même si Sherlock, sous drogues dans ce putain d'avion, avait juré que c'était impossible que le criminel consultant soit toujours en vie, Angelina affirmant vivement tout en reprochant à son parrain ses actes, il fallait qu'il continue à travailler et à surveiller son frère. Et sa fille, cela allait de soit. Il fallait qu'il les surveille, pour qu'ils ne fassent pas de bêtises, et surtout, pour qu'ils soient vraiment très prudents et en sécurité. Et surtout...

Surtout parce que c'était sa famille. Des Holmes.


C'est triste hein ? Oui, je suis cruelle.

Je dois avouer avoir longtemps hésité avant de tuer le personnage de Jane, mais j'ai réalisé que si Jane était toujours en vie, Angelina n'aurait aucune raison de haïr son père, et surtout de vivre chez Sherlock. J'ai donc fait ce choix douloureux, et je crois que ça valait le coup : le personnage d'Angel a pu prendre beaucoup de profondeur ainsi, et Mycroft un tout autre tournant. C'est en effet un père qui aime sa fille, mais qui se refuse à le lui dire pour son bien.

En fait, ils sont dans un cercle vicieux, en soi. C'est un peu triste.

Mais...

OUPS ! J'AI FAILLI VOUS SPOIL ! SHAME ON ME !

Plus sérieusement, je referme rapidement cette petite parenthèse ! Mardi prochain, on reprend avec l'histoire principale, mais cette aparte me semblait importante pour vous faire comprendre quel genre de personne avait pu faire fondre le coeur de notre cher Mycroft.

(C'est drôle, hein ? Coeur fondu, homme de glace... Ok je sors)

Allez, des bisous, et à la semaine prochaine !