Le ciel gris du matin semblait s'étaler à quelques mètres seulement au-dessus de leur tête, et son uniformité pesait sur eux tel un lourd fardeau. La hauteur à laquelle ils s'élevaient leur permettait d'avoir une vue imprenable sur l'immensité du Pays de la Terre, mais la fraîcheur de l'altitude importante ne leur laissait pas le temps d'apprécier le paysage, bien qu'il fut morne. Couverts de leur longue cape immaculée, ils redescendaient non sans difficultés les montagnes rocheuses qui constituaient la frontière entre ce pays et les autres principales contrées ninjas. Même si leurs aptitudes remarquables à concentrer leur chakra sous la plante de leur pied, et ainsi rester stable, était remarquablement parfaite, il ne fut pas tâche facile pour eux de ne pas éviter les innombrables pierres qui se délogeaient et manquaient ainsi de les faire basculer dans le vide, ou les faire quitter le flanc pentu de la montagne par un désagréable roulé-boulé. Se contenter de sauter – comme ils le faisaient souvent pour prendre de la vitesse dans les forêts – n'était pas non plus la solution, le sol étant dangereusement difforme et escarpé. De ce fait, leurs sandales noires glissaient sur les roches délogées et l'irritation les avait rapidement gagnés au cours de leur périple de désescalade. L'ascension de la chaîne montagneuse avait été plus aisée, la vitesse de leur course presque verticale empêchant quelconque rocher – aussi petit aurait-il pu être – de les ralentir et ils avaient gagné les cimes sans encombre, afin de passer de l'autre côté, pour rejoindre ainsi le sol déplaisant du pays. Leurs souffles courts, perçu par de longues et furtives traînées blanchâtres dans l'air, se mêlaient dans leur proximité, mais personne n'osait briser le silence glacial qui régnait. Seules leurs respirations saccadées, par moment, se faisaient entendre. C'était souvent dans de telles circonstances que la kunoichi souhaitait pouvoir voler, ou mieux, se téléporter. Choses impossibles, pour une humaine comme elle, et elle soupira lorsque, pour une énième fois, son talon glissa sur le sol hétérogène. Cette fois-ci, sa jambe ne retrouva pas son équilibre initial, et son cœur soubresautant, elle s'agrippa automatiquement au vêtement que sa main trouva dans l'élan de son déséquilibre, alors que sa poigne gauche était ensevelie sous le tissu dense de sa cape. Il se trouvât, fort désagréablement pour elle, que l'étoffe qu'elle happa brusquement n'était autre que le semblable manteau de l'Uchiha. Le visage qu'elle avait inconsciemment baissé vers le sol pour analyser sa chute évitée se leva dans un mouvement brusque et son regard troublé s'accrocha à celui, en coin, du brun. Rapidement de nouveau sur ses talons, elle décrocha ses doigts blanchis par la fermeté de sa prise de l'habit long. Elle hocha la tête en guise d'excuse et se concentra de nouveau sur la route pentue. Cela n'aurait été que nier la vérité que de dire que rien, en son for intérieur, ne fut perturbé, à cet instant. Rien qu'un seul contact de ses doigts entortillés contre le bras de son camarade ne lui suffit pour la rendre confuse. Depuis qu'il l'avait étreint, quelques jours auparavant, elle avait essayé d'occulter la nouvelle flamme qui avait rejaillit en elle, infiniment petite mais bien réelle. Pourtant, rien n'y faisait elle était perdue, et sensiblement gênée.
Plus jeune, elle n'aurait été qu'on ne peut plus heureuse de ce retour affectif, mais en prenant en compte ce qu'il restait de leur relation, à elle et Sasuke, Sakura ne pouvait être que déconcertée. Leur éloignement soudain et prolongé lui avait fait oublier la proximité qui les avait liés, à l'époque. Elle qui avait été si possessive et affectueuse, que restait-il de son attachement? Elle sentait encore, alors dans son état larmoyant les deux bras qui se refermaient sur elle, tandis qu'elle se pendait suppliante à son coup. Ses lèvres se serrèrent instantanément dans une ligne d'incommodité. Sur l'instant, elle n'avait guerre été choquée de ce geste inattendu puisqu'elle avait surtout été effrayée par le retour de la fureur de son ami, mais maintenant qu'elle y repensait, ses joues se teintaient de rose et se réchauffaient sous l'effet de la gêne et de la confusion. Depuis le retour de l'Uchiha, elle ne lui avait pas renouvelé ses paroles amoureuses, et elle était presque sûre qu'il avait tout oublié de l'affection qu'elle lui portait, plus jeune. Alors, que signifiait ce geste ? Elle n'en savait rien, mais cette scène l'avait gravement affectée. Jamais il n'avait répondu à ses attentes. Elle ne savait comment réagir, elle n'en avait pas vraiment l'habitude. Elle sentit le duvet de ses bras s'élever dans un frisson, sans doute dû à la fraicheur de l'air. Elle savait qu'elle devrait se réjouir de ce premier pas, mais quelque chose l'en empêchait. Etait-elle effrayée ? Elle sentait seulement qu'elle ne pouvait plus le regarder en face plus de cinq secondes, ni entrer en contact avec lui ou ses vêtements – bien qu'elle l'eut fait, la veille, mais elle avait été dans un état déterminé et rien n'avait arrêté ses ardeurs. Ce n'était pas qu'elle terrifiée par lui, bien qu'il y eût plusieurs raisons antérieures pour lesquelles elle aurait tout à fait pu prendre peur. Cependant, ce n'était que l'embarras qui l'habitait, sournoisement. Elle n'avait jamais vraiment senti cela et sa réaction lui était étrangère. Elle ne se reconnaissait pas, sous ses airs décontenancés. Qu'est-ce qui avait provoqué ce sentiment ? Même si elle ne le sut pas dans l'instant, elle n'en fut que plus assurée, lorsque Sasuke se retourna un peu vers elle et dévoila à son tour une main de sous son manteau. Sous ses yeux légèrement écarquillés, elle l'observa. D'un geste qu'il voulut rassurant, il posa sa paume sur l'arrière du coude de la kunoichi, la laissant avancer sous son assistance proposée. Elle eut un imperceptible mouvement de recul, qui ne passa pourtant pas inaperçu aux yeux du brun, et sursauta légèrement quand elle sentit la chaleur main au travers de sa cape. La seule réaction qu'elle eut fut surprenante, voire vexante, pour lui.
En effet, ses sourcils se froncèrent de contrariété lorsqu'il la sentit tendue. Ses yeux se plissèrent de suspicion, mais laissa sa main là où elle était posée. Son regard noir tentait de percer l'esprit de la rose, mais elle avait déjà baissé le sien, semblablement concentrée à regarder là où elle mettait les pieds. Pour une raison qui lui échappa, il sentit son cœur se serrer face à ce réflexe étrange. Il se sentit tout à coup étranger à leur trio qu'il avait enfin considéré comme renaquit dans son esprit. Il n'y avait jamais réfléchi, ni même pensé, mais sa longue absence avait effectivement affecté ses camarades. Ou du moins, Sakura l'était. Il n'avait jamais considéré sa disparition de plusieurs années comme le handicape qui était censé freiner le retour de cette remarquable amitié entre lui et les deux ninjas. Seules sa folie et son indifférence le tourmentaient, et non pas leur séparation. Pourtant, au moment précis durant lequel Sakura s'était vivement reculée, cela lui parut évident. Tellement évident, que cela l'aveugla un court instant. Son âme chancela, et il se sentit totalement vide. Sa désertion était, en définitive, la pire des choses qu'il avait pu leur faire. Il blêmit mais il ne se sentit pas observé, et son sang ne fit qu'un tour. Arriverait-il à gagner, à nouveau, la totalité de leur confiance ? Il savait qu'ils avaient foi en lui et le considéraient comme l'un des leurs. Mais pourquoi ne parvenait-il plus à s'en persuader ? Pouvait-il encore espérer d'eux ? La main qu'il tenait levée sur le bras de la kunoichi trembla légèrement, mais il parvint à maîtriser ces mauvais frissonnements la seconde d'après. Il le voulait, oui. Il souhaitait encore se dire que par chance, il les avait encore auprès de lui. Toutes les personnes qu'il avait put aimer durant sa vie n'étaient plus parmi les vivants, et ainsi, Sakura et Naruto restaient les deux seuls êtres sur qui il pouvait encore compter, et apprécier la compagnie. Il se sentit monstrueusement égoïste, mais il lui fallait cette affection, pour qu'il puisse survivre, désormais. Il stoppa net sa respiration, désireux de ne pas penser à ce que serait sa vie actuelle sans ses deux équipiers. Il serait sans doute déjà mort, où alors, errant telle une âme en perdition, dans les rues méconnaissables du village de son enfance. Il déglutit en silence, les yeux dans le vague, mais son regard était accroché, sans qu'il ne s'en rende compte, à celui du blond shinobi. Quand son esprit reprit brutalement contact avec la réalité, il remarqua qu'ils étaient tous trois figés, soudainement gêné, et le regard discret qu'il lançait vers Naruto lui indiqua qu'il avait assisté à la petite bousculade. Son visage désappointé ne manqua pas de le lui assurer, effectivement. Il brisa leur connexion visuelle, et reprit sa marche, entraînant Sakura au devant de lui. Il ne devait pas se montrer faible. Jamais. Une fois de plus, l'ambiance était terriblement opprimante, et pour la première fois, cela l'affecta vraiment. Il sentait une urgence nouvelle gronder dans la profondeur de ses entrailles. Avait-il autant fauté que cela ? Les commissures de ses lèvres se baissèrent instinctivement à la réponse devinée. Il se devait de se rattraper, et rapidement. Si leur relation, qu'il avait idéalisé la veille, empirait, ce serait la fin pour lui.
A sa gauche, l'Uzumaki laissait trainer un regard contrarié, puis contrit sur ses deux amis. Ses pupilles se posaient sur la main de Sasuke, puis sur le pied en arrière de Sakura. Que venait-il de se passer ? Il n'en savait pas grand-chose, ou du moins, il n'osait pas en revenir. Quelque chose, loin devant ses iris, sembla s'effondrer lamentablement. Il n'osait vraiment pas croire ce que son encéphale lui criait, effaré. Il avait tant espéré le retour affectif du brun qu'il en avait oublié les sentiments de son amie. Il avait occulté le fait qu'elle, malgré son apparence éprise, pouvait avoir évolué. Il se mordit la lèvre inférieure, déconcerté au plus haut point. Sakura avait-elle cessé d'éprouver de tels sentiments à l'égard du brun ? Il en doutât quelque peu, mais la réaction qu'il observa le fit tout de même se méfier, un poids désagréable naissant dans son cœur. Dans ce cas, qu'aurait signifié son comportement, à l'hôpital, la dernière fois ? Pourquoi avait-elle fondu en larmes, sinon pour avoir été réticente à l'idée de n'être qu'une simple amie aux yeux de Sasuke ? Pourquoi avait-elle perdu le contrôle d'elle-même, et lui avoir avoué, prête à déverser toute l'eau de son corps, qu'elle été désolée de l'avoir tant fait souffrir ? Sakura n'avait certainement pas craqué pour une autre raison. Depuis qu'il la côtoyait, et surtout depuis qu'il était si proche d'elle, il était certain d'avoir toujours remarqué cet éclat à la fois triste et désireux dans ses iris verts. Il était, pour lui, normal qu'elle puisse aimer l'Uchiha. Il était tout à fait logique qu'elle s'en fasse pour lui, au courant de son amour pour elle. Cela était devenu une vérité générale à ses yeux, et penser qu'à cet instant la rose ne ressentait qu'appréhension et indifférence à l'égard du brun lui sembla totalement faux et puéril. Non, il connaissait trop bien son amie, avait été trop longtemps à ses côtés, avait assisté et compris ses actes passés pour concevoir une telle chose. Sakura aimait Sasuke, point. Cela était indéniable. Alors, pourquoi hésitait-il, dans ses pensées fiévreuses ? Le duvet de ses bras se hérissa instantanément, dans une peur tout à fait nouvelle. Il se sentit alors frustré. Il n'avait jamais soupçonné un quelconque changement passionnel chez la rose. Il avait, depuis des mois, seulement espéré plus de la part de Sasuke, et cela s'était enfin réalisé. Mais ses souhaits l'avaient-ils ainsi aveuglé ? Il fronça les sourcils, serra la mâchoire et tourna la tête vers le paysage brumeux et sombre du matin. Le blond se sentait figé, incapable de penser correctement. Il serra son poing, très fort, sous son manteau de coton et prit, enfin mobile, la suite des deux adolescents aux sentiments tortueux. Dès qu'il aurait la possibilité de le faire, il en parlerait avec sa camarade. Elle ne pouvait rien lui cacher, elle ne le devait pas. Il était assez proche d'elle pour qu'elle puisse avoir assez confiance, et avoir l'envie et le courage de lui en faire part. Tous trois avaient tellement soufferts de leurs sentiments à sens uniques, ou même inexistants, que cela ne pouvait tout bonnement pas se réaliser. Il fallait qu'ils s'aiment, tous les deux, ensembles. Il ne voulait surtout pas réaliser que ce qui commençait à naître entre eux, après des années de combats intérieurs, périsse prématurément. Pour une fois, l'impossible ne pouvait être possible.
L'ombre des montagnes avait prit le dessus sur l'immensité du monde. L'air gris était parsemé de fines gouttes d'humidité, et le rues du village étaient désertes. La fraîcheur du soir avait poussé les habitants à se réfugier dans leur logis, encore accrochés à la chaleur de l'été. Le silence régnait entre les tours de terre, mais dans ce vide, un seul être subsistait. Au dehors des murs chaleureux, une kunoichi se tenait, les bras croisés. Cette femme n'était que l'ombre d'elle-même, en ce énième soir de mission. Elle était épuisée, et elle sentait peser sur elle la fatigue des longues journées de marche et de stress accumulées. Dans le froid du début de la nuit, elle observait calmement les alentours de sa position, refoulant l'envie de se blottir chaudement dans la couche qui l'attendait. Elle rabattit les pans de la veste qu'on lui avait proposée, frissonnante. Ses yeux fatigués glissaient sur les hauts bâtiments du village d'Iwa. Plus tôt dans la soirée, elle et ses coéquipiers avaient franchis les portes du territoire du Tsuchikage. Ônoki leur avait aimablement offert l'hospitalité, en réponse au message qu'ils lui apportaient. Dans une des nombreuses tourelles qui composaient la cité ninja, il leur avait été assigné des chambres et un confort acceptable. Ainsi, la rose s'était empressée de s'enfermer dans la sienne, laissant les deux garçons occuper la seconde, et de se percher sur le petit balcon qui prolongeait la surface habitable. Dans son habit de nuit, les pieds dénudés, elle frémissait. Elle avait besoin de quelques heures de repos, autant de l'esprit que du corps. Elle ne voulait plus entendre ni la voix du brun, ni celle du blond avant le lendemain, pas plus que d'entreprendre leur ascension vers le prochain village. Elle sentit les commissures de ses lèvres s'abaisser rapidement. Tout cela, en cet instant, ne lui aurait procuré que désagrément. Elle savait que l'un des prochains villages dans lequel ils auront le devoir de faire escale n'était autre que celui du Son. Et seule Sakura savait ce que ce village représentait pour elle, même en sachant désormais toute la vérité. Elle haïssait ce village pour des raisons sentimentales, évidemment, car le nom d'Oto no Sato lui rappelait inévitablement cette fameuse nuit. La nuit où toute sa vie s'était vue chamboulée, par le simple mais cruel départ de son amour. Elle nourrissait une haine toute particulière à l'égard de ce territoire, comme à son créateur, bien qu'il fût d'assez bonnes raisons pour qu'elle ne lui en veuille plus autant qu'elle ne le devrait. Mais la personne d'Orochimaru l'exécrait, et elle ne pourrait se permettre, à leur passage dans son village, de lui envoyer quelconque onde chaleureuse. Tout en son être repoussait l'image de ce Sannin aux Serpents, car tout en sa personne à lui ne lui inspirait que dégoût profond, haine, mépris et colère. En un mot, et ce depuis leur rencontre dans cette forêt, Sakura ne caractérisait cet homme comme un destructeur d'âme. Il était l'instigateur de la haine, plus profonde qu'elle n'aurait dû l'avoir été, qu'avait nourrit Sasuke à l'égard de son frère aîné. Et lui offrir – si cela pouvait être considéré tel un présent – autant de pouvoir avait anéanti en une infime seconde l'espoir qu'un jour le brun puisse se raisonner.
Mais appréhender leur venue dans ce village n'était rien face à l'anxiété qui la rongeait dès qu'elle percevait, derrière les murs, les éclats de voix des deux jeunes hommes. Son cœur se serrait à chaque fois, pour une seule et bonne raison : elle n'allait plus très bien, depuis quelques jours. Elle ne savait pas ce qu'il se passait dans son esprit, mais cela ne la réjouissait pas. Un nouveau sentiment qu'elle n'avait jamais ressenti à l'égard d'aucun de ses camarades commençait à se développer dans son cœur, et cela la rongeait. Elle en était certaine, et ce depuis un certain nombre d'heure, ce sentiment n'était autre que celui de la peur. Elle n'était pas effrayée par la personne de Naruto, qui était définitivement devenu pour elle une sorte d'ami qui ne pourrait jamais la quitter de quelconque façon qui ait été. Elle était seulement effrayée par son autre ami, et dans cette optique, par les répercussions que ses actes envers lui pourraient avoir sur le blond shinobi. Quelques heures après ce fameux incident dans les montagnes, cette perspective peu appétissante lui avait parut claire, voire évidente. Elle était effrayée par celui qu'elle aimait. Et pourtant oui, elle l'aimait, c'était inéluctable. Mais, lorsque ce jour-là, elle avait senti sa main sur elle, un afflux d'images lui étaient passées devant les yeux, toutes plus marquantes les unes que les autres. Toutes lui montraient le Sasuke qu'elle n'avait pas vraiment connu – celui de toutes ces années de désertion qu'elle avait eu par chance, ou non, pu rencontrer quelquefois –, l'Uchiha avec ce sourire aussi amer que fou, qui resterait à jamais gravé dans sa pauvre mémoire. Avait-il vraiment changé ? Elle ne le savait pas, et l'angoisse d'être à ses côtés des jours précédents n'avaient cessé d'augmenter. Son encéphale était perdu dans une masse sombre, perdu et pesant. Elle ne connaissait véritablement plus celui qu'elle avait tant chéri, étant plus jeune, et elle ne pouvait plus savoir, si oui ou non, celui qui se dressait ses côtés en compagnie de l'Uzumaki était vraiment digne de confiance. Saï lui avait posé la question, durant la dernière bataille contre Jūbi et ses différents jinchūrikis, d'ailleurs. Mais, sur l'instant, elle avait pensé et répondu par la positive, naturellement. A cet instant, elle avait été plus qu'heureuse de constater son aide pour combattre ses ancêtres. Pourtant, son sourire à ce moment-là aurait tout aussi bien pu trahir ce minuscule sentiment d'appréhension qui avait été d'ores et déjà présent. De cette manière, elle craignait le côté plein de noirceur du brun et de voir souffrir le blond. Son pire cauchemar était là, devant ses yeux. La souffrance de ses deux camarades, son inutilité, sa peur à l'égard de Sasuke formaient à eux trois le pire des scénarios pour elle. Elle trembla de la tête au pied, dans un frisson important et désagréable. Elle rentra la tête dans les épaules, frêle et faible, puis soupira par le nez. Finalement, au lieu de se vider l'esprit, elle repensait à tout cela, et elle sentait l'éreintement gagner de plus en plus de terrain dans son corps et son esprit. Elle ne se reposait pas, comme elle l'aurait souhaité. Un nouveau soupir, plus profond, s'éleva de sa gorge, cette fois.
Ainsi déterminée à aller se blottir tout contre Morphée et laisser tous ses problèmes de côté pour le temps de quelques heures, elle pénétra à nouveau la chambre singulière d'un pas peu assuré. Ses orteils étaient froids, et la rencontre de sa peau rougie contre le tatami l'irrita. Elle fit volte-face et, la main prête à faire glisser le panneau séparant la chambre à coucher de son balcon, elle entendit trois petits coups. Elle se stoppa dans son geste, son cœur manquant un battement, et se retourna, hésitante. Elle ne voulait pas être dérangée, surtout au moment où elle avait enfin décidé d'oublier, pendant le laps de temps où elle fermerait les yeux, ses malheureux tracas. En fixant la porte coulissante, elle pria silencieusement pour que la personne qui se tenait de l'autre côté ne fusse pas un de ses camarades. Elle délaissa la porte, légèrement perturbée mais surtout angoissée, et permit à son regard d'errer quelques secondes dans la chambre sombre. Après un temps qu'elle considéra de trop court, elle avança à contre cœur vers l'entrée de la pièce, ne se préoccupant plus vraiment de fermer l'ouverture qui donnait sur le balcon. A la hauteur de la porte, elle cessa de respirer, épuisée et désireuse de ne rencontrer pas plus de soucis à la fin de cette longue journée. La main sur le bois fin, elle sentit la présence de l'autre et elle se crispa. Elle connaissait, à regret, le chakra qui flottait de l'autre côté du seuil, et son cerveau ne lui cria plus que d'aller se coucher, et mimer le sommeil profond. Mais, dans un dernier élan courageux, elle fit glisser le panneau, en priant son cerveau de ne pas la tourmenter plus. Son regard était ainsi perdu devant elle, et lorsqu'elle sentit les rainures du bois rouler sous la peau fine de ses doigts, elle ressenti à nouveau la peur d'être aux côtés de ses camarades. Elle espéra, durant le temps ou le panneau se décalait pour laisser paraitre celui ou celle qui l'avait interrompu dans ses pas, qu'il ne s'agisse pas du blond ou du brun, et qu'elle se fut trompée sur la provenance de cette force spirituelle. Elle souffrirait trop de les voir, en ce soir brumeux. Pourtant, aucun regret, ni aucun étonnement ne furent lisibles dans son regard vert lorsqu'elle le leva dans les yeux qui lui apparurent. Elle expira tout l'air qu'elle avait gardé en elle les secondes précédentes, et sentit ses membres supérieurs prendre la forme de la glace. Ses dents ne furent plus que des stalactites et des stalagmites qui lui brûlaient la langue et le palais, et elle fut incapable de prononcer un seul mot. En dépit de cela, elle se mordit la lèvre inférieure, et baissa les yeux instantanément et les ferma dans mouvement de paupières brusque. La brûlure gelée disparut bien vite lorsque l'autre prononça les premiers mots.
Je te dérange, Sakura ? fit la voix grave.
Elle ouvrit les yeux l'instant d'après, et ses bras se croisèrent automatiquement sur sa poitrine, les poings serrés. Elle se courba légèrement et hocha la tête en guise de négation. Elle savait qu'à ce moment, son mensonge était flagrant, mais elle ne se démonta pas tout de suite. Elle sentait son corps se meurtrir peu à peu, mais Sakura était Sakura. Elle ne voulait pas inquiéter Naruto, son ami et camarade. Pas plus qu'elle ne l'avait fait auparavant. Et elle ne voulait pas affoler celui qui se tenait devant elle non plus. Même si l'anxiété se développait peu à peu en elle, elle ne se départait pas de la bienveillance qu'elle entretenait à leurs égards. Elle voulait le meilleur pour eux, et ne pas leur causer du tracas était la première des choses à faire. Sur ces pensées qu'elle jugeait justes, elle releva un visage souriant, les yeux à demi-clos, désireuse de ne pas faire passer son regard perturbé et peu assuré. Les bras qu'elle avait serrés contre elle lui firent prendre contenance, et elle se redressa un peu. Le vert de ses yeux fixèrent les orbes qui s'adressaient à elle, et d'une voix qu'elle voulut neutre bien qu'interrogatrice, elle parla.
Quelque chose ne va pas ? Il est tard, Sasuke.
En prononçant ce prénom, elle se sentit fautive. Si Sasuke et Naruto ne l'avaient pas remarqué, elle était troublée par le fait qu'elle ne rajoutait plus le petit suffixe si affectif qu'elle avait eu l'habitude d'exprimer à la suite. Depuis le retour de son amour, l'indifférence avec laquelle il avait continué de les côtoyer de loin avait fait naitre en elle un certain blocage. A chaque fois, à Konoha, qu'elle l'avait rencontré ou perçut de loin, elle avait pensé à l'écart qui s'était établi entre eux. Pour elle, il n'était plus concevable de l'appeler de la sorte, et cela lui brisait le cœur. Ce petit bout de mot, elle l'avait autant chéri que l'amour qu'elle lui avait porté. A la différence de Naruto, lorsqu'elle était jeune, elle avait été très précautionneuse en ce qui concernait ses liens avec le brun. Ce fut avec un sourire triste qu'elle y pensa et capta la réponse de l'Uchiha. Elle était toujours concentrée sur cette absence de suffixe. La tournure peu affective de sa phrase prenait des allures de reproche.
J'aimerai te parler, si tu le veux bien.
Le cœur de la rose se serra d'une telle force que ses dents s'entrechoquèrent sous la force et qu'elle fut incapable, pendant plusieurs secondes, d'élever la voix. Ses pupilles étaient perdues dans la noirceur du regard du garçon, et elle fut sûre que les soucis n'étaient définitivement pas finis. Ses sourcils s'abaissèrent et elle déglutit avec difficulté. Elle capitula. Ses épaules se voutèrent et elle se retira de l'entrée de la chambre pour le laisser passer. Elle avait concédé, pensant qu'elle pouvait sans doute supporter un peu plus de malheur. Son visage était tout tourné vers le sol et du coin de l'œil, elle perçut la masse sombre de son corps pénétrer dans la chambre. Derrière lui, elle referma le panneau coulissant, les doigts tremblants, et lorsqu'elle se retourna, elle surprit le visage inquiet de son camarade. Elle se mordit l'intérieur de la joue, et sentit le duvet de ses bras se hérisser sous le tissu doux. Une nouvelle fois, elle avait échoué. Cette fin de journée était bien terrible. Elle n'avait fait qu'inquiéter son ami, finalement, une fois de plus. Elle détestait autant se sentir inutile que source de soucis. Ainsi, elle tenta une nouvelle approche rassurante, et elle pencha la tête sur le côté, semblablement interrogative. Le seul rôle qu'elle pourrait jouer ce soir ne serait que celui de la jeune femme aux problèmes révolus. Elle se meurtrissait et meurtrissait déjà assez les autres pour continuer à le faire, en ce soir de repos. Mais voyant qu'il ne réagissait pas à son air naïf, elle haussa les épaules dans un semi sourire, espérant qu'il croit à une imagination de sa part. Soudainement, elle eut chaud à la nuque. A l'instar de son esprit, son corps ne répondait plus aux normes de son être. Le gèle qui avait envahi ses veines plus tôt s'était transformé en flammes incandescentes, insupportables à contenir. Mais cela lui parut tellement plausible. Comme elle l'avait pensé plus tôt, malgré la peur qui la tenaillait, elle ne pouvait pas nier son amour profond pour cette personne. Toute sa vie n'avait qu'été orchestrée par ces – sans doute maudits – sentiments passionnels. Elle ne pouvait mentir sur ce point, ni à elle, ni à quiconque. Elle se dirigea ainsi, toujours une ombre faussement joyeuse sur les lèvres, d'un pas tranquille vers le balcon qu'elle avait quitté quelques minutes plus tôt. La chaleur qui l'envahissait représentait cet amour puissant, c'était inéluctable. De cette manière, elle voulait rapidement retrouver la fraîcheur de la nuit, désirant calmer ces effluves sentimentaux invisibles. Elle offrit son visage à la lumière blanchâtre lunaire, et elle invita son équipier à la rejoindre d'un geste vague de la main, et l'intéressé ne se fit pas prier. Il avait aussi besoin d'air. Il ne se sentait pas réellement au mieux de sa forme, ces derniers temps. Peu de fois il avait ressenti cette fatigue mentale, et peu de fois il avait pu s'y habituer. En vérité, il savait exactement ce qui se tramait dans son esprit. La tristesse, voire la semi dépression l'accablaient et il ne sut toujours pas de quelle manière s'en défaire. Il connaissait, du moins en partie, les raisons de ce chagrin morne, mais il n'avait jamais su jusqu'ici la manière de s'en séparer, et de se sentir mieux dans l'instant. D'habitude, le temps opérait naturellement. Pourtant, il avait déjà compris que cette fois-ci, les longues heures n'y feraient rien. La cause de son nouveau désespoir n'était liée qu'à ses deux camarades, et aussi longtemps qu'il les côtoierait, il n'y échapperait pas. Paradoxalement à son désir de rester à leurs côtés, pour pouvoir enfin se reconstruire, était venu brusquement ce sentiment d'écart.
Lorsqu'il fut à sa gauche, tout près d'elle, elle s'étonna agréablement de ne plus ressentir l'anxiété qui l'avait habité pendant ces longues heures machiavéliques. Rien ne le lui soufflait, et pourtant, elle devina sans peine que le simple fait d'avoir pensé à ses sentiments amoureux l'avait assuré et replacé dans le droit chemin. Oui, Sasuke était son ami, celui qu'elle avait chéri, cherché jusqu'au bout des terres, et celui qu'elle aimait toujours. Il était tout pour elle, ou presque, et était lui, celui qu'elle avait voulu sauver de la folie, celui qu'elle avait enlevé des bras de la noirceur. Celui qui avait accepté, enfin, leur amour, à Naruto et elle. Un sourire discret se dessina sur le rose de ses lèvres, rehaussant véritablement l'arc faux de ces dernières. Elle osa un regard en dessous, pour contempler ce visage qu'elle avait eu tant de mal à discerner, ces derniers temps. Dans l'obscurité blanchie par la Lune, il semblait irréel. Car les seules choses qui entrèrent dans son champ de vision ne furent que les deux pupilles noires de jais du jeune homme, entourées d'une pâleur inconnue. Son sourire amoureux se fit plus rassurant lorsqu'elle se rendit compte que l'inquiétude n'avait pas quitté ces deux trous noirs. Elle entrouvrit les lèvres, et aspira tout l'air qu'elle put, et bomba le torse, les poumons gonflés à bloc. Elle tourna une nouvelle fois le visage vers le village endormi et défit l'étreinte de ses bras dans laquelle elle se recroquevillait pour s'appuyer à la rambarde du petit balcon. Elle se voulait forte. Elle avait oublié les soucis arrivants un instant, mais cette idée revint rapidement à la charge. Tandis que son minois était levé, ses iris verts s'abaissèrent au niveau de ses mains dont les jointures étaient blanchies par la pression qu'elle exerçait sur le bois.
De quoi voulais-tu me parler ?
Elle sentit peser sur elle le regard sombre du shinobi revenu. Prenant en compte le silence qui suivit sa question, elle devina qu'il réfléchissait. Le sujet ne devait pas être simple à aborder, même pour lui. Elle ne lui connaissait aucune faiblesse, et sa manière de garder le silence pendant quelques secondes lui sembla étrange. Ses sourcils dansèrent haut sur son front, et se firent finalement froncés. Elle espérait encore que ce qu'il allait lui dire n'était pas trop grave. Elle avait recouvert ses dernières forces, mais elle n'était pas vraiment apte à faire face à tout. Surtout aux choses qui la concernait. Elle ne souhaitait pas se justifier. Elle était épuisée de vouloir tout avouer. Son cœur soubresauta, et ses lèvres s'abaissèrent dans un triste arc renversé. Cela avait-il un rapport avec sa réaction antérieure ? Elle espérait que non. Elle n'avait pas le courage, ni l'envie de lui avouer qu'elle avait eu peur de son geste. Elle n'était pas prête à laisser entendre à qui que ce fut se qui se passait en elle, pas même à Naruto. Malgré cela, un nouveau sourire s'afficha, petit, sur ses lèvres. Elle était paradoxalement amusée par cette petite retenue, et elle le trouva plus humain qu'à l'accoutumée. Son absence de réaction habituelle ne permettait pas au brun de sembler réactif, et déceler chez lui une once d'hésitation la fit sourire. Mais lorsqu'elle jugea le silence un peu trop long à son goût, elle tourna la tête vers lui. Bien qu'elle ne souhaitait pas affronter un nouveau problème, la curiosité la piquait, naturellement. De cette manière, à l'instant même où leurs deux regards se croisèrent, il éleva la voix.
J'ai discuté avec Naruto, tout à l'heure, et je voulais avoir ton avis, avoua-t-il, humblement.
Captive, elle se retourna complètement vers lui, et les bras qu'elle croisa cette fois-ci lui donnèrent un air intéressé. Elle était toute ouïe, à vrai dire. Des milliers de questions se bousculèrent soudainement dans son esprit, mais seule celle qui considérait le sujet lui parut la plus intéressante. Son inquiétude s'envola d'un seul coup, et il se trouva qu'elle oublia ses tracas. Ses yeux s'agrandirent d'étonnement et elle le poussa à en dire plus, d'un hochement de tête rassurant. Leurs pupilles ne se quittaient pas, et elle pensa déceler dans les orbes noirs de son ami une certaine réticence et, semblablement, une compassion infinie. L'écart de ses yeux se fit plus important, et sa bouche s'entrouvrit. Décidément, depuis qu'ils avaient reprit la route en tant qu'équipe sept, Sakura n'avait jamais été au bout de ses surprises. Naruto en lui avait fait l'allusion, quelques jours après leur départ, mais elle ne l'avait pas cru, sur le moment. Pourtant, à cet instant, l'évidence se fit. Oui, Sasuke Uchiha redevenait, peu à peu, ou du moins reprenait l'apparence de celui qu'il avait été enfant. Plus gentil, plus rationnel, plus humain. Les lèvres de la rose tressaillir lorsqu'elle se rendit compte que ses deux pupilles étaient restées fixées dans celles du brun. Il devenait bien compliqué pour elle de ne cesser de le regarder. Il l'intriguait, c'était indéniable. Plus qu'éprise, Sakura se voyait devenir curieuse et désireuse de faire ressortir le Bien qui avait sommeillé toutes ces années dans ce corps meurtri. L'étreinte de ce nouveau sentiment la poussa à définitivement ne plus appréhender ce qui allait suivre. De toutes ses forces, elle allait se battre pour lui, et son avenir. A côté de cela, elle garderait en mémoire de terminer sa propre construction, et ainsi, de devenir celle qu'elle avait toujours rêvée d'être, et cela à la perfection.
D'après toi, devons-nous toujours continuer cette mission, en sachant que nos hypothèses se fondent ? demanda-t-il, après ce silence qu'elle fut heureuse de voir brisé.
La réaction qu'elle eut était immanquablement celle qu'il avait prévu. Il ne s'attarda pas sur elle, et à son tour, couvrit du regard les tours endormies du village. La question venait de lui, et non de Naruto. Si cela aurait pu en frapper plus d'un, personne n'aurait pu argumenter le fait que l'évocation de son désistement soit plausible. Rien en sa réaction ne le reflétait. Tout le monde connaissait le dernier des Uchihas comme un être qui n'avait pas froid aux yeux, qui ne rebroussait jamais chemin, et surtout, qui n'abandonnait jamais son but. Il n'était vu que comme un dangereux ninja qui allait toujours de l'avant, peu importe le sens vers lequel il se tournait. Ainsi, personne n'aurait pu deviner un seul instant ce qui se passait dans sa tête, et encore moins ce qu'il ressentait vraiment. En vérité, et tout au fond de lui, si bien qu'il n'était pas sûr lui-même de ce qu'il croyait entrevoir avec hébétement, il avait peur. Et il n'était pas habité par n'importe laquelle de toutes les peurs qu'il puisse exister. Il avait peur pour quelqu'un, et en particulier ici, pour ses deux camarades. Il était même effrayé par le fait que ce que la face cachée de leur mission puisse leur causer des ennuis. Car après tout, cela le concernait principalement. Par sa faute – et il le pensait, dans l'élan de ses regrets meurtriers – Naruto et Sakura étaient sujets à de nombreux périls, imminents ou non. Il craignait pour leur place dans le village à leur vie même. Lorsqu'ils avaient quitté le Pays de l'Herbe, les remords s'étaient imposés dans son esprit. Il était impossible pour lui de les laisser continuer cette mission qui n'offrait que la restitution des parchemins comme couverture. Dans le même instant, quelques uns de ses doutes avaient pris leurs place logique dans son esprit, comme le fait que Tsunade avait retardé – ou inventé – cette remise personnelle des parchemins, ou encore celui de l'avoir compris lui, et non l'autre brun, dans l'équipe Sept. Mais, comme le disait Sakura, et il la croyait sur parole, l'Hokage actuelle devait avoir de bonnes raisons pour avoir réfléchi à un tel stratagème, et il serait idiot de ne pas se poser plus de question. Mais pour le moment, et il espérait qu'elle choisisse la bonne, il attendait la réponse de son amie.
Sakura était restée béate devant le questionnement déroutant de son équipier. Abandonner la mission ? La réponse se fut simple. Non, ils n'abandonneraient pas. Jamais. Bien sûr, elle savait la raison de sa question, et elle ne fut que plus sûre de ce qu'elle avançait. Si leurs vies étaient en danger, ils se battraient toujours, quoi qu'il puisse advenir. Naruto et elle tenaient trop à sa vie pour la laisser tomber si vite, et qui plus était, après des années d'espoir de retour. Dans ses pensées, elle baissa le visage et secoua la tête. Non, ils n'abandonneraient définitivement pas. Cela était même inconcevable, du moins pour elle. Tsunade et les autres Kages, s'ils eurent fait partie de ce complot, ne l'effrayaient pas. Elle avait eu la chance – ou la malchance – de combattre Madara Uchiha et Kaguya Ōtsutsuki en personne. Plus rien ne l'effrayait autant qu'ils avaient pu, eux deux, lui procurer de la peur.
Bien sûr, nous continuerons. Naruto et toi êtes très puissants, je te le rappelle. Vous vous devez de continuer ce qu'on vous a demandé en tant que ninjas de très bon niveau. Je serai là pour vous soutenir, même si je ne pourrais pas faire grand-chose à part émettre des plans de défensive, lâcha-t-elle, d'une traite. J'ai toujours été bonne pour ce genre de choses.
Les yeux de Sasuke se perdirent sur le rose des cheveux de sa camarade. Alors, comme cela, elle n'avait pas choisit la bonne réponse. Tant pis. En d'autres termes, elle avait reprit les prononciations du blond shinobi, et il fut un tant soit peu rassuré qu'ils étaient aussi déterminés l'un que l'autre. Bien qu'il fût scandalisé par le fait qu'ils pourraient être amenés à affronter d'importants dangers, il n'était pas peu fier de leur assurance resplendissante. Seulement, dans la réponse que lui fournit son amie, quelque chose l'ennuya. De ce qu'il avait vu lors de leur dernière altercation avec les trois Anbus, Sakura était tout sauf plus faible qu'eux. Elle aussi, elle avait sa part de puissance, c'était inéluctable, et il ne se fit pas prier pour le souffler entre ses lèvres, autant pour lui que pour elle. Son sourire ne s'était dessiné que sur son cœur, mais la reconnaissance était bien là, dans sa voix. Il tenait de Naruto que Sakura avait gravit ces échelons, durant toute la période où il avait déserté, dans le seul but de le ramener, et dans le meilleur des cas, vivant. Il ne pouvait être qu'heureux d'avoir entendu cela, quelques heures plus tôt, et désormais, en cet instant favorable, il lui transmit toute la gratitude qu'il lui devait. Dans cette optique, elle parvint à lui arracher un semblant de sourire qu'elle ne put percevoir, le visage alors penché en avant. Tandis qu'il entendait l'expiration de la rose, de son côté, il gonfla ses poumons d'air, comme pour trouver le courage d'affronter un nouvel ennemi. Jamais, ou presque, de sa vie, il n'avait prononcé ce simple mot d'une manière aussi affective. La seule fois, étrangement, où il l'avait soufflé avait déjà eut pour destinée de le lui être adressé. Mais, en ce soir frisquet, le cadre était différent. Il ne partirait plus, et ne délaisserait plus derrière lui les personnes qui pouvaient débusquer un peu de bonheur dans son cœur, en quête d'un pouvoir fou.
Merci, Sakura.
Le duvet des bras de la jeune fille se dressa instantanément, à l'entente de ces deux mots. Son cœur fut prit dans un étau de souffrance et de peur, et une sensation de déjà vu s'empara d'elle. Elle n'haïssait pas ces mots, mais ils lui rappelaient juste un souvenir qu'elle avait voulu tant de fois occulter de sa mémoire. Un souvenir brisant son cœur. L'association de ces deux mots était pour elle un pic gelé qui la transperçait et la glaçait, lui offrant la mort si elle désirait la toucher. Pourtant, et dans sa détresse de terreur, et releva le visage dans un mouvement brusque et ses yeux parcourant le visage changé du brun, comme si elle tenait de décrypter un quelconque signe sur cette surface pâle éclairée par la lumière diffuse de l'astre de la Nuit. Ses lèvres se retrouvèrent de nouveau séparées l'une de l'autre par un vide minuscule qui lui donnait cet air interloqué, voire choqué, qu'il lui avait déjà vu, avant son retour. Elle balbutia quelques syllabes incohérentes, avant de redresser son corps complètement et déglutir non sans peine.
En quel honneur ai-je le droit à un remerciement de ta part, Sasuke ? demanda-t-elle, la voix froide sans qu'elle l'eût voulu, mais les yeux scrutant toujours son visage.
Elle essaya de se contrôler, et elle le fit plutôt bien, ce qui ne la laissait pas de marbre. Même si elle n'avait cessé de faire semblant d'aller bien depuis le début, après avoir retrouvé ce semblant de confiance en elle et son amour, elle préférait ne pas se laisser aller. Il fallait qu'elle semble forte, à tout prix. Si elle voulait mener sa protection, elle devait d'abord se convaincre elle-même que rien ne pourrait leur arriver, tant qu'ils seraient unis tous les trois. De cette manière, elle faisait le premier pas en faisant en sorte que sa voix ne tremble pas.
Et bien, merci à Naruto et à toi, d'avoir prit la décision de ne pas m'éliminer, élucida-t-il.
Les yeux de la kunoichi s'écarquillèrent davantage, tant cela lui sembla absurde. Pourquoi les remercier d'une chose qui n'aurait pu être autrement ? Le brun n'avait-il donc toujours pas compris que, quoi qu'il puisse advenir de lui et ses décisions, elle et Naruto seraient là pour veiller sur lui ? L'hébétement qui peignait ses traits était à son paroxysme. Elle serra les poings devant elle, le visage tout à coup baissé, et sa bouche s'ouvrit et se referma à la manière d'un poisson hors de l'eau une demi-douzaine de fois. Elle était silencieuse, et l'absence de bruit perturba le brun qui, doucement, changea de position. A son habitude de posture droite et la tête relevée solennellement, il se retrouva légèrement courbé, les mains fichées dans les poches latérales de son pantalon de combat, qu'il n'avait pas encore quitté. Sa mouvance eut le don de faire réagir la rose qui réprima un frisson et qui joignit ses mains au creux de son ventre, d'apparence frêle. Elle releva le visage lentement, très lentement, et eu le courage de créer le nouveau contact entre son regard et celui du garçon. Elle ne pouvait pas admettre qu'il ne puisse rien en savoir. Cependant, elle allait le lui affirmer d'elle-même, puisque le besoin s'en faisait sentir. Elle repoussait ainsi dans ses retranchements l'envie qui la poussait à l'étreindre jusqu'à l'étouffer, et lui intimer que pour rien au monde, ils ne pourraient lui faire du mal. Ses yeux continrent un éclat brillant nouveau.
A leur instar, les orbes noirs qui faisaient office d'hôte au regard vert de son amie se voyaient constitués d'une nouvelle teinte émotionnelle. Devant lui, Sakura lui semblait hésitante. Il avait eu l'impression d'avoir dit quelque chose de trop, quelque chose qu'il n'aurait pas du dire. La pensée que Sakura puisse regretter de ne pas se liguer aux côtés de la Hokage l'avait traversé, mais cette idée lui parut incongrue quand, dans sa gène, il bougea et que son regard reprit contact avec son semblable. Qu'est-ce que cette lueur voulait-elle signifier ? Il n'en savait pas grand-chose, mais il se sentit idiot d'avoir cru une seule seconde que la rose puisse lui avoir menti quant à ses paroles au Pays de l'Herbe. Non, il avait confiance en eux. Après tout, ils ne l'avaient définitivement pas lâché ces dernières années. Quoi qu'il leur ait dit, quoi qu'il ait tenté contre eux. Rien n'y avait fait, ils avaient été déterminés à le ramener. Il était désormais touché au plus profond de son cœur, alors quoi de plus naturel que de les remercier de continuer à être plein d'attention à son égard ? Il ne pouvait pas leur en vouloir d'avoir tenté de le faire dévier de son chemin vengeur. Sa folle cécité lui avait fait, à l'époque, pensé cela, mais en ces jours de bonne compagnie, il ne pouvait nier sa gratitude.
Mais, Sasuke, tu n'as pas à nous remercier. Il est normal pour nous de t'aider, et de te protéger, commença-t-elle avec assurance. Depuis que nous nous sommes rencontrés, tu as bâti des liens solides avec chacun d'entre nous, dans l'équipe, même si à l'époque, tu n'en avais peut-être pas forcément conscience. Saches que tu es un être inestimable à nos yeux pour Kakashi-sensei, tu es un ami et un élève avant tout, pour Naruto, tu es un frère. Et pour moi, et bien... Et bien, je crois que tu le sais déjà, termina-t-elle, la voix élevée dans un murmure.
Ses yeux étaient retournés à terre, incapable de tenir celui de l'homme qu'elle aimait. Ses joues s'étaient involontairement teintées d'un rose invisible dans la nuit environnante, et elle sentit la chaleur qui l'accompagnait agripper ses pommettes. Il lui était impossible, comme cette fois-là, de lui dire à cœur ouvert ce qu'elle ressentait pour lui. A l'époque, précisément en cette nuit de pleine lune, avouer ces sentiments n'avaient été que dans le but de le retenir, vainement. Mais en cette nuit, dans le village du Tsuchikage, elle ne pouvait pas réitérer ses paroles, pour une raison qu'elle avait longtemps gardée en elle. Sakura n'était plus la petite fille chez qui elle avait bâti une face superficielle, envieuse de se faire remarquer par le plus puissant des ninjas enfants de leur promotion dont l'amour et la reconnaissance était la convoitise de toutes les petites filles de leur âge. Non, l'amour puéril qu'elle lui avait d'abord porté s'était transformé au fur et à mesure des années. Dès lors qu'elle l'avait côtoyé, étant dans la même équipe que lui, elle avait vite deviné que sa personnalité enfantine n'aurait pas le don de lui faire tourner la tête. Déjà, à l'époque, elle avait évolué, prenant souvent du recul quant à sa personne. Mais leur séparation sur une longue durée avait enrichi cet amour, et ne l'avait pas affecté comme on le dit de la distance, originellement. Grâce à l'absence de l'Uchiha, Sakura avait pu s'ouvrir à d'autres horizons, et de ce fait, elle n'avait jamais perdu la tendre affection qu'elle lui portait. Et plus le temps avait passé, plus le désir de le revoir lucide avait prit une place importante dans son cœur. Son amour, alors, n'avait jamais cessé de se trouver à son summum. De cette manière, ses effusions amoureuses n'étaient pas agréables à divulguer, tant son cœur s'en voyait chamboulé. Non pas que Sakura était d'une timidité maladive, mais quelque chose l'empêchait de répéter ces magnifiques mots, que chacun dans sa vie espérait recevoir.
Qui suis-je, pour toi ? entendit-elle alors.
Elle devint sourde un instant, croyant rêver. Elle releva des yeux alarmés, et elle se recroquevilla un peu plus sur elle-même. Elle percevait un homme au regard semblablement peiné. Pourquoi ? fut la question qui la tarauda bon nombre de fois, en l'espace de quelques secondes. Jamais, jusqu'ici, le brun n'avait porté un quelconque intérêt à ses sentiments. Alors, pourquoi s'y intéressait-il maintenant qu'elle ne voulait pas le dire ? Elle serra la mâchoire et le fixa, les yeux suppliants. Lis dans mes pensées, s'il te plait. Ne me force pas à le dire ! le suppliait-elle en silence, désireuse qu'il use de ses pouvoirs oculaires pour ne pas avoir à prononcer ce qu'elle s'interdisait de laisser franchir ses lèvres. Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. Un ninja ne laisse jamais paraître ses émotions. Je t'aime.
Les paroles se succédaient dans sa tête, et cette dernière lui tournait vivement. Elle ferma vivement les yeux, voulant rompre tout contact avec ces yeux envoûtants, et ses pensées se calquèrent sur ses lèvres. Ces dernières formaient en silence les mots qui se répétaient inlassablement dans son esprit. Si elle avait réussi à se contrôler durant toute la soirée, elle craquait enfin. Elle se sentait dérivé dans un flot continu de paroles, bien que très cohérentes, mais elle ne voulait pas laisser sa voix émettre un son. Elle le suppliait de la comprendre, de décrypter ces paroles vides et de la laisser tranquille. Cela était trop dur pour elle, son cœur lui meurtrissait la poitrine au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient, trop rapides.
Je t'aime.
Ses yeux s'ouvrirent instantanément, et toute réflexion s'évanouit. Elle venait de prononcer, sans le vouloir, ces trois mots qu'elle lui avait déjà adressés auparavant. Elle se mordit la lèvre inférieure, et leva des yeux incertains sur le brun, certaine qu'il eut entendu les paroles, bien qu'elles fussent soufflées dans un murmure presque inaudible. Le son de sa voix lui avait échappé une seconde, ses sentiments débordants et l'ayant forcé à l'élever. Ses dents vinrent s'enfoncer dans la peau gonflée de sa lèvre inférieure quand elle retrouva la tristesse qui avait habitée plus tôt le regard sombre du garçon. Elle sentit son cœur se fondre dans un glacier, et elle eut tout à coup peur qu'il ne lui en veuille d'être resté sous l'emprise amoureuse de son attraction. Elle sentit sa mâchoire perdre sa force et trembloter sous l'effet de son auto sous-estimation, et pensa avoir eu tort, et d'avoir perdu quelque chose de plus de sa part.
C'était si compliqué à dire que cela ? l'entendit-elle dire d'une voix faible, mais qui claqua dans le quasi silence de la nuit.
L'écho de ces mots se perdit dans son crâne, cognant ses recoins avec une douleur insupportable. Sa main se leva naturellement sous l'effet du mal-être, mais se stoppa à mi chemin entre elle et le brun qui lui faisait maintenant face. Ses membres tremblaient légèrement, et ses doigts se refermèrent sur sa paume avant qu'ils n'atteignent la douceur devinée de la joue de l'Uchiha. Elle aurait voulu s'excuser, d'un geste naturellement affectif, comme elle le faisait souvent avec le blond shinobi, mais elle se rappela soudainement qu'il n'était pas Naruto. Sa main était donc en suspension dans l'air, frémissante et immobile. Elle était figée, elle aussi, et son corps semblait s'être endormi instantanément. Une minute passa, sans qu'elle ne réagisse. Enfin, au bout de cet instant de semi-mort, elle se décida à se reculer, et entreprit de reprendre les droits sur son bras et sa main. Seulement, elle ne sentit pas de suite que, lorsqu'elle avait voulut le faire, quelque chose l'en empêcha. En effet, et elle leva des yeux à demi étonnés sur l'acte, le brun avait retenu sa main, et l'avait porté lui-même à sa joue. Ainsi, dans cette position aux allures étranges, les deux se fixaient du regard, les deux incertains et déroutés. Sakura ne comprit pas dans l'instant ce qu'il se passait et elle ouvrit, au bout de quelques secondes, à nouveau des yeux écarquillés. Sa bouche se fendit une nouvelle fois dans une expression d'abrutissement, et elle cligna des paupières plusieurs fois. Même si le visage de son ami était toujours peint de cette incroyable douleur incompréhensible, elle y percevait quelque chose dont elle ne connaissait pas le nom, du moins en apparence. Elle ne parvenait pas à définir la raison de son geste, lui qui était si neutre, d'habitude, et réservé. La glace qui s'était emparée plus tôt de son cœur fondit et se métamorphosé en douceur chaude, trait de la compassion qui se joignit à son être. Elle devina qu'il devait prendre conscience de ce qu'elle lui avait dit, et qu'il n'était pas si rancunier que cela. Sous ses traits ébahis, elle invoqua un sourire qui parvint à s'installer sur ses lèvres refermées.
De l'autre côté de ce lien charnel, un visage tout en douleur et paradoxalement serein se dessinait dans la lumière de la Lune. Sasuke n'avait pas exécuté ce geste pour lui, non. Il n'y avait que compassion, en lui, en cet instant, et faire reconnaitre à Sakura qu'elle l'aimait toujours l'avait déchiré, sur l'instant. Il s'en voulait toujours autant de l'avoir fait souffrir, et de continuer à la mettre mal à l'aise, puisqu'il ne répondait pas à ces sentiments passionnels. Il détestait sa façon d'avoir été aussi neutre à son égard, lors de leur jeunesse, et il haïssait la façon dont il se devait de se préserver de l'Amour. Il savait pertinemment que dans son clan, ce sentiment n'avait pas sa place car il n'engendrait, dans la plupart des cas, que haine et danger, dégâts et Mort. Il ne pouvait pas se résoudre, donc, à lui répondre mais il voulait un tant soit peu lui montrer sa gratitude, et sa compréhension, par ce geste concret. Il ne voulait pas se défaire de l'unique lien qui les unissait, tous les deux, et surtout pas en répondant à ces mots pleins d'affection. Il voulait plus que tout au monde la protéger, et tout d'abord de lui-même, du sang maudit de son clan. Mais, et cette pensée le traversa dans l'instant, ne pas l'aimer en retour constituait-il une autre forme de souffrance de sa part ? Il ne le savait. Et pourtant, si cela était le cas, il en était soulagé. Car s'il se voyait, par un moyen saugrenu, tomber amoureux d'elle, elle souffrirait tout autant, mais elle aurait gagné son cœur, au moins. Pourtant, il restait lucide dans ses idées. Son but premier était de l'éloigner de son cœur, et ainsi de sa maléfique personne. Il était enfermé dans le dilemme, et son geste pouvait avoir, pour lui, plusieurs significations. Mais, lorsqu'un paradoxe comme celui-ci s'imposait, n'était-il pas préférable de choisir la solution qui admettait, hypothétiquement, un avenir meilleur ?
