Oscar encore sidérée tant par la nouvelle concernant Catherine que par sa propre bourde, quitta le bureau du Général. Une petite assemblée s'était constituée devant l'entrée principale du château. Catherine et Alain étaient assis sur les marches en pierre du perron, il l'entourait de son bras. André , Louise, la mère d'Oscar qui revenait tout juste de Versailles, Grand-Mère, Agnès et quelques autres domestiques les accompagnaient. De concert, leur regard se posèrent sur l'héritière, blanche comme un linge, les traits tirés, qui venait d'apparaître. Très mal à l'aise elle commença timidement.

-André, nous devons aller dans le bureau de mon père... Voilà , suite à une confusion, je lui ai révélé notre relation. Les personnes qui n'étaient pas encore au courant se regardèrent pantois sans oser questionner les jeunes gens. Elle s'approcha de lui. André , pardonne-moi... Puis se tourna vers son employée au passé trouble : Catherine , je te parlerai ensuite, seule à seule, si tu veux bien.

-C'est inutile Commandant, nous savons que votre père a été informé au sujet de Catherine.

-Mais... Comment avez-vous su... ?

-C'est ce que j'ai voulu te dire toute à l'heure, mais tu ne m'as pas laissé finir ma phrase, ma chérie... Dit doucement grand-mère en posant une main sur le bras d'Oscar.

-Oh... Et bien, Catherine, j'ai bien peur que mon père veuille que tu quittes la maison. Mais, je te promets que vais tout faire pour que tu restes. Néanmoins, je veux comprendre... Dit Oscar d'une voix douce et triste en s'agenouillant près de sa servante.

-Ne vous en faites pas Commandant, pendant que vous crachiez le morceau à votre pater nous en avons discuté, et...

-Je peux parler Alain, je sais me servir de ma langue tu sais. En prononçant ces mots, Catherine surprit le visage de son ami s'illuminer, ses yeux commencer à pétiller et avant même qu'il n'ouvre la bouche, elle leva un index menaçant et l'avertit Et si ce que je viens de te dire t'inspire une quelconque boutade, du genre « Elles me disent toutes ça » je te recommande fortement de la garder pour toi... Le petit groupe rit de bon cœur malgré la gravité de la situation.

-Je m'avoue vaincu , tu me connais trop bien ma belle... Il l'embrassa affectueusement sur la tempe.

-Alain vient de me proposer de venir vivre chez sa mère en attendant. Je ne sais pas ce que ça donnera , mais, une chose est sûre, je ne peux pas rester ici . Affirma Catherine, sérieuse.

-Bien, comme tu voudras... André, nous devrions y aller... Catherine, reste ici pendant ce temps, je voudrais vraiment te parler quand même.

-Attendez Oscar, je viens avec vous deux...

-Mère ?

-Si je suis présente , peut être que votre père n'osera pas être violent. Je crains tellement sa réaction.

-Si vous avez besoin de renforts appelez-moi.

-Merci, Alain , ça ira. Répondit Oscar avec un sourire fin.

Ainsi, André, Oscar et Louise se rendirent dans le bureau du Général. André frotta affectueusement l'épaule d'Oscar comme pour lui donner du courage , elle, rechercha ensuite cette main rassurante pour la serrer dans la sienne. André tentait de paraître confiant, mais il n'en menait pas large non plus, il s'attendait à être ou bien étripé, découpé en morceaux , ou encore décapité . Peut être les trois, restait à savoir dans quel ordre... Il avait fait ce que Reynier avait interdit à quiconque traiter Oscar comme une femme, ce qu'il avait fait de manière on ne peut plus radicale d'abord en la déflorant, puis en s'adonnant à de folles étreintes à de maintes reprises pour leur grand plaisir réciproque. En repensant à la dernière fois qu'ils s'étaient aimés, André regarda Oscar et eut un sourire triste, peut être cela avait été la dernière fois... Ils entrèrent dans le bureau, c'était rarement un lieu dans lequel on y annonçait de bonnes nouvelles, mais là, André trouva que cette pièce avait résolument des allures de tombeau , l'atmosphère était oppressante : Il y faisait chaud, sombre, et le silence était pesant. La comparaison était de circonstance étant donné ce qui risquait de s'y produire. Pensa-t-il. Malgré la solennité du moment, il avait encore la ressource pour faire de l'humour. Le Général parut surpris de la présence de son épouse.

-Louise, que faites vous ici ?

-Oscar est ma fille... Ce qui va se passer dans cette pièce me concerne. Dit elle calmement en s'asseyant.

-Et bien, décidément... Toutes les valeurs se perdent dans cette maison... Puis il s'adressa au jeune couple. Ainsi donc vous forniquez de manière éhontée sous mon toit... Heureusement personne n'est au courant, en agissant de manière discrète, nous allons pouvoir écraser le mal dans l'œuf...

-Moi je le savais …

-Louise, vous saviez et pourtant vous ne m'avez rien dit ?

-Vous étiez en déplacement lorsque j'ai su... Et puis si les enfants sont venus vers moi, c'est peut être parce que contrairement à vous, je ne leur inspire pas de la peur …

-Moi de la peur pfff, allons... Suis-je vraiment ce genre de personne ?

-Vous avez déjà brutalisé Oscar plus d'une fois... Reprocha André au Général

-Cela s'appelle éduquer, jeune homme... Louise étouffa un éclat de voix d'indignation, elle n'avait jamais été d'accord sur ce genre de méthode.

-Ça n'est pas cette sorte d'éducation que je compte donner à ma descendance.

-Précisément, si vous donniez une enfant à Oscar, nous serions dans de beaux draps, c'est pour ça, que nous devons mettre fin à cette folie.

-Si la seule chose que vous nous reprochez c'est de ne pas être mariés , ça peut s'arranger facilement. Insinua André.

-Vous êtes fou, Grandier ! Il vous faut l'autorisation du roi pour ça …

-Sa majesté nous apprécie beaucoup Oscar et moi, ça ne sera qu'une formalité, nous aurons son autorisation .

-Mais pas la mienne !

-Et pourquoi ? S'emporta Oscar . André est un homme remarquable, il me connaît comme personne, il est attentionné, il me soutient, il est à mon écoute, il me rend heureuse , il m'a sauvée la vie à maintes reprises... Et par dessus tout, c'est l'homme que j'aime... Cette dernière phrase vint mourir sur ses lèvres comme un aveu désespéré.

-Je le sais mon enfant …. Dit le général d'un ton neutre.

-Que vous faut-il de plus ? Ah oui, j'oubliais , les titres de noblesse, bien sûr !

-Les nobles épousent des nobles, ça n'est pas moi qui l'ai inventé ma fille, il le faut.

-Regardez le résultat sur mes sœurs , certes elles sont mariées à des hommes riches et puissants, elles vivent très confortablement dans une cage dorée, mais elles...

-C'est pour leur bien, pour les protéger, les femmes doivent être protégées.

-Les protéger ? Mais pourquoi croyez vous que Clotilde soit venue passer quelques semaines ici l'été dernier ? Pour profiter du bon air de Versailles ? Avez vous remarqué ces cernes sous ses yeux, savez vous pourquoi elle portait des manches longues en plein mois d'Août ?

-Oscar, non … Sanglota Louise

-Il faut qu'il sache ! Cria Oscar en se levant de son siège.

-Et bien parlez mon enfant ! Que dois-je savoir ? Demanda le patriarche, le plus calmement du monde

-Vraiment ? Vous ne devinez pas ? Oscar contenait de plus en plus mal sa rage. André lui prit la main pour l'apaiser. Elle a... tenté de mettre fin à ses jours, parce qu'elle vit un enfer avec le « merveilleux riche et noble mari » que vous lui avez trouvé. Le visage de Reynier changea d'expression, il se tourna vers son épouse :

-Louise... est ce bien vrai ? Demanda-t-il sincèrement soucieux. L'intéressée ne put qu'acquiescer.

Il s'approcha de sa femme, se baissa et de manière très inhabituelle , l'enlaça. Oscar n'en croyait pas ses yeux , elle n'avait jamais vu ce genre de démonstration d'affection chez son père, il n'était donc pas cette espèce de chose, une statue (plus ou moins) vivante , sans sentiments aucun. De stupéfaction, Elle se laissa tomber sur son siège

-Pourquoi ne m'avez-vous rien dit ? Je lui aurait réglé son compte moi à ce triste individu.

-Parce que vous pensez que tout peut se résoudre de cette façon, mon ami ? Justement, là vous avez l'occasion de marier une de vos filles à un homme bon, que vous connaissez... Comment pouvez vous lui en vouloir ? André est un homme terriblement séduisant , moi aussi à la place de notre fille j'aurais succombé à son charme ! Machinalement Reynier jeta un œil inquisiteur sur l'intéressé. Incommodé , André s'enfonça dans son fauteuil pour se faire le plus petit possible. Oscar fronça les sourcils et fit la moue. Sa mère avait-elle réellement déjà regardé André de la sorte ? Comme une... Enfin... avec des yeux de femme.

-Mon amie , est ce bien le moment de plaisanter ?

-Je suis sérieuse ! Je ne suis surprise que d'une chose, voyez vous, c'est que cela ne se soit pas produit plus tôt ! Parceque vous ne l'avez peut être pas remarqué, mais notre fille est un beau brin de femme, elle a de longues jambes, des yeux magnifiques, beaucoup d'allure ,pas étonnant que ces deux soient tombés dans les bras l'un de l'autre ! Vous ne voulez pas de beaux petits enfants ? Ils auront vos yeux, ceux là même que vous avez donné à notre Oscar. Ces yeux qui m'ont tant plus la première fois que nos parents nous ont présentés l'un à l'autre. Dit elle tendrement. Le général pris la main de son épouse et la baisa amoureusement.

-Je vous aime, Louise... Vous êtes si bienveillante... Cela vous fâcherait-il si je vous rejoignais dans vos appartements ce soir après souper ?

Oscar se racla bruyamment la gorge pour attirer leur attention et mettre fin à cet embarrassant spectacle et ajouta :

-Vous savez, nous sommes toujours là, et en plus, nous entendons ce que vous dites …

Décontenancé, le patriarche se releva brutalement, trop sans doute, puisqu'une ancienne douleur dorsale se rappela à son bon souvenir. Il se gratta le nez et alla se planter devant la fenêtre , droit comme un cierge. La maîtresse de maison se tortilla sur son siège.

-Oscar, André, vous ne pouvez pas … Que vais-je dire au père de Victor de Girodelle, moi ?

-Ne vous en faites pas pour Girodelle, mon cher ! Il n'a qu'à se baisser pour cueillir les prétendantes de bonnes familles, et des jolies. Gloussa Louise.

-Vous ne voulez vraiment pas l'épouser … ?

-Non, père... Il soupira .

-Allez, sortez de là vous trois. Laissez-moi seul. Fit-il en illustrant ses propos avec un geste de la main

-Attendez père, maintenant, c'est moi qui voudrais m'entretenir avec vous, au sujet de Catherine …

-Je ne veux plus la voir celle-ci... Je resterai intransigeant sur ce point.

-Père vous n'êtes vraiment pas charitable.

-Oscar, c'est inutile, elle ne souhaite pas rester de toutes façons… Catherine sera entre de bonnes mains avec Alain, j'en suis sûr . Murmura André en passant une main rassurante dans le dos de son aimée.

-Je vais réfléchir à votre sujet, en attendant , tenez vous en à un minium de lubricité. Conclu le Général.

Ils sortirent , Louise fermait le petit cortège, elle était sur le point de fermer la porte derrière elle quand la voix de son mari l'interpella.

-Louise, attendez je vous prie …

-…

-Je vais rédiger une lettre à l'attention de Clotilde, que je ferai envoyer par messager rapide , je ne peux pas la laisser dans cette situation. Nous allons la faire venir ici et voir ce que nous pouvons faire...

-Vous redevenez l'homme de cœur que j'aime tant mon cher...

Rendus un peu perplexes par cette entrevue, André et Oscar restèrent assis dans l'antichambre du bureau sans rien dire. André brisa la glace :

-A ton avis , qu'a-t-il voulu dire par « tenez vous en à un minimum de lubricité » ?

-Comment le saurais-je ? Rétorqua Oscar soucieuse.

-C'est ton père !

-Tu le connais depuis presque aussi longtemps que moi !

-Peut être a-t-il voulu dire « Pas sous mon toit » …

-Je ne sais pas André, on est en vie, c'est déjà pas mal … Soupira la jeune femme.

-Je vais te donner beaucoup d'occasions de me convoquer dans ton bureau , je ne serai pas un soldat modèle , mon Commandant... Sous entendit André charmeur, avant de l'embrasser tendrement. Oscar enroula ses bras autour du cou du jeune homme et se mit à pleurer de soulagement.

-Excuse-moi de t'avoir parlé ainsi,mon amour, mais j'ai eu si peur...

-Je ne l'aurais pas laissé lever la main sur toi. Même s'il aurait fallu que j'y laisse la vie.

-Je t'aime tant André, je ne veux pas être séparée de toi, jamais... Si mon père ne nous laisse pas nous marier...

-On ne sait pas encore, il n'a pas dit non. Il sait que s'il nous interdit de nous aimer on est capable de s'enfuir. Il ne prendra pas ce risque , j'en suis sûr. Oscar opina du chef. Ils se levèrent et prirent la direction du parvis du château .

-Je me sens un peu vexée que Catherine nous ait caché tout ça même à nous.

-Et bien, ça n'est pas non plus quelque chose qui se case facilement dans une conversation. Je suis plus proche d'elle que toi depuis des années , et elle ne m'a rien dit. Mets-toi à sa place aussi.

-Tu as raison, André... C'est drôle, j'ai l'impression que tu connais les femmes bien mieux que moi.

Ils rejoignirent Alain et Catherine qui avaient déjà réuni toutes ses affaires . Il n'y avait que quelques paquets et une petite malle. Grand-Mère s'adressait à Catherine.

-Je trouve le Général injuste, Catherine, tu as toujours très bien travaillé ici, je n'ai jamais eu à me plaindre de toi... Sauf peut être de ton sale caractère... Le reproche eut le mérite de détendre l'atmosphère en faisant rire tout le monde. Sinon, pourrais-tu me donner les proportions de ton mélange pour faire l'argenterie ?

-Bien sûr Grand-Mère , je vais vous le noter. Je reviens !

Oscar entraîna Alain un peu à part et lui glissa :

-Prenez grand soin d'elle.

-Elle n'a pas besoin de moi pour ça, elle est très débrouillarde...

-On a tous besoin de quelqu'un de bienveillant à nos côtés, je veux dire, soyez bon avec elle...

-Inutile de me le dire ! Vous me donnez des leçons, mais il vous en fallu du temps pour vous rendre compte qu'elle existait. Oscar piquée au vif monta sur ses grands chevaux.

-Je sais, je n'ai jamais trop cherché à connaître les gens qui travaillent pour mes parents. Et c'était une erreur, je le reconnais, je suis désolée , j'ai essayé de vous montrer que tous les nobles n'était pas ces prétentieux égoïstes, mais j'ai échoué... Je ne vois pas ce que je peux faire de plus . Alain fourra ses mains dans ses poches , haussa les épaules et marmonna :

-En réalité... Je vous ai peut être mal jugée.. Au fond, je vous aime bien commandant.

-Dans ce cas, nous sommes deux, moi aussi je vous dois des excuses. Concéda Oscar.

Alain marmonna quelques morceaux de phrases incompréhensibles. Grand-Mère arriva comme un chien dans un jeu de quilles et bouleversa leur discussion :

-Alors comme ça, André et toi êtes amoureux et vous ne m'avez rien dit ? Glapit-elle

Catherine réapparu, avec un morceau de papier qu'elle mit dans la main de Grand-Mère. Elle fit ses adieux à ses anciens collègues. Elle donna une accolade amicale à Agnès qui lui chuchota.

-Tu es vraiment sûre qu'il n'a pas de frère ?

-Oui, je suis sûre. Lui répondit Catherine à la fois riant et contenant tant bien que mal ses larmes.

Oscar s'adressa à cette dernière :

-Je voudrais vous accompagner à Paris en voiture.

-Merci Mademoiselle , je ne pensais pas avoir autant d'effets personnels. La jument d'Alain n'aurait pas apprécié une telle charge.

-Je crois que le « Mademoiselle » est de trop maintenant, Oscar suffira amplement.

Ils embarquèrent. Catherine jeta un dernier coup d'œil sur le château des Jarjayes et salua de la main ses amis. André menait la calèche , Alain montait Atalante. A peine le petit équipage venait-il de démarrer que l'ancienne servante s'adressa à Oscar :

-Alors, vous voulez savoir, hein ...?

-Seulement si tu en as envie, et je vais te demander de me tutoyer si ça ne t'ennuie pas.

-Je risque d'avoir un peu de mal au début... Mais c'est d'accord !

Catherine se lança dans un long récit de son ancienne vie , sa vie d'avant la maison Jarjayes. Une période qui fut aussi courte que marquante. Elle lui révéla également ses origines bourgeoises. Oscar resta interdite durant tout le monologue de celle qui était désormais pour elle une amie. A la fin, elle osa un timide :

-Mais comment... Ne le prend pas mal , mais je me suis toujours demandée comment faisaient les prostituées pour... Oscar ne pu terminer sa phrase. Elle cherchait une formulation la plus enrubannée possible. Catherine vint à son secours.

-Comment supporter de se faire toucher par de parfaits inconnus , qui bien souvent vous révulsent ?

-… Oui... Souffla Oscar, pleine de compassion.

-Je ne sais pas pour les autres, j'imagine que de manière générale... On ne leur demande pas leur nom, on tente de ne pas regarder leur visage, comme pour les déshumaniser le plus possible, afin de rendre l'acte plus supportable, pour se préserver. Toujours dans le même but, il ne faut pas trop penser, ou juste penser à l'argent que ça rapportera, à une hypothétique vie meilleure. C'est... Comme une anesthésie de soi, qui malheureusement ne fonctionne pas toujours, d'ailleurs Cela doit vous sembler bien sordide, n'est ce pas ?

-…

-Tant qu'on est « dedans », on ne réalise pas tellement ce qu'on fait. C'est paradoxalement quand j'ai arrêté, quand j'ai subit cette désastreuse intervention, puis, quand je suis arrivée chez vous que j'y ai le plus songé , et que j'ai réalisé la gravité, les conséquences sur ma personne. C'est une période que je n'oublierai jamais, bien malheureusement... Je me pensais incapable d'aimer à nouveau, et je ne parle pas que de mon cœur … Insinua-t-elle avec un sourire timide. Et j'ai rencontré Alain... Je sais que cela vous laisse perplexe, mais il est très doux et attentionné dans l'intimité. Je l'aime tellement... Ça m'étonne moi même.

-C'est peut être prétentieux, mais vois-tu, j'ai l'habitude de considérer que je suis courageuse, Mais là, je dois dire que ton courage m'impressionne... Tu as su prendre la décision de partir, tu as trouvé la force de le faire, alors que tu n'avais personne à tes côtés et que c'était risqué, tu as fais ça seule. Tu es très forte. Et là, à nouveau le destin joue contre toi, et il semble que ça ne te touche même pas.

-La différence, est que je ne suis plus seule. J'ai Alain, je vous ai vous, André , j'ai même réussi à me faire apprécier de Grand-Mère !

-Tu ne te demandes pas qui t'a dénoncé ?

-Si, mais je n'ai pas la moindre hypothèse.

-Peut être Grégoire ? Suggéra Oscar.

-Oh non, il a beaucoup trop peur d'Alain...

-Au sujet d'Alain, je suis désolée, je l'ai mal considéré, d'ailleurs je lui ai dit tout à l'heure... Je pense que c'est un homme bien. En revanche je suis mécontente d'une chose.

-Vraiment ? Qu'y a-t-il ?

-Tu as continué de me vouvoyer ! Reprocha Oscar sur un ton faussement en colère.

-Je vous ai dit, ça ne va pas être facile !

-Tu recommences !

Elles s'esclaffèrent toutes les deux. Le carrosse venait de s'arrêter . La petite troupe était arrivée à destination. Catherine se fit soudain nerveuse. Elle allait rencontrer la mère d'Alain, sa belle-mère , plus ou moins, puisqu'elle et Alain n'étaient pas mariés. Ce dernier perçut le malaise de la jeune femme.

-Hé ! Ne fais pas cette tête ! C'est rencontrer ma mère qui te mets dans un état pareil ?

-Mais non, voyons pourquoi aurais-je peur ? Se défendit elle maladroitement.

Alain frappa à la porte. Très vite on vint ouvrir. C'était Diane. Elle s'attendait à voir Alain, mais resta circonspecte devant les trois autres amis. Une voix se fit entendre de l'intérieur de la maison.

-Alors ? Qui est ce ?

-C'est Alain et quelques amis Maman.

-Ah , non ! Reprit la même voix. Je lui ai déjà dit que je ne voulais pas de ses copains de beuverie ici. La propriétaire de cette voix fit son apparition dans l'encadrement de la porte. Elle demeura en arrêt devant la petite clique, elle qui s'attendait à voir une bande de soudards. Oh... Tu ne me présentes pas tes amis, Alain ? Où sont tes bonnes manières ?

-Voici Catherine ! Frétilla Diane, et là ce sont André et Oscar. Continua-t-elle avec le même enthousiasme.

-Bon... ne restez pas là, entrez donc! Venez par ici... En les dirigeant vers la cuisine, elle se retourna vers Oscar et dit à destination de Diane.

-Ah... Oscar... Cette femme soldat dont tu me rebats tant les oreilles... Puis à Oscar avec un air de compassion : Ça va ? Mon garnement ne vous donne pas trop de fil à retordre ?

-Maman, je ne suis plus un enfant...

-Tu ES un garnement ! Confirma-t-elle, autoritaire . Et j'ai bien cru que tu finirais vieux garçon après... « tu sais quoi ». Elle fit s'asseoir les amis à la table de la cuisine et s'adressa à Catherine, méfiante. Alors, c'est vous Catherine, sa bonne amie ? Sans lui donner le temps de répondre elle apostropha André. Et vous, ça n'est pas parce que vous êtes fort bel homme que je vais vous laisser faire la cour à ma Diane, elle est beaucoup trop jeune pour vous, et elle sort d'une grosse peine de cœur.

-QUOI ? S'écria Alain.

Oscar se pétrifia avant de tourner lentement la tête vers SON André. En entendant ces même mots, Diane qui était occupée à préparer du thé laissa tomber une tasse à terre qui se brisa en mille morceaux.

-Maman ! Je n'ai jamais dit ça , enfin ! Protesta-t-elle énergiquement.

-Je croyais qu'il te plaisait !

-Oui... J'ai dit ça...Mais... Il est … Balbutia Diane , le visage cramoisi en triturant son tablier.

-Oscar est ma bien-aimée, et il n'y a de place que pour elle dans mon cœur, vous n'avez rien à craindre , Madame. Affirma André.

-Oh, je préfère ça...

-Moi aussi... murmura Oscar.

-Et vous êtes très bien assortis... Et vous mademoiselle êtes une sacrée veinarde. Mais je parle, je parle, dis moi Alain ce qui nous vaut la visite de tes amis...