Je pris soin d'éteindre toutes lumières et de tourner deux fois la clé dans la serrure avant de quitter la boulangerie. Au dehors, la place baignait dans la lumière rose du soleil couchant, l'air embaumait cette odeur particulière propre à la fin de l'été, c'eut été une belle journée à passer en forêt.
En d'autres temps, qui me semblaient parfois immémoriaux, il aurait été hors de question que je m'enferme dans une boutique par un si beau jour. Encore une des nombreuses preuves que notre monde avait changé…
- Katniss ?
Delly se tenait sur le seuil de sa propre boutique, visiblement étonnée de me voir sortir de celle de Peeta.
- C'est toi qui tenait la boulangerie ?
- Provisoirement, Peeta avait vraiment besoin de repos…
- Ne m'en parle pas, cela fait des semaines que je le supplie de prendre quelqu'un pour l'aider. On ne le voit même plus chez lui, j'ai l'impression qu'il ne rentre même pas pour dormir…
Je rougis malgré moi, car je savais très bien où Peeta rentrait lorsqu'il s'accordait quelques heures de sommeil. Elle remarqua mes joues rouges et sourit doucement.
- Oh, je vois… On dirait qu'il rentre tout de même, dit-elle en fermant à double tour la porte de son magasin.
- Hum, oui, répondis-je simplement.
- Nous rentrons ensemble ?
J'hochai la tête et nous mîmes en route vers le village des vainqueurs. Nous marchions lentement.
- C'est une bonne chose, déclara-t-elle au bout d'un moment. Vous deux.
Je pris une longue inspiration avant de répondre. J'eus premièrement l'envie d'écarter le sujet mais j'avais définitivement besoin de parler de mes sentiments… Delly n'avait jamais été mon amie, mais elle était bienveillante et Peeta lui portait sa confiance.
- Tu sais… Il n'y a pas vraiment de « nous deux »… C'est compliqué. En fait, c'est surtout moi qui suis compliquée.
- Je ne comprends pas… Vous passez la nuit ensemble mais…
Elle semblait déconcertée.
- Nous dormons, précisai-je. Comment dire… C'est une manière de gérer les cauchemars, c'est rassurant.
- Uniquement ?
- Je n'en sais rien. Parfois, j'ai l'impression que tout est à deux doigts de basculer entre nous et puis… Rien.
- Et tu en as envie ? Je veux dire… que votre situation … « bascule »…
Je rougis jusqu'à la racine des cheveux.
- J'ai envie de lui, si c'est ce que tu me demandes…
- Mais est-ce que tu l'aimes ?
Je soupirai.
- J'en ai l'impression… Mais je n'ai jamais connu ça… et je n'y connais rien… Je me sens tellement perdue, mes sentiments sont tellement embrouillés entre présent et passé. Et j'ai peur… Nous avons déjà tellement souffert, j'ai peur de lui faire plus de mal encore si je me trompe…
- Tu sais quand je te regarde, je ne doute pas que tu l'aimes ou que tu l'aies aimé. Sois honnête envers toi-même, Katniss… Tu as été prête à sacrifier ta vie pour lui. On ne sacrifie pas sa vie simplement parce qu'on se sent redevable… S'il te faut une preuve, ne garde que celle-là.
Je restais songeuse.
- Et celle de ta jalousie quand tu m'as vue m'installer chez lui, c'était une très belle preuve d'amour également…
Nous éclatâmes de rire. Mais le souvenir de ce sentiment brûlant me revint nettement en mémoire.
- Excuse-moi, je t'en prie… J'ai été assez stupide pour me laisser manipuler par Haymitch…
- Aucun problème, vraiment.
Cette fille était une d'une gentillesse infinie.
- Je peux te poser une dernière question, Katniss ?
Nous étions arrivées devant chez moi.
- Oui ?
- Est-ce que tu doutes que Peeta t'aie aimé sincèrement ?
J'y réfléchis honnêtement et je fis mentalement la liste de tous les actes qui m'avaient prouvé qu'il m'aimait. C'était presque étourdissant.
- Non, répondis-je émue.
- Dis-toi que rien n'as changé aujourd'hui. Il n'a pas besoin de me le dire… Cette manière dont il te regarde ! Je donnerais tout ce que j'ai pour qu'un homme me regarde un jour comme ça…
- Depuis qu'il est rentré, il n'a même jamais essayé de m'embrasser…
Delly haussa les épaules.
- Mais sait-il que tu l'aimes ? Il attend probablement un signe de ta part…
- Une preuve d'amour ?
- En quelque sorte… Tout le monde a besoin d'encouragement…
Tout cela me laissait perplexe.
- Bon, je te laisse... Mais réfléchis-y, dit-elle en s'éloignant.
- Delly ?
Elle s'arrêta et se tourna vers moi.
- Oui ?
- Merci, dis-je avec un sourire franc.
- De rien. A bientôt.
Je lui fis un signe de la main avant de me diriger vers le perron de ma propre maison. Je restai un instant sur le seuil, la main sur la poignée, hésitante quant à ce que j'allais trouver derrière cette porte et sur la manière dont j'allais y faire face…
Lorsque je l'ouvris, Buttercup fila entre mes jambes. Il faisait sombre dans le couloir à cause de la nuit tombante, je distinguais des taches blanches sur le parquet qui n'étaient en réalité rien d'autre que le courrier du jour. Je le ramassai et le posai sur la commode avec le reste de ma correspondance qui s'entassait depuis des semaines. Je me rappelai qu'il y avait une enveloppe qui provenait de ma mère et une lettre d'aspect officiel qu'il fallait que j'ouvre. Demain.
J'appelai doucement Peeta, pas assez fort pour l'éveiller, juste au cas où il serait debout. Je ne reçus aucune réponse. Je restai au bas de l'escalier quelques minutes, ne sachant que faire. Les conseils de Delly avaient fait surgir mille mots que j'avais au bord des lèvres mais que je me savais incapable de lui dire.
Je me décidai à aller vérifier qu'il allait bien. Je m'engageai dans l'escalier, dans le noir, la tête bouillonnante de mille pensées à son sujet. Je montai lentement, reprenant ma respiration à chaque marche, pas que ce fut un effort, mais quelque chose semblait peser sur ma poitrine.
Je m'arrêtai sur le seuil de ma chambre. La vision me laissa sans voix. Les dernières lueurs du jour qui s'infiltrait par la fenêtre venaient éclairer sa peau nue aussi blanche que le drap de coton entortillé autour de ses hanches. Sur le ventre, la joue appuyée sur son avant-bras, il dormait tel un enfant. Si ce n'avait été sa jambe artificielle que je devinais sous le drap, l'on aurait pu croire qu'il était toujours le garçon de seize ans dont j'évitais le regard au lycée.
Peeta était paisible et, je me demandais un instant, si j'étais pour quelque chose dans cette paix intérieure qu'il semblait avoir trouvée. Je m'assis au bord du lit et, bien que je ne voulusse pas l'éveiller, je ne pus m'empêcher de laisser courir mes doigts sur son dos, du creux de ses reins à sa nuque, et ensuite sur sa joue. Le contact de sa peau douce m'émeut pour je ne sais quelle raison. Je retirai ma main et détournai le regard.
- Katniss ?
Sa voix était rauque, mal éveillée.
- Dors, ce n'est que moi, dis-je en tentant de masquer le tremblement de ma voix.
Il s'assit dos à la tête de lit et sa main caressa mon genou comme pour s'assurer de ma présence.
- Tu devrais dormir encore un peu, insistai-je en caressant sa joue.
Il appuya son visage dans ma main comme pour me dire qu'il n'avait pas besoin de dormir, mais qu'il avait besoin de moi.
« Encourage-le », me rappelai-je.
Au prix de gestes que je ne croyais pas pouvoir faire, je me rapprochai et l'enlaçai. Je sentais sa respiration régulière, encore ensommeillée, projeter doucement son torse contre ma poitrine. Sa tête reposait sur mon épaule et son visage était enfui dans mes cheveux, son corps presque nu était lascif entre mes bras.
- Tout va bien ?murmura-t-il dans mes cheveux.
- Tout va pour le mieux. Pourquoi ?
- Tu sembles bizarre… Je te sens tremblante contre moi…
Je ne m'en étais pas aperçue mais tout mon corps tremblait d'appréhension à l'idée de me confier à lui. Alors, pour me rassurer, je l'enlaçai plus fort, je laissai mes mains caresser son dos et ses cheveux. Il soupira de plaisir contre ma gorge.
- Reste avec moi, chuchota-t-il contre la peau de mon cou.
- Toujours, promis-je.
Un sourire étira ses lèvres alors que d'une main, il déboutonnait ma robe. Je réalisai soudain qu'il faisait ça naturellement, comme s'il en avait l'habitude. Et c'était également le cas pour beaucoup d'autres gestes de ce genre qu'il semblait accomplir avec facilité et qui me coûtait de gros efforts. Je me rendis compte alors que Peeta avait de l'expérience avec ce genre de proximité, et cela me rassura, car si je ne savais pas où nous allions, lui semblait le savoir.
Ma robe glissa sur le parquet et ses doigts cherchèrent l'attache de mon soutien-gorge. Il la dégrafa et fit glisser les bretelles sur mes épaules. Un rire m'échappa.
- C'est déconcertant, murmurai-je pour m'expliquer.
- Quoi ?
- La facilité avec laquelle tu fais ça… J'ai l'impression que chaque geste envers toi me coûte… Et toi, tu me déshabille comme si c'était naturel…
- C'est naturel, plaisanta-t-il en envoyant mon soutien-gorge rejoindre ma robe, car je l'ai fait des dizaines de fois dans mes rêves.
Mon cœur manqua un ou plusieurs battements, je ne sais plus.
- Vraiment ?parvins-je à dire. Bien, ils devaient être très… précis…
- Assez, en effet, rit-il. Je peux te montrer à quel point, si tu le souhaites…
Il plaisantait. Il ne s'était passé jusqu'ici rien de plus que ce qu'il se passait toutes les nuits. Mais ma réponse pouvait tout changer. Il me tendait la perche que j'attendais désespérément. Je ne voulais plus laisser passer ma chance.
- D'accord. Montre-moi, dis-je d'une voix tremblante en me serrant contre lui, laissant ma peau nue embrasser la sienne.
Il s'était figé. Ses mains s'emparèrent de mes hanches et il me repoussa de manière à pouvoir voir mon visage, mais je baissai obstinément la tête.
- OK, Katniss... J'ai besoin de savoir…
Sa voix à lui aussi tremblait.
- Oui ?
- Est-ce que c'est un jeu ou…
- Non. Je ne joue pas, coupai-je le souffle étrangement court.
- Bien, souffla-t-il tandis que ses mains prenaient mon visage en coupe pour l'attirer vers le sien.
Il marqua une pause comme pour réaliser ce qu'il s'apprêtait à faire.
- Alors, généralement ce rêve commence plutôt comme ça…
Enfin, ses lèvres se posèrent sur les miennes. Ce fut bref, presque insaisissable, tellement court que je me demandai s'il l'avait vraiment fait.
- C'est… un bon début, bafouillai-je.
- C'est encore mieux, ensuite, promit-il en m'attirant à lui.
Je me retrouvai à califourchon sur les cuisses de Peeta. Il glissa sa main sur ma nuque pour approcher mon visage du sien. Cette fois sa bouche s'attarda sur la mienne, chaude, sensuelle. Ce baiser ressemblait aux anciens, à ceux qui m'avaient donné envie d'en recevoir des centaines d'autres. Sa main libre se baladait sur mon ventre, puis remontait doucement sur mon buste, entre mes seins, avant de redescendre. J'avais subitement chaud, terriblement chaud, d'une chaleur que je n'avais connue qu'avec lui.
Sa langue quitta la mienne, me laissant, étourdie, reprendre ma respiration. Mes doigts cherchèrent le rebord de la tête de lit afin de m'y accrocher.
- Pas mal, non ?se moqua-t-il gentiment voyant que j'avais du mal à reprendre mes esprits.
- Hum, hum.
Il m'entraîna dans une nouveau baiser avant de quitter ma bouche pour promener ses lèvres jusqu'à la base de mon cou.
- Que se passe-t-il ensuite ?soupirai-je.
Je le sentis soudainement hésitant.
- Ne sois pas trop pressée…
- Montre-moi, insistai-je.
Il se remit à suçoter la peau à la base de mon cou, ce qui me rendit littéralement folle tandis que sa main remontait sur mes côtes pour se poser sur mon sein. Je sentis mon cœur atteindre un rythme incroyable. Ses doigts tournoyaient autour de mon téton alors que sa bouche descendait doucement sur le haut de ma poitrine.
- Peeta…
Son prénom tomba de mes lèvres sans que je puisse l'empêcher. Il s'interrompit, la bouche juste à hauteur de l'arrondi de mon sein comme attendant mon assentiment. Je glissai ma main dans ses cheveux pour l'encourager quand …
- Katniss !
Ce que me faisait Peeta devait vraiment me mettre le cerveau à l'envers car j'en venais à entendre la voix de ma mère. Je tendis un peu plus la poitrine vers lui, attendant le contact de sa bouche, mais il était sans réaction.
- Katniss Everdeen, sors de ce lit immédiatement !
- Maman !
Je bondis sur mes pieds plus vite qu'il ne fallait pour dire « humiliation », attrapant au passage ma robe que je collais contre mon corps nu. Elle était bien là, sur le seuil de ma chambre, dans l'encadrement de la porte que nous ne prenions jamais le soin de fermer.
L'expression qu'elle m'adressait, ne m'avait jamais été connue jusque-là, mais était annonciatrice de beaux problèmes que je ne me sentais pas incapable de gérer… Ce qui allait être nettement moins simple à gérer était la présence de Gale, posté juste derrière elle, le visage fermé.
- Bienvenue à la maison, m'exclamai-je avec ironie après un long silence que personne ne semblait vouloir briser. Cela serait-il trop vous demander de nous laisser une minute d'intimité ? Nous ne sommes pas exactement en mesure de recevoir des invités décemment…
Après quoi je leur claquai la porte de ma chambre au nez. J'échangeai un long regard avec Peeta. Apparemment, tout n'allait pas être aussi simple que je l'avais imaginé dix minutes plus tôt…
Fin
Mais non ce n'est pas fini ! Je vous préviendrai quand ça sera vraiment fini, lol. On m'a demandé à quel rythme je publiais, impossible de répondre à cette question… J'admire les auteurs qui peuvent publier avec régularité, mais je n'y arrive pas. J'ai eu moins de retour que ce que j'imaginai pour le dernier chapitre, j'imagine donc qu'il n'était pas aussi bien que ce que je souhaitais. Je suis moins contente de celui-ci mais l'histoire avance, donnez-moi votre avis pour savoir si je suis toujours sur la bonne voie. Je crois que je suis un peu OOC mais il faut prendre parti à un moment…
