Un chapitre rien que pour vous.
Les processions de soldats escortant une jeune fille ont quelque chose de magiques, elles tendent à imposer le respect, à engendrer la curiosité. Morgana se sentait comme un oiseau très rare, le genre d'oiseau que l'on ne trouve que sur des iles reculées ou dans des mondes inconnus. On l'avait enfermée dans une cage dont les barreaux n'étaient autres que des hommes puissamment armés, portant le blason et les couleurs d'Isildore. Comme à son habitude lors de longs voyages Morgana ne pouvait s'empêcher de lancer sans cesse des regards derrière elle, le château avait disparu. Elle lutta de nouveau contre une vague de nausées qui ne cessait de la prendre depuis quelques jours.
Le brouillard étouffait le claquement des sabots. Les conversations voisines se perdaient dans un murmure confus. Merlin à sa droite souriait.
Lorsqu'ils atteignirent Camelot, Morgana se tint bouche bée comme des années auparavant lorsqu'elle aperçut l'imposante bâtisse, ce château presque blanc, entouré d'un petit village. A la différence de ces années-là, son père n'était pas et elle se sentit seule, à la différence de ces années-là, personne ne vint l'accueillir. Seule une femme sur les grandes marches de l'escalier se tenait droite le sourire aux lèvres mais un air mélancolique peint sur le visage. Ainsi le temps du secret était arrivé. Après tout un otage, assurément de marque, mais néanmoins un otage ne nécessitait pas un accueil jovial. Comment Uther expliquerait il la présence d'une princesse étrangère à sa cour ?
-Voici votre chambre Madame, j'espère qu'elle vous conviendra.
Gwen, une jolie jeune femme qui devait être à peine plus âgée que Morgana semblait déterminée à la faire se sentir chez elle mais peine perdue. Morgana lui sourit usant de tout son sang-froid pour paraître sincère. Cela sembla contenter la servante qui lui sourit en retour. Elle comprenait sans doute la détresse de la princesse.
-Le roi me charge de vous dire que vous êtes invité ce soir à une réception en votre honneur.
Cette fois Morgana sortit de sa torpeur.
-Ce soir? Mais il fait déjà sombre dehors !
-Je suis de même chargée de vous aider à vous préparer, le roi vous attend déjà et si il y a bien une chose que je sais c'est qu'il n'aime pas attendre … Enfin, pas que je le connaisse, jamais je ne permettrais de … je ne le juge pas Madame ..Pardonnez-moi.
Le visage de Gwen se tinta de rouge, elle semblait alors plus jeune que jamais.
-Tu n'as pas à t'excusez Gwen, il n'y a pas de mal et si je dois rester ici, je tiens à ce que tu m'appelles Morgana.
Cette fois Gwen ne put dissimuler le rouge qui lui montait aux joues.
-Je t'en prie Gwen, j'ai tant besoin d'une amie, d'une confidente. Ici je ne connais rien, ou du plus loin que je ne me souvienne, pas grand-chose.
-Je tacherais d'être digne de vous Madame.
-Morgana.
-Je tacherais d'être digne de vous Morgana.
Les présentations faîtes, il était temps de se préparer. Otage ou pas Morgana était bien décidé à leur montrer à tous de quoi elle était capable. Elle leur montrerait donc qui elle était.
Dans une pluie de rubans et de phare à joue, Gwen ressemblait à un artiste achevant sa toile. Morgana se laissa faire après quelques tentatives d'opposition mais Gwen avait la main sure, et lorsqu'elle eut terminé, Morgana ne put s'empêcher de s'admirer dans le miroir. Elle était tout simplement divine.
Gwen avait opté pour un maquillage légèrement charbonneux qui mettait en valeur les magnifiques yeux verts de la princesse ainsi que son visage blanc encadré par de lourdes boucles noires. Le rouge sur ces lèvres semblait avoir était fait par le même artisan, créateur de la superbe robe rouge qu'elle portait. Une robe décolletée, qui laissait apparaître la peau veloutée de son dos et qui soulignait ses courbes parfaites. Gwen regarda son œuvre avec fierté.
-Vous êtes fin prête Morgana.
Celle-ci sourit. Elle chuchota.
-Prête pour quoi ?
-A vous défendre, vous avez toutes les cartes en main.
Cette phrase acheva de confirmer à Morgana qu'elle avait choisi une amie digne d'elle.
Lorsqu'elle arriva devant la grande salle, les portes étaient ouvertes, tous ne semblaient pas l'avoir remarqué et vaquaient à leurs occupations c'est-à-dire boire, danser et séduire. Il était temps pour la princesse de faire ses preuves et l'absence de Merlin qu'elle avait noté dès la première seconde achevait de la terroriser. Elle prit cependant une profonde inspiration, elle ne pouvait plus reculer et devait coute que coute affronter ces regards inquisiteurs qui l'avaient tant déstabilisés étant enfant.
Le buste bien droit, le regard au loin Morgana s'avança dans la grande salle. Lorsque les portes se refermèrent derrière elle, elle tint bon.
Le silence se fit, Morgana se perdait dans un cauchemar, elle était là mais ailleurs. Elle ignora les visages qui se tournaient vers elle, la contemplant à leurs guises. Les bouches s'ouvraient, les yeux fixaient et c'est ce qu'elle voulait. Son regard était tourné vers le roi, en face d'elle à quelques mètres et s'était vers lui qu'elle s'avançait, en femme soumise en apparence, en femme guerrière à l'intérieure.
-Morgana.
Son cœur manqua un battement, le sang-froid qu'elle tentait de contrôler depuis le début s'effondra quelques instants qui lui semblèrent être une éternité.
-Morgana, répéta-t-il, je vous présente Morgana, princesse d'Isildore. Elle restera avec nous quelques temps et c'est avec fierté que nous l'appellerons désormais notre fille le temps de son séjour ici.
Il s'était levé et avait parlé fort afin que tous l'entendent. Après un baise main de convenance, il l'attira à lui et déposa un nouveau baiser sur son front.
-N'est-elle pas magnifique ? demanda-t-il à l'audience. La beauté pure est entrée dans notre royaume.
Les courtisans se mirent à rire et à s'exclamer, ils l'aimaient déjà. La joie était à son comble dans la grande salle de fête du château de Camelot et malgré cette entrée réussie, Morgana ne souriait pas. Elle avait gagné la première bataille mais elle ne pouvait reprendre son souffle et cela n'avait rien à voir avec Uther. Si son cœur avait manqué ce battement, si son armure s'était brisée durant quelques secondes, c'était à cause des grands yeux bleus qui la fixaient avec tant d'arrogance. Une arrogance déplacée qui pourtant n'empêchait pas le prince de la dévorer des pieds à la tête.
Tout lui revint à l'esprit, le jeune garçon détestable qu'elle avait humilié en publique après qu'il l'eut insulté et l'homme qu'il était devenu, avec qui elle avait fait l'amour et ses yeux qui la transperçaient. C'était lui et cette pensée lui vint comme une évidence et la frappa de plein fouet. Comme elle avait été stupide, aveugle, la vérité qu'elle avait toujours tentée de se cacher à elle-même la rendait à présent impuissante, démunie de tout et principalement de sa raison. Elle se haït en cet instant.
Le reste de la soirée fût un supplice, la nausée la submergea ainsi que les crampes qui la prenaient dans son ventre.
Oui Morgana était officiellement chez elle ce soir et pour le temps que son séjour durerait, oui elle avait gagné la première manche, alors pourquoi se sentait elle perdante ? Perdue ?
Les hommes affluaient autour d'elle comme des mouches attirées par le miel, la berçant de flatteries veines qu'elle n'entendait pas. Seule comptait le regard d'Arthur qui la brulait lentement. Morgana était blessée au plus profond d'elle-même et comme dans cette grotte, elle sentit soudain l'instinct de survie qui était en elle depuis sa naissance. Elle ne perdrait pas. Elle se battrait contre ça.
-Vous ne vous sentez pas bien mon enfant ?
La voix de Gaius tira Morgana de sa rêverie. Elle avait finalement retrouvée son frère chez le médecin de la cour. Ces deux la lui cachaient quelques choses mais ce matin elle n'avait pas la force de les faire parler. Lorsqu'elle releva la tête Gaius et Merlin la dévisageaient, un air interrogateur peint sur le visage.
Pris de cours, elle n'eut pas le temps d'inventer un quelconque mensonge qui l'eut sauvée de cette irruption dans ses pensées.
-Je me sens étrangement endormie, rien de plus, dit-elle en souriant.
-Tes rêves t'empêchent de dormir ?
C'était Merlin qui comme à son habitude ne tenait pas sa langue lorsqu'il s'agissait du bien être de sa sœur. Le traître, il avait le don de dire ce qui était tout en utilisant des mots qui mentaient habillement.
Morgana répliqua sèchement.
-Non Merlin. Elle appuya particulièrement sur le mot Merlin. Mes rêves comme tu le dis si justement ne m'empêchent pas de dormir profondément. En revanche j'avoue que la seule pensée de ton visage de crapaud me donne des cauchemars.
-La princesse se sent mal je crois Gaius, elle ne sait plus ce qu'elle dit.
Gaius qui avait assisté à la scène sans prononcer un mot s'avança vers une étagère ou toutes sorte de fioles semblant contenir toutes les substances possibles et inimaginables étaient rangées. Il en prit deux et les tendis à Morgana en jetant un regard désabusé à Merlin.
-Tenez Milady, celle-ci vous aidera à dormir.
-Et l'autre ?
Il se pencha vers elle et chuchota à son oreille.
-Une grande anxiété est souvent la cause de nausées, cela vous aidera.
La princesse tiqua et jeta un regard assassin vers son fidèle serviteur qui semblait tout à coup étrangement fasciné par ses pieds. Elle sourit cependant. Bien sûr, Merlin serait toujours là pour la soutenir et la protéger. Ce matin-là, elle se sentit mieux.
