Il peignait une carte des mères pour Léo. Ce n'était pas la première fois et ce n'était même pas la fête des mères. Nous étions fin octobre. Ses autres frères se moquaient de lui et de Léo lorsque Mikey lui remettait un présent glorifiant le rôle maternel du leader. Mais ce dernier remerciait doucement Michelangelo quoiqu'il ajoutât toujours que Mikey n'avait pas à le faire. Mais Mikey avait besoin de démontrer son affection de façon concrète et plus permanente qu'un câlin. De plus, quelque chose lui disait que Léo apprécierait son œuvre d'aujourd'hui. Ce n'était pas une carte en fait, mais une murale, peinte sur le fin papier de riz du Shoji de Maitre Splinter.

Avec délicatesse, Mikey peignait des scènes relatives à leur enfance. Des centaines de souvenirs de Léonardo lui venaient en tête et le fil de son inspiration était sans fin quand elle se rapportait à son frère aîné.

Lorsqu'il faisait un cauchemar, c'est Léo qui venait le réconforter.

Lorsqu'il était malade, ou blessé, certes Donatello posait le diagnostic et prescrivait les médicaments, mais c'est Léonardo qui les administrait et veillait sur lui.

Lorsqu'il était triste, Léo le consolait.

Tout ce qu'il avait appris, bien que Maitre Splinter s'en accordait le mérite, était le fait de Léonardo. Mikey n'avait aucun intérêt pour le combat et ne s'appliquait que parce que Léo il excellait et il ne voulait pas le décevoir. Splinter remarqua que Michelangelo progressait peu avec lui, malgré un talent naturel. Il avait donc remis aux mains de Léonardo sa formation ainsi que celle de Donatello. Splinter se gardait comme véritable élève que Léonardo et Raphael, comme étant les plus doués.

Léonardo était un Sensei patient et ayant toujours à la bouche une parole d'encouragement. Mikey ne comprenait pas comment il pouvait être ainsi après n'avoir eu que comme exemple un Sensei les rouant de coups de bâton.

Lorsqu'il voulait un modèle pour quoique ce soit, il n'avait qu'à lever les yeux sur son grand frère, ce super héros plus grand que nature qui, après avoir sauvé le monde par un de ses plans audacieux, était revenu calmement prendre une tasse de thé et border son petit frère.

Léo n'avait jamais un mot pour se glorifier lui-même, ne se prétendait jamais meilleur ou extraordinaire et Mikey l'admirait encore davantage pour cette modestie, qualité digne d'une mère.

Léo laissait toujours les meilleurs parts de pizza pour les autres et cet esprit de sacrifice élevait pour Mikey Léo au rang d'être divin.

Mikey avait appris à cuisiner non par en prenant Léo comme modèle. Le pauvre ferait brûler de l'eau. Durant leur jeunesse, la responsabilité de la cuisine avait échu à Léo comme tout le reste et, malheureusement, il n'y excellait pas. S'il pouvait faire quelque chose pour décharger Léo, il en était trop heureux. Mikey s'était appliqué comme jamais afin de soulager son frère de ce fardeau, mais il ne lui semblait que ce n'étais pas assez. Ce n'était pas personnalisé et à l'usage exclusif de Léo. Cela ne révélait pas tout ce que Léo représentait pour Mikey. Alors vint l'idée des cartes, se multipliant au fil des années.

Personne n'accordait à Léo assez de mérite et la journée d'aujourd'hui avait été particulièrement ingrate. Léo avait même pleuré. Il avait essayé de le cacher, particulièrement à Mikey, ne voulant pas l'alarmer, mais Mikey avait vu les yeux bleus s'embuer de larmes, la lèvre de Léo trembler imperceptiblement et Mikey avait eu envie de hurler.

Tout avait commencé à cause de Raphael. Il s'était enivré encore la veille et Splinter reprocha à Léo de ne pas assez surveiller son équipe. Puis, il exigea devant tous que Léo rapporte où en était ses recherches pour retrouver Karai. Léo admit qu'elles n'avançaient pas.

Splinter reprocha avec colère à Léonardo son échec. Puis, il demanda aux autres de se mettre en position. Mikey avait bien vu que Léo était au supplice, cela crevait les yeux au point ou même Raph lui avait glisser un mot d'excuse. Et Raphael ne s'excusait jamais.

Splinter les opposa : Léo et Raph contre Don et Mikey. Bien entendu, Raphael cloua au sol en moins de deux Mikey. Il était trop distrait par la détresse qui irradiait des pores de Léo. Splinter arrêta le combat.

-Léonardo, à genoux. Tu as été un fils décevant, ne pouvant retrouver ta sœur. Tu es un chef pitoyable ne pouvant susciter assez de respects de tes frères pour qu'ils t'obéissent et tu es un médiocre Sensei, puisque tes élèves ne peuvent vaincre les miens. Je retire tes frères de ta supervision et de ton enseignement. Je veillerai moi-même à leur formation. Tes deux jeunes frères ont tous les deux la tête perpétuellement dans les nuages et tu ne fais rien pour y remédier. Tu es trop faible. Ils n'ont pas besoin d'une mère, mais d'un Maitre. Il n'y a désormais plus de chef à votre équipe. J'en choisirais un autre lorsque quelqu'un en sera digne.

Léo avait courbé la tête en signe de soumission, mais pas assez rapidement pour que Mikey n'y voit pas des larmes. Et Mikey pour la première fois de sa vie avait été très en colère.

Donc, ce soir, Léo méritait son cadeau de la fête des mères. Bien sûr, habituellement, il utilisait ses pastels ce qui étaient plus joli. Il n'avait pas de bleu ni d'orange pour bien les différencier sur sa fresque. Tout ce rouge qui allait virer au brun dès demain donnerait par contre un cachet antique et artisanal selon lui, aux panneaux de riz. La pièce était sobre et cette couleur faisait ressortir le côté masculin et martial du Dojo. De plus, le brun était la couleur de Splinter, décida Mikey. Non, le seul inconvénient à l'encre choisie était que le sang de Splinter coagulait déjà. Bah, se consola-t-il, Léo dit toujours que c'est l'intention qui compte.