Chapitre 10 : L'arme impensable

Sakura, la tête appuyée contre le mur froid de sa cellule, les mains serrées entre ses genoux, ferma doucement les yeux et inspira pour profiter des quelques rayons du soleil matinal que la seule petite fenêtre de la pièce laissait passer. Elle était enfermée depuis la veille et rien n'avait changé depuis. Ino était venue pour l'informer de ce qu'il se passait : le conseil n'avait toujours pas trouvé d'autre suspect et Junya Hyûga était malade. Sakura avait senti que le poids des malheurs du monde s'acharnait sur Tenten, mais à présent ses pensées allaient toutes vers une autre personne, sa fille.

Sakura n'avait pas vu Ayumi depuis qu'elle était enfermée. On ne l'y avait pas autorisée, le conseil avait refusé. Elle avait demandé ensuite à savoir au moins si elle allait bien, mais là encore, on lui avait simplement répondu qu'elle était guérie. Cependant, Ayumi lui manquait énormément et elle n'avait toujours pas pu se réconcilier avec elle depuis qu'elle l'avait giflée. Elle mourrait d'envie de sortir pour aller la voir, ne serait-ce que quelques minutes.

Sakura avait la force de s'échapper. D'un seul coup de poing, elle aurait pu défoncer le mur. Cependant, elle n'en avait pas la volonté, d'abord parce que de nombreux gardes avaient été dispersés dans les alentours – elle sentait continuellement leur présence – et ensuite parce que cela allait lui apporter davantage d'ennuis et compromettrait encore son innocence.

Le grincement de la porte lui fit soudain ouvrir les yeux. Elle redressa la tête et vit deux silhouettes entrer dans la pièce où se situait sa cellule. Son cœur bondit dans sa poitrine quand elle les reconnut.

– Ayumi !

Aussitôt, elle se précipita vers les barreaux et tendit les bras pendant que sa fille s'y jetait. Alors que la seconde personne restait légèrement à l'écart, Sakura serra sa fille contre elle en lui murmurant :

– Oh, Ayumi, si tu savais combien tu m'as manquée ! Je n'arrive même pas à croire que tu ais guéri ! C'est un miracle !

– Personne n'y croyait, Maman, fit remarquer Ayumi avec un petit sourire. Kakashi-sensei, Yukito et Simaru encore moins que les autres. Tu aurais dû voir leurs têtes quand ils sont venus me voir hier soir ! Et tante Ino m'a serrée si fort que j'ai cru étouffer !

Sakura se détacha enfin de sa fille et lui rendit son sourire. Elle était bien trop soulagée de la voir heureuse et en bonne santé pour songer au fait qu'elle était enfermée et soupçonnée d'être une traîtresse.

– J'espère que tu ne manques de rien, dit-elle en passant une main douce dans les cheveux d'Ayumi. Tu te débrouilles comment pour manger ?

– Oh, je n'ai pas de problèmes de ce côté-là ! Sasuke est venu me voir hier soir et m'a proposé de vivre chez lui en attendant que tu sois sortie !

Sakura afficha une mine stupéfaite. Son regard vert glissa lentement vers l'autre personne présente dans la pièce. Sasuke Uchiwa était appuyé contre un mur, les bras croisés, l'air nonchalant, semblant écouter leur conversation d'une oreille distraite, son regard tourné vers la fenêtre, à l'opposé de la cellule de Sakura. Celle-ci ne comprenait ni pourquoi il avait proposé à sa fille de l'héberger, ni pourquoi Ayumi ne l'appelait plus par son respectueux et craintif « Maître Sasuke », mais elle lui en était très reconnaissante.

– Je crois que je vais devoir y aller, M'man. Je dois reprendre les missions dès aujourd'hui !

La voix d'Ayumi sortit Sakura de ses interrogations. Elle reprit son tendre sourire en reportant son attention sur sa fille et lui embrassa longuement le front et les deux joues avant de la laisser partir. Ce ne fut que quand la porte se fut refermée que Sasuke s'approcha enfin des barreaux.

– Merci, Sasuke, le remercia chaleureusement Sakura. Merci beaucoup ! Mais comment as-tu fait pour me l'amener ici ? Je pensais que le conseil n'était pas d'accord.

– Je suis allé voir Naruto ce matin et, quand je lui ai expliqué que tu ne pouvais pas voir ta fille, il est entré dans une rage incontrôlable. Hiashi Hyûga était présent et il l'a obligé à signer une autorisation de visite pour Ayumi.

– J'aurais bien aimé voir ça ! s'exclama Sakura en se retenant de rire. En tout cas, merci de t'occuper d'elle, c'est vraiment adorable.

Le visage de Sasuke se ferma à ces mots, comme si sa fierté en prenait un coup. L'adjectif « adorable » n'était pas vraiment un terme qui lui correspondait. Sakura, elle, parut amusée par sa réaction.

– D'ailleurs, elle semble t'apprécier, finalement, reprit-elle avec un air plein de malice. Elle ne t'appelle plus « Maître Sasuke » !

– Je lui ai dit que, puisqu'elle allait vivre chez moi pour une durée indéterminée, c'était plus simple de m'appeler Sasuke.

L'air renfrogné de Sasuke se renforça davantage après cet aveu, mais Sakura en parut encore plus satisfaite. Elle savait qu'Ayumi ne le laissait pas aussi indifférent qu'il lui laissait croire.

– Au fait, l'enquête sur le vol des plans de Konoha n'a pas avancé ? demanda subitement Sakura.

– Je crains bien que non. Naruto a d'ailleurs eu l'air gêné à ce propos, il était rouge pivoine quand il me l'a dit ce matin ! Je crois qu'il n'est pas content que le conseil ait réussi à te faire enfermer contre son avis.

Sakura soupira de lassitude en s'accrochant aux barreaux. Si on ne trouvait pas le coupable rapidement, elle risquait de passer beaucoup de temps enfermée dans cette cellule. Sasuke se rendit compte de son désarroi et posa ses mains sur les siennes. Ce contact, froid et doux à la fois, fit légèrement frissonner Sakura.

– Je m'occuperai d'Ayumi, tu n'as pas à t'en faire.

– Merci.

Cette fois-ci, le mot s'échappa à peine de ses lèvres. Les mains de Sasuke quittèrent les siennes, presque à regret, et il sortit de la pièce après un dernier salut. Sakura se retrouva seule mais, au fond d'elle-même, elle se sentait rassurée. Quelqu'un au-dehors prenait soin de sa fille.


Quand Shikamaru arriva en bas de la tour rouge ce matin-là, son corps était parfaitement reposé, mais son esprit ressentait une immense lassitude. La dispute avec Temari avait résonné dans sa tête une bonne partie de la nuit et, à son réveil, elle était revenue à l'assaut, comme une malédiction dont il ne pouvait se débarrasser.

Quand il poussa la porte du bureau du Hokage, il remarqua immédiatement que Tsunade se tenait appuyée contre le mur, les bras croisés. Naruto, la tête entre ses mains, affichait une mine déconfite.

– Ah, Shikamaru, tu tombes bien ! dit-il en se redressant légèrement. Il y a du nouveau.

– Vous avez réussi à trouver un remède ? demanda Shikamaru en se tournant vers Tsunade.

– Nous sommes encore en phase de test, pour le moment. Ce n'est pas pour le remède que je suis venue voir Naruto mais pour le virus en lui-même. J'ai enfin découvert plusieurs choses à son sujet.

Shikamaru haussa les sourcils, presque surpris par la gravité du ton de Tsunade. A en juger la mine défaitiste de Naruto, elle lui avait déjà tout déballé.

– Premièrement, expliqua Tsunade, ce virus n'est pas naturel. Il est le produit d'une transformation biologique, d'une expérience. En fait, il est si puissant qu'on peut le considérer comme étant une arme biologique de première qualité.

Shikamaru sentit son estomac se tordre alors que Tsunade finissait sa phrase. Le mot « arme » n'était pas à prendre à la légère. Qui disait arme, disait conflit. Mais qui était leur ennemi ? Une fois de plus, il se cachait.

– Vous en êtes sûre ? demanda-t-il.

– Il y a plusieurs preuves à cela, répondit immédiatement Tsunade. D'abord, je n'ai pas été capable de prélever le virus dans le sang de mes patients et cela s'explique simplement : le virus est polarisé de telle façon que la pointe de la seringue le repousse !

– Hein ? C'est possible de faire ça ? Malgré la vitesse à laquelle le sang est aspiré ? lâcha Shikamaru d'un air abasourdi.

– En prenant compte que la pointe d'une seringue est en métal et que la polarisation n'a pas de limite, oui. Mais ce n'est pas la seule chose que j'ai remarquée et la seconde est beaucoup plus inquiétante : le virus est une forme évoluée d'un virus beaucoup moins fort mais qui néanmoins est capable, si le malade est particulièrement faible, de faire apparaître des taches rouges sur son corps, de gonfler légèrement la gorge et de provoquer de la fièvre. C'est un virus qu'on trouve dans les contrées nordiques du Pays de la Terre.

– Le Nord du Pays de la Terre ? Mais ce n'est pas la porte à côté !

– Effectivement et, à votre avis, qui a apporté un tel virus ici ?

– Le voleur des plans ! s'exclama Naruto d'un air accablé.

Shikamaru approuva d'un air résigné. Il en avait conclu exactement la même chose : deux catastrophes tombant à si peu de temps d'intervalle sur Konoha, c'était trop précis pour relever de la simple coïncidence. Si le virus avait été apporté par un ennemi, alors cette affaire était très probablement liée au vol des plans. A ce moment-là, Tsunade demanda :

‒ Naruto, tu as jeté un coup d'œil sur le rapport d'enquête de Tamiko ?

‒ Tu veux dire la liste de tous les ninjas médecins pratiquant la technique des anticorps ? rectifia Naruto, sarcastique. Très utile, je crois que je vais tous les faire arrêter sous prétexte qu'ils sont de bons médecins !

‒ Ne te moque pas, Naruto ! Nous n'avons aucune piste pour déterminer quel médecin peut nous avoir trahi.

‒ Un traître médecin ? répéta Shikamaru dont les yeux avaient doublé de volume sous le coup de la surprise.

‒ Celui qui a soigné Ayumi, expliqua Tsunade. Naruto, cette enquête ne nous mènera nulle part. Si l'on peut considérer que c'est la même personne qui nous a refilé le virus et qui a volé les plans, alors c'est elle qui a soigné Ayumi.

Tandis que Naruto pâlissait de manière inquiétante, en hochant frénétiquement la tête, Shikamaru fronça les sourcils. Les capacités du traître se multipliaient à vue d'œil et devenaient particulièrement effrayantes.

‒ Si on résume, un médecin de Konoha a ramené au village un virus très dangereux, a volé les plans de Konoha, les a envoyés à l'ennemi puis a sauvé Ayumi Haruno, et tout ceci sous nos yeux ?

– Oui, confirma Tsunade. et cette personne a apporté le virus jusque dans la chambre d'Aneko Hyûga. Et qui est allé dans la chambre d'Aneko le matin du 24 novembre ?

– Tenten ! s'exclama Shikamaru, blême. Et elle revenait d'une mission à Iwa, le village caché du Pays de la Terre !

Tsunade et Shikamaru se regardèrent d'un air entendu. Il était clair qu'à présent la principale suspecte se trouvait être Tenten, bien qu'elle n'eût à leur connaissance aucun talent pour la médecine. Mais Tsunade savait par expérience qu'un apprentissage intensif aurait pu remédier à cette faiblesse. Aussi étrange que cela pût paraître, il fallait se résoudre à l'idée qu'elle avait elle-même ramené le virus dans la chambre d'Aneko et contaminé sa fille avec, à moins que tout ceci n'ait été qu'un accident.

– Je vais tout de suite la faire arrêter, nous pourrons ainsi faire sortir Sakura ! s'exclama Shikamaru.

Il eut à peine le temps de faire un pas vers la porte que la voix de Naruto l'arrêta :

– Attends ! Il y a un problème ! Ce… ce n'est pas Tenten, le voleur des plans.

Shikamaru se retourna et fronça les sourcils. A en juger par son expression, Tsunade, elle non plus, ne comprenait pas pourquoi il les contredisait.

– C'est vrai qu'elle a l'air suspecte comme ça, mais je vous jure que ce n'est pas elle ! insista Naruto sous leurs regards soupçonneux.

– Qu'est-ce que tu en sais ? répliqua Tsunade en s'avançant d'un pas menaçant vers le bureau. Naruto, aurais-tu oublié de nous faire part d'un élément crucial concernant cette affaire ?

Naruto déglutit un instant. Tsunade semblait être sur le point de lui mettre une bonne gifle et, malgré les années, elle avait conservé sa terrible force surhumaine. Il hésita à peine une seconde avant de dévoiler la vérité :

– Ecoutez tous les deux, vous ne devez surtout pas faire sortir ça d'ici, mais le véritable voleur est…

Il ne put terminer sa phrase car la porte s'ouvrit violemment à ce moment-là, le coupant totalement dans son élan. Neji, la mine fermée, venait d'entrer. A en juger par les veines qui ressortaient autour de ses yeux blancs, il avait activé son Byakugan.

– Naruto, n'ajoute rien, ordonna-t-il.

Naruto l'observa avec des yeux ronds tandis que Neji s'approchait. Celui-ci l'espionnait-il depuis le début ? Et puis pourquoi l'avait-il arrêté aussi brusquement ? Neji ne prit pas peine de s'expliquer. Le Byakugan toujours activé, il se dirigea vers un coin de la pièce, où on avait placé une plante verte. Neji se baissa et fouilla cette plante durant quelques secondes avant d'arracher à la terre du pot un petit objet métallique qu'il alla poser sur le bureau, sous les regards médusés de Shikamaru, de Tsunade et de Naruto.

– Mais… mais c'est un micro ! s'exclama ce dernier en s'emparant de l'objet.

– Exact, et c'est le seul, mais il est suffisamment puissant pour tout entendre. Il fonctionne au chakra, c'est ainsi que je l'ai trouvé. Ne t'inquiète pas, je viens de le désactiver. Je me suis douté qu'il y en avait un parce que notre homme était en train d'écouter à une oreillette sans fil !

Naruto déglutit à nouveau. Il savait parfaitement que Neji voulait parler du faux Lee qui les surveillait toujours pour le compte d'un inconnu.

– Tu… tu crois qu'il a entendu quelque chose d'important ?

– Non, il n'y avait rien de louche dans ton bureau hier, il a dû le placer cette nuit ou ce matin. Par contre, maintenant qu'on lui a retiré ce micro, il va être sur ses gardes.

Naruto fit une grimace tandis qu'il jouait avec le minuscule objet, le faisant pivoter entre ses doigts. Ainsi, l'espion avait tenté de les écouter. Mais à qui pouvait-il bien transmettre toutes ces informations ? Qui pouvait donc avoir besoin d'un espion à Konoha ? Toute l'affaire se mit alors brusquement en place dans sa tête et ses yeux bleus affichèrent une lueur de détermination nouvelle.

– Tsunade, Shikamaru, il faut que vous sachiez que Neji et moi avons déjà trouvé le véritable coupable du vol des plans de Konoha, déclara-t-il. Il s'agit de Lee, ou plutôt d'un imposteur se faisant passer pour Lee.

– Quoi ? s'exclama Tsunade. Tu as trouvé qui était le coupable et tu laisses Sakura croupir en prison ?

– Ça ne m'a pas vraiment plu de devoir prendre cette décision, mais oui, avoua Naruto. C'était le seul moyen de savoir pour qui cet imposteur travaillait. Maintenant, c'est chose faite ! Voilà comment je vois les choses : le 24 novembre, Lee, Tenten et Sasuke rentrent de mission, une mission qui a eu lieu à Iwa. A ce moment-là, l'imposteur a déjà pris la place de Lee, ce qui signifie qu'il rentre sans se faire repérer dans le village. Il a sur lui un virus très dangereux qui doit créer une épidémie. Sans que Tenten s'en aperçoive, il le glisse dans l'une de ses poches. Tenten rentre chez elle peu après, fait tomber la capsule contenant le virus dans la chambre d'Aneko et contamine ainsi sa propre fille sans qu'elle-même ne soit touchée. Par la suite, Aneko refile la maladie à Sai, son sensei, et l'épidémie se propage.

Tsunade, Shikamaru et Neji, qui avaient bu chacun de ses mots, demeurèrent pensifs durant quelques secondes. Finalement, ce fut Shikamaru qui parla le premier :

– Le virus venant du Pays de la Terre et la mission de Tenten s'étant déroulée à Iwa, tout porte à croire dans ce cas que notre imposteur est un ninja d'Iwa.

– Oui, approuva Naruto et, dans ce cas, on peut penser qu'Iwa prépare une attaque contre Konoha et que le seul but du virus a été de nous affaiblir considérablement. Ils savaient que, malgré la présence de Mamie Tsunade, nous ne pourrions pas nous en sortir facilement puisque le virus n'existe pas à l'état naturel et, qu'en plus, il est étudié pour ne pas être détecté. L'imposteur a également été chargé de voler les plans. Tout se recoupe ! Iwa va nous attaquer !

– Attends, Naruto, c'est grave ce que tu nous annonces là, intervint Tsunade. Il faudrait au moins vérifier que l'imposteur a bien pris la place de Lee pendant qu'il revenait de mission. Sinon, il est probable qu'il ne soit pas d'Iwa et que les deux affaires, le virus et les plans volés, n'aient rien à voir. Ou, pire encore, que l'ennemi n'est pas Iwa mais nous pousse à croire que c'est lui.

– Elle a raison, approuva Shikamaru. Il faudrait vérifier le moment où Lee a été remplacé. L'ennui c'est que Tenten est encore à l'hôpital et je suppose qu'elle ne veut pas quitter le chevet de sa fille.

– Elle refuse catégoriquement, confirma Neji. Je ne l'ai quittée que pour accomplir la mission que Naruto m'a donnée, à savoir surveiller notre imposteur.

– Ce n'est pas grave, nous n'avons pas besoin de Tenten, coupa Naruto. Shikamaru, va immédiatement me chercher Sasuke ! Neji, tu peux retourner à ta surveillance. J'enverrai Hinata te relayer si son équipe revient dans la journée.

Les deux ninjas acquiescèrent et sortirent de la pièce. Tsunade se tourna alors vers Naruto et ses traits se durcirent légèrement.

– C'est toi qui as eu l'idée de ne pas faire délivrer Sakura pour mettre l'imposteur en confiance ? demanda-t-elle d'un ton brusque.

– Non, c'est Neji. Mais ne lui en voulez pas, c'est que…

– Ah, je suis rassurée !

Naruto ouvrit des yeux ronds et fixa Tsunade avec ébahissement.

– Comment ça, vous êtes rassurée ?

– Eh bien oui, si c'était toi qui avais eu cette idée brillante, on aurait pu croire que quelqu'un avait pris ta place à toi aussi ! répondit Tsunade en riant.

– Je ne sais pas comment je dois le prendre…

Naruto soupira. Malgré les années, Tsunade aimait se moquer de lui de temps en temps. Heureusement, elle ne le faisait jamais en public, sinon l'estime du village pour son Hokage aurait tendance à diminuer fortement.

– Allons, je plaisante Naruto, dit-elle en lui assénant une tape sur les épaules. Je comprends bien que la situation n'est pas facile. Enfin, si tu pouvais me renvoyer Sakura rapidement, ce ne serait pas de refus. Avec moi et Shizune en train d'étudier le virus, il n'y a plus personne pour diriger tout le monde !

Puis elle quitta la pièce à son tour. Naruto n'eut qu'à attendre quelques minutes avant que Shikamaru ne revînt, suivi de près par Sasuke.

– Ah, vous voilà, vous deux ! s'exclama Naruto. Sasuke, j'ai une question très importante à te poser. Tu te souviens de ta dernière mission avec Tenten et Lee ?

– Oui.

– Alors, peux-tu me dire si tu n'as pas remarqué quelque chose d'étrange au cours de cette mission ? L'un de tes coéquipiers aurait-il eu un comportement bizarre ?

Sasuke fronça les sourcils. Il se souvenait parfaitement qu'il ne s'était pas senti tranquille à la fin de cette mission et le fait que Naruto l'interrogeât à ce sujet l'inquiéta.

– Justement, oui, j'ai remarqué quelque chose, mais j'ai cru que mon imagination me jouait des tours. En fait, pendant le voyage de retour, j'ai eu la nette impression qu'on était suivi, sans pour autant réussir à débusquer qui que ce soit. Et puis, un soir, Lee a entendu du bruit à l'écart et est allé voir. Quand il est revenu, il nous a dit que ce n'était qu'un écureuil. C'est à partir de ce soir-là que mon impression s'est amoindrie, mais je n'étais pas rassuré pour autant.

Naruto et Shikamaru échangèrent un regard entendu. A présent, tout était clair comme de l'eau de roche.

– L'imposteur a dû profiter du fait que Lee s'éloigne pour prendre sa place, annonça Shikamaru, tandis que Sasuke ne pouvait dissimuler sa surprise.

– Je pense aussi. Sasuke, pas un mot à ce sujet, surtout pas à Sakura, compris ?

Mais Sasuke n'écoutait plus. Lui aussi, il venait de comprendre quelque chose. Il venait de comprendre que Naruto et Shikamaru, bien qu'ils connussent la véritable identité du traître à Konoha, laissaient Sakura enfermée dans sa cellule.

– Naruto, comment peux-tu faire ça à Sakura ? siffla-t-il en cachant mal sa colère. Tu te sers d'elle pour rassurer le voleur et tenter de savoir pour qui il travaille ! C'est Shikamaru qui a eu cette idée ?

Tandis que Naruto se demandait, effaré, comment Sasuke avait pu déduire tout ceci de leur conversation, Shikamaru recula d'un pas, par pure mesure de prudence. Les yeux sombres de Sasuke jetaient des éclairs.

– Heu… non, non, ce n'est pas lui, bafouilla Naruto. Ecoute, Sasuke, je ne suis pas particulièrement fier de ce qu'on est en train de faire – et t'as raison, c'est dégueulasse de laisser Sakura enfermée nuit et jour alors qu'on pourrait la disculper – mais, là, nous sommes en pleine crise ! Et puis, de toute façon, qu'est-ce que ça peut te faire que Sakura ne sorte pas tout de suite ? Si c'est à cause d'Ayumi, je peux très bien la prendre chez moi, Yukito sera ravi…

– Il ne s'agit pas d'Ayumi ! coupa Sasuke en abattant la paume de sa main sur le bureau. Sakura est une amie et elle souffre de l'absence de sa fille !

Un court silence embarrassant suivi cette déclaration. Sasuke se rendit compte qu'il était allé un peu loin et Shikamaru et Naruto le fixèrent avec des yeux exorbités.

– Laisse tomber, soupira Sasuke. Je ne dirai rien à Sakura, c'est promis. Y a-t-il autre chose que tu ne m'ais pas dit et dont je pourrais être informé ?

‒ Heu… le virus vient d'Iwa ? suggéra Naruto.

‒ D'Iwa ? répéta Sasuke. Ça… ça a un lien avec notre dernière mission ?

‒ Probablement, soupira Naruto. Nous en sommes à nous demander si le vol des plans et l'arrivée du virus n'ont pas un lien.

Sasuke fronça les sourcils et, après quelques secondes de réflexion, répondit :

‒ Faites bien gaffe à ce voleur. Si c'est lui qui a introduit le virus dans Konoha, alors je pense que c'est lui qui a soigné Ayumi. Reste à savoir pourquoi.

Sur ce, il quitta la salle d'un pas traînant, les mains dans les poches. Shikamaru le suivit du regard jusqu'à ce qu'il eut disparu.

– Dis-moi, Naruto, depuis quand Sasuke se soucie-t-il de Sakura ?

– J'avoue que je ne m'en étais pas aperçu, répondit Naruto d'un air décontenancé. Mais il faut dire que la relation entre ces deux là n'est pas très nette depuis le retour de Sasuke.

– Par contre, il n'a pas tout à fait tort à propos d'Ayumi, poursuivit Shikamaru. C'est vrai qu'on devrait se demander quel était le but du voleur en la soignant, elle et non un autre.

Naruto approuva d'un signe de tête. Dans toute cette histoire, la guérison miracle d'Ayumi restait sans doute le point le plus obscur.


Sakura reçut sa seconde visite de la journée quand le ciel commença à rougeoyer sous le soleil couchant. Elle ne put s'empêcher de sourire largement quand elle vit Ayumi entrer dans sa cellule, suivie de l'ombre familière de Sasuke. A nouveau, elle tendit ses bras à travers les barreaux et sa fille vint s'y blottir.

Puis, les prémices de l'adolescence reprenant le dessus, Ayumi se détacha de sa mère et commença à lui raconter en détail la mission qu'elle avait dû accomplir en compagnie de Kakashi et de ses deux coéquipiers. Elle expliqua aussi que Simaru était triste depuis la veille, sans doute parce que sa mère avait brutalement quitté la maison.

Tandis que Sakura et Ayumi discutaient et rattrapaient le temps perdu, Sasuke demeura silencieux, appuyé contre un mur de la pièce. Il mourrait d'envie de parler à Sakura de quelque chose qui lui avait trotté dans la tête depuis le matin même, mais ne pouvait pas aborder le sujet devant Ayumi. Toute cette histoire la touchait de bien trop près à son goût.

Fermant les yeux, il se remémora toutes les informations qu'il avait pu récolter durant la journée. En rentrant de sa mission quotidienne, il était retourné voir Naruto pour que celui-ci lui expliquât toute l'affaire en détail et cela n'avait fait que renforcer ses doutes.

– J'ai aussi appris que Junya était tombée malade. C'est affreux, Maman…

La voix d'Ayumi le sortit brusquement de ses pensées. Dans toute cette histoire, il avait presque oublié les Hyûga. D'après ce qu'il avait entendu, Tenten avait passé sa journée à l'hôpital et Neji allait la rejoindre dès sa journée de travail achevée.

Autrement dit, dès que l'imposteur sera retourné chez lui.

Sasuke soupira de mécontentement. Il avait demandé à Naruto pourquoi il continuait à garder Sakura enfermée alors qu'à présent ils pouvaient très bien arrêter le faux Lee, puisque son commanditaire avait de fortes chances de n'être autre que le village d'Iwa. « Trop risqué, avait répondu Naruto, et Neji et Shikamaru sont d'accord avec moi. Tant qu'on n'aura pas découvert avec exactitude pourquoi ce type a été chargé de rester ici, on ne l'arrêtera pas ». Sasuke avait dû admettre que cette décision n'était pas dénuée de sens. Après tout, ce voleur aurait pu fuir une fois son forfait accompli, mais il n'en était rien. Pourquoi donc avait-il été chargé de rester à Konoha ? Avait-il encore autre chose à y faire ? Heureusement, cette fois-ci ils pourraient le contrer à temps. Neji assurait une surveillance sans faille.

Sasuke mit un certain temps avant de réaliser que la conversation entre Sakura et sa fille avait cessé et que toutes les deux le fixaient avec une once d'étonnement. Elles devaient sans doute se demander ce à quoi il pensait. Finalement, il se redressa et dit d'une voix neutre :

– Ayumi, j'aimerais parler à ta mère. Tu peux m'attendre dehors ?

Ayumi, surprise, acquiesça avant de se diriger vers la porte. Elle allait sortir quand Sasuke ajouta :

– Et pas la peine d'écouter, je le saurais !

Sakura ne put s'empêcher de sourire légèrement. Sasuke n'avait pas manqué de remarquer le penchant curieux d'Ayumi.

– Sakura, il faut que je te parle de quelque chose d'urgent, annonça-t-il – et le sourire de Sakura s'effaça aussitôt. L'enquête a beaucoup avancé depuis hier et il se trouve qu'il y a une grande chance pour que le virus ait été introduit dans Konoha par un ninja d'Iwa.

– Un… un ninja d'Iwa ? balbutia Sakura en devenant livide. Comment est-ce possible ?

– C'est un peu long à expliquer, répondit Sasuke en songeant qu'il ne devait surtout pas avouer à Sakura que Naruto avait découvert le véritable traître. De toute façon, Neji et Shikamaru enquêtent là-dessus. Ce qui me préoccupe, moi, c'est ta fille.

– Ayumi ? Mais qu'est-ce qu'elle a à voir là-dedans ?

– Sakura, réfléchis bons sang ! s'exclama Sasuke en se saisissant des barreaux comme s'il allait les arracher. Le virus Aka a tué tout le monde jusqu'ici sauf Ayumi, et on ne lui a donné aucun remède particulier ! Tu ne t'es jamais demandé pourquoi elle avait guéri ?

– Sasuke, je suis médecin et enfermée dans cette cellule depuis hier matin ! Bien sûr que j'y ai déjà songé ! Mais, à vrai dire, la seule explication c'est le miracle…

– Faux ! Tsunade a retrouvé des traces d'anticorps dans le sang d'Ayumi. Ils ont été introduits dans son corps pour lutter contre le virus. Quelqu'un a soigné ta fille, Sakura !

Sakura ouvrit de grands yeux ronds, au bord de la panique. Enfin, elle comprenait où Sasuke voulait en venir.

– Tu voudrais dire qu'Iwa aurait fait en sorte de semer l'épidémie tout en s'arrangeant pour qu'Ayumi ne meure pas ? demanda-t-elle. Mais pourquoi la sauver, elle ?

Sasuke déglutit. Ce qu'il allait dire n'allait certainement pas plaire à Sakura, mais il devait lui en parler. Quand il prit la parole, sa voix possédait une tonalité étrange qui ressemblait à l'inquiétude.

– Sakura, ce n'est qu'une hypothèse, mais il est possible qu'Ayumi soit mêlée de beaucoup plus près à tout ce qui se passe en ce moment qu'on ne pourrait le croire. Peut-être que si Iwa nous a envoyé le virus, c'est pour nous affaiblir et, s'ils ont fait en sorte qu'Ayumi reste en vie, c'est parce qu'ils la veulent vivante.

– Mais que voudraient-ils d'elle ?

Le visage de Sasuke s'assombrit et ses mains se desserrèrent légèrement.

– Ce que lui a légué son père, Sakura.

Sakura ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Elle n'arrivait pas à y croire. Si ce que Sasuke disait était vrai, alors Ayumi était sans aucun doute en danger, et même davantage qu'il ne le pensait. Elle sentit l'inquiétude s'emparer d'elle. Son cœur cognait si fort qu'elle pouvait ressentir ses battements jusque dans ses tempes.

– Sasuke, promets-moi de surveiller Ayumi, le supplia-t-elle en s'accrochant à son tour aux barreaux. Et préviens Kakashi-sensei ! Il faut qu'il la surveille de très près durant les missions…

Sasuke hocha la tête d'un air grave. Ces précautions étaient bien le minimum à faire. Cependant, enfermée dans sa cellule, Sakura ne pouvait œuvrer davantage.

– Je n'arrive pas à y croire, ragea-t-elle en exposant ainsi sa pensée à voix haute. Comment Iwa a pu savoir pour Ayumi ? Comment connaîtraient-ils son père ?

– J'y ai déjà pensé, répondit Sasuke. Sakura, quel a été le seul ninja d'Iwa au courant de la vérité au sujet d'Ayumi ?

Sakura fronça les sourcils, comme si elle se demandait si Sasuke ne se moquait pas d'elle.

– Deidara, répondit-elle, mais il est mort deux jours après… après la conception d'Ayumi.

– A vrai dire, on n'en est pas sûr, répliqua Sasuke. Ce sont les ninjas d'Iwa qui ont dit l'avoir tué aux abords du Pays de la Terre.

– Tu veux dire qu'ils auraient menti ? Mais pourquoi avoir épargné Deidara ? C'était un renégat !

– Ça aussi, j'en doute fort. En fait, Deidara n'a jamais rejoint l'Akatsuki de son plein gré. Il y a été forcé. Je pense que Deidara a fait semblant d'entrer dans l'Akatsuki pour satisfaire ses membres et qu'il est devenu un espion en leur sein pour le compte d'Iwa.

Sakura ne répondit rien, mais ses sourcils froncés témoignaient de son inquiétude grandissante. Sasuke dut le sentir, puisqu'il osa poser ses mains sur les siennes.

– Je ne vais pas laisser Ayumi sans surveillance, promit-il. Je ne sais pas si mes hypothèses sont justes, mais si tel est le cas, les ninjas d'Iwa auront du mal à s'en prendre à elle.

Sakura leva la tête et ses yeux verts croisèrent le regard noir de Sasuke. Elle l'avait rarement vu aussi déterminé à protéger quelqu'un et cette pensée la réconforta légèrement.

– Très bien, Sasuke, soupira-t-elle, résignée à laisser un autre qu'elle prendre soin de sa fille. Je te fais confiance.

Sasuke la remercia d'un signe de tête et décida enfin qu'il était temps pour lui et Ayumi de rentrer. Après un dernier au revoir, il quitta la pièce et rejoignit la jeune Haruno qui l'attendait à l'extérieur du bâtiment.


Note de l'auteur : Voilà le chapitre 10 ! Je suis un peu trop fatiguée pour faire un long commentaire, mais les vacances devraient arranger ça. Aussi, je me contenterai de vous dire que j'espère que vous avez apprécié ce chapitre qui laisse une large place aux délibérations (et j'espère que ce n'est pas trop compliqué de les suivre), et je remercie tous ceux qui commentent, vraiment. Non seulement je prends en compte vos avis pour la suite de l'histoire, mais en plus ça me donne envie de m'améliorer constamment. Bref, un grand merci !