Note de l'auteure M : Diantre, nous dépassons le dixième chapitre, comme le temps passe. O_o
W : Tu parles comme une vieille, là. Non, rectification, t'es une vieille.
M : … (tente de cacher sa déprime) Hem, mh, bref. En attendant, j'en profite pour remercier nos lecteur/lectrices de continuer à suivre et de laisser des commentaires, c'est toujours très motivant de savoir que ce qu'on écrit plaît. ^^ Mille excuses à Matsuyama pour avoir pris 2h30 de son existence. En espérant que tu ne considères pas qu'elles ont été perdues ;) Ce chapitre-ci est plus court, rassurez-vous...
W : Oui, vraiment, désolées, sumimasen, sumimasen, pardon, j'ai honte...
M : Oups, son mode Alphonse est resté allumé. (Trifouille les données du programme W) Wouala. Off we go.
W : Profitez-en bien, la fin approche, hyek, hyek...
* * * * *
Chapitre 11 : Séisme décoiffé.
Un tremblement ébranla l'ensemble de l'immeuble. Sian releva la tête de son ouvrage – un livre de médecine que Winry avait proposé de lui envoyer après une conversation plutôt longue sur le sujet – tandis que son frère Ming essayait tant bien que mal de rattraper un de ses caractères xinois, son trait ayant brusquement dévié sur la gauche puis la droite, avant de dessiner une gracieuse boucle sans qu'il eût le temps de le contrôler.
Au final, il semblait avoir écrit quelque chose de bien différent de ce qu'il cherchait à faire au départ – mais Sian ne le lui dirait jamais, sinon il allait retenir ce caractère découvert par hasard et sa signification, alors qu'elle ne tenait pas du tout à ce qu'il s'en souvienne.
Elle s'apprêtait à lui conseiller de prendre une nouvelle feuille – afin d'être à même de faire disparaître mystérieusement la première – lorsqu'une nouvelle secousse fit rouler les stylos au sol et gicler le thé hors de sa tasse.
Ming lui lança un regard inquiet. Il n'avait en effet pas encore passé de temps à l'est de Xing, où les séismes étaient fréquents, comme à Ishbal, et n'était donc pas encore habitué à ce que la terre se mette à danser la gigue – pas comme Sian. Ce qui lui fit alors hausser un sourcil.
En effet, le seul endroit à Amestris où il y avait des tremblements de terre était le sud est. À Centrale, l'activité sismique était aussi nulle qu'à Resembool.
Deux hypothèses dès lors : 1) la ville était attaquée par des ennemis, peut-être même des homonculus (on lui en avait parlé, jugeant que ce serait utile si un taré avec une coiffure verte immonde en palmier ou un pauvre idiot boulimique la trouvant appétissante souhaitaient l'attaquer, mais pour le moment rien de ce genre ne lui était arrivé), ou bien 2) Edward était dans le coin.
La deuxième hypothèse se trouva vérifiée quand la porte de son appartement s'ouvrit avec un cri de martyre, victime d'un coup de pied méchamment envoyé par un être non identifié avec les cheveux en prouf, les vêtements de travers, les yeux exorbités, le visage et les mains couverts de pansements et de bandages. Lequel être lança dans sa direction une cage de transport familière d'où s'échappaient des feulements furieux non familiers avec ces paroles (il pouvait parler, comme c'était intéressant !) :
« Tiens, voilà le monstre, fais-en ce que tu veux, bouffe-le ou fais-le crever d'obésité en l'engraissant et en le chouchoutant, mais maintenant que tu connais Al et qu'il est au courant (je sais même pas comment il a fait), je ne veux plus jamais avoir à faire un voyage avec cette saloperie ! Vous avez plus besoin d'un intermédiaire maintenant, je pars à la retraite ! »
Puis il resta planté là, haletant, le visage en patchwork, admirablement découpé en pansements blancs, peau pâle et griffures rouges. Du grand art. Dommage, ça n'allait pas avec la couleur de ses cheveux.
Sian était restée impassible, bien contente d'avoir élucidé le problème des séismes (en fait, cela n'avait touché que son immeuble, et était causé par un Elric dans l'escalier) et se disait qu'en fait, elle devrait se reconvertir dans la police et devenir une inspectrice renommée. On ferait une série sur elle, les aventures d'une policière d'origine xinoise super balèze en arts martiaux ou quelque chose dans le genre, ce qui au final donnerait quelque chose de... tout à fait ridicule et nul.
Aussi se débarrassa-t-elle aussitôt de cette idée et, gardant un air neutre, baissa les yeux vers la cage de transport qui tremblait comme si elle contenait un détonateur ultrasensible. Pourtant, Griney semblait ne toujours pas toucher à son verrou improvisé mais tellement bien pensé et classe.
Elle releva les yeux vers la chose qui la fixait toujours d'un air furibond.
« Je pourrais dire la même chose quand tu me demandes de transmettre des trucs à ton si cher colonel. »
« Le colonel, y griffe pas ! »
« Encore heureux, parce que pour tout le reste, c'est pire ! »
Edward s'apprêtait à répondre, sans doute avec une de ses remarques si fines qu'elle auraient bloqué l'avenue centrale de la capitale, quand un bruit derrière lui lui fit faire volte face comme s'il s'attendait à découvrir un monstre derrière lui, aussi dangereux qu'une chimère ou que le colonel Mustang.
Mais il ne s'agissait que de Ming qui avait plongé sous l'ombre de la table avec sa plante en fleur à la recherche de ses crayons perdus lorsqu'Edward était entré, avait fouillé de tout côté pour faire ses plumes prisonnières et recenser les éventuelles disparues, et venait de poser son trésor retrouvé sur la table avec un soin méticuleux.
« C'est quoi, ça ? » demanda son collègue qui, malgré toute son intelligence en matière de physique, avait de sérieuses lacunes en biologie, puisqu'il semblait incapable de reconnaître un homo sapiens sapiens juvénile de sexe masculin lorsqu'il en voyait un.
Ming, de son côté, haussa légèrement et involontairement un sourcil, signe d'immense perplexité. Son voyage à Xing ne lui ferait aucun mal, songea Sian, il montrait vraiment trop ouvertement ses expressions, il avait encore beaucoup à apprendre.
« C'est quoi, ça ? » demanda à son tour le gamin – en xinois cette fois-ci, l'amestrian étant prohibé – mais chez lui les lacunes en biologie étaient davantage excusées, d'autant plus qu'Edward Elric n'appartenait à aucune espèce connue.
« Un collègue de travail, » répondit-elle dans la même langue.
« Ses cheveux sont pires que les tiens. »
« Oui, moi non plus je ne pensais pas que c'était possible. »
« Il sait pas s'habiller. »
« Exactement, mais hélas on n'y peut rien, certaines personnes sont désespérées dans la vie. »
« Il arrive souvent, comme ça ? »
« Non, d'habitude il utilise le téléphone, mais parfois il régresse et oublie que ça existe. »
« Je crois qu'il a cassé le verrou. »
« Quand je dis qu'il régresse, il le fait vraiment, et il ne sait plus comment ouvrir une porte normalement. »
« C'est triste. Et c'est quoi qu'il a amené ? »
« Un chat. »
« C'est pour le repas ? »
« Non, pour que je m'en occupe. Je ne sais pas cuisiner le chat, de toute façon. »
« Tu te fais exploiter. »
« J'ai obtenu le restaurant gratuit pendant un mois en échange. »
« Il a l'air trop radin pour proposer ça. »
« Je sais, le chat est à son frère, c'est son frère qui paye. »
« Pourquoi c'est pas son frère qui est là alors ? »
« Il n'habite pas à Centrale. »
« Oh, c'est un péquenot. »
« Pas autant que certaines personnes que tu ne vas pas tarder à rencontrer, mais oui. »
« Donc il a eu seulement un trajet en train avec le chat ? »
« Je crois. »
« C'est un chat d'une race spéciale ? »
« Non, il est très moche, aucune chance pour un concours. Et je suis sûre qu'aucun cuisinier ne pourrait le rendre mangeable. »
« Alors pourquoi ce mec s'est fait agresser ? »
« C'est le chat qui a fait ça. »
« Le chat ? »
« Oui. »
« Mais il est dans sa cage. »
« On dirait bien. »
« Il s'est fait zigouiller comme ça par un chat en cage ? »
« Il faut croire. »
« Mais alors il est nul. »
« EH OH ! Chuis là si vous avez pas remarqué ! »
Edward, qui prenait souvent longtemps à réagir quand il était ignoré, avait dépassé sa limite et affirmé son indignation parce qu'on osait ignorer le Fullmetal Alchimiste devant lequel toute autre personne se jetait au sol comme devant l'Empereur de Xing.
Il était vrai qu'il était en voie de devenir un professeur mythique à l'université, tout le monde continuant à murmurer sur son passage et ouvrant un beau passage devant lui – peut-être en raison des dégâts qu'il avait fait le jour où il avait été noyé dans la marée des élèves et où un surveillant l'avait pris pour un étudiant et avait commencé à l'engueuler en se moquant à moitié de lui. Ledit surveillant avait fait un petit séjour à l'hôpital puis s'était pris d'un intérêt immense pour la botanique, qu'il était reparti étudier dans son village natal, pour le plus grand plaisir de son arrière grand-père.
Suite à cet événement, Edward n'avait plus eu aucun problème de circulation, et la seule personne osant encore croiser son chemin à moins de deux mètres de distance était cette étrange élève avec ses vêtements excentriques et voyants, qui était parvenue à obtenir une place dans ses cours de physique et de chimie pour le second semestre et restait à contempler son idole pendant tout le cours comme si on l'avait hypnotisée ou comme si elle tentait de garder un air passionné alors qu'elle dormait, seul individu dans les salles à ne jamais sursauter, à ne jamais perdre son sourire vague, à rester indifférente aux décharges électriques, à demeurer à sa place lors des explosions, secousses et lancers involontaires de trucs dangereux.
Comme elle ne semblait pas remarquer à quel point avoir cours avec ce type était risqué, elle ne se rendait pas compte du péril qu'elle encourait quand elle continuait d'essayer de lui rentrer dedans au coin de chaque couloir, mais se contentait de le bouffer du regard et de le saluer pour la cent millième fois de la journée avant de poursuivre son chemin en sautillant comme une gamine dans une prairie où elle cueille des pâquerettes.
Le seul problème était qu'Edward avait, avec cela, remarqué sa notoriété – au bout de presque un an, quelle puissance d'observation ! - et était désormais en voie de se persuader qu'il était un dieu vivant.
Or, c'était dangereux pour lui : d'après les échos qu'elle avait eus de Winry lorsqu'elle lui avait fait part de la situation, ce n'était pas la première fois qu'Edward commençait à exagérer dans sa mégalomanie, et la dernière fois, cela avait fini avec le fiasco du siècle, dont il avait mis des années à rattraper les conséquences.
Mais Sian ne voyait pas trop comment empêcher le mouvement massif de déification d'Edward Elric qui s'élevait dans l'université comme une vague.
D'autant plus qu'elle commençait sérieusement à se demander si elle allait rester une autre année en tant que stagiaire.
Elle avait gagné Centrale avec l'idée que c'était ce qu'elle voulait faire, enseigner, mais elle avait désormais le sentiment que ses points indulgence et motivation s'étaient épuisés au long des interminables séances où elle avait tenté d'apprendre l'élixirologie à Edward – et où elle avait tenté de lui ouvrir les yeux quant à toutes les stupidités qu'il osait faire dans sa relation avec son « amie d'enfance ».
De plus, ces études mêmes sur l'alchimie xinoise, maintenant qu'elles étaient approfondies, suscitaient de plus en plus son intérêt, et elle se surprenait de plus en plus le nez plongé dans un livre de médecine – elle avait appris de Winry que ses parents avaient été médecins et qu'elle avait un bon nombre de livres qui leur avaient appartenu et dont elle ne se servait pas, livres qu'elle s'était empressée de lui prêter quand Sian l'avait demandé – ou dans les notes qu'elle avait ramenées de Xing que dans la préparation de ses cours pour l'année suivante.
Elle commençait à se demander si elle n'allait pas changer de vocation et accompagner Ming lors de son voyage à Xing, histoire d'en apprendre davantage sur l'élixirologie à la source et sur la médecine xinoise en général. Elle ne savait pas.
Et maintenant qu'Edward était devant elle, l'air furieux, elle ne savait toujours pas comment le faire tomber de son piédestal ni comment exterminer les petites étoiles scintillantes qu'il embarquait de plus en plus souvent avec lui – quoique, pas cette fois-ci, où Griney lui avait affectueusement labouré la peau au préalable.
Son collègue pointa un doigt vers Ming sans la quitter des yeux, le regard accusateur.
« C'est qui, lui ? »
« Mon frère, Ming, » répondit Sian en se penchant pour ouvrir la cage de Griney, sachant que si elle ne le faisait pas, il allait devenir fou de tension et de colère.
« Et qu'est-ce qu'il était en train de te dire y a un ins... »
Mais la fin de sa phrase se perdit dans un glapissement inquiet quand la porte de la cage fut ouverte et que Griney en jaillit avec un miaulement étrange pour s'enfuir du côté de la chambre de Sian – et adieu à son oreiller.
Il fallut quelques instants avant qu'Edward ne consentît à lâcher la bibliothèque qu'il avait escaladée comme un singe et à reposer ses pieds sur le sol.
« C'est vraiment une poule mouillée, » dit Ming d'un ton neutre, sans relever le nez de son exercice d'écriture qu'il avait repris comme si de rien n'était.
« Qu'est-ce qu'il dit encore, le mioche ? » fit Edward d'un ton tendu, pressentant peut-être qu'il était critiqué, par une sorte d'ultra-sensibilité développée par les êtres vaniteux – comme le colonel Mustang, qui avait l'air de sentir Sian venir trois jours à l'avance et à huit kilomètres à la ronde pour s'enfuir ou se préparer mentalement – et qui rappelait à Sian ce conte xinois stupide dans lequel une princesse très belle à sa naissance était devenue atrocement laide à force de ne pas dormir, puisqu'elle était si sensiblement délicate et délicatement sensible qu'elle était gênée par un simple grain de riz dans son lit, même avec trente matelas par dessus.
Quelle idée aussi quand on vivait à une époque où les matelas étaient rembourrés avec le riz non comestible de l'année.
Si elle se souvenait bien, la belle princesse devenue immonde finissait femme acariâtre vieillie avant l'âge, coincée avec un bellâtre qui l'avait épousée parce qu'elle était riche et qui passait son temps avec des être bien moins délicats mais bien moins exaspérants aussi.
Sian espérait juste qu'Edward n'allait pas continuer sur cette pente de l'ultra-sensibilité, parce qu'elle voulait qu'il reste un parti présentable pour Winry. Aussi décida-t-elle de l'attaquer de front, histoire de l'endurcir.
« Oh, il répétait juste que tu avais l'air nul à la baston. Un mou, quoi. » Elle reprit sa lecture.
« Que... kwa ? » fit Edward avec le ton exact qu'elle attendait.
« Tu m'as entendue. »
« Et tu lui dis pas que c'est pas vrai ? »
« T'as qu'à le lui dire toi même. »
Edward fit volte face et pointa en direction de Ming, qui avait cessé son exercice – ah, il se laissait encore trop facilement distraire, décidément il avait bien besoin de son voyage à l'Est, lui.
« Toi ! Je suis pas un mou, ok ? C'est pas un mouflet qui va dire le contraire ! »
Les yeux de Ming brillèrent d'une lueur que Sian ne connaissait pas. Il se leva, et vint se planter devant Edward, la tête levée, les bras croisés.
« Chuis pas un mouflet ! » s'exclama-t-il en amestrian. « Et je peux te le prouver direct si tu veux ! »
Sian se souvint alors que Ming était lui aussi très susceptible sur son âge, ses traits fins et ronds ayant tendance à faire croire aux gens qu'il était une jolie petite fille de huit ans et non un garçon de dix, et qu'il était souvent tenté de leur montrer avec quelques coups de pieds à la xinoise qu'il n'était pas efféminé et que les gens voyaient mal.
Jusqu'alors, Sian était parvenue à contenir ses élans. Ce jour-ci, elle avait la flemme de sortir de son fauteuil, surtout en sachant qu'en face se trouvait Edward, et qu'ils avaient tous les deux autant besoin de recevoir un coup sur la tête. Mais elle avait son devoir de grande soeur.
« Ah, j'aimerais bien voir ça chez un haricot mixé avec un petit pois ! » fit Edward d'un ton moqueur, avec l'expression de celui qui se venge des brimades qu'il a subies en étant plus jeune en les faisant subir à d'autres. L'infâme.
Mais en même temps, Sian avait pris son ton polaire xinois, et elle ne s'arrêta pas avant d'avoir fait son petit speech de grande soeur responsable qui punit son petit frère – et non, elle n'abusait pas de son autorité pour voir ce que c'était que d'être l'empereur de Xing :
« Ming, j'avais dit pas d'amestrian ici, surtout si tu es énervé quand tu l'utilises. Puisque c'est comme ça, tu recopieras trente fois ton exercice pour avoir le droit de manger ce soir – sans dessert – et tu vas le travailler dans ta chambre, maintenant. »
Curieusement, son ton fit tressaillir et Ming et Edward, même si ce dernier ne pouvait comprendre ce qu'elle avait dit, et la colère sembla le quitter. Il se mit à la regarder comme si elle était quelqu'un d'étrange et inconnu jusqu'alors, un mélange entre les éléments les plus redoutables du genre humain. Il avait exactement le même regard quand elle le menaçait d'un autre vol plané s'il ne la laissait pas tranquille.
Et elle n'avait fait ça qu'avec des mots. La classe.
Pendant ce temps, Ming avait diligemment rassemblé ses affaires qu'il mit sous son bras avant de contourner la table pour quitter la pièce. Cependant, il ne le fit pas sans faire un croc en jambes – certes parfait, mais après tout, c'était sa soeur qui le lui avait enseigné, c'était donc tout à fait normal – à Edward en passant derrière lui, avant de lui tirer la langue.
Puis il s'enfuit comme un lapin effrayé quand il croisa le regard de Sian, qui pour s'assurer qu'il avait bien compris dit : « Rectification : trois cent fois recopié, l'exercice. »
Lorsqu'il aurait fini, Ming ne pourrait plus rien écrire d'autre que ce qui était dans l'exercice – un texte stupide puisque tiré d'un bouquin de cuisine inutilisable aux recettes immangeables écrit par un certain Tim Marcoh, atroce et piètre cuisinier de son état, ses papilles gustatives pouvaient en témoigner.
Edward, après sa lourde chute, était parvenu à ramper et à se hisser à grand peine sur une chaise où il s'était affalé de tout son poids, l'air agonisant.
« Le monde veut ma mort, » fit-il d'un ton tragique.
Puis, devant le silence de Sian, qu'il interpréta comme dubitatif, il continua : « Si, je t'assure. D'abord Winry, qui m'a forcé à tout remettre en état derrière la maison avant de partir. Ensuite Al, qui m'a... »
Il fit une pause de près d'une minute comme pour trouver le terme correct pour dire la chose réelle de façon valorisante pour lui, puis renonça et continua dans un soupir gémissant : « ... battu... » Avant de se reprendre en hâte : « Mais juste une fois, hein ! »
Encore une petite pause, puis d'un ton bougon : « Et qui m'a refilé son chat. Ah, le chat ! Il a qu'une envie, c'est de me faire perdre tout mon sang ! J'en ai marre de cette bestiole ! Je comprends pas pourquoi, comment Al peut être gaga devant lui ! Ensuite Mustang ! Comme par hasard dans les environs de la gare quand je suis arrivé ! Et maintenant ton... ''frère'', là, qui se croit tout permis. »
« Donc tu es vieux et fragile et il te suffit de quelques difficultés pour te mettre à plat. Ah, c'est dur, le grand âge... »
Avec ça, Edward sortit de son rôle d'individu geignard. Il ouvrit les yeux et se redressa soudain, montrant avec efficacité la véracité au moins partielle de ce qu'il s'exclamait : « C'est pas vrai ! »
En réponse, Sian haussa les épaules, et lui demanda plutôt : « Mais pourquoi tu t'entends aussi mal avec Griney ? Personne d'autre n'a de tels problèmes. Ou du moins plus maintenant. »
Cela lui valut un regard noir.
« Je dois être le seul être normal sur cette planète. »
Sian haussa volontairement un sourcil, cherchant à lui faire comprendre que ce devait plutôt être l'inverse. Lui, le seul être anormal sur cette planète. Seulement, Edward était un peu égocentrique, il devait donc naturellement se définir comme la norme et considérer tout être extérieur comme une exception.
Devant son silence, il sembla croire qu'il devait se répéter.
« Non, mais, vraiment... D'ailleurs c'est pas compliqué, je... »
À ce moment précis, Griney, qui était revenu inopinément et s'était installé sur les genoux de Sian comme le maître des lieux (elle osait espérer qu'il ne prenait pas autant ses aises avec son vrai maître), miaula de tous ses poumons puis bâilla ostensiblement, avec un air qui paraissait tout de même quelque peu goguenard.
L'instant d'après, Edward s'était dressé avec un cri inarticulé et furieux.
« Voilà, c'est exactement pour ça que je peux pas le blairer, ce truc ! »
Il pointa un doigt accusateur sur l'animal qui pour toute réponse cligna lentement des yeux et continua de balancer sa queue de gauche à droite en un mouvement hypnotisant.
« À chaque fois, je dis bien à chaque fois que je suis avec quelqu'un... »
Sian remarqua aussitôt qu'il ne disait pas précisément ''Alphonse'', ce qui signifiait qu'il pouvait penser à quelqu'un d'autre.
« ... et que j'ai quelque chose à dire, d'ailleurs parfois de super important... »
Hum, hum, intéressant.
« ... il trouve le moyen d'être là et de m'interrompre ! Je te dis, c'est pas une bestiole normale, ça doit être un machin inventé par Mustang pour me pourrir la vie, ou quelque chose du genre ! »
Comme c'était Alphonse qui l'avait trouvé, il semblait plus probable que c'était lui, la personne souhaitant noircir son existence, mais Sian ne prit pas la peine d'énoncer ses soupçons à voix haute, sachant parfaitement qu'Edward ne croirait jamais qu'une chose pareille puisse provenir de son frère adoré et innocent. Elle opta donc pour une tout autre proposition qui lui était venue à l'esprit :
« Donc si tu ne peux pas supporter Griney, c'est parce que la dernière fois que tu t'es retrouvé seul avec Winry, tu avais décidé de tout lui avouer, et qu'il t'a interrompu. »
Edward hocha la tête avec une expression boudeuse étalée sur le visage, le regard obstinément fixé sur la fenêtre. Puis les paroles qu'elle venait de prononcer traversèrent le voile furieux de son esprit : Sian en vit l'effet se répandre d'abord par une rougeur surnaturelle sur son visage, puis un hoquet, puis un mouvement de la tête qui amena ses yeux de couleur étrange sur elle, pauvre victime, et enfin une contestation entrecoupée :
« Que... kwa ? Nan, nan, pas du tout ! Qu'est-ce que tu vas raconter ? C'est pas ça ! Et puis d'abord j'ai rien à lui dire, à Winry ! C'est juste que... Non, c'est pas ça ! C'est rien ! Et non j'étais pas seul avec elle ! Ou alors par hasard ! Et j'ai rien à lui dire ! Rien du tout ! Et puis d'abord, j'en ai marre de voir ce chat ! J'ai fait ce que j'avais à faire : je te l'ai remis ! Maintenant, je rentre chez moi ! »
Et, joignant le geste à la parole, il saisit son sac qu'il avait laissé tomber dans l'entrée avant de lancer la cage de Griney dans le salon et fonça vers la porte qui cria avant même qu'il n'entre en collision avec elle pour l'ouvrir.
Juste pour s'amuser, Sian le suivit tout le long de l'escalier malgré les menaces d'écroulement du sol, du plafond et des marches sous l'effet de la colère embarrassée de l'alchimiste, et poursuivit son hypothèse d'un ton calme, sans se soucier de ses interruptions aussi enflammées que ses joues.
« Donc tu es un matin descendu par hasard à la cuisine... »
« Faut bien que je mange le matin non ? »
« ... où par hasard Winry se trouvait seule... »
« Elle était pas seule, y avait le café ! »
Parce que le café était bien entendu un être à part entière, surtout celui que faisait Edward, qui semblait être vivant et n'attendre qu'une occasion pour s'enfuir de la cafetière.
« ... puisque par hasard ce matin-là Pinako était allée se promener... »
« Elle dépannait un client qui ne pouvait plus marcher ! »
Parce que bien sûr tous les jours on trouvait le moyen de se faire rouler sur sa jambe d'automail avec un tracteur et un train. Edward semblait oublier qu'il était le seul à qui de telles choses arrivaient facilement et presque quotidiennement.
« ... et que par hasard Alphonse avait été pris d'une immense passion pour les automails et avait décidé de l'accompagner dans sa tournée... »
« Non, il était allé se promener, il a le droit, non ? »
Parce qu'Alphonse ne connaissait pas du tout la campagne de Resembool et avait absolument besoin de visiter le coin dès huit heures du matin.
« ... emmenant par hasard Den avec lui... »
« Den était dans le jardin derrière la cuisine, en train de pioncer ! »
Parce que la chienne ne savait pas dormir la nuit et n'aimait pas aller dire bonjour au facteur le matin.
« ... et par hasard tu as voulu dire quelque chose à Winry... »
« C'est stupide et pas sympa de rien dire à quelqu'un quand on la voit pour la première fois le matin, non ? »
Parce qu'Edward était d'une délicatesse à toute épreuve et savait parfaitement se conduire, et se souciait grandement de ce qu'on pensait de lui lorsqu'il se levait, bien entendu frais et dispo.
« ... qui par hasard n'avait rien à voir avec le temps ni avec ton automail... »
« Si, ça concernait mon automail, puisque ça avait à voir avec moi ! »
Parce que sans aucun doute, il considérait son automail comme partie intégrante de lui même, et ce que l'automail pensait ou disait, Edward le pensait ou le disait aussi – surtout quand il frappait.
« ... d'autant plus que Winry était fort envoûtante, assise à la table de la cuisine, dans la lumière claire du matin, une tasse de café buvable dans les mains, le regard perdu dans la campagne au-delà de la fenêtre, encore en chemise de nuit... »
« Elle était déjà habillée ! »
Parce que Winry au moins était plus matinale qu'Edward, Sian voulait bien l'admettre.
« ... mais Griney a par hasard trouvé le moyen de se pointer et de faire savoir son existence... »
« Je hais cette bestiole ! »
Chose que Sian avait cru comprendre déjà.
« ... ce qui fit que par hasard Winry se leva et alla lui donner des croquettes, t'ignorant complètement... »
Grincement indistinct de la part d'Edward qui était arrivé en bas des escaliers, qui eurent presque un soupir de soulagement, ainsi que l'ensemble des voisins dont les paliers avaient tenu pour cette nouvelle épreuve – il aurait été difficile de remonter les courses avec un trou devant sa porte.
« ... au moment même où par hasard tu allais te déclarer... »
« J'ai dit que c'était pas ça ! » hurla Edward après avoir fait volte-face, obligeant Sian à s'arrêter net à son tour.
« ... ou plutôt que tu allais enfin oser par hasard lui proposer de l'accompagner pour faire les courses, en croisant les doigts pour tomber par hasard sur Alphonse parce que sinon ça aurait été trop gênant, oui, je sais. »
Sian mit les mains sur ses hanches pour montrer qu'elle était allée jusqu'au bout de sa théorie.
Edward fut momentanément réduit au silence par la force supérieure de sa logique infaillible, puis finit par admettre : « Et c'est le chat qui a tout fait foirer ! »
Puis il lui tourna le dos, défonça à moitié la porte de l'immeuble en se jetant dehors et alla provoquer des accidents de voiture et faire fuir des enfants innocents rien qu'avec son allure furibonde.
Lorsque le battant se remit en place avec un gémissement plaintif lié à son âge et au mauvais traitement qu'on lui faisait subir, le silence qui s'établit évoqua à Sian le calme après l'ouragan – elle en avait vécu plusieurs à Xing – pour la plus grande joie de ses tympans.
Poussant un petit soupir, elle se dit que, puisqu'elle était descendue, elle pouvait également prendre le courrier. Heureusement qu'elle avait ses clefs avec elle.
Quand elle referma sa boîte aux lettres, les oiseaux recommençaient déjà à chanter dans la petite cour, tandis qu'au loin s'élevaient un certain nombre de klaxons, signe qu'Edward continuait sa route.
Parmi les lettres qu'elle avait reçues, elle reconnut l'écriture d'Alphonse – avec son étrange y – et eut un petit sourire. Leur correspondance était devenue très importante, chacun étant très assidu pour rapporter les moindres petites évolutions, soupçons d'indices, légers pressentiments concernant l'objet de leur étude conjointe.
Et dire qu'Edward allait s'imaginer que c'était toute seule qu'elle avait deviné avec autant d'exactitude ce qui s'était passé...
* * * * *
à suivre...
