Chapitre 12 : Mon sabordage

Les femmes font les pires folies pour allumer une passion et prennent la fuite devant l'incendie.- Laura D'Abrantès.

Je rejoignis rapidement Rose, qui m'attendait déjà dans le parc. Elle avait un air grave, que je ne lui voyais presque jamais. Nous commençâmes à marcher en direction du village, mais nous évitâmes la rue principale au profit d'un chemin menant à un grand jardin public. On s'assit sur le rebord d'un banc, toujours en silence. Je me tordais les mains de cette attente frustrante. Je lâchai brusquement.

-Pitié, Rose, dis quelque chose !

Elle se tourna, les yeux grands ouverts.

-Franchement, je ne sais pas vraiment comment aborder le sujet.

-Tu l'as dit à Al ?

-Je suis ta s… (et je fus persuadée qu'elle faillit dire sœur. Mais dans les faits, elle l'était) cousine, je ne me suis pas permis de le faire. Et je ne pense pas non plus que tu devrais. Il a déjà eu du mal à accepter que tu sortes avec lui, ne lui en demande pas trop.

Le silence retomba.

-Bon…, commença t-elle, avec son air des grands jours. Est-ce que… Est-ce que…

Je la regardas sans comprendre. Elle explosa.

-Lily, ne m'oblige pas à finir cette phrase !

-Ho., fis-je.

J'avais compris.

-Pas de souci à ce point de vue là.

-Bon., se radoucit-elle. Et… il t'aime ?

Je haussai les épaules, comme si ça m'était complètement égal.

-Il l'a dit.

-Lily…

L'accent de la voix de Rose était si doux que ma gorge s'en serra. Je me tournas vers elle, elle me regardait dans les yeux. Ma voix se brisa.

-Ouais…

-Et toi ?

Ce n'était rien de plus qu'un murmure, un chuchotement confié au vent. Je me levais, recommençant à faire le pitre. L'inactivité me pesait, le sérieux ne m'allait pas. Je bougeai, tournoyant un peu, en faisant de grands gestes, mais me figea devant ma cousine. Elle avait un air indéchiffrable sur le visage. Elle me connaissait mieux que personne, mais moi, la connaissais-je vraiment ? Elle ressemblait à son père. Grande, les cheveux roux, les yeux bleus, l'intelligence de sa mère, et pourtant… Pourtant, elle n'analysait rien et elle n'avait pas la capacité émotionnelle d'une petite cuillère. Elle était… Elle était Rose.

Elle me fixait toujours et je me sentis obligée de répondre quelque chose, quoi que ce soit.

-Ça, tu vois, ça, c'est une excellente question.

Elle se leva d'un geste souple et recommença à marcher, les mains dans le dos. Je la suivis.

-Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ?

-Je sais pas., avouais-je. J'en sais rien du tout.

-Mais quel est le problème ?

-Le problème ? Le problème ?!

J'avanças plus vite et lui fit face.

-Le problème, Rose, c'est que j'ai peur de tout ! De lui, de moi, de la réaction de Papa, de celle d'Albus, de James ; j'ai peur de toi, parce que je viens de me rendre compte que c'est à peine si je te connais. J'ai peur que ça soit sérieux, que ça ne le soit pas ! J'ai peur de tout.

Elle me regardai et me fit son beau sourire plein de gentillesse.

-Mais je suis là.

Elle continua à marcher.

-Qui es tu ?

Elle se retourna et je reconnus son air.

-Le loup…, fit-elle, d'un voix grave.

Elle écarta les bras en me regardant d'un faux air féroce et je commençai à reculer.

-Non, Rose, non !!

Elle se mit à me poursuivre en poussant de grands cris, tandis que je tentais de lui échapper en rigolant.

Ce fut probablement la meilleure journée de ma vie.


Mais, le lendemain, il fallut remettre les pieds sur terre. Il y avait les examens à réviser, à passer… Et il y avait Andrew aussi. Je ne savais pas comment réagir vis-à-vis de lui. Même s'il ne me demandait absolument rien, je me sentais mal à l'aise. De plus, c'était sa dernière année, nous n'avions rien prévu pour la suite (ou plutôt, rien n'était prévu pour la suite).

Et moi, brusquement trouillarde, je ne savais pas quoi faire. Nous étions toujours ensemble, mais je me sentais paralysée. Si on m'avait dit qu'un jour, ça m'arriverait, je me serais moqué de mon interlocuteur.

Et, comme on dit, la vie fila à toute vitesse. Tout comme le train qui nous ramena à Londres. Je restas sagement dans mon compartiment (ce qui ne me ressemblait pas) avec Albus, Hugo et Rose. Je sentais le regard de cette dernière sur moi, comme si elle attendait que je fasse ou dise quelque chose. Je ne fis ou ne dis rien. Je leur souris à tous, parla peu et fis mine de regarder le paysage.

A l'arrivée, je pris mon temps, alors que mon frère et mes cousins se dépêchaient de sortir, je récupérais mes affaires et ma malle, laissais passer presque tout le monde du wagon et enfin, me résignai à sortir.

Il y avait toute ma famille et je pris soin de les serrer tous dans mes bras. Même si mes condisciples trouvaient ça bébé, je pensais que c'était essentiel de dire et de montrer ces choses-là. J'enlaçai James (qui, d'ailleurs, n'en était pas réellement ravi), lorsque, soudain, je le lâchas. Je regardas d'un air perdu autour de moi et croisai le regard, eh bien, de ma sœur. Elle m'indiqua une direction.

-Par là ! Dépêche-toi !

Je commençai à courir, comprenant trop bien pourquoi. Je pris le passage en m'efforçant de ne renverser personne et me hissa sur la pointe des pieds pour voir plus loin. Et cette fichue gare qui est si grande ! Puis, j'entendis une voix derrière moi et un mélange de soulagement et de terreur m'envahit.

-Je me suis toujours demandé ce qu'il fallait dire dans ces situations.

Je me retournai. Il était appuyé à un mur, les mains dans les poches.

-Quels situations ?

-Tu sais, quand la fille se rend compte qu'elle a fait une erreur en laissant partir le gars et qu'elle part à sa recherche, mais que lui a eu l'excellente idée de rester dans les parages.

-… Et alors, qu'est-ce qu'il faut dire ?

-Rien… Il faut laisser parler l'autre.

Je m'avanças. Last chance.

-Je… Je t'aime. Non, c'est pas le bon terme, parce que j'aime aussi le chocolat. Je… Je suis amoureuse de toi.

Je fis l'effort de lever les yeux pour rencontrer les siens. Ils étaient doux.

-Ça a pas dû être facile de le reconnaître.

-C'était plus simple que je ne pensais.

Il bougea enfin et me prit dans ses bras. Je fermas les yeux, la tête dans son épaule. Adieu Orgueil, adieu Ego ; Bonjour Jalousie et Folie Furieuse. Mais j'étais bien.

Je le sentis se raidir et leva la tête. Il était pâle et semblait fixer quelqu'un. Je me retournas. Ma famille entière était derrière nous. Et quand je dis entière, je veux dire entière. Mes parents, mes frères, mes grands parents venus nous accueillir, la (quasi) totalité de mes oncles et tantes, leurs enfants et même Teddy et Victoire. Je remarquas, comme on remarque des choses futiles en plein cauchemar, ma malle aux pieds de Papa. Il dit, d'une voix si calme que j'en eus des frissons glacés au bas du dos.

-Tu nous expliques ?

Et meeerde…


Fin.