Chapitre 11 :
Alexander :Fieldsunny
Je regarde Rosalia dormir, près de moi. Sa respiration est lente et régulière. Ma femme... Je souris à cette pensée. J'ai vécu la journée d'hier comme un rêve. Tout était si beau, si fantastique, que je me suis pincé deux ou trois fois pour être sûr que je ne dormais pas. Je la revois s'avancer vers l'autel dans sa robe blanche. On aurait dit un ange.
Des bruits et des voix me parviennent de la cour. La réalité me frappe en plein fouet. Mon père va partir. Je me lève sans faire de bruit pour ne pas réveiller Rosalia. Je m'habille.
« - Tu veux de l'aide ?»
L'accent endormi de mon épouse me surprend. Je refuse et la remercie. Je peux me débrouiller seul. Ma jambe me lance mais je retiens de grimacer. J'entends Rosalia s'habiller. Nous sortons main dans la main, dans la cour, me soutenant toujours à une cane.
Violette et Carl sont déjà là. Père selle son cheval, un magnifique étalon noir. Mon père se tourne enfin vers nous. Il prend Carl par les épaules, le serre dans ses bras :
" - Tu sais ce que j'attends de toi, mon fils. Protège Fieldsunny et ses habitants. Tu es un grand guerrier la ville a de la chance de t'avoir et moi aussi"
Puis mon père se tourne vers moi :
" - Dépêche-toi de guérir, mon garçon. Tu es le seigneur de ces terres maintenant. Je suis sûr que tu seras un meilleur suzerain que je n'aurais jamais été. Je suis fier de toi"
Il me prend longuement dans ses bras. Je sais que comme moi il se retient de pleurer. Il se détache de moi pour baiser la main de Rosalia :
" - Je suis heureux de vous connaître, Lady. Je compte sur vous pour me donner plein de petits-enfants.
Il ajoute plus bas :
- Veillez sur lui.
- J'y compte bien, répond ma femme "
Il prend Violette dans ses bras, elle enfouie sa tête dans son cou pour sangloter. Il lui caresse les cheveux tendrement.
"- Quand est-ce que vous allez revenir, Père ?
- Je ne sais pas, ma douce fleur, mais je ne serai jamais bien loin, ne t'inquiète pas. Sèche ces larmes, veux-tu ! Tu es une Feuerbach et nous continuerons de brûler. "
Il la serre encore quelques instants dans ses bras avant de la reposer. Il nous jette un dernier regard et s'installe sur sa monture. Les portes s'ouvrent et il s'en va au trot, suivi par ser Philippe et deux mille hommes.
Violette continue à sangloter après la fermeture des portes. Rosalia la serre contre elle.
" Il ne va pas revenir, hein ? dis ma petite sœur.
- À part, un miracle, non, répondit Carl en colère. "
Il part sûrement vers le terrain d'entraînement. Je reste sans voix, je sais que Carl a raison mais l'entendre tout haut me fait mal. Violette se met à pleurer de plus belle. Elle se dégage de l'étreinte de Rosalia et s'enfuit en courant. Je vais pour la suivre mais Rosalia me retient le bras.
" Laisse, dit-elle, tu ne peux rien contre son chagrin "
Et contre le mien ? Ma jambe me fait de plus en plus souffrir. Rosalia le voit bien, elle passe son bras autour de ma taille et m'emmène à l'intérieur du château. Est-ce vraiment ma jambe qui me fait souffrir ? Je me laisse aller contre un mur. Je pleure toutes les larmes de mon corps. Des larmes de chagrin mais aussi de colère. En colère contre cette foutue guerre qui n'est pas la nôtre, en colère contre Aerys le Fol, contre Baratheon et ses maudits alliés, contre moi-même. Si je n'avais pas été blessé, j'aurais pu partir à la place de mon père.
Abraham :
Cela nous prit presque une journée entière pour rejoindre le Prince Rhaegar et ses troupes. Mes jambes et mon dos me font souffrir à cause de la longue chevauchée. Je n'ose pourtant pas boire la prescription du maestre, de peur de ne plus être tout à fait moi-même. Je serre les temps pour ne rien montrer, je ne veux pas que les jeunes hommes croient que je suis trop vieux et trop faible pour me battre. Même s'ils n'auraient pas tout à fait tord...
Nous avons préparer notre campement pour la nuit dans une clairière à queques kilomètres de Harrenhal. Le Prince convoque alors les plus haut dirigeant pour parler de la stratègie militaire à adopter. Selon, les derniers calculs des éclaireurs nous serions en supériorité numérique vis à vis des rebelles. Mais il ne faut tout de même pas sous-estimer les combattants du Nord. A ce qu'on dit un combattant nordien vaut deux chevalier du Sud. Je ne dirai pas cela mais il faut tout de même se méfier.
Lewyn Martell propose d'encercler les rebelles puis de les prendre par surprise. Mais la suggestion fut vite balayée, la preuve que le prince dornien ne connaît pas la géographie de Westeros. En effet, les rebelles sont de l'autre côté du fleuve ( Le Trident) il nous faudra donc traverser le gué. Plusieurs personnes proposent des plans d'attaques compliqués à réaliser comme traverser le Trident pour arriver par derrière. Finalement, ce fut la suggestion de ser Barristan Selmy qui est retenue : attaquer de front et jouer sur notre supériorité numérique.
Nous quittons Rhaegar. Sur le chemin vers ma tente, ser Philippe me demande ce que je pense de la stratègie. Il est vrai que je suis resté silencieux durant notre petite assemblée.
« Nous n'avons pas le choix », je lui répond.
En effet, nous n'avons pas le choix. Aerys me l'a bien rappelé dans son message :
Rappelez-vous Lord Abraham, Fieldsunny est sur la Route Royale.
J'en viens à me demander si je n'aurais pas dû faire comme Tywin Lannister : ne plus me soumettre à la couronne et pourquoi pas me ranger du côté des rebelles ? Mais je n'ai pas la trempe de Tywin. J'espère avoir fait le bon choix, peut-être que finalement être du côté de la couronne réussira à protéger mes enfants ? Mais j'espère qu'Alexander saura prendre la bonne décision si les rebelles venaient à prendre la route royale.
La nuit fut courte et nous nous mettons en route pour le gué du Trident. Nous chevauchons au trot. Mon dos me fait de plus en plus souffrir. La douleur est quasiment insupportable. A cause des ses idioties de tournoi. Sarah m'avait bien que j'étais trop vieux mais j'étais orgueilleux. Je ne voulais pas qu'on pense que j'avais perdu ma force d'antan.
Enfin, nous arrivons au gué. L'armée ennemi est déjà de l'autre côté de la rive. Des éclaireurs ont certainement dû les prévenir. Nous restons plusieurs minutes à nous toiser. Un silence de mort règne. On entend seulement les remous du fleuve. Puis sans crier garde, le Prince Rhaegar brandit son épée et hurle :
« Pour Westeros ! »
Il est bientôt suivi par des dizaines de milliers d'hommes. Quant à ma part je me bat pour Fieldsunny, pour mes enfants.
Nous nous lançons au galop vers le gué, chargeant les rebelles qui font de même. L'impact eut lieu quelques secondes plus tard. Les hommes de l'avant-garde tombèrent de leur monture les premiers, les obligeant à se battre au corps à corps. L'adrénaline me saisit. Ma douleur me quitte peu à peu quand je croise le fer avec un pauvre garçon nordien. Pas le temps pour m'apitoyer sur son sort, l'instinct de survie fait son travail et je lui transperce la gorge. Autour de moi, c'est la confusion, tout le monde se bat, je n'arrive plus à distinguer qui est qui. Beaucoup d'hommes sont déjà tomber.
Mais je me rappelle vite que je n'ai plus vingt ans. Deux hommes m'assaillent, me forçant à combattre deux côtés différents. Je suis désarçonné et je tombe par-terre. Ma douleur se réveille, je ne peux plus bougé. Un de mes assaillants démonte et s'avance vers moi. C'est Lord Karstark, il me semble. Il lève son épée, me jette un regard qui se veut désolé et me l'enfonce dans la gorge. Je suffoque avant que tout ne devienne noir.
Alexander :
Je serre le parchemin dans mon poing. Je ne pleure pas. Peut-être que je n'ai plus de larmes ? Je fixe l'horizon à travers la fenêtre. La main rassurante de Rosalia se pose sur mon épaule. Il faut que j'avertisse mon petite frère et a petite sœur que nous avons perdu la bataille ainsi que Père.
