11. Confrontation

A nouveau un lundi matin atroce. Après beaucoup d'autres tout aussi atroces, qui étaient passés.

Dans l'intervalle le froid vent d'automne avait commencé à souffler autour des murailles de Poudlard. Le même vent froid qui arrachait les feuilles des arbres et qui rendait l'entraînement de Quidditch impossible. Hermione ne pouvait attendre de sauter sous la douche chaude et de se délivrer du rêve qui l'avait fait particulièrement souffrir cette nuit.

Ce rêve. Son intensité faisait encore effet après qu'elle soit sortie de la douche et qu'elle était en train de s'habiller. Elle n'avait jamais éprouvé un tel sentiment, même quand elle avait dormi avec Viktor Krum au début de l'été. C'était merveilleux. Sa peau fourmillait encore de ce rêve. Il lui semblait encore qu'elle sentait sa peau chaude et ses mains sur ses genoux.

Tu dois manger quelque chose aujourd'hui, Hermione ! Tu as un air affreux, dit-elle silencieusement à son reflet dans le miroir et elle fit en sorte de sortir de la salle de bain avant que les protestations ne pleuvent à nouveau. Comme chaque matin.

C'était devenu un rituel pour les filles de se disputer le temps passé dans la salle de bain.

Hermione ne pouvait rien remporter dans ce rituel qui consistait en gloussements et en luttes verbales.

Ce qui ne la rendait pas particulièrement appréciée. Elle avait déjà souvent eu à entendre la question, pourquoi est-ce qu'elle faisait toujours une tête d'enterrement et devait toujours être aussi sérieuse.

«Il ne manque plus qu'elle enseigne les potions et qu'elle désire déménager dans les cachots » avait-elle entendu Lucy chuchoter un matin, tandis qu'elle se peignait les cheveux.

Elle ne remplit cette fois-ci son sac que avec le minimum vital. Car bien qu'elle ait réussi à le réparer à nouveau, elle ne croyait pas que le sort tiendrait longtemps. Et quand il s'évaporerait du tissu, alors la moitié de sa collection de livres ferait à nouveau exploser son sac.

Ensembles avec Harry et Ron elle se rendit dans le grand hall. Ron marchait en remuant à côté d'elle, car il avait comme toujours peur du cours de Rogue, non seulement car durant l'heure de la semaine dernière il avait encaissé plus d'une raillerie mais aussi parce qu'il avait gratté la veille désespéré quelques phrases sur le parchemin et qu'il devait à présent rendre ce produit de son impuissance en guise de composition sur les Sortilèges Choquants. Cette fois Hermione n'avait pas trouvé le temps d'inspecter une nouvelle fois ses devoirs. De toute façon elle n'était jamais là. La plupart du temps dans la librairie. Ron ne pouvait pas se souvenir de l'avoir un jour vu passer autant de temps la nez plongé dans les livres – et ce devait signifier quelque chose !

Alors qu'ils prenaient leur petit déjeuner, il vit qu'elle jouait avec sa nourriture comme tant d'autres matins.

« Hermione, je peux être un glouton, mais tu as l'air…enfin… »

Hermione leva les yeux. « oui, Ron ? »

« Je croyais toujours que tu lisais le parchemin, mais que tu t'en nourrisses… »

« Pas de soucis. Vois-tu ? » Elle enfourna de façon démonstrative une fourchetée de lard et envoya une bouchée de toast par-dessus.

Mâcher. Avaler. Mordre. Mâcher. Avaler. Tu as un jour su comment cela fonctionnait, Hermione ! Force-toi ! Sous le regard soucieux de Ron elle avala une rangée de toast et tout son lard avec. Personne ne pouvait prétendre qu'elle avait entamé une grève de la faim. Elle pouvait lire le soucis que se faisaient ses deux meilleurs amis pour elle dans leur visage. Et cette découverte provoqua un sentiment de réconfort en elle, car personne ne s'était jamais perdu avec de tels amis, même si elle se sentait perdue.

Mais elle devait éviter que les deux ne posent des questions. Elle savait qu'elle ne pourrait répondre à ces questions.

« On y va ? » demanda-t-elle, repoussant l'assiette devant elle et roulant proprement la Gazette du Sorcier. Elle la laissa traîner pour le cas où quelqu'un d'autre voudrait s'informer sur les nouvelles manigances du ministère. Elle était sûre d'elle. Beaucoup ne l'étaient pas.

« Arrivons en retard » proposa Ron, « Binns débiterait même son cours si la salle de classe était entièrement vide. »

« Ron ! L'histoire de la magie est tout aussi importante que n'importe quelle autre matière. »

« Oui, si un Inferius arrive, Ron peut l'ennuyer à mort….ou à un état un peu moins dangereux…avec la révolte magicienne de 1298…. » lança Harry d'un air amusé.

Hermione ne répondit rien à cela. Le calme de ce cours n'était que trop le bienvenu pour elle. Il était très agréable comparé à l'agitation qui régnait chez Rogue. Une heure de marmonnement bas d'un esprit égaré, seulement troublé par le grattement des plumes.

Le roux qui marchait à côté d'elle ne pouvait deviner qu'elle était encore plus effrayée par le cours de Rogue que lui. Elle n'avait résisté la semaine dernière qu'en faisant appel à tout son self-control. La certitude de se dépêtrer de ses problèmes avec la potion pour laquelle elle faisait presque chaque jour au moins une heure de recherches lui avait donné quelques forces. Mais de temps en temps le fauve ou le serpent lui étaient à nouveau apparus en rêve, parfois seuls et parfois ensembles, se battant et se mordant l'un l'autre.

Ces rêves l'avaient tendues et l'avaient poussées à faire du travail extra scolaire sur l'interprétation des rêves et la Divination. Parfois elle avait même songé à mettre Trelawney dans la confidence, car bien qu'elle ait abandonné la divination et qu'elle devait admettre que ce n'était pas vraiment une matière où elle excellait, elle lui avait prêté suffisamment d'attention pour savoir que le fauve était un signe de malheur. Si ce n'est un signe de mort. Mais est-ce que cette droguée au sherry pourrait lui en dire plus que son travail extrascolaire ?

Comme toujours une atmosphère tendue l'a saisi lorsqu'elle pénétra après l'heure d'histoire de Binns la pièce faiblement éclairée par des bougies dans laquelle Rogue dispensait son enseignement. Ron semblait devenir plus petit à chaque pas qu'il faisait vers sa place, ce qui toutefois ne retint pas Rogue de le gratifier d'un regard sobre délectable.

Hermione remarqua comment le sang lui montait aux joues quand elle caressait son visage des yeux et se maudit elle-même pour cela quelques secondes plus tard. Elle alla rapidement à sa place et laissa tomber son sac. Il lui avait défendu de déballer ses livres, en-dehors de celui qui se trouvait pour son cours sur la liste de livres.

Ce furent Malfoy et Goyle qui arrivèrent les derniers en coup de vent dans la salle de classe, haletant encore et avec un rire dans leur gorge qui montrait qu'ils ne se souciaient pas d'une punition pour être arrivés en retard.

Rogue salua les deux arrivants avec un visage dénué d'expression. « Malfoy ! Goyle ! Asseyez-vous ! » lança-t-il irrité dans le silence de rigueur. Chacun dans la pièce remarqua qu'il marquait un accent particulier sur le nom « Malfoy ».

Les deux garçons s'assirent à leurs places en échangeant un dernier regard amusé.

« Maintenant que TOUS m'ont HONORE de leur présence » sortit de sa bouche, « Nous pouvons poursuivre le désastre de la semaine précédente. »

Son regard se promena autour de la salle. Hermione s'était entre-temps habitué à ce qu'il la survole comme si elle était inexistante. Elle aurait presque préféré sentir son mépris.

Que penses-tu donc là ? où est resté ta fierté ? quand t'es-tu séparée d'elle ? Elle raidit les épaules. Sa fierté était là où elle avait toujours été. Profondément en elle. Inatteignable.

Le front haut elle regarda son professeur dans les yeux. Son regard glissa sur lui comme sur une peau d'huile tandis qu'il s'avançait. Le silence était tel qu'on pouvait même percevoir le frôlement de sa robe sur le sol. Chez aucun professeur un tel silence avait régné. Elle repensa au cours avec le professeur Lupin. C'était des souvenirs agréables. Lupin avait tenté d'être un ami pour ses élèves et non un ennemi.

Hermione se serait volontiers secouée. Son regard glissait déjà à nouveau au visage blême, anguleux.

« Votre connaissance de l'auto-défense ne laisse conclure à rien d'autre, si ce n'est que Ombrage a tenu salon de thé avec vous. Et si jamais d'autres personnes avaient quelque chose à voir avec cela, alors de ce point de vue il doit être parti d'une surestimation sans limite de ses propres capacités. Je pense que nous avons encore quelques choses à voir pour que au moins la baguette magique ne tombe pas de votre main tremblante, quand vous vous tiendrez face à face avec un adversaire à prendre au sérieux. »

« Avec tout mon respect, Monsieur - »

« Ai-je permis que quelqu'un parle sans y avoir été invité, POTTER ? » Rogue se tourna vers Harry et le fixa du regard. « Même pour des célébrité telles que vous il n'y a pas d'exception dans mon cours ! »

Pourtant le garçon aux cheveux en bataille n'imagina même pas se taire. Chacun voyait que l'ancien professeur de l'AD était emporté par la colère.

« MONSIEUR, vous êtes injustes envers nous. Particulièrement envers ceux qui ont combattu au ministère avec moi ! »

« Cinq points de moins pour Gryffondor ! » grogna Rogue à voix basse et retourna précipitamment vers son bureau. « POUR TROUBLES DURANT LE COURS ! » La plume dansait hâtivement sur le cahier ouvert à la volée. Harry savait qu'il faisait toujours l'appel au début de chaque cours.

Hermione vit qu'il serrait les dents et qu'il voulait à nouveau intervenir, mais elle lui signifia d'un hochement de tête de laisser tomber. Le regard retourna à contrecœur sur sa table.

Rogue leva sa baguette. « Vos compositions sur les Sortilèges Choquants et la façon de les éviter sont demandées. Cent centimètres et rien de moins ! » Un bruissement résonna quand les élèves présents sortirent leurs rouleaux de parchemin et les posèrent sur les tables devant eux. D'un bond ils atterrirent sur le bureau de Rogue.

Le cours pratique commençait véritablement.

Neville pouvait au bout d'une demi-heure à peine tenir sa baguette magique correctement. Il semblait toujours se ratatiner sur lui-même quand il était touché par le regard noir méprisant du directeur des Serpentards. Celui-ci énervé lui fit finalement signe de baisser sa baguette.

« M. Londubat. C'est un miracle que vous ayez survécu au ministère ! » sortit de la bouche de Rogue.

« Non, Monsieur, j-je dois seul-seulement -»

« MONSIEUR, cela va trop loin ! » cria alors Harry, se détournant de son partenaire d'exercices. Seamus lui fit un signe de tête implorant, mais le garçon aux cheveux en bataille ne voulait pas se laisser freiner cette fois.

Rogue le regarda d'un air perçant qui ne laissait présager rien de bon.

« En retenue Potter ! Samedi. Huit heures. Dans mon bureau ! »

« Neville a risqué sa vie au ministère ! » répliqua Harry d'une voix ferme. « Il n'a pas mérité -»

« Je n'ai jamais entendu que quelqu'un qui met inutilement sa vie en danger ait mérité une décoration ! »

« Monsieur ! »

« POTTER, n'épuisez pas ma patience. Ceci est mon cours et cela m'oblige donc à juger la performance de mes élèves. » Il se tourna vers le reste des élèves qui s'étaient arrêtés net dans leurs mouvements. « Continuez ! Le cours n'est pas encore fini ! »

A contrecœur Harry se tourna à nouveau vers Seamus. Rogue fit une dernière fois avec plaisir se ratatiner Neville, avant de continuer à avancer.

Hermione avait observé le drame totalement décontenancée. Le plus grand manque de contenance, elle le ressentait envers elle-même. Ceci n'était pas l'homme qu'elle pressait contre elle dans ses rêves. Mais à quoi s'était-elle attendue ?

« Mr. Weasley, tenez votre baguette magique droite ! »

Rogue s'était approché du roux et leva sa main. « Vous n'avez pas cette baguette dans la main sans raison. Elle permet de viser avantageusement l'objet qu'on aimerait toucher. »

« Mais, monsieur »Hermione prit la parole. C'était comme un réflexe. Elle pouvait tout aussi bien le contenir que sa respiration.

Le regard froid de Rogue la fixait.

« Ce n'est pas recommandé de tenir la baguette trop haut. Le poignet doit - »

« Silence, Granger ! »

Nul ne pouvait ignorer le ton méprisant dans ses paroles agacées.

Hermione sentit comme la tristesse la saisit. Elle se déposait comme un tendre voile sur son visage…

Que t'arrive-t-il seulement, Hermione. Tu ne t'es jamais laissée emporter. Par un « silence, Granger. »

Non, ce n'était pas les paroles. C'étaient ses yeux. Ce qu'elle y voyait était du dégoût. Du dégoût à l'état pur. Une vive douleur la traversa.

Elle ne pouvait rien faire d'autre que le fixer. Son visage blême, anguleux, dans lequel rien ne se passait.

La colère montait en elle. Une colère irrépressible. Il devait voir qu'elle n'était pas par hasard qui elle était. Il devait retenir tout le dégoût qu'il laissait voir.

Elle leva sa baguette. Un clair stupor en sortit. Mais avant même que l'éclair ait pu l'atteindre, une protection s'était formée autour de lui.

A nouveau un sortilège choquant sortit du bout de sa baguette. Il s'écrasa comme le précedent.

« Granger, que signifie cela ! » cria-t-il furieux, presque énervé.

« STUPOR » criait-elle hors d'elle « IMPEDIMENTA !Sans prévenir. COMME VOUS L'AIMEZ ! »

Rogue n'avait aucun problème à dévier ses sorts mais il dut tout de même reculer alors qu'elle lançait un sort après l'autre sur lui.

« STUPOR ! EXPELLIARMUS ! INCARCERUS ! »criait-elle. Il sembla à Harry qu'il voyait la folie briller dans ses yeux.

Les élèves présents fixaient sans mot les deux qui se battaient en duel.

« EXPELLIARMUS » cria Rogue. Dès l'instant d'après se tenait une Hermione Granger respirant avec difficulté désarmée devant son professeur.

Durant un moment les deux duellistes ne purent rien faire d'autre que se fixer.

Mais soudain.

Rogue recula d'un pas quand il remarqua la fixité perçante de son regard. Il chercha de l'air, voulait lui crier des mots furieux en retour, mais à cet instant elle tomba à genoux.

« Granger » il grogna son nom.

La personne visée ne réagissait pas. Elle continuait à le fixer. Son regard si vide et éclairé comme celui d'un ensorcelé. Et pourtant. Derrière ce regard une tempête faisait rage. Elle étendit ses mains.

Rogue fit encore un pas en arrière.

« Non » souffla Hermione avec effort.

L'instant d'après elle tomba sans connaissance sur le côté.