Département : recherche scientifique

Section : manipulations génétiques

Code : SCI-28-03-1986-KGB-0727-DST-0742107-CNRS

Type : comptes-rendus d'expériences, rapports d'expériences, transcriptions de communications, analyses, études comportementales, historique

Nature : rapport, top secret

Niveau d'accès : dirigeant (niveau AA)

Date de création : 30 avril…

Date de dernière modification : 31 octobre…

Sujet : Le projet Génésis

Il est désormais établi que l'on ne peut décemment faire confiance aux humains. Du moins aux humains « normaux ». Le Désastre de la Baie des Mogs en est l'une des preuves les plus flagrantes. Il faut toutefois noter que ce n'est pas forcément volontaire : l'ennui vient du fait qu'ils ont une conscience assez développée pour accepter ou refuser certaines choses instinctivement. Une grande avancée avait pourtant été faite avec la création des groupements de l'ombre et l'avènement du lavage de cerveau et de la manipulation mentale. Mais ces techniques ne sont pas infaillibles et elles présentent un inconvénient majeur : le sujet n'a strictement aucun libre-arbitre ni aucun sens de l'initiative (presque aucune intelligence). Et dans le cas où il est capable de définir pour lui-même les notions de bien et de mal (sans qu'elles lui aient été suggérées par la Compagnie), cela dégénère jusqu'à ce que l'on perde son contrôle.

La réussite d'une telle manipulation ne dépend donc pas uniquement de la qualité du « traitement » mais aussi des prédispositions génétiques du sujet. Le seul cas de ce genre au sein des groupements de l'ombre s'appelle Jéricho et représente aux yeux de tous l'aboutissement de dures années de recherches (note 1).

Mais un tel succès ne peut être réédité pour les raisons précitées. C'est en partie pour cela que le projet Génésis a vu le jour.

Il a été décidé parmi les dirigeants de la Shinra de changer complètement d'orientation et de ne plus chercher à « changer » l'humain car cela demandait finalement trop d'efforts. La Compagnie a donc regroupé tous ses scientifiques sur un seul thème afin d'économiser de l'argent et du temps. C'est ainsi qu'un projet secondaire s'est greffé à une étude préexistante pour explorer tous les domaines d'exploitation possibles. A cette époque, le gros des scientifiques Shinra travaillait sur l'expérience Jénova. Les progrès dans les domaines biologiques permettaient le clonage de cellules pour arriver à créer des êtres humains sélectionnés à partir de la mère porteuse (note 2). Il s'agissait en fait de cloner du matériel génétique puis de l'amener à terme de façon naturelle tout en éliminant les déchets.

Le projet Génésis n'avait alors à l'origine qu'un but purement théorique puisqu'il devait délimiter les champs d'actions de telles pratiques. Autrement dit, les scientifiques affiliés à cette étude parallèle avaient pour but de savoir quels étaient les débouchés et les applications viables de l'expérience Jénova. La recherche militaire était évidemment la plus intéressante aux yeux de la Compagnie. C'est pourquoi ils ont travaillé dans cette voie.

Le rêve de tout gouvernement quel qu'il soit est de trouver le soldat idéal et de l'utiliser à des fins de propagandes comme modèle pour les autres soldats (comme lors de la bataille de Fort Condor avec Vassilii Stakhanev, un tireur d'élite inventé de toutes pièces qui aurait abattu six soldats avec cinq cartouches). La Compagnie pouvait désormais espérer le cloner. Mais mieux encore, la naissance du projet Génésis préfigurait une nouvelle façon de procéder révolutionnaire : on pouvait le créer et le modeler à son envie. En effet, ce projet avait permis d'aboutir à des résultats inespérés : il se proposait de manipuler du matériel génétique, d'accélérer les divisions cellulaires (mitose et méiose) tout en contrôlant chaque étape du développement physiologique et neuronal. En clair, il était possible de fabriquer un soldat sans le faire naître.

Avant d'en faire un combattant, il a d'abord fallu s'assurer qu'il était bien possible de créer un humain viable. Il est apparu très vite que le corps humain, malgré toutes les avancées scientifiques, restait trop complexe et demanderait encore plusieurs décennies (voire plusieurs siècles) avant d'être totalement compris. De ce fait, la copie devenait impossible et il fallut se rabattre sur des organismes plus simples, plus petits mais sans pour autant se borner à l'étude de formes de vie microscopiques. Des spécimens de nombreuses races inférieures d'êtres humains ainsi que de nombreuses races animales furent minutieusement disséqués dans le but de déterminer où se trouvait le meilleur rapport qualité/simplicité.

L'idéal se trouvait être une bête alliant une force et une intelligence supérieures aux capacités humaines et qui en plus était douée de parole. N'étant pas une espèce répandue aux alentours de Midgar, les dirigeants de la Compagnie durent déclencher la guerre contre Canyon Cosmo afin de ne pas perdre de temps : les forces armées ramenèrent ainsi près de cinquante cobayes, des félins roux et orangés mesurant jusqu'à deux mètres et capables de se battre jusqu'à la mort (note 3). De surcroît, leur intellect dépassait de loin celui des tous les habitants des Taudis réunis.

Il fallut deux ans supplémentaires pour mener à bien en laboratoires les recherches complémentaires que nécessitait le projet. Etant donné l'ampleur de l'étude, les scientifiques n'avaient droit qu'à un seul essai et le temps était limité. Quand enfin tout pu commencer, treize sujets étaient décédés mais il en restait suffisamment pour la grande expérience.

Il s'agissait donc de « fabriquer » un félin de plus petite taille, de couleur sombre en majorité dans un souci de discrétion, avec des cordes vocales et un larynx agencés de telle façon qu'il puisse parler, sans oublier des griffes, les crocs ayant été jugés gênant pour le langage.

Les brins d'acide désoxyribonucléique modifiés furent transférés dans des cellules de félins de Cosmo. A haute température et en présence de dix-sept catalyseurs (dont de l'acide sulfurique concentré et huit composés organiques de platine qui n'existent pas dans la nature), les différentes divisions cellulaires s'accéléraient pour former à vue d'œil des membres et des organes fonctionnels mais dans lesquels il fallait toutefois immédiatement faire circuler du sang (en fait un dérivé de l'hémoglobine) pour les tenir en vie. Un grand félin fut sacrifié afin de fournir certains organes vitaux indispensables pour construire une plateforme sur laquelle rattacher les membres artificiellement créés : le cœur, un morceau de poumon puis le larynx et les cordes vocales.

En même temps que la fabrication du corps se faisait le développement du cerveau mais cette fois uniquement à partir de matériel génétique sans échantillon prélevé sur le modèle. A chaque division cellulaire, les scientifiques stoppaient les réaction par trempe (refroidissement brutal du milieu réactionnel) et établissait les connections synaptiques comme ils le désiraient, selon un schéma préétabli sensé leur fournir le mental idéal.

De cette façon, les scientifiques pouvaient construire les réflexes, les goûts et toutes les futures réactions de la créature. Elle ne serait pas inintelligente mais simplement soumise et ne jouant que le rôle qui lui serait attribué. Bien sûr, outre la loyauté aveugle envers la Shinra, elle devait être incapable de discerner le bien et le mal. Obéir aux ordres devait être un point de vue. Et pour cela, rien de mieux que d'établir une religion basée sur le culte d'un dieu omniscient dont l'existence serait validée par le fait que la créature « naîtrait » avec cette idée en tête.

En venant au monde avec ces idées préconçues (implantées par la Compagnie), elle ne pouvait douter de leur crédibilité.

L'élimination de plusieurs terminaisons nerveuses jugées inutiles a permis l'apparition d'une nouvelle qualité : la créature est trois à quatre fois moins sensible épidermiquement que les humains. Il en résulte une plus grande résistance au froid, à la douleur (donc la torture), au chaud, aux piqûres d'insectes,…

Le programme a ainsi réellement débuté. Il y avait deux phases : la première était la fabrication elle-même ; la seconde consistait à libérer la créature pour observer son comportement dans le monde réel. Des capteurs disséminés dans son organisme devaient rendre compte de ses fonctions vitales et de ses différentes pensées.

Rapports d'expérience :

-Génésis 1 à 7 : les premiers sujets, comme on pouvait s'y attendre, n'ont pas survécu aux transplantations principales à cause d'une mauvaise irrigation sanguine. Ils ont reçu des membres nécrosés qui n'ont pas supporté d'être mis à l'air libre. Les difficultés sont donc d'ordre technique mais elles ne semblent pas difficiles à résoudre. L'étanchéité des chambres stériles doit être vérifiée. Peut-être faudrait-il prélever les organes vitaux sur un félin encore vivant ?

-Génésis 8 et 9: forts de nos erreurs passées, nous avons réussis à terminer les assemblages sans problème. Les félins de Cosmo sont dorénavant laissés en vie durant l'opération pour garantir une plus grande fraîcheur du matériel. Les créatures ont exactement la forme souhaitée. Les premiers tests de réflexes sont positifs, tous les organes fonctionnent parfaitement. Nous comptons en garder une et la réveiller en labo avant de lâcher l'autre dans la nature. […

Le réveil s'est fait sans mal mais les réaction du sujet sont demeurées étranges : aucune aspiration à communiquer, agressivité au contact d'autres êtres vivants, curiosité nulle, peur panique de l'obscurité. Les symptômes sont caractéristiques d'une forme de vie peu évoluée, quasi-primitive malgré un fonctionnement normal des cordes vocales. Aucune intelligence détectée. Seul signe encourageant : elle cherche une sortie pour s'enfuir, elle a donc conscience d'un extérieur possible. En fait c'est un animal préhistorique dans un corps trop évolué. Augmentation du nombre de connections synaptiques recommandée ? Niveau de conscience trop bas. Le corps semble bon, travailler sur le mental. La créature sera abattue dans l'après-midi.

Quant à la seconde, après une hémorragie interne, elle est décédée des suites d'une embolie pulmonaire. Revoir les liaisons cœur-poumon.

-Génésis 10 : erreur dans les doses d'anesthésiques, la créature s'est réveillée pendant l'opération. Impossible de la rendormir, elle a été euthanasiée. Mais elle a prononcé (crié) plusieurs mots dont « Créateur » et « pitié ». Encourageant tout de même.

-Génésis 11 à 15 : cette fois, les étapes pratiques ont été un succès. Toutefois, l'une des créatures a sombré dans le coma à cause d'un hématome cérébral. La seconde a été réveillée en laboratoire. Hourra : elle est « normale ». Elle parle, peut soutenir une discussion comme un adulte moyen, peut citer le nom de différents objets,… Les trois autres cobayes ont été lâchés dans la ville afin de déterminer leurs capacités à survivre séparément. […

Nous venons de réaliser notre erreur : nous sommes tombés dans l'excès inverse. Les créatures ont maintenant trop de conscience. Nous nous en sommes aperçus quand la créature du labo a demandé à sortir. Nous lui avons dit que le Créateur l'interdisait mais elle a clamé sa liberté, elle a dit qu'elle ne devait rendre de compte à personne. Elle nous a donné des ordres, elle nous juge inférieurs. Ce changement soudain manifeste une instabilité psychologique : nous avons réinventé la schizophrénie. Impossible de récupérer ses organes, notre travail repart chaque fois de zéro. Elle devra être abattue. Il faut donc s'occuper des autres. […

Echec total : l'un s'est suicidé, le deuxième est entré dans une ligue révolutionnaire avant de se faire assassiner, le troisième est introuvable et ne donne aucun signe de vie.

-Génésis 16 et 17 : assemblage parfait. Pour plus de sécurité, nous avons encore réduit la taille des corps au cas où les sujets se montreraient trop violents. Nous avons lâché les deux créatures directement. Malgré un état de fonctionnement irréprochable, elles semblent incapables de bouger. Problème psychologique. Elles ne conçoivent pas le monde comme leur étant extérieur. Nous sommes revenus en arrière.

-Génésis 18 : nous avons trouvé le moyen de parer ce problème. Nous leur implantons lors de la fabrication une puce émettrice d'impulsion électromagnétiques qui agit comme un relais téléphonique ou dans le cas présent une conscience. Nous sommes capables de guider la créature sans pour autant nous révéler.

Mais il est impossible de la laisser livrée à elle-même, elle n'arrive pas à deviner ce qui est dangereux et ce dont elle a besoin. Elle fonctionne plutôt comme un jouet téléguidé. Pourtant elle parle, elle marche et elle croit au Créateur !

-Génésis 19 : nous y sommes presque. La conscience artificielle ne marche désormais plus que comme une bougie d'allumage. Elle cherche de la nourriture, un abri. Elle se pose des questions sur le monde qui l'entoure. Elle réfléchit ! Problème : elle n'a aucun but, elle s'ennuie très vite. Le Créateur ne lui inspire pas grand-chose. Elle se sent mal-à-l'aise devant les réactions des humains. Elle ne cherche pas à combattre ses défauts. Trop soumise. Pourtant elle pose trop de questions. Nous devons palier à ce manque de volonté. Diminuer la conscience quand même. S'est laissée mourir. Ce n'est pas grave, nous avançons.

-Génésis 20 : morte par empoisonnement pendant l'opération. Sabotage ?

-Génésis 21 : nous avons augmenté son ego et nous lui avons trouvé un but : chercher le Créateur. Comme ça elle devrait nous revenir automatiquement. Opération sans problème. Observation après lâché : surestimation évidente de ses capacités. Pas forcément un défaut. Fait preuve d'une combativité et d'une motivation certaines. Déjà un soldat ? Prend le Créateur pour le maître du monde. Nous venons de réaliser qu'elle le cherche pour le tuer et prendre sa place. Nous n'avortons pas l'opération, les résultats pourraient être concluants. […

Elle méprise tout ce qui lui est étranger. Manifeste une vive asociabilité. N'a aucun scrupule à tuer des animaux. Y prend peut-être même plaisir. […

S'est fait renversé par un bus. A apparemment cru pouvoir l'arrêter rien qu'en le pensant. Morte sur le coup. Nous avons la formule du soldat borné et dangereux mais ce n'est pas ce que nous cherchons.

-Génésis 22 : nous tentons l'expérience avec de la matéria. La créature est déjà à la base composée (en partie) de matéria. Je ne pense pas que nous brûlons les étapes mais étudier son interaction avec la mako me semble assez important. Et puis nous commençons à prendre du retard par rapport aux attentes des dirigeants Shinra. […

C'est un miracle ! Nous venons de trouver des preuves physiques à diverses théories concernant la matéria ! Il est possible d'utiliser la mako pour créer de la magie pure, sans se soucier de la couleur des matérias. La créature est capable d'utiliser une sphère bleue pour attaquer ! Les couleurs n'ont donc aucune utilité. Nous pensions jusqu'à lors que ce n'était qu'une affabulation mais la mise en contact d'un être fait de mako avec une matéria nous a prouvé le contraire. C'est fabuleux !

La façon dont nous invoquons la magie dépend donc de notre conditionnement mental. On nous a appris, étant jeunes, que telle couleur correspondait à telle attaque. Cela nous semble évident, universel. C'est pour cette raison que rien n'a été fait pour que la créature « naisse » avec ce réflexe : nous pensions que la matéria ne pouvait être utilisée autrement. […

Elle perçoit l'essence même de la matéria. Si nous la mettons en contact avec la Matéria Noire… L'arme absolue […

C'est la première créature qui rentre toute seule. Il a fallu improviser un petit numéro pour faire comme si elle arrivait chez le Créateur en personne. Nous avons envoyé un de nos scientifiques pour se faire passer pour « Lui ». Le conditionnement mental est parfait, nous ferons toujours de la sorte afin qu'elle continue à nous obéir aveuglément.

-Génésis 23 : les résultats sont similaires à ceux de 22. Nous essayons d'augmenter sa conscience jusqu'à un niveau raisonnable. De toutes façons, il n'est pas question de traiter les Génésis comme des êtres vivants. Ce ne sont que des machines avec un destin génétique. […

Elle nous surprend chaque jour un peu plus. Elle est sensée obéir aux ordres. C'est ce qu'elle fait, mais elle s'est mise au service de Silent Blast. Ils ont désormais un allié de poids contre la Compagnie. Peu importe, cela coûtera quelques vies mais le jeu en vaut la chandelle. Nous continuons à l'étudier. Aucune tendance à prendre le pouvoir. Elle se cantonne aux ordres mais peut faire preuve d'initiative lors des missions.

Est-elle trop malléable ? En tous les cas, il faudrait lui donner une idée (même vague) du bien et du mal. Peut-être lui inculquer la justice (notre justice évidemment) ? Nous essaierons sur le prochain sujet. […

Elle est revenue à nous en parfait état. Nous la gardons au labo pour l'étudier un peu mieux.

Nous comptons lancer cinq autres Génésis 23 identiques pour travailler certains détails (dont notamment la « réception » dans le bâtiment Shinra).

Nous attendons un peu avant de savoir si nous créerons un 24 tant celui-ci nous semble bon.

-Génésis 24 : sur les ordres des dirigeants, nous avons lancé le sujet 24 en changeant sa vision du monde, des gentils et des méchants…

En cours…

Note 1 : à propos de Jéricho, se référer aux pièces jointes. Pour plus d'informations sur les groupements de l'ombre, voir le dossier INF-ORGC-985-010594-DTM.

Note 2 : sur Jénova, voir la section « Histoire » du département « Culture » et la section « Génétique » du département « Sciences et avenir » (niveau AA requis).

Note 3 : à propos de la guerre de Canyon Cosmo, se référer au dossier GUR-CAN-COSM-370-637956-GSG ainsi qu'au livre « La nuit de Cosmo » par Mme Scarlett aux éditions Shinra.