Il a trop bu.
Pas la peine de le nier.
Il a enfilé verre après verre. Juste pour se vider la tête. Il n'y a que le bruit assourdissant de la musique qui semble guider son corps. Sa silhouette ondule dans l'ambiance tamisée du pub. Il ne s'arrêtera pas. Il ne veut plus penser à rien.
C'est à peine quelques jours après leur victoire. L'équipe est réunie au grand complet, avec son ajout de pièce rapportée, pour célébrer une victoire dignement gagnée.
La soirée est parfaite.
Les cœurs sont légers.
Ou presque.
L'image de Mordred s'est diluée dans le premier verre de vodka qu'il a bu en une gorgée, pour enchaîner avec le suivant, puis le suivant.
Et le suivant...
Après les réunions, Merlin n'est jamais d'humeur. Les histoires sordides qu'il entend là-bas sont le pâle reflet de son histoire. Il se reconnait dans les cicatrices que ça laisse, mais il se perd dans les témoignages de renaissance, quand un survivant parle de la vie après.
Après...
Après, il ne reste que cette merde, les souvenirs monstrueux qui prennent forme pour l'empêcher d'avancer.
Après, ce sont même des fantômes du passé qui ressurgissent pour souffler sur les prémices du bonheur.
Mordred. Qu'il veut oublier.
Qu'il a oublié dans les vapeurs de son énième verre. Il ne compte plus. Il est endiablé, désinhibé.
Gauvain l'observe, en se demandant quelle mouche a piqué son ami. Il ne l'a jamais vu comme ça.
« Tu devrais commencer l'eau si tu veux pas avoir mal aux cheveux d'ici demain. » Lui dit-il en le rejoignant pour danser.
« Fout moi la paix ! » Répond Merlin, en mâchant ses mots.
Et peut-être que c'est vrai.
Peut-être que Gauvain devrait lui lâcher la grappe, juste pour ce soir. Pour une fois, Merlin joue le jeu. Il met carrément l'ambiance en entraînant le reste de l'équipe sur la piste.
Elyan fait l'imbécile sur une barre, en essayant d'imiter un lapdance ridicule sous le regard amusé de Percy qui bouge plutôt bien pour un homme de sa stature.
Guenièvre et Morgane sont face à face, reflétant chacune la chorégraphie de l'autre. Elles sont magnifiques, et les hommes présents ne peuvent s'empêcher de les observer.
Léon et Lance sont à bonne distance, en train de s'amuser également, tout en veillant à la tranquillité de leur bien aimée respective.
Merlin pose les yeux sur Arthur. Il en oublierait presque de respirer tant il le trouve beau.
Autour d'eux, les corps se serrent d'avantage tandis que l'espace se réduit car la soirée ne fait que commencer. Il fait de plus en plus chaud. L'air est moite. L'ambiance s'alourdit. Arthur lève les bras, et son t-shirt enserre ses épaules rondes, souligne son torse, et dévoile le bas de son ventre musclé.
Merlin passe rêveusement le bout de sa langue sur sa lèvre inférieure.
Arthur ne le manque pas. Ce petit bout de chair qui vient humecter les lèvres de Merlin, si pleine, si rose.
Trois bouteilles de champagne arrivent et remplissent bientôt leurs verres.
Merlin boit. Il ne s'arrête plus. Il est bien. Le monde tourne au ralenti. Les garçons sont en t-shirt. Il les envie alors que lui crève de chaud sous ses manches. Les filles sont plus à l'aise dans leurs débardeurs à fine bretelle. Ils sont tous tellement beaux.
Merlin a envie de rire, un verre de champagne frais dans la main lui rappelant combien il suffoque sous ses longue manche. Mais ça ne l'empêche pas de bouger. C'est comme si il n'allait plus jamais s'arrêter.
Ce soir, il est juste un type dans une boîte.
Magnétisé, Arthur se rapproche langoureusement de Merlin. Il passe lentement une main sur les reins du brun pour l'attirer vers lui.
Merlin ne résiste pas. Il pose en retour ses mains sur les hanches d'Arthur qui ondule de la façon la plus sexy qu'il ait jamais vu. Il n'a jamais regardé quelqu'un comme il regarde Arthur, et quand Arthur passe une main derrière sa nuque pour l'embrasser, Merlin penche simplement la tête pour répondre au baiser.
Ce soir, Merlin est un gars normal. Un type qui se languit d'être avec Arthur. Il ne se pose plus de questions.
Plus rien ne compte, sauf ce baiser. La langue d'Arthur contre la sienne, se mélangeant comme la chose la plus naturelle au monde.
Guenièvre donne un coup de coude à Morgane qui se retourne pour regarder dans la direction que lui indique son amie. Elle sourit immédiatement en apercevant la scène.
Lance se penche vers Léon, « Pas trop tôt ! » Et le barbu acquiesce en hochant la tête. Tous ont remarqué. Même Gauvain, inquiet pour son ami au début de la soirée, ne peut plus caché l'énorme sourire qui plait tant à Percy.
Arthur se sent emporté dans un tourbillon. C'est le baiser le plus sensuel et sexuel qu'il ait partagé avec Merlin. Leurs langues se caressent, tournoient, sans devoir s'apprivoiser, comme si elles étaient faites pour se rencontrer. Il ne ressemble en rien au triste baiser du parking. Celui-ci est endiablé, imprévu, spontané. Il a le goût sucré du champagne, et la douceur des lèvres de Merlin.
Merlin a chaud. Il en perd haleine. Ses mains se resserrent sur les hanches d'Arthur dont les mains deviennent curieuses. La main sur sa nuque descend lentement le long de son échine, le bout des doigts d'Arthur soulignent le creux de sa colonne. La main s'arrête sur le haut de sa fesse, et elle essaie de se faufiler sous son t-shirt.
Merlin se raidit. Tout à une fin, après tout. Il ouvre les yeux. Dans un même geste, il repousse Arthur qui trébuche de quelques pas en arrière, laissant l'opportunité à Merlin de s'écarter.
Merlin n'est pas un type normal. Il ne le sera jamais.
Sans comprendre, Arthur voit Merlin disparaître dans la foule. Il essaie de le suivre avec grande difficulté. Quand il arrive finalement au fond de la salle, il pousse la porte de la sortie, et l'air frais de la nuit le revigore, soulevant le nuage d'alcool qui l'a rendu plus audacieux. Dehors, il repère rapidement Merlin. Il est appuyé contre une façade, quelques mètres plus loin, les mains appuyées sur ses genoux.
« Tu vas bien ? » Demande Arthur, inquiet. Il se demande si il a fait quelques choses de mal.
« Non…oui…j'ai chaud. » Ment Merlin.
Arthur n'est pas convaincu par la réponse. Pourtant, il n'a pas envie de croire que Merlin lui échappe une fois de plus. Il n'a pas le temps d'approfondir sa réflexion, car Merlin commence à rire. Il rit fort, tellement fort qu'il en attrape des larmes aux yeux.
« Qu'est ce qui te fait rire ? »
« Tu ne trouves pas ça drôle ?! » Demande Merlin en relevant ses yeux sur le blond.
« Quoi ? » Arthur n'a pas envie de rire.
« Je suis tellement désolé…pour tout ça. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » Demande Arthur, confus.
« Parfois j'ai envie de pleurer. » Commence Merlin. Ses idées n'ont plus de suite logique.
« Quand j'étais petit, je ne rêvais pas de ça. » Il se force un sourire, comme si il était désolé pour lui-même. « J'imaginais que j'étais spécial. Je voulais être magicien. Je voulais rencontrer quelqu'un de spécial. Avoir des enfants…ouais des enfants. » Il rigole encore et il continue. « Je voulais un chien, aussi. On l'aurait promené les jours de beaux temps, main dans la main. » Le souvenir de ses rêves d'enfant lui font mal, comme une serpillière que l'on serre pour la vider de son eau crasseuse. « Aujourd'hui, j'ai peur. J'ai tout le temps peur. » Il ravale une boule acide dans sa gorge.
Arthur l'écoute. Merlin n'a jamais parlé aussi facilement. L'alcool, sans aucun doute.
« Pourquoi c'est à moi que c'est arrivé ? Qu'est ce que j'avais fait de mal ? Hein Arthur ? »
Il regarde Arthur avec des yeux vitreux. La douleur est tatouée dans le fond de ses prunelles. Arthur ne peut pas la manquer. Encore cette chose invisible, qu'il ne peut pas expliquer, et qui lui enserre toujours le cœur.
« Merlin, je ne comprends rien à ce que tu racontes. Si tu voulais m'expliquer, je t'écouterai. » Lui dit-il, le cœur fendu pour que Merlin puisse s'y réfugier.
« Je n'y arriverai jamais… » Commence Merlin en regardant Arthur, « être avec toi... »
Mais le fardeau est trop lourd sur les épaules de Merlin, et il sera insupportable pour Arthur.
« Qu'est ce qui t'en empêche ? »
« Tu me regardes, mais tu ne vois pas. J'ai l'impression de te mentir. »
« Je ne comprends rien, Merlin. » S'énerve Arthur. «Explique moi, je t'en prie. Je ne supporte plus de te voir me fuir. »
Merlin rit de nouveau. Un rire triste, glacial, qui donne froid dans le dos d'Arthur.
« Je suis un monstre... »
Une boule acide vient à nouveau lui noué la gorge. Urgemment, Merlin s'avance jusqu'au bord du trottoir où il vomit son trop plein.
« Tu as trop bu. On va rentrer. » Constate tristement Arthur.
OOO
En rentrant chez eux, Arthur doit soutenir Merlin pour l'aider à marcher.
« Tu devrais prendre une douche. » Lui dit Arthur en retenant sa respiration.
Le chauffeur de taxi s'est arrêté trois fois sur le chemin du retour, pour que Merlin puisse vomir ailleurs que sur le siège arrière.
« J'ai tout gâché. » Pleurniche Merlin. L'une de ses autres pensées incohérentes.
« Arrête. Et va prendre cette douche, tu pues ! »
Merlin le regarde et il peine à garder les yeux ouverts, mais ça ne l'empêche pas de rire à nouveau. De bon cœur, cette fois. « Je n'avais jamais fait ça avant…tu sais…je veux dire, me mettre la tête à l'envers... Et j'ai aimé t'embrasser. »
« Moi aussi. »
« J'aimerai recommencer. »
Et maintenant c'est Arthur qui rigole, « tu as trop bu...et tu pues...vraiment ! »
Merlin le regarde sérieusement, « t'es vraiment un chic type ?! » Il sourit comme un imbécile, avec cette mimique pleine d'espoir.
Exaspéré, Arthur soupire en prenant le bras de Merlin pour l'entraîner jusqu'à la salle de bain. Il installe Merlin sur le rebord de la baignoire avant d'actionner le robinet d'eau chaude. Ensuite, Arthur tend les mains pour attraper les bords de la blouse de Merlin. Tant pis pour la pudeur maladive de Merlin. Cependant, même ivre, les mains de Merlin viennent se poser sur celle d'Arthur pour le stopper.
« Il va vraiment falloir que je te force à entrer sous l'eau ? »
Les mains de Merlin se resserrent sur celles du blond.
« Ce n'est pas ça… » Merlin ne sait pas pourquoi, ni comment. Il sait juste qu'il a totalement confiance en Arthur. Lentement, aidé par l'alcool, il fait passer les mains d'Arthur sous son t-shirt. Elles sont chaudes sur sa peau abîmée. Comme un réconfort. Il n'a pas la force de lui montrer, ni de lui expliquer. Pourtant, il espère que ça sera suffisant.
Arthur ne dit rien alors que Merlin relâche ses mains. Ses paumes à plat sur l'abdomen de Merlin sont hésitantes. Merlin s'imagine qu'il va les retirer, dégoûté. Pourtant, Arthur commence à déplacer ses mains comme on lirait du braille. Il se sent tout à coup très con d'avoir charrié Merlin sur sa pudeur. Arthur ne voit pas, mais il sent...une peau douce, irrégulière, granuleuse, chaude, dur à certain endroit, trop souple à d'autre. Comme une horrible dentelle.
« Je te dégoûte ? » Demande Merlin. En espérant que sa réponse soit oui. En espérant que sa réponse soit non.
La pièce tombe. Arthur comprend mieux son besoin maladif d'intimité. Il ne répond pas à Merlin, à la place il demande : « Je peux voir ? »
Merlin ne répond rien non plus. Mais il ne fait rien quand Arthur remonte le bas de son t-shirt.
Au fur et à mesure que le textile est ôté, Arthur observe sans rien dire. Il ne s'attendait pas à ça. Il est comme pétrifié alors que son regard parcourt le torse et les bras de Merlin. Jamais, quand il se branlait en pensant au brun, il n'avait imaginé ça. Et il se sent coupable, car peut-être que c'est de sa faute si Merlin a honte de son corps. Peut-être que si il ne l'avait pas autant charrié sur ce à quoi il devait ressembler sous la douche, alors peut-être que Merlin lui aurait montré plus tôt.
La moitié de son torse est granulée d'une peau rose et blanc nacré. C'est une immense brûlure cicatrisée qui lui recouvre la moitié du thorax jusqu'à la moitié de son bras gauche. Il n'a plus qu'un seul téton, l'autre a entièrement été dévoré par la cicatrice.
Arthur inspire, en réalisant qu'il avait le souffle coupé jusqu'à lors.
« C'est moche, hein ? » Merlin se force un sourire.
Monstre.
Arthur a l'impression d'avoir reçu une gifle. Il a envie de savoir comment c'est arrivé, mais ce n'est pas le moment. Merlin est ivre, sans quoi il n'aurait probablement jamais montré ça. Et Arthur n'a pas envie que Merlin regrette son geste demain, une fois qu'il aura repris ses esprits.
Arthur sourit, car il voudrait embrasser Merlin. Comme il pue toujours la charogne, Arthur pose simplement son front contre celui de Merlin, ses mains de chaque côté du magnifique visage de Merlin. Il le regarde, transperce ses yeux ombrageux pour lui dire sa vérité.
« C'est toi. » Dit-il. Ce qui n'est pas très éloquent, il faut le dire. Mais il est encore sous le choc, et lui aussi a bu. « Et si tu n'avais pas cette haleine de chacal, je t'embrasserai, crois moi ! » Dit-il en faisant glisser sa main sur cette partie de l'épiderme plus sensible de Merlin. Il l'aime tellement. Lui. Ce qu'il est. Comment il est. Il est juste magnifique.
OOO
Chapitre 11 réécrit le 5 juillet.
À bientôt.
