Hermione resta un bon moment, seule face à elle-même et à ses pensées qui s'allégeaient un peu. Elle fut heureuse de voir que la contemplation de la mare lui procurait une paix relative, et que les réminiscences d' événements passés ne venaient pas la troubler. D'ailleurs, la mare n'était même pas gelée, et les grenouilles ne semblaient pas souffrir du froid environnant. En les observant, Hermione se dit que ces créatures devaient être vraiment heureuses. La jeune fille se hâta soudain de se lever et partit d'un pas vif vers le château. Elle se sentait un peu plus forte. Un peu plus rassurée. L'espoir s'immisçait à nouveau dans sa vie. Une lueur non négligeable, qu'elle ne pouvait perdre de vue … Comme une ancre qui l'aurait rattachée à la réalité. Au bonheur, qu'elle se jurait de trouver. Malgré ce qui se passait. Hermione esquissa un sourire, à la seule pensée de cette promesse qu'elle se faisait à elle-même. Elle tomba au même moment sur Ron. Il semblait à la jeune fille qu'elle n'avait pas vu son meilleur ami depuis une éternité. Elle l'avait plutôt entraperçu, ou du moins n'était-elle pas vraiment là en compagnie de ses amis. Ron, enjoué, serra Hermione dans ses bras. Sarcastique, Hermione s'écria, tout en riant :
- Arrêtes de me baver dessus, Ron !
Celui-ci s'écarta, faussement vexé, et se mit à éclater de rire. Hermione fut emportée par ce tourbillon de bonne humeur. Elle détailla son ami. C'est fou ce qu'il avait pu changer, en quelques années … Le petit garçon gauche qu'il était, devenu un adolescent, qui était toujours aussi gauche mais qui avait subi quelques transformations physiques. Ses cheveux roux étaient au moins autant en bataille que ceux d' Harry, et il avait grandi de plusieurs centimètres, en peu de temps. Il était toujours aussi maladroit, mais c'est ce qui le rendait vraiment attachant et parfois agaçant. Hermione était consciente de s'être éloignée de Ron lorsque celui-ci en avait le plus besoin. Le jeune homme avait en effet traversé une longue période d'incertitudes qui avaient mis Hermione mal à l'aise, ne sachant que faire face au mur qu'était son ami. Bien heureusement, ce temps était révolu. Ron était à présent enjoué, faisait face à toutes les situations. Il était devenu fort, se construisant seul.
- Bon, tu comptes me regarder encore longtemps ? Je sais que je suis beau, mais quand même ! Plaisanta son ami.
Hermione rit de bon cœur. Les deux amis s'installèrent au deuxième étage. Ron avait des chocogrenouilles sur lui, des dragées, ainsi que du jus de patacitrouille, au cas où il aurait un petit creux. Il les sortit afin qu' Hermione puisse également en profiter. Retour aux jours heureux. Ces petits moments qu'ils avaient si souvent partagé, qui faisait partie du quotidien d' Hermione et ces amis qui l'avaient si souvent épaulée, malgré sa fierté. A présent, il n'y avait plus Harry … Du moins le pensait-elle. Ils s'échangèrent d'abord des tas de plaisanteries, et se lancèrent des piques avec bonne humeur. Puis, les sourcils de Ron se froncèrent légèrement, et ses yeux se plissèrent. Hermione sut que c'était le signe qu'il allait lui dire quelque chose de sérieux, elle le connaissait par cœur.
- Dis, Mione, tu me le dirais si quelque chose n'allait pas, n'est-ce pas ?
Le ton du jeune homme était plus soucieux qu'il ne le voulait. Hermione le regarda, d'un air décidé. Elle prit une chocogrenouille pour se donner une contenance, et pour que ses gestes ne la trahissent pas. Pourtant, elle tremblait légèrement.
- Bien sûr, Ron !
- Tu sais, Harry s'inquiète beaucoup pour toi ces temps-ci … Il m'a dit qu'il fallait que j'ouvre les yeux …
Hermione croqua dans sa chocogrenouille et sortit la carte, c'était Dumbledore. Elle l'avait déjà en plusieurs exemplaires. La lionne poussa un soupir discret. Elle hésitait à lui dire qu' Harry se trompait. Elle mentirait à nouveau si elle le faisait. Pourtant, c' était nécessaire à présent … Elle parla finalement, sans regarder Ron dans les yeux.
- T- u sais, Ron … Harry et moi on … On est en froid.
Le visage de Ron se décomposa. Il était visiblement très étonné par ce que venait de lui dire son amie. Il laissa même filer une chocogrenouille entre ses doigts, indifféremment. Sa bouche était entrouverte. Ron n'était pas vraiment du genre à se voiler la face.
- En froid ? En quel honneur ?
- Disons … Quelques divergences, répondit Hermione, gênée.
- En rapport avec ce que je t'ai demandé ?
Hermione ne répondit pas, se contentant de regarder fixement le Dumbledore animé.
- J'en déduis que c'est ça. Bon, écoutes, on en reparlera plus tard si tu veux. Je sens que ça te gêne …
Hermione fut infiniment soulagée que son ami le prenne ainsi. Elle le serra dans ses bras en guise de remerciement. Elle pouvait compter sur des gens qui seraient là pour l'épauler, quoiqu'il arrive. Voilà qui était rassurant. C'était tout ce dont elle avait besoin. Ils continuèrent leur goûter improvisé de longues heures, parlant de tout et de rien. Rattrapant en quelque sorte le temps qu'ils avaient perdu. Ils parlèrent longuement du passage à vide de Ron. La première fois qu'ils l'évoquèrent ouvertement. Hermione s'excusa à de nombreuses reprises. Son ami ne lui en voulait pourtant pas … Ensuite, ils continuèrent à rire comme deux enfants. Hermione se sentait bien. Elle profitait de ce moment de bonheur, pour le garder ensuite en mémoire et pour garder espoir malgré tout. Ron se rendit ensuite à la bibliothèque pour aller travailler, motivé par Hermione qui l'avait gentiment sermonné.
Celle-ci n'avait pas vraiment la motivation pour travailler, chose exceptionnelle venant de sa part. Elle décida finalement d'aller se reposer après les événements de la journée. Éventuellement d'écrire à Viktor … Mais se reposer supposerait aller dans les appartements. Donc, se trouver sans doute face à face avec Draco. C'était un risque à considérer. A prendre, également. Le souffle court, aux aguets, Hermione gravit donc les marches qui la menaient au lieu de son appréhension. Elle entra dans les appartements. Ses jambes étaient prêtes à prendre la fuite, à tout moment. Elle inspecta minutieusement chaque recoin de la pièce, pour vérifier que Draco ne s'y trouvait pas. La scène de violence gratuite dont elle avait été victime le matin même la hantait encore. Elle lui faisait d'ailleurs penser à celle qui avait eu lieu avec Bellatrix, en certains aspects. Quelles en étaient les causes, les motivations profondes ?
En soupirant bruyamment, Hermione se laissa tomber dans un fauteuil. Son regard était fixe, étrangement porté sur Enchantements et magie, un livre d'étude laissé négligemment à terre et ouvert à la première page. Qu'est-ce qui poussait Draco à agir comme il le faisait ? Était-ce parce qu'elle était une « sang-de-bourbe » ? Parce qu'elle était différente de lui et de sa « noble et louable famille » ? Pourquoi ne lui expliquait-il rien ? Hermione nourrissait une rancœur contre le jeune homme, qui augmentait de jour en jour. Si le Serpentard n'était pas apparu dans sa vie, un bon nombre de problèmes auraient pu être évités … Elle aurait pu faire à nouveau comme s'il ne s'était rien passé. Continuer sa vie, jusqu'à ce que Bellatrix la trouve, faute de protection. Jusqu'à ce qu'elles se provoquent en duel. Jusqu'à voir qui était la meilleure. « Je divague … » pensa Hermione, en faisant léviter le livre jusqu'à la bibliothèque. A sa place. La jeune fille s'enfonça dans le fauteuil et se mit à somnoler quelques instants. Les yeux mi-clos, elle tentait de se souvenir des évènements positifs de la journée, comme l'intervention de Luna et les fous-rires avec Ron.
Quelques minutes plus tard, une porte s'ouvrit brusquement, arrachant Hermione à son mi-sommeil, la faisant sursauter. Elle se retourna, à présent à genoux sur le fauteuil. Draco se tenait sur le seuil, ses yeux rivés sur Hermione. Il avait l'air d'un enfant pris en faute. Enfant qui, par ailleurs, n'avait certainement pas passé la journée à s'amuser comme un petit fou. Hermione ne perdit pas de temps pour réagir. Elle rompit rapidement le contact visuel, se releva vivement et courut vers sa chambre. Elle s'enferma à double-tours, à grands renforts d'incantations magiques. Le sang battait douloureusement contre ses tempes. Comme un animal craintif et blessé. La gryffondor ne voulait pas qu'il lui fasse à nouveau du mal. Elle avait peur de lui. Elle avait trop sous-estimé sa force auparavant. Autant ne pas courir de risques inutiles … En même temps, elle éprouvait une étrange attraction à cette violence. Sans doute parce qu'elle avait appris à connaître Draco et ses différentes facettes, au fil du temps.
De l'autre côté de la porte close, Draco était resté sur le seuil, interdit. Il avait apporté avec lui ses affaires de Quidditch. La première fois qu'un entraînement ne lui procurait aucune satisfaction personnelle. Il laissa tomber son sac dans un coin de la pièce, souriant intérieurement en pensant à ce que dirait Hermione si elle l'avait vu. Si toutefois elle acceptait de lui reparler un jour. Il se résolut à aller lui parler. Après tout, ce n'était pas si difficile … Il n'avait jamais eu aucun mal à parler avec qui que ce soit, alors pourquoi en aurait-il avec elle ? C'était différent, cette fois. Il s'agissait de s'excuser. Il voulait le faire, parce qu'il savait qu'il avait dépassé les bornes. Peut-être parce qu'il « tenait à elle » ? Peut-être. Il avait passé la journée à se poser des questions. Alors autant continuer sur la lancée.
De sa chambre, Hermione entendit un léger grattement. Elle se trouvait assise, juste derrière. Aux aguets. Pouvant percevoir le moindre craquement. Elle avait d'ailleurs entendu le sac tomber par terre et cela ne lui avait pas fait esquisser le moindre sourire. Plus le moindre bruit durant quelques minutes. Hermione sortit sa baguette en guise de précaution. Puis, on toqua. Une fois, presque timidement. Puis deux fois. Trois fois, avec insistance. Hermione réprima un sanglot. Elle ne voulait pas lui parler. Si elle ouvrait la porte, qui sait de quoi serait-il capable ? Une voix se fit entendre. Voix qui se voulait rassurante, et assurée.
- Granger, c'est moi. Je dois te parler.
Hermione ne voyait plus la différence entre parler et agresser chez Malefoy. Tout était possible avec lui. Même le pire. En guise de réponse, elle balança un coup de pied rageur dans la porte. Manière de lui dire « Tu vois, moi aussi je peux être violente ! »
- Cependant, cela ne découragea pas Malefoy. Quelques instants après, il revint à la charge. Sa voix tremblait un peu désormais.
- Hermione … S'il te plaît !
L'intéressée tressaillit. Il l'avait appelée Hermione. C'était la première fois qu'il le faisait. Mais surtout, elle percevait du regret dans sa voix. La jeune fille se releva et hésita quelques instants, immobile devant la porte. Précautionneusement, elle déverrouilla la porte en murmurant les quelques formules qu'elle avait prononcé plus tôt. Draco ouvrit la porte, regardant autour de lui. C'était en effet la première fois qu'il voyait la chambre d' Hermione. Celle-ci pointait sa baguette vers lui, avec une détermination qui lui était propre. Elle ne souhaitait pas courir de risques, à nouveau. Un seul geste suspect et elle était prête à l'immobiliser, grâce à sa parfaite connaissance de nombreux sorts. Malefoy esquissa une moue boudeuse. Il plongea enfin avec sérieux ses yeux gris-bleus dans ceux, noisettes, d' Hermione. Celle-ci, surprise par leur intensité, baissa les siens et ne put s'empêcher de sourire, malgré qu'elle se maudisse de sa faiblesse. Draco posa ses yeux sur la baguette qui se tenait à présent juste sous son cou. Il commença à faire un pas en direction de la rouge et or. Celle-ci n'était manifestement pas de cet avis. Elle s'était rapidement reprise. Elle se mit à crier.
- N'approche pas ! Malefoy, n'approche surtout pas ! Ne t'avise pas de me toucher !
Sa voix prenait des accents hystériques. A la mesure de sa peur.
Draco resta où il était. Il parla calmement, levant les bras à la manière d'un moldu en état d'arrestation.
- Je ne te touche pas.
Hermione souhaitait que Draco ressente toute la rage qu'elle contenait dans sa façon d'agir. Elle doutait cependant que cela ne soit vraiment efficace. La rage ne lui avait jamais vraiment réussi. Elle préférait de loin la douceur. Mais il arrive parfois qu'il faille faire un choix … Elle prit la parole, abaissant sa baguette et lorgnant Malefoy avec un mépris notable.
- Qu'est-ce que tu me veux ? Me frapper à nouveau ? Tu peux m'expliquer ce que je t'ai fait ? Mis à part que je suis une « sang de bourbe » ?
Hermione insista tout particulièrement sur les derniers mots, accentuant volontairement leur prononciation. Draco parut soudain baisser sa garde. Il semblait même à Hermione qu'elle décelait de la honte dans sa façon d'être. Il se mit à parler. Chaque syllabe semblait lui être un supplice.
- C'est ma façon de … Te protéger. De te protéger de moi …
Hermione arpenta sa chambre de long en large, indifférente à la présence de Malefoy, le bousculant presque. Elle tentait de se calmer, car c'était le genre de propos qui la mettait hors d'elle.
- De me protéger ? C'est une mauvaise blague, non ? Tu me protèges en me frappant ?
Malefoy s'avança un peu plus dans la chambre d' Hermione. Celle-ci recula instinctivement, reprenant sa baguette fermement.
- Granger …
- Granger est épuisée ! Granger aimerait arrêter d'être toujours … Frappée, humiliée, sans raison particulière ! Granger voudrait qu'on la laisse tranquille !
Draco ne sut quoi répondre. Il la comprenait. Elle se sentait mal, démunie … Tout comme lui. Il savait qu'il fallait qu'il lui explique son champ de bataille intérieur. Sachant qu'il connaissait un peu celui de la jeune fille … Pourtant, il ne pouvait prononcer les mots, qui restaient coincés dans sa gorge. Il restait une autre alternative. Des mots qu'il n'avait quasiment jamais prononcés.
- Je suis désolé, Granger.
Hermione fut réellement surprise. C'était du jamais vu. Il s'excusait, à présent ! La jeune fille hocha brièvement la tête, en guise de compréhension. Partielle, du moins. Elle ne pouvait pas en faire plus. Pourtant, elle se sentait en empathie avec le jeune homme. Une haine étroitement mêlé à un sentiment qu'elle tentait de combattre activement. Elle s'avança près de Draco, qui se demanda ce qu'elle avait l'intention de faire, aux aguets. Elle lui fit une légère bise sur la joue, avant de faire mine de partir. Draco la retint doucement par la taille. Ce qui contrastait avec sa brusquerie du matin même. Il lui souffla :
- Tu es … Je n'ai aucune autre façon de m'exprimer, tu sais. Aucune autre. Regarde-moi …
Hermione s'exécuta. Ils allaient à nouveau commettre une erreur. Pourtant, elle se sentait à sa place.
- Pourquoi je devrais te regarder, Malefoy ? Tu m'as frappée. C'est impardonnable …
Celui-ci, et pour toute réponse, serra Hermione contre elle, un peu plus fort. Il sentit quelques perles salées rouler le long de son cou. A cet instant, il se rendit encore plus compte du mal qu'il avait pu faire à Hermione. Quiconque la voyait pouvait constater qu'elle était à bout, qu'elle ne pouvait plus rien supporter. Pourtant, elle était tellement forte, à sa manière … Alors, il ne la lâcha pas. Il la serra, encore, et encore. Jusqu'à ce que ses larmes s'assèchent. Jusqu'à ce qu'elle veuille lui pardonner. Ne serait-ce qu'un instant. Un instant furtif où il pouvait sentir autre chose danser dans ses prunelles. Autre chose que du dégoût … Il s'apprêtait à lui dévoiler quelques bribes de son passé lorsqu'une voix familière se fit entendre.
- Je dérange peut-être ?
