NdT: Joyeux Noël et bonne année ! J'espère que ce petit cadeau vous fera plaisir.

NdA: Finalement, le chapitre que vous attendiez tous. J'espère qu'il sera à la hauteur de vos attentes, ou, encore mieux, qu'il les dépassera complètement. Bonne lecture !


Livre I
Chapitre 11 : Le Roi et le Serpent

Harry était assis, immobile dans une barque, les yeux rivés sur le château illuminé dans la tempête. Ils étaient aussi écarquillés et émerveillés que ceux de tous les autres élèves. Comme si c'était la première fois qu'il voyait Poudlard. Comme s'il n'avait pas vécu dans son ombre pendant presque tout l'été. Quand il l'avait vu à travers la fenêtre, chaque nuit, ç'avait toujours été la sombre silhouette d'une imposante montagne, pas vraiment un château enchanté. Mais, à cet instant, la sombre silhouette était éclairée de cent mille torches, et flamboyait comme un feu de joie sous la pluie terne. Son estomac se noua d'anticipation tandis qu'ils traversaient le lac dans un silence sacré, sa surface, normalement d'un noir d'encre, emprisonnant la réflexion vacillante du château.

Ils finirent par entrer dans un tunnel, bas de plafond et à l'entrée recouverte de lierre, et pénétrèrent dans un petit bassin faiblement éclairé par quelques torches. Ils se précipitèrent hors des barques et sur des marches de pierre, aidés et dirigés par les Sleuw. Professeur McGonagall les attendait en haut des escaliers, et les guida rapidement à travers l'école. Les couloirs étaient énormes et répercutaient les bruits étouffés de leurs pas. Les premières années se serraient encore plus que d'habitude, tous un peu ébranlés, tandis qu'ils passaient devant un nombre incalculable de tableaux animés, d'armures et de vitrines. Ils montèrent des escaliers à la suite de la sorcière, vers les étages supérieurs, et le bruit distant de nombreuses conversations se fit soudain entendre.

Mais une voix en particulier attira l'attention de Harry, beaucoup plus proche.

" Cours, cours, cours, petite souricette. Nagini connaît chaque tunnel. Nagini connaît chaque recoin. Cours, cours, cours, car tu ne peux pas te cacher... "

Harry regarda autour de lui, se demandant si quelqu'un d'autre était étonné par cette voix, mais personne d'autre ne semblait l'avoir entendue. Ce qui paraissait impossible, ils étaient tous tellement silencieux que Harry pouvait entendre le tic-tac régulier de sa montre.

Et n'avait-il pas déjà entendu le nom 'Nagini' quelque part ?

" Crunch, crunch, crunch font les os sous mes dents. Viens, viens, viens, petite souricette, " continua de chanter la voix dans un sifflement.

Il ralentit le pas et s'éloigna des autres, prenant le temps de jeter un coup d'oeil dans le couloir d'où elle semblait provenir. Au début il ne vit rien. Puis il aperçut un petit rat brun tournant à l'angle du couloir et dévalant vers lui. Le rat fut suivi de près par le plus gros serpent qu'il ait jamais vu. Il faisait au moins trois mètres de long et semblait aussi épais en son centre que Harry lui même. Le rat essayait clairement de lui échapper, mais se figea en apercevant Harry et se dressa sur ses pattes arrières.

" Attention ! " cria Harry, voyant le serpent se rapprocher du rat.

Le rat fit un bond de côté, échappant de justesse aux crocs énormes du reptile. Il tourna en cercle pendant quelques instants, aveuglé par la panique, incertain de la direction vers laquelle fuir, avant de filer de nouveau vers Harry. Ce dernier s'était figé debout, regardant avec fascination les deux créatures se rapprocher. Le rat l'atteignit le premier, et, à sa grande stupéfaction, plongea sous ses robes, escalada sa jambe et se réfugia dans une de ses poches.

Ce rat appartient probablement à quelqu'un, en conclut Harry. Il n'eut pas le temps de plus y réfléchir, car il se trouvait maintenant face-à-face avec le serpent, qui s'était dressé et se tenait plus haut que lui. Ils se regardèrent l'un l'autre, grands yeux verts écarquillés contre yeux jaunes fendus luisants.

" Donne-la moi, gamin, ordonna le serpent. Donne-la à Nagini. "

Ah. Voilà donc d'où venait la voix. D'un serpent qui parle. D'accord. Pourquoi pas ? Etait-ce vraiment plus étrange que ce miroir de salle de bain, dans la maison des Sleuw, qui lui disait tous les matins que ses cheveux avaient l'air stupides ?

" Euh... Quoi ? "

Le serpent eut l'air surpris - comment il pouvait le savoir, Harry n'en avait aucune idée - puis de nouveau en colère.

" La souricette. Donne à Nagini sa petite souricette. Elle est à Nagini, pour qu'elle joue avec. Le Maître l'a donnée à Nagini. C'est un cadeau du Maître ! Donne-la, ou Nagini va jouer avec toi à la place ! "

Harry n'envisagea même pas de livrer le rat. Non pas qu'il donnait plus de valeur à la vie du rongeur qu'à la sienne (il avait dû en tuer plusieurs pendant l'été pour nourrir les hiboux de l'école), mais il ne voulait simplement pas passer une seconde de plus en présence du serpent. Il bondit hors de portée de Nagini et se mit à dévaler le couloir. Il entendit derrière lui un cri indigné, mais la créature ne pouvait pas se déplacer assez vite pour le rattraper.

Sauf que maintenant, Harry avait perdu de vue les autres élèves de première année. Se maudissant pour sa stupidité, il se mit à les chercher. Mais le château était un labyrinthe, et chaque couloir débouchait sur une douzaine d'autres. Il essaya d'appeler à l'aide mais personne ne vint, et il n'osait pas rester trop longtemps à un endroit de peur que Nagini ne le rattrape.

Il finit par entendre un brouhaha de voix. Il suivit ce bruit jusqu'à un vestibule étroit qui donnait sur une petite antichambre. Il y avait là une petite porte de bois, et il y colla l'oreille pour mieux entendre. Le tumulte de voix s'était tu, mais il pouvait maintenant entendre quelqu'un prononcer un discours. Il se pressa plus fort contre la porte, espérant pouvoir comprendre quelques mots.

La porte lâcha brusquement. Déséquilibré, Harry trébucha en avant, traversa un rideau et arriva sur une plateforme, se prit les pieds dans un tapis et fit un vol plané, dépassant un homme debout devant un podium et le rebord de l'estrade. Il tomba cul par-dessus tête et atterrit maladroitement sur son flanc. Etourdi, il se redressa et vit, à travers sa vision encore chancelante, beaucoup d'élèves en robes noires en train de le dévisager. Son regard se retrouva dirigé vers le haut, et il crut apercevoir des étoiles dans un ciel sombre. Il se frotta les yeux, incapable de croire ce qu'il venait de voir, et, quand il les rouvrit, il se retrouva nez-à-nez avec un homme. C'était un jeune homme à la peau pâle dont les yeux étaient d'un brillant... rouge vif ?

" Euh... "

La Grande Salle éclata soudain en un rire bruyant. Le visage de Harry s'empourpra. Se retournant vers l'estrade, il put voir deux tables de part et d'autre du podium, auxquelles étaient assis plusieurs visages familiers. Les professeurs Toure, Flitwick, Quirell, et, évidemment, Rogue. Eux, par contre, ne riaient pas. Son embarras se transforma en sueur froide.

" Silence !ordonna Voldemort.

Instantanément, les rires devinrent des silences tendus. Le Seigneur des Ténèbres tourna de nouveau ses yeux écarlates glacés vers le garçon étalé à ses pieds, laissant poindre l'irritation sur son visage. Bizarrement, Harry n'arrivait pas à détourner le regard. Ses yeux étaient écarquillés et terrifiés, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. C'était comme être pris dans le regard de Nagini, mais...

" Et vous êtes ? demanda l'homme. Sa voix était vaguement sifflante. Harry dut faire un effort conscient pour se remettre debout, ses jambes tremblantes menaçant de s'effondrer sous lui à tout moment.

- J-Je m'appelle Harry Potter.

- Oh. Vous."

Harry tressaillit, mais ne se retourna pas.

" Endoloris ! "

Une douleur soudaine, atroce, se répandit dans tout son être. Il n'avait jamais rien ressenti de comparable. Pas la douleur localisée d'une fracture. Ni la douleur répartie d'un coup de soleil. C'était quelque chose d'autre. C'était comme si chaque fibre de son corps, de la peau aux organes, se faisait transpercer par des aiguilles chauffées à blanc. Il entendit des cris, mais ne sut dire si c'étaient les siens. Puis, aussi soudainement qu'il l'avait frappé, le sortilège disparut. Il se retrouva à quatre pattes, tremblant de tout son corps.

" A l'avenir, vous feriez bien de vous rappeler, Mr Potter, que je n'aime pas être interrompu pendant que je parle. En particulier par des idiots. McGonagall, vous aviez la responsabilité d'escorter les première année jusqu'à la Grande Salle. Nous parlerons plus tard de votre échec. "

Quelqu'un l'attrapa par le bras et il tressaillit au contact, s'attendant à revivre la douleur précédente, mais elle n'était plus qu'un lointain écho. Il fut remis sur pieds par une McGonagall très pâle et aux lèvres pincées, et elle le traîna vers la ligne des première année. Hermione et Clyde apparurent immédiatement à ses côtés pour lui fournir un soutien. Mais il se rendit compte tout de suite que, en plus d'avoir l'air inquiets, ils semblaient aussi très en colère contre lui.

C'est pas de ma faute ! avait-il envie de leur crier. Mais il ne pouvait qu'attendre, reprenant des forces pour tenir debout tout seul et cachant son embarras et sa honte. Voldemort reprit son discours, et, quelques temps plus tard, Harry crut voir un chapeau hideux chanter une chanson plutôt ridicule au sujet de maisons.

Il lui fallut quelques instants pour se rendre compte qu'il parlait des Maisons. Ils les avaient étudiées pendant l'été, bien évidemment, et Hermione avait même un livre qui en parlait, L'Histoire de Poudlard, qu'elle citait constamment. Quand des noms commencèrent à être appelés, Harry fit un gros effort pour leur prêter attention.

" Abbott, Hannah ! " Une fille, un peu potelée, avec des tresses dans les cheveux, grimpa sur le tabouret au milieu de la salle, et McGonagall posa le chapeau chantant sur sa tête. Il y resta à peine deux secondes avant de crier " Poufsouffle ! "

La jeune fille décampa vers sa table, sous les acclamations des élèves assis autour. La Répartitionsuivit cette tendance pour le reste des première année. Certains furent choisi pour Poufsouffle, d'autres pour Serdaigle, Gryffondor ou encore Serpentard. Il ne fallait généralement que quelques secondes au chapeau pour se décider, sauf pour quelques élèves qui prenaient jusqu'à une minute. Ce fut bientôt au tour de Clyde, et Harry était alors suffisamment remis pour tenir debout sans aide. Il vit son ami être choisi pour Gryffondor, sous les applaudissements tumultueux des jumeaux Weasley. Natalie fut choisie pour Serpentard, et sembla absolument ravie du résultat. Hermione, contre toute attente, ne fut choisie ni pour Serpentard ni pour Serdaigle, mais pour Gryffondor.

Harry ne comprenait pas vraiment pourquoi. Elle s'était toujours montrée plus studieuse qu'autre chose, et le regard timide qu'elle jetait au visage choqué de son frère n'était pas vraiment la plus grande preuve de bravoure qu'elle aurait pu montrer. Drago fut évidemment envoyé à Serpentard, comme tous les Malefoy avant lui. Puis le tour de Harry arriva.

La Grande Salle se fit complètement silencieuse, et Harry sentit la nausée le gagner. Mais il se remémora son père et sa mère, s'imagina à quel point ils seraient fiers de lui pour être parvenu jusque-là, et s'avança vers le tabouret la tête haute. McGonagall ne put cacher son inquiétude tandis qu'elle posait le chapeau sur sa tête. Celui-ci, trop large, lui tomba jusque sur le nez, et, plongé dans le noir, il put entendre le murmure des autres élèves.

" Mmmhh... fit le chapeau. Qu'avons-nous donc là ? Oh, le choix va être difficile. Des qualités intellectuelles... loyal... tu n'as pas peur de travailler dur...Mmmhh, oui, il y a clairement bien des talents... spéciaux, cachés là-dedans. Le choix le plus évident serait clairement Serpentard, mais...

- S'il vous plaît, pas là-bas, murmura Harry. Je ne veux rien d'autre en commun avec... "

Il se tut subitement. Il n'avait dit à personne que sa baguette était la soeur de celle de Voldemort. Pas à Hermione, pas aux Sleuw, et il n'allait certainement pas le dire à un chapeau qui aimait commérer. Même s'il pouvait lire dans son esprit et qu'il le savait déjà.

" Oh, pas Serpentard, c'est ça ? Eh bien, dans ce cas, autant rendre les choses un peu plus intéressantes. Je pense que je vais te mettre chez les GRYFFONDOR ! "

Presque aucun des gryffondor n'applaudit lorsque Harry se rendit à leur table. Presque aucun. Percy applaudit poliment, de même que quelques autres. Clyde et Hermione applaudirent avec plus d'enthousiasme. Les jumeaux Weasley firent assez de boucan pour le mettre dans l'embarras encore une fois. Il s'assit entre Clyde et Hermione, et dut faire un effort pour rester de marbre sous les regards mécontents lancés par sa propre maison.

La Répartition continua, et Ron Weasley, le plus jeune garçon d'une longue lignée de frères, surprit tout le monde, y compris lui-même, lorsque le chapeau l'envoya à Serpentard. Bien que Harry fût navré pour les frères de Ron, sidérés, il n'était certainement pas désolé de ne pas avoir à partager son dortoir avec l'autre garçon. Le rouquin prit place à côté de Drago, qui semblait incertain de l'accueil à lui faire.

Finalement, la cérémonie se termina lorsque Blaise Zabini fut choisi pour Serpentard. Voldemort fit un autre bref discours parlant de fierté et d'honneur, d'allégeance et de discipline. Le discours aurait été très ennuyeux si la promesse d'une douleur insupportable et d'une mort atroce ne planait pas entre chaque phrase, au cas où les conseils de l'homme venaient à être ignorés.

Un énorme repas fastueux apparut soudain devant eux. Il y avait là plus de nourriture que Harry n'en avait jamais vue, présentée de manière à impressionner. Mais Harry se sentit encore plus nauséeux rien qu'à voir les autres élèves se mettre à tout engloutir, et repoussa la plupart des plats.

" Tu ne manges pas ? demanda Clyde, l'air inquiet.

- Il ne se sent probablement pas très bien après le sortilège Doloris. C'est ça, Harry ?

- Oui, je ne me sens pas super, acquiesça-t-il. Le Doloris, hein ?

- Oui. Il a aussi le nom de Sortilège de Douleur. Je suis sûre que tu vois pourquoi. Il relève de la magie la plus noire. Seuls les sorciers et sorcières ayant un potentiel magique particulièrement élevé peuvent le lancer avec succès.

- Au moins je sais que les élèves ne s'amuseront pas à le lancer à tout bout de champ dans les couloirs, dit-il.

- Pas de souci à ce niveau-là, commença l'un des jumeaux, venu se placer debout derrière lui. Tu n'auras à te soucier que des sortilèges de chatouillis...

- De Jambencoton... , suggéra l'autre jumeau.

- Des maléfices de pincement...

- De furoncles et de cloques...

- Des lycanthropes pendant la pleine lune...

- Des morsures de vampires si tu te balades après le couvre-feu...

- Oui, oui, oui, on a compris ! C'est bon ! Vous ne pouvez pas aller ennuyer quelqu'un d'autre ? Vous avez une maison entière à votre merci, dit Clyde.

- Oui, je suppose que tu as raison. Harry est une cible bien trop facile pour le moment.

- Pfff, merci.

- Allez, viens, George...

- Je suis Fred, George.

- Ne joue pas sur les mots, cher frère.

Les deux garçons s'éloignèrent vers l'autre bout de la table où un groupe de filles de Gryffondor étaient assises à bavarder. Ils avaient à peine commencé à les faire hurler avec leurs mains couvertes de bubons lorsque de vrais cris s'élevèrent de la table des Poufsouffle. Les élèves de la table se précipitèrent hors de leurs sièges et s'éloignèrent précipitamment. Ils furent suivis par les Serdaiglecriant de surprise et se jetant des leurs.

A travers le vacarme de voix paniquées, Harry put entendre une autre voix plus légère.

" Où est ma petite souricette ? Apporte-la-moi, maintenant, maintenant, maintenant !

- Oh, bordel, encore elle ! se lamenta-t-il.

- Harry, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Hermione. Mais il n'eut pas le temps de fournir des explications. La foule s'était écartée, dévoilant Nagini, qui l'aperçut en un instant.

- Toi !

- Pfff. "

Le serpent plongea vers lui, et Harry prit une décision sur le vif. Sautant de sa chaise, il se rua lui aussi vers Nagini. Elle se dressa, s'attendant à une attaque et se préparant à répondre avec une des siennes, mais Harry tourna brutalement et évita ses crocs de justesse. Il courut vers une porte dérobée, essayant autant que possible de tenir Nagini éloignée des autres élèves. Elle le suivit, glissant sous les tables et les bancs, frôlant les chevilles dans sa reptation vers sa proie.

Harry l'attira dans un couloir. Il aperçut des élèves s'enfuir de la Grande Salle à un des bouts et choisit l'autre direction. Il se mit à trottiner, restant bien en vue de Nagini mais hors de portée. Une fois les autres élèves disparus, il essaya de la semer, mais s'en trouva vite incapable.

Aucun escalier, aucune porte ne semblait la ralentir. Elle le suivait à la trace, se déplaçant à une allure régulière tout en chantant 'Cours, cours, cours, petit garçonnet. Nagini connaît chaque tunnel. Nagini connaît chaque recoin. Cours, cours, cours, car tu ne peux pas te cacher.'

Il ne fallut pas longtemps à Harry pour se perdre complètement. Il se retrouva coincé au bout d'un couloir sans issue, et réussit, il ne sut comment, à trouver un passage secret. Il le prit et fut baladé dans tous les sens, montant et descendant des escaliers étroits, prenant des virages, à gauche, à droite, des fourches et des croisements. Quand finalement il réussit à tituber hors du tunnel poussiéreux, il tomba dans une salle de classe vide, sans aucune idée de l'endroit où il était. Il semblait au moins qu'il avait réussi à semer Nagini.

" Ohé ? appela-t-il, en sortant dans le couloir. Il y a quelqu'un ? Je suis vraiment, vraiment, perdu, et j'aurais bien besoin d'un peu d'aide. "

L'endroit était sombre, aucune torche n'était allumée, formant un déroutant contraste avec la Grande Salle. Harry regretta d'avoir laissé sa baguette dans sa malle. Peut être n'aurait-il pas été capable du moindre sort, mais quelques étincelles l'auraient vraiment aidé à se rassurer et à retrouver son chemin jusque là-bas.

Il continua d'appeler à l'aide, marchant tout près du mur pour ne pas perdre complètement son sens des directions. Il ne savait pas depuis combien de temps il tâtonnait aveuglément dans le noir, mais il commençait à perdre espoir d'être un jour secouru. Pour être franc, il n'était pas sûr de vouloir être secouru. Il était déjà assez dans le pétrin comme ça. Juste au moment où il finissait par se résoudre à passer une longue nuit inconfortable recroquevillé sur le sol, il vit une pâle lueur blanche.

" Allo ? Il y a quelqu'un ? appela-t-il avec une pointe de nervosité.

- Allo ? fut la réponse. Qu'avons-nous donc là ? Oh, tiens donc, mais tu es le garçon Potter. Tout le monde te recherche. Qu'est-ce que tu fais là, aussi loin de tout ? "

Harry fut incapable de répondre. Lorsque la lueur blanche s'était rapprochée, il s'était rendu compte que ce qu'il pensait être la lumière émise par une baguette était en fait un homme... ou quelque chose qui avait été un homme un jour. Portant une collerette et des bas moulants, littéralement transparent, Harry prit conscience qu'il venait de rencontrer son premier fantôme.

" Tu vas bien mon garçon ? Nagini n'a pas réussi à prendre une bouchée de toi, n'est-ce pas ? Ca ne nous gênerait pas d'avoir un peu de sang neuf chez les fantômes, mais ça risquerait de jeter un froid sur les festivités pour les autres élèves.

- J-Je suis désolé, oui, je vais bien. Mais... euh... qui êtes-vous ?

- Oh, où sont mes manières ! Je suis SirNicholas de Mimsy, à ton service ! Allez, suis-moi ! Je vais te ramener au monde civilisé. " gloussa-t-il.

Soulagé, Harry se mit à le suivre. Mais ils ne retournèrent pas à la Grande Salle. A la place, Sir Nicholas lui fit monter plusieurs volées d'escaliers, traverser maints couloirs, jusqu'à ce qu'enfin ils s'arrêtent devant la statue d'une gargouille.

" Euh... Où sommes nous maintenant, SirNicholas ?

- Devant le bureau de la directrice, évidemment. Il faut bien qu'on mette un peu d'ordre dans toute cette histoire, non ? Oh, ne prends pas l'air si pâle. Tu survivras ! Allez, hop, monte ! Cécrops ! "

Un escalier en colimaçon apparut derrière la gargouille. Prenant une profonde inspiration, il releva la tête et entama la montée. Au-delà de la dernière marche d'escalier, il se retrouva dans un bureau circulaire un peu surpeuplé. Tous les directeurs de maison étaient là, McGonagall, Rogue (Hermione lui apprendrait plus tard qu'il enseignait les potions et était le directeur de la maison Serpentard), Flitwick et une femme un peu rondelette qu'il ne connaissait pas, plus une autre qu'il reconnut à sa carte chocogrenouille comme étant la directrice Bellatrix Lestrange, et, bien évidemment - pour parfaire sa journée – Lord Voldemort, avec Nagini enroulée confortablement autour de son fauteuil. Le serpent géant le regarda, et Harry eut l'impression qu'elle souriait de contentement.

La directrice, qui l'observait par-dessus ses mains serrées l'une dans l'autre, avait l'air, elle, plutôt mécontente.

" Je devrais vous expulser, Mr Potter, " furent les premiers mots à franchir ses lèvres.

L'estomac de Harry se noua.

" Vous ne pourriez pas expulser Nagini à la place ? dit-il, avant de plaquer la main sur sa bouche.

- Mr Potter ! Il n'y a pas de quoi rire ! C'est la première fois depuis des siècles que la Cérémonie de la Répartition est perturbée. Peut-être la toute première fois qu'elle est perturbée deux fois par la même personne !

- Hé, je n'y étais pour rien la deuxième fois ! Les élèves ne s'enfuyaient pas en courant et en criant à cause de moi !

- Vas-y, continue de parler, petit garçonnet stupide. Ta punition n'en sera que plus amusante à regarder, siffla Nagini.

- Va t'étouffer sur ton rat ! " lui répliqua-t-il avec hargne.

L'attention de tout le monde fut soudain sur lui. Même Voldemort, qui s'était jusqu'à présent contenté de caresser la queue de Nagini, posée sur ses genoux, en pensant à autre chose, regarda droit vers lui.

" Que venez-vous de dire ? "

Harry se figea. Oh, bordel, quel imbécile ! Comme s'il n'avait pas déjà assez de problèmes comme ça avec cet homme, le plus dangereux de toute la Grande-Bretagne, il fallait qu'il aille en plus insulter son compagnon animal !

" Euh...

- Ce que vous avez dit, Mr Potter, n'était certainement pas 'Euh'.

- Ahh...

- Mr Potter !

- Je suis désolé, je suis désolé ! Je ne le pensais pas ! "

Tout bruit disparut. Harry, qui s'était recroquevillé par crainte d'une nouvelle punition, finit par ouvrir les yeux, cherchant ce qui avait arrêté le Seigneur des Ténèbres. L'homme le plus dangereux du pays le regardait d'un air clairement étonné et – osait-il seulement le penser ? – révérencieux. Il jeta un coup d'oeil aux professeurs de Poudlard autour de lui. Eux aussi avaient l'air complètement stupéfaits.

" Euh... Qu'est-ce que j'ai dit ? "

Rogue laissa échapper un souffle d'air amusé, tout en murmurant 'petit idiot'. Cela sembla sortir tout le monde de leur blocage mental.

" Mr Potter... Harry, es-tu en train de me dire que tu ne t'es jamais rendu compte que tu parlais Fourchelang ? " demanda Voldemort.

Harry le regarda, interdit, cligna deux fois des yeux puis fronça les sourcils. " C'est impossible. Seul un descendant de Serpentard peut être Fourchelang. Et vous êtes le seul vivant connu à ce jour.

- Il semblerait que je ne sois plus le seul. Petit enfant absurde. Ne me dis pas que tu n'as pas trouvé ça étrange lorsque mon animal de compagnie s'est mis à te parler ? "

Harry haussa les épaules. " Jusqu'au printemps dernier, j'aurais trouvé un miroir parlant étrange. Franchement, j'ai juste cru qu'elle était douée de parole, ce qui est étrange, et la raison pour laquelle j'ai été séparé des autres première année.

- Mmh.

Ils se regardèrent fixement, et Harry sentit que Voldemort cherchait à déterminer son honnêteté. La sensation était presque physique, et Harry se détourna brutalement par pur instinct.

" Tout compte fait, nous devrions peut être l'envoyer chez les Serpentard, suggéra la directrice. Comme il l'a fait remarquer, il est sûrement un descendant de Salazar Serpentard lui-même.

- Et il est tout aussi probable que sa généalogie remonte à Gryffondor, Serdaigle ou Poufsouffle. Non, nous suivrons la tradition et laisserons le Choixpeau décider de la Maison à laquelle il appartient. Si nous ne respectons pas les traditions, qui le fera ?

- Bien sûr, vous avez évidemment raison, concéda la directrice, et Harry réalisa que, malgré son titre, c'était Lord Voldemort qui dirigeait en réalité l'école.

- En parlant de Maisons, peut être serait-il temps que Harry retourne à la sienne ? Ce fut une soirée très éprouvante, et les cours commencent demain, dit McGonagall.

- Oui, étant donné les circonstances, j'imagine qu'on peut suspendre toute autre punition. Harry, un dernier conseil.

- Oui, mons-euh, je veux dire, Seigneur.

- Essaye de te débarrasser de cette mauvaise habitude de t'égarer.

- Euh... oui, Seigneur.

- Ah, oui, et laisse le rat ici. "

Harry hésita, puis ouvrit à contrecoeur sa robe et tira de sa poche son compagnon d'infortune de la soirée. Incroyablement, la petite créature était roulée en boule et profondément endormie. Il secoua la tête et suivit avec discipline – et reconnaissance – sa directrice de maison hors du bureau et vers son nouveau foyer.

Une fois Harry et la plupart des autres professeurs partis, Voldemort, Rogue, Lestrange et Nagini tournèrent leur attention vers le coupable apparent des évènements de la soirée. La directrice poussa la boule de poils du bout de sa baguette. Le rat se contenta de se recroqueviller un peu plus. Irritée, elle renversa sa tasse de thé chaud sur lui. Cette fois-ci il laissa échapper des couinements de douleur.

" Pettigrow, espèce d'idiot, " cracha-t-elle.

Un instant plus tard, le rat avait disparu et un homme très effrayé et très mouillé avait pris sa place.

" Aïe ! Qu'ai-je fait pour mériter ça ? pleurnicha-t-il, se retrouvant soudain entouré de trois des personnes les plus effrayantes qu'il connaissait.

- Tu étais censé distraire Nagini loin de la fête, pas au milieu ! siffla Voldemort. Une demi-douzaine d'élèves vont passer leur première nuit à l'infirmerie à cause de ta stupidité, espèce d'abruti écervelé !

- J-Je suis d-désolé, Maître, mais j-j-je c-commençais à f-fatiguer et elle-elle a t-tellement d'én-énergie ! Je ne s-suis p-plus aussi j-jeune qu'av-avant.

- Et j'imagine qu'en te cachant dans la poche du sosie de James Potter, tu espérais récupérer un peu de cette jeunesse disparue ? " demanda Rogue.

Le visage de rongeur de Pettigrow prit un air tourmenté. Oh, que dirait son vieil ami maintenant ? En le voyant ainsi réduit ? Et pourtant, il lui était apparu, là, ce soir, pour le sauver... onze ans trop tard.

" Je devrais te mettre sous Doloris jusqu'à ce que ton esprit se brise, et ensuite te remettre à Nott pour ses expériences", dit Voldemort. Pettigrow savait qu'il en serait bien capable, mais ne pensait pas pouvoir être encore plus effrayé qu'il ne l'était déjà sans en mourir immédiatement. "Mais vu que ton incompétence nous a fourni des renseignements précieux, je me sens d'humeur généreuse. Va faire un tour dans le bureau de McGonagall et vérifie qu'elle se tient bien, puis retourne à ton poste dans la tour Gryffondor.

- O-oui, Maître ! Il s'inclina, incapable de croire à sa chance.

- Nagini t'accompagnera et s'assurera que tu ne t'égares pas dans la poche de quelqu'un d'autre ce soir. "

Pettigrow laissa échapper un petit couinement et le serpent tourna ses yeux jaunes brillants sur lui. Il était de nouveau sous la forme d'un rat une seconde plus tard et dégringolait les escaliers aussi vite que ses petites pattes le lui permettaient. Nagini se dégagea de la chaise et des genoux de son maître et se lança à sa poursuite d'une allure tranquille, tout en chantant son hymne de chasse ridicule.

Une fois les trois Serpentard seuls dans le bureau, l'ambiance se relâcha un peu. Lestrange remplit sa tasse de thé vide avec du Sherry et offrit aux deux hommes du cognac. Rogue refusa, comme à son habitude durant l'année scolaire. Voldemort accepta un verre et se cala plus confortablement dans son fauteuil. Un petit sourire apparut sur ses lèvres lorsqu'il contempla les évènements de la soirée.

" Quelle... superbe ironie, dit-il. Que l'enfant de deux de mes ennemis les plus tenaces, et en plus un Gryffondor, devienne mon analogue magique.

- Analogue, Seigneur ? Je pense que vous lui donnez bien trop de mérite, commenta Rogue. Il pourrait simplement être une preuve que les facultés magiques se sont développées dans le pays à la suite de vos réformes. Je ne serais pas étonné si d'autres fourchelangues faisaient leur apparition dans les cinquante prochaines années.

- Je vais devoir être du même avis que Severus là-dessus, Seigneur. C'est un Gryffondor. Son caractère et son éthique, elle cracha le second mot comme si c'était une insulte, l'empêcheraient de se hisser à votre niveau. Il n'est qu'une simple anecdote.

- Raisonnement bien commode, les rabroua-t-il tous les deux, souriant pour leur montrer qu'il n'était pas en colère. Est-ce que Severus t'a dit, Bella, qu'en plus d'être un fourchelang, le jeune Harry a pour baguette la soeur de la mienne ? Ceci n'est pas le résultat d'une augmentation des facultés magiques. "

Bellatrix eut de nouveau l'air sonnée. Rogue eut aussi l'air surpris, mais déguisa rapidement son expression en indignation, se retournant pour fusiller la directrice du regard.

" Tu ne le savais pas ? Je l'ai écrit sur le compte-rendu que je t'ai donné pour notre Seigneur. "

Elle tourna un regard tout aussi venimeux vers lui.

" C'était à peine dimanche dernier. J'étais occupée à finaliser les mesures de sécurité du château. Je n'ai pas encore eu le temps de le lire !

- Mais moi, si, reconnut Voldemort, les surprenant tous les deux. Rogue découvrit soudain que son plan, visant à faire passer discrètement l'information sous le nez de Bellatrix, n'était peut être pas si malin que ça. Elle était horriblement négligente pour tout ce qui était paperasse, et lisait rarement ses comptes-rendus à moins d'y être encouragée. Ca aurait été facile. Il l'avait déjà fait plusieurs fois auparavant. Si quiconque s'en était aperçu, Rogue aurait eu... avait la preuve de sa loyauté et de sa compétence.

Il n'avait pas pris en compte le fait que son Maître dirigeait l'école comme si c'était son propre foyer. Il montrait assez peu d'intérêt pour les comptes-rendus et l'administration, préférant normalement déléguer ces tâches à des subalternes loyaux, comme Lestrange et lui-même. Mais Voldemort ne faisait apparemment pas assez confiance au travail de Lestrange, et Rogue ne l'avait pas vu venir. Il était déchiré entre l'angoisse due à sa bavure et l'euphorie de voir la confiance déclinante que Voldemort portait à sa Némésis.

Aucune de ces deux émotions n'auraient été acceptées par Voldemort, il continua donc à accuser Bellatrix du regard, priant pour que l'autre sorcier ne se doute de rien.

Pendant ce temps-là, Voldemort en prenait note mentalement, comptant réprimander plus tard la directrice dévouée qui affichait son ignorance de manière si flagrante. C'était une caractéristique bien peu digne de Serpentard, et elle n'avait pas été au mieux de sa forme ces derniers temps. Tous les professeurs avaient écrit des rapports clairs et professionnels sur l'excursion des enfants de moldus sur l'Allée de Traverse, et bien que Rogue ait peut-être un peu trop vite dédaigné la baguette de Harry comme un coup de chance (Cinquante ans ! Il fallait bien que quelqu'un finisse par la recevoir !), le cas était suffisament étrange et aurait dû être relevé. Après tout, c'était pour les raisons de ce genre que tous les enfants de Moldus étaient accompagnés par des professeurs pour cette excursion.

" Quoi qu'il en soit, continua Voldemort, nous partageons un don, un ancêtre commun. Cela fait de lui en partie ma responsabilité. Et je suis certain de pouvoir tourner toute cette histoire à mon avantage.

- Vous ne suggérez tout de même pas d'adopter le garçon ! s'exclama Bellatrix. Severus put à peine contenir un roulement d'yeux d'exaspération. Voldemort lança un regard irrité, et elle se ramassa dans sa chaise comme un première année qui venait de se faire gronder.

" Non. Pas encore en tout cas. Je vais d'abord devoir vérifier qu'il a vraiment du potentiel. Mais je me disais... le monde des sorciers a un roi... il est peut être temps qu'il ait aussi un prince, non ?


NdA : Alors, qu'est-ce que vous en avez pensé ? Laissez moi une review, avec un commentaire ou une opinion. Elles me font tellement plaisir (NdT: Moi aussi ça me fait plaisir !)

Je sais que certains d'entre vous voulaient absolument que Harry finisse à Serpentard, mais, pour être honnête, je n'ai jamais vraiment imaginé Harry là-bas. Alors, pour rigoler un peu (pas vraiment, ça fait partie des idées et scenarii bizarres que me sort tout le temps mon imagination), j'ai envoyé le personnage encore plus improbable, Ron, là bas à la place. Mouahahaha.