Bonjour ! Chapitre 9 ici présent ! :)
Un Draco confus, pas mal de bazar dans sa tête, et aussi quelques souvenirs, quelques confrontations, quelques avancées aussi ;)
Je vous laisse découvrir ça, en espérant que vous apprécierez ce chapitre ! Comme d'habitude, n'oubliez pas de me laissez vos avis, ou bien si vous avez des questions, j'y répondrai volontiers :)
Melusine : Oui, Harry est assez long à la détente, c'est vrai. Il croit souvent comprendre d'autres choses, même si elles sont dites très explicitement. Pour le cas de son hésitation à la fin concernant Sergueï, il ne veut pas faire mauvaise impression, parce qu'il voit en Sergueï quelqu'un qui pourrait devenir un ami. Il est un peu réticent à ce qui touche l'homosexualité (mais ça va changer dans le futur) alors il imagine que le blond l'est aussi !
Chapitre 9 – Groggy.
J'ai vraiment l'impression d'avoir une gueule de bois. Mes yeux sont enfoncés dans leur orbite, et sont creusés par les cernes. Mon teint est encore plus pâle que d'habitude, et ma tête me fait énormément mal. Quand je me regarde dans un miroir, je vois mes joues creusées et mon allure de spectre, et même moi je trouve que c'est glauque et déplorable, que c'est pas moi.
Et puis j'ai la flemme de me raser, alors j'ai de la barbe qui commence à envahir mon menton et mes joues. Pas beaucoup, c'est même presque invisible, sauf à mes yeux. Et je me dis que si je reste comme ça, je vais bientôt ressembler à un camé. J'ai plus qu'à me mettre à trembler et à demander aux gens s'ils ont de la drogue sur eux, et ce sera vrai jusqu'au cliché. Le pire, c'est que ça m'étonnerait pas. Que je devienne un peu comme ça, je veux dire. Hier encore, je suis entré par effraction dans l'infirmerie pour voler des calmants, rien que parce que j'avais envie de m'effondrer sur mon lit et de rester immobile, les yeux ouverts, regardant sans vraiment voir mon plafond, le tout en ne pensant à rien, un trou noir. J'ai aussi pris une potion de sommeil. Et pourtant, je ne crois pas avoir dormi ne serait-ce qu'une minute. Efficacité prouvée !
J'ai passé la moitié de la nuit à regarder dehors, par ma fenêtre, et à l'ouvrir pour sentir l'air froid sur mon visage. Et puis, ensuite, j'ai regardé pendant un long moment un de mes vieux posters des Bloody Magyars, un groupe de hard rock très connu il y a quelques années, mais pas mal oublié à présent. J'étais fan de ces mecs qui passaient leur temps à chanter des chansons pas très catholiques, ni réjouissantes, et qui ne correspondaient pas du tout aux goûts précieux de mon père. 'Des racailles bruyantes', comme il disait.
Mais bon sang qu'ils assuraient ! Je continue de les trouver assez cool. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai pris la peine d'emmener le poster ici.
Pour en revenir à mon état de pauvre victime à l'agonie, je vous jure, je me sens mal, mais à un point… J'ai même été jusque vomir mes tripes dans les toilettes tout à l'heure, en vérifiant d'abord si y'avait personne. Faudrait quand même pas que quelqu'un me surprenne dans un tel état de faiblesse affichée. A la fin y'avait plus rien d'autre que de la bile et de la salive qui sortait de ma bouche.
Une sorte de nausée m'a pris dès que je suis rentré dans le château, et ensuite dans ma chambre, hier soir. Tout le bonheur illusoire, la courte joie, et le calme post-orgasmique, toutes ces choses, c'est comme si… Elles avaient disparu, d'un coup. Non, elles ont vraiment disparu, et maintenant il n'en reste que les conséquences. Je suis retombé violemment dans la réalité, et bon sang, comment je pouvais avoir l'audace de penser que j'étais capable d'y échapper ?
Toute cette soirée, toute cette scène d'une tragédie, c'était une mauvaise idée, un adieu horrible, un deuil. Un deuil terrible, quelque chose qui s'approche de la douleur, presque physique, comme le sentiment que l'on ressent lorsqu'on observe un oiseau, et qu'il s'en va, vous laissant d'un coup ressentir tout ce que ça fait de rester coincé, enfoncé sur la terre, alors que lui il peut s'en échapper.
Non, c'est plutôt comme lorsque vous observez un animal écarquiller les yeux et s'enfuir lorsqu'il sait qu'il se fait traquer par un prédateur, et qu'il va mourir.
Ouais. C'est comme une mort, mais ne faisant qu'un tiers de son travail.
Et le visage de Riakov, mon dieu, son visage. Ses mèches blondes qui retombaient un peu sur son front, et ses yeux qui clignaient comme dans un de ces effets spéciaux où tout se passe soudainement au ralenti.
A ce moment-là, Sergueï était une réincarnation d'un être divin. Et je m'en suis détaché. Je suis devenu un être déchu, par mon propre chef. Et, je sais que c'est pas mon genre, pas du tout, et que vraiment, je me sens rarement comme ça, mais… Je me suis senti coupable. Tellement désolé, de mon égoïsme, et du fait que ce n'était pas entièrement ma faute.
Je ne sais pas si c'est moi ou lui qui a commencé, hier. Si c'est lui qui l'a fait en me suivant, en me parlant, ou si c'est moi qui l'ai fait en m'enfuyant, en lui répondant. Ou bien si c'est la faute des vagues d'émotions qui nous ont fait chavirer, qui nous on fait nous noyer dans tous ces ressentis, et qui nous ont privés de toute action sensée.
Voir son regard bleu, brillant, épanoui, et son sourire vague, mi-triste mi-joyeux, et sa petite fossette à la joue gauche, et l'inclinaison de ses sourcils, et son menton tremblant presque imperceptiblement… Tout ça, ça m'a détruit, et je voulais tellement le prendre dans mes bras, et lui dire que tout allait bien se passer, et que je pouvais tout arranger, et que s'il le voulait on pouvait recommencer, tout recommencer et tout revivre, refaire, ici, à même le sol, tout ce qu'on faisait avant, et que ça ne se finirait jamais parce qu'on ne se lasserait jamais, qu'on ne se fatiguerait pas. Que c'était naturel.
Je sens mes sourcils se froncer, et ma lèvre inférieure se courber en une grimace triste et amère, avant que je passe ma main sur le bas de mon visage.
Je n'ai même pas pu lui parler, je n'ai pas eu le courage de lui dire que c'était bien, que je ne l'oubliais pas, et que je ne l'avais pas oublié jusqu'à présent. Je n'ai pas eu envie, parce que je lui en voulais toujours. Je soupire, m'exaspérant moi-même. Non, c'est surtout que j'ai eu peur de retomber dans ce genre de choses, dans ce genre de relation. Dans sa relation.
Parce qu'au fond, je continue de me dire que ressentir ça pour quelqu'un du même sexe n'est pas bien. Et pourtant, je sais que j'ai franchi la limite. Mais ça me ronge. Je le renie, mais pourtant je replonge dès que mon corps me dit qu'il en a envie, et mon cerveau coopère instantanément. Et hier soir, j'ai pris conscience que ça me faisait toujours peur.
Alors je suis parti sans rien dire. Putain, quel lâche.
Et vous pouvez pas savoir à quel point la seule chose que je veux faire, c'est me cacher derrière mon livre de Métamorphoses et de ne jamais réapparaître aux yeux des autres gens. J'ai l'impression que tout le monde m'observe, comme s'ils savaient, au fond. Mais à chaque fois que je regarde autour de moi, je ne vois que des élèves travaillant et chahutant, avec le sourire. Et puis moi, qui suis dans mon coin, la tête et les yeux explosés, et qui veut juste pioncer tranquillement derrière un livre dressé devant lui, ouvert alors qu'il n'y en a même pas besoin pour ce cours. Tout est écrit sur le tableau. Mais j'ai même pas envie d'essayer de garder l'apparence de quelqu'un d'intelligent.
Rectification : je n'ai même plus envie d'essayer. Ah oui, parce qu'en plus, ça fait au moins vingt minutes que je galère à transformer ce foutu perroquet qui se tient sur ma table, en un sifflet ! J'ai envie de mettre mes mains dans ma gorge, et de faire sortir tous mes organes par ma bouche. Ouais, c'est dégueu je sais, mais j'ai vraiment plus conscience de tout ça. Cette semaine est une semaine nulle, autant le faire et s'en assurer jusqu'au bout.
Et puis franchement, cette métamorphose… De un : pourquoi un perroquet ? Il est moche en plus, et il a essayé de me cisailler l'index lorsque je l'ai approché et que j'ai tenté une petite présentation amicale. De deux : pourquoi un sifflet ? Pourquoi ? Quel est le rapport entre un maudit oiseau et un sifflet de mauvaise qualité ? Et puis de trois : pourquoi est-ce que cette cruche de Lavande Brown a réussi à transformer son bordel en seulement trois tentatives, alors que moi, j'en suis à ma millième tentative, j'en suis sûr ?
Mon cerveau est en train de gueuler « DUUUUUUUUUUH » depuis au moins dix minutes, et il va pas tarder à yodler bientôt, si ça continue.
C'est le monde à l'envers, j'arrive pas du tout à me concentrer, et je suis super crevé. Ma nuit d'insomnie a été trop courte, et j'ai pas eu le courage de sortir de la Salle Commune à part pour aller en cours. J'ai végété pendant plus d'une heure avant de me décider à me lever de la chaise de mon bureau pour venir à ce cours. J'ai même franchement hésité à venir, mais faut pas que je fasse capoter une autre année. J'ai rien mangé de la journée, et puis je suis d'humeur à rien, j'ai l'impression que ça fait des lustres que je suis pas sorti, il faut vite que je me barre d'ici, que je me change les idées. Faut que je le fasse un maximum pendant les vacances. (Pitié, Théodore, fais que tu aimes sortir autant qu'Alfred…)
J'ai vraiment juste envie d'arracher la tête de quiconque m'adressera la parole, et de leur jeter un Doloris bien senti. Ou alors un Sectumsempra, si c'est Potter qui vient rôder avec sa gueule de crétin fini. Comme ça, ça lui rappellera de bons souvenirs, à lui aussi.
Et par Merlin, ce sortilège de mes deux qui continue de pas marcher ! Je vais lancer ma baguette à l'autre bout de la classe d'ici peu, je le garantis ! J'ai pas signé pour ça, moi. Weasley et moi on est les seuls en galère maintenant, les autres ont tous réussi. Et par Salazar, ça me fait pas me sentir mieux, parce que Weasley est un déchet de la société Sorcière, alors je me sens en détresse d'être aussi nul que lui, aujourd'hui…
Oh et puis zut, j'abandonne, j'arrête, ça sert à rien. J'ai assez donné, je laisse le perroquet en plan au milieu de la table. Et voilà qu'il me regarde d'un air courroucé en plus. Ben qu'il le fasse, ça changera rien, je l'aime pas, ce truc, et puis je suis sûr qu'il est rempli de parasites qui refilent la gangrène. Alors il peut clairement aller se faire voir. Aujourd'hui, faut pas me chercher, voilà, c'est dit.
Je pose ma baguette sur la table, et m'affale lentement dans ma chaise, les bras croisés sur ma poitrine, les lèvres pincées. Je souffle bruyamment, et maudissant fermement les cours, l'école, les gens, et la société de consommation. Non, je déconne, quand même pas. J'ai trop vécu dans cette société, et avec trop d'aise pour la maudire. Même si maintenant j'en pâtis un peu.
Un « Eh bien tu vois, c'est pas si compliqué ! » résonne dans la pièce, titillant mon tympan droit, et me faisant tourner ma tête dans la direction. Super, voilà que ce pendard de rouquin a réussi, bravo. Et donc moi, je me retrouve comme un con, et je n'ai personne à côté de moi à qui je pourrais me plaindre. Oh pitié, dîtes-moi que c'est une blague. Pourquoi quelqu'un d'aussi gauche et idiot peut réussir avant moi ?
Je vois pas pourquoi je pourrais pas réussir. Je vois pas pourquoi ça ne marche pas. Ma baguette a peut-être un problème… ?
Je reprends ladite baguette, et je la regarde avec des yeux plissés. Elle a pas l'air d'avoir de défaut, et puis jusqu'à présent je n'ai pas eu de problème avec. Je la frotte un peu, mais elle ne parait pas abîmée. Je reste hésitant quelques secondes, puis, avec la force du désespoir, et aussi beaucoup, beaucoup de lassitude, je répète la formule écrite au tableau en marmonnant. Un petit sifflement se fait entendre, attirant mon regard vers la table, puis une détonation s'ensuit. Je dégage de ma chaise à toute vitesse, avant un sursaut, inquiet, et me demandant ce que j'ai encore fichu. Je me recule de quelques pas, la main crispée sur ma baguette. Dans un petit nuage de fumée quasi-transparente, je vois le perroquet s'allonger et grossir, en poussant une sorte de cri entre le sifflement et le croassement. Heu… Donc, heu, oui, un sifflet, c'était bien ça, non ?
Je fais une grimace, et porte ma main droite à ma nuque d'un air dépité. Apparemment j'ai encore foiré. L'animal – enfin, la chose – se décolore, et ses cris s'adoucissent, si l'on peut dire, pour se transformer en roucoulements étranges. C'est la meilleure, ça, qu'est-ce que c'est que cette connerie, j'ai créé un monstre, c'est ça ?!
Les autres gens se tournent vers moi, et s'attroupent autour de ma table, en chuchotant et me regardant avec étonnement, puis regardant la chose bizarre se développer sur la table. J'ai envie de disparaître, là.
Les murmures augmentent, et certaines filles s'exclament et pointent la table du doigt, avec des 'Oh', et des 'C'est pas vrai, regarde !' fascinés. Je regarde alors à nouveau la table, craignant d'y voir une horreur. Mais là, en regardant, je me fige. Le monde autour de moi se tait, et perd toute couleur, il s'arrête, il n'existe plus dans le présent.
C'est un oiseau familier. Un oiseau que j'ai déjà vu tant de fois, et je ne peux pas y croire. Il déplie ses ailes lentement, et bouge les longues plumes de sa queue brillante. Ses yeux noirs clignent rapidement, comme s'ils analysaient l'entourage, et puis il tourne sa tête vers moi, et je reste estomaqué, choqué. Un paon blanc, là, maintenant, sur la table, et il prend presque toute la place.
Okay, de quatre : pourquoi est-ce que je fais apparaître ce genre de choses, par Merlin ?!
Les paons que Père affectionnait tant, parmi lesquels il marchait lorsqu'il sortait au jardin. Et les paons que Mère observait toujours avec un air fasciné, en m'expliquant que c'était un beau symbole de richesse, et qu'ils étaient très importants pour Lucius. Qu'il ne fallait surtout pas que je les approche, parce que je pourrais leur faire du mal sans faire exprès, ou bien eux-mêmes pourraient m'attaquer sans raison spéciale. J'étais petit, alors je croyais tout ça, évidemment. Et mon cœur se serre, lorsque je revois le sourire de Narcissa.
Mon souffle se fait un peu plus difficile, et j'expire un peu trop longuement, j'ai l'impression que le son de mon souffle s'éternise et se répercute dans le silence de mes souvenirs soudains. C'est la journée de la réminiscence, c'est ça ? Je m'en passerais bien, merci beaucoup.
Je m'arrache à tout ça, le monde reprend sa vitesse normale, et les couleurs reviennent, les murmures aussi, ainsi que les petits gloussements des filles. L'oiseau pousse un cri, qui n'a plus rien à voir avec les roucoulements du début. Les élèves se taisent alors, et le paon pousse un autre cri.
Je me rapproche de la table sans vraiment m'en rendre compte.
On reste tous autour de la table, les gens se haussant sur la pointe des pieds pour voir le bel oiseau, ou bien se collant à moi en espérant avoir un peu de place dans le cercle. Et on reste tous là, en silence, à observer ce phénomène. La tête du paon bouge à gauche et à droite, regardant tout le monde. Je cligne des yeux, et déglutit. Je relève les yeux, et je regarde brièvement les gens attroupés, et je croise le regard de Granger, qui me regarde d'un air compréhensif. Quoi, parce qu'elle sait que y'avait des piafs comme ça chez moi, avant ?
Je la revois arriver dans le Manoir, l'an dernier, attachée, accompagnée des deux autres.
Tch.
Et ensuite, je croise le regard de Potter, qui me fixe d'un air étonné. Je regarde ailleurs, puis à nouveau vers lui, et il me lance un sourire narquois, auquel je réponds par un regard froid, avant de regarder encore l'oiseau, et de tendre une main distraite vers lui, pour lui caresser le plumage.
D'autres murmures, puis une autre main, et deux, et trois… Plusieurs personnes touchent l'oiseau, parfois juste pour voir s'il attaque, parfois pour le caresser aussi. Et je sais pas pourquoi, mais ça me fait bizarre, dans le ventre. Que quelque chose que j'ai… créé par inadvertance attire autant d'attention, et soit apprécié comme ça. J'y suis juste… pas du tout habitué.
Des petits claquements de talons se font ensuite entendre, secs et précipités, se répercutant dans le silence. McGonagall dit alors de sa voix autoritaire aux autres élèves de retourner s'assoir à leur place respective, et de se remettre à la tâche. Après que Weasley lui ait dit que ladite tâche était déjà finie, le professeur se retourne vers lui avec un air de dire 'Non, vraiment ?', ses yeux bleus remplis de lassitude regardant le roux comme s'il était infiniment stupide – ce qu'il est, on va pas le cacher. Puis, en insistant bien sur le 'C'est une chose certaine, Weasley' , elle dit qu'il faut retransformer le sifflet en perroquet, en utilisant une variation de la formule d'origine, que lui et les autres doivent essayer de trouver.
Weasley ronchonne, mais se tait vite en voyant le regard à présent dur de la femme, et en sentant Granger lui pincer le bras. Je suis réconforté. Au moins plus personne ne regarde dans ma direction, ou ne vient voir l'oiseau qui piétine à présent un morceau de parchemin griffonné, que j'avais laissé trainer sur la table. McGonagall s'approche de moi, et me dit : « Monsieur Malfoy, pour réussir correctement une métamorphose, il faut de la volonté, et beaucoup de concentration. » Sur ce dernier mot, elle insiste, en me regardant avec un air réprobateur.
Je veux lui répondre quelque chose, mais je ne peux clairement pas, parce que je sais qu'elle a raison. Ouch, un coup critique en plein dans mon égo !
Je regarde le paon, et soupire longuement, repoussant mes cheveux en arrière, de ma main. Et qu'est-ce que je suis supposé faire, maintenant ? Attendre la fin du cours sans rien faire ? Bon, déjà, me rassoir serait bien. Je suis encore le seul gars à être resté debout, sans rien faire, à regarder d'un air perdu tout autour de moi. Une fois assis, je recommence à gratouiller le paon, et à flatter ses plumes magnifiques et douces à souhait. Il s'allonge sur la table, et je souris faiblement.
Tu vois, Maman, je ne lui fais pas de mal, et il ne m'attaque pas. Est-ce que tu serais fière de moi, si tu me voyais ? … Sans doute que tu sourirais, et que tu poserais tes mains sur mes épaules, en regardant tout ça d'un air distrait.
Je soupire, un sourire triste étirant légèrement mes lèvres.
Toujours en caressant le paon, je jette un coup d'œil distrait aux autres élèves qui semblent avoir du mal avec la formule. Peut-être que je devrais essayer aussi… ?
Lavande Brown s'agite dans tous les sens, essayant de trouver quelque chose à dire pour la formule, avec frénésie. D'autres élèves écrivent des choses, et je suspecte beaucoup d'entre eux de juste dessiner des choses sur leur parchemin, en faisant semblant de se concentrer, en regardant le tableau de temps en temps, fronçant les sourcils, pour faire mine de réfléchir. Granger semble plongée dans des calculs interminables et compliqués, en se passant les mains dans les cheveux, les épaississant encore plus qu'ils le sont déjà. Elle fait des propositions de mots qu'elle écrit sur un morceau de parchemin, avant de les dire à ses deux autres amis, qui se réjouissent en trouvant d'autres mots et formules complètement fausses et sans queue ni tête. Je lève les yeux au ciel, et en oublie de caresser les plumes, alors ma main reste juste appuyée sur l'oiseau.
Je regarde à nouveau Granger, qui se mord la lèvre inférieure en écrivant furieusement sur le parchemin, avant de le raturer, et de parler d'une soi-disant 'calculmatrice'. A ce mot, Potter lève la tête de la table sur laquelle il avait appuyé son front, et soupire en confirmant qu'en effet, ce truc aurait été d'une utilité extrême. Je hausse un sourcil, ne comprenant pas du tout en quoi cet objet inconnu puisse être d'une quelconque utilité. Même si calculer la matrice semble être impressionnant… La fille passe ses mains dans ses cheveux à nouveau, avant de les attacher avec un élastique, et de se remettre à écrire, un peu plus lentement cette fois.
Je retire ma main des plumes de l'oiseau, et pose mon coude sur la table, appuyant mon menton sur ma main, un peu ennuyé. Je reste regarder pendant quelques minutes la table des trois ex-Gryffondor, voyant chacun d'entre eux jeter des esquisses de formules sur le sifflet, qui commence à avoir quelques plumes difformes un peu partout sur lui. Weasley enfoui sa tête dans ses bras repliés sur la table, tandis que Granger continue de calculer d'un air désespéré. Franchement, j'aurais été pareil, je déteste tout ce genre de choses. Le balafré regarde d'un air ennuyé son amie, puis Weasley, hésitant sans doute à faire comme lui. Puis il commence à regarder ce qu'il se passe sur les tables voisines, essayant de voir, comme en potion, si quelqu'un réussissait, ou s'ils étaient tous aussi paumés les uns que les autres. Il pose des questions à un peu tout le monde, et Granger le fait aussi. Ça alors, si même elle commence à faire ça, où va le monde ?
Puis, le binoclard bascule sa chaise, se balançant en regardant ses mains appuyées sur le rebord de sa table pendant quelques instants, avant de regarder dans ma direction, et je reste le regarder aussi, cette fois. Il regarde le paon blanc d'un air distrait, pendant quelques secondes, fronçant les sourcils. Puis il reporte son regard sur moi. Je fronce légèrement les sourcils à mon tour, et il rehausse un des siens. Je bouge un peu ma tête, de profil, tout en continuant à le regarder, d'un air défiant, ne comprenant pas du tout pourquoi il reste me regarder de cette manière. Puis je plisse les yeux, avant de regarder vite-fait à gauche et à droite, pour revenir au binoclard, qui continue de regarder dans ma direction d'un air indéchiffrable.
Une sueur froide commence à s'établir sur mon dos. Pourquoi est-ce qu'il continue de me fixer comme ça ? Est-ce qu'il pense à un nouveau moyen de m'humilier en public ?
Ses yeux me regardent de haut en bas, et je déglutis. Ça en devient gênant, vraiment. Je baisse mon bras sur lequel ma tête était appuyée, et le laisse tomber sur ma jambe, tout en continuant de fixer le brun, qui ne démord pas non plus. Ce n'est même pas un regard mesquin qu'il me lance, en plus. Plutôt un regard d'analyse, comme s'il essayait de voir quelque chose de particulier, truc du genre. C'est encore pire que si c'était mesquin, puisque ça veut dire qu'il se demande quelque chose, qu'il me suspecte de faire quelque chose.
Des dizaines de questions arrivent dans ma tête. Puis, une révélation se fraie un chemin jusque mon cerveau, et alors toute mon attention tourne autour de cette possibilité. C'est vrai que Potter parle à Sergueï, alors peut-être que ce dernier lui a dit quelque chose sur moi ? Ou pire, peut-être que maintenant Potter sait ce que j'ai fais avec le blond hier ? Et si c'était le cas ? Et s'il racontait ça à tout le monde ? Ma vie deviendrait vraiment un enfer. Tout le monde se moquerait de moi, et ils me détesteraient encore plus. Et comme je sais que pas mal de Sorciers continuent d'être vraiment cruel à l'égard des hommes qui… Enfin, vous voyez. Je soupire, je n'ai même pas envie de venir à bout de ma pensée.
Potter, je te jure que si tu fais ça, je te tue.
Je le regarde de haut en bas à mon tour, avec colère, ma mâchoire se contractant. Autant l'embarrasser aussi, je ne vois pas pourquoi c'est lui qui en aurait le privilège. Je reviens à son visage au moment où il passe sa langue sur ses lèvres, et j'ouvre grand les yeux, tandis que ma nuque est prise d'un petit frisson. Je romps le contact visuel, après un dernier regard assassin, et regarde la fenêtre à ma gauche, sentant mes joues se réchauffer.
En quoi une soirée avec Sergueï a pu chambouler mes hormones comme ça ? C'est l'énervement et la tension, ça. Et puis je suis fatigué aussi, alors je dois pas trop savoir… Enfin, ce que je veux dire, c'est que mon corps ne répond pas correctement, c'est tout. J'ai bien entendu Blaise me dire qu'un jour, il s'était tellement disputé avec sa copine, qu'il avait bandé, comme ça. Et qu'ensuite ils avaient vite oublié la dispute. Je vous laisse imaginer la suite, j'avoue que j'en ai pas trop envie, moi.
Je sais même pas pourquoi je pense à ça, vraiment. Parce que je suis bien loin de bander, là. Nan, j'ai plutôt envie de vomir.
Je me dégoûte, j'ai l'impression d'être redevenu le préadolescent bourré de désirs réprimé, influencé par les Sorcières et Sorciers affichés sans gêne dans les magasines que certains élèves emmenaient avec eux à l'école.
Je tente de penser à autre chose, en reportant mon regard au paon, qui a l'air de s'être endormi. D'un œil probablement, mais tout de même. Qu'est-ce que je vais faire de ça, moi ? Le laisser là ? Je sais pas comment m'occuper de ça, je peux pas m'occuper de ça, un paon demande trop de soins, d'espace,… Trop de choses. Et croyez-moi, après avoir vécu avec ces oiseaux pendant plus de dix-sept ans, j'en sais beaucoup.
Je passe le reste de l'heure à caresser son dos, et à rêvasser tranquillement, en soupirant de temps en temps. Parce qu'après tout, qui a dit que je n'aimais pas passer du temps à réfléchir calmement ?
Une fois l'heure finie, je range mon livre de cours dans mon sac, et saisit ce dernier à vitesse grand V, avant de me précipiter aussi vite que l'éclair vers la sortie. C'est affreux, il me faut vraiment un truc pour le mal de crâne. Go, Pomfrey, go !
Je m'arrête au milieu d'un pas lorsque j'entends McGonagall me héler, et me dire de rester dans la salle. Je me retourne, attend que les autres élèves sortent, et regarde Potter passer, avec un air suspicieux qu'il me rend également. Puis, je regarde la prof', avec agacement.
« Vous avez, il me semble, oublié quelque chose. », elle dit, en me montrant ma table de sa baguette.
Mon regard va de ma table à McGonagall. Ne me dîtes pas que… « Ce n'est pas sérieux, ce que vous insinuez ? », je demande. « Je ne vais pas le récupérer ! »
« Je ne récupère que les sifflets, ou les perroquets – même s'il n'y en a plus un seul à présent. », elle me rétorque. « Nulle part dans mon cours je n'ai fais allusion à un quelconque autre oiseau. Encore moins un paon blanc. »
Je fronce les sourcils, ne comprenant pas bien. « Excusez-moi, Professeur, peut-être ai-je mal entendu… Vous voulez me dire que je dois garder cet oiseau ? Il est pourtant interdit, d'après le règlement, de posséder autre chose qu'un hibou, une chouette, un chat ou un crapaud. », je dis, en levant le menton.
« Je sais d'où vous est venue cette idée d'animal, Monsieur Malfoy. », la femme me dit, ignorant ma précédente réplique, et me montrant le paon du menton, le regard rempli d'empathie. Pitié, j'ai pas besoin de ça, maintenant. Tout sauf la gentillesse et l'empathie, la pitié.
« Je n'ai pas eu d'idée pour ça. Je l'ai fait sans penser. », je dis d'un ton aigre, en regardant la professeur avec un ennui que je ne camouffle pas. « Ça n'a rien à voir avec moi. »
McGonagall sourit d'un air énigmatique, comme si quelque part, j'avais donné une bonne réponse. Elle retourne à son bureau, avec ses éternels claquements de talons, s'assoit sur une chaise, et m'observe. Je reste immobile. Ça veut dire que je peux y aller ? Ou que je dois faire autre chose, comme… prendre illégalement l'oiseau et m'en occuper alors que je n'ai aucune idée de comment le faire ?
« Je peux encore essayer de le transformer en sifflet, et comme ça vous pourrez le garder. », je dis, en regardant la femme d'un air insolent. Y'a pas moyen que je le prenne avec moi, cet animal. La vieille femme me fait un geste de main, comme pour me dire de le faire. « Comme ça, je ne serais pas obligé de le garder, et de porter ce fardeau. », je continue, toujours insolemment. McGonagall m'observe toujours attentivement.
Je sors ma baguette de la poche de ma robe d'un air vexé, relis la formule écrite sur le tableau pour bien m'en imprégner, avant de diriger la baguette vers l'oiseau, et de jeter le sort. Je reste silencieux, et de marbre, jusqu'à ce que je me rende compte que le sortilège n'a pas marché. Oh non, par tous les Saints, pas encore ça – tout à l'heure m'a assez suffit, avec ces bêtises. Je retente de lancer le sort, avec plus de conviction dans la voix, et une meilleure posture, en vain. Pas de résultat. Juste un paon qui s'ébroue. Si je fais comme tout à l'heure, si je ne pense à rien, ça peut marcher. Mais comment ne penser à rien, maintenant ?
Je soupire d'un air las. « Bon, eh bien, apparemment, je n'ai pas de volonté. Ni de concentration, tant qu'à faire. », je marmonne. Le paon me regarde d'un air curieux, en bougeant la tête. Je tourne mon visage vers la prof. « Et comment je suis sensé m'en occuper, de cet oiseau ? Non, vraiment, je me le demande sincèrement. Ça vit dehors, ces oiseaux-là. Et ça ne mange pas n'importe quoi, non plus. Et puis en plus, c'est précieux, ça ne se laisse pas faire facilement. Vraiment, c'est pas dans mes cordes, désolé, mais je ne peux pas m'en occuper. »
Je détourne le regard, et tourne les talons, avant de me diriger vers la sortie de la salle, comme était mon intention première.
(…)
Je marche précipitamment, et je marmonne un « Non, mais c'est pas vrai… » rageur. Ça fait presque vingt minutes que je trimbale l'oiseau dans toute l'école, dans mes bras en plus, après que cette vieille chouette de McGonagall m'ait menacé de me coller pendant toute une partie des vacances. Tous les élèves et les professeurs avaient leurs yeux rivés sur moi, et j'avais honte, mon dieu. Certaines personnes marmonnaient entre elles, d'autres riaient d'un air goguenard, et quelques filles gloussaient en me regardant, chuchotant des paroles idiotes de gamines pré-pubères. Si encore elles avaient été jolies…
Enfin, je sais qu'en fait, c'était en majorité le paon qu'ils regardaient tous. Mais tout de même, quelle humiliation ! Je suis Draco Malfoy, bon sang ! On ne se moque pas de moi d'une telle manière !
Et me voilà, maintenant, allant vers la cabane de ce garde-chasse minable, cet illuminé d'Hagrid. Enfin, y'a pas vraiment d'autre solution. Je ne peux quand même pas mettre un paon qui n'a même pas atteint sa taille adulte dans ma chambre. Je ne vais pas courir le risque qu'il salisse toutes mes affaires, et qu'il laisse des plumes partout, ou encore qu'il beugle toute la journée. Ou pire, en pleine nuit ! Et je sais de quoi je parle.
Et puis il aurait été malheureux, là, enfermé. Alors le garde-chasse, c'est la dernière – et seule – solution.
Le paon se met à gigoter, bougeant ses pattes dans tous les sens, ainsi que ses longues plumes. Oh, quel enfer, heureusement que je suis presque arrivé, il ne manquerait plus qu'il se mette à me griffer ou à me picorer… Mais, il est quand même assez mignon. Je souris.
Je ne veux quand même pas que ce lourdaud de demi-géant lui fasse du mal. Il serait capable de lui donner de vulgaires granulés, ou encore de l'écraser sans faire exprès parce qu'il ne le verrait pas. Il manquerait plus que ça… Je ne sais pas quoi faire, est-ce que je suis supposé venir le voir tous les jours, ou bien lui… tenir compagnie, quelque chose du genre ? Parce que je vois vraiment pas ce que je pourrais faire. Peut-être que je peux juste le laisser et l'oublier.
J'espère que je ne suis pas obligé de le prendre avec moi pendant les vacances, parce que ça serait impossible. Je pourrais peut-être le déposer chez Alfred, puisque sa maison est assez grande, et puis… Ha non, j'oublie ça tout de suite. Le pauvre mec ne sait même pas comment s'occuper d'un oiseau sur une 'console', alors un vrai oiseau est largement hors de sa portée.
Je soupire, et j'imagine que le souffle a du secouer les plumes sur la tête du paon, parce qu'il retourne sa tête vers moi, et picore mon menton. Je fais une grimace, et lève les yeux au ciel, désespéré. Oh, par Merlin, dans quelle situation je me suis encore fourré ?
Il est 19h28, montre en main, lorsque je sors de l'infirmerie. Depuis ce matin, je me suis trainé une migraine, j'ai souffert le martyre, j'ai du passer une heure à expliquer à ce retardé d'Hagrid pourquoi j'avais un paon dans mes bras, et pourquoi je l'amenais chez lui, et qu'est-ce que je récolte, quelle est ma récompense ? Des tonnes de réprimandes avec Pomfrey.
« Vous auriez dû venir avant, et vous n'auriez pas aussi mal au crâne. Qu'est-ce que je vais faire de vous ? Vous avez encore eu un souci au niveau des battements de cœur, et vous n'avez pas jugé nécessaire de venir m'en parler, bien sûr ! Donnez-moi votre bras, je vais vous faire une prise de sang. Pas de discussion, donnez-moi votre bras tout de suite, ne faites pas l'enfant ! Vous avez l'air très fatigué, vous voulez tant rater vos examens à la fin de l'année, en étant aussi peu reposé ? Mon dieu, vous ressemblez à un zombie, comme ça, vous avez vu vos yeux ? Tenez, buvez-ça, ça va vous requinquer un peu ! … Vous êtes dans un état déplorable, mon garçon, prenez ça, et mangez. », et blah, blah, blah… J'ai encore plus mal à la tête en sortant de là qu'en y entrant.
Et maintenant, je n'ai pas vraiment envie de faire grand-chose. Je ferai mes devoirs plus tard, ou bien je ne les ferai pas, je ne sais pas, y'a toujours un moment ou un moyen pour ça. J'ai eu le temps d'aller voir Godefroy, de lui donner à manger, et de rester le caresser et jouer avec lui un peu, je pense que ça m'a fait un peu de bien, et ça faisait plusieurs jours que je n'avais pas joué avec lui, alors ça a dû l'amuser aussi. Je n'ai toujours pas écris ma lettre pour Théodore, ni celle pour Pansy – n'en parlons pas, j'ai l'impression de ne pas avoir de temps du tout, et pourtant me voilà, errant dans les couloirs, à ne rien faire de spécial ou d'intéressant.
J'ai perdu la foi, pour aujourd'hui. Peut-être que demain, ça ira mieux.
Il va falloir que j'aille faire quelques emplettes pour les vacances. Je ne vais pas arriver chez Théodore habillé comme un sac… Même si je n'ai plus vraiment l'argent pour m'offrir le genre de tenues que j'avais avant. Enfin, j'en ai toujours dans mon coffre à Gringotts, mais je sais bien que si j'y vais, je vais me faire tuer sur place. Alors c'est comme si j'en avais pas. Mais j'imagine que je peux toujours m'acheter une robe. Et si je ne peux pas, alors je ramènerai des choses. Je ne sais pas vraiment quoi, peut-être un truc de remerciement, parce que son père est quand même très indulgent et très sympa pour me laisser venir chez lui et son fils, alors que je ne suis pas vraiment quelqu'un de… fréquentable ? Enfin, je veux dire, pour son fils. Je pense qu'il se fiche un peu de ça le concernant, parce qu'il doit être beaucoup plus puissant niveau magie, et qu'il était ami avec mon père, alors il n'a aucune raison d'en avoir après moi, mais… Enfin, vous voyez ce que je veux dire. Je vais lui trouver un truc pour le remercier, et puis je trouverai quelque chose pour remercier Théodore aussi. Je ne sais pas vraiment ce qu'il aime, il va falloir que je devine. Enfin, il m'a dit dans une lettre qu'il trouvait les Boursouflets mignons et drôles, mais peut-être qu'il en a déjà un. Et je ne sais pas si je serai bien accueilli dans la boutique des jumeaux Weasley. Surtout parce que… y'a plus de jumeaux, au sens propre du terme. Et qu'en tant qu'ex-Mangemort, c'est pas vraiment le top d'aller là-bas.
Et puis, peut-être que Théodore aime les cadeaux un peu plus originaux ? Peut-être qu'il aimerait avoir une amulette, ou alors une potion rare, peut-être un joli bijou ? Peut-être une bague… Non. Ça fait un peu trop mari et femme, ça, on est d'accord ? Un peu trop romantique, surtout lorsqu'on considère le fait que je ne l'ai 'jamais' vu, et que je ne sais pas comment ça va se passer exactement. Et puis surtout, il n'y a rien de romantique dans notre relation.
Aheeeem. Changeons de sujet.
Je continue de marcher dans les couloirs, en me faisant une petite liste mentale de ce qu'il faudrait que j'achète pour les vacances d'Halloween, lorsque je repère quelqu'un planté à l'entrée de la tour de Serdaigle. Eh bien, je suis vraiment allé loin, là. Je suis complètement à l'opposé de là où je voulais aller, je devrais vraiment faire plus attention. Un jour je me retrouverai dans la Chambre des Secrets sans même savoir comment j'y suis entré, et sans savoir comment en sortir non plus. Weasley et Granger ont réussi à y aller l'an dernier, d'après ce que j'ai compris. A en sortir aussi, du coup.
Je suis d'humeur à beaucoup réfléchir aujourd'hui, dîtes-donc… Je roule des yeux. Fatigué. 'Veux dormir.
Vu que j'ai continué à marcher, je me rends compte que le paumé attendant à l'entrée de la tour n'est autre que Saint Potter. Ah, maintenant est un bon moment pour lui demander ce que voulaient dire tous ces regards bizarres qu'il me lançait en cours de Métamorphoses. Au moins, là, il n'est pas accompagné, alors il n'aura pas vraiment d'excuse pour s'en aller, surtout s'il est supposé attendre quelque chose, ou quelqu'un. Mais franchement, qui irait à un rendez-vous avec Potter ? Même sous drogue, personne. Même sous menace de mort, personne. Ah, mais je ne peux pas vraiment juger. J'ai fais pas mal de choses en étant sous menace de mort, comme monter sur un fichu balais avec lui pour éviter de mourir brûlé vif. Mais y'avait circonstances atténuantes, alors ça ne veut rien dire. Si j'avais pu, je ne l'aurais pas fais, hein.
Tout ça pour dire que personne de sensé ne sortirait avec Potter. A part la cruche de Ginevra Weasley, bien sûr.
C'est donc avec résolution que je me dirige vers le brun, prêt à le bombarder de questions, de menaces, et surtout, prêt à me moquer de lui parce qu'il ne peut tout simplement pas s'empêcher de me regarder tellement je suis quelqu'un d'étincelant. Ouais, c'est vrai.
Il a dû entendre mes pas, puisqu'il tourne sa tête vers moi, et alors je ralentis un peu mon rythme. Est-ce que c'est vraiment Potter ? Tout d'un coup, je ne suis plus trop sûr. On est d'accord que d'habitude, ce mec porte des lunettes affreuses ? Ouais ? Bon, au moins je sais que ça c'est vrai. Alors pourquoi est-ce qu'il ne les porte pas ? Et puis, je sais pas pourquoi, mais d'un coup, comme ça, j'ai l'impression qu'il y a une odeur bizarre. Un truc sucré, un truc qui sent les fruits, un truc… je sais pas, mais y'a un truc. Il n'y a pas été de main morte, avec ses lotions, ou ses produits de beauté, ou que sais-je. Parce que plus je m'approche, plus je sens cette odeur, et plus ça me parait épais et palpable. Il s'est renversé une bouteille de parfum dessus, et il n'a pas réussi à enlever tout, peut-être.
Ugh, c'en est presque… trop. Ce n'est pas dérangeant, mais du coup je ne sens que ça, et je ne sais pas si c'est normal. Et puis Potter reste me regarder d'un air un peu fermé, et depuis quand est-ce qu'il arrive à voir quelque chose sans ses lunettes dégueues ? Ses yeux paraissent moins grands, ils paraissent un peu mieux proportionnés, j'ai l'impression… Le mot clef étant impression, parce que pourquoi est-ce que quelque chose serait bien proportionné chez lui ? Non, c'est juste qu'il fait moins niais.
Lorsque je suis juste à quelques mètres, je sens mon ventre se contracter, et l'odeur sucrée devient de plus en plus insupportable, mais bizarrement ce n'est pas dans le mauvais sens du terme.
« Oh, hey, Malfoy. », me dit Potter, en se tournant entièrement face à moi, me faisant m'arrêter. Je le regarde avec un peu d'étonnement. Depuis quand est-ce qu'il engage la conversation aussi… nonchalamment ? Suspicieux.
« … Potter. », je réponds simplement. Maintenant, c'est le moment pour lui faire passer un mauvais moment.
« Comment va le paon ? », il demande, me coupant l'herbe sous le pied. « Tu as dû l'emmener chez Hagrid, c'est ça ? » Les nouvelles vont vite. En voyant que je ne réponds pas, il continue : « Heu, dis-moi, tu n'aurais pas vu Sergueï dans le coin ? »
Non, je n'ai pas… Mais, qu'est-ce que… Est-ce qu'il attend Sergueï, là ? Comment ça se fait ? Il prévoit de le voir ce soir ?
« Riakov est à Serpentard. », je dis froidement, sentant une grande colère m'envahir. « Là, tu es devant la tour de Serdaigle. Tu vois ce que je veux dire, ou c'est encore trop te demander que de comprendre ?»
Potter reste me regarder, et observe mon visage, ignorant ma dernière phrase. « Je le sais bien, ça, qu'il est à Serpentard. C'est juste que là, j'attends Luna. On sort, ce soir. Alors, je pensais inviter Sergueï pour qu'il vienne avec moi. Enfin, je lui ai demandé, et il a accepté, mais il n'est toujours pas là, et on est censés partir à 19h30. Du coup, je me disais que tu savais peut-être où il était. »
Je serre la mâchoire. Je vais pas y aller par quatre chemins. Je suis jaloux. Hier soir, Sergueï m'a clairement fait comprendre que je comptais toujours pour lui, et qu'il était toujours… amoureux de moi ? Enfin, si on peut dire ça. Et maintenant, Potter l'invite à sortir ? Et, surtout, Sergueï accepte l'invitation ? Est-ce que Sergueï flirte avec lui ? Est-ce que ça veut dire que tout ce qu'il m'a dit hier c'était faux ? Est-ce que, est-ce que…
« Est-ce que vous sortez ensemble ? », je demande sans que j'aie le temps de m'interrompre. C'est pas mes affaires, après tout, je ne suis pas avec Sergueï, notre relation est finie, il n'y a plus rien, alors je ne devrais pas m'énerver. Mais c'est plus fort que moi.
Potter me regarde avec de grands yeux. « Non, je ne sors pas avec Luna… Elle est gentille et tout, mais c'est pas mon genre de fille. Et puis si je sortais avec elle, je n'aurais pas demandé à Sergueï s'il voulait nous accompagner. Et de toute manière, quand je dis sortir, c'est juste se poser dans un bar. »
Je reste un moment sans voix, puis je me reprends.
« Je ne sais pas où est Sergueï, navré. », je lui dis simplement, le cerveau à moitié déconnecté. Je n'ai même pas envie de savoir pourquoi Potter préfère demander à Sergueï plutôt qu'à Weasley ou Granger. J'ai même pas envie de savoir si Sergueï compte jouer les jolis-cœur avec Potter, et j'en ai clairement rien à faire de ce qu'ils prévoient de faire, ni de leur relation à tous les deux, et tant mieux pour Sergueï s'il se trouve quelqu'un d'autre.
Je ne vais pas le tuer pour si peu, j'en suis pas à ça près. Non, je vais juste penser à autre chose.
Bon, au moins, le balafré n'a pas du tout cru que je parlais du blond, en lui demandant s'ils sortaient ensemble. C'est tant mieux. Je ne veux pas non plus que ça attire des ennuis à Sergueï, si le brun venait à se poser des questions.
Comment j'ai pu même m'imaginer que Potter voyait en Riakov un possible intérêt romantique – ou sexuel ? Rien que d'imaginer Potter avec un autre garçon me donne la nausée. Ce mec, c'est l'archétype du jeune premier hétéro, qui tombe amoureux de n'importe quelle fille bien roulée. Y'a qu'à voir Cho Chang : c'était clairement une fille sexy. Qui se serait bien passée de la case 'bisou-câlin', si vous voyez ce que je veux dire.
« Okay. », Potter répond, après quelques temps de silence.
Il me regarde encore, et je le regarde aussi, d'un air peu commode, puis les secondes passent, et il ne dit rien, il continue de me fixer. Et c'est exactement comme pendant le cours.
« Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? », je demande, ressentant le même malaise que ce matin.
« Comment ? », il demande à son tour, en continuant de me regarder droit dans les yeux.
« Je ne sais pas. Juste… Comme… ça ? Je sais pas comment. Mais tu me regardes. Pas normalement. », je tente de dire, ne trouvant pas vraiment de mot.
Potter hausse les sourcils, et reste regarder mes yeux, avant de me regarder à nouveau de haut en bas, puis de revenir jusque mon visage.
« Non, parce que tu as fais exactement la même chose pendant le cours de Métamorphoses, alors je me demande ce que tu veux, et pourquoi tu me regardais d'un air… bizarre, à ce moment-là. Tu ferais mieux d'arrêter, d'ailleurs, parce que ça ne me plait pas du tout, que tu me reluques comme ça. Je sais que je suis beau, mais y'a des limites. », je reprends, reprenant un peu de contenance.
Oh mon dieu, et cette odeur obnubilante de sucre et de fruit, et de je ne sais quoi qui fait picoter mes muscles, qui n'aide pas, et qui empire même la situation, puisque je trouve qu'il fait de plus en plus lourd, ici. Mes épaules sous tension retombent peu à peu, et le silence s'étire, et je ne sais pas du tout quoi faire. Parce que détourner le regard serait comme si je perdais une sorte de compétition, comme si j'abandonnais. Et il est hors de question que je perde un duel de regards.
« Qu'est-ce que tu racontes, encore ? », grogne Potter, apparemment très vexé. « T'es vraiment qu'un petit con, toi ! Et dire qu'Hermione me disait que tu avais changé, eh bien apparemment non ! Toujours aussi narcissique et insupportable ! » Il fronce les sourcils, et serre les poings. « Et puis j'te ferais dire que c'est toi qui a commencé, tu restais fixer notre table. Ce n'est pas vraiment normal non plus, alors. Si ça te plaisait pas, t'avais qu'à regarder ailleurs dès le début ! Mais de toute manière, tu adores être le centre de l'attention, alors je vois pas pourquoi ça te dérange. », le brun répond.
Il est obligé de lever la tête parce qu'il est plus petit que moi, c'est assez drôle, ça me donne l'impression de mener le dialogue, et de le dominer, d'exercer une pression et une force sur lui. Mais ce qu'il dit m'insupporte, alors je me redresse de tout mon long, et le regarde de haut, le visage impassible.
« Je te regardais parce que tu me regardais. Tu penses quand même pas que je vais perdre à un duel de regard ? Que je vais me défiler comme ça, surtout face à toi, Saint-Potter.», je dis d'un ton venimeux.
« Nan mais dîtes-moi que c'est une blague... », il marmonne, en levant les yeux au ciel. « Tu sais quoi, j'ai même pas envie de discuter avec toi, sale fouine. Dégage de là, je vois même pas pourquoi tu restes ici. »
Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je suis partagé entre une brusque envie de sourire, ou bien de vociférer des insultes en plein dans sa face. Tout simplement parce que la manière dont il parle m'énerve au plus haut point, mais je sais que s'il se met à me parler comme ça, c'est parce que j'ai également réussi à l'agacer, et ça, ça n'a pas de prix, parce que c'est mon loisir préféré, concernant cet imbécile. On change pas les bonnes habitudes. Je fais un pas en avant, histoire de le faire encore plus lever sa tête pour continuer de me regarder.
« Cet endroit n'est pas réservé sous ton nom, le balafré. J'ai le droit de me balader où bon me semble, et ces couloirs sont autant à moi qu'aux autres. Si ce n'est plus. », je dis lentement.
Potter me regarde avec les yeux plissés, et une grimace de mécontentement, à laquelle je souris d'un air goguenard. Il s'approche aussi à son tour, et nous sommes à même pas un mètre l'un de l'autre, la distance idéale pour vraiment montrer à quel point il a envie de me faire ravaler mon attitude.
« Je connais ces couloirs bien mieux que toi, espèce de trouillard. »
Touché.
« Simple hasard. », je dis simplement, mettant mes mains dans les poches de mon pantalon.
Je ne sais pas combien de temps on est resté silencieux, après ça. Et je ne peux en revanche même pas estimer le nombre de fois ou j'aurais voulu m'en aller, ou regarder ailleurs, parce que regarder quelqu'un dans les yeux pendant autant de temps, ce n'est pas normal. Si ça avait été un regard de colère ou de mépris pendant tout ce temps, passe encore. Mais là, ça a radicalement changé. De la colère à l'agacement, puis à l'étonnement, puis à un regard normal. Et un regard normal, ce n'est pas un bon signe.
Je sais pas non plus pourquoi je suis resté, parce que c'est vrai que j'aurais pu me casser, étant donné que la discussion semblait définitivement close. Question d'honneur. C'est à lui de s'en aller, ou à moi. Et je n'ai aucune envie de m'en aller, et d'avouer ma défaite. Pas juste après qu'il m'ait traité de trouillard – ce que je ne suis pas. Essayez de servir Voldemort, et vous verrez à quel point ça vous met à l'épreuve. Enfin, si jamais il ressuscite.
J'ai la tête qui tourne. Je crois que l'odeur m'est complètement montée à la tête. J'ai l'impression d'être complètement relaxé, en quelque sorte, mais en même temps très éveillé. Je suis obligé de déboutonner un peu ma chemise, rien que pour essayer d'avoir moins chaud. Potter, en voyant ça, m'adresse un regard bien étonné, ne comprenant apparemment pas pourquoi je me dessape comme ça.
« Je crève de chaud. Tu trouves pas que la température est super élevée, ici ? Les elfes ne doivent pas savoir réguler ça. », je dis simplement.
« Je trouve la température normale. Il fait même un peu… frais. », le brun me dit, avec un air d'incrédulité totale. « Tu comptes toujours pas te tirer d'ici, maintenant ? Parce que ta présence me rend mal à l'aise. Un peu comme un poids très désagréable à porter. Surtout quand tu joues l'exhibitionniste, comme ça. »
Je sens mes joues chauffer, je déteste ça. J'espère que je ne suis pas en train de rougir sans raison. Je dois être détraqué, physiquement parlant. Peut-être que je suis malade, tout simplement ? Pourquoi il fait chaud ?
« Tu crois quand même pas que je vais m'enfuir juste parce que tu me le demandes ? Réfléchis cinq minutes. », je dis en levant le menton.
« Bien sûr. Tu peux pas accepter d'être mis à genoux. Et pourtant tu l'as été assez de fois pour t'y habituer, nan ? », le brun crache.
La rage commence à affluer en moi tout d'un coup, me faisant serrer la mâchoire à l'extrême, et écarquiller les yeux. Après avoir lancé un 'Espèce de sale petit connard !' haineux, je m'apprête à sortir ma baguette.
Tout à coup, on entend une petite voix résonner juste à côté de nous : « Hé, calmez-vous, vous faîtes beaucoup de bruit. Ça risque d'attirer les professeurs, vous ne pensez pas ? Je vous ai laissé jouer entre vous jusqu'à présent parce que ça avait l'air intéressant, mais maintenant c'est un peu moins drôle, parce que vous vous dîtes tellement de méchancetés que c'est blessant même pour les spectateurs. »
Je tourne mon visage vers ma droite précipitamment, pour voir Luna Lovegood appuyée contre un mur, un petit sourire aux lèvres. Non, elle peut pas être arrivée comme ça, sans qu'on s'en aperçoive… Je me sens rougir, mais alors vraiment cette fois. Tout ça parce que Potter a commencé un stupide duel de regards, et qu'il s'est mis à faire sa garce ! Je regarde d'ailleurs le brun, qui a l'air aussi choqué que moi, et qui dit que la fille aurait quand même pu nous dire qu'elle était arrivée, et ce, au moment où elle arrivait. La blonde hausse juste les épaules, et je la regarde d'un air blasé. J'aurais jamais cru qu'elle était aussi discrète. J'aurais jamais cru que j'étais aussi peu attentif, aussi.
La Serdaigle est habillé avec une robe en laine bleue lui arrivant aux genoux, avec des collants roses, et des bottes à pompons blanches. Toujours fidèle à son look bizarre, en tout cas. Elle tient sa robe de l'école dans sa main, et l'enfile. « Il fait froid dehors, il vaut mieux s'habiller chaudement, si vous voulez mon avis. Si vous connaissez des gens avec des crapauds, dîtes-leur de ne pas les manger à Halloween. »
Je reste regarder la fille, incrédule. Elle est tellement perchée, elle ne doit pas très bien voir le sol de là-haut. Elle me regarde, et me sourit. « Chouette, tu as décidé de venir avec nous, Draco. »
Décidé de quoi ? D'aller où ? Avec qui ? Non, je n'ai jamais voulu ça, je n'ai jamais dis que je voulais faire un truc pareil, et puis surtout, pourquoi est-ce que je voudrais y aller avec eux ? Je sais que tout à l'heure je me plaignais de pas sortir, mais c'est pas pour autant que je veux bien sortir avec eux ! … Surtout qu'à la base, c'est Sergueï qui devrait être là, et pas moi. Non, franchement, c'est une mauvaise idée.
« Non, pas du tout. Je me promenais et je suis tombé sur cet imbécile de Potter, qui m'a retenu avec ses insultes à la con. »
« Ta gueule, Malfoy… », soupire le brun d'un ton las.
« Pourquoi est-ce que ta chemise est ouverte ? », me demande à nouveau la blonde.
« Tout simplement, », je commence. « Parce que j'ai chaud. J'imagine que je suis un peu malade, je dois avoir de la fièvre peut-être. Ça ne te regarde pas, en tout cas»
« Beaucoup de gens ont chaud lorsqu'ils sont sexuellement excités. Mais la fièvre ce n'est pas ça, hein ? A part si c'est un autre type de fièvre. », Luna dit avec un sourire innocent sur ses lèvres.
J'écarquille les yeux, et je reste fixer Lovegood d'un air choqué, la bouche légèrement ouverte. Bordel, cette fille est vraiment un phénomène ! Elle continue de sourire, puis je dirige mon regard vers le plafond du couloir, histoire d'enlever un peu de gêne et de malaise dans le court silence qui suit. Puis la fille commence à marcher et à s'éloigner en nous disant de la suivre.
Faut vraiment que je dégage de là, et vite.
Potter me regarde, je le vois du coin de l'œil, et je le regarde aussi, brièvement, avant que Luna nous dise de nous dépêcher. Je m'apprête à lui redire que je ne viens pas, qu'il n'en est pas question, qu'il n'a jamais été question de ça, lorsqu'elle me coupe l'herbe sous le pied, en nous disant de la suivre de près, parce que ce n'est pas très facile. Qu'est-ce qui n'est pas facile ? Je n'en ai aucune idée, mais ça ne me dit rien qui vaille. Surtout quand on voit que c'est Lovegood qui dit ça. Ça veut dire que c'est encore pire que ce qu'on peut s'imaginer. Je soupire, et la fille commence à s'élancer dans le couloir d'où je viens, d'une démarche guillerette, tandis que Potter la suit, et discute avec elle. Je ne sais pas vraiment ce que je dois faire, alors je tourne les talons, et je commence à m'en aller parce que, hé ! il faudrait que je sois fou pour suivre ces deux-là. J'arrive dans un autre couloir, et reprend une marche tranquille. Lorsque je m'apprête à tourner encore dans un nouveau couloir, je m'arrête immédiatement, et sent mon cœur battre avec un rythme démoniaque. Je me retourne précipitamment, vers le couloir d'où je viens, dans l'espoir de pouvoir dégager le plus vite possible, avant d'être remarqué.
« Draco ? C'est toi ? », demande une voix étonnée.
Trop tard. Connerie.
Je continue de marcher, comme si je n'avais pas entendu, mais Sergueï trottine pour me rattraper, et se met à mes côtés, en attrapant mon épaule. Je le regarde, et il me regarde aussi, avant de sourire, et de se mettre face à moi, en marchant à reculons.
« Je ne t'ai pas vu de la journée… », il dit d'une voix inquiète. « Est-ce que ça va ? Je suis désolé que tu ne sois pas bien, je sais que c'est de ma faute, je… »
Je m'arrête. Non, il ne comprend rien du tout. Je le regarde dans les yeux, et prend une profonde inspiration. Il pose son autre main sur mon autre épaule, un peu trop près de mon cou, et ça me fait frissonner. Je lève la main pour la porter à la sienne, pour l'enlever de ma peau, mais je n'y arrive pas. Alors ma main reste juste là, par-dessus la sienne, quelques secondes, avant que je la ramène contre mon corps, raidissant mes bras.
« C'est pas de ta faute. », je dis, en baissant la tête, avant de regarder le blond à nouveau. « C'est de la faute à personne. C'est juste comme ça. Tu n'as pas à être désolé. J'arrive juste pas à assumer le contrecoup, alors je devrais être désolé pour moi, et je le suis. »
Les mains de Sergueï serrent un peu mes épaules, avant de s'en aller, me laissant avec une sensation de manque, et de froid.
« Tu viens ici pour aller avec Potter et Lovegood, c'est ça ? », je demande, pour changer le sujet. Mais mon ton est amer. « Ils doivent sans doute t'attendre, tu devrais y aller. Je crois que Potter a essayé de te chercher tout à l'heure. Il m'a demandé si je savais où tu étais. »
Sergueï me regarde, avec un petit sourire. « Oh, c'est vrai ? C'est gentil de sa part» Il soupire un peu. « Eh bien je suis là. Mais je ne sais plus vraiment si je veux aller avec eux… Tu as disparu pendant toute la journée, alors je me dis qu'on pourrait et qu'on devrait sans doute discuter de ce qu'il s'est passé hier, parce que… »
Je l'interromps : « Non, non, ça va, c'est OK. Je ne veux juste pas parler de ça… ce soir. Tu devrais y aller, vraiment, ne va pas te priver de t'amuser juste parce que je suis là.» Je ris légèrement, surtout pour prétendre que ma réplique était une blague « Tu devrais être content d'y aller, Lovegood est plutôt sympa. Tu t'amuseras, j'en suis sûr. Alors vas-y. S'il te plaît. J'ai pas envie de discuter de tout ça, pas maintenant, pas aujourd'hui. Là, je suis fatigué, j'ai juste envie d'aller dormir. »
C'est vrai. Sinon, pourquoi mes yeux me picoteraient ? Je déglutis.
Je sursaute quand je sens les mains de Sergueï sur mon torse, et je baisse les yeux, pour voir qu'il reboutonne ma chemise, tout simplement, en me glissant un 'Tu vas avoir froid, comme ça.' Je reste le regarder, ébahi, et il prend aussi le col de ma robe ma robe, qui était également défait.
« Je sais m'habiller tout seul, tu sais. », je dis d'un ton faible.
Sergueï pouffe doucement, et reboutonne quand même le col haut, alors je lève le menton pour qu'il puisse bien refermer jusqu'en haut. Une fois ceci fait, et alors que je m'apprête à râler, il se presse contre moi, et m'enserre avec ses bras, en posant ses mains sur mon dos, m'étreignant avec force, en se haussant un peu sur la pointe des pieds. J'avais presque oublié qu'il était un peu plus petit que moi. Il pose sa joue droite sur mon épaule gauche, et je sens son souffle contre mon cou.
Je ne sais pas quoi faire. Si je ne dois juste pas bouger, ou si je dois l'étreindre en retour. Je vais pour la première option.
« Tu sais, si tu ne te dépêches pas, ils vont partir sans toi. », je dis, bougeant ma tête, la faisant juste un peu reposer sur celle de l'autre garçon.
Sergueï reste encore un instant comme ça, avant de s'éloigner de moi. « Tu as raison. Je vais y aller. Fais attention à toi, hein ? », il me dit, en s'éloignant un peu, me regardant toujours.
J'acquiesce, et alors le blond me sourit, et s'en va.
Bien. Je soupire.
J'ai envie d'écrire à Théodore, d'un coup.
Dans les premiers chapitres, y compris celui-ci, je sais qu'on voit surtout un Draco assez torturé, presque 'victime', et assez cinique. C'est tout à fait normal, et il se persuade lui-même que cette situation et cet état d'esprit sont normaux. Mais pas d'inquiétude, cette attitude va bientôt changer !
