Intermède
Rageuse, Ami jette sur son lit le troisième maillot de bain Channer qu'elle a essayé. Tous lui vont parfaitement bien et flattent à souhait son irréprochable plastique. Echancré ou pas, blanc ou bleu, avec ou sans incrustation de pierres précieuses, son corps de mannequin mettrait en valeur le plus commun des maillots. Et même le plus immonde, comme celui que portait la pouilleuse. Cette…Cette ignoble garce !! Sa façon de regarder Tsukasa pendant le petit déjeuner ne lui a pas échappé. Que croit-elle ? Elle ne la laissera pas agir, elle trouvera le moyen de l'écarter du chemin de Tsukasa et donc du sien. Ami inspire profondément avant de se décider finalement pour un maillot de bain blanc, d'une simplicité étudiée et raffinée, orné à la taille d'une fine ceinture de cuir, noire et sous passants. La jeune fille s'examine de cap en pied devant une psyché et s'émerveille une fois encore de la minceur de ses jambes, de ses muscles menus. Ce nouveau maillot lui confère l'allure d'une amazone des temps modernes. Il s'en dégage une impression de vitalité, d'éclatante fraîcheur. Rien de tape-à-l'œil ou d'ostentatoire. Ami vise le style jeune fille sportive mais élégante en toute circonstance. Le maillot de bain qu'elle portait la veille – sexy en diable- avait largement plu à Sôjirô mais complètement indifférencié Tsukasa. Ami se moque bien de Sôjirô, le seul qui lui importe est le leader du F4. Quelle allure et quel « sex appeal » se dégage du jeune homme ! Tout lui va. Et ce matin, lorsqu'il est apparu dans la salle à manger vêtu d'un simple sweat-shirt de couleur vive, son cœur a bondi dans sa poitrine et une chaleur diffuse mais entêtante s'est emparée de tout son corps depuis son ventre. Et un long frisson voluptueux a parcouru sa colonne vertébrale. Un instant, Ami s'autorise à rêver. Le sourire blanc de Tsukasa, les charmants plis qui se dessinent au coin de ses yeux lorsqu'il rit, et ses lèvres… Oui, ses lèvres. Combien de fois ne les a-t-elle imaginé sur les siennes ? Avec un gémissement de frustration, Ami tourbillonne sur elle-même avant de s'abattre de tout son long sur le gigantesque lit à baldaquin qui trône dans la chambre. Sa tête tourne, et l'enivrante sensation de vitesse qui l'habitait il y a encore quelques secondes a cédé la place à une vague impression d'écœurement. Les yeux clos, Ami laisse passer le malaise. Enfin, lorsque l'horrible goût de bile la quitte, la jeune fille ouvre les yeux. Incroyable l'ascendant que Tsukasa a pris sur elle ! Ils se connaissent depuis leurs plus tendres années, et alors qu'ils n'étaient encore que des enfants, elle ne pouvait déjà pas s'empêcher d'admirer son tempérament orgueilleux, si fier ! Elle voyait alors en Tsukasa, son pendant masculin, son alter ego. Quand est-il devenu bien plus à ses yeux ? Depuis quand éprouve-t-elle plus que de l'admiration devant la prestance, les pouvoirs et l'influence de l'héritier Dômiôji ? Depuis quand au juste son sourire lui cause-t-il cette douleur sourde au creux de la poitrine ? La jeune fille ne sait plus au juste. Il lui semble être tombée progressivement amoureuse de lui, aussi simplement qu'elle respire. Comme quelque chose de naturel qui devait arriver. Elle est amoureuse de lui, cela ne fait aucun doute. Les symptômes n'avaient pas été très difficiles à traduire, d'autant plus que c'était une première fois pour elle. Bien sûr, elle était déjà sortie avec des hommes, elle avait flirté avec plus ou moins de plaisir. Mais elle n'était jamais allée au-delà, elle réservait l'intégralité de son corps au seul homme qui lui avait inspiré plus que de l'attirance physique. Tsukasa, Tsukasa, Tsukasa ! Ami récite le prénom du jeune homme comme s'il s'agissait d'une litanie, d'une prière. Oui, il s'agit bien d'une prière ; le jeune homme est le seul capable de la délivrer de la prison tourmentée de ses sentiments pour lui. La jeune fille irait même jusqu'à se contenter d'un seul sourire de lui. Un sourire qui ne serait destiné qu'à elle seule, un sourire qui lui dirait : « Je t'aime, Ami. » La jeune fille enfouit le visage dans un oreiller afin d'y étouffer une longue plainte. Encore ! A nouveau, une brûlure, une démangeaison extrême affole son corps, sa poitrine, son ventre. Sa chair ! Le simple fait de se figurer le visage de Tsukasa, ses grandes mains si viriles et sa voix de basse la fait se tordre sur les draps en soie naturelle. La jeune fille n'en peut plus ! Depuis leur arrivée sur l'île, elle a l'impression que ses sensation se sont amplifiées à l'extrême, que les sons, les images et les couleurs se sont aiguisées, que tout ce qui a trait à Tsukasa est plus brûlant que le soleil ! S'il pouvait seulement la toucher ! Peut-être que son corps cesserait enfin de hurler la faim qu'elle a de lui. Ami a l'habitude de ces crises, en général elles s'achèvent aussi brusquement qu'elles ont commencé. Et de nouveau, elle peut réfléchir de manière rationnelle et se concentrer sur autre chose que Tsukasa. Elle peut par exemple cogiter sur ce qui l'empêche de serrer contre lui son corps fébrile. La jeune fille se redresse et s'assied sur le bord du lit, ses deux belles et longues jambes étendues devant elle. Elle n'a qu'une seule ennemie, Tsukushi ! Cette pouilleuse hideuse qui côtoie quotidiennement l'homme de sa vie, l'homme qui lui a inspiré cent fois plus de désir que tous ceux qu'elle a autorisés à l'embrasser. Bien. Il lui suffit de renvoyer cette pauvresse dégoûtante au monde qui est le sien. Et définitivement. Le début d'un plan se dessine dans l'esprit d'Ami, et le scénario qui en découle lui laisse entrevoir un monde dans lequel Tsukasa lui appartient. L'idée d'un proche succès remplit Ami de joie, et seule dans sa chambre, assise sur des draps en soie, blancs, la jeune fille éclate de rire.
- Allô ! Satomi ? Oui, c'est moi Nishikado. Comment ? Ah ! non. Je voulais te prévenir que je ne pourrai pas sortir avec toi lundi. Non, rien de grave. Les obligations familiales, tu sais ce que c'est ! Oui, je te rappelle…
- Mariko ? Oui, c'est moi Nishikado. Hein ? Mais oui…Non…Tu sais que tu es la seule qui compte pour moi ! Mais je ne pourrai pas te voir mercredi. Non, non, c'est un voyage d'affaires, je dois accompagner mon père. Oui, je te rappelle.
- Yukari ? Oui, c'est moi Nishikado. Je voulais te prévenir que je dois annuler notre rendez-vous de jeudi. Oui, je dois aller à l'étranger. Non, ne t'inquiète pas, je saurai me faire pardonner…
- Allô ! Rin ? Oui, c'est moi Tôjiga…Tôji quoi ?! C'est qui celui-là ?! Ah ! Tu te rappelles mon nom ! Ouais, c'était seulement pour te dire que tu peux l'oublier et même chose pour mon numéro !
Vexé, Nishikado coupe aussitôt la communication et jette son téléphone portable sur un secrétaire. Assis à même le sol, le jeune homme s'appuie contre un mur.
- Incroyable ! On aura vraiment tout vu ! Les filles ne sont pas sérieuses de nos jours ! Tss…
Lassé de l'exercice, Nishikado décide de reporter à plus tard les appels qu'il doit encore passer auprès de Kimi, Maya et Sae sans oublier Ran, Yumiko et Rika. Eh oui, la vie de play-boy n'est pas si facile lorsque l'on a décidé de ne plus se consacrer qu'à une seule femme ! Oui, Tsukasa, Akira et Rui l'ignorent encore, mais c'est une véritable révolution qui a chamboulé son esprit, son corps et son cœur. Une révolution qui répond au prénom délicieux de Yûki. Une révolution au délicat parfum de fleurs, aux doigts tendres et aimants. Une révolution aux courbes graciles et aux contours fragiles. Une tempête pleine de tendresse qui a eu raison de lui en un temps record. Un regard de ses grands yeux innocents et sincères lui a fait perdre tous ses repères. Qui l'eut cru ? Lui, le grand Sôjirô Nishikado, désire pour la toute première fois offrir plus qu'une nuit dans un hôtel à une jeune fille ! Ça, c'est un événement ! Lui, l'homme aux treize femmes, le voilà en train de mettre un terme à toutes ses aventures afin de ne plus en vivre qu'une seule et unique. Il choisit volontairement de tenter une toute nouvelle expérience. Le jeune homme hausse les épaules avec une drôle de grimace. Ça y est ! Il va rejoindre le club très fermé et autrefois marginal à ses yeux des hommes fidèles à une seule femme à la fois. Il imagine déjà les réactions de ses amis. Rui, le regardera de son habituel air apathique et pourtant une lueur éclairera son regard sensible et intelligent. Tsukasa, lui, le regardera avec des yeux ronds comme des billes mais Akira sera très certainement le plus surpris des trois. Tous les deux, jusque-là, étaient engagés dans une compétition fraternelle, à savoir lequel mettrait le plus de filles dans son lit en un minimum de temps. Sôjirô gagnait toujours à ce jeu, mais les deux amis se sentaient davantage lié l'un à l'autre grâce à leur goût commun pour le corps féminin ! Nishikado est rêveur, il ne sait pas comment son ami réagira. Le prendra-t-il comme une trahison ? Un abandon ? Peut-être bien. Cependant, Sôjirô ne souhaite pas passer à côté d'une telle opportunité. Il ne rencontrera sûrement pas une autre Yûki. Sôjirô ferme les yeux et se retrouve devant le bungalow. Yûki est devant lui, revêtue de sa chemise blanche et humide qui moule plus qu'elle ne voile, son corps. Elle se tient là, face à lui, ses grands yeux le suppliant de ne pas la laisser. Quelque chose en elle l'a profondément ému, a remué quelque chose au fond de son être. Est-ce son parfum ? Son corps frêle dressé dans une attitude de défi ? Le reflet de la lune sur un pan de sa chemise ? Le jeune homme ne saurait quoi dire. Le fait est, que de sentir dans le regard de Yûki qu'il est réellement important à ses yeux lui a ouvert de nouveaux horizons. Et lorsqu'il a senti dans sa main, celle chaude et confiante de la jeune fille, il s'est réellement senti fondre. Et une chose lui est apparue naturellement, Yûki était ce qui comptait le plus pour lui à ce moment. Bien entendu, son corps réclamait celui de la jeune fille, mais il s'agissait de bien plus. Il voulait tout d'elle. Ses sourires, ses regards, ses pensées. Il la voulait tout entière. Le phénomène dépassait de très loin la simple attraction physique. Et Dieu sait s'il s'y connaissait en matière d'attirance ! Et Yûki l'avait regardé de ses grands yeux clairs, lui demandant de la garder auprès de lui. Il avait réfléchi, même si son choix était déjà fait, depuis le moment où il avait retrouvé la jeune fille sur la plage. Il avait alors de sa main libre, poussé la porte du bungalow, laissant Yûki le rejoindre avant de la refermer derrière eux, sans bruit. L'intérieur du bungalow n'était pas éclairé mais connaissant l'endroit pour y être déjà venu, il avait peu tâtonné avant de trouver l'interrupteur. La lumière vive, les avait éblouit avant qu'ils ne s'y adaptent. La décoration du lieu est sobre, rustique. Un seul lit pour deux personnes, surmonté d'une moustiquaire, taillé dans le bois, attire les regards. Sôjirô avait remarqué la rougeur subite du visage de Yûki ; la jeune fille jouait nerveusement avec ses doigts. Ses cheveux courts et mouillés la faisaient ressembler à une enfant. Une drôle de chaleur avait envahi son cœur, et il s'était dirigé vers une armoire solide pour en tirer une longue serviette aux motifs floraux. Il l'avait tendue à la jeune fille qui –il le sentait- faisait des efforts considérables pour ne pas fuir son regard. Il l'avait trouvée adorable ! Et bien plus encore alors qu'elle se contorsionnait sous sa serviette pour retirer ses sous-vêtements.
- Yûki… Je peux éteindre la lumière, si tu préfères.
- Je… Oui, s'il te plaît.
Son visage empourpré, elle était si jolie ! Comment lui résister ? Il avait alors éteint la lumière puis s'était réfugié au coin d'un mur, afin de s'empêcher de la regarder. Et pourtant, même sans la voir, le froissement de la chemise qu'elle ôtait, le léger chuchotement de ses sous-vêtements qui glissaient au sol puis le grain de la serviette sur le corps de Yûki, tous les sons avaient eu le même effet sur lui, ils lui faisaient perdre la tête ! Il avait serré les poings mais ne pouvait empêcher son rythme cardiaque de s'accélérer ni son ventre de se contracter à l'idée du corps nu de Yûki si près de lui. Le jeune homme avait tenté de se contrôler mais voulait juste s'autoriser à « regarder » la jeune fille, à mettre enfin des images sur les sons pour cesser de fantasmer. Le simple fait d'imaginer la nudité de la jeune fille le torturait, il fallait qu'il la voie ! Cette sensation était étrange… C'était comme si… Comme si sa vie en dépendait et n'avait pas eu d'autres plans que de l'amener ici à cet instant, aux côtés de Yûki. Le jeune homme s'était surpris à trouver l'idée plaisante. Puis de nouveau, son désir l'avait rattrapé. Mais alors qu'il s'apprêtait à discrètement lorgner dans sa direction, la voix de Yûki avait brisé le silence.
- Sôjirô… Tu peux te retourner, j'ai terminé…
Coupé dans son élan, il avait mis quelques secondes à réagir. La voix de la jeune fille était tremblante, hésitante. Elle s'était finalement drapée dans la longue serviette qu'il lui avait donnée, et se tenait timidement près d'une fenêtre. Sôjirô était resté figé sur place, ne sachant plus que faire. Il n'entendait plus la voix de son corps, il n'y avait plus eu que celle étrange de… de son cœur ? Mais oui, c'était bien cela. Il ne ressentait plus l'envie oppressante qui le tenaillait, il y avait encore quelques secondes. Il voulait juste serrer la jeune fille dans ses bras, fort, et le plus délicatement possible toucher du bout des doigts la peau translucide de son front. Il avait dégluti –lui, le tombeur ! - il ne voulait pas effrayer la jeune fille, ni la brusquer. Et comme si elle avait senti l'enjeu du combat intérieur qui le tiraillait, Yûki avait franchi les quelques pas qui les séparaient. Il était demeuré à sa place, attendant qu'elle lui donne le feu vert.
- Sôjirô… Peux-tu… Peux-tu me prendre dans tes bras ?
Les grands yeux de Yûki semblaient comme voilés de larmes, il avait réalisé alors, l'effort que ces quelques mots avaient dû lui coûter. Il avait, sans une parole, ouvert ses bras et Yûki avait trouvé refuge contre sa poitrine. Les bras refermés autour du corps mince de la jeune fille, il avait clos les yeux pour mieux s'imprégner de sa chaleur, de son odeur, de sa douceur. Ses mains caressaient légèrement par-dessus la serviette, ses épaules tremblantes et jouaient avec les boucles de sa chevelure avant de lentement glisser sur sa nuque. Yûki s'était blottie plus encore contre lui et son souffle frais sur sa peau l'avait fait frissonner. Il avait soupiré, doucement, en sentant les mains de la jeune fille effleurer sa peau. Elle l'avait frôlé, de manière à peine perceptible, et pourtant, il en avait été tout bouleversé. Dans un geste lent, Yûki avait redressé la tête, et lui, s'était penché à la rencontre de ses lèvres. Leur baiser avait tout d'abord été tendre et léger avant de se muer en une étreinte fiévreuse. Il avait déplacé ses mains le long du dos de la jeune fille avant d'épouser le creux de sa taille, et de presser le bas de son dos, de ses reins. Elle avait gémi sous la caresse, et s'était cambrée contre lui. La réaction de Yûki avait intensifié son excitation, et il avait alors plongé ses doigts dans la chevelure de la jeune fille et l'avait attiré contre lui, au point de voir leurs corps s'épouser totalement. Yûki répondait à ses baisers, et avait bientôt jeté ses bras autour de son cou, le souffle haletant. Elle murmurait son prénom lorsqu'il avait aventuré ses lèvres sur ses épaules, le long de ses bras, à la naissance de sa poitrine, à tous les endroits que la serviette ne dérobait pas à son regard.
- Sôjirô… La voix de Yûki n'était qu'un souffle, et son visage marqué du sceau du désir. Ses lèvres gonflées des baisers échangés, elle l'avait regardé comme elle seule sait le faire. Et puis, elle avait fait choir au sol, la serviette qui enveloppait son corps. Elle était tout d'abord demeurée nue, devant lui, ses mains pudiquement ramenées sur son corps. Et puis, après une profonde inspiration, elle avait rejeté ses bras à ses côtés. Il avait alors retenu son souffle. Yûki s'offrait à lui, elle avait pour lui, dépasser sa réserve. Nul mot ne peut décrire l'émotion qui l'avait submergé à cet instant, il ne peut se souvenir que de l'élan qui l'avait porté auprès de Yûki, de l'étreinte et du regard qui avaient définitivement scellé leur désir et leur consentement mutuels. Il avait alors soulevé la jeune fille pour la déposer sur le lit avec la même déférence que s'il avait s'agit du plus précieux des trésors. Sôjirô la voit encore, éperdue sur les draps, égarée dans la vague du plaisir qu'il faisait savamment monter en elle. Son innocence pouvait se lire dans ses yeux ouverts et parfois inquiets, et patiemment pour calmer ses craintes et faire croître son désir, il la caressait voluptueusement. Il retardait sciemment le moment où tout changerait définitivement entre eux deux. Peut-être parce qu'il était conscient de vivre un instant unique et magique, et qu'il ne voulait pas le gâcher. Et c'est précisément cette pensée qui l'avait conduit à tout arrêter. Il ne voulait pas mentir à Yûki, elle n'était pas la première fille à se retrouver dans ses bras dans ce même lit. Le bungalow dans lequel ils avaient trouvé refuge avaient déjà vu se jouer la même scène, mais avec une partenaire différente. Il ne pouvait pas lui faire ça ! Yûki comptait infiniment plus à ses yeux que les coucheries sans avenir qu'il avait pu entretenir dans cette chambre. Avec un gémissement de frustration, il s'était laissé aller contre la poitrine de Yûki, à écouter les battements affolés de son cœur. Il avait respiré à plein nez l'odeur de roses qui l'accompagnait partout.
- Pardonne-moi Yûki…Mais, je ne peux pas. Pas comme ça…
Un silence tendu et apeuré s'était emparé de la jeune fille, en relevant la tête il avait vu ses yeux s'embuer.
- Je… C'est à moi de m'excuser, c'est de ma faute ! Je n'aurai jamais dû te forcer la main. Après tout, c'est moi qui t'ai demandé de… C'est vrai que je ne suis peut-être pas aussi belle que les femmes élégantes et raffinées avec lesquelles tu as l'habitude de sortir…
Stupéfait, il avait empêché la jeune fille de se lever et de partir loin de lui. Les larmes glissaient clairement sur ses joues, et il avait eu mal à cet instant de voir Yûki dans cet état.
- Non, Yûki. Ce n'est pas ça ! Tu es de loin la femme la plus attirante que j'ai pu rencontrer, crois-moi ! Mais je sais bien que ce que nous venons de vivre tous les deux est une expérience toute nouvelle pour toi, et je ne veux pas l'abîmer dans cet endroit. Yûki… Je peux t'assurer que je te désire, peut-être même plus que tu ne le penses ! Et c'est pour cette raison que je ne veux pas te faire l'amour ici. Ce ne serait pas juste envers toi. C'est un peu compliqué à expliquer, mais fais-moi confiance. Ta première fois se déroulera dans un endroit vierge et beau, et à chaque fois que tu y penseras, des larmes de joie jailliront de tes yeux ! Tu ne me fais pas confiance ?
Et comme pour prouver l'authenticité de ses dires, il s'était allongé sur la jeune fille, l'immobilisant de tout son poids.
- Tu… Tu me trouves désirable ? Vraiment ?
- Si je te trouve désirable ? Tu veux une preuve ?
Dans un grognement animal, il s'était emparé de ses lèvres tremblantes et mouillées de larmes. Il n'avait cessé de l'embrasser que lorsque Yûki avait gémi sous sa caresse.
- Alors… Tu me crois maintenant ?
Quelques larmes coulaient encore sur son visage, mais Sôjirô avait souri. Nulle tristesse ne pouvait se lire en Yûki, et même, elle l'avait attiré à lui pour un autre baiser.
- Je te crois. Mais je veux que tu tiennes ta promesse. Je veux que ma première fois soit aussi belle que ce que j'imagine.
- Compte sur moi…
Et alors qu'ils s'embrassaient à nouveau, le bruit des feux d'artifice attirèrent leur attention. Ils s'étaient dirigés vers la fenêtre, tous les deux nus. Il avait serré la jeune fille dans ses bras, très fort. Sa première fois serait mémorable, aussi éclatante que les feux de Bengale qui dansaient dans le ciel…
Toujours assis à même le sol, Sôjirô soupire avant de se décider à reprendre le téléphone en main. Aujourd'hui est un grand jour, c'est la première fois qu'il plaque autant de filles en même temps…
