25 Mai
*
_ Mon corps se crispe de douleur à cette pensée... Renier ce que j'ai vécu... c'est juste impossible.
_ Nous ne vous demandons pas de renier mais d'accepter ce qui s'est passé, ce que vous avez vu et vécu. De l'accepter, de l'analyser, d'en tirer les leçons et de pouvoir enfin refermer la porte sur toutes ces sombres heures de votre existence.
House fronça les sourcils.
_ J'ai accepté... Et je me sens capable de passer à autre chose.
_ En êtes-vous certain?
House changea sa canne de main.
_ J'en suis certain... Je le peux car je le dois.
_ C'est très bien Louis.
Le patient se redressa avec un timide sourire et accueillit les mous applaudissements avec satisfaction.
House soupira d'ennui.
_ Quelque chose à ajouter Grégory? s'enquit l'animateur.
_ Non.
_ Pourquoi restez vous à la porte? Joignez-vous à nous.
_ J'ai la phobie des formes circulaires. Et vous formez une table ronde plutôt pathétique alors je préfère ne pas m'y risquer. répondit le diagnosticien.
Les quelques participants encore raccrochés au réel se tournèrent vers le perturbateur qui les observait d'un regard las.
_ Vous faites partie du schéma pathétique que vous décrivez Grégory. répliqua calmement l'animateur.
_ Je pourrais faire partie des "alcooliques anonymes", des "infirmes anonymes", des "bons baiseurs anonymes", des "réalistes anonymes"... Mais des "timbrés pleurnicheurs sans cervelle anonymes", je ne crois pas. rétorqua House.
_ Pourquoi tant d'animosité?
Réprimant une subite envie d'abattre une chaise sur le crâne de l'animateur, le diagnosticien se redressa et s'appliqua simplement à le fusiller du regard.
_ Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Que je n'ai pas reçu d'amour dans ma vie, que je souffre de l'absence d'un père, que j'ai raté ma crise d'adolescence? Que je suis frustré sexuellement et bloqué émotionnellement parce que j'ai été abusé par un prêtre? Ou que je prône secrètement la conception du monde de Marx?!
_ Ce serait un début...
Un fin rictus étira les lèvres de House.
Cet homme savait y faire... Huit ans à devoir supporter des déséquilibrés mentaux et des junkies... Forcément sa patience était à toute épreuve. Il lui faudrait donc travailler sa déstabilisation avec celui-là...
_ Du moment que tout ce que vous pourrez dire vous permettra d'accepter votre addiction et de commencer enfin à vous en défaire totalement.
House serra la mâchoire.
_ Tout le monde, ici, à un problème similaire au votre...
_ D'où la nécessité de nous parquer comme des porcs?! Quitte à être porcins, autant nous laisser nous vautrer dans nos résidus d'hédonisme! cracha-t-il.
_ Celui qui n'ose pas affronter son problème est un lâche. intervint Louis.
_ Non mais je rêve! s'exclama House en levant les yeux au ciel.
_ Grégory... tenta l'animateur en sentant que la situation allait lui échapper.
Le diagnosticien le coupa prestement en s'adressant aux patients.
_ On vous manipule en créant une sphère soit disant protectrice pour vous vider de vos tripes comme dans un confessionnal et ensuite? On vous relâche après vous avoir vidé les poches. Et pour quoi? Pour que vous retombiez dans le vice qui vous a poussé à être là! En acceptant ces soit disant thérapies, vous vous placez dans un cercle vicieux! Ouvrez les yeux bon sang!
Un silence de plomb tomba dans la pièce.
House passait d'un visage éteint à un autre en espérant voir une lueur de compréhension et d'adhésion dans des regards vidés de toute expression.
_ Grégory, c'est une chose de ne pas vouloir participer, mais s'en est une autre de contester cet exercice et d'anéantir l'effort des autres. déclara enfin l'animateur.
_ Arrêtez de m'appeler par mon prénom! s'agaça celui-ci. Y'a que ceux avec qui je partage un joint qui peuvent m'appeler ainsi.
L'animateur tiqua.
Enfin!
_ Vous n'aidez pas les autres avec vos propos...
_ Heureux de voir mes efforts récompensés!
_ J'ai ouïe dire que vous n'aviez plus d'hallucinations et ce, depuis l'arrêt de la prise de vos analgésiques...
_ Ca a contrarié mes vieux démons...
_ Tant que vous n'accepterez pas l'idée que la Vicodin a provoqué votre bouffée délirante, vous ne pourrez pas recommencer une vie normale!
_ Je doute que quiconque ne puisse recommencer une vie normale en ayant participé à ça! répliqua House en pointant le cercle de chaises du doigt.
_ Pourquoi il est là? demanda brusquement Louis.
Un murmure fit échos à ses paroles.
_ Louis, cet homme a un problème similaire au votre. Encouragez le, ne le rejetez pas. déclara l'animateur.
_ Et après ça, on se demande pourquoi le taux de suicide dans les instituts du genre sont si élevés... grinça le diagnosticien.
_ Prenez place. Racontez-nous votre histoire...
_ Non!
_ Il ne veut pas. fit inutilement remarquer Louis.
_ Il le fera...
_ Je ne crois pas! coupa House.
_ Grégory... Veuillez prendre place. C'est à votre tour de vous confier. insista l'animateur.
Effarante cette capacité d'être agaçant!
Après une courte hésitation et un inaudible grommellement, House obtempéra enfin sous une habituelle pluie d'applaudissements automatiques et mous.
Il écarta ses jambes, se laissa glisser nonchalamment sur le siège en s'asseyant sur ses reins, laissa sa canne glisser et reposer sur son entre jambe puis croisa les bras.
_ C'est à votre tour. l'invita l'animateur avec un sourire que le diagnosticien jugea de sourire figé et paramétré.
Les patients portèrent leur attention sur le curieux personnage qui semblait avoir beaucoup de mal à desserrer les dents.
_ Grégory... relança-t-on.
_ Je passe.
*
*
TBC....
