De vieux cartons.
Qui font parfois mal à revoir. Mais il faut se l'avouer de temps à autre, cette douleur, aussi violente soit-elle, reste nécessaire.
Pourquoi? Je n'en sais rien.
Il le faut c'est tout.
Pourquoi chercher plus loin?
J'ai besoin de la savoir près de moi, de sentir sa présence même si je sais que cela fait bien des années qu'elle nous a quitté. J'ai besoin de savoir que ce petit morceau de vie qu'elle représentait si bien était toujours là quelque part à me regarder avec ses yeux plein de curiosité face à une vie étrange et aux limites imprécises.
Angelina Messer.
Ce jour là, alors que j'étais entrain de scruter le gazon de Central Park pour trouver un quelconque indice qui aurait pu me mener vers celui qui tuait des petites filles comme toi, je me suis rendu compte à quel point tu me manquais, à quel point durant toutes ses années tu m'avais manqué. A quel point ta disparition avait laissé dans ma vie un vide infini que toutes les personnes que j'ai pu rencontrer sur mon chemin depuis, n'avait pas pu combler.
Et pourtant...qu'étais-tu pour moi? Ma soeur! Oui... et? C'est tout.
Et pourtant, qui aurait cru qu'on pouvait être aussi attaché à sa soeur. Pourquoi l'étais-je? Peut-être parce que je me savais que tu avais une façon de voir la vie bien différente que Louie et moi. Peut-être parce que tu voyais en moi celui que je n'étais pas.
Angélina... mon ange.
J'étais pourtant si jeune.
Toi aussi.
Cette vie si étrange à laquelle j'ai du faire face, je pense que j'aurais eu besoin de toi plus d'une fois pour m'encourager, me pousser à continuer à me battre.
Bien sûr que je vais continuer à me battre. Pour toi... pour elle aussi. Pour vous deux.
Mais n'empêche... j'avais besoin de toi autant que tu avais besoin de moi.
Angélina Messer.

Dans ma tête, à ce moment là, je revoyais tout nos moments... toutes ces fois où toi et moi étions ensemble, réunis, dans notre misère d'enfants.
Toute ton enfance défilait dans ma tête en parallèle de mon adolescence.
Et pourtant, je peux encore aujourd'hui dire que je n'ai jamais été aussi concentré sur ce que je faisais.
Et que faisais-je?
J'avançais d'un pas incertain vers le nouvel événement qui allait bouleverser ma vie. Mais ça je ne le savais pas encore. Là, en fait, j'avançais à travers ce petit morceau de Central Park, les yeux rivés par terre, à l'affut de la moindre chose qui aurait pu m'interpeler.

-Il a du mettre un certain moment pour arriver ici.

La voix lointaine de Lindsay me fit revenir à notre réalité. Je levai la tête vers elle, les yeux cherchant un repaire.

-Il n'y pas pas beaucoup en distance entre l'endroit où il a posé le corps et ici, reprit-elle, où les témoins ont affirmé avoir vu la camionnette. Mais avec une enfant dans les bras... même légère... on ne peut pas faire ça rapidement.
-Sinon il risque de se faire repérer.
-Exactement. Alors explique moi Danny, pourquoi un homme, qui marche tranquillement avec un cadavre dans les bras, ne laisse absolument aucun indice derrière lui.
-Si seulement je pouvais te répondre.
-Je trouve ça étrange quand même. Il n'y a pas de crime parfait. Ce sont les paroles de Mac. Et pourtant, jusque là... c'est lui qui mène la danse.
-Calme toi Lindsay.

Elle commençait à se laisser emporter. Bien sûr, ses raisons étaient fondées et valables, mais nous n'avions pas le droit de nous laisser allez par nos sentiments personnels sur un enquête et encore moins celle ci.
J'étais tout à fait d'accord avec elle.
Tout ceci était trop parfait pour être vrai. Il y avait quelque chose qui nous échappait. Quelque chose de plus profond, bien plus loin de toute preuve matérielle.
Nous nous étions lancé depuis le début dans l'idée que le meurtrier était poussé par je ne sais quelle envie de montrer et prouver sa supériorité, de se sentir puissant, d'avoir un contrôle sur la vie et la mort. Cette idée s'était confirmée d'elle même quand nous sommes arrivés devant le second corps, devant la petit Lydia Turner.
Parfois connaître les intentions de l'assassin nous aide à mieux cibler nos recherches.

-Et si nous faisions fausse route?
-Explique toi? Me demanda Lindsay
-Et si, il tuait pour une toute autre raison.
-Laquelle?
-Oui... bon... là tu m'en demande trop.
-Ca n'explique pas pourquoi on n'avance pas.
-Peut-être qu'il ne fait pas exprès de rien laisser derrière lui. Avais-je proposé.
-La réponse du désespoir !! s'exclama-t-elle en riant.

Elle se baissa pour analyser de plus près les environs. Monsieur ne pouvait peut-être pas laisser de trace sur son passage, mais au moins sa camionnette oui.