Titre : Heart with no companion

Auteur : Michmak

Traduction: Andeor

Disclaimer: L'univers et les personnages appartiennent à JK Rowling, l'histoire à Michmak.

NdT: Le chapitre 11 est disponible sur ce site sous le nom de Michmak.


Chapitre 11 : Hermione.

Hermione était toujours en train de devenir folle, mais cela ne la dérangeait plus du tout. Elle était de retour à Poudlard, Severus passait de longues heures à ses côtés à discuter de potentiels remèdes à son état, et elle était incroyablement heureuse. Mais ce n'est pas pour autant que son état mental s'améliorait.

Pas que devenir folle soit désagréable, loin de là. Parce qu'elle savait que ce genre de folie ne finirait que quand elle aurait ce qu'elle voulait. Et elle voulait Severus.

Et il la rendait folle.

Elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi, une fois dans son monde, il ne la croyait pas quand elle lui disait qu'elle le voulait, qu'elle languissait de la moindre de ses caresses. Pour chaque pas en avant qu'elle faisait, lui en reculait de deux.

Elle pensait que ce serait facile, après tout, le premier jour, il lui avait plus ou moins avoué qu'il tenait à elle. Dumbledore lui même lui avait tenu un discours semblable en pénétrant son esprit, même s'il n'était pas sûr qu'elle soit effectivement là.

Même Nettie, tout en s'affairant en tous sens dans la chambre, lui babillait à l'oreille : « C'est tellement romantique ! On dirait la Belle et la Bête en vrai ! » ou « Il vous aime, ma chère. La magie qui est dans l'air à chaque fois qu'il vous regarde suffit à donner des palpitations, même à une vieille sorcière comme moi ! »

Hermione souriait à cela. « Alors imaginez l'effet que ça me fait à moi ! » Nettie ne pouvait pas l'entendre, mais cela n'avait pas d'importance. Hermione continuait d'avoir des conversations avec elle-même.

Le problème n'était pas que Severus ne partageait pas ses sentiments, elle était même sûre du contraire, même si l'homme s'obstinait de manière frustrante à ne rien dire dans ce sens. C'était le fait qu'il ne voulait pas passer à l'acte qui maltraitait son esprit. Malgré les heures entières passées en tête à tête à Poudlard, il n'avait rien fait de plus que la dernière fois, quand il avait embrassé la paume de sa main.

Ce n'était pas comme s'il se refusait à la toucher, loin de là, mais il ne prenait jamais aucune initiative. C'était toujours à elle de faire le premier pas, de lui prendre la main ou de s'approcher de lui pour qu'il l'enlace. Elle savait que si cela continuait ainsi, elle cèderait à ses instincts et l'embrasserait elle-même, mais elle espérait que cela ne se passerait pas comme ça. Elle voulait qu'il la courtise, était-ce trop demander ?

Un jour qu'ils discutaient de ses souvenirs du sort, elle avait surpris son regard posé sur elle. Il était si intense, si chargé de désir que son souffle s'était bloqué dans sa gorge et que son cœur avait fait un bond dans sa poitrine. Elle s'était arrêtée de parler, fasciné par ce regard, captivée par sa langue qui venait d'humecter sa lèvre inférieure. Elle avait humecté la sienne en réponse, et s'était penchée vers lui, comme si une corde invisible la reliait à lui. Et juste au moment où elle s'était dit qu'enfin, enfin il allait l'embrasser, il avait détourné le regard et s'était écarté en secouant la tête, comme pour clarifier son esprit.

« Tu es sûre que quand il t'a frappée, le sort était froid ? Pas chaud ? » avait-il demandé poliment. Elle avait eu du mal à ne pas hurler de frustration. Severus Rogue était un supplice vivant, et il ne le savait même pas.

Si auparavant elle avait cru que ses visites étaient importantes pour elle, elle était maintenant forcée de constater que toute sa vie tournait dorénavant autour de lui. Chaque minute passée sans lui, seule dans son esprit, semblait durer des heures. Elle essayait de s'occuper, de réfléchir à des idées qui leur étaient venues, mais au bout du compte tout semblait se liguer pour lui rappeler Severus. Régulièrement, sa plume restait en l'air tandis qu'elle repartait dans son jardin secret pour se rappeler avec une incroyable clarté les moments qu'ils passaient ensemble. Elle réfléchissait souvent à un moyen de forcer Severus à l'embrasser, et passait plus de temps qu'elle ne l'aurait dû à ces réflexions.

Un soir, le deuxième qu'elle passait à Poudlard, elle fit en sorte que quand Severus vint la voir, il la trouve en train de terminer des exercices auxquels elle s'était mise peu de temps avant d'être frappée par le sort. L'été de sa cinquième année, elle avait découvert le yoga, qui était en peu de temps devenu son moyen favori de chasser le stress et les cauchemars qu'elle faisait à propos du Département des Mystères. Quand Severus la trouva, elle était en train de s'étirer dans son justaucorps bordeaux préféré.

« Juste pour me relaxer » lui avait-elle expliqué, avec un petit sourire en coin en remarquant sa gêne et son regard fuyant. « Je perds la notion du temps. » Elle avait tapissé la pièce où ils se trouvaient avec des miroirs, et le vit en train de se tourner vers un mur, puis l'autre, pour échapper à la vision de la jeune fille dans ce vêtement moulant. Il résolut finalement de contempler ses pieds, les épaules crispées, ce qui fit poindre un léger sentiment de culpabilité dans le cœur d'Hermione.

« C'est bon, j'ai fini » lui dit-elle, estimant avoir assez joué avec lui pour la journée. Elle s'approcha de lui, une serviette autour du cou et les cheveux ramenés sur le sommet de sa tête en une queue de cheval assez lâche. « Je trouve que c'est important de rester souple, même si c'est juste dans ma tête, tu vois ? »

Elle soupira avant d'étirer sa nuque en tournant délicatement sa tête. Elle souleva le haut de son justaucorps humide avant de le laisser retomber sur sa poitrine. « Maintenant, j'ai besoin d'une bonne douche. Attends-moi deux minutes, OK ? »

Elle savait que Severus avait suivit son geste avec intérêt, parce que sa respiration s'accéléra et qu'il darda aussitôt son regard brûlant vers son visage. Mais la tête de mule refusa de commenter et lui demanda s'il pouvait aller chercher quelques unes de ses notes dans le laboratoire.

« Bonne idée » dit-elle en remplaçant les miroirs par un paravent. Elle se glissa derrière et lança par-dessus son justaucorps. « Donne-moi juste un minute et je suis à toi. »

Sa retraite précipitée la fit à la fois sourire et soupirer. Elle était déterminée à le faire craquer.

Le lendemain, il lui rendit une visite inattendue pendant l'heure du déjeuner. « Hermione, où es-tu ? » lui demanda-t-il depuis le vestibule.

« Dans la bibliothèque » cria-t-elle en retour, « 20eme rangée, section B. Je cherche quelque chose. »

Il la trouva perchée en haut d'une échelle, juchée sur la pointe des pieds pour tirer de l'étagère poussiéreuse quelques titres au hasard. « Fais attention, tu pourrais tomber » marmonna-t-il d'une voix sombre.

Elle s'était contentée de rire. « Mais tu me rattraperais, non ? Ah, le voilà ! » Elle sortit le livre des rayonnages et le brandit triomphalement, avant de descendre rapidement de l'échelle pour se retrouver à ses côtés. « Je n'étais plus très sûre de son emplacement. »

Severus sourit légèrement devant son excitation. « C'est quoi ? Un livre de contresorts et de cassage d'enchantements ?

- Malheureusement non, c'est un livre de contes de fées. »

Il haussa un sourcil. « De contes de fées ? Mais pourquoi as-tu besoin de ça ?

- Poppy vient de mentionner quelque chose à propos de la Belle et la Bête » répondit-elle timidement, « et ça m'a donné une idée. Il y a toujours des gens frappés par des sorts, dans les contes de fées, non ? Blanche-Neige et la Belle au Bois Dormant étaient toutes deux atteintes par le Sommeil de mort…

- Et quel rapport avec ta situation ? » l'interrompit Severus. « Tu sais aussi bien que moi que dans leurs cas il s'agit d'une potion. Blanche-Neige l'a absorbée en croquant la pomme, et Aurore en se piquant le doigt à la quenouille badigeonnée de potion. Ce dont tu souffres, le Sommeil Vivant, est totalement différent. Il n'y a pas de potion.

- C'est vrai, mais quel est le facteur commun à tous ces contes ? Même ceux qui ne parlent pas de sommeil enchanté ? »

Rogue se raidit. « Ca ne marchera pas.

- Comment peux-tu en être sûr ? Dans toutes ces histoires, l'enchantement est rompu « par un premier baiser d'amour ». Même dans la Belle et la Bête, la Bête retrouve sa forme humaine quand la Belle l'embrasse, de toute la force de son cœur et de son amour. »

Elle était maintenant face à lui, contemplant la myriade d'expressions qui traversait son regard, remarquant le léger espoir qui traversa ses prunelles au moment où elle parla d'amour.

« Parfois, la Belle n'a pas besoin d'embrasser la Bête pour lui changer la vie » dit-il en passant une mèche de ses cheveux derrière son oreille, laissant son doigt s'attarder sur son lobe.

Son cœur battait à cent à l'heure, ses mots lui tournaient la tête. « Et parfois la Bête n'en est absolument pas une, » dit-elle en tremblant, « Juste un homme qui a du mal à écouter son cœur. »

Un sourire nostalgique traversa les traits du professeur, qui s'écarta d'elle. « Certes. »

Ils restèrent silencieux pendant un moment, chacun contemplant l'autre, puis il reprit la parole. « J'étais venu te proposer une promenade dans les jardins. Le temps est splendide, dehors.

- Avec plaisir » répondit-elle. « Mais je n'abandonnerai pas cette idée, tu sais. »

Il acquiesça devant sa détermination. « On verra. »

La promenade dans les jardins, comme la plupart du temps qu'elle passait avec Severus, avait été extraordinaire. Elle ne pouvait pas le voir, bien sûr, mais il monologuait inlassablement en la poussant à travers les allées d'ardoise du parc dans une chaise roulante qu'il avait trouvé on ne sait où. Quand l'allée avait pris fin, il l'avait soulevée dans ses bras et avait continué à pied pour l'emmener au bord du lac.

Depuis sa position dans ses bras, la tête nichée dans le creux de son épaule, elle pouvait entendre battre son cœur et elle voyait sa pomme d'Adam tressauter à chaque respiration. La ligne de son menton était forte et carrée, la barbe qui y transparaissait noire et drue. De temps en temps, il tournait la tête vers elle et caressait son visage du regard. Elle se voyait reflétée dans son regard et soudain, elle découvrit qu'elle était belle.

« Tu me fais penser à un pissenlit, Hermione, » lui murmura-t-il au bout de quelques instants dehors. « Tu as l'esprit tenace, décidé à chercher tous les moyens de grandir en dépit de ta situation difficile. En plus, il faut l'admettre, tes cheveux ont tendance à être aussi envahissants que les grains de pissenlit. » Il dit cela avec un sourire narquois avant de repousser une mèche rebelle du coin de ses lèvres, la mèche scintillant dans le soleil. « Et, comme l'essence de pissenlit, tu peux être vénéneuse. »

A ces mots, elle sourit et décida qu'elle n'était pas si fâchée que cela de cette comparaison avec une mauvaise herbe.

Une des choses qui rendait les absences de Severus moins difficiles à supporter était les moments où Nettie lui faisait la lecture. Elle avait presque terminé Les Hauts de Hurlevent, et avait avoué à Hermione la veille du début de sa lecture qu'elle avait un gros faible pour les histoires d'amour tragiques avec des hommes sombres et torturés, du genre de celui qui venait la voir dès qu'il en avait l'opportunité.

Hermione aimait le doux timbre de Nettie, et se retrouvait souvent à imaginer Severus, errant dans la lande, envoyant à son fantôme de doux mots d'amour désespérés. Elle lui en avait parlé un jour, et il avait presque souri.

« J'espère que nous aurons une meilleure fin que Catherine et Heathcliff, » avait-il répliqué sèchement. « Si je me souviens bien, à la fin, ils deviennent fous.

- Reste toujours avec moi, sous n'importe quelle forme, rends-moi folle ! Mais ne me laisse plus jamais seule au fond de cet abysse, là où je ne peux te voir ! » cita doucement Hermione, avant de se lever pour lui prendre la main. « Mais tu n'es pas Heathcliff, et je n'ai pas besoin de te hanter.

- C'est pourtant ce que tu fais, Hermione. » Elle sentit un frisson de plaisir lui parcourir l'échine.

Quelques jours plus tard, elle était revenue à la charge avec son idée de conte de fées. « Je suis toujours persuadée que nous ferions bien d'essayer, » avait-elle répondu après qu'il l'eut regardé avec dédain. « Rien que pour être sûrs que nous ne passons pas à côté d'un antidote possible.

- Ca ne marchera pas » avait-il répondu d'une voix atone. « Pas la peine d'y réfléchir, nous savons tous les deux que c'est ridicule.

- On ne le sait pas, c'est juste qu'on le pense. Mais si ça se trouve, on passe à côté de quelque chose ! Qu'est-ce qui va se passer si c'est la bonne solution et qu'on n'essaie jamais ? Je vais rester toute ma vie prisonnière de mon propre esprit, et tout ça parce que tu auras eu peur de m'embrasser ! »

Severus l'attrapa par les épaules et la secoua comme un prunier. « Pauvre sotte ! » grogna-t-il. « Réfléchis ! Tu es dans le coma, ton corps ne répond à aucun stimulus et Potter s'imagine déjà le pire à propos de mes intentions. Par Merlin, tu as même un chaperon dont la tâche est de s'assurer, en plus de veiller sur ta santé, que je ne profite justement pas de ta situation ! Qu'est-ce que tu crois qui va arriver si elle me voit en train de t'embrasser ? Qu'est-ce que va dire Albus ? Sans parler de Potter !

- Comment pourrais-tu 'profiter de ma situation ' s'il s'agit de quelque chose que je te propose librement ? » répliqua-t-elle, soudain en colère. « Nettie n'est pas là pour garder l'œil sur toi. Elle sait pertinemment que tu ne ferais jamais de mal. Quant à Harry, » reprit-elle en levant les yeux au ciel, « on l'emmerde ! Il est juste terriblement frustré que ce soit toi et pas lui qui m'ais trouvée. Il a trop l'habitude d'être le héros. »

Rogue leva un sourcil. « Il ne croit toujours pas que tu es vraiment là. Il s'imagine que j'ai manigancé tout ça pour te ramener à Poudlard, pour mes propres raisons malsaines. Et Nettie est là pour surveiller tout ça, comment peux-tu prétendre le contraire ?

- Severus, écoute moi. » La voix d'Hermione était à nouveau douce, et elle lui prit la main qu'elle trouva douce et fraîche. « Elle me parle. Elle sait que tu ne me ferais jamais de mal. Elle commence à te connaître. Elle t'aime bien, tu sais. Elle me l'a dit. Pas plus tard que l'autre jour, elle m'a dit 'Vous savez, Miss Granger, je n'ai jamais vu un homme comme votre professeur. Il est glacial et rude au premier abord, mais je peux voir combien il est seul. Je suis heureuse qu'il vous ait.' Elle serait ton amie, si tu le voulais bien. »

Rogue soupira. « Hermione…

- Non, c'est la vérité ! Pourquoi faut-il toujours que tu imagines le pire ? » Ses yeux l'étudiaient avec perspicacité, scrutant son visage avec une infinie tendresse. « Ou alors, ce n'est pas des autres que tu imagines le pire, mais de toi-même ? »

Il se raidit et tenta de retirer ses mains, mais Hermione ne le laissa pas faire. « C'est cela, n'est-ce pas ? Tu n'arrives pas à imaginer qu'on puisse vouloir t'avoir pour ami, qu'on puisse tenir à toi. Comment peux-tu avoir une si piètre opinion de toi-même ?

- Hermione, je n'ai pas… » Il soupira avec lassitude. « Je ne suis pas quelqu'un de bien.

- Non, c'est vrai, » acquiesça-t-elle, « tu es un homme complexe. Tu es sarcastique, amer, parfois cruel… Mais aussi intelligent, loyal, et capable de bien plus de tendresse que toutes mes autres connaissances. Comment peux-tu ne pas voir toutes tes qualités, et te concentrer uniquement sur tes défauts ? Je ne serais pas ici, si ce n'était pas pour toi !

- Pas la peine de me le rappeler » répliqua Rogue d'une voix sombre, un rictus aux lèvres.

« Ca n'est pas de ça que je parle, et tu le sais très bien ! Tu me donnes de l'espoir, Severus, je n'avais rien auparavant. Tu me donnes le courage de continuer. Tu me donnes la force de croire en l'avenir… et quand j'essaie de te donner quelque chose en retour, tu nous rejettes, moi et mes sentiments. Je… je t'aime, Severus. Même si ce sort est terrifiant, je ne regrette pas totalement qu'il m'ait frappée. Si cela n'avait pas été le cas, je ne t'aurais jamais connu aussi bien, tu ne crois pas ? Tu es ce qu'il y a de meilleur dans tout ce bordel, Severus, dans ce nuage noir, tu es ma frange d'or. »

Severus resta longtemps sans rien dire, à regarder ces mains qui agrippaient les siennes. « Bécasse, » finit-il par murmuer, « je ne suis la 'frange d'or' de personne. Plutôt le gros nuage noir qui réussit à ruiner une journée qui avait si bien commencé. »

Hermione sentit son cœur se serrer, et opta pour un ton très doux. « Peut-être que si tu n'avais pas tant évolué dans le noir total… »

Il sourit à la gentille moquerie, et porta ses mains à ses lèvres pour en baiser doucement les phalanges, geste qui la fit presque chanceler. « Je n'ai rien fait dans ma vie pour te mériter.

- Tu es un héros. Et ça n'est pas là que je veux que tu m'embrasses, » murmura-t-elle, son souffle s'accélérant tandis qu'elle se penchait vers lui.

« Je… Hermione… » Son visage exprimait toute son hésitation et son désir. Hermione soupira. Elle sentait l'air crépiter autour d'eux, les légers courants d'électricité statique qui lui faisait dresser les cheveux sur la nuque. Son estomac était délicieusement noué, et elle sentait comme du miel liquide lui couler dans les veines. Le rythme de son cœur se calma et se ralentit. Quand elle s'aperçut qu'il était en train de contempler sa lèvre inférieure, elle passa sa langue dessus.

Il allait l'embrasser. Il allait l'embrasser, et elle était sur le point de prendre feu, là, dans ses bras. Il allait l'embrasser, et elle allait enfin le goûter, connaître la caresse et la saveur de sa bouche… Oh oui oui oui oui ouiiiii…

« Je suis navrée de vous interrompre, professeur Rogue, Miss Granger, » l'interrompit la voix désincarnée de Nettie,« mais il est minuit passé, et je sais que vous avez cours demain, professeur. »

Instinctivement, Hermione s'agrippa à ses mains. « Non, ne… »

Mais Severus était déjà en train de se dégager, partagé entre regret et soulagement. « Il faut que j'y aille, Hermione, il le faut…

- Promets-moi, » murmura-t-elle tandis qu'il s'évanouissait peu à peu de son esprit pour se retrouver face à elle, la regardant dans les yeux, « Promets-moi que tu m'aimeras, toi aussi… »

Elle ne sut jamais s'il l'avait entendue.

Quand il revint le soir suivant, ce fut comme si leur conversation de la veille n'avait jamais existé.

« Je pense qu'on a pris un mauvais départ avec ce sortilège, » annonça-t-il en guise de salut à son entrée dans la classe de potions. « La nuit dernière, je me suis rendu compte qu'en latin, 'Animulae Somnus' est du genre masculin. Je ne pense plus que Malefoy a trouvé ce sort dans un texte ancien. Je pense qu'il l'a créé spécifiquement pour moi. »

Hermione fronça les sourcils. « Comment ça ?

- Je ne pense pas que nous trouvions une solution dans un ouvrage quelconque » affirma-t-il, « et je ne sais pas pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt. Le sort était dirigé contre moi, en aucun cas il n'était censé te frapper toi. S'il avait été préparé pour une femme, tu aurais entendu 'Animulae Quies'

- Mais on le sait depuis le début, que ce sort t'était destiné ! » protesta Hermione. « Je ne vois pas ce qu'il y a de nouveau !

- Nous pensions qu'il était possible de trouver un contresort, mais à présent j'ai bien peur qu'il n'y en ait pas. Pas si c'est Malefoy lui-même qui a inventé le sort. Savoir qu'il m'a piégé avec un sort imparable, inconnu et sans remède serait tout à fait typique de son sens tordu de la justice. C'a toujours été un bâtard, mais un bâtard incroyablement génial. »

Ils avaient passé le reste de la soirée en théories et hypothèses, noircissant des parchemins et des parchemins d'idées qui tenaient compte de leur avancée, avant de les déchirer.

« S'il a été créé pour toi, comment ça se fait qu'il m'ait frappée ? » finit par demander une Hermione exaspérée, après que sa nouvelle hypothèse se fut heurtée à un obstacle infranchissable.

« Peut-être parce que tu me touchais au moment où le sort a fait son effet ? » proposa doucement Rogue. « Peut-être que c'est pour ça que tu te sens tellement… connectée à moi. Le sort de Malefoy a reconnu sa cible et t'a assimilée à moi… »

Hermione sentit un nerf la titiller sur sa joue droite. « J'espère que ce n'est pas ce que tu as ressassé tout l'après-midi. Ca n'est pas à cause d'un sort que je me suis mise à tenir à toi. »

Tout à coup, la discussion de la veille refit surface, et l'atmosphère se chargea à nouveau d'électricité. La tension était au moins dix fois plus insoutenable que la veille. « C'est pour cela que tu ne veux pas m'embrasser, n'est-ce pas ? Parce que tu penses que tout ça n'est pas réel, que je ne peux pas t'aimer ? C'est ça ? Hein ? »

Severus la regarda en fronçant les sourcils. « C'est compréhensible, si tu y réfléchis. D'ailleurs, tu as toi-même parlé de ta solitude. »

Hermione se renfrogna. « N'importe quoi. Je connais mon esprit.

- J'en suis sûr, » répliqua-t-il, « là n'est pas la question. Mais il faut que tu comprennes, Hermione ! Tu n'as que vingt ans, et tu es prisonnière de ton propre esprit depuis plus d'un an et demi. Tu m'as dit toi-même que tu mourrais d'envie qu'on te touche, ce que j'ai été un des rares à faire. Quels que soient mes sentiments… aller plus loin serait abuser de ta situation. Il est possible que tu penses avoir envie que je t'embrasse… » Sa vois tremblait légèrement. « Si tu avais le choix, je suis sûr que tu préfèrerais embrasser quelqu'un d'autre. »

Hermione secoua la tête, sentant le désespoir lui délier la langue. « C'est faux. Je te l'ai déjà dit : qui choisirais-je d'autre que toi ? Je sais que toi aussi tu en as envie. Je sais que tu tiens à moi. Tu m'as embrassé la paume de ma main. Tu… as rêvé de moi. »

Rogue parut gêné. « Heu… oui. » Il se racla la gorge et se pinça l'arête du nez. « Je ne peux nier le fait que j'en suis venu à tenir à toi. Tu m'as sauvé la vie et je me sens responsable de l'état dans lequel tu es maintenant. Mais je n'aurais pas dû t'embrasser la main. Ma seule excuse est que j'étais submergé par les émotions de la journée, par la joie de te retrouver vivante et plutôt saine d'esprit dans ton… adorable monde imaginaire. » Il sourit gentiment à ces derniers mots, et Hermione se sentit captivée.

« Mais tu as envie de moi ! » Hermione se détesta pour l'air implorant avec lequel elle avait formulé ces mots. « Tu ne peux pas dire le contraire.

- Arrête de rendre les choses encore plus compliquées ! » répondit-il d'un ton irrité. « Je ne suis qu'un homme, Hermione, mais un homme de principes, quoi que puissent en penser les autres. Peut-être qu'après qu'on t'a sortie de là, si tu en as toujours envie… »

Il avait dit cela les yeux baissés, occupé à lisser sa robe, ses doigts semblant luire étrangement contre le tissu sombre. Hermione avait remarqué qu'il faisait toujours cela quand il voulait faire semblant de ne pas être intéressé par leur discussion, comme si le fait d'épiler minutieusement les bouloches sur ses manches ou de lisser un pli invisible était plus important que ce qu'elle pouvait dire. Cela lui donna le courage de planifier son idée une fois pour toutes avant qu'il ne parte.

« Oui, j'en aurai toujours envie, » répondit-elle d'un ton doux mais ferme, « et je te le prouverai dès que je serai libre. En attendant, il faut qu'on essaie tous les antidotes possibles. Comme un baiser.

- Hermione…

- Non, je n'écoute plus rien. Je sais que tu penses que ça ne va pas marcher, et je suis un peu d'accord, mais justement, ne serait-ce pas du Lucius Malefoy tout craché ? Ne penserait-il pas que personne ne voudrait t'embrasser ? Tu dois admettre que je n'ai pas tort, sur ce point ! »

Severus acquiesça, et Hermione sourit triomphalement. « Parle à Nettie. Dis-lui ce que tu as l'intention de faire. Je la crois plus compréhensive que tu ne le penses. Elle n'ira pas prévenir Albus ou Harry que tu m'as embrassée.

- A ta place je n'en serais pas si sûr, » répondit-il d'un ton acide. « Tu oublies qu'elle est apparentée à la plus grande commère de Poudlard. »

Hermione éclata de rire, le cœur en fête. Il n'avait pas dit non. « Oublie Madame Pomfresh ! S'il te plaît, parle à Nettie. Je pense que tu seras surpris. »

A suivre…


NdT. Toutes mes plus plates excuses aux latinistes qui passent dans le coin. Vous n'imaginez pas quel fut mon dilemme : deux ans de latin intensif avec versions sans dictionnaire pour finalement aboutir à cela. Il fallait choisir : trahir le texte anglais ou trahir Cicéron. Je pense que d'autres traducteurs auraient allègrement choisi de respecter le texte anglais au détriment de la grammaire latine, mais mon cœur de Chartiste s'y refuse. Donc j'ai dû légèrement transformer les propos de Michmak (qui parlait d'Animula somnus au masculinet d'Animulae somnusiau féminin ! HORREUR !!! Barbarisme ET solicisme !). D'un point de vue grammatical, l'emploi du masculin ou du féminin ne change rien au sort car il n'a pas de rapport avec sa cible… Enfin bon, je suppose que ce genre de note n'intéresse pas grand monde. Je me tais, je me tais.

A propos du nuage noir et de la frange d'or : j'ai traduit les paroles d'Hermione en pensant à une chanson qui s'appelle « L'Espérance » et que vous connaissez peut-être. Voilà le refrain (le chanteur a rencontré un oiseau qui lui parle) : « Il me dit 'reprends courage / L'espérance est un trésor / Même le plus noir nuage / A toujours sa frange d'or' » N'hésitez pas à me demander si vous voulez le reste de la chanson. Mais je précise que même si j'ai pensé à cette chanson pour ma traduction, elle respecte le texte anglais. Le thème du noir nuage frangé d'or (le texte anglais dit « d'argent ») semble être récurrent dans la culture occidentale (du fait d'un fonds chrétien je pense), et ce de manière internationale. Ahem. Encore une digression pas forcément indispensable.

Revenons donc à nos moutons. Alors, qu'en pensez-vous ? Ca y est, Hermione s'est déclarée… On avance, on avance ! A votre avis, que va dire Nettie ? Comment se déroulera le baiser ? Harry va-t-il l'apprendre ?

Vos avis, vos commentaires et vos réactions en page reviews… A bientôt ! Et même à très bientôt car… Roulements de tambours J'AI INTERNET !!!! ALLELUIA !!!!