Auteur : Selsynn

Bêta : Eladora

Commentaire de l'auteur : Et voilà la suite ! Bonne lecture !


Chapitre 11 : Un soir de désespoir

Il était tard, et Severus se servit un verre de sa réserve spéciale. Peu lui importait de ne pas pouvoir faire la tournée des couloirs ce soir. Ni de ne pouvoir surveiller ses chers élèves.

Une seule idée tournoyait dans sa tête : « Et si c'était vrai ? »

Il ne savait pas comment réagir, car il avait toujours eu quelqu'un qui avait pu lui dire la morale de ce qu'il avait fait. Sa dernière amie était morte, il y a longtemps, et celui qu'il considérait comme un mentor avait tout oublié.

Il était seul. Et il trouvait l'idée de la solitude trop pesante pour être abordée sobre. Alors, il buvait. Pour oublier la mort de Lily, pour oublier que le seul souvenir de Lily qu'il avait été présentement allongé quelques étages au dessus de lui. Il voulait oublier tout ce que cela impliquait, tout ce que cela signifiait.

Dans la douce torpeur liée à l'alcool, il avait l'illusion qu'elle était toujours en vie. Son amie, Lily.

Il la voyait, se tenir dans l'embrasure de la porte, les mains sur les hanches, un air désapprobateur, tandis qu'elle observait la bouteille d'alcool presque vide.

Minute, s'il rêvait, il n'avait pas besoin de rêver de boire ? Apparemment, si.

Elle s'avança vers lui, le visage tendu par une grimace de dégoût.

« Je suis désolé, Lily… Je n'ai jamais voulu te traiter de sang-de-bourbe…. Jamais. Ça m'a juste échappé… »

Il s'attendait à une pique, à une engueulade, à des cris, ou des pleurs, c'est pour cela qu'il posa sa main sur sa joue brulante.

Une claque.

Elle lui avait donné une claque ! Il avait vraiment du mal à croire que ce put être possible. Pas sa Lily, tout de même ?

Pourtant, sa joue le lançait toujours, et il observa la jeune femme avec une expression ahurie. Elle ne se laissa rien conter, et tandis que son contour devenait flou, sa voix emplit le salon.

« Au lit, Sev. Tu t'es fait assez de dégâts comme ça ! »

Il se laissa guider par l'injonction, ne parlementant pas avec sa Lily, il savait que c'était inutile.

Il s'installa dans son lit et se laissa border, mais il fut triste quand elle s'en alla, sans plus un regard en arrière.

Dans son lit, les draps ne lui avaient jamais semblé aussi moelleux, ni aussi doux, et dans la chambre, il régnait un parfum de caramel, un peu semblable à celui qu'elle utilisait lors des grandes occasions.

Il s'endormit et rêva pour la première fois depuis de longues années de ce qui s'était passé après. Après qu'elle soit morte, et que son fils ait survécu.

Le lendemain matin, son mal de crâne lui semblait insurmontable, et il vit avec reconnaissance une potion contre la migraine sur sa table de chevet.

Elle était accompagnée d'un petit mot.

« Nous devons parler, Severus. Et si possible, pas quand tu es bourré et que tu me prends pour ma nièce.

Mark. »

Toutes ses émotions s'envolèrent, le sang disparut du visage. Il essaya de se souvenir de la veille, mais n'y parvint pas. Il sortit de sa chambre, avec toujours autant d'interrogations et se figea en découvrant le cadavre de la bouteille.

Il lui restait un cinquième de son contenu.

Petit à petit, des souvenirs épars revinrent, l'apparition subite d'une Lily assez floue, qui devait être en fait Mark. Et la honte s'incrusta dans son mea-culpa.

Il ne boirait plus jamais d'alcool tant que Mark serait dans le château. D'un autre coté, il serait très inadmissible qu'il montre, une seconde fois, un tel état de faiblesse devant n'importe qui. Donc, en fait, il ne boirait plus jamais quand il serait seul.

S'il arrivait à tenir la réalisation qu'il était toujours le seul à avoir la moindre petite idée de qui était réellement cet enfant.

Il repoussa les problèmes jusqu'à après son petit-déjeuner, car réfléchir le ventre vide donne des maux d'estomac. Et à la tête aussi. À moins que ce ne soit des relents de sa soirée de la veille.

Il alla donc à la grande salle, pour se servir de tranches de bacon et d'œufs brouillés. Tandis qu'il hésitait à se servir une seconde saucisse, un hibou arriva devant lui, pour lui délivrer une nouvelle lettre.

« Severus,

Je suis désolé, je dois rentrer, un problème urgent m'appelle. Il paraitrait que l'on est entré en effraction chez moi.

Sois gentil, occupe-toi de Lilliane comme d'une sœur.

Je reviens dès que j'ai fini de m'occuper de ces soucis. N'oublie pas notre petite discussion future. Prépare là, je te promets d'en faire autant.

Amicalement,

Mark Evans. »

Severus reconnut l'oiseau, comme un de la volière de l'école. Mark devait être en train de partir, ou alors, il avait bien préparé son coup.

Ses yeux vides détaillèrent le parchemin encore quelques instants avant de décider que c'était un bel enrobage pour que Mark s'en aille et que ce soit lui, Severus, qui ait la charge de veiller sur les trouble-fêtes. Ou plus exactement, sur l'aimant à problème de Serpentard. Cela lui rappela qu'il avait oublié de s'occuper des cas de Malfoy et Nott hier.

Son déjeuner terminé, de toute façon, il n'avait plus faim, la lettre lui avait coupé ce qui lui restait. Il se leva et se dirigea vers le groupe de Serpentard de deuxième année.

« Messieurs Malfoy et Nott, je veux vous voir avant 18 h dans mon bureau. Vous connaissez la procédure… »

Il se retourna et quitta la salle surpeuplée pour son léger mal de crâne lancinant. Il se réfugia dans sa salle de cours, et soupira pour de bon. Une nouvelle journée s'annonçait, et il n'aimait pas ça du tout. Il aurait préféré ne pas être professeurs, ne pas avoir à faire de cours à des élèves…

Peut-être même qu'il aurait préféré être mort au lieu de souffrir dans le monde des vivants.

Il relut son plan de cours dans cette ambiance surplombée de regrets puis tout changea quand les élèves entrèrent. Il retrouva son masque, celui qui le faisait craindre des élèves. Celui qu'il haïssait plus que tout.

Il avait envie de hurler au monde qu'il n'était pas comme cela, qu'il pouvait être autrement, mais aucun mot ne franchirait ses lèvres. Maudit, il resterait l'infâme professeur de potion jusqu'à son dernier souffle et rien ne pourra vraisemblablement changer cela.

Severus regarda l'heure, grâce à un discret tempus. Il lui restait une demi-heure. Il commença à griffonner deux ou trois mots, qui prirent de plus en plus de sens. Jusqu'à former une lettre.

« Lily… Lily…

Pourquoi nous as-tu laissés seuls ? Pourquoi n'ai jamais été capable de me faire pardonner, ou de t'oublier directement ? Eh dis-moi, toi qui es morte, comment cela se passe, et si tu es contente de ce que tu vois dans l'au-delà !

J'aimerais des fois penser que c'est toi, dans le bout de femme qui se repose à l'infirmerie, et même si elle me rappelle beaucoup de tes maniérismes, elle n'est définitivement pas toi. Elle est beaucoup trop violente et renfermée pour être comme toi.

Mais il y a, quand elle dort, le même sourire que toi. Peut-être simplement le fait d'être aux côtés de Mark. Peut-être seulement. Ou sinon, cela voudrait dire que mon explication n'est pas complètement insensée.

Tu avais un fils qui a disparu, et voila que cette fille apparaît de nulle part. Je saute peut-être aux conclusions, mais je suis sûr que tu ne t'es pas réincarné dans cette fille. Et aussi inimaginable, je crois que cette fille est ton fils.

Le sauveur du monde sorcier, un Serpentard ! Ils en feront des gorges chaudes quand ils apprendront…

Bref, l'heure de mon cours approche, alors je vais laisser cette lettre. La clore. Je vais la sceller, comme si j'allais réellement te l'envoyer. Je vais même la confier à une chouette de l'école, on verra si j'ai une réponse…

Je voulais juste un pardon, je m'excuse, Lily.

Sev »

Il prépara ses dernières affaires, puis installa les réserves des ingrédients sur les étagères, pour que les étudiants les aient rapidement. Et comme il faisait souvent, il enleva tous les ingrédients à risques, les laissant reposer dans sa Réserve.

Puis, il s'effondra à son bureau, en relisant une dernière fois son plan de cours. Il ne lui semblait pas être aussi stressé les autres cours. Mais là encore, il en attribuait le fait à sa migraine terrible, qui lui faisait presque regretter d'être né. Ou plus exactement, d'avoir ouvert cette bouteille la veille au soir.

Finalement, les élèves entrèrent, des troisièmes années. Il ne se passa rien d'extraordinaire dans ce cours, mais les pensées de Severus eurent du mal à se discipliner, il pensait un peu trop souvent à la petite fille allongée à l'infirmerie. Et ses pensées dérivaient ensuite vers Lily, puis Mark…

Bref, rarement les potions ou ses étudiants ont été aussi loin de ses sujets de préoccupation. C'est pourquoi, dès qu'il eut terminé son cours, il attendit avec impatience que tous ses élèves partent, pour, quelques potions de sa réserve sous le bras, aller rendre visite à l'infirmerie.

La petite était réveillée, et semblait en grande conversation avec l'infirmière.