Bonsoir chers lecteurs et lectrices,

Me revoilà enfin. Oui je sais il s'est passé beaucoup de temps, mais je préfère prendre mon temps pour bien écrire plutôt que de faire quelque chose de brouillon. Ou plutôt disons que je suis incapable de négliger l'écriture, donc je m'applique un maximum. Je n'ai pas grand chose à rajouter si ce n'est une bonne lecture !

Merci à tous ceux qui continuent à me lire, sans lecteurs ça ne servirait à rien de continuer à écrire. C'est vous qui me donnez la force de poursuivre cette fiction. A bientôt pour la suite.

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Chapitre 36 : Le Val Sans Retour

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Lorsque Azra amena Hermione dans la plus grande pièce de la péniche, seul Manzone se trouvait présent, affalé comme à son habitude sur son siège surélevé. Azra tira sur les chaînes qui emprisonnaient les poignets d'Hermione pour forcer celle-ci à s'agenouiller. De très mauvaise grâce, la brune s'exécuta, non sans cesser une seule seconde de fixer Manzone avec ses prunelles chocolat.

– Tu peux la lâcher ma petite perle, déclara le vieux gitan à l'intention de sa fille.

Il se redressa sur son siège et fronça les sourcils tout en examinant Hermione de haut.

– Vous avez les lèvres toutes gercées, lui dit-il pour débuter. Il faut boire.

– Rendez-moi ma baguette, gronda la jeune femme pour toute réponse.

– Impossible.

– Depuis combien de temps suis-je enfermée dans vos cales ?

– Une semaine je dirais.

– Vous êtes conscient que vous allez payer très sévèrement ce que vous m'avez fait à moi et à mes amis ? Le menaça-t-elle.

Manzone secoua la tête et se mit à rire.

– C'est de biens belles paroles tout ça ma belle, mais elles ne me font pas peur. Surtout venant d'une pauvre femme amochée comme vous. Vous avez du sang qui coule de votre nez.

– La faute en revient à votre clan !

– Azra vous a dit n'est-ce pas ce qu'on faisait aux sorciers avant ? On les noyait. C'est ce que vous voulez ?

– Plutôt ça que de pourrir au fond d'une cale ! Cracha Hermione. Autant en finir tout de suite si c'est ce que vous voulez !

– C'est pas ça que je veux ma belle. Vous et vos sorciers d'amis vous m'avez menti. Et les menteurs on ne les noie pas : on leur tranche la langue. Mais avant de vous infliger à toi et à tes compagnons le juste châtiment, j'ai besoin de rejoindre mon frère et son clan. Nous faisons route vers lui maintenant.

– Rogue a payé le prix de la traversée ! Enragea Hermione. Vous l'avez volé ! Où est-ce que vous nous emmenez ? Nous devrions aller sur Paris !

– Paris ? Pff ! Je vais rejoindre le clan de mon frère j'ai dit. J'ai tous les droits de changer de destination en cours de route. C'est mon navire ! Azra ma petite perle, remmène-la dans les cales et veille à bien l'enchaîner.

Hermione tenta de se débattre lorsque la fille du gitan la releva de force, mais cela n'eut pour seul effet que de serrer encore plus la poigne d'Azra.

– C'était donc ça votre audience ? S'énerva Hermione en regardant Manzone. Puisque c'est comme cela que ça se passe sur votre péniche, je préfère m'entretenir avec Vieille Rupa.

– Avec ma tante ? Fit Manzone d'un air soupçonneux. Et pourquoi donc ?

– Parce que moi aussi j'ai à lui parler.

Azra, Hermione et Manzone se retournèrent tous d'un seul coup pour fixer Vieille Rupa qui venait de surgir du néant.

– D'où tu sors encore ? Grogna Manzone. Tu bouges trop Vieille Rupa. Reste dans ton salon, ça rallongera ta vie.

– Ça il n'y a que moi qui peut le savoir, répliqua-t-elle en faisant un sourire torve à son neveu.

La vieille gitane se tourna ensuite vers Hermione, et fit un geste impatient de la main pour que Azra la laisse tranquille.

– Retourne avec ta sœur ma petite perle, dit Vieille Rupa à l'adresse de sa petite-nièce tout en s'emparant de la clef des menottes pour délivrer Hermione de ses chaînes.

– Vieille Rupa ! S'exclama Manzone une fois que Azra fut partie. J'ai ordonné qu'on la ramène enchaînée dans les cales !

– J'en ai décidé autrement. Essaie donc de m'en empêcher, balourd comme tu es tu dois déjà avoir du mal à marcher, alors n'espère pas pouvoir me dire ce que je dois faire.

Vieille Rupa n'attendit pas de réplique, saisissant fermement le poignet d'Hermione avec une de ses mains tordues et crochues comme des serres pour l'emmener hors de la pièce.

– Où est-ce que vous m'emmenez ? La questionna Hermione tandis que la vieille gitane lui faisait franchir une tapisserie, puis une autre encore, et encore une autre.

Vieille Rupa ne répondit pas. Elle se contentât de serrer fermement le poignet de la jolie brune tout en l'entraînant vers l'arrière de la péniche. Toutes les deux passèrent par une pièce qui semblait être la cuisine de bord, puis par une chambre miteuse où quelqu'un dormait, et enfin par un petit couloir où se trouvait trois portes. Vieille Rupa fit franchir à Hermione la porte du bout du couloir.

– Où sommes-nous ? Questionna à nouveau la jeune femme.

Vieille Rupa ne répondit rien. La pièce dans laquelle elle venait de pénétrer était dépourvue de toute lumière, il y faisait noir comme dans un four. À une exception près toutefois : une chandelle unique était allumée et posée sur ce qui semblait être une table basse.

– Assit-toi.

Le ton autoritaire de la voix obligea Hermione a obéir. Grâce à la lumière de la chandelle, elle trouva dans l'obscurité un fauteuil dans lequel elle prit place. Elle poussa un soupir d'aise en sentant sous ses fesses la douceur moelleuse du velours, si agréable par rapport au sol si dur de la cale. De ses yeux perçants, elle observa Vieille Rupa s'asseoir elle aussi.

– Comment avez-vous su ? À propos du fait que j'étais une sorcière ?

– Nul autre que moi n'est prophète à bord de ce bateau.

Hermione éprouva alors la même impression de malaise en voyant les deux yeux de la vieille gitane la fixer, comme lors du premier repas qu'elle avait pris sur la péniche.

– Vous voulez quoi de moi ? Pourquoi vous vous êtes interposée quand Manzone a voulu me réexpédier dans les cales ? Répondez-moi.

– Tu poses trop de questions petite fornicatrice.

– Je ne suis pas une...

– Oh bien sûr que non. Si je n'étais pas intervenue lorsque tu as commencé à dorloter ce cher petit Myro, tu aurais sûrement poussée le vice jusqu'au bout, et alors tu serais véritablement une petite fornicatrice. Mais Dieu merci je suis intervenue à temps.

– De quel droit jugez-vous...

– De quel droit ? Voyons ma petite, tu es déjà promise à un autre.

– Qu...quoi ? Qu'est-ce que vous racontez ? C'est pour ça que vous m'avez insultée et assommée ? Qu'est-ce que ça signifie ?

– Tu es déjà promise, maintient Vieille Rupa. C'est forniquer que de se livrer à un autre lorsque notre cœur n'est plus à prendre. Ainsi en va-t-il chez nous, ainsi en va-t-il chez toi. Les mariniers et les terriens, ce sont les jolies choses que t'a raconté mon petit-neveu. Le monde est plus complexe que ça, n'est-ce pas ?

– Je veux sortir d'ici ! S'écria soudain Hermione en se levant.

– Tu es la Reine.

La jeune femme fronça ses sourcils charbonneux et fixa intensément la vieille gitane.

– Tu es la Reine du Temple, et ton Roi pleure ton absence. Il est si beau avec ses yeux gris et ses cheveux blonds comme des fils d'or, mais il est si triste loin de l'élu de son cœur. Ce Roi n'ignore pas un pouvoir que la Reine ignore. La Reine ignore ce qui fait qu'elle est Reine. Elle ignore le sang qui est le sien, le sang qui coule dans ses veines. Elle ignore le fait que ceux qui ont le même sang vont tous mourir, et qu'il ne restera plus qu'elle.

Hermione resta pétrifiée par les paroles de la vieille gitane. Elle en retomba d'effarement dans son fauteuil.

– Ce sont les paroles d'une antique prophétie, déclara Vieille Rupa. Rempli de mystère n'est-ce pas ? J'aurais bien aimée savoir qui était cette reine. Elle doit être morte depuis bien longtemps.

– Et si elle ne l'était pas ?

La bouche d'Hermione s'était ouverte sans son consentement. Elle plaqua une main dessus trop tard.

– Peut-être, mais les reines et les rois sont si rares, et les reines et les rois dotés de pouvoirs magiques n'existent plus. S'il y en avait encore, il serait impossible qu'il y ait autant de guerres et de morts.

Vieille Rupa fixa alors son regard sur quelque chose au niveau de la poitrine d'Hermione. La jeune femme vit alors qu'il s'agissait de son médaillon, qu'elle s'était empressée de récupérer grâce à Ron.

– Donne-moi ça.

– Non.

– Donne-moi ça petite sorcière.

– Je ne peux pas vous le donner. À moins que vous ne me rendiez ma baguette.

Vieille Rupa esquissa une horrible grimace dans la semi-obscurité de la pièce.

– J'ai toujours rêvé d'être une sorcière véritable vois-tu, dit-elle à Hermione. J'aurais pu en être une, ajouta-t-elle.

– Vous êtes...une cracmol ? S'esclaffa Hermione.

– Ma sœur était une sorcière, et ma mère aussi. Elles étaient toutes deux capables de lire l'avenir dans les boules de cristal. J'ai hérité d'une partie de ce pouvoir-là malgré tout. Je peux prophétiser certaines choses. D'autres gitans me payent pour ça. Et même des terriens. Donne-moi ton médaillon et je lirais dans ton avenir.

Hermione se figea un instant.

– Vous ne m'aurez pas de cette façon, finit-elle par dire. Votre neveu m'a bien fait comprendre qu'on allait me couper la langue à moi et à mes amis pour avoir menti. Le voilà mon avenir.

– Tu te trompes petite sorcière. Ta vie ne s'arrêtera pas sur cette péniche. Maintenant, donne-moi ton bijou. Je ne vais pas te rendre ta baguette, mais je vais te livrer quelques images de ton avenir.

– Qu'est-ce qui me garantit que vous n'allez pas vous enfuir avec ?

– C'est un bijou magique que tu as petite sorcière. De quelle utilité serait-il pour moi ?

– Très bien, abdiqua Hermione. Mais une fois que vous aurez prophétisé mon avenir, rendez-le-moi et faites-moi sortir d'ici.

Vieille Rupa hocha la tête, puis saisit le médaillon que Hermione lui tendit. Le rubis encastré à l'intérieur rougeoya lorsque la vieille femme le prit dans ses mains. Rapidement la lumière dégagée par le bijou devient si éclatante qu'elle éclipsa celle dégagée par la chandelle. La chaleur du médaillon irradiait dans toute la pièce, et Hermione eu peur que Vieille Rupa ne se brûle les mains. Cependant, la vieille gitane serra le médaillon dans ses mains et commença à prophétiser l'avenir.

– Je vois...la mort...la désolation...je vois un amoncellement de nuages noirs...je vois la couleur pourpre du sang couler sur l'éclatante blancheur de la neige...je vois les crocs d'un loup rouges de sang...je vois de grandes montagnes aussi belles que terribles...je vois un château dans ces montagnes...je vois une épée au pommeau à tête de griffon...je vois les flammes brûler tout autour...j'entends les hurlements...je sens la froideur de la glace...je vois les larmes couler...le sang couler...les larmes d'un oiseau...et la mort partout...partout...

Vieille Rupa rouvrit les yeux qu'elle avait gardés fermés, puis elle lâcha brusquement le médaillon par terre et fixa Hermione.

– J'ai lu ton avenir petite sorcière. Reprend ton bijou et sors d'ici. Retourne auprès des tiens.

Hermione se leva lentement, reprit son médaillon et le passa à nouveau autour de son cou, puis sortit de la pièce tout en essayant de garder en mémoire tout ce que Vieille Rupa lui avait dit, non sans trembler au tréfonds de son être à cause des terribles paroles que la vieille gitane avait proférer.

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Suite à son entretien avec Vieille Rupa, la situation d'Hermione changea du jour au lendemain. Celle de ses amis aussi. Tous les sept furent tirés des cales et chacun d'entre eux se retrouva dès lors enchaîné dans une cabine avec l'un des gitans du clan. À croire que l'entretien d'Hermione avait porté ses fruits. La belle brune se retrouva dorénavant enchaînée dans la cabine où dormait Azra, celle-ci la délivrant de ses chaînes uniquement lorsqu'elle se trouvait en sa présence, généralement à l'heure du petit-déjeuner, du déjeuner et du dîner. Lorsque Azra s'absentait, soit la porte de la cabine étais fermée à clé et dans ce cas Hermione était libre de ses mouvements, ou bien elle restait enchaînée. La nuit, elle était évidemment enchaînée également. Deux jours précisément après avoir été transférée dans la cabine d'Azra, Hermione appris de la bouche de la jeune gitane que ses amis se trouvaient tous comme elle cloîtrés dans des cabines. Pansy se trouvait avec Lorena, Tracey avec Siloé et Silvio, Ronald avec Miguel et Blouma, Harry avec Tonio, Dean avec Myro, et pour finir Neville avec Mayron et Mycah.

Désormais, Hermione pouvait compter précisément le nombre de jours qui s'écoulaient car il y avait un hublot dans la cabine. Ainsi elle pouvait bénéficier de la lumière du soleil, et cela la rendait plus ragaillardie que son séjour cauchemardesque dans les cales de la péniche. Son nez ne lui faisait plus mal, son crâne non plus, mais désormais un autre problème la taraudait : les paroles de Vieille Rupa. Celles-ci résonnaient encore dans sa tête, et chaque fois qu'une vague de peur la faisait frissonner, elle serrait très fort son médaillon contre sa poitrine dans l'espoir qu'il la réchauffe et qu'il lui donne du courage.

Il s'était écoulé au total cinq jours depuis l'entretien d'Hermione et de Vieille Rupa, lorsque soudain par une douce matinée les moteurs de la péniche s'arrêtèrent subitement de ronronner, et le bateau s'immobilisa.

– Que se passe-t-il ? Demanda Hermione à Azra.

– Nous sommes arrivés auprès de la péniche de mon oncle, décréta la jeune gitane en regardant par le hublot de sa cabine.

– Ah...je vois. Ça signifie que le jour où votre père va me trancher la langue est arrivé.

– Peut-être pas. Il dit souvent des menaces en l'air.

Hermione se renfrogna malgré tout. Elle commençait vraiment à devenir irritable sans sa baguette, et son humeur avait empirée de jour en jour. Le fait qu'elle puisse à nouveau manger de bons repas n'y avait rien changé. Si un Mangemort l'avait trouvée là, il n'aurait pas manqué de ricaner en lui disant que c'était sa véritable place, sans baguette et enchaînée parmi les gitans. Mais il aurait eu tort. Hermione était une fille de moldus, ça elle ne l'oublierait jamais et elle en était fière, mais elle savait au fond d'elle-même qu'elle resterait à jamais une sorcière, et une sorcière a besoin de sa baguette comme un cerveau à besoin d'oxygène.

– Lève-toi ! Ordonna Azra, la tirant de ses pensées. Je vais t'emmener sur le pont.

Hermione voulût demander dans quel but, mais elle se mordit la lèvre à temps. Inutile d'empirer sa situation en jouant les filles curieuses.

Azra lui retira ses chaînes, mais elle conserva des menottes aux poignets. La jeune gitane la conduisit ensuite sur le pont, comme elle le lui avait dit. C'était la première fois qu'Hermione goûtait au plein air depuis sa tentative ratée d'escapade nocturne. Cette fois-ci le soleil était haut dans le ciel, et le spectacle qui s'offrait à son regard était assez impressionnant.

La péniche avait en effet jetée l'encre dans une petite baie, non loin du rivage. La péniche de Manzone n'était pourtant pas la seule car une quinzaine d'autres bateaux de tailles et de couleurs diverses se trouvaient là. En plissant les yeux, Hermione distingua une forte activité sur les autres ponts, et déduisit d'après le physique des individus qu'il s'agissait aussi de gitans.

– Nous sommes dans un refuge, expliqua Azra. Cet endroit sert de havre à de nombreuses familles de mariniers, qui y accostent plus ou moins longtemps avant de reprendre leur route.

Elle fit pivoter Hermione, et celle-ci vit alors que tout le clan de gitans se trouvait sur le pont, ainsi que tous ses amis. Harry avait les lunettes noires de crasse et les cheveux en bataille tandis Ron portait encore les stigmates du coup qu'il avait reçu et qui avait ouvert son arcade sourcilière. Quant aux autres, ils n'étaient guère plus reluisants. Hermione elle-même se savait sale et négligée.

– Contente de te revoir, lui chuchota Pansy.

– Je me demande ce que signifie tout ça, lui répondit-elle en désignant d'un large geste de la main toutes les péniches amarrées dans la baie.

– Bel endroit en tout cas. Et puis il fait si bon...je me demande où nous sommes.

À cet instant précis, Manzone s'avança au milieu du pont en fixa chacun de ses petits yeux noirs enfoncés dans les orbites. Son obésité frappa Hermione comme au premier jour, mais elle se garda de faire la moindre remarque car le chef du clan semblait de mauvaise humeur.

– Nous sommes arrivés à la baie des mariniers, notre havre de repos, débuta-t-il de sa voix rocailleuse. Nous nous arrêterons ici un certain temps. Chayana, dit-il en regardant sa femme, je veux que tu apportes des cadeaux à mon frère au nom de tout le clan. Mayron, dit-il en toisant son fils aîné, met les barques à l'eau avec tes frères pour qu'on puisse aller sur le rivage. Silvio, ajouta-t-il en se tournant vers son gendre, tu surveilles les prisonniers et tu les amène en premier à terre. Les autres, vous prenez tout ce que vous avez besoin pour aller sur le rivage ! Aller au boulot !

Il tapa violemment dans ses mains, et chacun s'empressa d'accomplir sa tâche. Azra lâcha Hermione et quitta le pont de la péniche. Elle était désormais libre, mais les menottes qui entravaient ses poignets, ainsi que l'eau qui entourait le bateau et l'œil vigilant de Silvio relativisait cette liberté. Si elle voulait s'enfuir, il lui suffisait de sauter par-dessus bord, mais dans ce cas c'était dire adieu à sa baguette, encore détenue par les gitans.

– Première barque mise à l'eau ! Gueula Mayron.

– Ouais ouais d'accord ! Répliqua Silvio. Suivez-moi vous autres, ajouta-t-il en empoignant sans douceur Pansy.

Tous obéirent, et bientôt ils se retrouvèrent à huit dans une petite barque. Le gitan Silvio se mit à ramer en direction du rivage, et Hermione caressa un instant l'idée de l'assommer et de le jeter à l'eau pour pouvoir s'enfuir avec ses amis. Mais cela n'aurait rimé à rien car elle vit rapidement que le rivage était infesté par une nuée de gitans. Il y en avait plus d'une centaine qui étaient amassés non loin de la mer, et des odeurs multiples se dégageaient de leurs campements constitués de tentes de camping ou de caravanes.

Silvio ouvrit à la volée la porte d'une caravane déserte et les flanqua tous les sept à l'intérieur.

– Vous bougez pas d'ici vous autres, vu ?!

Ron grogna pour tout réponse, et le gitan prit ça pour un acquiescement. Il referma vivement la porte de la caravane, et dès lors il n'y eut plus aucun bruit.

– On fait quoi ? Articula Dean au bout d'un moment.

– Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? Répliqua Tracey.

– Je ne sais pas...on pourrait tenter de s'évader par exemple...

– Vu comment ça a fini la dernière fois, je préfère éviter, grommela Ron en désignant son arcade sourcilière.

Harry s'affala de tout son long sur le sol de la caravane en poussant un soupir à fendre l'âme.

– Tu vas bien mon chéri ? S'inquiéta Pansy en lui saisissant la main.

Il grimaça, puis se redressa un peu et palpa sa cicatrice.

– Elle te fait encore mal ? Devina-t-elle immédiatement.

Hermione posa un regard soucieux sur son meilleur ami. Une nausée la prit lorsqu'elle se rappela les mots écrits dans le testament de son ancien directeur.

– Harry ! Tu ne dois pas laisser Voldemort rentrer dans ton esprit ! Dit-elle d'une voix suraiguë qui trahissait sa peur.

Son ami ne sembla pas l'entendre, s'efforçant de calmer les élancements douloureux de sa cicatrice en se massant les tempes.

– Harry ! S'exclama-t-elle de sa voix empreinte d'une peur affreuse. Tu m'écoutes ?

– Je t'écoute Hermione...mais c'est lui...c'est lui qui ne ferme pas son esprit...je suis obligé de subir des visions...

– Ressaisis-toi Harry ! Le sermonna-t-elle. Ce n'est vraiment pas le moment que tu flanches !

Vous allez mourir Harry. Les terribles mots écrits sur le parchemin par Dumbledore hantaient encore Hermione. Elle eût tellement peur qu'elle se mis à trembler légèrement. Harry ne peut pas mourir, se dit-elle, pas maintenant, pas après toutes les épreuves auxquelles il a survécu. Il est le Survivant.

Mais elle savait au fond d'elle-même que tout ça n'avait aucune importance. Tout le monde meurt un jour, lui avait si justement rappelé Drago en ce temps si lointain où ils étaient ensemble à Poudlard. Même les phénix, même les étoiles meurent, avait-il rajouté. Il avait raison. La nuit où Poudlard avait sombré dans la tourmente, les étoiles s'étaient éteintes et le lendemain au matin Fumsec était parti mourir lui aussi. Dumbledore était mort également. Harry était mortel plus que quiconque et il allait mourir. La question était de savoir quand et comment.

Hermione fixa ses amis d'un œil anxieux. Si Harry venait à mourir prochainement, Pansy se laisserait mourir de chagrin. Ron était infirme. Dean, Tracey et Neville lui feraient endosser toutes les responsabilités. Elle détestait commander un groupe et montrer la voie à suivre, considérant depuis plus de sept ans que ce rôle-là revenait à Harry au sein de leur trio avec Ron. Si Harry n'était plus là, Ronald étant infirme, tout se reporterait sur elle. Et ça ne lui plaisait pas du tout. Sans compter qu'elle risquerait aussi de se laisser mourir de chagrin.

– Nous devons tenter de nous évader comme tu l'a si bien dit Dean, affirma-t-elle. Nous rentrons en Angleterre, chez nous.

L'ensemble de ses compagnons de route se figèrent et la regardèrent comme si elle était devenue folle.

– Hermione, on ne peut pas voyons, déclara Neville. C'est la guerre là-bas et...

– Justement Neville, nous devons nous battre pour que ça cesse, et ce n'est pas en retrouvant Drago Malefoy que nous ramèneront la paix et la prospérité à notre pays.

– Tu nous avais promis que nous retrouverions Malefoy...

– C'était avant que l'état de Harry n'empire ! Et c'était avant qu'on se fasse trahir par des gitans !

– Hermione calme-toi, lui dit Ron. Nous devions aller à Paris, là où se trouve le nouveau quartier-général de l'Ordre du Phénix, tu te souviens ? Si on retourne en Angleterre, c'est la mort assurée. Nous n'aurons aucun endroit où nous cacher là-bas.

– Eh bien je t'écoute Ronald Weasley ! Parle-moi de ton « super plan » pour nous sortir d'ici et aller jusqu'au QG de l'Ordre.

– Hermione calme-toi. C'est toi qui est en train de flancher, tu ne vois pas ? Respire un bon coup et calme-toi. On a besoin de ton aide.

Elle se figea en remarquant que c'était Harry qui venait de parler. Il était à nouveau en position assise et la regardait avec lassitude, des perles de sueur au niveau des tempes. À part cela, il semblait aller mieux.

– Malefoy n'est plus en Angleterre Hermione, continua Harry. Je le sais. Voldemort est fou de rage car un de ses informateurs avait découvert où il était, mais Malefoy a réussi à s'enfuir du pays avant qu'on ne l'arrête.

– Mais pourquoi tu ne fermes pas ton esprit ?! S'échina Hermione sans l'écouter. Il va savoir où nous sommes !

– Je ne pense pas que tu saisisses la situation. Voldemort est complètement désemparé en ce moment, il ne sait plus où sont ses priorités, qui menace vraiment son pouvoir, à qui peut-il vraiment faire confiance. Il sait, et nous savons désormais que Drago Malefoy est son petit-fils. Ça paraît dingue, mais c'est le cas. Et Malefoy possède quelque chose, une arme ou je ne sais pas quoi, quelque chose que Voldemort veut à tout prix, en plus de Malefoy lui-même. Et derrière ça, j'ai eu une vision où j'ai vu la mère de Malefoy emprisonnée dans le manoir de Little Hangleton. Je crois que Voldemort cherche à attirer Drago Malefoy dans un piège avec sa mère pour appât, et je crois aussi qu'il me laisse délibérément entrer dans son esprit pour que je morde aussi à l'hameçon si possible. Il doit penser que Malefoy à rejoint l'Ordre du Phénix et qu'il est plus ou moins près de moi. Tu saisis maintenant Hermione ? Je ne suis plus une priorité pour Voldemort. Drago Malefoy est le dernier descendant de Salazar Serpentard. Et ça remet beaucoup de choses en cause, notamment son pouvoir. Si Voldemort tue Drago ainsi que sa mère, il aura éliminé la menace. Et s'il récupère la chose que Drago a emmené avec lui, il n'aura plus qu'à l'utiliser pour me détruire moi. Mais avant qu'il ne tue Drago, il faut que je fasse en sorte qu'il me tue.

Un silence de mort tomba dans la caravane.

– Harry...personne de veut ça, débuta Hermione, entièrement calmée désormais.

– Moi non plus. Mais si je meurs, Voldemort mourra aussi. Nos âmes sont liées par la magie noire. Il l'ignore encore, je me demande comment, mais c'est un fait. Seulement, Drago Malefoy l'ignore aussi, et j'ai besoin de le retrouver pour le lui apprendre. Ce n'est pas à lui d'affronter Voldemort.

Hermione afficha une mine abattue, comme tous les autres.

– Je suis désolé de dire ça, termina Harry, mais Drago ne survivra pas à un duel face au Seigneur des Ténèbres. Je n'y survivrais pas moi-même, mais au moins j'entraînerais mon adversaire dans ma chute. Il faut que Drago le comprenne. Il faut que nous le retrouvions. On va le retrouver Hermione, tu nous l'as promis.

Soudain, la porte de la caravane s'ouvrit à la volée.

– Dis-donc c'est quoi ses messes basses ? Grogna Silvio en les dévisageant d'un œil méfiant. Sortez dehors.

La mine sombre, les sept sorciers sortirent de la caravane. Silvio les escorta jusqu'au reste de son clan, qui avait entre-temps débarqué sur la terre ferme.

– Qu'est-ce que vous allez faire de nous ? Demanda Pansy.

– Vous allez passer en jugement aujourd'hui, répondit Silvio. Dès maintenant même.

Hermione observa à sa grande frayeur que plus d'une centaine de gitans s'étaient rassemblés en cercle parmi les multiples campements. Tous les attendaient vraisemblablement. Aidé par ses frères, Silvio les força à se placer au centre du cercle formé par les gitans.

– Mon frère, débuta Manzone en fixant un chef de clan gitan qui était plus obèse et plus vieux encore que lui. Voici les sorciers dont je t'ai parlé. Je les ais amenés ici pour qu'ils reçoivent le juste châtiment.

– Quels sont leurs crimes ? Questionna le frère de Manzone dans un anglais moins approximatif que son frère.

– Être ce qu'ils sont, des monstres. Tiens regarde, cracha-t-il en jetant aux pieds de son frère les sept baguettes de Hermione et ses amis. Leurs crimes, ils les ont faits avec ça. Ils ont tué des myriades des nôtres. Souviens-toi du sorcier qui a tué notre père et notre mère et qui a fait couler son bateau par le fond à cause de ses sortilèges. Souviens-toi de tous ceux de notre peuple qui ont été traqués et tués par des monstres de leur espèce.

Hermione écarquilla les yeux, interloquée.

– Vous faites erreur ! S'écria-t-elle. Ce n'était pas nous. Nous n'y sommes pour rien ! Il s'agissait de...de mages noirs. Nous sommes de bons sorciers vous ne le voyez pas ?

– Tais-toi sorcière ! Fille du démon ! Gronda Manzone. Tous les sorciers sont pareils ! Tous des créatures nuisibles ! Tous des monstres !

Cette réplique la laissa sans voix. Silvio la força à se mettre à genoux, et en fit de même avec ses amis.

– Que vas-tu faire ? Demanda le frère de Manzone.

– Leur trancher la langue pour m'avoir dupé et mentit. Puis je les ferai noyer sans doute.

Après un long moment de silence, Manzone fit un signe de tête et Silvio s'en alla quérir un couteau d'une incroyable finesse et à la lame d'un effroyable tranchant.

– Alors c'est comme ça qu'on va finir ? Questionna Ron en regardant Hermione.

– Je...je ne sais pas...

– Ne pleure pas Hermione, déclara Harry en redressant fièrement la tête. Mourrons dignement.

– Ils nous confondent avec des mangemorts, non mais je rêve, grinça Neville.

– On ne peut pas leur en vouloir, répondit Harry. Beaucoup des leurs ont été tués par la faute de sorciers. Manzone a raison, tous les sorciers sont pareils. Si un moldu avait tué mon père et ma mère, j'aurais considéré tous les moldus de la même façon.

– Je refuse de payer à la place de Voldemort ! S'exclama Pansy. Ce n'est pas à nous d'endosser tous ses crimes !

À cet instant, Silvio se campa devant Harry, effilant sa lame tout en jetant un regard alentour. L'immense assistance des gitans fixait d'un œil curieux le spectacle, attendant avec une impatience non dissimulée la fin du simulacre de jugement.

– Manzone écoutez-moi ! S'écria Harry, se décidant à abattre sa dernière carte. Je suis entièrement d'accord avec vous, il y a des sorciers mauvais, mais il y en a aussi des vertueux. Nous sommes un peu organisés comme vous, en clans parfois rivaux. Je vous le jure, le clan auquel moi et mes amis appartenons n'a jamais commis un seul meurtre. Vous avez vu le Maître des Potions. Il tient votre peuple en grande estime, et depuis très longtemps il se bat contre les sorciers et sorcières qui ont tués vos parents. Vous comprenez ça ?

– Je dois lui trancher la langue chef ? Aboya Silvio en jetant son regard le plus noir à Harry.

– Non. Continue sorcier, ce que tu dis est intéressant.

– Vous ne comprenez pas tout ce qui se passe dans le monde, enchaîna le brun à lunettes après avoir dégluti. Il y a en ce moment une guerre entre les sorciers. Et comme dans toutes les guerres, il y a deux camps : ceux qui veulent vous détruire vous et votre peuple ; et ceux qui comme moi et mes amis veulent vous protéger. Si vous voulez faire justice, laissez-nous rendre la justice à votre place. Vous n'avez pas idée des forces qui sont à l'œuvre, et vous n'avez pas les armes pour lutter frontalement contre ces forces-là. Regardez-moi et regardez mes amis. Nous avons l'âge de vos enfants. Croyez-vous sérieusement que nous sommes responsables de la mort de vos parents ? Alors que nous n'étions pas nés ? Est-ce là de la justice à vos yeux ? C'est cela que vous voulez montrer à vos enfants ? L'exécution d'innocents ?

Un nouveau silence s'abattit sur l'assemblée des gitans. Tous s'étaient tournés vers Manzone.

– Je suis tenté de te croire sorcier. Je suis très tenté. Mais vous m'avez menti. C'est un crime pour nous. Je vous ai offert l'hospitalité et voilà ce que vous m'avez donné en retour.

– Vous nous auriez refusé l'hospitalité si nous vous avions dit ce que nous étions, rétorqua Harry. Nous aussi nous avons des codes, et si pour vous c'est un crime que de mentir à son hôte, pour nous s'en est un de révéler à un non-sorcier sa véritable nature.

– Tu parles bien sorcier. Mais qu'est-ce que tu ferais si je te libérais et que je te rendais ton bout de bois magique ?

– Je m'en irai sans rancune.

– Mon œil. Je suis pas né de la dernière vague, et c'est pas à un vieux loup de mer qu'on apprend à naviguer.

– Peut-être. En attendant, il s'est passé quelques jours avant que vous ne découvriez que nous étions des sorciers. Nous aurions pu sans souci entre-temps vous tuer vous et toute votre famille si nous en avions eu envie. Nous n'en avons rien fait. Qu'en dites-vous ?

– C'est pas bête ce que tu dis. Silvio, range cette lame et éloigne-toi.

Le gendre grogna, mais consentit à obéir et à s'éloigner de Harry. Ce fut Manzone lui-même qui s'approcha du brun à lunettes et qui le toisa de haut.

– Tu as bien parlé sorcier, dit-il de sa voix rocailleuse. Tu es libre. Tes amis aussi. Va chercher ton bout de bois magique et montre-moi que tu sais tenir parole.

Harry et les autres se relevèrent promptement, puis récupérèrent leurs baguettes étalées sur le sol terreux et boueux du rivage.

– Je suis très reconnaissant pour ce que vous venez de faire, déclara Harry à Manzone. Cependant, j'ai encore besoin de vous. Vous avez été payé pour me conduire à Paris.

– Je vous y conduirai, mais avant j'aimerais rester me reposer un peu ici. Vous aussi, qu'en dites-vous ?

.

.

Drago se campa devant un arbre et entreprit de dézipper sa braguette tout en sifflotant. Il était en train de se soulager lorsqu'il entendit à son grand agacement la voix de Blaise qui l'appelait depuis la route.

- Tu ne peux pas me laisser me vider tranquille deux minutes ? S'exclama-t-il.

Lorsqu'il rejoignit Blaise sur la petite route de terre qui serpentait parmi les arbres du bois, celui-ci répéta ce qu'il lui avait dit.

- J'ai vu des lumières entre les arbres. Je crois qu'il y a une auberge par ici.

- Tant mieux, la nuit tombe et ce ne serait pas du luxe de pouvoir dormir au chaud.

Cela faisait déjà bien longtemps que Drago et Blaise avaient quittés la demeure d'Elphias Dodge, une fois les cendres de ce dernier dispersées aux quatre vents. A la vérité, Drago avait même de plus en plus de mal à se rappeler le visage du vieillard, preuve qu'il s'était écoulé un temps assez long. Les jambes du beau blond pouvaient aussi témoigner : cela faisait des jours et des jours que lui et Blaise marchaient, dormaient à la belle étoile, et parfois avec de la chance sous un toit. Ses muscles et ses os lui faisaient mal, et il était même étonné de ne pas être tombé malade à cause du temps exécrable et du froid qui devenait chaque jour plus intense. Halloween approchait à grands pas, mais Drago avait bien plus l'impression que c'était Noël qui arrivait.

- Alors on y va, déclara Blaise en tapant dans ses mains. J'ai faim en plus.

- Moi aussi.

Une auberge se trouvait effectivement non loin de là, à la lisière du petit bois que Drago et Blaise avaient traversés et où le premier nommé venait de faire une halte pour vider sa vessie. Une pancarte était clouée sur la façade du bâtiment en pierre et au toit en briques rouges de l'auberge. Cette pancarte annonçait que l'auberge se nommait Le Pigeon Voyageur.

- Bonjour messieurs, déclara l'aubergiste dans un patois peu compréhensible alors que Drago et Blaise entraient dans l'établissement.

- On voudrait un repas bien chaud et un lit pour la nuit si c'est possible, déclara Blaise.

- Oui il reste une chambre si vous voulez. Installez-vous dans la salle à manger, on va vous apporter un repas. Et puis vous faites bien de venir ici, le temps est à la pluie et je crains qu'il n'y ait un orage sous peu.

Blaise acquiesça, puis il s'installa à une table en bois avec Drago. L'endroit était plutôt délabré et mal entretenu, et la salle à manger de l'auberge contenait à peine quelques clients, mais c'était toujours mieux de se réfugier ici pour la nuit. Drago avait vécu toute sa vie dans un manoir, et même mieux encore dans le château de Poudlard, mais depuis le temps qu'il courait les routes avec Blaise, il avait fini par se demander s'il ne devait pas bénir les auberges pour le restant de ses jours. Elles étaient très utiles pour des gens comme eux en maraude, et les aubergistes ne posaient jamais de questions lorsque quelqu'un débarquait à l'improviste dans l'établissement. C'était le plus important car Drago détestait les questions.

- Et voilà votre repas ! s'exclama l'aubergiste en leur apportant en personne deux assiettes bien garnies et deux chopes pleines à ras bord d'un breuvage fort semblable à de la bièraubeurre.

Drago et Blaise le remercièrent, puis ils se mirent à dévorer leur dîner de manière vorace. Dehors, l'orage se mit à gronder, et personne dans l'auberge ne fût étonné quand le bruit de la pluie se fit entendre.

- Dis donc Drago, dit Blaise en donnant un coup de coude à son ami, j'ai l'impression que je connais ce type là-bas.

Il désigna rapidement du doigt un homme tout vêtu de noir qui leur tournait à moitié le dos et dont le visage était plongé dans l'ombre. Il se trouvait à l'autre bout de la salle à manger de l'auberge, près de l'unique fenêtre de la pièce.

- Un type en maraude comme nous sans aucun doute, commenta Drago en haussant les épaules et en retournant à son repas.

- Ça m'a l'air quand même d'être un sorcier.

Drago cessa de manger pour observer plus attentivement l'homme situé à l'autre bout de la salle. En plissant les yeux, il distingua une carafe d'eau posée devant l'homme, mais c'était là tout ce qui se trouvait sur sa table.

- Je vais aller lui demander un peu d'eau à tout hasard, déclara Drago. On verra si c'est un sorcier ou non.

- Non n'y va pas ! ça m'a l'air d'être un solitaire. S'il s'est isolé au fond de la salle c'est qu'il n'a pas envie d'être dérangé.

- Rien à foutre.

A ce moment précis, un éclair illumina le ciel au-dehors, éclairant l'espace d'un battement de cils le visage de l'homme en noir. Et Drago fut frappé d'un doute subit en voyant les cheveux noirs graisseux qui tombaient presque jusqu'aux épaules de l'homme, ainsi que son nez long et ses mains calleuses. S'avançant à grandes enjambées, il franchit rapidement la distance qui les séparait l'un de l'autre.

- Je peux avoir un peu de votre carafe d'eau monsieur ? demanda-t-il.

- Monsieur ? ricana l'homme en noir. C'est comme ça que tu m'appelle maintenant Drago Malefoy ?

Le beau blond ne put s'empêcher de frissonner lorsque Severus Rogue releva la tête pour le fixer bien en face, son si célèbre rictus plaqué sur son visage mince et cireux.

- J'aurais dû m'en douter, grinça Drago.

- Que j'étais vivant ? tu t'en doutais déjà je suppose.

- Bill Weasley m'avait renseigné sur ce point.

- Bien. Tu ne croyais quand même pas que je t'abandonnerais comme cela Drago, n'est-ce pas ?

- Ce n'est pas en mourant qu'on abandonne quelqu'un. Comment savez-vous que j'étais ici ?

- Dexter Le Passeur m'a fourni quelques réponses aux questions que je lui ai posé te concernant. Il t'a hébergé m'a-t-il dit.

- Ça fait si longtemps que je ne vous ai pas vu…depuis cette nuit-là…

- Oui depuis cette nuit-là, confirma le Maître des Potions en jetant un coup d'œil à la pluie qui tombait à verses au-dehors.

- Pourquoi avoir mis autant de temps à me retrouver ? ça fait des mois…

- J'ai eu autre chose à faire que de vous rechercher Drago.

- Vous avez prêté serment à ma mère de me protéger. Vous avez prêté le serment inviolable.

- Il y a d'autre promesses qu'il me faut tenir Drago. Je me suis aussi juré de protéger le fils de Lily Potter.

- Où est-il ? Harry Potter ?

- Quelque part.

- Mais où ?

- Quelque part sur cette Terre où il sera en sécurité, lui et ses amis.

- Vous avez vu…

- Miss Granger ? Oui je l'ai vu. Elle va bien. C'est une femme forte, et si Merlin le veut elle survivra à ces temps troublés. J'ai l'impression que plus le temps passe, plus elle devient forte, et…plus belle aussi sans doute.

- C'est…une bonne nouvelle.

Drago dégluti péniblement, tandis que Blaise s'approchait de la table où était Severus Rogue.

- Professeur ? c'était donc vrai, vous n'êtes pas mort…

- Non Blaise Zabini.

- Mais que faites-vous dans une auberge au fin fond de la Bretagne ? Pourquoi n'êtes-vous pas à Poudlard ?

- Poudlard est sous la protection de Minerva Mac Gonagall. Maintenant asseyez-vous tous les deux, je n'ai pas envie d'attirer l'attention. Je ne suis plus à Poudlard parce que je me fais passer pour mort.

- Comment avez-vous pris contact avec Dexter ? questionna soudain Drago d'un ton soupçonneux.

- Je suis en contact régulier avec la plupart des membres de l'Ordre du Phénix. Depuis la mort de Albus, c'est moi qui dirige l'Ordre.

- Vous ? mais pourquoi êtes-vous parti à ma recherche alors ? vous devez avoir d'autres choses à vous occuper.

- Non. Je dois t'emmener en lieu sûr Drago. Ta mère a besoin d'aide, c'est vrai, mais avant je dois m'assurer de ta sécurité.

- Inutile professeur Rogue. Moi et Blaise avons déjà trouver l'endroit adéquat.

- Ah bon ? fit Rogue en haussant un sourcil. Allez-y, surprenez-moi tous les deux.

- Tu es sûr qu'il faut lui dire ? questionna Blaise. Le vieux Dodge s'est peut-être trompé.

- Il ne s'est pas trompé, répondit Drago. Il avait raison du début à la fin.

Severus Rogue fronça les sourcils comme seul lui savait le faire, plissa son nez fin et toisa Drago de ses yeux sombres et perçants.

- Je vous préviens Drago, je n'ai pas perdu mon temps à vous rechercher pour me retrouver à jouer aux devinettes.

- Vous comptez nous suivre ou bien repartir ensuite professeur Rogue ? l'interrogea Blaise.

- Je compte vous emmener au nouveau quartier-général de l'Ordre du Phénix, à Paris. Je vous donne ma parole que le Lord Noir ne pourra pas vous atteindre là-bas.

- Vous vous trompez, soupira Drago. Ce n'est pas là que le devoir m'appelle. Mon devoir m'appelle auprès de ma mère.

- Drago, fit Rogue en le fixant d'un regard dur, tu sais bien que c'est impossible. C'est justement ce que Lord Voldemort attend : que tu te jettes dans la gueule du serpent.

- Que le serpent essaie donc d'avaler une boule de feu, et il flambera tout entier.

Drago se leva et fit signe à Blaise de le suivre. Tous deux sortirent de la salle à manger en laissant Severus Rogue derrière eux, puis ils montèrent dans leur chambre qu'ils avaient payé pour une nuit.

- Qu'est-ce que tu voulais dire tout à l'heure ? demanda Blaise tandis qu'ils s'allongeaient chacun dans un lit pour dormir.

- L'œuf est brûlant. Le phénix va naître. Il me protégera. S'il est tué, il renaîtra de ses cendres et plantera ses serres dans les yeux du mage noir, comme Fumsec l'a fait avec Grindelwald et avec le basilic. Le vieux Dodge ne s'est pas trompé, il y a bel et bien une clairière qui existe, un endroit magique où Voldemort ni personne d'autre ne pourra me retrouver. Du moins pas tant que quelqu'un ne me prendra ça, dit-il en montrant à Blaise son talisman.

Cette clairière, j'y suis déjà allé. On y accédait autrefois en passant par le grand chêne du parc de Poudlard. J'y ai emmené Hermione une fois. C'est là que je vais aller pour que l'œuf puisse éclore. Et ensuite, je partirais pour Little Hangleton afin de délivrer ma mère avant que Tom Jedusor ne l'envoie à Nurmengard.

- C'est de la folie pure.

- Je sais. Mais regarde ce que Voldemort a réussi à accomplir grâce à la folie. Ma folie à moi c'est l'amour que j'ai pour ma mère. Elle me rend plus fort.

Sur ces mots, Drago éteignit la lumière et ferma les yeux pour dormir.

.

Le lendemain matin, il ne pleuvait plus mais la route de terre qui conduisait à l'auberge s'était transformée en champ bourbeux dans lequel il était quasiment impossible de marcher. Lorsqu'ils quittèrent Le Pigeon Voyageur en compagnie de Rogue après avoir petit-déjeuner, Drago et Blaise prirent donc soin de contourner le chemin en passant à côté sur l'herbe détrempée par la pluie. Il fallait là aussi faire attention car il y avait des fondrières et des fossés cachés par des buissons.

- Où allez-vous en fin de compte ? demanda Severus Rogue lorsqu'ils eurent tous les trois atteint une autre route plus large et en bitume cette fois.

- Là où j'aurais dû aller depuis le début. Là où j'aurais dû aller au lieu de retourner chez moi.

- Ecoutez professeur Rogue, déclara Blaise sur un ton embarrassé, Dumbledore a confié une mission à Drago avant de mourir. Il ne me semble pas que…que vous deviez l'aider…enfin je veux dire…Dumbledore pensait Drago assez fort pour accomplir sa mission seul.

- C'est à propos de cet œuf d'or n'est-ce pas ? très bien, si vous ne voulez pas que je m'en mêle, je ne m'en mêlerais pas.

- Ce n'est pas une question de s'en mêler ou non, répliqua Drago. Vous savez tout le respect que j'ai pour vous professeur Rogue, mais je ne crois pas me tromper en disant que votre place n'est pas avec moi. Vous avez juré à ma mère de me protéger, mais désormais c'est elle qui a besoin d'être protégée. Si vous le pouvez, allez lui porter secours pendant qu'il est encore temps, parce que j'ai des doutes à y arriver moi-même. Laissez-moi simplement le temps d'aller m'occuper de faire naître mon phénix, et ensuite je me rendrais de grand cœur au quartier-général de l'Ordre, surtout si c'est pour y retrouver Harry Potter et ses amis.

Severus Rogue sembla réfléchir quelques instants, puis il acquiesça.

- Oui je dois partir. J'avais simplement besoin de savoir si tu allais bien Drago, parce que j'ai entendu tellement d'histoires sur toi depuis le mois de juillet, tellement de contes absurdes comme quoi tu aurais tué ton père, refusé de comparaître à ton audience au Ministère et prit la fuite pour échapper aux autorités.

- Absurde en effet, commenta Drago.

- Tu n'as pas tué Lucius, mais c'était un homme mauvais. Il n'a récolté que ce qu'il a semé, c'est-à-dire la mort. Bon débarras, ajouta le Maître des Potions d'un ton dur.

- Je suis content de vous avoir revu professeur Rogue, intervient Blaise.

- Moi aussi Blaise Zabini. Tu es plus hardi que je ne le pensais. J'en connaît peu qui auraient eu le courage d'accompagner Drago dans sa fuite.

- Drago est mon frère, il a toujours été hors de question que je l'abandonne.

- Parfait. Voilà une belle leçon que j'aurais été à même d'enseigner.

- Une belle leçon que Albus Dumbledore vous a enseigné lui-même, compléta Drago.

Severus Rogue le regarda d'un air amusé.

- Oui je l'admets. Mais nous autres anciens Serpentard nous avons une qualité qu'aucun Gryffondor n'a : nous savons mentir. Et le mensonge sauve souvent la vie des sorciers et des hommes. Ça personne ne me l'a enseigné.

Rogue arrêta de parler et redevient plus taciturne.

- J'espère que vous n'avez pas oublié tous les sortilèges de magie noire que moi et Albus vous avons enseigné. Il est important que vous sachiez les maîtriser. Le seul moyen de détruire un ennemi, c'est d'utiliser ses armes. Et pour survivre il faut tuer.

- Je n'ai pour l'instant jamais tué quelqu'un.

- Ça viendra. Je ne l'espère pas, mais à un moment ça viendra sans doute.

- Prions Merlin pour que je n'ai jamais à faire ça, déclara Drago.

Il serra la main de son ancien professeur de potions avant que celui-ci n'en fasse de même avec Blaise.

- Si jamais nous nous revoyons à tout hasard, me parlerez-vous de la manière dont Dumbledore vous a retiré la marque des Ténèbres ? lança Drago.

- Oui si tel est votre bon plaisir, ricana Rogue. Nous en reparlerons si nous en avons l'occasion. En attendant, à chacun ses secrets.

Et c'est ainsi que Severus Rogue s'éloigna, puis disparût hors du champ de vision de Drago et Blaise, sans doute après avoir transplané.

- Une brève mais belle rencontre, commenta le métis.

- Je suis comme lui, répondit Drago. Je ne serais jamais un homme comme Dumbledore a pu l'être. Je serais comme Rogue.

- Et ce sera Harry Potter sans doute qui deviendra un vieil homme bon, sage, droit et juste.

- Exactement, confirma Drago. A présent, en route.

.

Le pays de Bretagne, que l'on appelait aussi parfois l'Armorique, était très rural, à l'image des contrées peu peuplées du Devon et du Wiltshire que Drago et Blaise avaient traversées durant les mois de juillet et août. De temps à autre, ils croisaient de manière inopinée un gobelin, un elfe de maison ou une Vélane, souvent à la tombée de la nuit. Les Vélanes étaient très abondantes en France d'après ce que Blaise avait entendu dire, le fait étant qu'elles n'étaient pas persécutées comme elles l'étaient en Grande-Bretagne depuis des siècles. Le métis s'évertua à régaler Drago d'histoires humoristiques ou macabres à propos des Vélanes, créatures différentes des sorciers en cela qu'elles n'avaient pas besoin de baguettes pour exprimer leur potentiel de magie. Toute leur magie se concentrait en effet dans leurs charmes divers et leur incroyable faculté à se métamorphoser à volonté. Quant aux gobelins et aux elfes de maison, Blaise et Drago se doutaient bien qu'il s'agissait d'exilés qui avaient fuis le Ministère de Dolorès Ombrage et les mangemorts du Lord Noir.

- Est-ce qu'il y a déjà eu dans l'histoire des sorciers une aussi grande vague de migration de Grande-Bretagne jusqu'en France ? questionna un jour Drago peu de temps après qu'ils eurent rencontré Rogue au Pigeon Voyageur.

- Oui, lors de l'Âge des Ténèbres, avant que nous naissions. Et également lors de la grande révolte des gobelins de 1612. Deux périodes qui ont été pires encore que celle que nous traversons en ce moment.

- Ça seul l'avenir nous le dira. Si cette guerre civile s'éternise pendant des années en Angleterre, je ne doute pas que l'on ait affaire à l'époque la plus sombre de toute l'histoire des sorciers.

Blaise haussa les épaules pour marquer son impuissance à répondre à une telle affirmation. Lorsqu'ils s'arrêtèrent pour acheter à manger dans un petit hameau le soir même, Drago constata avec affliction que le vieux grimoire qui avait appartenu à la bibliothèque personnelle d'Albus Dumbledore était en train de tomber littéralement en morceaux.

- Il menaçait depuis longtemps de finir comme ça, grimaça le beau blond tandis qu'il contemplait avec abattement les pages s'arracher d'elles-mêmes, la reliure ancienne en cuir se décollant tout du long des feuilles jaunies de parchemin.

Certains bouts du livre s'émiettèrent pour tomber au sol comme des flocons de neige, et rapidement ce fût comme si des rongeurs avaient rogné le précieux ouvrage de part en part.

- Mange tant que c'est encore chaud, fit Blaise pour changer de discussion tout en désignant d'un coup de coude les saucisses fumantes et juteuses emballées près de lui.

Les deux jeunes hommes s'étaient réfugiés dans une maison abandonnée et avaient décidés d'y passer la nuit après avoir trouvé un magasin qui vendait des saucisses cuites à la broche. Drago les mangea sans trop d'appétit, bien que dans son cas Blaise dévora le tout en une vingtaine de secondes sans prendre le temps de respirer entre chaque bouchée.

- Il nous reste de l'argent dis-moi mon pote ? questionna le métis une fois qu'il eut terminé.

- Un peu, pas beaucoup.

- Tu crois qu'on tiendra longtemps encore comme ça ?

- Ce n'est plus que l'affaire de quelques semaines. Si tout se passe bien, on se retrouvera au nouveau QG de l'Ordre du Phénix d'ici le mois de novembre, si toutefois Rogue a dit vrai et qu'ils n'ont pas changés d'endroit. Dans le pire des cas, on débusquera un farfadet et on paiera avec son or fallacieux.

Blaise éclata de rire.

- De l'or de farfadet ? tu vas en donner à des moldus ? parce que si tu tombes sur un sorcier il va vite se rendre compte de la supercherie, et il pourrait bien te traîner en justice pour ça.

- Au Ministère de la Magie français ? il est à Paris non ? tant mieux, le QG de l'Ordre est juste à côté. Si j'ai des ennuis, je leur enverrais un signal de détresse.

Blaise ricana encore un peu en imaginant la scène, Drago en train de malmener un petit farfadet qu'il aurait débusqué dans les bois, pour qu'il lui refile son or. Puis la fatigue et le sommeil s'abattirent sur lui, et il ne tarda pas à rouler sur le matelas de vieux coussins qu'il s'était fabriqué et à ronfler doucement. Courbaturé par une nouvelle journée de marche, Drago ferma lui aussi les yeux. En sombrant dans le sommeil, il pensa à ce qu'il ferait des restes du vieux grimoire en train de se décomposer, il pensa aussi à l'argent qu'il lui restait, au gros œuf d'or dans son sac, et aussi un peu à ce que Severus Rogue lui avait dit au Pigeon Voyageur. Et pourtant, il rêva de tout autre chose.

.

Il se trouvait dans une immense caverne dont il avait du mal à distinguer la voûte et les parois de granit. Il se tenait debout sur un petit îlot rocheux au centre de cette grotte aux proportions gigantesques, et d'abord il se crût seul. En plissant les yeux, il vit cependant que d'autres personnes se trouvaient sur d'autres petits îlots similaires au sien, mais l'obscurité ambiante ne permettait pas de voir de qui il s'agissait. En voulant mettre un pied dans l'eau afin de rejoindre un des îlots, Drago vit à son plus grand effroi des choses qui remuaient sous la surface. La caverne était en effet à moitié submergée sous l'eau d'un petit lac souterrain, et cette eau avait une horrible couleur verdâtre luminescente. Drago regagna donc le centre de son petit îlot rocheux, le plus loin possible de l'eau. C'est alors qu'il vit une épée plantée dans la roche jusqu'à la garde. Elle était sertie d'émeraudes flamboyants qui le subjuguèrent aussitôt, lui faisant oublier les hideuses choses informes qui se mouvaient sous le lac souterrain. Il saisit la poignée de l'épée sans se poser de questions, puis la retira du rocher après un grand effort. A ce moment-là, la caverne s'éclaira soudain, l'aveuglant quelques instants. Lorsqu'il rouvrit les yeux qu'il avait été forcé de fermer, il vit précisément les autres personnes qui se trouvaient sur les îlots. Il vit en premier lieu sa mère, assise sur un tabouret devant un grand piano à quatre queue, et jouant une suave mélodie. L'ombre d'un rosier sauvage lui obscurcissait le visage et la protégeait de l'éblouissante lumière qui venait de jaillir de la voûte de la caverne, une lumière sans soleil, sans chaleur, brutale et aveuglante de clarté. Sur un autre îlot, il vit son père qui se tenait de profil par rapport à lui, appuyé sur sa grande canne, ses longs cheveux blonds ramenés en arrière. Son regard était fixe et il ne cilla pas, même quand Drago s'éclaircit la voix et l'interpella. Le jeune homme tourna la tête et il vit tour à tour Hermione, Harry, Pansy, Blaise, Dumbledore, Rogue, Ronald Weasley, et même Bellatrix Lestrange, ainsi que Fleur Delacour, Fenrir Greyback le loup-garou, Sirius Black, Dolorès Ombrage, et pour finir, Voldemort. Aucun ne le regardait, tous étant occupés à une activité toute particulière. Drago eu beau brandir son épée en l'air en les interpellant, aucun ne sembla l'entendre. Il allait se résoudre à se jeter à l'eau pour rejoindre au moins l'un d'entre eux, lorsque soudainement une voix grave résonna dans la caverne. Drago se tourna et se retourna pour voir d'où elle provenait, mais l'écho renvoyé par les parois de granit dérouta ses sens.

- Tu es l'élu Drago Malefoy. Tu es le prince qui fût promis par la prophétie. Agenouille-toi et prête serment.

Il fit ce que la voix disait, s'appuyant sur le pommeau de son épée tout en posant un genou sur la roche.

- Prête serment de loyauté envers ceux qui te sont chers. Jure que tu feras tout ton possible pour eux, que tu iras jusqu'à tuer s'il le faut pour qu'ils aient la vie sauve…

- Je ne peux pas, murmura-t-il. Pas ça. Pas tuer. C'est contraire à ce que l'honneur commande.

- Qui te parle d'honneur mon garçon ? gronda la voix grave dans l'immensité lumineuse de la caverne. Tu es un Serpentard par l'esprit, le descendant de Serpentard par le sang. Ton destin t'appelle vers la gloire, vers l'amour, vers le pouvoir. Comme pour moi.

Il vit alors un jeune homme venir à sa rencontre en marchant sur l'eau. Il avait de longs cheveux blonds noués derrière la tête, et ses grands yeux sombres le regardait intensément.

- Qui êtes-vous ? murmura Drago.

- Je suis ton ombre, je suis celui que tu rêves d'être, je suis celui qui possède absolument tout ce qu'il veut, je suis le pouvoir incarné, je n'ai peur de rien, mais tout le monde me craint, je crache des flammes et mes mains ont la froideur glaciale de la mort lorsqu'elles se referment sur les gorges de ceux qui conspirent à ma perte.

L'homme arracha l'épée des mains de Drago et la lui fit miroiter.

- Arrête de tenir bêtement cela. Tu dois trancher dans le vif, pas tergiverser.

- Attendez une seconde ! vous portez…la Marque des Ténèbres…

- Oui sur mon bras gauche, et autre chose sur mon bras droit. Regarde : le triangle, le cercle, et le trait. La cape, la pierre, la baguette. Les Reliques de la Mort. Maintenant que les trois ont plus ou moins disparu, je te propose une autre interprétation : l'épée, l'œuf, l'armure.

- Disparaissez…vous êtes le mal…

- Allons Drago, tu sais bien que le seul mal en ce monde s'appelle la faiblesse. C'est à cause de ta faiblesse qu'ils sont tous morts. Regarde-les tous, ceux qui se trouvent ici avec toi.

Drago sentit les larmes lui monter aux yeux lorsqu'il les posa sur le visage angélique d'Hermione.

- Ta promise, la née-moldue si chère pour ton pauvre petit cœur, elle est morte en succombant sous la torture de Bellatrix Lestrange. Ta mère, tuée par Voldemort dans son manoir comme il l'avait fait avec la famille Jedusor. Ton père, tué lui aussi par Voldemort. Blaise Zabini, ton frère de cœur, vidé de son sang par le serpent géant. Ronald Weasley, mort en hurlant dans les flammes de son bûcher. Harry Potter, rongé par la folie et achevé par Pansy, sa propre amante. Pansy Parkinson, ta sœur de cœur, violée et tuée par Fenrir Greyback. Sirius Black, mort de la main de sa cousine au cours d'un duel pour protéger tes amis. Ils sont tous morts par ta faute. Pour l'honneur. Mais toi, tu veux survivre n'est-ce pas ?

- Pas sans eux. Laissez-moi les rejoindre.

- Jamais. Ta place est parmi les puissants. Tu es le serpent.

L'homme aux cheveux blonds et aux yeux noirs afficha un léger sourire charmeur. Drago le fit vaciller lorsqu'il lui cria au visage :

- Je suis le phénix !

Le mot se répercuta en écho à l'infini sur les parois. Il le répéta alors, plus fort cette fois. Le sourire s'était totalement évaporé sur les traits de l'homme. Il lâcha l'épée tandis que la lumière déclinait, puis il recula lentement.

- Tu fais erreur mon garçon.

- Non. Je ne suis pas un garçon, je suis un phénix. Et je vais vous arracher les yeux.

Avec la rapidité de l'éclair, il s'empara de l'épée laissée à terre et la planta successivement dans les deux yeux de l'homme, arrachant à celui-ci des hurlements sans fin. Celui-ci glissa de l'îlot rocheux et tomba dans l'eau verdâtre où les choses noires et informes l'engloutirent. Alors les ténèbres tombèrent sur la caverne…

.

…et Drago se réveilla.

De la sueur maculait son front, ses temps et sa nuque. Il y en avait aussi qui lui coulait dans le dos et qui collait son t-shirt à sa peau. En se frottant les yeux, il eu des flashs du rêve qu'il venait de faire. Enfin, il s'agissait plutôt d'un cauchemar. Drago tourna la tête pour observer Blaise qui ronflait doucement à deux mètres de lui, sa tête reposant sur un monticule épars de coussins. Il se leva et s'étira avant de sortir à l'extérieur pour fumer un bon cigare, l'un des rares qu'il lui restait. Au-dehors, on n'entendait pas un seul bruit hormis les gazouillements des oiseaux. Drago alluma son cigare d'un coup de baguette et le porta à ses lèvres pour prendre une longue bouffée de nicotine tout en observant d'un œil endormi l'éclatante boule de feu mordoré qui se levait dans le ciel à l'est. Il avait toujours adoré les levés de soleil, tout comme les couchers, simplement parce que c'était un moment d'entre-deux magique où il ne faisait ni jour ni nuit, qu'il s'agisse de l'aube ou du crépuscule. L'aube avait cependant une saveur supplémentaire parce que c'était à ce moment-là que les oiseaux s'éveillaient et se mettaient à chanter.

- Bien dormi ? bougonna Blaise en arrivant dans son dos.

- Non, mais peu importe.

- Moi aussi. Ces coussins sont tellement inconfortables. Et puis je me sens encore ballonné à cause des saucisses.

- J'ai fait un cauchemar, répondit Drago tout en tirant sur son cigare.

- Ah ouais je vois. T'as rêvé de quoi ? Hermione ?

Drago ne répondit pas, se contentant de tirer sur son cigare et de relâcher des petites bouffées de nicotine dans l'atmosphère.

- Ça ne va pas mon pote ? demanda Blaise en posant une main sur son épaule.

- Ne prononce plus son nom. Plus jamais.

Le beau blond lâcha une dernière bouffée puis jeta ce qu'il restait du cigare et l'écrasa avec le talon. Il retourna à l'intérieur de la bâtisse abandonnée où il avait passé la nuit, mit son sac sur ses épaules et se mit en marche, Blaise à ses côtés. Dans la lumière orangée de l'aurore, se fût le métis qui vit le premier la forêt.

- Ici ! s'exclama-t-il en pointant du doigt une rangée d'arbres que l'on apercevait au détour d'une petite colline.

- Encore un petit bois, soupira Drago.

- Non, non. C'est la forêt ! celle dont le vieux Dodge nous a parlé ! on y est ! Drago on y est enfin ! C'est fini !

Le blond resta complétement interdit l'espace de quelques instants. Etait-ce possible ? La forêt de Brocéliande, si près de l'endroit où il avait dormi la nuit précédente ? La forêt enchantée évoquée par Elphias Dodge avant de mourir ? était-elle bien là, sous ses yeux ?

- Comment tu sais que c'est cette forêt-là ?

- Les arbres ! s'exclama Blaise. Regarde les arbres ! regarde comme ils sont vieux.

Drago regarda, et il vit. Mais il sentit également. Il sentit les effluves sauvages qui émanaient de la forêt, apportées à ses narines par le vent. Et il sentit autre chose, quelque chose qui le fit frémir et qui le laissa pantois : La forêt dégageait une véritable aura, et cela se voyait et se sentait par la manière dont les rayons du soleil levant passaient entre les branches et les troncs des arbres.

- Il est là-dedans, à l'intérieur de la forêt.

- De quoi ?

- Le Val Sans Retour. Enfin je vais pouvoir y retourner.

Quand ils pénétrèrent sous le couvert des arbres, les deux jeunes hommes sentirent qu'une onde magique d'une puissance insoupçonnée les enveloppait, les nimbant dans une vaste bulle chaude comme une large couverture translucide. Dans la forêt, il faisait encore sombre car le soleil venait à peine de se lever, et pourtant inexplicablement il y régnait une douce chaleur. Le terrain était escarpé, peuplé de petites buttes, de fossés, puis de nouvelles buttes. On n'entendait pas un seul bruit hormis le chant des oiseaux dans les arbres.

En état de semi-torpeur, Drago observa tout ce qui se trouvait autour de lui. Lorsqu'il passa devant un cerisier sauvage, il cueillit plusieurs fruits qu'il porta à sa bouche. Lorsqu'il dû passer sous un immense tronc de bouleau abattu par une tempête, il frôla du bout des doigts l'écorce blafarde de l'arbre mort.

- Comment on y accède au Val ? murmura Blaise au bout d'un certain temps passé à marcher dans la forêt.

- Avec le talisman.

- Et c'est aussi grâce à ton artefact qu'on pourra en ressortir ?

- Le Val Sans Retour a été créer pour y retenir à jamais prisonnier les hommes infidèles en amour. Tu es fidèle Blaise ?

- Il me semble. Et toi ?

- C'est l'une des seules qualités qu'il m'est resté, fit le blond en esquissant un rictus. Nous pourrons donc repartir sans encombre de l'endroit, si toutefois nous voulons repartir.

- Tu voudrais rester ici ?

- Je connais bien le Val. On a l'impression que le temps y reste figé. Quand nous étions à Poudlard, j'y suis souvent allé par l'intermédiaire du grand chêne du parc. J'y allais quand je ne me sentais pas bien et que je voulais me reposer, loin des tracas et des tourments.

- Tu aurais dû le faire connaître à d'autres, répliqua Blaise, sous-entendant qu'il aurait dû l'y emmener.

- Mouais…j'y ai emmené ma petite-amie une fois, et ça s'est très mal passé…alors non. De toute façon tu vas découvrir comment c'est, ce qui n'est pas plus mal.

Dans la forêt sacrée, le silence redevient roi dès qu'il arrêta de parler. On se serait cru dans une gigantesque cathédrale végétale tant le moindre bruit pouvait s'entendre à des yards de distance. Plus ils s'enfonçaient à l'intérieur de la forêt, plus la sensation de chaleur se faisait plus nette et plus les arbres se faisaient vieux. Drago marchait d'un pas peu assuré cependant, perdant tous ses repères dans cet endroit déroutant où tout se ressemblait.

- Je me demande où est l'entrée.

- La forêt n'est pas si immense que ça. Continuons tout droit.

- Je suis fatigué. Est-ce qu'il nous reste à manger ?

- Euh…oui mais il ne nous reste vraiment plus grand-chose.

- Peu importe.

Blaise s'arrêta comme à contrecœur, puis ouvrit son sac et en sortit un peu de pain dur, de l'eau et des tranches de jambon. Tandis qu'il se mettait à manger, Drago se joignit à lui en prenant place sur un tas de feuilles mortes au pied d'un grand frêne. Au-dessus de leurs têtes, un oiseau poussait des piaillements plaintifs. Intrigué, Drago leva la tête, et ce qu'il vit le troubla au plus profond de son être : un rossignol se trouvait juste là, sur la plus basse branche de l'arbre. Lorsque les yeux noirs du petit volatil rencontrèrent ceux gris comme l'acier du beau blond, le trouble augmenta d'un cran. Drago sentit la tristesse monter en lui lorsqu'il vit un véritable désarroi chez l'animal. Il lâcha la nourriture qu'il tenait entre ses mains et se leva d'un bond. Blaise aussi avait vu le rossignol, mais il ne comprit pas la réaction de son ami et l'interpella assez brutalement, faisant fuir l'oiseau.

Interloqué, Drago tenta de suivre le rossignol, mais se prit les pieds dans une racine et tomba de tout son long sur le sol tapissé de feuilles d'automne. Il pesta contre Blaise, contre lui-même et contre ce fichu oiseau. Pourtant, il ne tarda pas à entendre un bruit. Ce bruit lui fit l'effet d'un coup de poignard dans le cœur et une vague de souvenirs afflua à sa mémoire tandis que les bruits se faisaient plus distincts à ses oreilles. Avec sa tête au niveau du sol, il devina que les bruits provenaient de derrière l'arbre. Lentement, il se releva et s'épousseta de toutes les feuilles qui s'étaient collées à ses vêtements.

- Drago ! qu'est-ce qui t'arrive ? l'interpella à nouveau Blaise.

Il lui fit signe de se taire, puis de manière très lente, presque en tremblant, il longea le tronc de l'arbre. En découvrant ce qu'il y avait de l'autre côté, il posa un genou à terre, les yeux brillants et les mains tremblotantes. Lorsque Blaise le suivit et vit également ce qui produisait ces bruits, il resta figé comme une statue. Sur le sol de la forêt, trois petits oisillons tombés du nid poussaient des cris désespérés d'appel à l'aide. Trois petits rossignols.

- Ils appellent leur mère, déclara Drago d'une voix à-demi bouleversée. Et leur mère les cherche.

- Merlin est bon, déclara le métis en posant une main sur l'épaule de son ami. Tu peux réparer ton traumatisme d'enfance maintenant.

- Ce n'est pas en leur sauvant la vie que je réparerais ce que j'ai fait, mais ce sera trois petits rossignols de moins qui seront morts par ma faute.

Avec milles précautions, Drago tendit la main pour inviter les petits oisillons à venir s'y blottir. Les pauvres ne devaient pas avoir plus de quelques jours d'existence, leur peau était presque à nu, uniquement recouverte d'un fin duvet qui allait devenir du plumage, et leurs ailes n'étaient pas formées. Ils ne pouvaient évidemment pas voler.

Blaise observa son ami se relever avec les trois bébés dans le creux de sa main. C'est à ce moment-là que la mère fit son retour. Drago leva la tête et vit qu'un nid se trouvait sur une des plus basses branches de l'arbre. D'autres cris d'oisillons s'échappaient de ce nid, et il se demanda comment cela se faisait que les petits tombés du nid ne soient pas morts de leur chute. Lorsqu'il avait six ans, les petits qu'il avait ramassé dans le parc de son manoir n'étaient pas morts non plus alors qu'ils étaient tombés de leur nid…c'était lui qui s'était chargé de leur ôter la vie.

La mère rossignol ne fut pas longue à se décider, attrapant deux de ses petits avec ses pattes griffues, et un autre avec son bec. Les mains à nouveau vides, Drago l'observa retourner dans son nid.

- Ça se termine bien pour une fois, fit-il en soupirant.

- Je ne suis pas ton père, précisa Blaise.

Drago hocha la tête, puis il contourna à nouveau l'arbre pour revenir à son repas. Désormais, le soleil était bien haut dans le ciel, et ses rayons perçaient le haut feuillage des arbres de la forêt. On y voyait mieux, aussi Blaise et Drago se remirent-ils en route après avoir fini de manger et avoir fait une sieste légère au pied de l'arbre.

La forêt de Brocéliande avait un relief très accidenté, avec de multiples amas de rochers qu'on trouvait un peu partout, mais surtout on ne s'y repérait pas. Ni Drago ni Blaise n'avaient de toute manière jamais réussi à s'orienter dans la Forêt Interdite du parc de Poudlard, cela ne les surprit donc pas trop. Pour s'occuper un peu tandis qu'ils marchaient, Drago entreprit donc de raconter à Blaise l'histoire de la forêt d'après ce qu'il avait pu en lire dans le vieux grimoire de la bibliothèque de leur ancien directeur.

- Le Val Sans Retour, lui dit-il, s'appelait également le Val périlleux et le Val des faux amants. Il s'agissait d'un lieu magique créer en des temps immémoriaux par la fée Morgane pour se venger d'une infidélité amoureuse. Elle y enfermait les amants infidèles, d'où le nom de Val des faux amants. Et personne n'en revenait, d'où son nom de Val Sans Retour. Ceux qui y étaient enfermés l'étaient entre des murs d'air translucides. La légende raconte que c'est l'un des chevaliers du Roi Arthur qui a réussi à triompher des enchantements pour libérer tous les hommes enfermés qui erraient dans le Val comme des âmes en peine, considérés comme perdus à jamais pour le monde extérieur.

Blaise resta songeur.

- C'est dangereux tout ça. Tu crois vraiment qu'on pourra en ressortir si on y entre ?

- Mais oui, ne crains rien. Morgane est morte depuis longtemps, si jamais elle a existé. Personne n'essaiera de nous retenir prisonnier dans le Val.

Tandis qu'ils parlaient, ils virent un petit ruisseau qui serpentait entre les arbres de la forêt. Enfin un point de repère après des heures passées à tourner en rond !

Drago serrait fort son talisman dans sa main gauche, sa main droite prête à se saisir de sa baguette au moindre signe de danger. Il doutait que la forêt renfermât autre chose que des animaux, mais la prudence étant mère de sûreté, il préférait rester aux aguets plutôt que de se faire surprendre comme un débutant. C'était justement ce que Dumbledore et Rogue lui avaient appris, être prudent. Il ne faisait qu'appliquer les leçons qu'il avait reçu.

La fin de la journée s'annonçait lorsqu'enfin ils trouvèrent où se situait le Val des faux amants. En remontant le ruisseau, le terrain était devenu plus escarpé, et ils en étaient même venus à quitter le couvert des arbres. Le terrain rocailleux leur offrait cependant une vue de plus en plus plongeante sur la forêt, et une fois Drago faillit même perdre l'équilibre, mais au dernier moment il s'accrocha à une pierre et rétabli son équilibre in extremis.

- Le Val ! s'exclama Blaise. Il est là, sous nos pieds ! dans le creux !

- Oui en effet, approuva Drago. Nous sommes sur les hauteurs. Il faut redescendre.

- Il fera bientôt nuit, déclara le métis.

- Déjà ? on a mis une journée à trouver ce Val.

- Ouais. Maintenant que nous l'avons trouvé, ce serait quand même bien d'y aller.

Ils s'attardèrent quelques instants encore sur les hauteurs escarpées qui surplombaient le Val, puis ils redescendirent en suivant à nouveau le cours du ruisseau. Cela leur prit beaucoup de temps, et lorsqu'ils parvinrent à nouveau sur un sol plat sous le couvert des arbres, c'était le crépuscule.

Lorsqu'ils se mirent à marcher en direction du sud-ouest, ils virent un autre élèvement de terrain qui s'élevait à plusieurs dizaines de yards au-dessus de la forêt. Ce fut en grimpant là-haut qu'ils trouvèrent le moyen de pénétrer dans le Val des faux amants. En passant entre un tumulus de pierre que Drago connaissait sous le nom de Tombeau des Druides, il sentit en même temps que Blaise qu'ils passaient tous deux par une porte invisible. Le talisman de Drago brillait d'une étrange lueur bleutée, et le blond sût immédiatement qu'il était de retour dans le Val.

- Le Tombeau des Druides, dit-il à son ami. C'est ça la deuxième porte pour accéder au Val Sans Retour.

- Et la première ?

- C'était le vieux chêne de Poudlard. Normalement il doit y en avoir un autre ici. Il y avait une sorte de porte qui les reliait entre eux. Et il y avait une clairière aussi, avec un étang. Viens, il faut suivre le ruisseau.

Pour la seconde fois, ils redescendirent des hauteurs escarpées et suivirent avec détermination la petite rivière qui coulait doucement vers le sud.

- Tu es déjà venu là ? demanda Blaise.

Drago hocha la tête. Tout ça lui rappelait la première fois qu'il était parvenu dans la clairière. Il sentit de puissants enchantements magiques tout autour de lui, comme à chaque fois qu'il était venu dans ce lieu si spécial. La nuit était déjà quasiment tombée lorsqu'il vit entre les arbres l'étang au bord duquel il était venu si souvent.

- Le Miroir aux fées, déclara Drago en montrant l'étendue d'eau immobile dans laquelle se jetait le petit ruisseau.

Blaise écarquilla les yeux, ne pouvant masquer son émerveillement devant ce lieu enchanteur. De l'autre côté de l'étang, il vit un arbre immense qui se dressait non loin de la berge.

- Ne touche pas l'eau surtout, c'est dangereux, avertit Drago. Tout ce qui se trouve ici est ensorcelé. Viens, suis-moi, on va aller voir le grand chêne.

Comme hypnotisé, Blaise suivit son ami, ne pouvant détacher ses yeux de la surface lisse et immobile comme le temps du Miroir aux fées.

- C'était le bon moment pour venir ici.

- Pourquoi ?

- Parce que l'œuf va éclore. Je sens le petit qui s'agite.

- Il va naître ce soir ? questionna Blaise, soudain interloqué.

- Oui, déclara Drago sans hésitation tout en glissant un sourire malicieux à son ami.

Lorsqu'il arriva devant l'immense chêne séculaire qui se trouvait de l'autre côté du Miroir aux fées, non loin de la berge, Blaise leva la tête et ouvrit légèrement la bouche d'ébahissement.

- C'est exactement le même que…que le chêne de Poudlard…

- Oui, sauf qu'il est blanc. Mais sinon, c'est son alter ego. Un chêne qui existe depuis le temps de Merlin et de Morgane. L'Arbre de Vie.

Emerveillé, Blaise tendit une main et toucha du bout des doigts l'écorce millénaire à la surnaturelle couleur blanche. Une feuille vermeille comme le sang tomba sur son crâne, et il la retira de sa tête pour l'observer.

- Mais quelle taille fait-il par la barbe de Merlin ?

- Aucune idée. Mais il est immense, regarde ses racines.

Blaise observa d'un œil tout aussi fasciné les gigantesques racines du chêne qui sortaient de la terre meuble, aussi grosses que sa cuisse et blafardes tels des serpents blancs et aveugles.

- Cet endroit est magique. Et d'une beauté…

- On peut y rester autant de temps que tu veux, déclara Drago sans se départir de son rictus malicieux. Personne ne peut venir ici sans le talisman. Personne ne peut nous atteindre dans le Val Sans Retour.

Le beau blond respira à plein poumons l'air pur tout en fixant son regard sur le ciel sombre au-dessus du feuillage de l'Arbre de Vie. A ce moment-là, Blaise décida de partir faire le tour du Val des faux amants, laissant Drago seul. Le métis lui promis qu'il ne serait pas long et qu'il ferait attention avec les enchantements présents un peu partout.

Perdu dans ses pensées et ses souvenirs, Drago s'affala avec son sac au pied du vieux chêne. Si seulement il avait été intelligent et courageux, si seulement il avait avoué la vérité à Hermione, si seulement il avait pris la décision de s'enfuir ici avec elle pour y vivre pour toujours, si seulement…oui mais avec des si, on refaisait le monde. Et le monde n'était pas actuellement comme il l'aurait souhaité.

- Toi tu referas le monde, murmura Drago en sortant le précieux œuf doré de son sac et en l'observant fixement de ses yeux gris comme le ciel un soir d'orage. Cette nuit, tu vas me faire le plaisir de naître.

Comme si le petit avait entendu, une fissure apparu soudain sur la surface auparavant lisse de l'œuf. Drago le lâcha en voyant une deuxième fissure apparaître, puis une troisième. Il voulu crier pour appeler Blaise, mais aucun son ne sortit de sa gorge. A la limite de l'effroi, il plaqua son dos contre une immense racine blafarde du chêne et observa l'œuf bouger, tanguer, rouler sur lui-même, et se fissurer toujours plus.

- Blaise ! parvient enfin à s'écrier Drago. Blaise !

Des oiseaux s'envolèrent, et une chouette ulula pour manifester son mécontentement face aux deux cris successifs du jeune homme, qui venait de troubler le silence reposant du Val. Drago entendit une vague réponse à son appel, quelque chose qui ressemblait à un « j'arrive ». Pendant ce temps-là, l'œuf continua à se fendiller, et Drago qui savait qu'il était bouillant n'osa pas y mettre la main et demeura collé contre la racine. Il vit des coulées d'or fondre sous ses yeux et quelques panaches de fumée s'échapper de l'œuf qui était presque en état de fusion désormais. Au passage, il adressa une rapide prière à Merlin pour avoir exaucé son souhait, à savoir atteindre un endroit qui soit plus sûr encore que Poudlard pour pouvoir y faire éclore l'œuf.

Blaise apparu d'entre les arbres sur la rive opposée du Miroir aux fées. Dans la pénombre du soir, il arriva quand même à trouver son chemin sans tomber dans l'étang, et il arriva finalement à l'endroit où se trouvait Drago.

- Je t'ai entendu m'appeler. Il se passe quoi ?

- Là ! regarde !

Blaise se croyait arrivé au bout de ses surprises, mais tel n'était pas le cas, car il eu un grand mouvement de recul en voyant l'œuf d'or morcelé par de longues fissures et remuant sans cesse. Au-dessus de sa tête, un rapace ulula. En détournant les yeux de l'œuf pour lui jeter un coup d'œil, le métis vit un magnifique Harfang des Neiges au plumage aussi blanc que la branche du chêne sur lequel il était perché. L'oiseau de nuit observait aussi l'œuf en train de se fissurer, mais quand Blaise posa les yeux sur lui, il tourna la tête et poussa un nouveau ululement tout en le fixant de ses yeux d'ambre.

Ce fût à ce moment-là que l'œuf explosa, et la lumière éblouissante dégagée par le feu qui s'en échappa aveugla durant quelques instants Drago, puis Blaise lorsque celui-ci tourna la tête. Drago se leva d'un bond et resta bouche bée devant le spectacle enchanteur qui s'offrait à son regard.

Au-dessus du Miroir aux fées, le jeune phénix venait de déployer pour la première fois ses ailes écarlates enflammées par son propre feu, poussant des cris si mélodieux que Drago en frémit de tout son être.

L'oiseau de feu était couvert de la dorure qui composait son œuf, et en volant au-dessus de la clairière, il couvrit celle-ci d'une magnifique pluie d'or. Blaise éclata de rire en passant sa main sur son crâne, tandis que la chouette blanche perchée sur le chêne poussait un ultime ululement avant de disparaître dans les profondeurs de la forêt. Drago s'avança jusqu'au bord du Miroir aux fées, de la pluie d'or dans ses cheveux blonds, et tendit lentement son bras en avant, son index tourné vers le ciel. Le phénix se débarrassa des dernières particules de dorure qui le recouvrait lorsqu'il avait éclos, puis il descendit du ciel en chantant joyeusement pour venir se poser sur le doigt de Drago.

- Tu es si beau, murmura le jeune homme profondément ému. Oh Merlin…tu es comme Fumsec…

Le phénix nouveau-né le fixa de ses grands yeux noirs comme de l'encre, et quelque part au fond de lui-même, il se sentit renaître lui aussi. Dans les yeux noirs de l'oiseau de feu, il voyait le regard d'Hermione qui le contemplait avec amour.

- C'est splendide, commenta Blaise en s'approchant de son ami. Dumbledore avait raison, la naissance d'un phénix est une chose merveilleuse.

Drago hocha la tête, un invincible sourire aux lèvres.

- Oui, un nouveau phénix est né Blaise. Une nouvelle ère commence.