Chapitre 11

12ème District, 19 h 30.

Castle, Beckett, et les gars, debout face au tableau blanc, tiraient le bilan de cette journée d'investigation avant de pouvoir rentrer. Lulu Weyburn était en garde-à-vue au moins jusqu'au lendemain. Chez la petite-amie de Victor, Betty Nichols, rien de particulier n'avait été trouvé à même de faire avancer l'enquête. A première vue, l'ordinateur portable de Victor ne contenait que des cours, des devoirs, et quelques jeux vidéo. Mais il était en cours d'analyse, afin de découvrir s'il pouvait cacher des photos, vidéos ou tout autre fichier compromettant quant à ses activités et ses relations au sein de la confrérie. Les relevés de ses communications téléphoniques, analysées par les gars, avaient confirmé plusieurs échanges de messages entre Victor et Lulu Weyburn depuis dimanche afin de fixer le rendez-vous de l'Hôtel Belleclaire, et le montant des prestations sexuelles offertes par Victor. Nul doute qu'une enquête risquait d'être ouverte au sein de « Plaisir masqué », en parallèle de l'enquête criminelle, pour proxénétisme. Mais a priori Victor n'avait pas eu de contact personnel avec d'autres membres de la confrérie.

- Je ne crois pas qu'elle l'ait tuée, constata Kate, en scrutant la photographie de Lulu Weyburn accrochée sur le tableau blanc.

- Je ne pense pas non plus, ajouta Ryan. Si elle l'avait tuée, elle n'avait pas intérêt à avouer si tôt qu'elle était avec lui à l'hôtel.

- Et surtout, elle aurait fait en sorte, une fois l'avoir empoisonné, de se tenir éloignée de lui, fit remarquer Kate.

- Le mobile n'est pas clair non plus, constata Esposito.

- En tout cas, même si ce n'est pas elle, elle s'est mise dans de beaux draps …, continua Castle, avec un petit sourire, fier de son jeu de mots.

Les gars lui lancèrent un regard incrédule, alors que Kate, concentrée, fit mine d'ignorer sa blague.

- Et surtout, si ce n'est pas elle, qui est-ce ? soupira Beckett.

- 700 couples masqués … 1400 suspects potentiels …, résuma Castle, d'un air dépité, en feuilletant machinalement la liste des membres de la confrérie qu'il avait entre les mains.

- Il faut absolument qu'on arrive à restreindre le cercle de ceux qui ont été en contact avec Victor hier, constata Ryan.

- Oui. Avec Castle, on ira réinterroger Dauriac et sa femme demain, expliqua Kate. Ils n'auront pas d'autre choix que de nous donner quelques noms, même s'ils étaient très très occupés …, ils connaissent tout le monde, ils doivent bien savoir plus ou moins qui était là.

- Ok.

- Vous, les gars, dès demain matin, vous vous occuperez d'éplucher les comptes de Victor. Il faut voir s'il y a eu des mouvements d'argent cette dernière semaine, s'il a pu faire chanter quelqu'un, s'il a pu coucher avec d'autres femmes ou des couples en privé contre de l'argent …

- Ok. Et qui sait, peut-être que Tori va finir par trouver quelque chose sur l'ordinateur de Victor.

- Oui. Allez … On verra ça demain, soupira Kate, en s'asseyant à son bureau.

- Bonne soirée, fit Ryan en enfilant son manteau, prêt à partir.

Ils se saluèrent tous les quatre, puis Ryan et Esposito filèrent vers l'ascenseur, contents de ne pas finir trop tard, et de pouvoir rentrer profiter de la soirée.

- Il y a quand même quelque chose qui me perturbe avec cette femme …. constata Castle, en venant s'asseoir près de Kate, à la place qui était la sienne.

- Tu veux dire à part le fait qu'elle t'ait fait de l'œil pendant tout l'interrogatoire ? lui demanda Kate sans détacher ses yeux des documents qu'elle était occupée à remplir.

- C'était bien malgré moi …, répondit-il avec un sourire.

- Encore heureux …, soupira Kate.

Il la regardait, amusé et séduit par la petite pointe de jalousie qui perçait dans ses mots, alors qu'elle semblait concentrée sur de la paperasse.

- J'ai l'impression qu'elle cache quelque chose …, continua-t-il en réfléchissant. Je sens un truc étrange …, comme avec Dauriac d'ailleurs … Et si « Plaisir masqué » avait hérité d'un trésor dissimulé depuis des centaines ou des milliers d'années même et avait pour mission de le protéger ? Le trésor du roi Darius ….

Kate ne l'écoutait que d'une oreille, pressée de finir de lire les quelques documents qu'elle avait sous les yeux, avant de pouvoir mettre en œuvre sa surprise sexy. Elle était très impatiente, à la fois de surprendre Rick, de lui faire plaisir, de le voir devenir fou d'envie, mais aussi de goûter au délice de faire l'amour avec la sensation de braver tous les interdits, et de n'avoir plus aucune limite. Elle appréhendait aussi un petit peu la suite des événements. Une fois qu'elle serait lancée, il n'y aurait plus de retour en arrière possible.

- Non, pas Darius … c'est trop exotique, continua Rick, réfléchissant tout seul à haute voix. Le trésor d'un roi de France peut-être … ou celui des Cathares.

- Castle …, soupira Kate en levant vers lui des yeux perplexes. Combien de fois faudra-t-il te répéter que c'est une confrérie du sexe ? Ils n'ont rien d'autre à cacher que qui couche avec qui. Et vu les noms qui figurent sur la liste, c'est déjà pas mal !

- Je sens qu'il y a autre chose …, reprit-il, buté. Il y a bien aussi le trésor des Templiers … Le royaume de France était très actif à l'époque de l'Ordre du Temple …

- Comment tu peux arriver à établir un rapport entre une confrérie du sexe fondée en 2012, et les Templiers qui datent de … je ne sais quand, mais il y a au moins six cent ans ? lui lança-t-elle, en le dévisageant, comme si elle attendait une réponse sérieuse.

- Justement ! s'exclama-t-il, enthousiaste. C'est ça tout le mystère des confréries. Cacher un secret absolument improbable. Et cette théorie nous permettrait d'établir un mobile en plus.

- Un mobile ? On n'a même pas l'assassin …, répondit-elle, en le regardant, sceptique.

- C'est un détail. Victor a peut-être été tué parce qu'il avait percé le mystère à jour.

- Le mobile est certainement très classique, Castle : sexe, amour, argent … ou bien encore les trois réunis …, affirma-t-elle, catégorique. Ces gens se réunissent simplement pour s'envoyer en l'air. Rien de plus. Arrête d'imaginer n'importe quoi, c'est ridicule.

- On parie ? lui lança-t-il sur le ton du défi.

- Tu veux parier ? sourit-elle, immédiatement tentée par ce nouveau jeu.

- Hum … Oui. Tu sais que j'adore jouer avec toi, sourit-il, charmeur.

- Cent points à celui qui a raison sur le mobile … ok ? fit-elle, en le regardant dans les yeux.

- Cent points ? Tu es dure en affaire ! Pari tenu, répondit-il, tout content d'ajouter un nouveau défi à leur petit jeu, et persuadé d'avoir raison sur ce mobile. Dis-moi, que fait-on en attendant notre rendez-vous ? Tu as encore de la paperasse ?

- Non, j'ai fini avec ça, fit-elle en se levant. Je vais aller me défouler un peu à la salle de sport si ça ne te dérange pas … Tu rentres ? Et on se retrouve après ?

- Tu oublies le Qi gong de ma mère …, soupira-t-il, avec une petite moue.

- Ah oui …, sourit-elle, en attrapant son sac de sport sous le bureau.

- Je vais étudier la liste de la confrérie d'un peu plus près en t'attendant, fit-il en s'adossant à sa chaise l'air déjà concentré.

- Tu ne veux pas venir faire un peu de sport avec moi ? proposa Kate, avec un petit sourire.

- Du sport ? Du vrai sport ? Ou bien …, s'étonna-t-il, en tentant de lire dans ses pensées.

- Oui, mon cœur, répondit-elle avec un sourire. Du vrai sport !

- Euh … non, je préfère m'abstenir.

- Ça te ferait du bien pourtant …, fit-elle, avec un petit air sous-entendu, en se plantant devant lui.

- Du bien ? Comment ça du bien ? lança-t-il, tout à coup inquiet. J'ai pris du poids ?

- Mais non ! Mais tu sais, il faut entretenir ton cœur … Tu as entendu Lanie, à ton âge, un orgasme pourrait être fatal !

- Ne t'inquiète pas, mon cœur résistera à tous les orgasmes …

- On verra ça tout à l'heure …, lui chuchota-t-elle à l'oreille d'une voix suave.

- Hum … tu es sûre que tu veux aller faire du sport … maintenant ? On pourrait avancer notre rendez-vous, non ? proposa-t-il, avec un sourire, tout excité.

- Patience … 21h…

Kate vit le Capitaine Gates qui arrivait vers eux, mais sans s'en préoccuper, se pencha vers Rick pour lui déposer un baiser sur les lèvres, et marquer trente petits points supplémentaires.

- Deux cent points …, lui chuchota-t-elle, avant de se redresser en ajoutant à haute voix : Ne fais pas de bêtise en m'attendant.

- Lieutenant Beckett ? Vous laissez votre mari tout seul ici ? lui lança le Capitaine Gates qui venait de les rejoindre, ne faisant pas cas du baiser qu'elle avait aperçu.

- Je peux rester tout seul, vous savez, Capitaine, répondit Rick avec un petit sourire.

Il était encore sous le coup de ce baiser que venait de lui donner Kate, devant Gates en plus. Elle était tellement maligne. Elle lui avait interdit de l'embrasser devant le Capitaine, et elle en profitait pour ruser et outrepasser ses propres limites. Il était admiratif de sa redoutable stratégie. Et en même temps, il n'avait plus vraiment la tête à compter les points, trop obnubilé par la surprise qui l'attendait ce soir, et toutes les allusions que Kate y avait faites.

- Tout seul, oui. Mais sans faire n'importe quoi … J'ai un doute …, répondit Gates, d'un air circonspect.

- Castle travaille sur la liste de la confrérie, Capitaine, ça va aller …, sourit Kate, toujours prompte à défendre l'efficacité de son mari au sein de l'équipe.

- Bien. Beckett, j'ai contacté la police française. Ils vont nous transférer le dossier de Lulu Weyburn, d'ici demain. Elle a un casier judiciaire en France.

- Oh ! Oh ! lança Castle, tout enjoué à l'annonce de cette nouvelle. Je savais bien qu'elle cachait quelque chose.

- Oui. Quelque chose de criminel, Castle …, sourit Kate. Pas le trésor des Templiers !

- Les Templiers ? s'étonna Gates.

- Oui …, je crois que …, commença Rick.

- Ça ira, Monsieur Castle. Parfois il vaut mieux que je n'ai pas vent de toutes vos théories farfelues …, soupira Gates, alors que Kate se retenait d'éclater de rire. Bonne soirée.

- Merci, Capitaine. A demain, répondit Kate, alors que Victoria Gates s'éloignait vers l'ascenseur.

- Mes théories farfelues …, bougonna-t-il.

- A tout à l'heure mon cœur … N'oublie pas l'heure …, lui lança Kate tout sourire.

- Pas de risque, répondit-il avec un sourire lui-aussi, avant de la regarder s'éloigner, son sac sur l'épaule, se demandant ce qu'elle mijotait.


12ème District, aux environs de 21h.

Dans la salle de repos, Castle commençait à s'impatienter. Il avait réussi à se concentrer quelques temps sur la liste des membres de « Plaisir masqué », étudiant des noms qui, pour la plupart, ne lui disaient absolument rien, s'amusant tout seul de cette succession complètement incongrue d'animaux qui servaient d'identité secrète à tous ces gens pour assouvir leurs délires sexuels. Il avait aussi observé de plus près la photographie de cette trace de caramel mêlé à du poison sur le dos de la victime, que Lanie avait prise au microscope électronique. Il y avait des sortes de stries très fines, parallèles et régulières dessinées dans le caramel, comme si on s'était servi d'un objet pour étaler la substance sur le corps de Victor. Et c'est dans les petits creux de ces stries qu'apparaissaient les quelques traces de poudre d'Aconit Napel. Il en avait déduit qu'on s'était certainement servi d'un objet pour badigeonner le dos de Victor de caramel, et par la même occasion de poison. Ce même objet avait pu servir de vecteur, s'il avait été passé sur ses lèvres par exemple, pour l'amener à ingérer le poison. Mais il avait eu beau réfléchir à ce qui pourrait amener ce genre de stries, servir à donner du plaisir, ou à étaler du caramel, il n'avait rien trouvé, si ce n'est un peigne … mais l'idée, même pour lui, paraissait totalement farfelue. Qui se servirait d'un peigne pour badigeonner son amant de caramel ? Personne. Très vite son esprit avait été accaparé par sa muse, qu'il imaginait batailler contre le sac de sable dans la salle de sport. C'était son moment à elle, et il était rare qu'il s'aventure jusque là-bas pour l'observer. Pourtant ce n'était pas l'envie qui lui en manquait. Plusieurs fois, comme ce soir, elle avait tenté de l'entraîner avec elle. Mais le sport de combat … très peu pour lui …, encore moins avec Kate. Elle était bien trop forte, et malgré sa taille, et sa corpulence, il était convaincu d'avoir difficilement le dessus sur elle. Il ne voulait pas lui laisser ce plaisir, et se ridiculiser. Il était l'homme après tout, et il avait quand même son honneur à sauvegarder.

Après cette journée passée à sentir le désir l'envahir à chacun des baisers échangés avec elle, et dans la perspective de ce qui l'attendait tout à l'heure, il peinait à penser à autre chose que sa femme, et son corps magnifiquement moulé dans sa tenue de sport, transpirante et essoufflée. Et cette image l'excitait plus encore. A plusieurs reprises, il avait quitté le bureau de Kate pour aller se servir un café en salle de repos, et tenter de se changer les idées. Mais il n'y avait rien à faire. Il avait envie d'elle. Ce n'était pas la première fois qu'il ressentait cette envie là le tirailler au poste, mais ce soir, il y avait quelque chose de particulièrement excitant. L'heure tant attendue approchait, et il n'avait pas vu Kate quitter le poste. Il avait surveillé les quelques allers et venues. Elle était donc toujours dans la salle de sport, et il ne voyait donc pas où elle pourrait lui donner ce fameux rendez-vous si ce n'est ici même. Il n'osait y croire réellement. Mais si Kate avait décidé de se lâcher complètement ce soir ? Rien que l'idée qu'elle puisse franchir toutes ses limites juste pour lui, pour satisfaire son désir, son fantasme, l'excitait comme jamais. Lui faire l'amour au poste était un de ses premiers fantasmes. Forcément. Parce qu'elle était flic. Parce qu'ici elle était la reine du self-control, et que c'était là qu'il avait eu pour la première fois envie d'elle, il y a bien longtemps. Quand il rêvait d'elle à l'époque, lors de ses nuits solitaires, son inconscient imaginait souvent que le poste devenait le lieu de leurs ébats passionnés. Depuis, il avait émis l'idée plusieurs fois, toujours sur le ton de l'humour, car il la pensait absolument incapable de se laisser aller ici.

Il se souvenait de ce jour où il y avait bien longtemps, ici même, il l'avait taquinée lui demandant si parfois elle osait lâcher prise, s'amuser, et prendre du bon temps tout simplement. Il avait souri tout seul repensant à la femme qu'elle était à l'époque, si dure avec elle-même, et pourtant si attendrissante, séduisante, envoûtante. Et aujourd'hui, elle lui avait prouvé à quel point elle pouvait lâcher prise, le surprenant encore. Il y avait longtemps qu'il savait quelle femme totalement libérée était sa muse dans l'intimité. Il l'avait découvert dès la première nuit, en même temps que la douceur de ses caresses, la fougue de son désir, et la sensualité de ses étreintes. Mais s'il y avait bien un endroit où elle gardait toujours le contrôle, même avec lui, c'était le poste. Pourtant, aujourd'hui, elle avait lâché prise, complètement, au point de laisser le désir l'envahir elle-aussi, et de devoir réfréner ses envies. Pouvait-elle avoir prévu de lui offrir une petite surprise sexy ici au poste ? Il essayait de ne pas trop anticiper, mais malheureusement son esprit était totalement grisé par ce désir qu'il avait dû sans cesse brider aujourd'hui, et ce soir, il ne voulait plus rien contrôler. Il savait que Kate se prendrait au jeu de son défi sexy, parce qu'elle adorait rivaliser avec lui, pour tout et n'importe quoi. Elle adorait gagner et avoir le dessus, car elle avait un caractère de dominante, comme lui. Mais son investissement dans ce petit jeu allait au-delà de toutes ses espérances. Outre le désir que faisaient naître ces défis, il était simplement heureux que Kate s'amuse autant que lui.

Le poste était maintenant plongé dans une semi-pénombre. Seuls quelques hommes, assis derrière leur bureau, ou discutant près de la machine à boissons, étaient de permanence pour la nuit. Tout paraissait étonnement calme, presque silencieux, comme cela l'était rarement en journée. Rick allait se rasseoir quand son téléphone, posé sur le bureau de Kate, bipa, annonçant l'arrivée d'un message, qu'il s'empressa de lire.

« J'ai un peu chaud. Tu viens ? »

Il sourit, déjà tout émoustillé, tout en écrivant la réponse.

« Où ? »

La réponse ne se fit pas attendre.

« Trouve-moi, et je suis toute à toi »

Elle était non seulement joueuse, mais terriblement excitante. Il adorait quand elle lui disait qu'elle était toute à lui. Elle avait volontairement choisi les petits mots qui allaient le rendre fou. A cet instant, tout heureux, il bénissait l'inventeur de cette fête divine qu'était la St Valentin, et se bénissait lui-même, par la même occasion, pour avoir eu l'idée absolument géniale de lancer à sa femme ces défis sexy. Il se leva d'un bond, fourra son téléphone dans la poche de sa veste, et se dirigea tout droit vers son premier objectif : la salle de sport. Il ne l'avait pas vue redescendre. Elle était forcément encore là-bas, ou pas loin.

Au même moment, dans les vestiaires …

Dans la pénombre des vestiaires, le sourire aux lèvres, Kate reposa son téléphone sur le banc. Elle avait passé une petite heure à frapper à coups de poings et de pieds dans le sac de sable, ce qui lui avait fait le plus grand bien. Elle aimait se vider la tête ainsi, se défouler, même quand il n'y avait rien qu'elle ait besoin d'évacuer. Mais ce soir, il avait bien fallu qu'elle s'occupe en attendant le moment de lancer son défi. Et qu'elle s'occupe loin de Rick, pour que la mise en scène soit plus excitante, pour lui comme pour elle. En frappant dans le sac, elle s'était amusée de l'imaginer trépigner d'impatience en bas, mais surtout elle avait puisé le courage de se libérer de ses dernières peurs. Lanie avait beau dire que la St Valentin était l'occasion rêvée de faire tomber les barrières et se lancer dans des expériences inédites, Kate appréhendait un peu de se lancer. Elle en mourrait d'envie pourtant. Depuis que Lanie lui avait mis cette idée en tête, cela la titillait. Rick n'était pas le seul à fantasmer sur le poste. Elle ne lui avait jamais avoué qu'elle avait déjà rêvé, par le passé, qu'ils faisaient l'amour au commissariat, parce qu'il aurait vu là l'occasion idéale de la convaincre de faire de ses rêves les plus fous une réalité, alors qu'elle s'acharnait à lui rappeler régulièrement que c'était son lieu de travail, et rien d'autre. Outre le fait de réaliser le défi qu'il lui avait lancé et de marquer des points, elle voulait le surprendre, lui faire plaisir avant tout, lui prouver, une fois de plus, combien avec lui, elle se sentait libre. Et rien qu'à l'idée du plaisir qu'ils allaient se donner ce soir, ici, excités par ce contexte hors norme, par ces baisers échangés toute la journée, elle se sentit frissonner de désir.

Tout était silencieux, et elle n'eut pas de mal à entendre les pas de Rick, du moins elle espérait que ce soit lui, dans le couloir. Elle avait vérifié sur le planning. Aucune femme n'était de permanence cette nuit. Par conséquent, les vestiaires féminins devaient être un endroit parfaitement sûr, si tant est qu'il y ait un endroit sûr pour faire l'amour dans un commissariat. Elle tendit l'oreille, entendant à la fois le bruit des pas de Rick qui la cherchait, et son cœur tambouriner dans sa poitrine.

Ayant constaté que la salle de sport était déserte, Rick se décida à s'aventurer jusqu'aux vestiaires des femmes. Il n'y avait de toute façon personne ici. Il ne prenait pas trop de risques. Il entra prudemment, et sourit aussitôt, voyant sa muse, radieuse, s'avancer vers lui, enroulée dans une serviette de bain. Il referma la porte d'une main, et s'y adossa, sans détacher ses yeux de la vision délicieuse de Kate : ses cheveux dénoués tombant avec légèreté sur ses épaules dénudées, sa démarche gracieuse, les courbes de ses hanches, de sa poitrine qu'ils devinaient sous la serviette, de son sourire, à la fois joyeux et mutin, et de ses yeux qui s'étaient plongés dans les siens avec cette intensité qui le touchait en plein cœur, et lui disait combien elle le désirait.

- Monsieur Castle …, fit-elle doucement, tout sourire. Vous osez vous aventurer ainsi dans les vestiaires des femmes ?

- Et vous, Madame Castle, vous osez accueillir le premier venu aussi peu … vêtue ?

Elle l'avait rejoint à l'entrée de la pièce. Immobile, il la contemplait comme s'il la voyait pour la première fois, hypnotisé par sa sensualité, cette petite mise en scène excitante, et le bruit de l'eau de la douche qu'il entendait couler dans le fond de la pièce.

- J'allais prendre ma douche …, répondit-elle, en le débarrassant de sa veste.

- Hum … intéressant …, sourit-il.

- Et toi quelle est ton excuse pour t'aventurer jusqu'ici ? demanda-t-elle d'une voix suave, commençant à déboutonner sa chemise.

- J'ai très envie de ma femme …, répondit-il de sa voix chaude empreinte de désir qui la rendait folle.

- Ah oui ? Je la connais ? fit-elle, taquine.

- Je pense …, c'est la meilleure flic de New-York, chuchota-t-il, repoussant du bout des doigts les mèches de cheveux dans son cou.

Elle sourit, tout en faisant glisser sa chemise sur ses épaules, puis ses mains vinrent se poser à plat sur son torse, y imprimant des caresses à la fois chaudes et douces.

- Elle est divine …, reprit-il, venant déposer un baiser au creux de son épaule. Sa peau est si douce …

Il couvrait son épaule, son cou de petits baisers, tout en la serrant contre lui de ses mains sagement posées sur sa taille. Il brûlait d'envie de lui retirer cette serviette, et de se jeter sur elle, mais il adorait prendre son temps, faire monter leur désir encore et encore. Kate avait incliné légèrement la tête, et les yeux fermés, elle savourait la caresse de ses baisers de plus en plus gourmands, et de sa voix chaude et sensuelle qui doucement la plongeait dans leur bulle d'amour et de plaisir.

- Elle est incroyablement sexy, et me rend fou de désir …, continua-t-il dans un soupir de plaisir. Et elle adore ça …

Il sentait les mains de Kate dans ses cheveux, guidant ses baisers, et sa peau frémir sous la caresse de sa bouche.

- D'habitude, elle ne rigole pas avec les règles …

Sa bouche remonta sur sa joue, puis vint effleurer ses lèvres. Son souffle se mêla alors au sien, alors que doucement il enveloppait son visage d'une caresse de la main. Comme suspendus à cet instant unique qui allait faire de cette soirée une première fois, ils se regardèrent, souriants, se retenant de se jeter sur les lèvres l'un de l'autre, pour prolonger ce moment envoûtant.

- Ici, c'est bien le dernier endroit où elle m'autoriserait à lui faire l'amour …. Mais je crois qu'elle est devenue complètement folle …

- Je crois aussi, sourit Kate, alors profites-en avant que ta femme ne retrouve toute sa raison …

Il sourit, tout en faisant glisser sa main dans son cou, vers sa poitrine, pour aller la poser sur le nœud de la serviette qui dissimulait encore l'objet de tous ses désirs.

- C'est trop tard, je l'ai trouvée. Elle est toute à moi, répondit-il, dénouant d'un geste la serviette, et la laissant tomber sur le sol.

- Oui. Toute à toi, chuchota-t-elle contre sa bouche, avant d'y déposer un baiser.

Il soupira de plaisir, et happa ses lèvres, tendrement d'abord, mais très vite, leurs bouches se firent avides, gourmandes, se saisissant rageusement, se goûtant amoureusement. Submergé par le désir, grisé par la volupté de leur baiser, il la fit tourner, pour la plaquer contre la porte, sans cesser de dévorer sa bouche. Il ressentait le désir impatient de Kate à l'intensité de ses mains qui parcouraient fiévreusement son dos, s'enfouissaient dans ses cheveux, glissaient dans son cou, puis s'attardaient sur son torse, laissant courir ses doigts sur sa poitrine. Une myriade de caresses voluptueuses et désordonnées, de baisers brûlants, qui décuplaient leur désir à tous deux.

Un instant, ils reprirent leur souffle, tentant de maîtriser cette impatience, et cette envie furieuse, pour faire durer le plaisir. Tout en la contemplant, s'efforçant de rester maître de ses pulsions, il sentit les mains de Kate se poser sur sa ceinture pour la détacher, avant de faire glisser son pantalon à ses pieds. Il acheva de se dévêtir, pour se retrouver à son tour nu face à elle. Plongeant ses yeux dans les siens, pour y lire son plaisir, elle posa doucement sa main sur son sexe, dur et dressé d'envie, le caressant légèrement du bout des doigts, juste pour sentir à quel point elle l'excitait. La caresse légère mais exquise de sa femme enflamma tous ses sens.

- Viens …, fit-elle, le prenant par la main pour l'entraîner vers les douches.