La nuit tombait alors que nous commencions notre voyage. Nous n'avions pas encore eu le temps de nous organiser, c'était si soudain. Nous commençâmes donc par choisir la direction à prendre. Carrie ouvrit la carte tout en marchant.
- Il faut qu'on aille le plus loin possible sur le continent… Par chance, on est au bord de la mer, donc sur l'un des bords de la carte… Si on avait un radeau, on pourrait traverser l'océan pour aller sur une autre île… Mais on n'a pas le temps d'en fabriquer un, c'est trop loin, et cette partie du monde n'est pas encore totalement explorée… On ne sait pas ce qui nous y attend.
- D'un autre côté, personne ne s'attendrait à ce qu'on aille là-bas.
- Si tu sais construire un radeau, ne te gênes pas…
Je lui fis signe de laisser tomber.
- Au sud, la Colline des Anciens est le dernier territoire avant la mer…
- Tu crois que Xatu nous aiderait ? On pourrait se cacher dans les gorges.
- C'est trop peuplé, et pas assez loin. Ce n'est qu'à une journée de marche.
- Qu'est-ce que ça donne au nord ?
- On pourra peut-être marcher deux jours avant d'atteindre la limite de l'île…
Je commençais à être inquiet. Aussi grand que soit le continent, nous serions toujours bloqués par l'océan à un moment ou un autre. Tout ce que nous pouvions faire, c'était s'enfuir aussi loin que nous le pouvions, puis nous déplacer sans cesse pour ne jamais nous faire capturer.
- Il nous reste donc l'est. Par chance, l'île se sépare en deux directions. Cela nous laisse deux options et nous permettra de semer une partie de nos poursuivants, s'ils nous suivent jusque-là bas. On pourrait prendre la branche sud, mais celle du nord nous permettrait d'aller beaucoup plus loin.
Je vis à son regard que cette option ne l'enchantait pas.
- Mais...?
- Mais les conditions y sont très rudes. Il faudra dépasser le Mont Foudre, traverser une zone aride, puis une région montagneuse… Ensuite il y a un volcan encore en activité, et plus loin encore, une chaîne de montagnes glacées.
- Peut-être que ça découragera les équipes de secours ? tentai-je de positiver.
Ou peut-être qu'on finirait carbonisés par la lave du volcan ou qu'on mourrait de froid dans les montagnes gelées. Mais nous n'avions pas le choix. Il nous fallait fuir et survivre, comme l'avait dit Alakazam, jusqu'à ce que je découvre la vérité. Jusqu'à ce que je sache qui j'étais vraiment… Même si ça signifiait aller jusqu'au bout du monde.
C'est ainsi que débuta notre voyage. Les débuts furent plutôt aisés, alors que nous traversions des forêts, ce qui nous permettait de ne pas rester en terrain découvert, de dormir dans les arbres les plus touffus afin de restés cachés, mais également d'économiser nos provisions. Nous mangions les baies et graines que nous trouvions en abondance dans la région sans toucher à la nourriture que nous avions emportée. Nous savions parfaitement qu'une fois dans les régions montagneuses, sur le volcan ou en pleine région enneigée, la nourriture se ferait rare. Il fallait en profiter tant que nous pouvions encore manger tant que nous le voulions.
Notre rythme était plutôt irrégulier. Nous ne pouvions pas nous permettre de faire des nuits complètes au même endroit, si bien que nous dormions à tour de rôle, l'un de nous montant toujours la garde, prêt à donner l'alerte en cas de danger. Nous partions avant l'aube et nous marchions toute la matinée, alors que le soleil ne tapait pas encore trop fort, puis nous faisions une sieste dans l'après-midi pour éviter la chaleur avant de reprendre la route. Nous profitions de l'obscurité qui retombait petit à petit pour nous dissimuler, puis nous nous accordions une autre sieste lorsque la nuit était déjà bien avancée, pour repartir de nouveau avant les premières lueurs de l'aube. Nous étions loin d'avoir notre dose de sommeil, mais il valait mieux marcher aussi longtemps que possible et faire des pauses courtes pour ne jamais s'attarder trop longtemps au même endroit et progresser rapidement. Nous évitions les villages et les zones trop fréquentées. Nous ne demandions notre chemin à personne. Nous abandonnâmes nos noms afin d'être simplement Pikachu et Miaouss, comme les autres de notre espèce. Si des Pokémon nous avaient entendus nous nommer entre nous, cela aurait pu les alerter sur notre véritable identité.
Sur notre route, nous pûmes constater les ravages causés par les catastrophes naturelles. Des crevasses énormes qui barraient les chemins avaient renversés de nombreux arbres, détruit des terriers et bien d'autres habitats. Des forêts et des plaines enflammées, dont les secouristes peinaient à éteindre l'incendie. Je pouvais voir tous les Pokémon qui avaient perdu leur maison, parfois même des proches. Avalés par le feu, ou portés disparus, sans nouvelle d'eux. Et chaque fois que je voyais tous ces dégâts, je ne pouvais m'empêcher de ressentir un pincement au cœur. De me demander si c'était ma faute si tout ça arrivait. Malgré ce que j'avais dit à Carrie et à tous mes amis, il m'arrivait encore de douter, parfois. Et si je n'étais pas responsable, quelqu'un d'autre l'était. Mais rien de tout cela n'arrivait par hasard. Et nous devions passer près d'eux sans nous arrêter, nous ne pouvions pas les aider. J'étais dépité. Carrie aussi regrettait de ne pas pouvoir reprendre les missions de secours. Il y avait plus à faire que jamais, mais au lieu de ça, ne nombreuses équipes de secours étaient lancées à notre poursuite, alors qu'elles auraient pu consacrer leur temps à aider ces Pokémon. Pendant un instant, je songeai à me rendre. Je me demandai si cela ne serait pas plus utile. Les équipes retourneraient à leur poste au lieu de me courir après, et si j'étais vraiment le responsable de tous ces évènements, mon élimination permettrait de sauver tout le monde. Mais je n'arrivais pas à m'y résoudre. Je ne voulais pas cesser d'exister sans avoir pu découvrir la vérité avant. Je ne pouvais pas accepter de disparaître ainsi. Et si je ne le faisais pas pour moi, je devais le faire pour tous ceux qui croyaient encore en moi. Carrie. Chenipan et Chrysacier. Les Magnéti, les Cotovol, Taupiqueur… Je leur devais bien ça.
- On devrait s'arrêter ici. C'est un endroit tellement reculé que personne ne passera par ici. On devrait en profiter pour manger un peu et se reposer avant de repartir.
Je posai mon sac avec soulagement. J'avais mal aux pattes, et j'étais épuisé. Si Carrie s'était plutôt bien adaptée à notre rythme de mini-siestes, pour ma part, j'avais besoin d'une vraie longue nuit de sommeil, et il y avait bien longtemps que je n'en avais pas eu une seule. La seule chose qui me faisait tenir, c'était l'énergie que me redonnaient les baies Oran. Mais nous avions dépassé les régions verdoyantes, et la nourriture se faisait de plus en plus rare. Nous allions désormais devoir compter sur nos provisions, et les économiser. Les baies seraient les premières qui viendraient à nous manquer, et je ne pourrai bientôt plus compter dessus pour me redonner des forces. Carrie tria celles qui devaient être mangées en priorité - même si elles n'auraient pas le temps de s'abîmer - et m'en tendit quelques-unes. Cela me sembla bien maigre, mais nous ne faisions pas non plus de repas complets. Nous mangions chaque fois un morceau juste avant de dormir afin de ne pas multiplier les pauses. Et sans faire de feu pour éviter de nous faire repérer. J'avalai donc ma part sans protester, et Carrie consulta la carte pendant le repas. Nous avions largement dépassé le Mont Foudre. Les forêts, les plaines et même la région désertique étaient derrière nous. Nous entamions à présent la région montagneuse. Je n'arrivais pas à croire que cela faisait déjà un mois que nous étions partis. Du moins de ce que j'avais pu estimer, car je n'avais pas de calendrier sous la main, et j'avais de plus en plus de mal à compter les jours qui passaient. Ils me semblaient si longs, et comme nous progressions de jour comme de nuit, je perdais mes repères habituels. J'avais l'impression de vivre deux journées en une. Je pouvais cependant compter sur le cycle de la lune pour m'indiquer combien de temps s'écoulait.
- Tu devrais dormir le premier. Tu as des cernes tellement grands que tu rendrais jaloux tous les Parecool de la région.
- Toi aussi tu es fatiguée. Je peux prendre le premier tour de garde.
- Je n'ai pas encore sommeil. Va dormir.
Je n'avais pas la force de me battre contre elle plus longtemps. Je m'allongeai avec mon sac en guise d'oreiller et m'enroulait dans la couverture en laine de Wattouat que j'avais emportée. Nous n'en avions pas vraiment eu besoin jusqu'ici, mais le climat évoluait et les nuits commençaient à être fraîches, surtout dans ce type de région.
- Tu n'as pas revu Gardevoir ? me demanda soudainement Carrie.
Je secouai doucement la tête.
- Je crois que je ne dors pas assez longtemps pour qu'elle m'apparaisse. Il faut que je sois profondément endormi. Et elle m'apparait juste avant mon réveil… Enfin c'est l'impression que j'ai.
Depuis le temps que nous étions en cavale, Gardevoir aurait largement eu le temps de m'apparaître en rêve. C'était la seule explication que j'avais trouvé pour son absence de visite. Peut-être qu'il fallait qu'un certain nombre de conditions soient réunies pour que cela se produise… Et nos phases de sommeil très courtes ne devaient pas être idéales.
- Tu sais… Tu m'as demandé un jour… Pourquoi je m'appelais Carrie. Pourquoi j'avais un nom et je n'étais pas simplement « Pikachu » comme les autres membres de mon espèce…
Je retins mon souffle et m'abstins de faire le moindre commentaire. Chaque fois que j'avais essayé d'aborder le sujet, elle s'était brutalement refermée sur elle-même ou avait changé de sujet. J'avais toujours eu la sensation qu'il y avait quelque chose qu'elle ne me disait pas.
- Il arrive parfois que les Pokémon choisissent de se donner un nom, ou attribuent des surnoms aux autres mais… Moi… C'est un humain qui m'a donné le mien.
Mes oreilles se dressèrent sur ma tête et mes moustaches frétillèrent sous le coup de la surprise.
- Un… humain ?
- Oui. Avant… J'étais curieuse de savoir à quoi ressemblait le monde des humains. Je m'y aventurais souvent… Jusqu'au jour où l'un d'entre eux m'a capturée. J'ai paniqué au début, mais il était très gentil, et il m'a rassurée. Il a pris soin de moi, m'a donné un nom… C'était mon dresseur. J'ai voyagé avec lui. J'ai appris plein de choses pendant cette aventure. On a combattu ensemble…
Elle leva le museau vers les étoiles, plongée dans une profonde nostalgie.
- Et puis un jour, tout ça s'est terminé. Il m'a « relâchée ». Il m'a dit qu'il me rendait ma liberté. Je n'avais pas l'impression d'être prisonnière… Je savais qu'il ne m'aurait pas retenue si j'avais voulu partir. J'étais heureuse avec lui. Mais il m'a laissée là où il m'avait trouvée pour la première fois, et il est reparti. Comme si nous n'avions rien vécu ensemble…
Je sentis une grande tristesse s'emparer d'elle, et je ne sus quoi faire pour la consoler.
Alors Carrie avait un dresseur… Jamais je n'aurais imaginé…
Elle renifla et m'offrit un petit sourire, malgré ses yeux humides.
- Depuis, j'ai toujours voulu venir en aide à tous les Pokémon qui se retrouvaient dans le besoin, sans personne pour les aider… J'ai tout fait pour rendre le monde un peu meilleur.
Je réalisai tout à coup l'effet que la légende de Feunard devait avoir sur elle. L'entendre avait dû lui rappeler le comportement de son propre dresseur qui l'avait abandonnée elle aussi… Et en apprenant que j'étais peut-être cet humain, elle avait dû me trouver haïssable. Peut-être même avait-elle songé que j'allais l'abandonner à son tour.
- Je suis sincèrement désolé…
- Ne t'inquiètes pas, c'était il y a longtemps.
Elle se balança d'avant en arrière, et je devinai son embarras.
- Tu sais… Quand je t'ai rencontré… Tu m'as rappelé mon dresseur. Pas seulement parce que tu es un humain… Mais dans ta façon d'être. Tu lui ressembles un peu.
Elle rougit.
- C'est pour ça que j'ai eu envie de faire équipe avec toi.
Elle me jeta un coup d'œil, comme pour vérifier que je ne le prenais pas mal. Mais j'étais simplement surpris.
- Tu sais… L'humain de la légende… Il ne vaut pas mieux que tous les dresseurs qui abandonnent leurs Pokémon. Et c'est pour ça… que je ne peux pas croire que c'est toi cet humain. Tu n'es pas comme ça. Je te connais bien maintenant. Et je sais que ce n'est pas toi.
Son regard était déterminé à présent. Déterminé à trouver la vérité et à la ramener avec nous. Nous n'aurions pas enduré toutes ces épreuves pour rien.
- Tu devrais dormir maintenant. On repart dans quelques heures.
Je sentis qu'elle n'avait pas envie d'en parler plus longtemps et qu'elle avait besoin d'être seule avec ses pensées et ses souvenirs. Je hochai donc la tête et m'endormis presque aussitôt.
Le réveil fut difficile, mais il fallait bien que Carrie dorme un peu elle aussi. Je fis quelques étirements et laissait la brise fraîche se charger de me réveiller. Je tentai de ne pas rester inactif pour éviter de me rendormir, et je me concentrai sur le bruit du gravier pour détecter le moindre signe que quelqu'un s'approchait, les oreilles dressées. Alors que le ciel commençait à s'éclaircir, je réveillai finalement ma partenaire, et nous nous remîmes péniblement en route. J'avais vraiment hâte de rentrer.
- Nous arrivons à la Grotte Lapis. déclara Carrie en me montrant un point sur la carte.
Nous étions si éloignés de la Place Pokémon que c'en était presque irréel. Je me pensais incapable de parcourir une telle distance. Je regardai devant moi. La roche qui nous entourait possédait tout un dégradé de couleurs, du gris vers le bleu intense, celui des saphirs. J'ignorais que la roche pouvait avoir une telle couleur, mais c'était magnifique. Si seulement nous n'avions pas été en cavale, j'aurais été ravi de visiter un lieu pareil.
- Elle nous permettra de traverser la chaîne de montagnes. Ensuite, il y aura le volcan.
- Je ne suis pas pressé d'y arriver. dis-je en donnant un coup de pied dans un caillou.
- Moi non plus… Si possible, nous essayerons de le contourner. Inutile de chercher les ennuis.
J'approuvais vivement. La moitié du pays était déjà à nos trousses pour nous mettre en pièces, ce n'était pas la peine de nous mettre encore plus en danger. Nous entrâmes donc dans la Grotte Lapis en priant pour que notre chance nous tienne compagnie encore un peu. L'intérieur de la grotte était immense et splendide. Les parois scintillaient presque, comme si elles étaient faites de pierres précieuses. On aurait dit du cristal et des saphirs. L'inconvénient, c'est que nous n'avions pas d'endroit où nous cacher en cas de rencontre indésirable, et aucune source de nourriture non plus. A moins d'être un Ténéfix et de se nourrir de gemmes et de rochers, mais ce n'était pas notre cas. Il nous fallut plusieurs jours pour traverser ce vaste labyrinthe, peut-être même plus d'une semaine. Sans la présence de la lune, ou même sans la lumière du jour, car la grotte était naturellement lumineuse, c'était difficile d'estimer précisément le temps que nous avions passé à l'intérieur. Nous espérâmes qu'au moins certains de nos poursuivants perdraient leur chemin à l'intérieur et seraient ralenti dans leur traque. Je me rappelai nos premiers jours de fuite, alors que nous croisions beaucoup de Pokémon et que certains nous avaient reconnus. Nous avions dû fuir à toute jambe pour les semer, et même nous cacher en attendant qu'ils s'éloignent suffisamment pour reprendre notre route sans leur tomber dessus. Puis nous avions craint pendant des jours qu'ils soient devant nous et qu'ils ne nous croisent en rebroussant chemin. Une nuit, alors que nous dormions cachés dans un arbre, une des équipes de secours lancées à notre poursuite avait même choisi de poser leur camp juste en dessous de nous. Nous n'avions pas pu fermer l'œil, de peur qu'ils lèvent la tête et ne comprennent enfin que nous étions justes au-dessus d'eux. Ça avait été notre plus grande source de stress pendant cette cavale. J'étais bien content de l'avance que nous avions prise sur nos poursuivants.
- Je ne suis pas mécontent de revoir enfin l'extérieur ! dis-je en m'étirant le plus possible, comme si rester dans cette grotte m'avait ratatiné sur moi-même. Je commençais à me sentir claustrophobe là-dedans.
- On n'est pas au bout de nos peines. lâcha Carrie d'une voix aussi blanche que son visage à cet instant.
Je suivis son regard et cessai de respirer. Elle avait raison. Plus loin devant nous se dressait un immense volcan écumant de lave et crachant un épais nuage de fumée noire. J'eus l'impression de sentir sa chaleur sur mon visage, ce qui contrastait avec la fraîcheur de la grotte que je sentais encore dans mon dos. Le choc thermique entre les deux me donna des frissons désagréables.
- Tu… Tu as bien dit qu'on essaierait de le contourner, pas vrai ?
Carrie ne me répondit pas tout de suite.
- On va faire ce qu'on peut.
Elle consulta aussitôt sa carte, mais elle était bien moins détaillée sur cette zone, trop éloignée et trop peu explorée pour qu'on s'attarde dessus. Nous n'avions pas de chemin dessiné pour nous aider, et nous allions devoir improviser. Nous soupirâmes et nous nous remîmes en route. Inutile de rester devant une des issues de la grotte, n'importe qui pouvait en sortir à tout moment et nous surprendre. Nous trouvâmes un coin un peu plus isolé pour nous reposer, et nous eûmes même la chance de trouver quelques arbres pour remplir un peu nos sacs de provisions. Leurs fruits étaient durs, bien moins tendre que ceux auxquels nous étions habitués, mais nous n'avions pas le choix, il fallait s'adapter à la nourriture locale. C'était mieux que rien du tout.
[…]
- On est sur leur piste. Ils ne sont plus très loin, je le sens.
- Attendez une seconde… Ils vont vers le Mont Ardent !
- Quoi ?! Mais c'est de la folie ! Le Mont Ardent n'est que ruine et dévastation !
- Personne n'est jamais allé aussi loin auparavant !
- Je ne veux pas aller dans un endroit pareil.
- On ne peut pas faire autrement. Seuls les plus courageux donneront la chasse !
- Moi je m'arrête là… Ça suffit…
- Tant pis pour vous. Nous les retrouverons et nous les arrêterons !
- En route ! Rattrapons-les !
- Matt ne doit pas s'échapper !
[…]
Plus nous nous approchions du volcan, appelé « Mont Ardent » d'après la carte, plus il faisait chaud, et plus la végétation se faisait rare. Il était encore en activité, alors bien sûr, la nature n'avait pas encore repris ses droits, et rien ne poussait, détruit par la lave qui s'écoulait sur chaque côté de la montagne. Nous tentâmes de le contourner, mais partout, des crevasses, des falaises impossibles à escalader nous barraient le chemin et nous obligeait à faire un détour, nous rapprochant chaque fois un peu plus du volcan. Finalement, nous nous retrouvâmes au pied de celui-ci sans aucun autre chemin possible.
- On ne va pas sérieusement escalader ça ? demandai-je avec de vains espoirs.
- On n'a pas vraiment le choix… Tous les autres chemins sont bloqués…
- On n'est pas obligés d'aller plus loin, on pourrait rester ici… Il n'y a pas grand-chose à manger mais…
- Non. Je suis sûre qu'il y a encore des équipes à notre poursuite. Je le sens. Il faut continuer. Si on ne fait que longer le pied du volcan ça devrait aller… On aura le temps de voir la lave venir.
Je n'aimais pas cette idée. Vraiment pas. Mais je savais qu'elle avait raison et que certaines équipes n'avaient pas encore renoncé à nous traquer. Si nous avions pu aller jusque-là, d'autres le pouvaient aussi. Des équipes plus fortes que nous. Et puis, c'était l'avenir du monde qui était en jeu… Ils seraient prêts à tout pour me retrouver et m'éliminer.
Je dois fuir. Fuir et survivre.
Alors nous reprîmes la route. Tout ne se passa cependant pas exactement comme prévu. Notre route était sans cesse parcourue de flaques de lave pas tout à fait solidifiée, par assez pour poser les pattes dessus sans risque en tout cas. Nous devions chaque fois les contourner, et nous nous rapprochions sans le vouloir du sommet. Chaque fois que nous tentions de revenir vers le pied du volcan, nous étions à nouveau coincés devant une épaisse mare de liquide flamboyant et bouillonnant, nous obligeant à faire demi-tour et à chercher un autre chemin. Mais il n'en existait pas un tout tracé, il nous fallait improviser pour traverser les rivières de lave qui coulaient sur notre route. Plus nous avancions, plus le sol était chaud, et cela devenait difficile à supporter pour nos pauvres pattes. Je regrettai de ne pas avoir de chaussures pour protéger mes coussinets. Plusieurs fois, nous dûmes nous réfugier sur d'énormes rochers pour soulager nos pattes brûlées, mais aussi pour esquiver une coulée de lave imprévisible qui descendait vers nous. Je posai un regard désespéré tout autour de moi.
- On n'aurait jamais dû escalader ce fichu volcan ! Regarde où nous en sommes ! On devait rester au pied, et on est presque au sommet ! On manque de se faire griller à chaque seconde ! Mais comment est-ce qu'on en est arrivés là ?
Je me laissai tomber lourdement, harassé par le manque de sommeil, par la peur, le stress, et par mes inquiétudes permanentes sur ma véritable identité.
J'en ai assez de courir… Quand tout cela va-t-il s'arrêter… ?
Carrie leva son petit museau vers le haut du volcan, et je compris qu'elle avait encore une idée qui n'allait pas me plaire.
- C'est drôle, j'ai l'impression qu'il y a une plateforme épargnée par la lave un peu plus haut… On pourrait essayer de grimper dessus. De cette hauteur, on pourrait voir quels flancs sont les plus épargnés pour redescendre, et même vérifier que personne ne nous suit.
- Tu veux encore monter plus haut ? Plus on monte plus on est cernés ! C'est de la folie !
- Depuis le début on essaye de rester vers le bas et ça n'a pas marché. Tentons une autre stratégie.
Je la fixai avec des yeux ronds. Elle était folle. Complètement folle. Comme la fois où elle avait absolument tenu à affronter Electhor. Elle ne connaissait pas la notion de danger ou quoi ? Résigné, je bus un peu d'eau, priant pour qu'il nous en reste assez jusqu'à la prochaine source d'eau - ce qui n'était visiblement pas pour tout de suite - et me remis debout.
- Très bien. soupirai-je. Je te suis.
Ainsi, nous reprîmes notre ascension. Les derniers mètres furent les plus difficiles tant la lave nous cernait de toutes parts. Je retins mon souffle lorsque nous fûmes enfin hissés sur la plateforme dont parlait Carrie. S'il était vrai qu'elle était épargnée et que l'endroit paraissait sécurisé - autant que l'on pouvait l'être au beau milieu d'un volcan en activité - nous étions juste au bord du cœur du volcan. On aurait dit une casserole géante qui faisait mijoter quelque chose de la couleur d'une soupe aux carottes. Des bulles de lave éclataient lourdement, et je n'avais qu'une peur : qu'elles nous explosent à la figure, nous faisant fondre comme de la cire. La chaleur était insupportable, et la fumée noire s'échappant du cratère n'arrangeait rien. J'étouffais.
- La visibilité n'est pas aussi bonne que je l'avais espéré… La fumée nous bouche la vue. Si seulement il y avait un peu de vent pour la chasser, on pourrait voir un peu les alentour.
J'eus la désagréable sensation d'être piégé. On ne voyait presque rien. On ne pouvait pas vérifier si nous étions suivis, et maintenant, nous ne pouvions même pas voir où redescendre sans nous carboniser instantanément façon barbecue.
- Je trouve ce volcan un peu trop réveillé… marmonna Carrie. Autant de lave, ce n'est pas normal.
- C'est un volcan, à quoi tu t'attendais ?
- Je sais bien ! Mais je me demande si les catastrophes naturelles n'amplifieraient pas un peu le phénomène…
De puissants geysers de lave provenant du cratère nous firent sursauter.
- On ne devrait pas rester là. Choisissons un côté et redescendons vite de cette fichue montagne !
Le nuage se fit soudain plus noir, réduisant encore notre visibilité.
- Ne bougez pas !
Nous sursautâmes à l'entente inattendue de cette voix. Nous fûmes aussitôt sur nos gardes, prêts à nous défendre. Une équipe nous avait retrouvés !
- J'entends les gémissements de la montagne… Elle se tort de douleur… Mais qui cause donc ce supplice au Mont Ardent ? Est-ce vous ?
- Qui va là ?!
Nous tentâmes de regarder autour de nous, mais la fumée nous aveuglait.
- La montagne me transmet sa fureur !
Les geysers de lave explosèrent à nouveau, comme pour souligner la colère de notre interlocuteur invisible. La fumée se dissipa tout à coup tandis qu'un vent la soufflait dans une autre direction. Je m'aperçus alors que ce n'était pas le vent, mais un Pokémon qui battait des ailes au-dessus de nous. Un immense oiseau de flammes nous survolait, laissant des braises ardentes crépiter derrière lui. Il semblait doté d'une crinière enflammée elle aussi, et son bec était long et pointu, comme celui de… Electhor. Il me faisait penser à Electhor. Mais c'était un oiseau de feu, et non de foudre.
- Je suis Sulfura ! Je combats avec le feu !
Il se posa, nous soufflant un courant d'air brûlant dans la figure au passage. Nous reculâmes instinctivement.
- Ceux qui souillent la montagne ne méritent pas de pitié ! En garde !
Il nous éjecta presque de la plateforme d'un violent battement d'ailes, et nous ne nous rattrapâmes que de justesse.
- Hé ! Attends une seconde ! On y est pour rien !
Mais il avait déjà décollé et ne nous entendait plus. J'aidai Carrie à se relever.
- Dis… Il ne te fait pas penser à… Electhor ?
- Si. Il est probablement de la même famille. Dans ce cas, ce doit être un Pokémon légendaire aussi.
- Ce qui veut dire qu'on a aucune chance de le vaincre.
- Pas si sûr. On a réussi à blesser Electhor la dernière fois, tu te souviens ?
- C'était un coup de chance ! Et aujourd'hui l'équipe d'Alakazam ne viendra pas nous sauver ! S'ils arrivent, ce sera pour mieux nous achever !
- Ecoute, les Pokémon oiseau sont faibles face aux attaques électriques. Ce n'était pas le cas d'Electhor puisqu'il était lui-même de ce type mais… Sulfura sera un peu plus vulnérable.
- Qu'est-ce que tu comptes faire ?
- Quand il redescendra, je lui donnerai un bon coup de jus pour le calmer. Quand il sera un peu sonné, on pourra lui parler.
- Attaquer d'abord, discuter après, quel plan infaillible !
- Tu as une autre idée ? Et puis c'est lui qui a commencé !
- Non… Mais et moi, qu'est-ce que je fais ?
Son regard descendit jusqu'au foulard que j'avais autour du cou.
- Nos foulards… Ils ont le pouvoir de partager les forces de ceux qui les portent.
Elle me regarda droit dans les yeux.
- Prête-moi ta force.
Elle prit mes pattes dans les siennes.
- Tu as confiance en moi ?
Je hochai doucement la tête, pas rassuré pour autant.
Elle ferma les yeux et commença à charger son énergie. L'électricité se mit à crépiter autour d'elle. Je sentis la panique me gagner. Elle allait m'électrocuter si elle ne me lâchait pas ! Mais sa voix résonna dans ma tête. Tu as confiance en moi ? Bien sûr que je croyais en elle… C'était bien la moindre des choses alors qu'elle avait cru en moi jusqu'au bout. Je décidai de respirer profondément et de me concentrer avec elle. Je sentais mes forces diminuer petit à petit, comme si elle puisait dans mon énergie vitale pour préparer son attaque. Sulfura refit son apparition, sortant de son nuage de fumée, et commença à descendre vers nous. Son regard menaçant indiquait qu'il allait nous carboniser sur place sans plus de discours.
- Carrie, il revient !
Elle garda les yeux fermés, concentrée sur son travail.
- Carrie !
Mes forces diminuèrent encore, et je voyais Sulfura descendre vers nous au ralenti, comme si je vivais les derniers instants de ma vie.
- CARRIE !
Elle ouvrit enfin les yeux et se tourna vers Sulfura. Elle relâcha toute son énergie accumulée d'un seul coup, libérant une onde de choc dévastatrice. Celle-ci atteignit Sulfura de plein fouet, qui poussa un cri étranglé avant de s'écraser maladroitement sur la plateforme. Il semblait sérieusement touché, mais se releva et nous darda d'un regard haineux.
- Vous… Vous allez me le payer ! Ce n'est pas terminé ! Je n'ai pas dit mon dernier mot !
Secoué, il se releva péniblement. Carrie intervint avant qu'il ne recommence à nous attaquer.
- Attends une seconde ! Ecoute-nous ! Nous ne sommes pas venus te créer de problèmes, ni à toi, ni à la montagne ! Nous ne sommes que de passage ! On est venus seulement parce qu'on nous a pourchassés jusqu'ici…
Sulfura ne semblait pas tout à fait calmé, mais au moins daignait-il nous écouter.
- Ecoute… Il faut que tu saches que cette montagne n'est pas le seul endroit à souffrir. Des catastrophes naturelles ont lieu partout dans notre monde. On est des fugitifs maintenant alors on ne peut rien faire… Mais nous voulons aider les Pokémon qui souffrent à cause de ces incidents.
Sulfura rangea enfin ses ailes et nous contempla un moment, méfiant.
- …Est-ce la vérité ?
- Oui ! S'il te plaît, crois-nous !
Elle plongea son regard dans celui flamboyant de l'oiseau.
- Si tu crois que je mens… Regarde-moi dans les yeux.
Ils se contemplèrent un long moment sans qu'aucun des deux ne lâche le regard de l'autre. Je me sentais si tendu que j'avais l'impression que j'allais me briser à tout instant. Puis Sulfura déploya soudainement ses ailes en poussant un cri aigu, les geysers explosant derrière lui au même instant, nous faisant de nouveau sursauter. C'est ce que je craignais. Nous avions échoué à le convaincre. Cependant, contre toute attente, il replia ses ailes et sembla se radoucir.
- …Bien. Je crois que tu dis la vérité. Vous pouvez passer.
Nous nous détendîmes avec des soupirs de soulagement.
Qu'est-ce que j'ai eu peur… J'ai bien cru que j'allais m'évanouir…
- Traversez le Mont Ardent, et… Promettez-moi une chose. Promettez-moi que vous trouverez la cause des calamités qui détruisent notre monde… et que vous empêcherez les catastrophes de causer encore plus de dégâts et de souffrances.
- D'accord. On te le promet. dit solennellement Carrie. Bien sûr, ce n'est pas possible tout de suite mais…
Le regard du légendaire se durcit instantanément et un sifflement s'échappa de son bec tandis que les geysers explosaient à nouveau. Je compris alors qu'il pouvait les provoquer quand il le souhaitait. Il était l'oiseau du feu après tout.
- D'accord, d'accord ! On le fera ! C'est promis ! s'empressa de rectifier Carrie.
Ce qu'il peut-être susceptible celui-là !
- On est pourchassés alors ça ne va pas être facile… Mais on est une équipe de secours. On enquêtera sur ce qui cause ces catastrophes naturelles. C'est promis.
Je déglutis en imaginant la réaction de Sulfura s'il apprenait que la cause de toutes ces perturbations était probablement juste sous son bec.
Sulfura sembla enfin satisfait.
- Je veillerai à ce que vous honoriez votre promesse. Mais j'ai confiance en vous, vous le ferez…
Cela ressemblait davantage à une menace qu'une démonstration de confiance.
- …Pour peu que vous fassiez preuve du même courage que vous avez montré en m'affrontant.
Il déploya ses ailes avec un cri strident. Nous sursautâmes.
- Wouah ! Il… Il y a autre chose ?
- …Non. Je me prépare juste à m'envoler.
- Oh…
C'était vraiment utile ça ?
- Adieu !
Il décolla et disparu dans le nuage de fumée. Nous ne pûmes nous empêcher de chuchoter, malgré le soulagement provoqué par son départ.
- Tu crois qu'il est toujours là ?
- Aucune idée, redescendons vite !
La fumée s'étant un peu dissipée, nous pûmes choisir un endroit dépourvu de lave, et nous commençâmes à redescendre en veillant bien à ne pas retourner d'où nous venions. Ce fut seulement une fois arrivés au pied du volcan que nous nous autorisâmes à parler normalement.
- J'ai eu une de ces peurs !
- Oui moi aussi, il est d'un susceptible !
Nous eûmes tout de même le réflexe de vérifier qu'il n'était pas juste au-dessus de nous.
- Et puis franchement, c'était obligé tous ces jeux de lumière avec les geysers là ? Ça l'amuse de tester notre résistance cardiaque ?
Carrie ne put s'empêcher de pouffer. C'était contagieux, car nous finîmes par éclater de rire tous les deux sans parvenir à s'arrêter. C'était la première fois depuis le début de notre cavale. La pression redescendit doucement et nous réussîmes à nous calmer.
- Bon… Et si on se remettait en route ? proposa Carrie en s'essayant les yeux.
C'est ce que nous fîmes. Aucun de nous n'avait envie de camper au pied d'un volcan en fusion. Nous suivîmes alors l'étroit passage sinueux entre les montagnes, et nous marchâmes, longtemps, très longtemps. Le chemin commença à monter en pente, et nous nous retrouvâmes bientôt en hauteur. Nous nous arrêtâmes, épuisés.
- Pfiou… Je n'en peux plus… Faisons une pause. On ne s'est plus arrêtés depuis qu'on est sortis de la Grotte Lapis. Je ne sais pas depuis combien de temps on n'a pas dormi ni rien avalé.
Nous posâmes nos sacs et nous en sortîmes quelques provisions. Nous aurions dû nous montrer plus économes que ça, mais nous étions affamés après toutes ces émotions. Sans parler de l'attaque électrique de Carrie qui nous avait tous les deux vidés de notre énergie… Il nous fallait reprendre des forces, sans quoi nous ne pourrions plus avancer.
Tout en mangeant, nous profitâmes de la vue. Au loin, nous pouvions voir le Mont Ardent dans son intégralité. Au fur et à mesure que nous nous étions éloignés, sa chaleur s'était dissipée, mais elle était toujours présente jusqu'ici. Nous n'aurions pas besoin de couverture cette nuit.
- Comme il paraît petit vu d'ici… soupira Carrie. On a fait un sacré chemin, pas vrai ?
- Oui. Je crois qu'on en a assez fait pour aujourd'hui.
- C'est vrai… Etant donné la difficulté qu'on a eu à traverser le Mont Ardent… Je ne crois pas que beaucoup de Pokémon aient pu nous suivre jusqu'ici. En plus, on a donné tout ce qu'on avait pour y arriver.
Elle contempla la vue en silence quelques instants.
- Tu sais ce que je pense ? On est allés si loin, peut-être que plus aucun Pokémon ne peut nous rattraper ?
Je méditais un instant sur la question.
- C'est vrai… Je ne vois pas qui voyagerait aussi loin et traverserait cette montagne de flammes, surtout avec Sulfura qui veille au sommet…
- Alors… Peut-être… qu'on pourrait arrêter de fuir maintenant ?
Mon cœur fit un bond dans ma poitrine, mais redescendit presque aussi vite.
- Non… On a oublié quelqu'un…
- Hein ? A qui tu… Oh… Je vois. Il reste Alakazam.
Je hochai doucement la tête, dépité.
- Eux, ils seraient capables d'arriver jusqu'ici. Ils continueront à nous poursuivre où que l'on aille.
Nous restâmes silencieux, têtes baissées et regards vides, dépités.
- On n'a pas le choix… On doit continuer. On doit aller là où personne ne pourra nous suivre. Nous devons avoir confiance et avancer.
Elle se redressa et me tendit sa patte pour m'aider à me lever à mon tour.
- Allons-y Matt.
- Tu n'es jamais fatiguée ?
- On est pourchassés, on ne peut pas se permettre de se reposer. Mais je pensais plutôt trouver un endroit où camper quelques heures. On ne peut pas continuer dans cet état, il faut qu'on dorme. Tous les deux cette fois-ci.
Je redressai instinctivement les oreilles, intrigué.
- Pas de tours de garde cette nuit ? Tu es sûre ?
- Il faut absolument qu'on reprenne des forces tous les deux. On prend le risque cette fois-ci. Même si on nous suit toujours, le temps que nos poursuivants traversent la montagne, on a un peu de temps devant nous. Par contre, le premier qui ouvre les yeux réveille l'autre, et on repart.
- C'est d'accord.
Je pris sa patte et me relevai. J'avais mal aux pattes comme jamais, usé par tant de marche. Nous trouvâmes un recoin isolé et dissimulé par des rochers. Nous nous y installâmes et nous nous allongeâmes.
- Hé, Matt.
Je me tournai vers elle.
- Je resterai à tes côtés. Quoi qu'il arrive. Partout où tu iras, j'irai !
Je souris, puis je sombrai dans le sommeil.
