Je vous apporte finalement la suite. Plus que deux chapitres avant la fin, les enfants... Merci aux petites reviews de consolation ! Et merci à ma chère bêtalectrice, Tidoo. ;)
Chapitre Onze
Ceux que l'on aime
Alors qu'ils marchaient le long du chemin de terre qui les ramènerait jusqu'à la maison, Trisha ne put s'empêcher de jeter des coups d'œil fréquents à son fils. La discussion sérieuse et chargée en émotions qu'ils avaient eue les avait tous deux littéralement vidés. Elle pouvait le voir dans ses yeux et dans la manière dont il se tenait.
Bien qu'une grande majorité de ses questions ait trouvé leurs réponses, il en restait quelques unes qui attendaient en silence. Tout serait expliqué, elle en était certaine, en temps et en heure, mais...
Mais...
Il y avait toujours celle-ci.
Une qu'elle avait voulu poser, mais...
La femme châtain se passa la main dans les cheveux et prit une profonde inspiration. Si elle ne lui demandait pas maintenant, aurait-elle de nouveau l'occasion de le faire ? Auraient-ils un autre moment en tête à tête ?
« Edward... », commença-t-elle, mais elle fut immédiatement coupée par un cri.
« Mme Elric ! Mme Elric ! »
Tous deux se retournèrent et aperçurent une petite fille blonde en robe d'été courant vers eux.
« Winry... », souffla Ed.
Trisha lui lança un regard, et se souvint dans un éclair douloureux de la relation qu'entretenaient son fils et cet homme. Elle aimait vraiment beaucoup les Rockbell et avait toujours pensé, ou du moins espéré, qu'un jour un de ses fils finirait marié à leur petite fille.
Mais maintenant...
« Mme Elric... ? » demanda la fillette d'un air inquiet.
Trisha écarta ses sombres pensées dans un sursaut, et répondit : « Oui, Winry ?
- Est-ce que je peux venir jouer avec Ed et Al ? »
Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais se retint lorsque l'adolescent s'éclaircit la gorge et secoua légèrement la tête. Peut-être avait-il raison. Ce n'était probablement pas une bonne idée que de laisser trop de gens savoir ce qu'il se passait...
« Je suis désolée, Winry, mais je vais avoir besoin d'eux pour quelques petites choses. Peut-être que plus tard je te les enverrai s'ils ont tout fini. »
Le sourire de la petite fille s'effaça, et elle hocha la tête d'un air compréhensif. Winry commença à se détourner, puis elle s'arrêta en voyant le visage d'Ed. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement et elle s'exclama : « Tu ressembles exactement à Ed ! »
Il ne fit que la fixer pendant quelques instants, puis un large sourire fendit son visage. « En fait, je m'appelle Lin Yao », dit-il en tendant sa main pour la saluer.
Winry le regarda un moment avant de prendre sa main dans les siennes. Soudain, elle écarquilla les yeux en serrant sa main, puis cria, toute excitée : « C'est un auto-mail ? »
Il acquiesça et retira son gant pour la laisser l'inspecter.
« Oh, ouah ! C'est vraiment génial ! Que je serai plus grande, je veux être un ingénieur auto-mail, comme ma grand-mère ! cria-t-elle d'une voix aiguë. Un jour j'espère pouvoir fabriquer un auto-mail aussi bon que celui-là ! »
Ed s'agenouilla et sourit gentiment à la petite fille blonde. « Tu le feras. Tu seras l'une des meilleures. Je le sais, c'est tout. Donc étudie bien, d'accord ? »
Trisha regarda les joues de Winry prendre une belle couleur rouge tandis qu'elle baissait les yeux d'un air embarrassé. « Je ferai de mon mieux, dit-elle, prenant un pan de sa jupe et l'entortillant autour de son doigt. Et quand je serai mécanicienne... tu reviendras à Resembool ? Si oui... je te ferai ta maintenance et je te ferai un prix. »
A ces mots, Ed éclata de rire. « Comment ça ? Pas gratuitement ? »
La fillette leva les yeux et répondit : « Grand-mère dit qu'il ne faut jamais rien donner de gratuit. »
L'adolescent secoua simplement la tête, puis lui tapota doucement le nez avec son doigt auto-mail. « Travaille dur, et je jure de revenir. D'accord ? »
La petite fille hocha énergiquement la tête, puis déclara : « Je vais aller travailler tout de suite ! » Elle se mit à dévaler la colline, puis s'arrêta et leur fit un signe de la main. « Au revoir Mme Elric ! Au revoir Lin ! »
Tous deux lui firent signe en retour un moment, jusqu'à ce qu'elle soit hors de vue, puis, un sourcil levé, Trisha fit : « Lin Yao ? »
Ed eut un petit rire et secoua la tête. « C'est une longue histoire.
- Je vois... dit-elle en le regardant renfiler le gant. Tu sembles assez confiant en ses capacités... »
Il la regarda, hocha la tête, leva sa main, et dit doucement : « Qui crois-tu qui a fait ceci ? » Il toucha sa jambe. « Et ceci... »
Tandis qu'ils reprenaient leur chemin vers la maison, elle remarqua qu'Ed semblait de bien meilleure humeur, et elle en fut heureuse. Ca lui faisait mal de le voir si triste. Trisha repensa à sa question, et se demanda s'il fallait peut-être mieux ne pas la poser. Son petit Edward se fâchait tellement quand elle mentionnait...
Mais ce n'était pas son petit Edward. C'était Ed, son fils, mais pas son fils... pas celui qu'elle connaissait. Il avait tellement mûri... peut-être pouvait-il le prendre plus calmement maintenant...
« Edward... », commença-t-elle, puis elle s'interrompit. Elle ne pouvait pas... et si...
Il la regarda et fit : « Oui ? »
Trisha détourna les yeux. Comment lui demander ? Comment réagirait-il ?
« Maman ? demanda-t-il, inquiet.
- Ed, j'ai une question que... je voulais te poser, mais... », dit-elle, puis sa voix s'éteignit.
L'adolescent blond eut un léger sourire et dit d'une voix faible : « Je t'ai dit les pires choses possibles... tu peux bien demander... »
La brune leva les yeux et hocha la tête, bien qu'elle attendît quelques minutes avant de demander doucement : « Est-il revenu ? »
Aucune réponse ne venant, elle regarda à côté d'elle et remarqua alors qu'elle était seule. S'arrêtant, Trisha se retourna et le vit se tenant au milieu du chemin, la regardant avec des yeux tristes.
Voilà sa réponse.
Il n'avait pas besoin de parler.
Trisha cilla, surprise par l'apparition de larmes soudaines dans ses yeux. Elle avait pensé avoir déjà versé toutes les larmes de son corps...
Ed baissa les yeux et poussa un soupir avant de reprendre sa marche.
« Maman, dit-il d'une voix où résonnait une colère sourde, pourquoi l'attends-tu ? Comment peux-tu l'aimer ? C'est un salaud. Il... il ne nous aime pas... si c'était le cas, alors pourquoi serait-il parti ? Pourquoi ne nous aurait-il pas écrit, ou... ou... n'importe quoi ? » Il leva la tête, et elle vit la peine et la douleur, la confusion et la colère, débordant de ces immenses yeux dorés. « Il n'est pas revenu... on a essayé... mais il n'est jamais revenu... »
Elle fit un pas vers lui et l'entoura de ses bras.
« Edward, dit-elle doucement, il nous aime. Je sais qu'il nous aime. La raison de son départ... il est parti pour que vous ne sachiez pas... il ne voulait pas que Alphonse et toi sachiez... il... il a dit qu'il reviendrait... mais je ne m'attendais pas à ce qu'il parte aussi longtemps... »
L'adolescent s'écarta et demanda : « Que ne voulait-il pas que l'on sache ? »
Elle secoua la tête. « Je ne pourrais t'en dire que très peu car je n'ai pas compris tout ce qu'il m'a dit. Je ne pense pas que le peu que je sache puisse avoir beaucoup de sens, donc je préfère ne pas essayer, mais sache qu'il nous aime beaucoup...
- Je n'arrive pas à comprendre comment tu peux dire ça... » marmonna-t-il en passant à côté d'elle.
Trisha le regarda lentement s'éloigner d'elle, avec des sentiments partagés. Il les aimait. Elle savait qu'il les aimait. Comment Ed ne pouvait-il pas le voir ? Comment ne pouvait-il pas comprendre combien elle pouvait aimer Hohenheim ?
Puis elle songea à quelque chose. Sa vérité était dure et écrasante, et elle appela : « Edward... » Il s'arrêta mais ne se retourna pas. « Tu m'as demandé pourquoi je l'aimais. Tu as dit qu'il était un salaud et que tu n'arrivais pas à comprendre comment il pouvait retourner mes sentiments... »
Ed acquiesça, les sourcils froncés.
« Qu'en est-il de toi ? Qu'en est-il de cet homme ? Comment peux-tu l'aimer, lui ? Pour moi, il est un salaud ! Je n'arrive pas à comprendre comment il pourrait retourner tes sentiments… Alors, pourquoi ? » demanda-t-elle, sa voix s'éteignant.
Il hocha tristement la tête et revint vers elle. Pendant quelques minutes, ils se regardèrent dans les yeux, puis Ed prit enfin la parole.
« Je n'avais pas l'intention de l'aimer. Je n'ai jamais voulu que cela arrive. Quand tout a commencé... eh bien... ce... ce n'était pas de l'amour. Ce n'était qu'un jeu. On se... contrariait... mutuellement... je ne sais pas... » Il passa une main dans ses cheveux et secoua la tête. « Le plus drôle est qu'il est vraiment un salaud par moment, mais je suppose que quand tu aimes assez quelqu'un, tu as tendance à occulter ce genre de choses. »
Il croisa les bras et reprit : « Al n'est pas au courant... personne ne sait... on ne peut pas se permettre que ce soit découvert. C'est contre le règlement. Nous avons chacun nos propres objectifs et nous avons besoin de l'armée pour les atteindre, ou, en tout cas, c'est mon cas... Je le dois... pour Al. Je... j'aimerais qu'il m'aime, mais... » Il ne put poursuivre, et détourna les yeux.
« Je ne sais pas ce qu'il en est », dit-elle avec douceur. Ed lui lança un regard interrogateur et hocha la tête. « Je l'ai vu dans ses yeux la nuit dernière, quand tu as dit ce que tu as dit. Il était surpris... admit-elle.
- Oui... on n'a jamais parlé d'amour ou de ce genre de trucs... Je... j'ai pensé lui en parler plusieurs fois, mais je n'en ai jamais trouvé le courage. Par contre, maintenant... maintenant il sait, mais on n'en a pas encore parlé. Peut-être qu'il attend... qu'il attend qu'on soit revenu ou quelque chose... Je ne sais pas... » Sa voix s'éteignit alors que ses yeux la suppliaient de comprendre ce qu'il ressentait.
Elle le regarda un moment avant de déclarer : « Je suppose que ce doit être difficile de juger ceux que l'on aime à travers des yeux étrangers... »
Il la regarda avec toute la maturité qu'il avait gagnée toutes ces années qu'elle ne connaissait pas, qu'elle ne connaitrait jamais... et dit doucement : « Oui... Je pense aussi... »
Trisha tendit les bras et serra son fils fort, puis proposa après quelques instants : « Je vais réfléchir à ce que tu as dit si tu réfléchis à ce que j'ai dit. »
Elle le sentit acquiescer contre elle. « Je vais essayer... » marmonna-t-il.
Ils restèrent dans cette position un long moment ; combien de temps, elle n'en savait rien, mais lorsqu'ils se séparèrent enfin, il regarda autour de lui comme s'il cherchait quelque chose. Son regard se posa sur une bande de fleurs des champs au bord du chemin, et il s'écarta d'elle pour se diriger vers ces dernières.
Il resta une minute sans bouger, silencieux, le dos tourné à elle, son long manteau rouge flottant légèrement dans la brise, puis il s'agenouilla et lui adressa un sourire radieux avant de claquer dans ses mains et de toucher les fleurs.
Elle retint une exclamation tandis qu'elles étaient transmutées en une couronne de fleurs. Il la ramassa, revint vers elle et la fit passer doucement par-dessus sa tête, la laissant reposer sur ses épaules. Trisha toucha les fleurs délicates et sentit des larmes lui monter aux yeux, sauf que cette fois-ci, c'était des larmes de joie.
« Edward... tu... comment... » Elle s'interrompit pour rassembler ses pensées, puis dit : « Ton père... il... il m'en faisait toujours...
- Je sais..., souffla-t-il. Tu me l'as dit un jour... tu m'as demandé de t'en faire une... mais... » Sa voix s'estompa alors qu'une pointe de tristesse voilait ses yeux.
« Merci, Edward..., dit-elle avec douceur en l'embrassant sur le front. Tu l'as même fait sans cercle de transmutation... » Comme ton père. « ...je suis si fière de toi. Tu as fait tellement de progrès en alchimie... » Tu ressemblais même à lui lorsque tu transmutais. « ...j'adorerais en voir plus un peu plus tard. »
Il hocha la tête d'un air heureux et ils se remirent en route.
Elle aurait voulu que ce moment dure à jamais. Être juste heureux, juste en famille. Mais elle savait qu'ils ne pouvaient pas. Bientôt, Ed et son commandant trouveraient un moyen de retourner dans le futur, et aussi vite que tout était arrivé, tout serait fini.
