CHAPITRE 11

Kurt se roula en boule dans son fauteuil, dans le coin de la pièce. Ses devoirs de maths étaient éparpillés sur la petite table devant lui, mais il n'y avait même pas jeté un œil depuis plus d'une heure. Pas depuis que Finn était parti pour aller acheter de quoi manger à la cafétéria. Le bip régulier du moniteur cardiaque était le seul confort que son père pouvait lui offrir à cet instant. Il n'avait jamais ressenti à la fois autant de haine et d'attachement pour un bruit artificiel.

C'était un dimanche après-midi sinistre. A travers la fenêtre près du lit de camp que Finn et lui avaient monté, il pouvait voir le ciel gris métal et les rivières de pluie qui perlaient contre le verre. Carole avait été à peu près absente toute la matinée. En tant qu'infirmière de l'hôpital, elle trouvait toujours un moment pour passer entre les patients, les tours et les appels en urgence, mais à chaque fois elle était déçue de les trouver barricadés dans leur salon de fortune, et Burt toujours dans le coma. Mais au moins, ses attentes étaient raisonnables. Chaque fois que Finn n'avait pas regardé du côté de Burt depuis plus de cinq minutes, il relevait la tête d'un coup et observait le lit comme s'il s'attendait à voir Burt danser des claquettes dessus. Pour Kurt, c'était à la fois touchant et agaçant. Il n'arrivait pas à garder le même espoir optimiste et enfantin que lui.

Il était terrifié par l'absence de changement dans l'état de son père, et il savait que c'était justifié. Il savait que le plus de temps il passait dans le coma, le plus de chances il y avait pour qu'il en reste ainsi. Il ne savait pas quoi faire ou comment il pouvait aider, ou même s'il pouvait réellement être utile en quoi que ce soit. Il voulait faire quelque chose pour se rendre utile et aider son père à reprendre conscience. Il ne voulait pas perdre la personne la plus importante à ses yeux et devenir orphelin. Les Hudson étaient là pour lui, il le savait. Mais là, sur le moment, il voulait vraiment que son père le prenne dans ses bras et lui dise que tout allait bien se passer.

La lourde porte blanche s'ouvrit et Finn apparut, un gobelet blanc de café à la main. Ses yeux sombres étincelèrent d'espoir quand il jeta un coup d'œil au lit, mais leur éclat disparut aussitôt. Il se laissa tomber sur le siège près de Kurt et lui tendit le gobelet chaud.

Kurt jeta un regard au liquide marron boueux, et ses doigts raides frémirent lorsque la chaleur les envahit.

"Je sais que tu as dit que tu ne voulais rien, mais je sais à quel point tu aimes le café donc..., dit Finn d'une voix trainante en haussant les épaules.

- Merci, murmura faiblement Kurt." Et c'était sincère, même s'il détestait le café noir. Il le renifla prudemment. Au moins, ce n'était pas du déca.

Finn jongla avec un livre pendant plusieurs minutes, et jeta un coup d'œil aux interminables calculs que Kurt avait étalés sur la petite table. "Je suis vraiment content de ne pas avoir pris maths renforcés. Ça ressemble à une montagne de problèmes, pour une seule journée."

Kurt fronça les sourcils en direction des papiers incriminés. "Je n'en suis qu'au premier problème et je suis presque sûr qu'il est encore faux.

- Oh... waouh." Finn jeta son livre sur le côté et prit l'une des feuilles, l'inclinant dans tous les sens pour la regarder sous différents angles. "Ça ressemble vraiment à du charabia écrit en violet."

Kurt eut un pâle sourire. Il savait que Finn essayait de lui remonter le moral et de lui changer les idées. Ça aurait probablement fonctionné s'ils ne se trouvaient pas dans la chambre d'hôpital de son père.

Finn remua bizarrement sur sa chaise et jeta un regard circulaire à la pièce en essayant de ne pas rendre trop évident le fait qu'il était en train de dévisager Kurt.

"Quoi ?"

Sa question un peu bourrue sortit de sa bouche en sonnant beaucoup plus méchamment que prévu. Le regard coupable et triste qui passa sur le visage de Finn le fit se sentir – si c'était possible – encore plus mal.

"Désolé, marmonna rapidement celui-ci. Je suis juste... ces maths me rendent vraiment fou."

C'était une excuse bidon, et Kurt savait que Finn en était conscient. Mais il ne lui fit pas remarquer, car Finn avait compris que tout ça n'était pas très important. C'était l'une des choses que Kurt aimait le plus chez lui. Il pouvait être incroyablement stupide, mais quand le sujet devenait vraiment sérieux il saisissait les choses assez rapidement.

"Ouais, désolé, mec. Je, bon..." Ses yeux sombres dérivèrent à travers la pièce jusqu'au lit. Kurt suivit son regard et son estomac se tordit douloureusement. Il se détourna rapidement, déchira sa dernière tentative échouée de résoudre le problème numéro quarante-sept et recommença de nouveau. Et Finn comprit encore une fois le message – même si ce n'était pas ça qui allait le faire taire.

"Et alors, il y a quoi entre toi et ce mec, Blaine ?"

La main de Kurt vacilla pendant une seconde quand il recommença à écrire, mais sa voix était aussi indifférente que possible. "Je ne vois pas de quoi tu parles.

- En gros, il est à fond sur toi depuis le début, mec, dit Finn, visiblement mal à l'aise d'insister pour avoir une réponse. Et j'ai entendu Mercedes et Tina dire que tu..." Il lança au lit un regard nerveux, comme si Burt pouvait les entendre, et sa voix se transforma en murmure "... as des marques de suçons."

Ses yeux se précipitèrent encore une fois sur le lit, visiblement convaincus que la vie amoureuse de Kurt serait le déclencheur du réveil de son père. Kurt ne dit rien. Il savait déjà que Finn ne le croirait pas s'il lui disait que les filles avaient menti. Mercedes et Tina étaient deux de ses amies les plus proches, et si elles avaient affirmé ça, Finn pouvait être sûr que c'était vrai.

Les baskets remuèrent sur le sol et Finn se tortilla sur sa chaise. Puis il accorda à Kurt le regard le plus sérieux que celui-ci n'ait jamais vu sur son visage.

"Ecoute, je sais qu'on n'est pas une... une famille normale ou un truc du genre. Mais pour moi c'est tout comme. Tu es un peu mon petit frère...

- Je suis plus vieux que toi de quatre mois, Finn, rétorqua Kurt en feuilletant son cahier avec beaucoup trop de conviction pour être naturel.

- Juste... fais gaffe, mec. Parce que s'il te met en cloque..."

Le crayon qu'il tenait à la main résonna sur le sol blanc et stérile.

"Oh mon dieu. Tu es vraiment stupide à ce point ? le coupa Kurt d'une voix forte, l'incrédulité perçant nettement dans sa voix.

- Quoi ? Ou..." Finn sembla complètement terrifié par ce à quoi il était en train de penser. "Ou alors est-ce que c'est toi qui... parce que je pensais que...

- Arrête. Tout de suite." Ce fut au tour de Kurt de jeter un regard au lit. Dans le coma ou pas, il ne voulait vraiment pas avoir cette conversation avec son père dans la pièce. "Deux mecs ne peuvent pas faire de bébé ensemble, Finn. Tu n'as fait aucune recherche après ce qu'il s'est passé l'an dernier ?

- Si ! répondit Finn, indigné. Seulement, pas sur le se... les trucs gay.

- Juste... au secours." Kurt se prit le visage dans les mains. "Blaine et moi ne sommes pas..."

Il ne pouvait pas le dire. Peut-être parce qu'il était justement en train d'y repenser, maintenant.

"Et d'ailleurs, pourquoi est-on en train d'avoir cette conversation ? demanda-t-il d'un ton piquant, dévisageant Finn." Au moins il se sentait mieux et distrait à présent. Il devait bien ça à Finn.

Finn haussa les épaule, toujours terrifié d'avoir osé entamer cette conversation. "Sais pas. J'imagine que c'est parce que tu as l'air..." Il marqua une pause pour prendre le temps de trouver le mot exact. "…plus heureux quand il est avec toi. Même si tu as l'air super agacé en même temps."

Kurt le fixa pendant un long moment, essayant de déterminer s'il était sincère. En quelque sorte, il détestait le fait que Finn ait raison. Car depuis le vendredi après-midi, il avait commencé à se rendre compte de combien Blaine était important dans sa vie. Et le fait que Blaine se souciait vraiment de lui le touchait énormément. Cela rendait tout ce qu'il s'était passé entre eux plus réel d'une certaine manière, plus solide. Cela lui avait donné l'espoir de quelque chose de plus que de simples séances de tripotage contre des tableaux noirs et des lavabos. Ce moment dans la salle de classe vide l'avait finalement convaincu d'une chose : il aimait bien Blaine. Même s'il le haïssait la moitié du temps. Il voulait l'avoir près de lui, et le toucher, et l'embrasser, et avoir ses bras autour de lui encore et encore.

"Je..." Il hésitait à dire à Finn ne serait-ce qu'une seule de ces pensées. Il venait juste de les accepter lui-même. Et même, il ne savait toujours pas grand-chose de Blaine, ou quel genre de problèmes il pouvait vraiment attirer. "Je ne sais pas, Finn." Il soupira, fatigué, et ramassa son crayon sur le sol. "C'est un c..." Il s'arrêta. Il n'arrivait plus à appeler Blaine comme ça, parce qu'il savait que ce n'était pas entièrement vrai.

"On serait tous heureux pour toi, tu sais, dit Finn d'un ton calme." Il regardait ses mains qui se tordaient ensemble, posées sur ses cuisses. "Même... même Burt quand il sera..."

Finn s'arrêta une nouvelle fois et ils regardèrent tous les deux la jungle de tuyaux autour du corps de son père.

Finn parut pris d'une soudaine inspiration et sourit à Kurt, de son ridicule demi-sourire.

"Je crois que je sais comment faire pour le réveiller."

Kurt leva un sourcil élégant, un peu sceptique.

"Je vais faire une prière au Croque-Messie pour lui..."

Il avait du mal entendre. "Tu vas faire une prière à quoi ?"

Finn eut l'air penaud. "En fait, je me suis fait un croque-monsieur et il y avait Jésus dessus..."

Kurt renifla, et éclata de rire – un vrai rire sonore. "Juste... Finn.

- Il m'a permis de passer au niveau supérieur avec Rachel !"

Kurt rit encore plus fort, oubliant pendant quelques secondes où ils se trouvaient et pourquoi ils y étaient.

"Oh mon dieu, Finn. Non." Il secoua la tête, essuyant une petite larme dans le coin de son œil. "Tu... un sandwich."

Finn sembla terriblement vexé. "Je pensais juste que ça pourrait aider !

- Non, merci pour la... heu... proposition, mais je vais en rester à l'acuponcture." Il tapota gentiment l'épaule de Finn, et celui-ci fit la moue.


Quand il retourna au lycée le lundi, il avait l'impression qu'il n'en était jamais parti. Les choses reprirent exactement là où il les avait laissées et il n'était pas aussi préparé que d'habitude. D'abord, juste après les annonces du matin, Mr. Robertson leur fit un petit contrôle surprise sur le texte qu'il leur avait donné à lire pendant le week-end. Kurt l'avait à peine commencé. Il put faire une pause avec le Français, même s'ils avaient un dialogue à présenter devant toute la classe. C'était la matière dans laquelle il était le meilleur, et il savait qu'il réussirait ça sans problème. En Economie Domestique, ils étaient censés faire un gâteau. Au moment de quitter la salle pour le déjeuner, il était couvert de farine et de sucre et il faisait semblant d'ignorer que Tina et Mercedes avaient déclenché la bataille de nourriture.

Quand il entra enfin sans se presser dans la salle de TP de chimie, il remarqua immédiatement un détail : Blaine n'était pas là. Le délinquant était toujours là avant lui, sans faute. Il avait même vu Blaine le matin même en Anglais. Il prit sa place habituelle et attendit qu'il apparaisse, tandis que les autres élèves se regroupaient par groupe de deux ou trois. Quand la cloche sonna, il sentit son cœur se serrer légèrement. Après leur échange de vendredi, il voulait vraiment voir Blaine, même s'il n'avait aucune idée de ce qu'il ferait quand il se retrouverait face à lui.

Après un autre après-midi horrible à l'hôpital et une nuit blanche chez les Hudson, Kurt accueillit ses cours du mardi avec une expression hébétée et beaucoup d'inattention. Blaine était présent, mais resta silencieux jusqu'à ce qu'ils s'installent ensemble à leur table habituelle pour le déjeuner. Son plateau couvert de nourriture en désordre claqua sur le dessus de la table à côté de celui de Kurt, puis il se glissa sur le banc et se colla contre lui. Sa main se faufila adroitement autour de la taille de Kurt pour caresser son flanc.

Kurt n'était pas vraiment d'humeur à se laisser tripoter. Il était toujours en train de chercher comment venir à bout de ces foutus exercices de maths, sans le moindre succès. Une jambe s'enroula autour de sa cheville et la main de Blaine se glissa vers ses cuisses, ses doigts effleurant le tissu doux de son pantalon noir.

"Blaine, arrête."

L'ordre fut ignoré, et il n'en fut pas surpris le moins du monde. Ayant visiblement oublié la montagne de nourriture devant lui, Blaine pressa ses lèvres sur la peau sensible de Kurt, derrière son lobe d'oreille. Kurt frissonna malgré lui, essayant sans succès de se concentrer sur les dérivées et les cosinus.

Blaine soupira contre sa peau, soufflant sur la petite tâche humide que ses lèvres venaient de laisser.

"J'arrête si tu me laisses te sucer sur le champ.

- Ce qui veut dire que tu ne vas jamais arrêter...

- Exactement. Le truc, c'est que ça..." Il suça passionnément le même endroit et Kurt sentit sa poitrine se serrer. "... ne pourrait pas se produire, si ma bouche était trop occupée par ça." Une main ferme se pressa contre sa braguette.

"S'il vous plaît, les garçons. Gardez vos mains pour vous."

Mr. Robertson resta assez longtemps à côté d'eux pour s'assurer que Blaine s'écartait de Kurt. A la seconde où il tourna les talons Blaine était de retour exactement au même endroit, grommelant dans un souffle quelque chose qui sonnait étrangement comme "casse-couille". Puis il laissa tomber son menton sur l'épaule de Kurt et sortit paresseusement sa langue pour la presser de nouveau sur le même point. Kurt se concentra de nouveau sur son devoir, qu'il devait rendre dans quinze minutes. Il était complètement foutu. Il n'allait jamais réussir à faire ça correctement...

"Tangente de x plus racine carré de x sur l'inverse de cosinus."

Kurt se figea, et tourna un regard stupéfait vers Blaine. La seule chose qu'il réussit en fait à faire fut de coller leurs joues ensemble et d'avoir l'œil de Blaine – aujourd'hui magnifique, d'un vert clair – en plein dans sa ligne de mire.

"Tu dis ça au pif, décida Kurt immédiatement." Il s'échappa de l'étreinte de Blaine en haussant les épaules et fit glisser quelques pages pour vérifier quelque chose.

"Si tu ne me crois pas regarde à la fin du bouquin. Toutes les réponses bizarres sont à la fin, dans ces livres débiles."

Kurt lui lança un regard méprisant et cessa de feuilleter ses pages. Sa curiosité finit par prendre le dessus. Blaine était probablement le seul Junior en cours de maths renforcés, et à peine le quart des Seniors atteignait le cours de maths avancés. Il attrapa donc un paquet de pages et feuilleta les réponses jusqu'à ce qu'il trouve le bon chapitre et numéro d'exercice. Sa mâchoire se décrocha, et il ouvrit sa bouche tellement grande qu'une planète aurait pu tenir dedans.

La réponse exacte que Blaine venait de débiter était en train de le regarder depuis la page colorée. Il se tourna vers Blaine, toujours sans voix.

Un rictus arrogant se forma sur les lèvres du garçon, tandis qu'il avalait une pleine bouchée de spaghettis. "Je te l'avais dit, Hummel.

- Comment... tu as fait ça de tête ?"

Blaine haussa les épaules et engloutit plus de nourriture dans sa bouche, rappelant étrangement à Kurt la manière de manger de Finn. Les mecs adolescents étaient vraiment des porcs.

Mais il n'arrivait toujours pas à y croire. Il chercha une autre question du regard dans un chapitre différent, retourna à la page de l'énoncé et la pointa du doigt.

"Réponds à celle-ci, alors."

Blaine jeta un coup d'œil, ses yeux roulant légèrement pendant qu'il réfléchissait, et à peine trente secondes plus tard...

"X sin x au carré entre parenthèses, multiplié par x moins un huitième le tout entre parenthèses."

Il avait encore juste. Kurt se contenta de creuser l'espace entre eux, du moins jusqu'à ce que Blaine profite de sa bouche ouverte. Rapides comme l'éclair, ses lèvres se scellèrent à celles de Kurt et sa langue s'infiltra à l'intérieur avec un léger goût de...

Kurt le repoussa. Il avait peut-être reconnu qu'il appréciait Blaine, et il le comprenait peut-être un peu mieux à présent, mais il n'était toujours pas d'accord avec ça. Surtout dans la cafétéria de McKinley.

"Apprends-moi à résoudre ces problèmes correctement, demanda Kurt en montrant son livre. On a quinze minutes.

- Mmh je vois d'autres choses beaucoup plus amusantes que je pourrais t'apprendre en quinze..."

Kurt envoya brutalement le talon de sa botte dans les orteils de Blaine. Celui-ci retira son pied avec une grimace de douleur, fixant Kurt du regard.

"D'abord, tu dois te rappeler de séparer ces termes avant de t'occuper des dérivées..."

Quand la cloche sonna, Kurt était ravi d'en avoir tant appris. Il avait réussi à faire quatre-vingts pour cent des problèmes avec les quelques méthodes rapides données par Blaine et quelques astuces. Comme d'habitude, Blaine fourra sa pomme dans la poche de son jean, mais aujourd'hui il suivit Kurt dans le hall au lieu de se diriger vers le gymnase. Ses bras s'enroulèrent jalousement autour de sa taille et ils eurent l'air très bizarre, à marcher avec leurs hanches qui se cognaient sans cesse.

"Qu'est-ce que tu dis de t'éclater un peu chez moi après les cours ? Travailler sur ce... devoir ou un autre truc ?" La voix de Blaine était plus douce que du coton. Ils s'arrêtèrent à l'extérieur de la salle de cours de Kurt.

"Pas si ça ressemble de près ou de loin à la dernière fois, répondit Kurt d'un air sombre, très conscient des coups d'œil curieux que leur jetaient les élèves qui passaient. Il y a Glee, et mon père..."

Il battit en retraite. Même s'il aimait profondément son père, il n'avait vraiment pas envie de passer la soirée assis dans une chambre d'hôpital, seul, à essayer de faire ses devoirs tout en jetant un regard toutes les trois secondes pour voir si son père avait bougé.

Une partie de l'arrogance de Blaine sembla s'évanouir quand il retira son bras.

"J'ai retenue jusqu'à seize heures trente. Je viendrai te retrouver et t'aiderai à..." Ses yeux descendirent le corps de Kurt, s'arrêtant un moment sur son entrejambe avant de remonter pour croiser son regard. "...oublier pendant quelques instants. Te détendre un peu."

Avant que Kurt ait pu répondre, Blaine disparut dans la foule. Une fois en cours, son esprit retourna immédiatement là où il errait toujours ces derniers temps : son père. La présence de Blaine lui manqua soudain, car le garçon réussissait toujours d'une manière ou d'une autre à le distraire sans même que Kurt ne le remarque avant qu'il s'en aille.

Son humeur se détériora encore un peu plus tard, quand les cours touchèrent à leur fin. Un autre cours auquel il n'avait pas compris un mot et un autre devoir avec lequel il allait galérer jusqu'à ce que Blaine l'aide. Il se dépêcha d'aller au Glee Club, prenant silencieusement son siège habituel et n'adressant la parole à personne. Tout le monde semblait se sentir mal pour lui et ils essayaient tous de lui remonter le moral. Mais il ne voulait pas entendre parler de Dieu et de religion, même si Mercedes chanta magnifiquement bien et essaya de l'aider à garder la foi.

Le seul effet qu'eut tout ça fut de l'irriter et de le faire se sentir encore plus mal. Il ne voulait pas en entendre parler. Il était tellement fatigué qu'il savait qu'il ne devrait même pas prendre le volant pour rentrer. Durant les trois dernières heures, il avait eu constamment mal à la poitrine à la pensée de son père allongé à l'hôpital. Il chanta une chanson qui signifiait plus pour lui et son père que n'importe quoi en relation avec Dieu. Parce qu'il n'y avait qu'une chose en laquelle Kurt croyait, et c'était l'amour que son père et lui avaient l'un pour l'autre.


Blaine plongea la main dans la poche arrière de son jean et en sortit une épingle à nourrice qu'il inséra dans la serrure de son casier. Après quelques torsions celui-ci s'ouvrit et le garçon fourra ses livres à l'intérieur, récupéra le skateboard usé et claqua la porte pour le refermer. Il n'avait jamais pris la peine d'en apprendre la combinaison. Il n'en avait jamais vraiment vu l'intérêt sachant qu'il pouvait ouvrir ce foutu truc deux fois plus vite.

Il se félicita silencieusement lui-même d'être sorti tôt de retenue et glissa sur son skate dans le couloir. Même s'il continuait à s'arranger pour être collé, cela commençait à le lasser avec le temps. Surtout si Hummel n'était pas là pour l'aider à s'occuper les idées – ou les mains et les lèvres. Bon sang, il voulait sucer ce mec. Et ensuite le baiser jusqu'à ce qu'ils en aient tous les deux des bleus. Depuis qu'il avait eu cet avant-goût chez lui quelques semaines auparavant, c'était à peu près la seule chose qu'il avait à l'esprit. Cela lui avait également tout fait remettre en question.

Si ça avait été quelqu'un d'autre, il l'aurait déjà baisé jusqu'à ce qu'il ne puisse plus marcher, puis il serait passé à autre chose. Mais il ne l'avait toujours pas fait après six semaines de chasse, et il essayait de ne pas penser au pourquoi du comment. Il savait que les mecs de Dalton se seraient foutus de lui jusqu'à la fin de ses jours pour ça, à moins qu'il ne leur casse la gueule pour leur clouer le bec. Son estomac se tordit quand il pensa à eux. Traîner avec ces cons lui manquait vraiment, même si leurs seules préoccupations étaient de boire et de sauter des filles. Avec son bracelet électronique il n'avait aucune chance de faire l'aller-retour jusqu'à Westerville. Pas s'il voulait qu'on finisse par lui enlever ce putain de truc. Et il n'avait pas de quoi se payer un téléphone portable. Et ils ne pouvaient pas non plus venir lui rendre visite. Dalton avait une politique très stricte sur tout ce qui concernait les sorties. Ou du moins, c'est ce qu'ils pensaient. Il y avait désobéi plus de fois qu'il n'avait été viré de cours.

Il fit sauter son skate en l'air en approchant de la salle de chant, prêt à balancer la porte pour l'ouvrir et à faire au hasard la première chose qui lui viendrait à l'esprit, mais le son de la voix de Kurt l'arrêta net devant la porte entrouverte.

"…le jour de l'enterrement de ma mère, quand ils ont descendu son corps dans la fosse…"

Quelque chose se tendit dans sa poitrine pendant que Kurt continuait à parler. Des souvenirs d'un matin clair et ensoleillé de mai, qui étaient resté dans une partie refoulée de son cerveau. Combien son père avait été bourru et stoïque, et combien il avait complètement ignoré son jeune fils, avait même refusé de remarquer sa présence à côté de lui... Il recula et se secoua, et la musique commença à résonner à l'intérieur de la pièce.

"Can I tell you something, I think you'll understand..."

Les Beatles. Blaine connaissait cette chanson, bien qu'il l'ait seulement entendue dans un contexte romantique jusqu'à présent. Mais il ne l'avait jamais entendue chanter par une voix aussi incroyable que celle qui sortait de la pièce. Il se pressa un peu plus contre la porte, l'ouvrant de quelques centimètres de plus pour voir ce qui se passait à l'intérieur.

Kurt se tenait devant au milieu, inratable dans sa veste rouge éclatante, et chantait de tout son cœur. Et Blaine connaissait cette expression, et elle n'avait jamais été plus honnête qu'à ce moment-là. Tout ce que Kurt ressentait s'échappait à travers ses mots, dans l'espoir que d'une manière ou d'une autre quelqu'un ou quelque chose ou n'importe quoi entende sa douleur et lui rende son père.

"I wanna hold your hand..."

La musique mourut. Kurt renifla et essuya quelques larmes de ses yeux. Oh mon dieu, Blaine était terrifié par ce que lui faisait ressentir ce garçon magnifique. Il ne comprenait même pas si ces sensations étaient réelles, ou comment tout ça était censé fonctionner, il le voulait juste pour lui. Il ne pouvait pas se l'expliquer mieux que ça.

Kurt fut le premier à sortir et avant qu'il ait pu se retenir, Blaine le tira au coin du couloir, hors de portée du regard des autres. Il y avait tellement de choses qu'il avait envie de dire, mais il n'avait jamais été doué avec les mots et les sentiments, si du moins c'était de ça dont il s'agissait. Il était probablement juste super excité.

Kurt le regardait avec curiosité, des larmes encore brillantes dans les yeux. Blaine dut détourner le regard. Il ne pouvait pas supporter la manière dont Kurt semblait transpercer sa chair. Bon sang, il n'avait aucune foutue idée de ce qu'il était en train de faire. Il avait juste eu envie d'une bonne baise, et Kurt s'était révélé être un défi de taille depuis le premier jour. Et c'était d'ailleurs toujours ce qu'il voulait, se dit-il, mais...

"Tu as une belle voix."

Il se mordit presque la langue quand ces mots sortirent de sa bouche. Peut-être ferait-il mieux de laisser tomber la facture d'eau ce mois-ci et de s'acheter un filtre pour se le mettre entre le cerveau et la bouche. Parce qu'il ne pouvait pas dire des trucs comme ça à Kurt. Il ne devrait pas éprouver le besoin de sortir des trucs pareils. Il serra les bras étroitement sur son torse, espérant pour la première fois depuis longtemps qu'il puisse juste... disparaitre.

Kurt hoqueta un peu et lui accorda un sourire larmoyant. "La plupart des gens disent que je chante comme une f...fille."

Il était mieux que toutes les filles dont Blaine pouvait rêver... A quoi pensait son cerveau, exactement ? Il ne pouvait pas se permettre de penser des trucs pareils. Il voulait juste mettre sa queue dans le cul de Hummel. Et ensuite trouver un autre cul qui ne soit pas aussi difficile à obtenir.

Les larmes se mirent à dévaler silencieusement les joues de Kurt et Blaine resta planté là, inutile. Il n'avait aucune idée de ce qu'il était censé faire quand quelqu'un se mettait à pleurer. Surtout si c'était quelqu'un pour qui il avait besoin de se rappeler toutes les deux minutes qu'il ne lui courrait après que pour s'envoyer en l'air.

Il fouilla son cerveau pour chercher la réponse qui lui échappait et se rappela enfin la véritable raison pour laquelle il était venu retrouver Kurt à la fin de sa répétition.

"On va quand même bosser un peu chez moi, alors ?"

Voilà. Quelque chose d'un peu plus arrogant et assuré qui remette facilement son cerveau sur les bons rails, et l'éloignait de tous ces foutus trucs qui lui arrivaient quand Kurt n'était pas loin. Les larmes continuèrent à glisser quand Kurt hocha bizarrement la tête. Blaine prit ça pour un oui, bien qu'il ne comprenne pas exactement le regard que le garçon lui lançait. Il prit les clefs de Kurt et se dirigea vers la sortie qui menait au parking.