Chapitre 11 : La puissance d'une Kage

Ce furent les deux mots brefs d'Ao qui réveillèrent le campement.

- Attaque imminente.

Tous les ninjas s'éveillèrent instantanément et tombèrent en position de défense. Les ANBU de l'unité d'Ao se regroupèrent autour de leur chef, tandis que Chojuro se glissait devant Mei. Seul Suigetsu sembla hésiter sur le comportement à adopter. Il finit par se placer au beau milieu des ninjas de Kiri, ni trop près d'Ao, ni trop près de Mei.

L'instant d'après, une immense boule de feu Katon éclairait le désert et signifiait le lancement des hostilités. Trois assaillants apparurent en formation serrée, une formation que Suigetsu reconnut sans peine. Avec incrédulité, il réalisa que Sasuke, Karin et Juugo étaient en train d'attaquer une unité plus forte qu'eux – comment avaient-ils pu seulement convaincre Karin de marcher dans une stratégie de ce genre ?

Alors que les ninjas de Kiri préparaient des techniques pour répondre à l'évidente affinité Feu de leur attaquant, Suigetsu s'écria :

- Non, attendez ! Stop !

Pour réaliser que personne ne l'écoutait. Les techniques Suiton se concentrèrent sur Sasuke, laissant une marge de manœuvre à Juugo qui passa directement au deuxième stade de ses capacités. Réalisant que ses réserves de chakra étaient toujours faibles, en rappel de son combat récent avec Chojuro, Suigetsu tenta de s'interposer entre son équipe et les ninjas de Kiri. Il se fit balayer par Mei, qui lui souffla :

- Reste tranquille. Les yeux d'Uchiwa crient vengeance, il n'écoutera personne dans cet état.

Effaré, Suigetsu constata qu'elle avait raison. Les yeux de Sasuke étaient rouge sang, tandis qu'il enchaînait à une vitesse hallucinante des jutsus de feu. Mais Suigetsu connaissait Sasuke depuis des années. Il était impossible que, face à des utilisateurs Suiton, il persiste avec des attaques dont la faiblesse naturelle était l'eau. Surtout s'il possédait également l'affinité Foudre. Il y avait forcément un plan, ou quelque chose. Puis il entendit Sasuke dire froidement – de cette froideur qui transpirait la rage :

- Katon no Jutsu. Feu du Dragon Suprême.

Suigetsu se liquéfia aussitôt. Il savait les dégâts que pouvait produire l'attaque, et il regretta amèrement de ne pas être au sommet de ses capacités. Tandis qu'il disparaissait sous le sable avec le peu de chakra qui lui restait, il réfléchit à l'endroit le plus stratégique pour réapparaître. Juugo était hors de contrôle, ça ne servait à rien de tenter quoi que ce soit de son côté. Restait Karin. Karin connaissait forcément le plan. Karin saurait quoi faire pour arrêter Sasuke.


Mei eut tout juste le temps de produire une brume protectrice pour tous ses ninjas lorsqu'elle entendit le nom de l'attaque d'Uchiwa. Avec l'instinct du ninja qui a beaucoup combattu, elle réalisa que l'attaque dévastatrice – qui aurait sans nul doute emporté leurs blessés si elle n'était pas intervenue – n'était qu'une prémice, une condition nécessaire à remplir avant une autre technique. Elle avisa l'immense boule de feu qui était montée vers le ciel, prit le temps de se demander brièvement si sa lave pourrait englober la technique, puis réalisa que les nuages commençaient à s'amasser autour de l'immense dragon de feu.

Et là, Mei fut impressionnée. En plein désert, Uchiwa était capable d'attirer des nuages et de modifier les températures et le temps jusqu'à… faire pleuvoir. La suite paraissait évidente, et Mei réalisa avec effroi qu'Ao et elle étaient les seuls à pouvoir espérer survivre à une attaque Raiton de la puissance de celle qui se préparait. Le défi dans les yeux, elle reconnut que Sasuke Uchiwa possédait le talent qu'on lui prêtait. La fenêtre dont elle disposait pour agir était extrêmement limitée. Il fallait qu'elle bouge, maintenant. Avec une vitesse digne des Mizukages de Kiri, Mei se porta à hauteur de Sasuke et dans un mouvement fluide – il était tombé en position de garde – plaqua ses deux mains au sol.

- Doton no Jutsu. La Prison Ultime !

Elle redressa un regard fier, et savoura la surprise qu'elle lut dans les yeux rouges d'Uchiwa. Autour d'eux s'étaient dressés des murs de sable – le seul équivalent à la terre dans ce fichu désert – compacts, traversés de chakra. Non seulement Mei empêchait Uchiwa de réaliser sa technique, mais en plus, elle se séparait des autres combattants. Le coût de sa technique était toutefois élevé. La Foudre étant la faiblesse de la Terre, maintenir correctement sa technique lui demandait deux fois plus de concentration et de renforcement. Ce serait lui contre elle dans sa Prison, entièrement coupés du monde. Au début, Uchiwa tenta de sortir. C'était peine perdue, il le réalisa directement. Sans même prendre la peine de se cacher, il lança un genjutsu sur elle. La puissance des pupilles Uchiwa, réalisa Mei, qui ne voulait pas relâcher sa technique – il était peu probable qu'elle parvienne à y piéger une deuxième fois Uchiwa – mais ne pouvait s'offrir le luxe de se laisser prendre par le genjutsu. Puisant dans ses réserves et dans sa volonté, Mei bloqua son chakra en espérant que son adversaire ne parviendrait pas à faire voler sa technique en éclats dans l'intervalle. Et avec la puissance de la future Kage qu'elle était, elle inversa trois fois de suite ses flux de chakra, et repoussa l'illusion qu'Uchiwa tentait de lui imposer.

La tête d'Uchiwa valait de l'or. Mais Mei n'avait pas le temps de s'en amuser. Ses yeux brûlaient de haine, et si pour le moment, elle avait le contrôle de la situation, elle reconnaissait le regard qui lui faisait face. C'était celui d'un homme qui était prêt à tout. Alors qu'elle aurait dû lui expliquer calmement que Suigetsu était avec eux de son plein gré, elle demanda :

- Tu diriges ta haine contre le monde entier ?

Son expression changea durant un infime instant, et elle réalisa qu'elle l'avait pris au dépourvu. Les yeux rouges la défièrent et répondirent hargneusement :

- Oui.

Mais Mei savait mieux. Elle avait entendu les histoires de Suigetsu, le massacre Uchiwa, le parcours de vengeance. Elle regarda le gamin qui se consumait de haine sous ses yeux, et elle revit le visage de Kisame, celui de Zabuza, celui de Kushimaru, de Jinin, de Mangetsu, de Ringo, de Jinpachi… Ils avaient trahi. Ils avaient déserté. Mei se souvenait de leurs visages, de la voie qu'ils avaient choisie, de la blessure qu'elle avait gardée, du dégoût et de la rancœur qu'elle leur avait portés. Qu'Uchiwa la regarde avec ces yeux qui semblaient mépriser le monde comme s'il savait tout horripilait Mei. Sa colère gonfla de manière inattendue. Il ne savait rien. C'était un déserteur, un lâche. Et elle refusait de le laisser un instant de plus croire qu'il détenait la vérité ultime. D'un ton glacial, elle lui dit :

- C'est facile de hurler à la haine et de déserter. C'est facile de jurer de tout détruire parce qu'on a souffert. Par contre, c'est mille fois plus dur de rester et de tenter de changer son village de l'intérieur.

- Ne me donnez pas de leçons. Vous ne comprenez pas. Vous ne comprendrez jamais.

Le regard de Mei se durcit encore. Il avait vingt ans et il pensait avoir tout vu ?

- Oh si, je comprends, et mieux que toi. Mes deux lignées ont été massacrées par le Mizukage. Et je suis fière de dire que je n'ai jamais déserté. Alors que mes frères d'armes abandonnaient l'espoir et le Village, je suis restée. Je suis une kunoichi de Kiri et si Kiri ne me plaît pas, je mets tout en œuvre – tout, tu m'entends – pour changer Kiri.

Un rire incrédule secoua l'Uchiwa.

- Et comment changer un Village ?

Mei le regarda avec hauteur.

- En devenant Kage, c'est évident… Réfléchis bien, jeune Uchiwa.

Elle vit qu'il était secoué, qu'il ne la croyait pas, qu'il voulait la contredire encore, mais qu'il avait d'autres objectifs en tête, et Mei se souvint qu'elle aussi, et qu'elle n'avait pas le temps de donner une leçon à un misérable déserteur de la Feuille.

- Dégage maintenant, avant que je te tue.

Elle n'était pas certaine d'en être capable sans de graves dommages, mais ça, il n'avait pas besoin de le savoir. Il évita avec une facilité déconcertante ses piques Doton et répondit fermement :

- Pas avant d'avoir récupéré Suigetsu.

Mei réalisa que si elle l'assommait ou le renvoyait, elle devrait constamment s'inquiéter de le voir revenir et un jour peut-être, de le voir l'emporter face à elle. Il fallait soit l'achever – les déserteurs ne méritaient pas mieux – soit le convaincre de les laisser tranquilles – que Konoha fasse son propre ménage.

- Avant d'attaquer à tort et à travers, pose ta question à Suigetsu. Il est ici de son plein gré.

- Comme si vous alliez me laisser sortir.

Mei regarda Uchiwa. Il avait raison, elle ne le laisserait pas sortir. Le jutsu qu'elle utilisait sur lui ne serait pas éternel. Elle soupira, puis répliqua calmement :

- Cette nuit, tu dois ta vie à Suigetsu.

Parce qu'elle avait envie qu'il réalise que sa haine ne l'avait pas rendu tout-puissant. Que ce soir, elle aurait pu le tuer – à un prix qu'elle n'était pas prête à payer. Que c'était uniquement parce que Suigetsu ne pardonnerait pas à ses meurtriers qu'elle le laisserait partir.

Avec une fluidité qui rappelait qu'elle était une fille du Pays de l'Eau, Mei se glissa hors de sa Prison Ultime.


Quand Suigetsu réapparut derrière Karin, elle s'échappa de trois pas supplémentaires, jusqu'à établir une distance sécurisée entre eux. Le geste le stupéfia. Karin n'était pas exactement sa meilleure amie, mais cela faisait des années qu'ils vivaient ensemble et qu'ils partageaient beaucoup, depuis leur équipe à leurs objectifs. En cet instant, Karin était cette image froide qu'il détestait reconnaître, celle d'une femme professionnelle, qui ne se laisserait pas distraire. Il se souvint des jours où elle avait assisté Orochimaru, où elle l'avait regardé se faire torturer et traiter comme un cobaye sans lever le petit doigt. Il se souvint qu'il avait accepté de passer au-dessus de tout ce qu'elle avait pu faire, et qu'il avait renoncé à enfoncer son Épée dans sa gorge. Au nom de l'unité de Taka, il lui avait offert de la franchise. Pour recevoir en réponse un manque évident de confiance ? Il se sentit blessé. Il n'aurait pas cru que Karin lui tournerait le dos – pas si vite, pas après seulement quelques jours.

Puis, l'image se fendilla. Il vit le regret passer dans les yeux de leur traqueuse, et il l'entendit murmurer :

- Sasuke ne l'a pas vu, mais moi si. Tu n'es pas entravé, tu as l'air de jouir de toutes tes facultés. Qu'est-ce qui me prouve que tu ne m'attaqueras pas ?

Il réalisa qu'elle avait peur de lui. Qu'elle pensait qu'il les avait abandonnés. Et quand il y pensait, elle n'avait pas entièrement tort. Il était sur le point d'accepter l'offre de Mei Terumi. Mais, quand il regardait Karin qui déployait des trésors de dissimulation pour l'empêcher de voir qu'elle était atteinte, il se demandait s'il n'était pas en train de faire une grossière erreur. Il n'eut pas le temps d'y réfléchir plus longtemps. Les ANBU de Kiri ne cessèrent pas d'attaquer Karin, et sans prendre le temps de peser le pour et le contre, il se plaça résolument du côté de sa coéquipière. Prêt à faire face à Chojuro et aux… aux… c'était soudainement Mei Terumi qui se dressait devant lui, échevelée par son combat face à Sasuke. Sur son geste, les ANBU suspendirent leur attaque. Elle s'adressa d'abord à Karin, d'un ton qui ne souffrait pas la discussion – d'un ton habitué à commander, réalisa Suigetsu.

- Uzumaki. Tu ne bouges pas, personne ne t'attaque.

Effaré, Suigetsu se retourna vers Karin. Uzumaki ? Comme le pote de Sasuke ? Au visage abasourdi de Karin, il se demanda si elle leur servait une pièce de son cru – tout était possible, avec elle – ou si elle était vraiment surprise. Il n'eut pas le temps d'y réfléchir, parce que Mei Terumi s'adressait à lui.

- Uchiwa est dans ma Prison Ultime. Je te suggère de lui expliquer ce qui se passe.

Juste. Suigetsu avait été choqué de réaliser que Mei Terumi possédait la puissance nécessaire pour empêcher Sasuke de faire son Kirin – le savoir était une chose, en avoir l'assurance par la démonstration en était une autre. Mais il savait aussi qu'une telle confrontation revenait à prendre sa décision, alors qu'il n'avait pas encore vaincu Chojuro, alors que beaucoup de choses étaient encore en suspens.

Il hocha lentement la tête, et juste avant de suivre Mei Terumi, il se tourna vers Karin. Réalisant que c'était peut-être la dernière fois qu'il lui parlait, il lui lança :

- Désolé.

Et il passa à travers l'ouverture générée par la future Mizukage dans sa Prison Doton.


Quand il revint à lui, Juugo était entouré d'hommes portant le masque des ANBU de Kiri. Un homme d'âge mûr avait les trois doigts de sa main droite appuyés sur sa gorge et le regardait avec une expression qui mêlait dégoût et incompréhension. Il percevait la tension des ninjas qui l'entouraient, et qui semblaient prêts à le tuer à n'importe quel signe d'agressivité. D'un rapide coup d'œil, il réalisa que la stratégie de Karin n'avait pas fonctionné. Elle faisait face à la femme en bleu, la plus puissante du groupe, et ne paraissait pas prête à bouger – peut-être Karin était-elle coincée dans un genjutsu. Sasuke et Suigetsu n'étaient pas visibles. Ils étaient sans doute dans l'immense carré de sable dressé à quelques pas de la femme bleue. Il se demanda pourquoi il était encore en vie, alors qu'il avait visiblement perdu son combat. Les ninjas de Kiri semblaient tous attendre quelque chose, mais quoi ? L'homme qui le menaçait directement lui posa finalement une question :

- Pourquoi as-tu rajeuni ? C'est un effet de la marque maudite ?

Juugo haussa les épaules. Il ne portait pas le sceau d'Orochimaru. Tous le pensaient un serviteur d'Orochimaru, tout le monde faisait l'erreur, à cause des similarités entre la technique de son Clan et ce que le légendaire Sannin avait créé à partir de son sang. Il lisait le mépris dans le regard sombre de l'homme de Kiri. Et son besoin de clarté prit le dessus. Sans perdre son sang-froid – quel impact pouvait-il bien avoir sous sa forme enfantine ? – il répondit :

- Je n'ai pas besoin de cette marque. Je ne l'ai jamais eue. Elle a été créée à partir de mes capacités.

Karin lui en voudrait peut-être, plus tard, pour avoir révélé ça. Mais il voulait que le ninja de la Brume comprenne qu'il n'avait pas couru derrière la puissance, qu'il devait au contraire apprendre à vivre avec les monstrueuses capacités de son Clan. Juugo comprit au relâchement infime dans les doigts posés sur sa gorge que le ninja devinait l'expérimentation, le calvaire, l'isolation.

- Un Clan de Kumo ?

- Je n'ai jamais appartenu à aucun Village Caché.

Et cette fois-ci, Juugo perçut clairement la surprise du ninja. Il le vit échanger un regard avec la femme en bleu, qui avait visiblement écouté. Il n'avait aucune idée de ce que cela signifiait. Il jeta prudemment un regard à Karin, qui ne le regardait pas. Elle semblait absorbée par autre chose. Mais quoi ?

- Que fais-tu avec des déserteurs, alors ?

Juugo ne répondit plus. Sasuke, Suigetsu et Karin étaient les seuls à ne pas craindre ses transformations. Ils étaient suffisamment forts pour qu'il ne les menace pas. Ils l'acceptaient tel qu'il était, ils ne lui mentaient pas sur ses capacités qui pouvaient être guéries en expérimentant sur lui. D'année en année, Karin comprenait de mieux en mieux la façon dont ses capacités héréditaires fonctionnaient. Et elle lui avait promis d'un jour stabiliser les enzymes responsables de ses crises. Il ne doutait pas un instant qu'elle y parvienne. Elle avait d'ailleurs déjà amélioré beaucoup de petites choses, en utilisant sa compatibilité avec le sceau maudit d'Orochimaru pour transformer ses flux de chakra grâce à un stabilisant extérieur – pour le moment, le chakra de Sasuke. Il était capable de se retenir plus longtemps. Et surtout, il était capable de différencier amis et ennemis sur le champ de bataille, maintenant. Tout ça restait diffus, bien entendu, et il lui arrivait d'avoir envie d'attaquer un proche en plein combat, mais la progression était déjà immense.

Ce fut Karin qui mit fin à l'échange, depuis l'endroit où elle se trouvait – elle avait dû reprendre ses esprits, réalisa Juugo. Sa coéquipière plaqua sa main droite sur son propre ventre.

- Fûinjutsu. Les Sceaux Unis !

Juugo savait ce qui suivait. En prévision de leur attaque, Karin avait tatoué un sceau sur le ventre de Juugo – Sasuke avait refusé, pour une raison obscure. Alors que Juugo n'avait presque plus de chakra, le chakra de Karin coula en lui, l'entoura et… il eut le temps de voir les yeux de la femme en bleu s'agrandir de surprise, tandis que Karin lançait un de ses fumigènes spéciaux, de ceux qui aveuglaient tout le monde en diffusant de l'encre plus noire que la nuit. Revigoré en chakra, il évita la prise du ninja de Kiri – plus facile avec sa petite taille de se glisser entre les ninjas qui n'y voyaient rien – puisqu'il partageait momentanément les capacités de Karin, dont son extraordinaire technique pour ressentir les signatures de chakra. Il n'hésita pas et s'échappa dans la même direction que Karin, évitant sans difficultés les ninjas de Kiri qui n'y voyaient vraisemblablement rien. La technique du Troisième Œil du Kagura était tout simplement époustouflante. Surtout pour Juugo, qui n'avait jamais expérimenté les sensations d'un ninja sensoriel.

Il réalisa soudainement qu'une des signatures de chakra les avait pris en chasse. Évidemment, leur traqueur, songea-t-il avec désespoir. Il ne savait pas combien de temps la technique de Karin pouvait être maintenue, et il serait un poids mort dans un combat. Mais une voix féminine s'écria :

- Laisse-les partir, Ao. Ils ne sont pas une menace.

L'homme – Ao, donc – s'arrêta subitement, tandis que Karin et lui continuaient de courir. Peut-être pouvait-il le dire seulement à cause de la technique qu'ils partageaient, mais Karin semblait folle de rage. Il ressentait la force de ses sentiments, le fait qu'elle voulait crier aux ninjas de Kiri qu'ils regretteraient de les avoir sous-estimés, qu'elle voulait faire la peau à Suigetsu, et qu'elle voulait frapper Sasuke pour avoir fait foirer leur plan. Ils sortirent de la zone embrumée par le fumigène de Karin, continuèrent à courir sans s'arrêter, jusqu'à sortir de la portée de leur traqueur. Et Juugo fit comme s'il ne voyait pas Karin essuyer ses joues.

Il se contenta, dès qu'elle eut relâché sa technique, de passer un bras autour de ses épaules, depuis sa forme enfantine, et d'attendre qu'elle reprenne le contrôle d'elle-même, qu'elle redevienne la kunoichi froide et calculatrice qu'il connaissait bien.

Karin ne pleurait pas, c'était lui qui avait besoin d'affection.

Bien sûr.


Sasuke Uchiwa était en train de percer une ouverture dans la Prison Ultime à grands renforts de Raiton – la faiblesse de la Terre – quand Suigetsu le rejoignit. Sasuke s'arrêta aussitôt – constatant avec amertume que le mur se reformait – et le regarda d'un air accusateur, avec des yeux noirs plus profonds que la nuit. Suigetsu frissonna. Il aurait préféré faire face au Sharingan. Il y eut un silence, puis Suigetsu s'assit à même le sol. Sasuke ne l'imita pas et le considéra sans rien dire. Suigetsu n'aimait pas les longues discussions, encore moins quand il se sentait tellement pris en faute. Il n'avait pourtant rien fait de mal. Il mettait simplement fin à son alliance avec Taka. Ce n'était pas comme s'il renonçait à tout jamais à leur amitié. Enfin, il espérait de tout cœur que non.

- Que t'a dit la vieille ?

Sasuke fronça les sourcils.

- Tu vas retourner à Kiri ?

Suigetsu retrouva sa nonchalance sans trop de difficultés.

- L'offre est tentante.

Sasuke perdit patience. Il s'approcha de Suigetsu et s'accroupit, jusqu'à être face à lui.

- Dois-je comprendre que tu quittes Taka ?

Ils y étaient. Suigetsu savait que son avenir était suspendu à sa réponse, à ce qu'il allait dire à Sasuke. Il pensait qu'il n'avait pas encore fait son choix, mais en fait, son choix était fait depuis longtemps. Peut-être même depuis que Mei Terumi lui avait fait cette fichue proposition. Il songea à ses ancêtres, à l'héritage Hozuki, au rêve qu'il partageait avec Mangetsu, au fait qu'il ne voulait pas finir comme un chien sous les coups des chasseurs, au fait que Taka ne détruirait jamais Konoha, au fait qu'il avait bien envie de voir jusqu'où irait la future Mizukage.

- Je n'ai pas encore battu l'Épéiste.

- Ce n'est pas une réponse.

- Tu veux vraiment détruire Konoha ?

- Je t'ai posé une question le premier.

Suigetsu inspira et regarda Sasuke. Comment remercier cet enfoiré sans avoir l'air de le faire ? Comment lui témoigner de la reconnaissance pour l'avoir tiré du repaire d'Orochimaru ? Comment s'acquitter d'une dette qu'il ne pouvait pas encore effacer ?

- J'aimais bien Taka. Mais ici, c'est… différent. Je peux vaincre les Sept Épéistes et prendre leur tête. Kiri peut me réintégrer.

Enfin, c'était le plan. Pour le moment, il était encore bloqué au stade Chojuro. Il vit le visage de Sasuke se fermer, ce qui n'augurait rien de bon. Réalisant qu'il n'avait pas encore tout dit, Suigetsu termina :

- On ne détruira jamais Konoha à quatre, Sasuke, et tu le sais. C'est vrai, je pars pour Kiri. Mais si un jour tu viens me chercher, je t'aiderai.

Sasuke ne répondit rien. Les paroles de Suigetsu glissèrent sur lui, et il ferma les yeux. Quand il les rouvrit, ses deux yeux étaient écarlates.

- Fiche le camp, Suigetsu.

La suite ne vint pas, mais Suigetsu l'entendit aussi bien que s'il l'avait prononcé les mots à voix haute. Avant que je fasse quelque chose que je regretterai. Il regarda tristement Sasuke, songea qu'il aurait voulu mettre fin à cinq années d'équipe autrement, puis se retourna et se liquéfia pour passer à travers le sable, en disant :

- Si Konoha t'avait proposé une réintégration, tu aurais accepté. Tu aurais encore eu le cran de poser des conditions, mais tu aurais dit oui.

Et ils savaient tous les deux que c'était vrai.


Quand Mei vit Suigetsu sortir de sa prison par lui-même, elle faillit relâcher sa technique sous le choc. C'était la première fois que quelqu'un parvenait à traverser sa Prison Ultime. Elle considéra le jeune homme sous un œil nouveau. Jusque là, il était un potentiel, pas une menace réelle. Ce qui venait de se passer était inédit. Écœurant, même. Comment un simple shinobi de niveau jonin pouvait-il percer une de ses techniques les plus abouties ? Réalisant que les capacités du Clan Hozuki étaient à la hauteur de leur légende, elle fit comme si de rien n'était – un ninja n'était jamais tout à fait honnête. Elle regarda ses hommes – personne n'était gravement blessé, juste un peu écorché par le combat – et dit :

- Il faut bouger, et vite.

Le petit show d'Uchiwa n'avait pas pu passer inaperçu. Il avait réussi à déclencher une averse dans le désert, alors qu'ils étaient activement recherchés par des ninjas tant de Kiri que de Suna. Niveau discrétion, c'était entièrement raté. Le temps était précieux, et ils n'avaient pas une seconde à perdre s'ils voulaient éviter une deuxième confrontation. Tout le monde acquiesça, même Suigetsu, et les ninjas de la Brume suivirent les indications d'Ao pour disparaître au plus vite. Quand Mei serait suffisamment éloignée et qu'Uchiwa ne serait plus à la portée de son chakra, la Prison Ultime se relâcherait. Et Uchiwa serait libre de se cacher, de panser ses plaies… et peut-être de les attaquer à nouveau.

Les ninjas avancèrent dans le plus grand silence jusqu'à ce qu'Ao décide qu'ils étaient en sûreté et lance sa technique de camouflage pour le reste de la nuit. Les ANBU se réunirent dans un coin pour panser les petites blessures, tandis qu'Ao, Chojuro, Suigetsu et Mei s'asseyaient un peu à part. Suigetsu n'avait plus rien dit – un véritable record, selon Ao – depuis sa confrontation avec Sasuke Uchiwa.

Mei était profondément plongée dans ses pensées. Elle avait conscience du pas que son protégé venait de franchir – et tout allait comme elle l'avait prévu – mais la question de l'attachement était importante. Faire une croix sur ses ceux qu'il considérait comme ses coéquipiers serait dur, Mei le voyait bien. Et Chojuro, en dépit de tout, n'était pas encore en mesure de remplacer une amitié forgée par les épreuves. Toutefois, apprendre que l'un des déserteurs n'était pas un déserteur changeait la donne. Mais jusqu'à quel point ?

La première phrase vint de là où on ne l'attendait pas. Chojuro, entre tous, prit la parole, l'air de chercher ses mots :

- Il faut du courage pour affronter ses amis. Le… le jour où tu appartiendras aux Sept, nous serons à nouveau…

Chojuro n'eut pas le courage de terminer. Peut-être ne savait-il pas comment terminer. Mei songea que c'était la première fois qu'elle entendait l'Épéiste suggérer qu'il pourrait perdre face à un adversaire. Et ça, c'était une véritable reconnaissance du talent de Suigetsu. Mais Suigetsu haussa les épaules, apparemment incapable de réaliser la portée de ce qui lui était dit.

- Ouais.

Mei inspira, puis se mêla à la conversation.

- Je suis pour ma part satisfaite du choix que tu as fait.

Suigetsu découvrit ses dents de requin.

- J'espère bien !

Mei laissa couler, malgré le regard déjà réprobateur d'Ao. Ao, qui coupa court aux provocations de Suigetsu par un :

- Tous tes amis ne sont pas des déserteurs.

Suigetsu sursauta. Puis, il redressa le visage et dit d'un ton désabusé :

- Non. Je suppose que ça ne change plus rien, maintenant. Juugo a été chez Orochimaru de son plein gré, pour essayer de contrôler les capacités berserk de son Clan. Le vieux l'a étudié, a créé son sceau maudit, mais n'a jamais stabilisé Juugo.

Il y eut un silence, durant lequel il vit Ao écrire dans un livre. Devinant qu'il mettait à jour le Bingo Book de Kiri, Suigetsu se sentit étrangement déplacé. Il avait besoin d'informations, lui aussi, pour qu'au moins l'échange paraisse un peu… équivalent. Pour qu'il n'ait pas l'impression d'avoir vendu quelque chose ou quelqu'un. Il reprit :

- Ce nom… Uzumaki. C'est le nom de Karin ?

Mei Terumi se tourna vers lui, le regard indéchiffrable. Lentement, elle répondit :

- Tu ne connais pas le nom de ta coéquipière ?

Suigetsu grogna :

- Personne ne connaît le jeu de Karin.

Il songea que si elle avait vu un avantage à garder ses origines secrètes, c'était normal qu'il – que Taka – ne sache rien. C'était une femme intelligente, dont les calculs et les prévisions avaient évité bon nombre d'erreurs à Taka. Au début, il avait cru que c'était une idiote énamourée de Sasuke. Il avait pensé qu'elle serait la première à les abandonner, Juugo et lui, si Sasuke le lui ordonnait. Il avait eu faux sur toute la ligne. Il avait appris à lire entre ses actions, à ne pas se laisser tromper par la pièce que Karin leur jouait continuellement, et… c'était lui qui avait tourné son dos à Taka le premier. Mei continua :

- Eh bien nos données indiquent qu'elle appartient à une branche mineure du Clan Uzumaki. Ses cheveux rouges en sont une des caractéristiques les plus voyantes.

- Quelles sont les autres ?

- Nous ne savons pas si elle les possède également, mais a priori, une espérance de vie bien plus longue que la normale, des capacités de régénération et une prédisposition naturelle pour les sceaux – en fait, j'ai pu observer moi-même ce dernier point.

Suigetsu répondit soudainement :

- Mais Karin ne vient pas de Konoha, elle vient de Kusa.

- Le Clan Uzumaki ne vient pas de Konoha. Il vient du Pays des Tourbillons, plus précisément du Village Caché des Remous, avec lequel le Village Caché de la Feuille entretenait de grands liens d'amitié. Quand Uzushio a été détruit, les membres du Clan Uzumaki se sont dispersés dans le monde ninja.

- Elle serait liée à l'ancien coéquipier de Sasuke, l'hôte du Kyuubi, alors ?

- De toute évidence.

Suigetsu ne répondit plus rien. Mais le poids qui pesait sur ses épaules s'allégea un peu. Ses amis n'étaient pas des genins inexpérimentés. Ils iraient bien, même sans lui. Ils ne mourraient pas sous les coups de Konoha. Parce que c'était bien connu, la Feuille était pleine de compassion envers les siens. Si Uzumaki était bien l'idéaliste décrit par Sasuke, Karin ne risquait rien. Et Juugo n'était pas vraiment un déserteur.

Ne restait plus qu'à miser sur Konoha.

Soudainement, Ao attrapa l'épaule de Mei. Le geste n'aurait rien eu d'anormal s'il ne s'était pas agi d'Ao, qui n'approchait personne et n'empiétait jamais sur l'espace vital d'un autre ninja – règle de base de la survie en milieu shinobi – et de Mei, qui posait éventuellement sa main sur l'épaule de ses hommes mais qui ne se laissait pas toucher. L'instant d'après, le bras d'Ao était de retour à sa place. Suigetsu cligna des yeux, réalisant soudainement que Mei avait failli, pendant l'espace d'une seconde, perdre l'équilibre, alors qu'elle était assise. Suigetsu n'était pas un senseur. Mais avec l'assurance de celui qui sait qu'il a deviné juste, il sut que Mei était à court de chakra. Elle l'avait superbement bien caché, mais elle souffrait d'épuisement, c'était évident maintenant qu'il y pensait. Après tout, elle avait maintenu un jutsu de la faiblesse de l'attaque de son opposant de manière efficace durant un long laps de temps. Suigetsu coula un regard à Ao, qui en cet instant regardait son Bingo Book d'une façon trop détachée pour le tromper. Il avait une réplique sarcastique sur le bout des lèvres. Il était sur le point de la dire, d'ailleurs.

Puis, l'image de Sasuke s'imposa à lui. Et il songea que s'il avait encore été avec Taka, Karin aurait pu l'aider à récupérer son épuisement plus vite grâce à ses excellentes capacités – il ne comprenait pas pourquoi l'équipe de la Brume ne voyageait pas avec un médic-nin, c'était élémentaire quand même. Et avec un pincement au cœur qu'il ne comprenait pas, ou plutôt qu'il ne contrôlait pas, il réalisa qu'il aurait bien voulu que Sasuke le retienne, quelques heures plus tôt, ou au moins qu'il essaye de le garder dans Taka. Bon, peut-être pas le retenir, parce que cet imbécile d'Uchiwa ne s'abaissait jamais à demander quelque chose.

Suigetsu haussa les épaules. Il détestait se prendre la tête avec ce genre de questions. Il avait quitté Taka, Karin l'avait compris avant tout le reste, Sasuke avait pété les plombs, il allait rejoindre la Brume, fin de l'histoire.

Fin de l'histoire.

Il détestait quand une idée était suffisamment persistante pour l'empêcher de penser à autre chose. Encore plus quand elle l'empêchait d'avoir le cœur à faire tourner en bourrique les gens comme Ao, qui avaient besoin d'apprendre à se détendre.

Bordel…


La confrontation entre Mei et Sasuke était prévue de longue date. Certains seront peut-être déçus par le fait que Sasuke ne parvienne pas à prendre le dessus, mais je trouve que le simple fait qu'il puisse se battre à égal avec une Kage – car le problème de Mei n'est pas la puissance, c'est bien parce qu'elle veut changer les mœurs du Village qu'elle n'est pas encore Mizukage – est déjà une excellente preuve de sa maîtrise incroyable des arts ninjas.

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