Chapitre onze : Evenements
Le samedi suivant.
Nous marchâmes dans un magasin, le troisième que nous faisions aujourd'hui. Je regardais Angélica respirer, sur un petit nuage. Aujourd'hui, elle pouvait enfin sortir de chez elle et la visite d'Emmett l'avait remise d'aplomb. Elle me racontait ce qu'il s'était passé et je l'écoutais, souriante. Je ne lui avais pas raconté ce qu'il s'était passé avec Jasper, le jour de son accident. Pour la simple raison que lui raconter reviendrait à admettre ce que je ressentais pour lui. Et je ne le voulais pas. Je ne voulais pas être comme ces filles qui courent après le plus beau garçon de l'école dans l'espoir que leur amour soit partagé. Et puis, il n'y avait pas grand-chose à raconter, finalement. Rien de significatif. Etrangement, je réalisais que j'avais toujours mis du temps à lui parler de mes amours. Enfin toujours… C'était relatif, dans la mesure où je n'avais eu qu'une seule fois de très forts sentiments pour quelqu'un. Mais c'est vrai que cette fois là aussi, j'avais eu du mal à lui en parler. Mais ce n'était pas parce que je refusais de voir mes sentiments. C'était parce que c'était délicat. J'étais tombée sacrément amoureuse de mon prof. Et quand j'avais eu l'occasion de le fréquenter davantage, je m'en étais confiée à Ange, bien entendu.
Une heure et demie plus tard, nous pûmes rentrer chez nous nous préparer, nous avions trouvé tout ce que nous voulions. Ce soir, c'était le grand soir. Ce soir, c'était le bal.
Le bal de l'école, moment privilégié dans la vie d'une jeune fille. Peut-être parce que c'est l'occasion de se faire belle, de devenir la reine de la soirée et d'afficher un beau cavalier. Enfin dans les films s'était comme ça. Une jeune fille totalement impopulaire se trouvait reine du bal ou presque et le beau gosse du lycée se rendait compte qu'il en était amoureux et sortait avec elle. Dans la vraie vie malheureusement, ça ne se passe pas comme ça.
Déjà, c'est souvent l'enfer pour trouver un cavalier. Bon la-dessus, Ange et moi avions décidé d'y aller ensembles et de refuser de prendre un cavalier. Donc problème réglé. Ensuite, il faut trouver une robe. Ca a l'air facile comme ça mais à moins d'être déjà allée à un autre bal, il faut acheter une robe à un prix raisonnable parce qu'on sait qu'on n'aura l'occasion de la mettre qu'une fois dans sa vie. Bon, là encore je n'avais pas eu trop de problème, Ange adorait les robes et en avait une collection impressionnante.
Malgré ça, j'avais opté pour une robe à moi que j'affectionnais particulièrement. Elle était d'un bleu majorelle vif, coloré, bien taillée et une fine ceinture marron mettait en avant ma taille marquée. Elle s'arrêtait au dessus des genoux et je l'adorais car sans donner l'impression d'un tissue moulant, elle suivait les courbes du corps et était ravissante sans en faire trop. Je l'assortie avec des escarpins marrons –appartenant à Ange- qui rappelant la ceinture, tout en prévoyant des ballerines en cas où. Avec une tenue pareille, on pouvait voir une partie de mon tatouage que j'avais sur le long de la cuisse. C'était le portrait d'une femme très belle, portant un masque vénitien et ayant des canines pointues visibles sur son sourire enjôleur. On voyait la robe datée qu'elle portait et la rue pavé de l'époque en décor. La femme, c'était une reproduction d'un portrait de mon ancêtre paternel peint au dix-huitième siècle. J'adorais la signification, même si certains avaient cru que je m'étais tatouée mon autoportrait. Je complétais le tout en me maquillant d'un trait d'eyeliner avec une virgule par-dessus un maquillage brun foncé en dégradé avec du doré. Un leger rouge à lèvres, et je finis ma préparation en me bouclant les cheveux et en sortant une montre automatique bleue et cuivre au diamètre assez grand.
Ange, elle, avait opté pour une robe bustier en jean relativement courte au vue de la taille de mon amie qui partait en volant au niveau de la taille. Ce n'était pas le grand bal de fin d'année après tout, seulement une fête au lycée.
Mais quelque chose me soufflait que j'aurais moins de chance pour la partie où le beau gosse dont la fille est amoureuse l'embrasse sur la piste alors qu'il ne s'est jamais intéressé à elle. Et évidemment, c'était la partie la plus intéressante !
Enfin avant, j'avais un petit pari à gagner qu'Ange s'était fait un plaisir de me rappeler une vingtaine de fois depuis le début de la matinée.
" - Je pensais te lancer le défi de draguer quelqu'un mais finalement …
- Qui ?
- Lucas Smith. Mais si tu es aussi douée que tu le prétends, on a qu'à faire un jeu. A la fête du lycée, la première à qui il propose un verre."
Il fallait voir le bon côté des choses, ce défi m'occuperait cinq bonnes minutes et m'empêcherait de m'ennuyer assise dans mon coin en attendant désespérément que quelqu'un vienne me sauver. Le bal commençait à huit heures. Nous y sommes arrivées à huit heures trente. La cantine avait été réquisitionnée et aménagée de façon à avoir une piste de danse, un bar, un buffet et des chaises sur le côté pour pouvoir s'assoir et se reposer. Bien qu'en réalité, ces chaises seront destinées aux pauvres filles qui attendront d'être invitée à danser. Enfin, j'étais sans doute un peu pessimiste pour le coup.
Nous nous séparâmes, Ange et moi dès que nous eûmes franchi la porte. Moi je décidai d'aller voir vers la piste de danse si ce cher Lucas n'y était pas alors qu'Ange prit la direction opposée, vers le bar. Mais au bout de deux minutes de cherche intensive, je dû bien me rendre à l'évidence que j'avais choisi le mauvais côté et me dépêchai de faire demi-tour pour rejoindre le bar. Ange était assise sur une chaise haute en compagnie d'un jeune homme blond en costume marron. Le très convoité Lucas. Ange était tournée de trois quart vers lui, la main sur son épaule et ils riaient. Je pensais que c'était vraiment injuste d'avoir choisi un garçon que ma meilleure amie connaissait déjà, c'était lui laisser une longueur d'avance. Alors que le regard de Lucas se dirigeait de plus en plus vers les seins d'Ange, je décidai de les interrompre.
- O, Ange tu es là !
Je serrais ma meilleure amie dans mes bras, feignant de ne pas m'être rendue compte de la présence de l'homme à ses côtés. Je sentais Angélica serrer les dents, agaçée. Elle essayait de garder son calme; se libera de mon étreinte et, bien qu'elle me tenait toujours la main pour ne pas me jeter totalement, elle dit :
- Attends ma belle, je discute là. On reparlera après ?
C'était un subtil moyen de m'évincer de la course. Mais on ne me mettait pas hors course aussi aisément. J'étais, par chance, une assez bonne actrice. Je fis un mouvement de recul, pris un air confus et regardais Lucas, comme si je venais de me rendre compte que je les avais dérangé.
- Je suis désolée, murmurai-je. Je ... Ne vous embête pas plus longtemps, ajoutai-je avec un sourire contrit.
- Mais non, il n'y a pas de mal !
- Tu es sur ? Je ne veux pas vous déranger ! mentais-je éhontément avec l'air gêné.
C'était dur de devoir donner l'impression qu'on était sincèrement mal-à-l'aise d'avoir dérangé quelqu'un alors qu'en réalité, je savourais la tête d'Ange, prête à massacrer Lucas. J'ignorais pourquoi, mais j'avais le pressentiment que si j'agissais réellement comme ça lorsque je voyais ma meilleure amie draguer un homme, je me retrouverais très vite sans meilleure amie. Ou alors enfermée, ligotée, bâillonnée quelque part.
- Mais oui, aller, viens là Christie, essaya de me retenir Lucas. Viens boire un verre, ajouta-t-il en voyant que je m'étais retournée vers lui mais que j'hésitais à approcher. Pour que je vienne totalement il ajouta : Tu veux boire quoi ?
- Je veux bien un malibu coca, dis-je en venant m'installer sur le siège libre à côté de lui.
Ange retira sa main de son bras dans un geste brusque, énervée d'avoir perdu. D'autant plus à cause du numéro aussi grossier qu'énervant de la jeune fille délicate-qui-ne-veut-pas-déranger. Elle partit sans prévenir, lançant un regard noir au pauvre type qui ne comprenait pas la raison de ce comportement. Le barman servit mon malibu. Je m'en emparai et me levai.
- Je vais la chercher et la calmer.
J'embrassai Lucas sur la joue en remerciement et le gratifiai d'un sourire avant de m'en aller. Je ne savais pas où était partie Ange et je ne me posai pas la question trop longtemps. Pourquoi ? Et bien parce que je venais juste de remarquer qu'un beau blond, est-il utile de préciser que je parle de Jasper ?, me fixait et avait une moue amusée aux lèvres.
Je devais être parano parce que j'avais l'impression qu'il souriait du petit spectacle que j'avais offert avec Lucas pour gagner mon pari. Mais c'était idiot de croire ça, il ne pouvait pas être au courant de ce que j'avais parié et ne pouvait pas avoir remarqué mon petit manège. Jasper devait sourire devant autre chose et je devenais folle. Je souris malgré tout et avala une gorgée d'alcool. Suivit d'une autre à peine dix secondes après. Il était quand même remarquablement beau. Et très classe, comme à son habitude.
C'était incroyable de voir à quel point j'arrivais à m'étonner à chaque fois que je le voyais de l'effet qu'il avait sur moi. Le pantalon de costume bleu foncé parfaitement taillé mettait en relief la finesse et la longueur de ses jambes, accompagné d'une chemise claire faisait ressortir sa musculature qui, pas impressionnante comparé à son frère, était quand même à tomber. Le tout accompagné d'une veste de costume bleu et d'une pochette qui ajoutait un raffinement indiscutable. Contrairement aux autres personnes assises sur les chaises, moi je préférais me nicher sur une table.
La soirée commençait enfin. Avec la petite demie heure de retard qu'on avait eu et les dix minutes qui venaient de s'écouler, le responsable de la musique - un élève qui s'improvisait DJ mais qui avait de sacrées enceintes et spot lumineux - s'ennuyait de la petite comédie de bal et envoya enfin une musique un peu plus actuelle. Une musique qui bouge. Prise d'une soudaine envie de danser, j'avalai le reste d'alcool d'un trait et posait mon gobelet sur la table.
Je ne m'étais pas aventurée en plein milieu de la piste, cela dit. Je préférais rester près de ma table, dansant sans faire attention aux regards des autres. Bon, d'accord, je prenais un peu de place quand je dansais et j'avoue que j'évitais le regard des autres pour ne pas me sentir ridicule. Les musiques s'enchaînaient parfaitement à tel point que je n'arrêtais pas de danser, des amis venaient, dansaient avec moi. Ce ne fut qu'au bout de vingt minutes qu'essoufflée, je fis une pause en prévenant que j'allais chercher à boire. Pas raisonnable pour un sous, je pris cette fois un verre de vodka noire-sprite. Je le bu au comptoir même, tellement j'avais soif. Le barman, qui m'avait vu descendre mon verre, me proposa :
- J'ai rarement vu une fille aussi jolie finir son verre aussi rapidement !
- J'ignorais qu'avoir soif et profiter d'un liquide frais était réservait aux laides, me moquai-je de lui pour lui faire remarquer l'idiotie de sa remarque.
- C'est qu'en général, c'est les filles qui ont peu de succès qui se saoûlent pour pouvoir se décoincer.
- Oh oui, c'est sur qu'une fille qui boit, ce n'est jamais par plaisir, mais forcément pour se décoincer.
- Dans ce cas là, j'ai un petit jeu, si c'est par plaisir. Enfin, je suis pas sure que pour une femme...
Je décochais un regard noir au barman. Je n'étais pas franchement sure d'avoir envie de jouer avec ce misogyne à l'esprit étriqué mais il venait de me provoquer. Mais allez savoir pourquoi, la provocation était un excellent moyen pour me pousser à faire des choses stupides. Il allait vraiment falloir que j'apprenne à me maîtriser et à remballer cette maudite fierté. Mais ça sera pour une prochaine fois. Puis je n'étais pas contre l'alcool gratuit.
Le barman sortait sous mes yeux un petit verre à shoot ainsi qu'une jolie bouteille d'alcool glissée dans une élégante protection isothermique pour la garder bien au frais. Pour avoir déjà regardé Indiana Jones, je savais très bien à quoi était destiné ce genre de verre. A un charmant cul sec. Suivit d'un autre. Puis d'un autre. Jusqu'à ce que la demoiselle soit assez saoûle pour être manipulable. Ou bien jusqu'à ce que le mec soit par terre, au choix. Mais je trouvais la deuxième option beaucoup plus amusante. Le barman remplit le verre d'un joli liquide vert dans lequel se reflétait la lumière des spots. Avec un air de défi suprême, il fit glisser le verre jusqu'au milieu du comptoir, me fixant dans les yeux en attendant ma réaction.
- Cul sec ma belle ?
Lui adressant mon sourire le plus le plus hypocrite dont j'étais capable, j'attrapais le verre et l'avalais en cul sec, sans même y réfléchir. Un instant d'hésitation et ça aurait été comme montrer ma faiblesse, une véritable défaite. Je savais qu'avoir bu ce verre n'était pas raisonnable mais après tout, le goût de menthe fraiche de cet alcool était vraiment bon ! Je reposai de manière décidée mon verre au milieu du comptoir, la tête haute en signe de victoire, faisant d'énormes efforts pour ne pas trop montrer le tremblement que l'alcool pur avalé d'une traite provoquait. Le barman rempli immédiatement le petit verre, à une vitesse assez impressionnante. Pleine d'orgueil, je rebus cul sec, cette fois sans tressaillir, l'alcool était bon, même si je l'aurais légèrement coupé avec de l'eau. Le barman en versa un troisième que j'avalai. Au cinquième, je déclarai avoir tenu le jeu sans problème et lorsqu'il tenta de me proposer un autre verre, je lui lançais que si les filles laides avaient tristement besoin d'oublier avec l'alcool, c'était triste de voir que son seul atout était de pouvoir saouler des filles. Et que je n'étais pas « sa belle ». Je tournais les talons, avant que le jeu n'aille plus loin. Trop loin. Parce que je savais que si je restais, je n'aurais aucun problème à avaler encore quatre ou cinq autres cul sec. Et finir dans un sale état.
Je retournais voir mes amis près de ma table où, comme par magie, un nouveau verre de malibu était apparu. Et il aurait été très grossier de refuser ce verre que je-ne-sais-plus-qui s'était donné la peine de me commander. Commençant à sentir la douleur de mes pieds et l'effet de mon premier verre d'alcool de la soirée, je décidais de m'asseoir sur la table, parlant avec deux filles ma classe qui tenaient courageusement debout en face de moi. Bien qu'attentive à la conversation, mes yeux se perdirent vers l'autre bout de la salle. Et atterrirent, comme s'ils étaient aimantés, sur Jasper.
Il était entouré d'Alice, Emmett et Rosalie. Je ne me souvenais pas d'avoir vu Edward, ni Bella de la soirée d'ailleurs. Mais j'avoue que je m'en préoccupais que très peu car, Jasper, ayant sans doute sentit mon regard sur lui, avait levé les yeux et me regardait. J'aurais très certainement du me sentir coupable et changer très vite le regard de direction, mais, au contraire, je soutins son regard. Quelque chose de particulier régnait dans ses yeux ce soir-là. Et bien puisque que j'avais son attention, de l'alcool dans le sang et une musique qui donnait envie de bouger, il fallait en profiter, n'est-ce pas ? J'attrapais Ange qui avait le malheur de passer près de moi à ce moment et la fit monter avec moi sur la table.
Jasper continuait de me regarder sans aucune vergogne, et je voyais qu'à présent, Emmett aussi s'était retourné vers nous. C'était Ange qui allait être ravie que je l'aie traîné sur cette table. C'était le moment de voir si la théorie selon laquelle les hommes fantasmaient sur deux filles ensembles était vraie. Adressant un sourire à Ange pour qu'elle comprenne, je passais mes bras autour de son cou, en commençant à me déhancher. Pas besoin d'être très attentive pour remarquer que nous étions le centre d'attention, sans doute dû à notre position haut perchée. Notre DJ de fortune, voyant notre petit spectacle, mis les musiques les plus sensuelles qu'il avait, et notamment la partie la plus tendancieuse du remix "Love to love you" de David Vendetta. Me souvenant du clip, je tournais le dos à Ange tout en continuant d'onduler mon corps. Nous dansâmes encore pendant vingt bonnes minutes. Je ne sais pas qui fut le premier à réclamer un baiser pour que le spectacle soit encore plus attrayant, mais bientôt, ce fut une bonne partie de la foule qui se joignit à cette réclamation. Faisant de nouveau face à Ange, mes yeux croisèrent les siens, et sachant très bien que ça ne dérangerait aucune de nous deux, nous nous embrassâmes. Et pas qu'un simple bisou sur la bouche. De quoi donner satisfaction aux amateurs de ce type de vision. Nous étions tellement proches depuis tellement d'années, que ce n'était pas ça qui allait nous effaroucher. Au contraire, provoquer nous faisait davantage rire. Puis c'était Ange, pas n'importe quelle fille. Avec elle, je me faisais des choses que je ne me serais jamais permise en temps normal. A la fin d'un morceau, nous fîmes comprendre au DJ qu'on arrêtait notre cinéma, et, grâce à son micro, se fit entendre dans toute la salle :
- Qu'on applaudisse chaleureusement nos deux petits anges pour leur danse endiablée !
Le DJ devait visiblement connaître Ange pour sortir un jeu de mot pareil. J'eu à peine le temps de descendre qu'Ange avait déjà disparu. Elle avait dû repérer quelqu'un. Un garçon évidemment. Ce qui était étrange, c'est qu'Emmett n'avait pas bougé. Prenant une grande bouffée d'air pour retrouver mon souffle, je ne vis pas immédiatement Lucas venir vers moi, deux verres à la main. Il n'était plus aussi classe qu'au début de la soirée. La veste de son costume avait disparu, sa chemise était sortie de son pantalon, ses cheveux en bataille. Il était débraillé. En le voyant, j'eu soudain une pensée emplie de tristesse à l'idée que mon maquillage et mes cheveux n'étaient sûrement plus dans un super état. Je soupirais avant de noyer ma fausse tristesse dans le verre que Lucas me tendait. Mieux valait éviter de penser au caractère éphémère des choses, fatalement vouées au néant.
- Vous étiez ... Vraiment impressionnantes, tout-à-l'heure, dit Lucas pour engager la conversation.
La manière dont il avait cherché à tourner la phrase pour la rendre délicate ne laissant aucun doute quant à ce qu'il pensait vraiment. La vérité est qu'il nous avait trouvé sexuellement très attirantes. Et son comportement trahissait les envies qui découlaient de cette attirance. En effet, Lucas s'approchait vraiment près de moi. De manière dérangeante et oppressive. Je portais mon verre à la bouche, histoire de disposer mon coude entre lui et moi, qu'il ne s'avance pas davantage.
Sauf que le destin/sort/Dieu, tous me détestaient. Car c'est ce moment-là que cet abruti de DJ choisit de passer un slow. Bon, soit, je reconnais, j'étais injuste avec le DJ. Lucas me sourit, et ne me lâchait pas des yeux. S'il avait peur que je m'enfuis, il avait bien raison.
- Tu m'accordes cette danse ?
C'est marrant, en général les clichés ne me dérangeaient pas. Quand ils sortaient de la bouche d'un bel homme. Mais là, j'avais l'impression d'être dans une parodie de film romantique. J'avalais mon verre d'un trait, tentant désespérément de trouver une solution pour éviter cette danse. Si à quelques pas de lui, je me sentais étouffée par sa lourdeur et son regard lubrique, je n'imaginais pas ce que ce serait, serrée contre lui.
- Non, désolée j'ai...
- Elle essaye de te dire délicatement qu'elle m'a déjà réservé cette danse
J'allais dire que je n'avais pas envie de danser, que j'avais mal aux pieds - ce qui n'était même pas un mensonge - mais je préférais mille fois entendre la voix vraiment très agréable de Jasper. Mon sauveur. Mon amour éternel. Oui, mon amour était très facile à acheter, par moment. Et se perdait aussi vite. En général, je vouais mon amour éternel à mon frère quand il bougeait pour me chercher un sandwich alors qu'on regardait la télé. Et cet état d'amour intense durait dix minutes. La, pour m'avoir sauvé des bras de Lucas, Jasper allait avoir mon amour éternel pendant au moins une bonne heure. Je lui offris mon plus beau sourire, m'étonnant - certes, un peu en retard – qu'il soit là. Je ne l'avais pas vu bouger, ni même entendu. Enfin, dans une fête avec de la musique et du monde, c'était pas très étonnant. Cependant, j'avais une nouvelle fois ressentit des picotements. Mais comment faisait-il pour être toujours là au bon moment pour moi ?
- T'as pas ta copine déjà ?
- Elle danse déjà.
Heureusement, la voix de Jasper, bien qu'ayant rien de menaçante, avait été suffisamment ferme pour dissuader Lucas d'insister. Jasper, à côté de Lucas, avait habillement placé son bras entre moi et Lucas, sous prétexte de me proposer sa main. J'appréciais plus que de raison ce geste protecteur et, me détournant totalement du pauvre jeune homme, je pris avec plaisir la main fraiche de Jasper qui m'éloigna et m'emmena sur la piste. Pire, j'allai me réfugier dans ses bras. Et je vis en effet Alice dans les bras d'Emmett. Le tableau était assez amusant : la toute petite brunette paraissait encore plus miniature que d'habitude face à la montagne de muscles qu'était Emmett. Mais elle était réellement magnifique, et je me demandais pourquoi Jasper ratait une occasion de tenir cette splendide créature dans les bras pour m'aider moi.
- Merci, lui dis-je en plantant mes yeux dans les siens.
- Tu devrais être plus prudente, me répondit-il d'une voix dénuée de reproche. Ce type ne te voulait vraiment aucun bien.
Sa voix, en évoquant Lucas et ses envies pas très discrètes de profiter d'une fille saoule, était soudainement devenue dure et méprisante. Et pour cause ! Alice avait eu une vision. Elle avait vu ce qui se serait produit s'il n'était pas intervenu. Pas assez saoule pour accepter de coucher avec Lucas, ce dernier n'aurait pas hésité à employer la force. L'espace d'un instant, Jasper fut tenté de le tuer, purement et simplement. Il avait fait un effort phénoménal pour prendre sur lui-même et ne pas entraîner le garçon à l'extérieur, loin des témoins potentiels. Mais il ne voulait, ne pouvait pas laisser plus d'un instant Christina dans cet état sans qu'il soit là pour veiller sur elle. Il lui fallait un effort considérable pour se retenir de la tuer, elle.
A mille lieux d'imaginer ça, je profitais du refuge que me donnait le corps de Jasper. Enfin si, j'étais parfaitement lucide sur les intentions de Lucas. Mais j'oubliais cela très vite. J'étais bien contre mon sauveur, même s'il était quand même beaucoup plus grand que moi, ce qui me forçait à tendre les bras pour les garder autour de son cou. Le beau blond avait mis ses mains au milieu de mon dos, en parfait gentleman, dans une étreinte que je ressentais comme étrangement protectrice. Etrangement car je ne voyais aucune raison plausible pour qu'il me protège. Ou alors, l'alcool ne m'avait pas seulement poussé à danser avec Ange, mais me brouillait en plus complètement l'esprit.
- Tu es splendide, dit-il sans même me regarder.
Un compliment banal utilisé par convenance. Rien de plus blessant. Il aurait au moins pu se donner la peine de me regarder non ? Histoire de rendre le tout un peu crédible, un minimum.
- La prochaine fois, prends au moins la peine de regarder la personne que tu complimentes si tu veux paraître crédible, répliquai-je d'un ton plus triste que je ne l'aurais souhaité.
- Excuse-moi, finit-il par dire.
Il n'avait pas imaginé une seule seconde que la jeune fille allait réagir de cette façon. Si elle savait... Il l'avait regardé plus qu'il n'aurait dû et pouvait affirmer avec la plus grande sincérité du monde qu'elle était véritablement resplendissante. Elle avait un charme, quelque chose d'unique et d'inexplicable qui se dégageait d'elle. Quelque chose qui le rendait dingue, le poussant à être imprudent. Mais s'il n'avait pas regardé Christie dans les yeux, c'était parce qu'il tentait désespérément de focaliser son esprit sur autre chose que sur le sang si prometteur qui était à porter de main. Il n'y avait qu'une fine couche de peau tellement aisée à transpercer pour le séparer de ce qu'il désirait tant ...
- Tu es magnifique, et je le pense vraiment, ajouta-t-il, ses yeux emplis de désirs dans les miens.
- Merci, répondis-je, prise de remords, et complètement déboussolée face à un regard aussi.. Animal. Si tu m'apprécies un tant soit peu, oublies tous les souvenirs que tu peux avoir de moi durant cette soirée, s'il te plaît.
- Pourquoi cela ? Je tiens à garder ces souvenirs. Surtout la danse…
- Tu es définitivement trop parfait pour être honnête, répondis-je prenant un air suspicieux.
Et je savais ce que je disais quand je trouvais qu'un homme était trop parfait pour être vrai. Le dernier homme que j'avais trouvé parfait s'était évaporé, comme s'il n'avait jamais existé. Et la désillusion avait été très cruelle.
Jasper ne sut pas quoi répondre. Il s'arrêta en plein milieu de la piste, posant avec une délicatesse incroyable sa main sur ma joue. Le contact de ma peau contre la sienne me donna la sensation que mon cœur battait à tout rompre. Je cessai de respirer, voulant désespérément prolonger cette merveilleuse sensation. Je n'avais plus aucune notion de temps, et ni la musique ni les couples dansant autour de nous ne semblaient exister. Seule la voix de Jasper me ramena à la réalité.
- Tu veux que je te ramène chez toi ? Tu sembles épuisée.
Il était dans le vrai. Après l'euphorie que provoquait l'alcool, venait systématiquement un coup terrible de fatigue. J'hésitai mais je fini par accepter la proposition : ça aurait été trop bête de rater ça ! J'envoyais un message à mon frère et à Ange pour les prévenir que je ne rentrais pas avec eux, qu'on me déposait déjà à la maison. Et que les clefs de la voiture étaient en possession d'Emmett. Ils trouveront certainement ça étrange que ce soit cet homme à qui je n'avais jamais parlé qui avait les clefs. Mais quand Jasper lui glissa à l'oreille qu'il me ramenait, Emmett me proposa, avec une jovialité et un sourire qui lui avaient valu mon affection immédiate, de les donner à mon frère. Ils se connaissaient plus ou moins, étant dans la même année.
Libérée de ce poids, je suivis Jasper jusqu'à sa voiture, m'étonnant qu'Alice le laisse ainsi faire. Mais je ne trouvais pas le moment très opportun pour aborder un sujet de conversation aussi délicat. Et puis de toute façon, je m'endormis à une vitesse impressionnante dans la voiture.
Lorsque je revins à moi en me réveillant, je ne me sentis pas la force d'ouvrir les yeux. Mon lit était tellement confortable, comment résister à l'envie d'y rester ? Puis mon cerveau se réveilla enfin pleinement. Et il réalisa que j'étais dans mon lit. Mon dernier souvenir étant d'être dans la voiture avec Jasper, et étant à présent dans mon lit dans ma chambre, j'en déduisais que Jasper m'avait porté jusqu'à son lit. Et moi, je n'avais même pas profité de la sensation d'être serrée contre son torse. Dieu/le sort/le destin me maudissait vraiment, et tous à la fois ! J'étouffai un cri de frustration théâtrale dans mon oreiller. Un miaulement m'appris que, non content de squatter ma chambre, mon chaton souhaitait également que je sois plus silencieuse. Je perturbais sa sieste, pauvre bête.
