Part 11

Une fois dans la voiture, Maria se précipita sur son portable afin d'appeler Michael. Les sonneries retentirent à plusieurs reprises avant que celui-ci ne réponde. La conversation fut courte, car Michael était en train de travailler mais il promit à Maria de l'écouter lors du déjeuner. Maria raccrocha, ravie. «Michael m'invite à manger Chez Henri, un vrai restaurant français, c'est incroyable, qu'est-ce qui lui prend ? Ce n'est pourtant pas son genre ! » s'exclama-t-elle.

Clark rit en secouant la tête. « Maria, tous les restaurants français ne sont pas des établissements de luxe, tu sais. Certains comme Chez Henri sont des petits bistrots très sympa et à des prix très raisonnables. Mais c'est tout de même très bon, tu vas te régaler ».

« Tu veux venir déjeuner avec nous ? »

« Je veux bien. Je dois d'abord retourner au journal mais je vous rejoins tous les deux vers midi, ça va ? » demanda Clark.

« Ca marche. Tu me déposes à la maison ou au Daily Planet ? »

« Tu préfères quoi ? La maison, je parie, pour pouvoir bavarder tranquillement avec tes amies au téléphone, non ? » taquina Clark.

Maria grogna. Clark commençait à la connaître. « La maison, j'ai promis à Liz de l'appeler dès que l'interview serait terminée. Elle était si excitée ! On avait l'habitude de regarder des vieux films en noir et blanc, lorsqu'on était adolescentes alors rencontrer Chloé Gardner en chair et en os, l'une de nos idoles ! »

« Très bien. »

*****

Deux heures plus tard, Maria approchait du restaurant Chez Henri. Elle avait eu tout le temps de discuter avec Liz. Elle n'avait pas pu joindre Isabel mais elle la rappellerait dans la soirée pour tout lui raconter. Elle aperçut les cheveux en épis de Michael qui était attablé à la terrasse. Elle accéléra le pas et s'approchant sans faire de bruit, elle l'entoura de ses bras par derrière, lui fit un gros baiser sur la joue et lui murmura langoureusement à l'oreille. « Hello, mon Spaceboy, comment vas-tu aujourd'hui ? »

Michael sourit et il se retourna à demi. Il fit pivoter sa petite amie qui cria de surprise afin de la faire asseoir sur ses genoux. Elle ne lui en tint pas rigueur et elle repassa ses bras autour de son cou alors qu'il l'embrassait sur les lèvres. « Mmmm, bien, très très bien, » répondit-il d'une voix rauque. « Et toi ? »

Maria eut un large sourire. « Oh, Michael, c'était formidable ! Chloé Gardner est vraiment une femme extraordinaire et crois-le ou non, on a plus ou moins sympathisé et j'ai quelque chose à te proposer ».

Michael fit la grimace. Il avait un mauvais pressentiment. « Vas-y, je t'écoute ».

Maria sut qu'elle allait devoir le convaincre. Prendre une vieille dame en photo ? Il allait surement dire non. Mais elle se lança. « Eh bien voilà, j'ai proposé à Chloé que tu -»

Une voix retentit à cet instant précis. « Salut, Michael, rebonjour Maria, intéressante posture, tu ne crois pas ? »

Michael et Maria sursautèrent en entendant Clark arriver. Maria baissa les yeux, se rappelant soudainement qu'elle était toujours assise sur les genoux de Michael. Elle rit, se passa la main dans les cheveux et sauta sur ses pieds avant de se rasseoir près de son petit ami. « Clark, déjà là ? Michael, tu ne m'en veux pas, j'ai invité Clark à manger avec nous, histoire de le remercier pour ce matin ».

Clark prit une chaise et s'assit à son tour. Il fit un signe au garçon qui se précipita vers lui. « Tu n'étais pas obligée, tu sais. Une bière, s'il vous plaît », dit-il au serveur. « Vous voulez quelque chose ? » demanda-t-il à Michael et Maria.

Michael fit un signe de dénégation. Maria demanda un cocktail de fruits exotiques. Le serveur repartit et Michael repensa à la question que Maria voulait lui poser. « Qu'est-ce tu allais m'dire, Maria, avant que Clark n'arrive ? »

Maria se racla la gorge. « Ha, oui, alors voilà. Chloé Gardner a gardé la plupart de ses costumes et elle a accepté qu'un photographe la prenne en photo. Des photos personnelles, qui ne seraient pas publiées à moins qu'elle ne change d'avis et ne donne son consentement pour une publication officielle dans un magazine», précisa-t-elle. « Elle souhaiterait des photos d'artiste, et en plus, elle m'a même promis que je pourrais essayer ses costumes. Alors tu en dis quoi ? »

Michael ronchonna. « Tu plaisantes, j'espère ? Des photos dont je ne tirerais rien et d'une vieille peau qui-»

« Tu n'as rien retiré non plus des photos que tu as prises à l'orphelinat ! » s'écria Maria, indignée.

« Ce n'est pas pareil, c'était personnel, Maria », dit Michael fermement.

« Et c'est personnel pour moi aussi, Michael ! Alors je supposais que si quelqu'un pouvait comprendre, ce serait toi », dit-elle, blessée. «Chloé est très âgée, tu sais, presque 95 ans, mais elle a encore toute sa tête, et elle est un esprit libre, tout comme moi, ou plutôt comme nous ».

Michael soupira. Elle avait réussi. Cette satanée humaine ! Elle arrivait toujours à ses fins. Un esprit libre, cela lui rappelait de bons souvenirs. C'était comme ça qu'ils se définissaient, Maria et elle. « D'accords, je vais les faire, tes photos. Mais tu m'le redevras, compris ? »

Maria exulta et sous le regard attentif de Clark, qui avait suivi leur échange en silence, elle se pencha et embrassa Michael tendrement sur la bouche. «Compris, Michael ».

Le serveur revint avec leurs boissons alors que Maria se lançait dans une description complète et enthousiaste de sa matinée.

*****

Dès que le déjeuner se termina, Clark prit congé de ses amis. Il avait pris sa décision mais il sentait qu'il devait en informer ses parents. Après tout, ce qu'il s'apprêtait à faire n'était pas rien. En tant que Superman, il allait se présenter à Michael et discuter d'extra-terrestre à extra-terrestre avec lui. Et selon la tournure que prendrait cet entretien, il révélerait alors sa véritable identité à une autre personne, pour la première fois de sa vie.

Dès qu'il eut trouvé un coin tranquille et qu'il se soit changé en Superman, il s'envola pour Smallville. Il atteignit la petite ville ou il avait passé toute son enfance en un temps record et il se posa dans la cour de la ferme de ses parents. Il entra d'un pas décidé dans la maison. Sa mère se trouvait dans le salon, occupée à faire de la poterie. Elle s'interrompit lorsqu'elle vit son fils. « Clark ! » s'écria-t-elle en se précipitant vers lui pour le serrer dans ses bras en faisant bien attention de ne pas mettre de glaise sur son costume. « Tu vas bien, pourquoi es-tu là en plein milieu de la journée, il n'est rien n'arrivé de grave, j'espère ? » s'enquit-elle, très anxieuse.

« Non, maman, je voulais juste vous parler de quelque chose d'important, à papa et à toi. Il est dans les parages ? »

« Oui, il est dans la grange, je vais aller le chercher, installe-toi confortablement, mon grand. Laisse-moi me laver les mains d'abord ».

Martha Kent tourna le robinet de la cuisine, se rinça les mains en un temps record et sans même les essuyer, sortit en courant prévenir son mari que Clark était là. Il s'assit sur le canapé et se passa la main sur le visage. Il ne pouvait pas s'empêcher d'être un peu inquiet de la réaction de ses parents. Il était pratiquement sûr qu'ils le supporteraient dans sa décision mais il s'apprêtait à faire un grand saut. Donc, il était nerveux. Il les entendit parler entre eux grâce à sa super ouïe. Ceux-ci se demandaient si sa visite avait un lien avec ce dont ils avaient discuté dernièrement, à savoir la possibilité que son ami Michael soit un extra-terrestre de la planète Krypton, tout comme lui.

Quelques instants plus tard, toute la famille Kent était installée dans le salon pendant que Martha servait une citronnade glacée à Clark et Jonathan. Elle reposa son pichet et s'assit. Le silence régna pendant quelques secondes. Clark pouvait voir que ses parents attendaient avec inquiétude qu'il prenne la parole. Il se décida à aborder le sujet de la petite réunion familiale. « Tu te rappelles, maman, lors de notre dernière conversation, je t'avais dit que j'allais enquêter plus profondément sur Michael. » Il prit une grande inspiration. « C'est ce que j'ai fait et maintenant, je suis à 95% sûr que Michael, ainsi que ses amis Max et Isabel Evans, sont des extra-terrestres. »

Un hoquet de surprise s'échappa des lèvres de Martha Kent alors que Jonathan, interloqué, fixait son fils après que celui-ci ait lâché sa petite bombe. Il bredouilla, encore sous le choc. « Tu, tu en es sûr, fiston ? »

«Comme je te l'ai dit, sûr à 95% », dit Clark. « J'ai mené ma petite enquête. Il y a environ un an et demi, il s'est passé un évènement terrible à la cérémonie de graduation du lycée de Roswell, au Nouveau Mexique. Roswell, Nouveau-Mexique, » répéta-t-il en appuyant avec insistance sur le nom mythique de la ville. Ses parents se regardèrent, toujours aussi surpris, mais suspendus aux lèvres de leurs fils. « Donc, il y a un an et demi, alors que Max Evans faisait un discours assez cryptique pendant la cérémonie, des hommes armés et cagoulés ont surgi et ont essayé de le tuer. Les lumières se sont éteintes et un motard casqué a surgi et a sauvé Max. D'après le témoin que j'ai interrogé, ce motard serait un certain Michael Guerin, meilleur ami de Max. »

Il but une gorgée de citronnade sous le regard attentif de ses parents. Martha ne put s'empêcher de protester. «Mais enfin, Clark, tu ne peux pas nous laisser comme ça, dis nous-en plus ! »

« Martha, laisse le petit tranquille, il ne fait que boire un peu, c'est tout », gronda gentiment son mari. « Vas-y, mon fils, raconte-nous la suite ».

Clark sourit devant l'interaction de ses parents. Cétait typique d'eux. «D'après ce témoin, Vicki Delaney, ancienne élève du lycée de Roswell, des personnes avaient disparu quand les lumières se sont rallumées. Parmi elles il y avait Liz Parker, ses parents, Kyle Valenti, Isabel Evans, son mari Jesse Ramirez, ses parents Philip et Diane Evans et une certaine Maria Deluca. »

« Michael Micelli serait Michael Guerin et Maria Lucas Maria Deluca ? » déduisit Martha.

« Oui, c'est ce que je crois. Je pense aussi que ce commando armé était dirigé par Jason Trask. A cette époque, il était toujours en charge de la section 39 et les méthodes employées ressemblent furieusement aux siennes ». dit-il sombrement.

« Tu crois qu'ils sont extra-terrestres et qu'ils se sont échappés ? » questionna Jonathan.

« Ma foi, ça expliquerait tout. Ils ne pouvaient pas rester à Roswell».

Martha se mordit les lèvres et posa une question qui la taraudait. « Mais est-ce que tu as d'autres preuves ? I faut quelque chose de plus consistant qu'une cérémonie de graduation qui tourne mal. »

Clark raconta alors à ses parents ce que Vicki et le sheriff lui avait dit. Le silence qui s'ensuivit fut lourd de sens. Tous les trois savaient que les indices que Clark avait accumulés pointaient effectivement dans la direction des extra-terrestres. Maintenant, il restait à Clark à annoncer sa décision.

« Je vais contacter Michael dès ce soir. »

« Dès ce soir ? » s'écria Martha. « Pourquoi si tôt, tu ne veux pas attendre un petit peu, au cas ou ? »

« Attendre, pourquoi attendre ? Je ne peux plus attendre, je VEUX savoir la vérité et si j'en juge par la quête de Michael pour me trouver, lui aussi veut la vérité », protesta Clark. «Comprends-moi, maman, attendre ne serait que reculer pour mieux sauter. Autant me débarrasser tout de suite de ça et après, je serai tranquille ».

« Ou bien tu te retrouveras dans une situation pire qu'avant, si les réponses que tu obtiens ne sont pas celles que tu espérais. Et tu risques de perdre deux amis », avertit Martha.

Clark se renfonça dans le canapé. Il avait bien envisagé cette éventualité. Elle ne lui plaisait pas. Il s'était habitué à Michael et à Maria, à leurs scènes, leur enthousiasme, et leur présence en général. C'était agréable pour lui d'avoir des voisins qui étaient également des amis. Mais il savait qu'il avait pris la bonne décision.

Martha et Jonathan Kent se regardèrent. Ils savaient qu'ils ne pouvaient pas convaincre Clark de prendre son temps. Il avait enfin une chance d'apprendre si oui ou non il y avait d'autres Kryptoniens, comme lui, et il était normal qu'il soit impatient. Martha poussa un profond soupir. A Dieu vat. Quoi que l'avenir puisse réserver à Clark, ils seraient là pour lui comme ils l'avaient toujours été.

Martha se leva et s'assit à côté de son fils sur le sofa. Elle lui prit le visage entre ses mains. « Fais comme tu veux, mon fils. Ton père et moi te soutenons ». Sur ce, elle l'embrassa tendrement sur le front et elle tendit la main vers son mari qui vint les rejoindre sur le canapé et ils restèrent tous les trois serrés les uns contre les autres, s'apportant mutuellement confiance, amour et tendresse.

*****

Le soir même, Clark était chez lui à regarder la télévision. Il avait attendu que ses voisins rentrent et ce fut chose faite aux environs de 9 heures. Il se leva alors pour arpenter le salon. Il savait ce qui l'attendait, mais c'était plus facile à dire qu'à faire. Nerveux, il se passa la main dans les cheveux. Répéter ne pourrait pas me faire de mal, se dit-il. Il se dirigea vers le miroir de la salle de bain, et prenant une profonde inspiration, il ouvrit la bouche. « Michael, je sais que tu me cherches partout dans toute la ville et que tu souhaites me parler. »

Il fit la moue. Non, cela n'allait pas. « Michael, j'ai appris par des sources bien informées que tu souhaiterais partager des informations cruciales avec moi, alors je suis là, je t'écoute. »

Non, non, non, gémit Clark, ça n'allait pas, il faisait trop maître d'école. Comment trouver les bons mots ?

Il se concentra en fixant son image dans la glace. « Michael, je crois que nous avons beaucoup de choses en commun, alors si tu es prêt, je suis tout disposé à t'entendre ».

Clark laissa retomber sa tête. C'était de pire en pire. Il était un journaliste, bon sang, les mots, c'était sa force alors comment cela se faisait-il qu'il lui était impossible de trouver les bons pour parler à Michael ?

Il sortit de la salle de bains, le visage sombre. Cela se présentait mal. Il devait pourtant confronter Michael mais il n'avait pas la moindre idée sur la façon dont il devait s'y prendre. Il marcha lentement vers la cuisine, ouvrit le frigidaire et en sortit une bière non alcoolisée qu'il but lentement. Il retourna vers le canapé et se rassit tout en sirotant sa boisson. Peut-être qu'il s'inquiétait pour rien. Après tout, il connaissait déjà Michael, ce n'était pas comme si il était un parfait inconnu. Il pouvait tout aussi bien le laisser prendre les devants et lui parler en premier. Et si Maria était là, ce serait encore mieux. Elle n'avait jamais eu de problèmes pour s'exprimer ou pour poser les questions qui lui passaient par la tête, comme l'interview avec Chloé Gardner l'avait prouvé, ce matin. Il eut un petit sourire en se remémorant le cran de la jeune fille lorsqu'elle avait confronté une star mondiale du cinéma après que celle-ci l'ait insultée en la traitant de potiche. Elle ne s'était pas laissée faire et avait répliqué du tac au tac.

Il se redressa. Oui, Maria était là, c'était une chance. Elle saurait quoi dire, si Michael et lui se trouvaient à court de mots. Il devait absolument se présenter à eux en tant que Superman pendant que ces deux-là ne dormaient pas.

Il pirouetta à toute vitesse en plein milieu de son salon et se transforma en Superman. Il respira profondément et se dirigea vers la fenêtre de derrière, d'où il était sûr que personne ne pouvait le voir. Il s'envola en direction de l'appartement voisin. Il s'approcha de la terrasse et resta en suspension dans l'air pendant quelques secondes, observant l'intérieur faiblement éclairé. Michael et Maria étaient installés confortablement sur le canapé et ils regardaient la télévision, Michael caressant tendrement les cheveux de sa compagne pendant que la main de celle-ci reposait sur son torse.

Ils avaient l'air si bien tous les deux. Il espérait vraiment que sa venue n'allait pas chambouler trop leur vie ou que si chamboulement il y a avait, celui-ci serait positif. Il se rapprocha et se posa sur la terrasse. Il se tint immobile pendant un court instant puis après avoir fait une courte prière, il frappa à la porte qui menait à l'intérieur du salon.