Le pacte
- … il se réveille, fit une voix au dessus de lui.
Non pas franchement, pensa Rodney. A l'instant présent, il était sûr que ses idées ressemblaient au cerveau de Kavanaugh : le chaos intégral.
- Ah, oui. On devrait peut-être prévenir les autres, non ? répondit une autre voix sur sa gauche.
Les autres ? Quels autres ?
- Huuuuum, peut-être.
Silence.
- Mais si on les prévient, ils nous empêcheront de le manger et j'ai vraiment très faim, se plaignit la première voix.
Ah, oui, Rodney avait une petite faim lui aussi. Du moins, il lui semblait qu'il devrait avoir faim. Rodney avait souvent faim (mais ce n'était pas de sa faute, il souffrait d'une condition médicale qui l'obligeait à manger toutes les quatre heures, faute de quoi, son cerveau fonctionnait au ralenti … hum, peut-être que Kavanaugh ne mangeait pas assez).
- Tu as toujours très faim : tu as eu ta ration il y a quoi ? Dix ans à peine, comment peux tu déjà avoir faim !
C'était bizarre, ces voix avaient un je ne sais quoi de nasillard, comme s'il y avait un écho lorsqu'elles parlaient.
- C'est pas juste ! Celui-ci a l'air tellement appétissant.
- Oui, il a les joues toutes rouges.
Re-silence.
- Ouais, comme des pommes.
Oui, une pomme, ce serait parfait ! Rodney aimait les pommes, mais surtout pas les oranges, il y était terriblement allergique.
- Argh ! Mais qu'est-ce que tu racontes, des pommes ! C'est absolument infects ces trucs là ; tststststs, aucune valeur nutritive.
- Ok, mais ses pommes à lui ont l'air très nutritives.
Eclats de rire. Bizarres les rires, entre étranglements et gloussements. Et toujours cet effet d'écho …
- Bon alors, qu'est-ce qu'on fait ? On les appelle ou on le goûte ?
Le goûter ?! Rodney comprit brutalement qu'il n'était pas question d'une invitation à un faire dînette autour d'une tasse de thé ce qui termina de le réveiller.
- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! Ne m'approchez pas ! Cria t-il. Il était allongé sur quelque chose (une table ? Oh mon Dieu, il allait être servi en plat du jour !) et malgré un manque certain de coordination, il parvint à se lever et à se réfugier derrière ce qui ressemblait fort à une armoire.
- Hum, tu vois c'est de ta faute, fit une des voix. Nous n'aurions pas du réfléchir et le manger pendant qu'il dormait encore, maintenant ça va être beaucoup plus compliqué !
- Tais toi donc et aide moi à le remettre sur la table.
Rodney vit apparaître une tête, ou plus exactement, une chevelure blanche.
- Coucou ! fit la tête, d'une voix guillerette.
C'était horrible, ce qui se tenait devant lui n'était pas humain : les longs cheveux blancs encadrait un visage au teint vert, de fins vaisseaux sanguins parsemaient les joues et le front, les yeux ambrés ressemblaient à ceux d'un reptile.
Et Rodney sut soudain ce qui se tenait devant lui : le Wraith Blanc.
Il lui sembla que c'était le moment idéal pour perdre connaissance.
oOo
Lorsqu'il revint à lui, on le secouait. Ce devait encore être cet idiot de cheval. Il avait en effet pris l'habitude d'entrer dans la tente de Rodney (sans s'annoncer, bien entendu, tel cheval, tel maître !) et de lui donner des coups de museau dans le dos s'il était en retard pour le repas du moment (le plus souvent, Rodney avait travaillé toute la nuit et avait raté le dîner, ce qui faisait que PJ, le rappelait à l'ordre pour aller petit déjeuner … Rodney partageait toujours ses pancakes (et ceux dérobés à Sheppard) avec PJ).
Rodney battit des mains pour faire reculer PJ. Il avait sommeil et pas faim du to--Pas faim ? OHMONDIEU ! Il se souvenait maintenant !
- Aaaaaaaaaaaaaaah ! Cria (derechef) Rodney en découvrant qu'il était de nouveau sur la table mais que cette fois, il y était fermement attaché. Ses yeux firent le tour de la pièce dans laquelle il se trouvait, certain que le Wraith Blanc l'attendait dans un de ses recoins, mais il était seul. Son cœur se calma et lorsqu'il ne menaça plus de sauter hors de sa poitrine, Rodney examina, cette fois avec attention, ses nouveaux quartiers.
L'endroit était étrange. Une lumière rouge orangé baignait la pièce et les murs avaient l'air de suinter. Rodney avait trouvé le mur un peu « mou », comme spongieux, lorsqu'il s'était réfugié derrière l'armoire. Qui d'ailleurs n'en n'était visiblement pas une quoique Rodney ignorât à quoi pouvait servir l'étrange meuble. Et puis, il y avait une odeur désagréable, un vague relent putride.
L'odeur de la viande en décomposition.
Rodney frissonna.
Alors c'était vrai, il allait mourir entre les mains du Wraith Blanc ?! C'était si … si … injuste !
Il se rappelait du sourire de Kolya lorsqu'ils s'étaient enfin arrêtés après plusieurs heures de route. Le Génii avait fait descendre Rodney. Ce qui n'avait pas manqué de surprendre ce dernier : ils étaient au beau milieu de nulle part, aux pieds d'une petite colline.
Kolya avait donné un ordre à l'homme qui les avait guidés dans les bois, Sanir et lui, (un certain Idos – et une fois plus, Rodney avait la preuve que connaître le prénom de quelqu'un n'était pas d'une grande utilité !) de lui apporter sa sacoche.
Idos s'était exécuté en silence. Kolya avait fouillé la sacoche et en avait extrait une fiole. Le Génii avait versé quelques gouttes de la fiole (six gouttes, Rodney les avait comptées) dans un gobelet d'eau qu'il avait tendu à Rodney, lui ordonnant de boire. Rodney était certain que la lenteur du Génii était délibérée, qu'il était parfaitement conscient de l'état de terreur qu'il créait ainsi chez son prisonnier.
Bien entendu, Rodney avait refusé de boire et bien entendu, cela n'avait pas servi à grand-chose : d'un geste de Kolya, deux gardes lui avaient saisi les bras et l'avaient maintenu pendant que Kolya lui pinçait le nez, l'obligeant à ouvrir la bouche.
A la minute où il avait avalé la mixture, les gardes l'avaient relâché et il s'était effondré à terre, essayant vainement de recracher ce qui devait certainement être du poison. C'avait été sa dernière pensée avant de se réveiller ici, dans la tanière du Wraith Blanc.
En fin de compte, Kolya ne l'avait pas empoisonné, juste drogué. Le Génii devait vouloir savourer le sacrifice : des cris, du sang, quelques membres ici et là, oui c'était certainement le type de spectacle qui devait réussir à tirer quelques émotions au Commandeur.
- Ah, vous êtes réveillé, voilà qui est parfait !
OHMONDIEUOHMONDIEUOHMONDIEU ! Rodney tourna lentement la tête vers la personne qui venait de parler. Longs cheveux blancs, teint de cadavre et taille qui aurait fait pâlir Dex de jalousie. OH-MON-DIEU, il était mort !
- Mort ?
Oups, il faudrait vraiment qu'il fasse quelque chose pour perdre cette habitude de parler tout haut … oh, mais non, ce ne serait pas utile vu que dans quelques minutes il serait complètement MORT !
- Vous croyez que -- Le Wraith Blanc éclata de rire. Avec tout le mal que nous avons eu pour vous obtenir ? Oh, non, Professeur McKay, vous êtes bien trop précieux pour nous vivants, croyez moi.
- Nous ? Croassa Rodney, pas franchement rassuré sur son sort.
Le Wraith Blanc lui sourit (des dents, beaucoup de dents, jaunes et pointues, très pointues).
- Oui, mes frères et moi, le Wraith fit un geste en direction de la porte et en effet, trois autres individus de sa race se tenaient là. Je suis Todd et voici, Steve (ah oui, Rodney le reconnaissait celui-ci, l'amateur de pommes rouges), Bob (l'amateur de joues rouges) et Michael (hu, pas de cheveux blancs pour celui-ci, en fait, Rodney le trouvait physiquement légèrement différent de ses frères). Nous avons besoin de vous Professeur McKay.
Professeur ? Peu de gens l'appelaient par son titre. Il avait obtenu ce diplôme en cachette de sa mère certes pas à l'illustre Académie des sciences Cartériennes, mais à celle moins connues (surtout de sa mère) des sciences Jaksoniennes (un génie qui s'était fourvoyé dans les sciences humaines). Il avait des connaissances en ingénierie mécanique, en chimie mais sa passion c'était l'astronomie.
Rodney déglutit péniblement.
- Euh, oui, vraiment ?
Bob sautilla jusqu'à la table.
- Huhuhu, vraiiiiiiiiiiiiiment, chantonna le Wraith Blanc. Vous voyez, nous avons un petit, petit, petit problème.
- Oh. Un problème, j'espère que, euh, que ce n'est pas trop grave.
Steve rejoignit son frère près de la table et lui donna une petite tape sur la tête.
- Pauvre idiot ! Un petit problème ! Tu appelles être coincés sur ce caillou depuis plus de 10 000 ans, un petit problème !
10 000 ans … 10 000 ans ?! Rodney avait certainement mal entendu. C'était impossible !
- Aïe, ouille, hey arrête tu me fais mal !
- Tu vas voir si je vais te faire mal espèce de --
- ASSEZ ! Ordonna Todd.
Steve et Bob cessèrent aussitôt leur chamaillerie. Todd se tourna vers Rodney.
- Vous allez faire peur à notre invité. Il faut excuser mes frères, Professeur, ils sont un peu … sur les nerfs, ça fait si longtemps que nous vous attendons !
Rodney cligna des yeux, conscient qu'il devait ressembler à une malheureuse chouette : les Wraith Blancs l'attendaient ? Lui ?
- Gné ? Fut la seule chose qu'il parvint à articuler, ce qui fit rire Todd.
- Oui, je comprends votre surprise mais laissez moi vous raconter notre histoire …
oOo
- Nous avons atterri ici, il y a maintenant 10 000 ans, oui, Professeur, vous êtes dans notre vaisseau spatial, en fait, toute cette colline est notre vaisseau, les années et la nature ont fait merveille pour le camouflage, n'est-ce pas ?
OHMONDIEU, pensa Rodney. Un vaisseau ! Il était sur un vaisseau spatial ! Il fallait absolument qu'il visite la salle des machines : quel type de propulsion utilisaient ils ? Quelle était leur source d'énergie ? C'était si fascinant !
Todd, inconscient de la passion qu'il venait d'allumer, continuait son récit.
- Nous venons de l'une de ces étoiles que vous aimez tant étudier. Notre planète mère se trouve dans une autre galaxie que la votre. Nous étions de retour d'une mission d'exploration lorsque nous avons rencontré cette immonde Anci -- Todd s'arrêta soudainement. Disons que nous avons eu de petits problèmes techniques.
Rodney comprit que Todd mentait bien évidemment : quoiqu'il leur soit arrivé pour échoué ici, ce n'était pas du à des problèmes techniques. Mais qui ou quoi pouvait être cette « immonde Anci » ?!
- Nous nous sommes écrasés ici. Sur cette Cité. Ce qui fut très malencontreux pour ses habitants et très heureux pour nous, bien évidemment.
Hochements de tête simultanés des trois frères à cette annonce et sourire flamboyant de Steve.
Rodney fronça les sourcils.
- Une Cité ? Quelle Cité ?
- Oh oui, bien sûr, vous ne la connaissez pas, vu que nous l'avons détruite il y a de cela maintenant, hum, je dirais 8000-8200 ans, difficile de dire précisément quand. Les Olésians étaient un peuple dont la technologie était très développée, ce qui a, je dois le dire, précipité notre décision de les détruire.
Rodney sentit son estomac se contracter. Il avait fallu 200 ans à quatre Wraiths Blancs pour annihiler toute une civilisation !
- Ca et le fait, qu'ils étaient succulents, ajouta Steve, ce qui eut pour effet de rendre Rodney définitivement malade. Il vomit le peu qu'il avait dans l'estomac.
- Idiot ! Cria Bob qui donna une baffe à son frère.
Michael fut au chevet de Rodney en quelques secondes. Il le détacha et l'aida à s'asseoir. Todd tendit un gobelet à Rodney qui le renifla. De l'eau. Il but à larges goulées, manquant de s'étouffer.
- Hum, oui, évidemment, je crois qu'il est inutile de vous cacher la chose : nous nous nourrissons d'êtres humains, dit Todd sur un ton embarrassé.
- Très apetissant ! Précisa Steve.
- Très goûteux ! Se sentit obligé de rajouter Bob.
- Et surtout, très nombreux, termina Todd. Un véritable garde manger à notre disposition. Mais rassurez vous, nous n'avons pas le besoin de nous alimenter aussi souvent que vous autres, humains, juste une ou deux fois tous les dix ans, suffit largement. Et puis, nous pouvons aussi faire des réserves, au cas, où …
- Ouais, le dernier Olésian, on l'a bouffé il y a quarante ans environ, hein Bob, ricana Steve. Mais je préfère la nourriture fraîche …
Todd fit taire ses frères d'un geste de la main.
- Nous essayons de repartir chez nous, Professeur McKay et pour cela, nous avons besoin de vos connaissances. Vous êtes un des meilleurs dans votre domaine et qui pouvions nous choisir si ce n'est le meilleur ?
Todd fit un geste de la tête en direction de Michael qui aida Rodney à se lever. Michael le soutenait pour marcher, ce dont Rodney était reconnaissant : ses jambes menaçaient de se dérober sous lui tant il tremblait de peur. Ils entrèrent tous les trois dans une sorte de placard (laissant derrière eux Steve et Bob, au grand soulagement de Rodney) puis les portes se rouvrirent et Rodney découvrit, stupéfait, qu'ils étaient dans une autre pièce !
Michael et Todd le menèrent devant une sorte de tourelle, posée tête en bas. A son extrémité, il y avait un embout arrondi, et vers le plafond (que Rodney ne distinguait même pas, tant il était haut), partaient une multitude de cordons.
- Ici, Todd désignait une large encoche dans le coffre de la tourelle, devrait se trouver notre source d'énergie mais elle nous a été volée ! Lorsque nous nous sommes écrasés, je dois reconnaître que nous avons eu un moment d'inattention bien compréhensible, oh, pas grand-chose, peut-être une centaine d'années, et des humains sont entrés ici. Nous ignorons qui ils étaient, mais ils nous ont volé le cœur de notre vaisseau, sans lui, nous ne pouvons repartir -- à moins que …
Rodney fixait l'endroit où s'était trouvée cette fameuse source d'énergie. Il leva la tête vers Todd et croassa (diable, il avait l'impression de ne plus pouvoir parler normalement en présence de ces êtres horribles !).
- A moins que quoi ?
Todd lui sourit et posa sa main sur son épaule.
- A moins que vous nous aidiez à en trouver une autre. Une énergie alternative ! N'est-ce pas un des projets sur lesquels vous travaillez depuis des années ?
Oui, c'était vrai mais …
- C'est impossible ! L'énergie requise pour faire décoller un engin spatial serait colossale, et encore plus incroyable pour combattre la force d'apesanteur ! Gémit Rodney.
Le sourire de Todd se figea.
- Vous trouverez quelque chose Professeur … ou bien je devrais me plier aux demandes du commandeur Kolya.
Todd s'approcha de Rodney et lui susurra à l'oreille.
- Il ignore pourquoi nous vous avons choisi vous, et rien ne lui ferait plus plaisir que de voir votre corps sans vie … ou ce qu'il en reste, bien sûr. Les Géniis sont nos alliés depuis des milliers d'années, ils nous ravitaille, de cette manière, nous n'avons pas à quitter le vaisseau. Nous ne voudrions pas que vous autres humains, pillez notre maison, n'est-ce pas ? Vous allez nous aider Professeur, d'une manière ou d'une autre : soit en travaillant sur une nouvelle source d'énergie, soit en solidifiant notre alliance avec les Géniis. D'une manière ou d'une autre, nous sommes gagnants alors que vous en revanche … alors, Professeur, que décidez vous ?
A suivre ...
