Disclaimer: Les personnages appartiennent toujours à Stephenie Meyer.


« -Combien…combien de vampires a-t-elle… ? demandai-je alors. »

(BPOV)

-Quatre. répondis-je d'une voix éraillée.

Je me tenais en haut de l'escalier, l'épaule droite appuyée contre le mur, pour soulager mes jambes faibles et tremblantes.

Je m'étais réveillée quelques minutes plus tôt dans la chambre d'Edward, rassurée par son parfum qui flottait dans la pièce, mais avec la sensation d'avoir la tête prise dans un étau. Levant machinalement mon bras droit pour me cacher les yeux, je me rendis compte qu'une attelle avait été posée sur mon poignet et qu'un pansement recouvrait une partie de mon arcade sourcilière. Des voix me parvenaient du rez-de-chaussée par la porte de la chambre restée ouverte. Veillant à ne pas modifier mes émotions pour que Jasper ne me perçoive pas et à me déplacer silencieusement comme les Quileutes me l'avaient appris. - c'était devenu naturel pour moi et ces déplacements furtifs et silencieux que j'avais mis des années à apprendre lors de mes vacances d'été, m'avaient de nombreuses fois servis - je gagnai le couloir d'où je pouvais suivre leur conversation.

Au moment où je coupai le timbre parfait d'Edward, sept vampires se retournèrent sur moi et me fixèrent, sans aucun mot. Pour la première fois, face à eux, un frisson parcourut mon dos. Frisson de peur mais pas celle éprouvée par une rencontre avec un vampire. Non. Celle ressentie parce que j'allais devoir leur parler…

J'entrepris de descendre l'escalier mais je perdis l'équilibre et me rattrapai de justesse au mur, laissant échapper une plainte à cause de la douleur qui traversa ma poitrine.

Je fermai les yeux pour ne plus voir la pièce tanguer, évitant de respirer trop profondément pour ne pas souffrir.

-Pourrez-vous me pardonner…chuchotai-je, trop envahie par la douleur.

Ils savaient. Billy avait parlé. C'était fini. Ils ne voudraient plus de moi. J'ai tué les leurs. Je vais devoir rentrer chez Charlie…mais au moins, Edward savait…Mon Dieu, fasse qu'il trouve un jour mon journal…

Des mains froides sur mon corps me sortirent instantanément de mes pensées et j'ouvris les yeux. Carlisle et Edward étaient face à moi et me retenaient prudemment.

-Tu ne devrais pas être debout, Bella. me gronda Carlisle d'une voix douce.

-Vous ne devriez pas héberger votre ennemie. répondis-je du tac au tac, les larmes aux yeux, mon armure glaciale reprenant place instantanément à cause de la douleur.

Ils allaient m'abandonner. J'allais encore être seule, perdre mes soutiens…

-Bella, arrête de te faire souffrir. intervint Jasper en rejoignant les autres. A quoi penses-tu ?

Je levai les yeux vers lui, me mordant la joue pour ne pas laisser les larmes couler. Les autres regardaient Jasper, tentant de comprendre. Si seulement Edward pouvait m'entendre, juste aujourd'hui…Comme je ne répondais pas, il prit la parole à l'attention de sa famille, soutenant toujours mon regard :

-Elle est triste quand elle nous regarde mais il y a aussi la peur…

-Non, Jasper arrête ! criai-je de toutes mes forces pour le faire taire. Ils ne devaient pas savoir... Mais la douleur vive qui apparut me força à me plier et à me tenir les cotes. L'image de moi errant seule dans ce quartier malfamé de Los Angeles apparut dans mon esprit.

Avant de revenir pour Forks, je m'étais faite à l'idée que je disparaitrais une fois ma vengeance accomplie…disparaître au propre comme au figuré. Mais aujourd'hui, la donne changeait… Plutôt mourir que d'être de nouveau seule. Ne plus gêner personne. Et si l'un des vampires parvenait à m'attraper, une balle suffirait à m'éviter la souffrance vécue par mes parents.

-Non, Bella ! Tu n'as pas le droit de penser à cela. cria Alice en me regardant, après avoir eu une vision. Elle a peur de nous perdre. Elle a peur que nous l'abandonnions et elle pense que... dit Alice, sortant d'une vision.

-Alice…non…murmurai-je.

Je baissai la tête, retenant mes sanglots. Alice se tut. Je sentis la main de Carlisle sur ma mâchoire et son doigt qui releva mon menton.

-C'est vrai Bella ? dit doucement le médecin alors que je n'osai toujours pas croiser leurs regards.

Un sanglot étouffé s'échappa de ma gorge et je me mordis la joue encore plus fort. Le goût du sang apparut dans ma bouche.

-çà suffit. intervint Edward en me rattrapant et en me soulevant dans ses bras, alors que Carlisle posait ses doigts sur ma gorge pour surveiller mon pouls. Tu devrais te recoucher, Bella. compléta-t-il d'une voix plus douce. Bella, regarde-moi. chuchota-t-il encore.

Je levai les yeux sur lui, accrochant ses prunelles dorées et ne pus retenir plus longtemps les larmes.

-C'est vrai ? ajouta-t-il, toujours sur le même ton.

Il avait dû lire dans les pensées de sa sœur.

-Je devais les tuer ! J'étais toute seule à cause d'eux ! Mais vous êtes apparus dans ma vie…et tout est devenu si compliqué…mais j'ai fait un choix et je vous ai perdus…Alors partir….débitai-je entre mes larmes.

-Bella, Bella. Arrête. Calme-toi. dit Jasper en m'envoyant des ondes de calme.

Mais mon esprit luttait encore contre lui. Un simple geste d'Edward réussit à me calmer : il déposa doucement ses lèvres sur mon front en chuchotant :

-Je ne t'abandonnerai pas, Bella.

XXX

(EPOV)

Sa voix nous surprit tous. Elle se tenait debout, là, en haut de l'escalier, semblant souffrir le martyre. Mais nous ne l'avions pas entendue arriver jusque là. Elle s'était totalement adaptée au milieu qu'elle côtoyait et les Quileutes y étaient surement pour quelque chose.

-Étonnante sa capacité à se déplacer furtivement comme nous. Les loups lui ont surement appris. Et c'est grâce à eux si elle est toujours en vie face à nos semblables. pensa Jasper, le stratège militaire ayant repris le dessus.

-Comment a-t-elle fait pour se lever avec ses blessures ? Elle doit souffrir horriblement. Il va falloir que j'augmente les doses. remarqua Carlisle en se relevant à vitesse humaine pour ne pas l'effrayer.

Bella nous regardait avec une lueur étrange dans les yeux. Je m'intéressai alors aux pensées de Jasper. De la douleur mais surtout de la tristesse. Elle voulut descendre l'escalier pour nous rejoindre mais elle se mit à hurler et se plia en deux en se tenant les cotes avant de murmurer :

-Pourrez-vous me pardonner…

-comment fait-elle pour tenir debout avec trois cotes cassées ? pensa Carlisle en la rejoignant.

Instinctivement, je bondis sur la dernière marche et me plaçai à ses côtés pour la retenir. Carlisle plaça ses mains sur les joues de Bella puis sur son front, ce qui fit la réagir.

-Fièvre. Pouls filant. Il faut la recoucher, Edward. analysa-t-il en me jetant un rapide coup d'œil, sachant que je suivais ses pensées.

-Tu ne devrais pas être debout, Bella. la gronda Carlisle d'une voix douce.

-Vous ne devriez pas héberger votre ennemie. rétorqua-t-elle du tac au tac, les larmes aux yeux, avec le ton qu'elle employait lorsque nous l'avions rencontrée à son retour.

-Elle souffre et se sent abandonnée, comme à son arrivée. Elle essaie à nouveau d'effacer ses sentiments. pensa Jasper pour moi.

-Jasper, fais quelque chose pour elle s'il te plait. demandai-je à mon frère, tenant toujours une Bella tremblante à cause de la souffrance.

-Bella, arrête de te faire souffrir. intervint Jasper en nous rejoignant sur le palier. A quoi penses-tu ?

Elle releva les yeux vers lui, luttant pour ne pas laisser couler ses larmes.

-une telle endurance…çà ne doit pas être ses premières blessures graves…réfléchissait Esmée.

Alice était plongée dans une vision, soutenue par Rosalie. Je m'attardai sur elle mais elle me la dissimulait.

-Elle est triste quand elle nous regarde mais il y a aussi la peur …analysa Jasper à voix haute pour toute la famille, tout en me regardant pour me dire :

-Elle a peur d'être abandonnée et de nous perdre. Edward, tu vas devoir choisir maintenant. Ou tu l'acceptes malgré ce qu'elle fait, ou tu la laisses. Mais il faut lui dire maintenant. La famille suivra ton choix. Ses sentiments prennent de telles proportions qu'elle ne mérite pas d'attendre encore.

-Non, Jasper arrête ! cria-t-elle pour faire taire mon frère avant qu'il n'en dise trop aux autres.

Et la douleur vive qui apparut la força à se plier et à se tenir les cotes.

En bas des marches, les autres attendaient toujours qu'Alice revienne de sa vision qu'elle persistait à me cacher.

-Tu devrais te recoucher, Bella. ajoutai-je d'une voix plus douce en la regardant.

Elle retenait toujours ses larmes et devait se mordre violemment la joue vue la légère odeur de sang qui apparut.

-Rien de grave Edward. Réflexe purement humain. me chuchota mon père sans que Bella ne perçoive rien.

Une image me traversa l'esprit : Bella debout sur le pont d'une autoroute. Horrifié, je pivotai instantanément mon regard sur Alice qui comprit qu'elle avait laissé échapper une fraction de seconde de sa vision.

-Non, Bella ! Tu n'as pas le droit de penser à cela ! cria ma sœur. Elle a peur de nous perdre. Elle a peur que nous l'abandonnions et elle pense que...

-Alice…non…murmura faiblement Bella en baissant la tête, ce qui fit instantanément taire ma sœur.

-la mort vaut mieux que rester seule après nous avoir quittés. termina-t-elle pour moi.

-Décidément, je l'adore cette fille. Elle est la seule à faire taire Alice. pensait Emmett.

-Bella, tu dois nous parler…pensa Carlisle en caressant doucement la mâchoire de ma belle avant de lever doucement d'un doigt son menton pour qu'elle nous regarde.

-C'est vrai Bella ? dit doucement mon père, espérant sonder le regard de Bella mais elle faisait tout pour éviter de croiser les prunelles de Carlisle.

Un sanglot étouffé s'échappa de sa gorge et l'odeur de son sang s'intensifia légèrement.

-çà suffit. dis-je en passant rapidement mes bras pour la soulever.

Bella ouvrit de grands yeux et je pus y lire comme du soulagement alors que Carlisle surveillait son pouls.

-De l'espoir est apparu quand tu l'as prise dans tes bras. me renseigna Jasper, toujours à côté de nous. Eblouis-la. Je vais faire ce qu'il faut de mon côté mais elle lutte contre moi. Il faut qu'elle parle, elle souffre trop. m'ordonna Jasper.

-Bella, regarde-moi. chuchotai-je, doucement.

Elle leva ses magnifiques yeux chocolat sur moi et j'attrapai instantanément son regard pour la faire parler. Je n'aimais pas utiliser ce pouvoir. Mais je ne pouvais accéder à ses pensées. Et c'était le seul moyen à ma disposition.

-C'est vrai ? demandai-je prudemment.

Sous mon emprise ainsi que celle de Jasper, Bella ne put retenir ses larmes.

-Je devais les tuer ! J'étais toute seule à cause d'eux ! Mais vous êtes apparus dans ma vie…et tout est devenu si compliqué…mais j'ai fait un choix et je vous ai perdus…Alors partir….lâcha-t-elle difficilement entre ses sanglots.

-Les garçons, arrêtez-çà tout de suite ! Elle est trop faible. grogna Carlisle, pour nos oreilles vampiriques.

-Bella, Bella. Arrête. Calme-toi. dit Jasper en envoyant de fortes ondes de calme qui emplissaient la pièce. Elle lutte toujours contre moi. nous informa-t-il alors qu'il fixait le visage d'Isabella.

Mu par un lointain instinct humain, je laissai alors parler mon cœur. Je déposai doucement mes lèvres sur son front avant de lui murmurer :

-Je ne t'abandonnerai pas, Bella.

Elle leva les yeux sur moi et se blottit contre mon torse. Je sentis alors ses muscles se décontracter contre moi. Elle laissait enfin le don de Jasper agir sur elle.

-Remets-la au lit, je vais chercher de la morphine. indiqua mon père alors que je rejoignis ma chambre en deux pas.

Je la posai délicatement dans les draps mais sa main gauche ne lâchait pas ma chemise. Alors, je m'assis tout contre elle, passant mon bras sur ses épaules. Je sentais la fièvre monter en elle rien qu'en effleurant sa peau porcelaine. Carlisle s'installa de l'autre côté du lit et lui injecta de la morphine qui eut un effet quasi instantané sur Bella. J'allais me relever mais elle agrippa de nouveau ma chemise.

-Reste avec moi…supplia-t-elle d'une voix faible.

-Je reste avec toi. la rassurai-je en passant ma main sur sa joue.

-Edward…je t'aime…susurra-t-elle en resserrant encore sa prise sur moi.

-Moi aussi Bella…je t'aime…répondis-je sur le même ton.

La douleur anesthésiée, elle s'endormit, des traits plus détendus sur le visage.

Les deux jours suivants furent les plus éprouvants pour moi. Je n'aimais pas la voir souffrir. En plus de ses fractures, la fièvre était apparue. Carlisle avait pris quelques jours de congés pour rester à la villa et je veillais Bella, assis tout près d'elle. Elle délirait dans son sommeil, surtout la nuit, hurlant des noms, pleurant ses parents, revivant des scènes douloureuses à en juger par les émotions qui traversaient Jasper et les gestes qui accompagnaient ses terreurs nocturnes. Lorsque je sortais chasser, Esmée ou Alice prenaient ma place. Je profitais de mes sorties pour filer vers la réserve et donner quelques nouvelles au vieux Black. Les loups s'étaient rapidement remis de leurs blessures. Plus rapidement que Bella…Billy me raconta beaucoup de choses sur ma douce mais ne connaissait rien de ces deux années loin de Forks. Personne ne savait rien sur cette période.

-Dort-elle un peu ? demanda Billy.

-Carlisle l'assomme de médicaments pour qu'elle dorme mais elle n'a jamais une nuit calme…

-Ses terreurs nocturnes…ça a commencé avec la mort de sa mère, d'après Charlie. Durant les quelques jours où je l'ai hébergée ici, à son retour, elle n'a jamais dormi. Elle se réveillait au bout d'une petite heure en hurlant. Même Jacob ne parvenait pas à la calmer. Elle a vécu des choses difficiles mais quand j'ai essayé d'en savoir plus, elle m'a juste répondu qu'aucune douleur éprouvée là-bas n'avait été plus forte que celle de perdre ses parents. Tu devrais en parler à Carlisle, il faut qu'il la fasse parler de Los Angeles. m'expliqua-t-il.

J'acquiesçai et sortis pour rejoindre la villa.

En rentrant cette nuit-là, mon cœur me sembla plus léger. J'étais le seul à la calmer lors de ses cauchemars. Et cette exclusivité m'emplissait de joie. J'avais répété à Carlisle ls paroles de Billy et mon père avait choisi de laisser à Bella le temps de se remettre.

-Elle nous racontera quand le moment sera venu pour elle, Edward.

Puis la fièvre disparut et les jours de convalescence se suivirent, identiques.

Le jour, Bella se levait, s'installait avec les uns et les autres dans le salon, refusant de rester seule à l'étage, et participait aux conversations. Invariablement, elle me rejoignait lorsque je me mettais à jouer du piano, s'asseyant à côté de moi sur le siège et posant doucement la tête sur mon épaule. Et invariablement, je terminais par le Clair de lune de Debussy sur lequel elle versait régulièrement quelques larmes silencieuses avant de me donner un magnifique sourire. Nous ne nous étions pas encore embrassés et je ne voulais pas la brusquer en hâtant les choses. Je savais qu'elle m'aimait et elle savait qu'elle pouvait compter sur moi.

Jasper et Emmett restaient souvent avec elle, prétextant vouloir regarder un match à la télé. Mais je savais qu'ils la veillaient. Leur façon à eux de prendre soin de celle qu'ils considéraient déjà comme leur petite sœur.

Elle avait repris goût à la vie et sa joie de vivre réapparaissait. Elle s'était confiée…un peu… nous parlant de ses parents, de son enfance, de son départ pour L.A., mais elle s'arrêtait là. Rien sur sa vie là-bas, sur les rencontres qu'elle avait pu y faire…Elle nous faisait un peu plus confiance mais, d'après Jasper, craignait toujours quelque chose.

La nuit, une fois endormie, Bella se battait férocement avec ses cauchemars, sanglotait, s'excusait auprès d'une certaine Bree, implorait quelqu'un de prendre sa vie pour finalement se réveiller en hurlant du plus fort qu'elle pouvait. Alors, inlassablement, je renforçais ma prise sur elle et l'enfermais dans mes bras, le visage blotti contre mon torse, lui fredonnant le Clair de lune de Debussy. Nous finissions la nuit ainsi, sans un mot ou presque, Bella refusant de nous parler de ses cauchemars. Comme j'aimerais dans ces moments pouvoir lire en elle

Un matin, alors que je relisais pour la millième fois l'intégrale des tragédies de Shakespeare, je sentis Bella se réveiller contre mon torse.

-Edward. chuchota-t-elle.

-Oui, Bella ? répondis-je doucement, caressant son épaule.

-J'en ai assez de ces nuits. Je n'en peux plus. continua-t-elle en s'asseyant prudemment dans le lit pour ne pas réveiller les douleurs légères qui lui restaient de ses cotes brisées.

-Je sais ma douce. Tu devrais en parler avec Carlisle, il…

-Non Edward. J'ai fait mon choix…quand j'aurais tué James, je veux que tu me transformes…