Chapitre 11

Il y a des jours où on se lève et tout semble différent. Aussi simplement que cela. En réalité, c'est bien sûr un peu plus compliqué. C'est le fait de quelque chose. Et quand Kame se leva le lendemain de cette journée... pleine de surprises, il se sentit exactement comme cela : en apparence, rien n'avait changé, mais tout était pourtant différent. Depuis combien de temps ne s'était-il pas levé le matin sans l'envie irrésistible de retourner se coucher sans attendre, parce que de toute façon, la journée serait encore pénible ? Cela faisait un bon de temps, il fallait bien l'avouer... Ce n'était pas que ce serait forcément plus évident aujourd'hui : il aurait été trop simple que des semaines de déprime, d'auto-destruction et autres, s'envolent aussi subitement, hélas. Mais de toute évidence, parler avec Jin avait été bénéfique, à plusieurs niveaux.

D'abord, une partie de lui, celle qui rêvait éveillée, n'avait pas vraiment tiré un trait sur... disons les chances qu'il pouvait avoir avec Jin. Voilà qui était désormais fait, puisque le « non » de Jin était on ne peut plus explicite cette fois. Cela faisait mal, évidemment, mais ça eut aussi le mérite de tuer dans l'oeuf tout espoir qui tenterait de refaire surface. Ensuite, et bien qu'il aurait été plus facile de continuer à penser à Jin comme à un salaud sans cœur, il comprenait que son ancien camarade n'avait pas eu l'intention de blesser qui que ce soit. Cela n'enlevait rien à son attitude déplorable, mais il remontait dans l'estime de Kame... Et surtout, surtout... Savoir que ce n'était pas sa faute. Que d'une manière ou d'une autre, maintenant ou plus tard, Jin serait tout de même parti... Ca n'avait pas de prix, aux yeux de Kame. Il était si sûr que c'était sa faute, que ses sentiments avaient rendu les choses compliquées... Et du coup, il s'en voulait d'avoir mis KAT-TUN en péril parce qu'il n'avait pas su se taire... Alors c'est dire si savoir que tout cela n'avait aucun rapport le soulagea... comme si un poids énorme quittait ses épaules trop frêles...

Voilà pourquoi ce matin là, alors qu'il était encore tôt, il s'était lavé, habillé, et il avait pris le chemin du lieu de répétition, prêt pour une journée de travail intensif. Il avait des choses à rattraper, de la confiance à regagner... On aurait pu croire que le changement était radical, entre ce qu'il était encore la veille et maintenant... Mais en fait Ryo et Yamapi avaient raison : il avait besoin que les choses soient claires avec Jin. Rien que cela, réglait pas mal de choses. Et puis Ryo avait dit vrai hier : s'il continuait ainsi, il allait couler KAT-TUN, entraîner ses amis dans sa chute... Et ça, jamais ! Ils n'avaient pas géré au mieux le départ précipité de jin pour couler bêtement maintenant, à cause de lui. Rien que cela, c'était plus motivant que n'importe quoi d'autre. Ca et l'envie qu'on arrête de le regarder comme un paumé, ce qu'il était ces derniers temps... il voulait voir autre chose que de la peine et de la compassion dans les regards de Ryo, et surtout Yamapi, quand il les reverrait... Gonflé à bloc, son sac jeté sur l'épaule, il frissonnait à cause du vent glacial, ce matin là, tandis qu'il se rendit au studio à pieds afin de se vider la tête...


Quelques heures plus tard, alors que les retardataires arrivèrent, il devait être pas loin de 10h du matin. Etant là depuis quelques instants, c'est un Nakamaru assez perplexe qui traversa la salle pour aller voir Koki qui refaisait ses lacets. Ce faisant, il ne lâchait pas du regard celui qui était au centre de la pièce et semblait ne pas voir qu'il était au centre de l'attention.

Hé ! Tu vois ce que je vois ?

Kame qui s'entraîne ? Chuchota Koki à son ami. Ouais ! Et tu ne sais pas le plus beau ? Il est arrivé à 7h, apparemment !

Qu'est-ce qui a bien pu se passer pour qu'il y ait un changement pareil en si peu de temps ? C'est dingue, ça faisait une éternité que je ne l'avais pas vu comme ça !

Aucune idée. Il ne parle pas, il n'a pas l'air particulièrement content ou malheureux : il bosse juste. Ca va faire 3h, conclue Koki.

A ton avis, c'est bien ou pas ?

Ben... Je dirai que c'est bien...

Alors on ne fait rien ? Insista Nakamaru, qui ne savait plus trop comment s'adresser à Kame ces derniers temps.

Ecoute, j'ignore si c'est sa façon à lui d'oublier ce qui le tracasse ou un truc du genre... Ce que je sais, c'est que quand il en aura fini, il sera crevé. Et ce sera une bonne fatigue. Et je sais aussi que ça faisait un bail que je ne l'avais pas vu bosser comme ça. Alors moi ça me va.

T'as sûrement raison...

Salut...

Ils se tournèrent en même temps que Junno et Ueda, fraîchement arrivés dans la salle, vers la voix qui venait de saluer à l'instant... Ils la reconnaissaient tous, bien évidemment. Il y a des choses qui ne s'oublient pas si facilement, après tout. Et ce « salut » hésitant, comme quand il arrivait en retard et qu'il savait qu'on allait encore l'engueuler... Le premier réflexe de Koki fut de regarder Kame. Tout comme ses camarades, il n'avait aucune idée de la réelle raison qui avait à ce point fait du mal à Kame... Mais il savait qu'il y avait quelque chose, que Kame déconnait depuis le départ de Jin... Que Jin était presque un sujet tabou ici, d'ailleurs... alors il eut tout bêtement peur de sa réaction. Et Kame cessa simplement ce qu'il était en train de faire. Il ne bougea pas, restant un peu à l'écart des autres qui entouraient Jin, et il se contenta de fixer celui-ci avec détachement. Jin n'aurait su dire s'il était réel ou feint, d'ailleurs. Kame était un excellent acteur, après tout. Devant son absence de réaction, Koki fut un peu perdu. Lui qui s'attendait presque à ce que les cris fusent...

Que... Akanishi ? Mais...

Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda Junno, traduisant ainsi les pensées de tout le monde. Je veux dire, t'es pas aux Etats-Unis ?

Ben comme tu vois...

T'es arrivé quand ? Enchaîna Ueda.

Hier. Je ne vous dérange pas ? Enfin vous travaillez, mais...

Ben non, non. Ca pour une surprise ! S'exclama Nakamaru.

Ecoutez les gars, je sais que vous devez m'en vouloir...

Ben non... hésita Nakamaru.

Enfin un peu... osa Koki.

Vous devriez pourtant. Je suis venu pour m'expliquer.

Mais euh, comment dire... bafouilla Koki, jetant un regard à la dérobée à Kame comme s'il craignait sa réaction.

Alors Kame fit quelques pas, venant ainsi rejoindre le petit cercle qui s'était formé. Inutile d'agir comme un gamin boudeur, d'ailleurs il n'en avait même aucune envie. Jin l'avait prévenu qu'il passerait après tout, et par ailleurs Kame trouvait cela bien. Junno, Ueda, Koki et Nakamaru méritaient d'entendre aussi ce que Jin lui avait dit la veille. Du moins, ce qui les concernait évidemment. Et puis Jin avait tout aussi besoin de s'expliquer. C'était une bonne chose. Evidemment aucun des quatre ne pouvait deviner qu'ils s'étaient vus la veille et avaient réglé bien des choses, d'où le fait que l'assurance soudaine de Kame leur sembla un peu tomber du ciel.

Salut.

Salut, Kame, bafouilla Jin, pris au dépourvu.

Si c'est à cause de moi que vous avez tous l'air aussi mal à l'aise, lança Kame en regardant le sol, alors il ne faut pas. On s'est vus hier, je savais qu'il passerait. Y a pas de problème. Et je pense que vous devriez écouter ce qu'il a à dire...

Ah... Ah bon... fit Junno, perplexe à l'idée de voir Kame ressembler davantage à ce qu'il était auparavant, aussi subitement.

Je voudrais vous présenter mes excuses... fitJjin, profitant de l'effet de surprise et du fait que plus personne ne parlait, pour être parti comme ça, sans vous donner d'explications ni de nouvelles après... Je m'en veux beaucoup.

J'en connais un à qui Yamashita-kun a passé un gros savon, en déduisit Junno avec un sourire amusé.

Oui, mais même sans ça... Je savais que ce n'était pas bien. J'avais tellement peur que vous me détestiez que je n'osais appeler aucun d'entre vous. C'est nul, je vous l'accorde...

Oui c'est nul, lâcha Ueda, avec de la déception dans la voix.

Je sais.

On ne savait pas trop ce qui te passait par la tête... expliqua Nakamaru, le plus apte de tous à lui pardonner aussi sec, vu son regard attristé. Que voulais-tu qu'on pense d'autre à part que tu ne voulais plus de nous dans ta nouvelle vie ?

C'est pas...Ecoutez vous m'en voulez et vous en avez parfaitement le droit. Mais je vous jure que... Ce n'est pas ce que vous croyez.

Akanishi, ajouta Koki, on y a pensé depuis le temps. On sait très bien que tu as fait ce que tu pensais être le mieux pour toi. Ce n'est pas un coup de tête, c'est ce que tu veux.

Tout à fait... acquiesça Jin.

Et ça te convient ?

C'est que... hésita Jin, pas sûr que leur dire qu'il était heureux comme ça soit bien approprié.

Ca te convient ?

Oui... Je suis... vraiment content... lâcha-t-il avec appréhension.

Mais tout cela, c'était deux choses différentes. Qu'il soit parti, et l'attitude qui allait avec. Bien sûr à l'époque si on leur avait donné le choix, ils auraient tous préféré que Jin reste. Que rien de change. Mais ce n'était pas le cas et chacun avait appris à appréhender les choses d'une autre manière maintenant. Lui en vouloir parce que leurs routes se séparaient, cela n'avait aucun sens, à leurs yeux à tous. Mais ainsi que Nakamaru l'avait dit à l'instant, c'était son absence totale de nouvelles depuis, qui rendait la pilule dure à avaler... En ce sens, pourquoi auraient-ils été énervés d'apprendre que Jin se débrouillait bien ? Au contraire, ils ne pouvaient que lui souhaiter de la réussite. Et d'ailleurs, Nakamaru confirma cela :

Personnellement, je me serai réjoui pour toi, si tu avais partagé ça avec moi. Ton départ n'a pas été la meilleure chose pour nous, tu l'imagines... Pour autant je ne souhaitais qu'une chose : que tu sois plus heureux comme ça. Pas vrai les gars ?

J'avais peur que si je vous disais tout ça... vous le preniez mal.

Plus mal que pas de nouvelles du tout ? Décidément il n'y a rien à faire : tu seras toujours le même crétin, soupira Koki.

Mais... fit Ueda en lui souriant pour la première fois depuis son arrivée. Je suis content de te revoir. J'imaginerai pas que tes bêtises nous manqueraient autant.

Ca ouais ! Renchérit Junno.

Est-ce que je pourrai vous inviter tous au restau pour qu'on ait le temps de parler ? Demanda Jin enhardi par leurs sourires qui revenaient progressivement.

Quand ? Ce soir ?

Non pas ce soir, c'est l'anniversaire de mon frère... Mais demain soir. Si ça vous dit.

Je t'en veux bien encore un peu... Mais puisque tu paies... fit Koki sur le ton de la plaisanterie.

Merci ! Merci beaucoup ! S'écria-t-il, réellement ravi. Je vais vous laisser maintenant, ma mère hurle que ça fait 24h que je suis là et je sens qu'elle va me fermer la porte au nez si je ne me pointe pas dans l'heure...

Ok, à demain alors.

A demain. Tu viendras ? Demanda Jin en regardant Kame.

Je...

S'il te plaît...

Je viendrai.

Kame soupira. Il y avait un temps pour se laisser aller et un temps pour prendre sur soi. Les autres n'avaient pas osé sauter au plafond ou être trop amical trop vite à cause de lui, mais il savait bien qu'ils étaient tellement sympa, tous les quatre, qu'ils pardonneraient totalement à Jin au cours de ce fameux dîner. Et il ne voulait pas que ses humeurs soient une gêne... Pas plus que son attitude totalement à la dérive de ces derniers temps. Il devait se ressaisir, et il sentait qu'il n'aurait pas de meilleure occasion. Jin devait cesser d'avoir cet effet intimidant sur lui, et ensuite il irait mieux... Il en était sûr. Déjà là, il y avait du mieux.

Dehors évidemment, Jin avait à peine posé un pied sur le trottoir en sortant, qu'il avait appelé Yamapi. Il était content. Vraiment content. Bien sûr il n'était pas stupide au point de croire que tout était gagné d'avance, mais enfin il savait que si les autres voyaient sincèrement qu'il s'en voulait -et c'était bien le cas-, alors ils pourraient de nouveau être amis. Ils lui avait manqué ces dernières semaines... Tant de temps passé à se voir régulièrement, à fonctionner ensemble et d'un coup, plus rien... C'est comme lors d'une rupture en fait : ce n'est pas parce qu'on choisit de partir, que ce n'est pas douloureux.

Il viendra, Pi !

J'ai cru comprendre... Ca fait trois fois que tu me le répètes !

J'ai tellement cru qu'il ne viendrait pas !

Tiens, une variante... se moqua l'autre.

J'ai le droit d'être content, non ?

Bien sûr. Mais ne t'emballe pas, précisa le plus sage des deux. Kame n'a pas pu tout résoudre en quelques heures. Il vient sûrement pour les autres, pour faire l'effort... Mais ne crois pas que tout est réglé, c'est un coup à ce que tu mettes les deux pieds dans le plat.

Je sais... Mais j'aimerais tellement avoir une discussion normale avec lui à nouveau.

Ca viendra. D'après ce que tu m'as dit, vous avez déjà éclairci pas mal de choses. Laisse-lui le temps.

C'est que je ne reste pas indéfiniment... soupira Jin.

Le monde n'est pas forcé de se caler sur ton rythme, mon vieux. Quand tu repartiras, il t'en voudra peut-être encore. Quand je dis « laisse lui le temps », ça implique plus de 48h, andouille !

Je sais, je sais...

Pauvre Kamenashi... soupira Yamapi, il aurait pu trouver n'importe qui mais non, il a fallu que ce soit toi...

Hé !

En tout cas, essaie de ne plus lui faire de mal. Je pense qu'il a assez donné, ajouta Yamapi après un instant d'hésitation.

Hum...

Je ne plaisante pas, Jin. Kame est un type génial, reprit-il gravement. Alors essaie d'avoir un peu de sensibilité et si jamais il parle à nouveau de ses sentiments, aies du tact.

Mais... Tu y tiens, on dirait.

A qui ?

A Kame.

Je voudrais juste qu'il arrête de piller les réserves d'alcool de ce malheureux pub... répondit Yamapi sur un ton sarcastique.

Hum...

Arrête avec tes « hum », c'est agaçant.

Après tout, réfléchit Jin à voix haute, et sauf si on ne m'a pas tout dit, avant de... disons de porter son attention sur moi, ce cher Kame se croyait parfaitement hétéro, non ?

Euh... bafouilla Yamapi, un peu gêné par la tournure des choses. Certainement, mais alors là je ne vois pas en quoi ça me regarde et quel est le rapport.

Comme quoi, certaines certitudes peuvent être balayées, même après des années...

Ne me dis pas que tu...

Qui ? Moi ? Oh non non, moi je n'ai aucun doute là-dessus, ça y a pas de souci ! S'esclaffa Jinavant d'ajouter mystérieusement : J'en dirai pas autant de tout le monde, par contre.

Ouais bon tu me raconteras ça, j'ai horreur quand tu joues au plus malin des deux, grogna Yamapi, agacé maintenant.

Parce que c'est toujours moi ? Le taquina son ami.

Entre autres, ouais. A plus tard. Et souhaite un bon anniversaire à ton frère de ma part.

Ce sera fait.