Chapitre 11 : Enfin nous nous rencontronsPartie I : L'autre espèce de Monstre


Naruto se réveilla en sursaut au son de 4 coups rapides à sa porte. Il avait le sommeil lourd d'habitude, mais ces derniers jours…

« J'arrive… » grommela-t-il, la tête dans le cul, alors qu'il s'extrayait de son lit de fortune. Il savait que la personne derrière la porte n'avait pas pu l'entendre, mais il ne répéta pas. Il avança torse nu jusqu'à la porte.

Mais apparemment il n'avait pas à marcher. Il apparut tout simplement devant. Bien en face. Il avait voulu y aller trés fort, et il y était. Devant. La porte.

Il défit le verrou avec le même manque d'enthousiasme qui l'avait mené là, et appuya la tête contre le mur alors qu'il ouvrait la porte. « B'jour….? » murmura-t-il en soupirant. Il ne savait pas quelle heure il était, mais c'était trop tôt. Peut-être six ou sept heures du matin. Toute envie de regarder par la fenêtre pour vérifier la position du soleil fut balayée par sa fatigue et son esprit engourdi.

Il pouvait à peine garder les yeux ouverts.

Alors il les garda clos.

« Hmm… b'jour? » marmonna-t-il une nouvelle fois — car personne ne lui avait répondu la première fois.

« B'jour? »

Toujours pas de réponse.

Naruto secoua la tête. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il ne vit pas l'extérieur de la porte, mais sa main qui posée à plat sur le mur à côté de la porte.

Sa main. Sauf qu'il ne pouvait pas bien la voir. Floue. C'était des mains floues. Floues comme vues à travers du verre fumé, ou l'humidité de ses paupières.

Il plissa les yeux en les regardant. Ses mains. Il essaya de les comprendre, essaya de comprendre pourquoi il ne pouvait pas…

Voir.

« Je… »

« Uzumaki Naruto. »

Naruto se figea un instant. Puis il sentit un frisson.

Il glissait à travers son corps tel un doigt lui caressant la joue. Un souffle s'échappa de ses lèvres et il dut appuyer la tête contre le mur. Il ne tenait plus la porte.

Quelqu'un s'en chargeait.

Quelqu'un.

Quelqu'un.

Un certain quelqu'un. Quelqu'un était là. Qui était. Quelqu'un était. Quelqu'un qui était quelqu'un qui était quelqu'un en train de s'occuper de quelqu'un qui était un quelconque quelqu'un dans son appartement dans sa chambre dans son lit

« Uzumaki Naruto. »

Il s'en occupait.

Naruto ouvrit les yeux. Il était dans sa chambre, il regardait droit devant lui. Pas au plafond, mais dans ses yeux.

Ses yeux.

Des yeux. Pas les siens. Les siens à lui. Ses yeux.

Naruto cligne des yeux. Mais il ne comprend pas.

Il est au sol. Aggripé à…?

Des yeux. Ses yeux. Ces yeux. Ces yeux qui fixent—

« Uzumaki Naruto. »

« Haaah… »

Ces doigts frissonnants, ce frisson de doigts à travers sa colonne vertébrale son esprit son corps son âme son âme son corps son esprit et âme frissonnants—

« U… zu… ma… ki… » Ça, c'était lui-même. Imitation ratée. Question : pourquoi? Réponse : il te connaît mieux que tu ne te connais toi-mê—

« Uzumaki Naruto. »

Naruto ouvre les yeux.

Il ne se rappelle pas les avoir fermé.

Et maintenant il regarde.

Et il lui rend son regard.

Des regards.

Du vert au bleu du bleu au vert du brun au pâle du blond au rouge au rouge au rouge—

Comme un mécanisme d'horloge—

« Uzumaki Naruto. »

« Haaah… »

« Enfin nous nous rencontrons. »


Naruto ouvrit les yeux.

Et vit le plafond de sa chambre.

« Qu'est-ce que… »

Il s'assit sur son lit de fortune et frotta ses yeux endoloris.

Putain, mais c'était quoi ça? Il fixa ses pieds d'un air accusateur.

Un rêve?

Un bruit venant de son salon l'interpella.

Quatre coups rapides à sa porte.

Naruto sentit son souffle se couper, et il ne comprenait pas vraiment pourquoi.

Ce rêve était tellement…

Il ne s'en rappelait pas vraiment. C'était tout… flou et…

Un autre coup.

« Naruto! »

Le blond eut un nouveau sursaut, avant de pousser un soupir irrité, plus contre lui-même que n'importe quoi d'autre. C'était la voix de Kakashi derrière la porte.

« T'es réveillé? »

« J'arrive! » répondit-il fortement, se levant de son lit et se dirigeant vers la porte. Il était sur le point de quitter sa chambre sans T-shirt, mais il en enfila un juste avant de refaire l'erreur.

La dernière fois qu'il avait ouvert la porte torse nu, Kakashi n'avait pas arrêté de le vanner même après avoir mis un T-shirt.

« Tu dormais? » demanda Kakashi en entrant dans la pièce avec un petit sourire. Il donna une petite tape affectueuse sur l'épaule du blond et s'appuya contre le mur de son salon comme s'il était chez lui. « C'est arrivé par la poste ce matin, et c'est pour toi, » dit-il en tendant une grosse boîte à Naruto.

Naruto plissa les yeux en la prenant. « Un colis? » répéta-t-il. « J'ai jamais rien reçu par la poste avant — à part les menus du Chinois et les trucs des Témoins de Jéhovah et tout… »

Il fit un mouvement pour l'ouvrir, mais Kakashi l'interrompit d'une main. « Tu vérifies pas d'où ça vient avant? » demanda-t-il en haussant un sourcil.

Naruto grommela et vérifia. Il fronça les sourcils. « Y'a pas l'adresse de l'expéditeur… » fit-il lentement.

Kakashi lui prit la boîte des mains et vérifia à son tour. « C'est bizarre. Ça me surprend qu'ils envoient un colis sans cette adresse. »

« Ils n'envoient jamais de colis sans l'adresse de l'expéditeur, » lâcha Naruto en plissant les yeux. « J'ai travaillé un petit moment dans un bureau de poste. Jamais vu partir de lettre ou de colis sans l'adresse de l'expéditeur, et si quoi que ce soit était mal orthographié, ça ne partait jamais… »

Kakashi haussa les épaules et lui rendit la boîte. « Peut-être que ça t'a été envoyé depuis un bureau de poste de feignasses. »

Naruto en doutait, mais accepta l'explication. Il secoua la boîte, mais aucun son n'en sortit. Elle n'était pas particulièrement lourde, mais on sentait qu'il y avait quelque chose de solide à l'intérieur.

Il allait devoir l'ouvrir dans ce cas. Il la posa sur le comptoir de sa cuisine et commença à arracher le scotch qui fermait la boîte.

« Fais gaffe… » murmura Kakashi dans son dos.

Naruto se calma un peu et s'assura d'ouvrir la boîte proprement. Lorsqu'il l'ouvrit enfin, il posa le regard sur son contenu en fronçant les sourcils.

C'était une petite enveloppe posée sur du papier-bulle.

« Euh… » fit Naruto en saisissant l'enveloppe et en se retournant vers Kakashi.

L'homme aux cheveux gris haussa un sourcil. « Pourquoi on t'a envoyé ça dans une boîte? »

Naruto eut un sourire nerveux. « Peut-être que c'est une lettre du Président, » blagua-t-il. Il l'ouvrit précautionneusement afin de ne pas en déchirer le contenu, et en sortit une petite feuille de papier. En fait ça ressemblait plus à une petite carte — comme une invitation. Lorsqu'il regarda ce qui était marqué sur la carte, il s'apperçut non seulement que c'était deux misérables petits mots, mais aussi qu'il ne les comprenait pas.

« Qu'est-ce que…? » fit-il en retournant la carte.

« C'est quoi? » demanda Kakashi en lui prenant la carte.

« On dirait une autre langue… » répondit Naruto en se mettant à côté de Kakashi pour qu'ils puissent regarder la carte ensemble.

« Hmm… » fit le proprio en retournant la carte à son tour. « Ce serait pas de l'espagnol? » demanda-t-il lentement.

Naruto plissa les yeux.

Unus donum.

Ça ne ressemblait à aucun mot d'espagnol qu'il connaissait.

« Tu crois que ça veut dire quoi? » demanda-t-il.

Kakashi haussa les épaules et fit un pas en arrière, déjà lassé par le sujet. « Et si tu réglais cette histoire après notre voyage à Oto? » proposa-t-il en souriant au blond.

Naruto regarda un peu plus longtemps la carte avant de soupirer et de la mettre dans sa poche. Il n'avait pas de temps à perdre avec les trucs bizarres que lui envoyait la Poste. Kakashi avait raison, ils devaient y aller.

« Laisse-moi juste… » dit-il en parcourant la pièce du regard à la recherche d'une paire de jeans, « …Me brosser les dents et trouver quelque chose à me mettre. »

« Dépêche-toi, » lui lança Kakashi en se rappuyant contre le mur. « Iruka veut que je sois rentré à la maison à six heures. »

« Ben on est large, non? » demanda Naruto. « Peut-être qu'on pourrait faire un tour à la prison en passant…? »

Kakashi haussa les épaules. « On verra. »


« Vous êtes sûrs que c'est pas dangereux? » redemanda Iruka avant de lancer un autre regard inquiet à Naruto et Kakashi. « Je veux dire… Je ne sais pas trop ce qu'il se passe, mais j'ai vu ce dont il était capable, et je ne veux pas que vous vous fassiez blesser… »

Kakashi fit un autre sourire à son compagnon avant de s'avancer vers lui et de l'enlacer. « Tout ira bien, » murmura-t-il à l'oreille d'Iruka, avant de le serrer contre lui.

Naruto, resté derrière Kakashi devant le capot de leur voiture, se sentit soudain trés gêné. Il n'arrivait pas à se sortir de l'esprit qu'ils étaient dehors et en public, et que n'importe qui pouvait voir les deux hommes en train de se montrer des signes évidents d'affection. Naruto jura intérieurement, parce qu'il était trop con. Qui était-il pour avoir honte d'eux? C'était insultant, non seulement envers Kakashi et Iruka, mais aussi envers Kiba et Shino.

Naruto fit une petite pause dans le fil de ses pensées, lorsqu'il réalisa qu'il n'avait pas vu son ami depuis un bon bout de temps. Il voulait vraiment raconter au brun ce qu'il se passait dans sa vie, mais il ne pouvait pas. Ce serait injuste de mêler un innocent à tout ça, et Shikamaru l'avait prévenu qu'une fois que Gaara te connaissait, il connaissait tous ceux qui te connaissaient aussi. Naruto soupira et secoua la tête.

Gaara. Naruto sentait toujours cette même peur se nouer au fond de son estomac, dés qu'il pensait à lui, mais c'était une sensation qu'il associerait à un rêve. C'était comme si Gaara était un croque-mitaine dont les parents niaient fermement l'existence, mais qui parvenait tout de même à faire peur. Naruto ne pouvait même pas concevoir de rencontrer le bonhomme en personne. Il pouvait s'imaginer se faire proprement décapiter par une hache de retour à la maison, et il pouvait s'imaginer se réveiller un petit matin et exploser en mille morceaux à cause d'un piège que Gaara aurait préparé la nuit d'avant. Mais il ne parvenait pas à s'imaginer le rencontrer pour de vrai.

Kurenai avait dit que Gaara mesurait 1 mètre 90. C'était 10 centimètres de plus que lui, ce qui rendrait le gars menaçant. Naruto frissonna à cette pensée.

Et en plus l'identité du cadavre roux était toujours théoriquement inconnue pour l'instant, pensa Naruto. Personne ne savait vraiment s'il avait gardé ses cheveux bruns, ou s'il les avait teints en rouge. Merde, Gaara pouvait tout aussi bien être blond à l'heure qu'il est. Dans tous les cas, l'homme se cachait trés bien. Maintenant que Naruto y repensait, comment est-ce qu'on pouvait même être sûr que Gaara était toujours dans cette ville?

La seule certitude qu'ils avaient, c'était que le meurtrier était d'une manière ou d'une autre impliqué dans un complot de grande envergure. Naruto n'avait aucune idée de ce que c'était, et il n'avait aucune idée de par où commencer. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il voulait rassembler toutes les informations possibles sur Gaara et son passé. Il ne savait pas pourquoi, mais il pensait que c'était un bon endroit par lequel commencer. C'était une tentative de mieux le connaître.

« Kakashi! On est en public, » siffla Iruka à son compagnon, avant de s'arracher de ses bras. « Je te verrai quand tu rentreras, » grinça-t-il entre ses dents serrées, le visage écarlate.

Il se retourna et s'en alla, et Kakashi le salua de la main, avant de se retourner vers Naruto avec un sourire narquois.

Naruto plissa les yeux. « Euh… On est prêts à y aller? » demanda-t-il avec précaution.

« Bien sûr, » répondit Kakashi d'une voix satisfaite, avant de se diriger vers sa portière.

Naruto s'assit sur le siège passager et mit sa ceinture. « On prend les départementales ou l'autoroute? »

Kakashi regarda droit devant lui, perdu dans sa réflexion. « J'aimerais qu'on prenne l'autoroute jusqu'à ce qu'on arrive aux environs de l'asile, mais toutes les autoroutes qui mènent à Oto contournent la ville ou sont réservées à des transports officiels. »

« Bon, ben en prendra les petites routes pendant une heure alors… » soupira Naruto de lassitude. Tout comme l'Institut se trouvait à l'autre bout de Mushroom City, l'Asile de fous d'Oto était de l'autre côté de la ville, proche de la campagne.

Kakashi haussa les épaules. « On est dimanche matin. Je pense pas qu'il y aura assez de circulation pour nous retarder comme ça. » Kakashi démarra la voiture et commença à déboîter en douceur de sa place de parking.

« Est-ce que la ville d'Oto est aussi célèbre que tout le monde dit? » demanda Naruto alors qu'ils entraient sur l'autoroute qui quittait Mushroom City. Ils allaient devoir traverser Kiri, et un peu de Kumo avant d'atteindre Oto.

« Ça dépend de quelle genre de célébrité on parle, » répondit Kakashi en haussant les épaules. « Si c'est des statistiques que tu veux, Oto a le taux de criminalité le plus élevé de toute la région Nord. »

« Encore plus grand que celui de Mushroom City? » demanda Naruto.

Kakashi acquiesça. « Définitivement, oui. Mushroom a pas mal de criminalité non plus, mais c'est parce que c'est une ville où la compétition est rude, et si tu te foires à un moment, tu peux te retrouver à la rue ou forcé de recourir à la criminalité pour survivre. A Oto par contre, ils n'ont aucune chance d'être économiquement compétitifs, malgré leurs infrastructures urbaines. C'est pas pour dire, mais c'est comme la version bidonville de Mushroom City, avec des logements sinistrés et des citoyens désespérés. »

« Hmm… » dit Naruto en s'essuyant la bouche à l'aide de son pouce. « Ça n'a pas l'air d'être trés… juste. »

« C'est comme ça, » répondit Kakashi. « Il ne peut pas y avoir de gens au sommet sans d'autres qui souffrent au bas de la pyramide. »

Naruto resta silencieux le temps de quelques secondes, perdu dans ses pensées. Il secoua la tête. Ça ne lui plaisait pas du tout.

« En plus, » reprit Kakashi, « Oto est la seule ville de la région Nord à avoir une prison aussi grande. La plupart des infrastructures sont à la campagne. »

« La prison d'Oto est quasiment à la campagne, non? » contesta Naruto.

L'homme aux cheveux gris secoua la tête. « C'est moitié-moitié. Tu verras ce dont je veux parler quand on arrivera là-bas, mais la prison d'Oto prend une énorme partie du centre-ville, et s'étale sur des territoires vierges vers l'arrière. »

Naruto haussa un sourcil, ne comprenant pas vraiment ce que voulait dire Kakashi, mais il supposait qu'il comprendrait plus tard après avoir vu le bâtiment par lui-même.

« J'ai aussi entendu que la sécurité de la prison d'Oto fait partie de la crème de la crème, » dit-il doucement. « Personne ne s'en était jamais échappé avant. Avant Gaara. »

Kakashi, à la grande surprise du blond, laissa échapper un petit gloussement. « Ouais… » fit-il avec un hochement de tête amusé. « Tu sais comment il a réussi? »

« J'allais justement te le demander. Il y a des rapports en ligne, mais ils se contredisent tous. »

Kakashi acquiesça. « Je suppose que la prison n'a pas vraiment envie de voir leur échec publié partout… » commenta-t-il.

Après quelques secondes de silence, Naruto toussa.

Kakashi sembla revenir à lui et s'éclaircit la gorge. « OK. Comment s'est-il échappé. En fait c'est une histoire assez marrante, » dit-il d'un ton sincèrement amusé. « Kaze s'est empoisonné. »

Naruto haussa un sourcil. « Comment il a fait son coup? Et pourquoi il a fait ça? »

« D'après ce que j'ai entendu, » répondit Kakashi, « c'était une fuite trés élaborée et coordonnée. Il y avait des témoins et des complices. »

« Des complices? » répéta Naruto d'un ton incrédule. « Mais qui… » Puis Naruto s'interrompit. On parlait de détenus, ici. Pourquoi auraient-ils l'ombre d'un scrupule à laisser l'un de leurs camarades s'enfuir?

« Quand on les a interrogés sur l'affaire, ces complices ont dit que Kaze leur avait promis qu'ils s'échapperaient aussi, » clarifia Kakashi. « Alors c'était du travail d'équipe, même si je suis sûr que c'était Kaze qui en tirait toutes les ficelles. »

« Et c'était quoi le plan en fait? »

Kakashi eut un autre sourire amusé. « C'était un plan assez compliqué, je crois, qui impliquait pas mal de pots-de-vin, » dit-il en secouant la tête. « Kaze n'avait le droit à aucun privilège dans la prison, alors une grande partie de son plan reposait sur des gens à qui il avait promis une chance de s'enfuir. Je ne suis pas certain des détails, mais il a demandé à un détenu qui avait droit à une heure de sortie de creuser un trou dans une partie du bâtiment depuis l'extérieur en utilisant des outils dont les prisonniers se servaient dans les champs. Quelques jours plus tard, même si je suis sûr qu'il me manque des informations, il y a eu une soudaine infiltration de rats dans une section du bâtiment. Une chose pareille ne devrait normalement jamais se produire dans la prison d'Oto, mais Kaze a tourné l'environnement urbain de la prison à son avantage et savait d'une façon ou d'une autre où est-ce qu'il devait dire à son complice de creuser, pour que les rats aillent infester la prison. » Kakashi secouait la tête avec un sourire marqué, comme s'il avait du mal à le croire. « Évidemment, des exterminateurs ont été appelés pour s'en débarasser. Kaze est parvenu je ne sais comment à faire une sorte de concoction avec la moisissure et la peinture des murs de sa cellule, et des résidus d'arsenic laissés par les exterminateurs, pour s'empoisonner. »

Naruto eut l'air perdu. « Attends, quoi? De l'arsenic? C'était ça le poison? »

Kakashi acquiesça. « Les exterminateurs de rats utilisent parfois de l'arsenic. Par contre, je croyais que ça faisait longtemps qu'on employait plus cette méthode… Je suppose que la prolifération de rats était si importante qu'ils ont du employer des mesures drastiques pour les exterminer. »

« Et ils ont laissé les prisonniers libres de leurs mouvements alors qu'il y avait des résidus d'arsenic? » demanda Naruto d'un ton incrédule.

« C'était ça le truc. Personne n'était autorisé à pénétrer dans cette section du bâtiment. C'est pourquoi certains disent que Gaara avait aussi des complices au sein du personnel de l'établissement. Quelqu'un qui aurait pu se rendre dans la zone condamnée sans craindre de se faire arrêter, et de récolter des échantillons pour Kaze et ses complices. »

Le blond plissa les yeux. « Qu'est-ce que tu veux dire, Gaara et ses complices? Ils se sont empoisonnés aussi? »

Kakashi acquiesça. « Oui. Je crois qu'ils étaient quatre de plus au final. »

Naruto se redressa sur sa chaise. « Et donc? Ils ont mangé le poison? »

« Il l'a ingéré d'une manière ou d'une autre. Je ne sais pas s'il l'a mis dans sa nourriture, ou s'il l'a dilué dans de l'eau, mais il a utilisé de la moisissure et de la peinture sèche pour atténuer les effets du poison. »

Naruto plissa le nez. « Mais comment ça fonctionne? »

Kakashi haussa les épaules. « Je ne sais pas comment fonctionnent ces trucs chimiques. Tout ce que je sais c'est que l'arsenic peut être mortel, et Gaara s'est arrangé pour que lui et les autres en prennent assez pour être juste assez malades pour être transférés au centre médical, et ne pas mourir sur place. »

Naruto haussa un sourcil. « Est-ce que le centre médical était dans l'enceinte de la prison, ou est-ce qu'il les ont amenés à un hôpital? »

« Les prisonniers d'Oto ne sont pas envoyés à l'hôpital. Si tu tombes malade là-bas, t'y meurs. La seule chose qu'ils ont fait ça a été de les garder loin des autres détenus. On leur a prodigué des soins, je suppose, notamment grâce aux médecins disponibles, mais à part ça ils étaient seuls. Je crois que l'un des complices est mort à ce moment-là, mais je ne suis pas sûr. »

« Comment Gaara a fait pour s'échapper, en fait? » demanda Naruto en essayant de ne pas laisser transparaître son impatience.

« Lui et les autres ont été transferrés hors de leurs cellules quand ils sont tombés malades. On les a mis tous ensemble dans une pièce au sous-sol. C'est comme ça qu'Oto soigne ses malades d'habitude. »

Pause.

« Il y avait au moins six gardes de sécurité derrière la porte. Par contre, quand on leur a posé la question le lendemain, ils ont affirmé qu'ils n'avaient pas vu Kaze et les autres sortir de la pièce. Les quatre types avaient emprunté un tunnel minier à l'abandon qui menait dans les égoûts d'Oto. »

« Attends — un tunnel minier? Qu'est-ce que ça fout sous une prison? Et comment ça se fait que les gardes ne les aient pas vus sortir? »

« A mon avis, Kaze a du les corrompre. J'ai aucune idée de ce qu'il a pu leur dire — la sécurité au sein de la prison d'Oto est le top du top, comme t'as dit — mais il a réussi à les corrompre pour qu'ils les laissent s'enfuir, lui et ses complices. C'est juste mon avis, mais je ne vois pas vraiment comment Kaze aurait pu passer devant eux. »

Pause.

« Alors, le tunnel abandonné était un chemin tortueux qui a été creusé par des prisonniers il y a soixante-dix ans. C'était une sorte de punition absurde à l'époque, mais il y avait trop d'accidents : des prisonniers mouraient à cause de chutes de rocs et des effondrements de galleries. Depuis les prisonniers doivent déplacer des pierres pour rien d'un endroit à un autre. Ce qui reste du tunnel est un conduit inutile qui mène à un vieux réseau d'égoûts. Ce réseau débouche sur la mer Mecon — celle qui est polluée à cause de tous les détritus et excréments que déversent les égoûts actuels. »

« Et Gaara est arrivé là-bas, et il était déjà libre? » demanda Naruto.

« Pas vraiment. Les gardes sont soudainement « revenus à eux » et ont commencé à poursuivre Kaze. Je suis persuadé que les gardes ont laissé Gaara s'échapper surtout parce qu'au lieu de courir partout pour essayer de les retrouver, ils sont allés tout droit vers la décharge maritime. »

Naruto acquiesça en enregistrant toutes ces informations. C'est vrai que toute l'affaire était assez louche. Comment auraient-ils pu savoir où allait Gaara s'ils n'étaient déjà pas au courant? Mais tout de même…

« Est-ce qu'ils auraient pas eu juste de la chance, ou un indice qui leur aurait laissé penser que Gaara était parti vers le tunnel? »

Kakashi secoua la tête. « Et quel indice? Même si ça avait été le cas, ils n'auraient pas été sûrs. Ils se seraient séparés pour le chercher à d'autres endroits — mais non, d'un coup d'un seul, tout le monde a accourru à la décharge maritime. »

« Mais ils l'ont pas retrouvé, de toute évidence, vu que Gaara est toujours en cavale à l'heure qu'il est… »

« Ils ne l'ont pas retrouvé. Kaze a réussi à nager dans la mer polluée jusqu'à la côte avec deux de ses camarades. Le dernier s'est noyé. La police l'a retrouvé la bouche pleine d'excréments en train de flotter sur le ventre. »

Naruto déglutit avec difficulté. « Alors… Gaara et les deux autres se sont échappés ce jour-là? »

« Eh bien, » fit Kakashi en souriant de nouveau. « L'un d'eux a été retrouvé quasi battu à mort suite à une rixte entre gangs dans laquelle il s'était retrouvé impliqué je ne sais comment, deux jours à peine après s'être échappé. Et peut-être un peu plus d'une semaine après, il y a eu une série de viols au centre-ville de Kiri et les flics ont enfin remonté la trace de l'autre. Alors ces deux types sont de retour en taule maintenant, s'ils ne sont pas morts. »

Naruto grimaça. Bien qu'il soit soulagé que les deux criminels soient retournés en prison, il était dégoûté que Gaara les ai aidés à s'échapper.

« Donc ouais, » conclut Kakashi. « Voilà toute l'histoire. Il y a eu une véritable chasse à l'homme pendant des mois, mais Kaze s'est bien caché. Je suppose que… maintenant qu'on est plus d'un an après, la plupart des gens l'ont oublié, mais c'est une bonne chose qu'on aie trouvé une piste maintenant. Il faudrait pas qu'un gars pareil reste en liberté pour toujours. »

« Mais c'est ça le problème, » dit Naruto en se retournant pour faire face à l'homme aux cheveux gris. « Quasiment personne ne sait à quel point la situation est grave, parce que la police refuse de lâcher des infos sur l'enquête. Je pense que les gens ont le droit de savoir qu'on est en train de chercher Gaara, histoire qu'ils soient tous en alerte et prêts à se protéger en cas de besoin! »

« Ha! » fit Kakashi en riant doucement. « Iruka pense la même chose. Mais s'il y a une chose que j'ai appris dans la police, c'est que dés que tu révèles quoi que ce soit de flippant au public, les gens commencent à paniquer. Des groupes organisés vont émerger pour protester, des espèces de milices privées vont commencer à faire leurs propres investigations, on va voir popper partout des sites truffés de faux témoignages et de cultes du Mal — c'est juste le chaos. Après je comprends que la manière dont la police a géré les choses n'était pas la meilleure, mais fais-moi confiance quand je te dis que c'est mieux de ne rien dire de ce qu'il se passe au public. Ça nous laisse une meilleure marge de manœuvre. »

Naruto plissa les lèvres en y réfléchissant. « En quoi ça vous laisse une meilleure marge de manœuvre? »

Kakashi sourit. « Un homme brillant qui sait tout VS une douzaine d'hommes avec la queue entre les jambes. C'est un peu plus juste comme ça, » fit-il en laissant échapper un petit rire, mais Naruto ne partageait pas son sens de l'humour.

« Mais imagine s'il y avait un million d'hommes, » dit-il avec sérieux. « Et si les gens savaient ce à quoi on a affaire et— »

« Mais Naruto, même nous on ne sait pas ce à quoi on a affaire. Même si nos effectifs augmentaient, ce serait une force aveugle, plus motivée par la peur que par des connaissances véritables. Et si j'en crois mon expérience des cas criminels, plus les gens le connaissent, plus le criminel se cachera, et plus on aura du mal à le trouver. Je crois que maintenant qu'il ne doit s'inquiéter plus que de nous, il va finir par baisser la garde à un moment, et il laissera un indice qui nous mènera à lui, ou même qui nous donnera une idée de son but si on a de la chance. »

« Hmm, » grommela Naruto dans sa barbe. Il avait l'impression que capturer Gaara serait un million de fois plus facile que de comprendre ses motifs. « Je… » commença-t-il. « C'est juste que je me sens si vulnérable, » avoua-t-il. « Et inutile. »

Kakashi secoua la tête. « Tu fais même pas partie de la police, et tu abats plus de travail que les véritables officiers. T'es pas inutile. »

Naruto acquiesça avec regret. « Ouais, des fois c'est ce que je pense, mais la plupart du temps j'ai juste l'impression que je fourre mon nez dans quelque chose qui ne me regarde pas, tu sais? J'ai l'impression que je fais tout ça pour rien… Mais après je me souviens que personne ne fait rien, et que c'est mieux que quelque chose soit fait, même si ça sert à rien, c'est quand même mieux que rien. »

« C'est une bonne chose que t'essayes de percer Kaze à jour, et surtout son espèce de don qui lui permettrait de tout savoir. Les autres policiers attendent le rapport de Kurenai pour avoir les comparaisons entre le vrai Sasori Akasuna et le vrai Kaze. Ils ne veulent rien faire avant d'être sûrs de chez sûrs. »

« Est-ce qu'ils se préparent à une autre attaque au moins? » demanda vivement Naruto. « Est-ce qu'ils ont encore des hommes en train d'enquêter pour savoir comment Gaara ou Sasori ont bien pu se démerder pour buter tous ces gens dans ton immeuble? »

Kakashi acquiesça. « Ils font ce qu'ils peuvent, mais leur marge d'action est limitée à cause du peu d'infos qu'on a. »

« Hmm, » marmonna Naruto, pas trés satisfait.

« Je sais pas, Naruto, » soupira Kakashi contre le volant. « J'ai l'impression que t'es un élément important de cette affaire, quelle qu'elle soit. Je sais que c'est con, mais j'ai l'impression que t'es pas impliqué là-dedans sans raisons. L'immeuble dans lequel t'as choisi de vivre est comme par hasard juste en face de quelqu'un d'aussi dangereux… Ce même immeuble appartient à un ex-flic, comme par hasard… Sasuke, Sakura et l'autre femme faisaient tous partie de tes amis, comme par hasard… Ça te fait pas cogiter? »

Naruto cilla. Il… Il n'y avait jamais vraiment réfléchi en se basant sur toutes les coïncidences… Mais maintenant qu'il y repensait… C'était plutôt plausible, non? Qu'il soit d'une manière ou d'une autre lié à tout ce bordel…

Mais Naruto secoua la tête. « Mais pourquoi est-ce que moi je serais impliqué là-dedans? » demanda-t-il. « J'étais même pas au courant que Gaara avait assassiné tous ces gens à Mushroom Tech… »

« Demande à Kaze. On ne sait jamais, il pourrait avoir une raison, » ajouta-t-il rapidement, ressentant la détresse de Naruto.

Naruto plissa les yeux. « Je… » Il ne savait pas quoi penser. Comment pouvait-il avoir quoi que ce soit à voir là-dedans? Il était juste un civil innocent qui essayait (en échouant certainement) d'en apprendre plus afin de capturer son ennemi.

« N'y pense pas trop, » lui conseilla Kakashi d'une voix rassurante. « J'en ai peut-être un peu trop dit. »

« Non, non, » dit rapidement Naruto en souriant faiblement à l'homme aux cheveux gris. « C'est juste… c'est bizarre d'être impliqué dans un truc aussi énorme, tu comprends? D'habitude c'est Sasuke qui est toujours au centre de tout… » Il laissa sa phrase en suspens en sentant son cœur s'affaisser un peu. Penser à Sasuke le faisait penser à Sakura, qu'il savait portée disparue au moment présent.

Kakashi resta silencieux pendant de longues secondes avant de reprendre la parole. « Cette affaire va bien au-delà de Sasuke, » fit-il doucement.

Naruto acquiesça sans trop d'entrain et continua à fixer l'horizon. Il n'avait plus vraiment envie de parler plus.


Le reste du trajet se fit en silence pour la plus grande partie, sauf quand Naruto posait des questions sur l'adresse et leur planning du jour. Ils avaient décidé plus tôt qu'ils iraient d'abord à l'asile, et s'ils avaient du temps, à la prison pour demander à quelques détenus ce qu'ils se rappelaient de Gaara lorsqu'il y était encore prisonnier. Ils n'étaient pas sûrs de comment ils se débrouilleraient une fois dans la prison, mais Kakashi avait bien contacté l'asile pour les prévenir de leur arrivée, et de quel patient ils voulaient voir. Les gens de l'asile avaient accepté avec joie.

Le district d'Oto était un ensemble de grands bâtiments et d'HLM pauvres, et l'asile se trouvait au sud de tout ça, entouré de grilles et d'autres trucs comme ça. Kakashi avait dit que la prison était pareille au nord. Naruto pensa que c'était vraiment bizarre d'associer une ville à ce genre de lieux. Une prison et un asile de fous.

Naruto et Kakashi purent se garer à l'intérieur des grilles, après avoir dit au garde de sécurité qu'ils avaient rendez-vous. La sécurité avait l'air plutôt détendue, parce que l'homme se contenta de hocher la tête, avant de leur donner des indications et de les laisser entrer. Ils se garèrent là où le garde leur avait dit de se garer et se rendirent dans le bâtiment pas trés haut mais vraiment trés gros. Si Naruto devait se faire une idée, il dirait que la topographie du bâtiment ressemblerait à une sorte de grosse spirale vu du dessus, contrairement à la forme carrée habituelle. Du moins c'est ce qu'il pensait en regardant l'endroit depuis l'extérieur.

Lui et Kakashi se rendirent donc vers le bâtiment en évitant quelques flaques sur le chemin. Lorsqu'ils entrèrent à l'intérieur, ils furent acceuillis par deux gardes de sécurité qui leur posèrent des questions sur leur visite.

« Vous êtes M. Kakashi de la police? » demanda l'un d'entre eux d'un air suprêmement non-intéressé depuis son siège derrière le bureau.

Lorsque Naruto regarda les alentours, il vit que l'endroit était encore plus déprimant que l'Institut pour Malades Mentaux. Les murs étaient marron foncé, complétés par quelques rayures d'un blanc passé, alors que le couloir semblait s'assombrir et s'assombrir vers la fin. Naruto secoua la tête. Ces gens étaient déjà fous, pensa-t-il ; il n'y avait aucun besoin de leur pourrir la vie encore plus en les enfermant dans un endroit aussi triste. Mais il supposait que le district d'Oto n'était pas vraiment une ville trés axée sur le confort.

« Oui, c'est moi. »

« Z'êtes v'nus voir le Yashamaru? » demanda la femme à côté de l'homme, appuyée négligemment contre le mur.

Kakashi acquiesça de nouveau et fit un petit sourire contrit. La femme renâcla et sortit de derrière le gros comptoir — lequel Naruto ne pouvait pas vraiment qualifier de comptoir vu que c'était plus une barrière qui lui arrivait à la poitrine avec des télés de surveillance recouvrant le mur du fond. Naruto vit ce qui ressemblait à des chambres sur chaque écran, ainsi que quelques couloirs et d'autres comptoirs tout autour du bâtiment.

« Vot'type crèche pas dans ces piaules, » déclara la femme en s'avançant au niveau de Naruto.

Naruto sursauta, un brin décontenancé par la proximité de la fille. Cette dernière fit un sourire en coin et hocha la tête. « Ces pélos, là, » fit-elle en pointant les écrans du doigt, « sont pas le mec que vous cherchez. Ces types-là, c'était des criminels. Des mecs pas adaptés à la société, qui devraient s'trouver en taule, mais vu qu'ça tournait pas rond dans leur caboche, on les a envoyés ici. Histoire que les gens du gouvernement se fassent pas trop de bile. »

« Ah… » fit lentement Naruto.

« OK, » répondit Kakashi de derrière lui. « Je présume que si Kaze avait plaidé la folie, il se serait retrouvé ici… » réfléchit-il tout haut en observant les alentours. « Et il serait sous haute surveillance comme ces types, je parie, » fit-il en montrant à son tour les télévisions.

L'homme qui s'était exprimé en premier hocha la tête. « Ouais, vot'type n'a rien d'un thug. Il a pas fichu grand-chose depuis qu'il est arrivé ici. Il est juste déprimé toute la sainte journée. »

« Qu'est-ce que vous voulez dire? »

L'homme haussa les épaules. « Il dit rien et il fait rien. Il suit les ordres. C'est plus que je ne peux en dire sur la plupart des mecs enfermés ici. »

Naruto bafouilla un peu. « Ben… qu'est-ce que vous faîtes pour sa dépression? Est-ce qu'il reçoit de l'aide au moins? »

« J'sais pas, j'm'en fous. On a des gens ici exprès qui parlent à ces mecs tous les jours, mais s'il est toujours pareil après avoir passé autant de temps ici, je suis sûr qu'ils ont abandonné l'affaire maintenant, » répondit l'homme. « C'est un timide, celui-là. Des fois il parle bizarrement pendant des heures… » remarqua-t-il d'un ton léger avant de hausser les épaules. « Il a toujours peur tout le temps, par contre. Mais faut pas s'attendre à autre chose en même temps. Vous savez c'que son neveu lui a fait, pas vrai? »

Naruto acquiesça. « Ouais, on sait tout de l'affaire. »

L'homme sembla se mettre à chercher quelque chose derrière le comptoir. « Attendez deux secondes que je sorte les pass spéciaux des visiteurs… z'êtes les premiers à lui rendre visite depuis des siècles. Je crois que sa nièce est v'nue le voir une fois, la première fois qu'il est arrivé ici. Et j'm'en souviens que parce qu'elle était tellement putain de moche— »

La femme lâcha un rire et lui envoya un coup de poing moqueur à l'épaule. L'homme absorba aisément l'impact, mais Naruto eut l'impression que s'il devait parer ce coup, il s'envolerait jusqu'à l'autre bout de la pièce.

« La première fois qu'il est venu? » Naruto se mordit l'intérieur de la joue, perturbé par cette information. « Je me serais suicidé depuis le temps. Ça fait combien de temps qu'il est là? Quinze ans? »

L'homme et la femme se regardèrent mutuellement. « Peut-être un peu moins… » répondit l'homme négligemment. « J'lui ai dis ce matin qu'il allait recevoir de la visite. Il est devenu tout excité, d'un coup. Il est zarb' ce mec. »

Naruto frissonna. Il était zarb'. Il n'était pas trop sûr de vouloir parler à un zarb'. Tout ce qu'il voulait c'était des réponses.

Mais il devait admettre qu'il se sentait mal pour le mec. Et il n'avait pas à se forcer non plus. La vie de cet homme lui avait été brutalement arrachée. Il s'est fait brûler vif par un enfant, et est devenu fou ensuite, alors il n'avait aucune chance de retrouver un semblant de vie normale. Et Naruto ne voyait pas comment ça pourrait être possible étant donné ce que son neveu lui avait fait.

« Allons le voir, dans ce cas, » dit Kakashi. « C'est pas qu'on est pressés, mais on a d'autres trucs de prévus pour aujourd'hui alors… »

« Nous pressez pas, m'sieur, » lâcha la femme à côté de Naruto avec un sourire en coin. « C'est un asile de fous ici. C'est pas souvent qu'on a l'occasion de taper la discute avec des gens normaux. J'ai l'impression qu'on est en train d'devenir maboules nous-mêmes— »

« Arrête-toi là, » pouffa l'homme derrière le comptoir. « Faites pas attention. C'est juste que ça fait un peu trop longtemps qu'on bosse ici. Maintenant, » dit-il en fouillant quelque chose que Naruto ne pouvait pas voir derrière la barrière/comptoir. « Vous n'avez pas vraiment de limite de temps, mais faîtes pas les fous non plus. Une heure maxi. » Il leur tendit deux pass similaires à celui qu'il avait reçu à l'Institut.

« Vous entendez quoi par là? » demanda Naruto en prenant les pass.

« Ben, dans un endroit pareil, les visites c'est genre la plus grande récompense possible pour tout le monde, alors si qui que ce soit joue au con on le punit en lui réduisant le temps de visite, ou en lui donnant un peu moins à manger, des trucs comme ça… »

Naruto hocha la tête. « Et il n'a jamais agressé personne…? »

L'homme secoua la tête. « Nope, » répondit-il d'un ton léger. « Il f'rait pas de mal à une mouche. Mais ça veut rien dire. C'est toujours un barjot qu'a pas toute sa tête, alors on est coincé ici à l'surveiller ce fils de pute. »

Naruto plissa les yeux. « Qu'est-ce que vous voulez dire? C'est votre job. C'est pas leur faute à ces gens s'ils ont des cases en moins… »

L'homme arrêta net ce qu'il était en train de faire et se tourna vers Naruto. Il haussa un sourcil. « Quoi? T'es un genre de militant des droits civiques, ou une merde comme ça? »

Naruto cilla. « Quoi? Qu'est-ce que ça veut…? »

« Attendez une seconde, » dit l'homme avec un sourire en coin condescendant. « Vous êtes encore des militants à la con pour les droits de l'Homme? » demanda-t-il suspicieusement. « Z'êtes venus protester contre les conditions de vie des « patients » dans un endroit pareil? »

Naruto eut l'air désarçonné le temps d'un instant. « Qu— » Il s'interrompit et tourna le regard vers Kakashi. L'homme l'observait en haussant un sourcil et en souriant légèrement. C'était le même sourire qu'il lui avait fait quand Naruto lui avait avoué qu'il s'était fait passer pour un détective devant Kabuto. L'ex-policier pensait probablement que Naruto allait endosser le titre de « militant à la con des droits de l'Homme » maintenant. Naruto lui lança un sale regard.

« N-Non, » bafouilla-t-il en se retournant vers le mec derrière le comptoir. « C'est juste que… je crois pas qu'on doive… » Il leva des yeux implorants vers Kakashi, mais l'homme se contenta de hausser les épaules avec ce même sourire éloquent. « …blâmer les gens pour des trucs qu'ils… peuvent pas… contrôler… » acheva-t-il maladroitement.

L'homme n'eut pas l'air de l'entendre. Il recommença à farfouiller en secouant la tête. « T'as un sale petit regard. Comme un bon à rien de morveux qui fout son nez partout. T'es sûrement un reporter amateur. »

Naruto émit un son semblable à celui d'un enfant qui s'étouffe, mais il était juste à court d'arguments. « Je— je suis pas— c'est— »

« Ce qu'il essaye de dire, » intervint magistralement Kakashi. « C'est qu'on veut juste le voir, lui poser des questions, et partir. On a une heure, c'est ça? »

« J'vous donne trois quarts d'heure. Tant que Tayuya peut se poser avec vous et vous surveiller… » dit-il avec un petit gloussement.

Kakashi regarda Naruto en levant un sourcil. Naruto lui rendit son regard. De toute évidence, ces types-là n'avaient plus l'habitude de voir des gens.

« Elle nous escorte? » demanda Kakashi avec précaution.

La fille lui fit un grand sourire, toutes dents dehors. « A votre service, » fit-elle en s'inclinant sarcastiquement. « Mon job c'est de vous guider à travers les autres fous et que vous en ressortiez en un seul morceau… Les maintenir à distance pendant que vous marchez… Taser des maraudeurs… » Elle fit un sourire étrange à Naruto.

Naruto cilla et fit quelques pas en arrière. « Euh… »

Kakashi fit un pas en avant et hocha la tête. « Si vous voulez bien nous guider, mademoiselle…? »

La fille cilla et dirigea un regard peu intéressé vers Kakashi. « Tayuya, » lâcha-t-elle enfin. « Et toi tu t'appelles? » Elle se tourna vers le blond, en ignorant totalement et ostensiblement Kakashi.

Naruto ignora le gloussement de l'ex-policier et acquiesça avec hésitation. « Uzumaki Naruto. »

La fille fit un sourire menaçant, et ses cheveux teints en rouge rosé tressautèrent sur ses épaules. « OK, Uzumaki. T'es entre mes mains maintenant. » Ceci étant dit, elle se retourna et se mit à s'enfoncer le long du couloir sombre.

Naruto déglutit. Pourquoi cette nana était-elle aussi flippante?

Kakashi lui tapa brusquement dans le dos. « Elle est mignonne, » chuchota-t-il à l'oreille du blond en pouffant.

Naruto lui décocha un coup de coude dans les côtes. Il irait pas jusque là.

Le couloir le long duquel ils évoluaient n'avait pas de cellules renfermant des criminels comme l'imaginait Naruto. A la place c'était juste des murs blancs jaunissants, sans panneaux ni indications. Il supposait qu'une endroit pareil ne recevait pas assez de visiteurs pour avoir de telles choses.

« Nous nous dirigeons vers la section 6E de ce magnifique établissement, » appela Tayuya alors qu'elle marchait devant eux. « Une p'tite marche, donc. Vous devriez me donner un pourboire, histoire de vous assurer que je me perde pas… » Elle arrêta de marcher et se retourna vers eux avec un sourcil levé.

Naruto et Kakashi la fixèrent en haussant les leurs.

Tayuya leur jeta un regard impatient et tendit une main. « Alors? »

Kakashi fut pris d'une sorte de fou rire incrédule alors que Naruto plissait les yeux de perplexité.

« T'es sérieuse? » demanda le blond.

« A mort. Vous avez une idée de combien je suis payée à faire ce job? Si une salope qui sert des tables peut demander un pourboire, alors moi aussi. »

Kakashi émit un petit gloussement en entendant son commentaire. « Section 6E, vous avez dit? Je suppose qu'on va devoir trouver notre chemin nous-même, alors. » Il commença à partir jusqu'à dépasser la meuf — Tayuya.

Naruto hésita derrière lui, avant de se décider à le suivre. Il était d'accord pour dire que ce serait ridicule de payer quoi que ce soit à la fille, mais il voulait pas non plus se perdre.

« Z'êtes sûr de vouloir faire ça? » demanda la femme en croisant les bras. « Je vous garantis que vous trouverez jamais ce que vous cherchez. C'est truffé de grands brûlés en 6E, et même en admettant que vous y arriviez… » Elle eut un petit rire. « Est-ce que vous avez même la moindre idée de ce à quoi ressemble vot'gars? Comment est-ce que vous entreriez dans sa cellule fermée à clé? »

Kakashi, qui était déjà quelques mètres en avant, s'arrêta. « Hmm… » fit-il tout haut.

Naruto soupira d'impatience. « Allez, donnons-lui un pourboire. On doit en finir avec cette histoire — le suspense est un peu en train de m'étouffer là… »

Kakashi se tourna vers Naruto en fronçant les sourcils, avant de secouer la tête et de soupirer. « OK. »

Il s'avança vers la femme qui affichait un air triomphant alors que l'homme aux cheveux gris s'avançait de mauvais cœur vers elle. « Je savais que j'te kiffais, » déclara-t-elle en regardant Naruto droit dans les yeux, pendant que Kakashi lui donnait une paire de billets dont il ne distinguait pas la valeur de là où il se trouvait.

Kakashi avait l'air plus qu'ennuyé de les lui donner, et attendit avec une léger rictus qu'elle empoche les billets et qu'elle se remette à marcher.

« Maintenant, » lança-t-elle avec un sourire taquin. « Si vous voulez bien me suivre… »


La balade vers la cellule fut longue et éprouvante. Il y avait tant de détours et d'escaliers, et à chaque fois qu'ils avaient l'impression d'être presque arrivés, la fille tournait à un nouvel angle pour les emmener le long d'un autre couloir. Plus ils avançaient, plus les couloirs devenaient éclairés, remarqua Naruto avec une légère satisfaction. Ça avait l'air d'un établissement normal, avec des gens en uniformes d'infirmières qui remontaient le long des couloirs, fixant Naruto d'un œil abasourdi et Tayuya d'un sale œil. Il y avait des portes de chaque côté du couloir maintenant. Chacune était d'une couleur bleu ciel et munie d'un petit hublot afin de voir à l'intérieur, mais il supposait qu'il y verrait différents types de malades.

« On y est presque, » appela Tayuya après un quart d'heure de marche. Naruto secoua la tête. Il y avait besoin d'un meilleur système. Il s'était rendu compte depuis l'extérieur qu'il s'agissait d'un bâtiment à un seul étage, mais c'était inacceptable de faire marcher les gens aussi longtemps pour venir voir un patient. Non seulement ça, mais en plus il n'y avait aucun panneau. Comment est-ce que qui que ce soit pouvait s'y retrouver?

Tayuya s'arrêta soudainement de marcher, ramenant ainsi Naruto à la réalité. Elle se tenait devant une porte aussi bleu ciel que les autres. « On est arrivés, » fit-elle avec l'air de se faire passablement chier. La promenade l'avait poussée à bout elle aussi.

Elle dévérouilla la porte avec un clic discret et toqua bruyamment. « Tes visiteurs sont là! » lança-t-elle avant d'ouvrir la porte d'un coup. Elle se tourna vers Naruto et Kakashi et leur fit signe d'entrer. « Eh ben? Vous attendez quoi? »

Naruto déglutit avant de se diriger vers la porte et d'entrer dans la pièce.

Il vit alors une pièce d'un blanc immaculé, sans fenêtres ou rien d'autre sur les murs, ainsi qu'un lit trés spartiate.

Il y avait quelqu'un sur ce lit qui leur tournait le dos, recroquevillé d'une manière inconfortable.

« Euh… Bonjour… monsieur? » fit doucement Naruto.

L'homme sursauta avant de tourner la tête.

Naruto sentit le suspense s'intensifier en lui alors que l'homme se retournait peu à peu, et même en s'étant psychologique préparé, il fut profondément choqué par le visage qui se révéla à lui quelques secondes plus tard.

C'était horrible.

Le visage — du moins ce qu'il en restait — était criblé de sortes de veines blanchâtres torturées. Elles avaient l'air d'ampoules fines, blanches et rouges sang qui formaient un genre de carte routière qui se perdait dans son œil gauche, lequel Naruto ne distinguait même pas sous un sourcil enfoncé et déformé. L'homme semblait chauve à l'exception de quelques touffes de cheveux solitaires qui couvraient timidement certaines parties de son crâne, et même cette partie-là de son corps portait les mêmes ampoules veineuses.

« A-Ah… » Les mots de Naruto moururent dans sa gorge. Les questions qu'il avait préparées pour sa rencontre avec l'homme restèrent coincées, et il se demanda pour la première fois s'il avait même le droit de faire ça — le droit de débouler dans la vie de cet homme et de lui poser des questions sur la personne qui l'avait blessé aussi gravement. « Je suis tellement désolé, » souffla-t-il dans un soupir triste. Il savait pourquoi il s'excusait, mais il regrettait quand même de l'avoir dit. C'était toute la culpabilité qu'il ressentait à cet instant qui s'abattait sur lui en cascade. « Je suis tellement— » Il s'interrompit alors qu'il était sur le point de s'excuser de nouveau, et secoua la tête. Ce serait trop de le dire encore une fois. Cela révèlerait à quel point il se sentait désolé pour cet homme, et il savait que ce serait mal pris.

Naruto se tint immobile au centre de la pièce pendant quelques secondes, fermant et refermant les poings, se demandant s'il ne devait pas carrément renoncer à en savoir plus sur la vie de Gaara. Peut-être qu'il pouvait essayer de trouver quelqu'un de moins brisé, comme sa sœur ou son frère…

« Vous êtes désolé… »

Naruto sursauta. Il ouvrit les yeux — il n'avait pas réalisé qu'il les avait fermés — et fixa l'homme en face de lui avec de grands yeux.

Il s'était complètement retourné et faisait face aux trois personnes dans la pièce avec des yeux morts. Naruto ne savait pas si c'était parce qu'il ne ressentait rien, ou parce que les brûlures qui lui couvraient les yeux et les sourcils comme une toile d'araignée l'empêchaient d'afficher ses émotions.

« Pourquoi vous excusez-vous? » redemanda l'homme. Et sa voix était douce, apaisante même. Légère.

Naruto hésita. Il se tourna vers Kakashi comme un acte-réflexe, mais l'homme fixait l'autre avec des yeux plissés, comme s'il essayait lui-même de surpasser sa propre culpabilité. « Je… Je suis juste… v-venu vous poser… quelques questions… sur votre neveu… celui qui vous a fait ça. Mais je me rends compte maintenant que ça pourrait ne pas être… approprié… étant donné… » Naruto allait dire 'votre situation', mais même ça c'était inaproprié, n'est-ce pas?

Le brûlé baissa la tête, et il afficha une tentative de sourire. « Hmm… » soupira-t-il. Il porta la main à son cou pour y gratter un morceau de peau horriblement rouge, et le son que produit sa peau alors que ses ongles la raclèrent rendit Naruto malade.

« Je présume alors… qu'il était trop audacieux de ma part d'espérer. De prier, » fit doucement l'homme. Il joua avec ses doigts le temps d'un instant, avant de fixer le mur à côté de son lit. « Vous pouvez me poser vos questions. Mais saurez-vous poser les bonnes… telle est la question… » acheva-t-il en baissant le regard sur les draps de son lit.

Naruto afficha un regard ébahi avant de secouer la tête. Est-ce que l'homme venait juste de lui donner la permission de lui poser des questions? Et qu'est-ce que c'était que ce… ton mystérieux? Presque résigné. Condescendant.

« Je… » commença Naruto avec hésitation. « Vous êtes sûr que… ça va? » demanda-t-il péniblement. « Je veux dire… je comprends si… »

L'homme secoua lentement la tête, mais ne répondit rien, alors Naruto ne le comprit pas.

Il y eut quelques secondes de silence, avant que Kakashi lui donne un coup de coude. « Poses-lui tes questions, Naruto, » lui souffla-t-il en hochant la tête.

Naruto acquiesça en retour avec hésitation avant de se retourner vers l'homme. « Trés bien, » fit-il plus à lui-même qu'à quiconque. « Vous êtes Yashamaru Ito, né à Suna il y a cinquante-quatre ans avec votre sœur jumelle Karura Ito, qui a épousé Sabaku Kaze à dix-sept ans. Ils ont eu trois enfants ensemble… et le dernier était Gaara Kaze. » Il s'arrêta pour chercher un semblant d'expression sur le visage de l'autre. Yashamaru n'en montra aucune et continua de fixer le vide. Naruto plissa le nez, encore plus mal à l'aise qu'avant, et reprit la parole. « Je suis allé voir le… psychiatre de Gaara il y a quelques jours. Il m'a beaucoup parlé de Gaara, et de qui il était… Mais il n'a pas su me dire comment il était à la maison. J'espérais que… vous pourriez peut-être m'aider là-dessus… »

Il y eut un long moment de silence. L'homme continuait de tripoter ses draps.

« Euh… M. Ito? »

L'homme cilla trés lentement, avant de tourner un regard creux vers Naruto. « Qu'est-ce qui vous amène ici? » demanda-t-il doucement. « Qu'est-ce qui vous a mené là-bas? Voir le psychiatre… »

Naruto cligna des yeux. « Ah. Oui c'est vrai. Eh bien, nous avons des raisons de penser que Gaara manigance quelque chose, » expliqua-t-il d'une voix égale, ayant répété cette phrase à de mutliples reprises. « On a eut des indices sur sa piste, mais en ce moment il se cache, et on veut en savoir autant que possible alors— »

« Des indices? » l'interrompit Yashamaru. Un sourire triste apparut sur ses lèvres. « Erreur. »

Naruto ne répondit rien, planté là la bouche ouverte. « Euh— »

« Ne vous… voilez pas d'ignorance à son sujet, » ajouta l'homme d'une voix rauque. « Ou bien, si vous comprenez votre ennemi, employez le vocabulaire qui prouve que… » Il détourna de nouveau le regard, et ses doigts tressaillirent sur ses genoux. « Des indices, » répéta-t-il avec un ton proche de la déception. « Ce mot suggère qu'il a fait une erreur de calcul. Ceci n'est pas possible, et ne le sera jamais. » Il inspira et poussa un petit soupir. « Et si vous dîtes la vérité… Et que c'est vraiment lui votre objectif, alors la seule raison pour laquelle vous approchez de sa piste, est qu'il veut qu'on le trouve. » Il acheva sa phrase d'un ton léger, mais ce qu'il venait de dire était incroyablement profond.

« Que… » se surprit à bafouiller Naruto. « Je… Qu'est-ce que ça veut dire? » demanda-t-il enfin.

Yashamaru resta silencieux de longues secondes. « Ce que ça veut dire? » demanda-t-il d'une voix légère. Il cilla lentement. « Ça ne veut rien dire de plus. Ça veut dire que ce ça dit. »

Naruto cligna bêtement des yeux, avant de secouer la tête. Il ne savait pas si les paroles de l'homme étaient due à la sagesse ou la folie. « D'accord, » lâcha-t-il faiblement. « Donc, je crois que je vais revenir à ma première question. Comment était Gaara avant de… vous avoir blessé…? »

L'homme baissa la tête, plus pour mieux observer ses draps qu'en signe de tristesse. « C'est vrai, ce que vous dîtes… » fit-il, apparemment plus pour lui-même qu'à Naruto. « On peut toujours rêver, mais… cela ne causerait-il pas… trop de désespoir? » Il releva les yeux et se remit à fixer le vide d'un air triste.

« Excusez-moi? » prononça Naruto un peu plus fortement afin d'arracher Yashamaru à sa drôle de transe. Yashamaru posa alors les yeux sur lui. « Est-ce qu'il est vraiment impliqué dans tout ça? Est-ce qu'il communique avec vous? »

Naruto sccoua la tête. « Il communique? » demanda-t-il. « Je… Je suis pas sûr qu'il communique réellement avec nous, » commença-t-il doucement. « Je sais juste qu'il est impliqué dans un énorme truc, et on veut le capturer avant qu'il fasse du mal à d'autres personnes… »

Yashamaru fronça les sourcils à sa grande surprise. « Si vous vous rapprochez de lui, ça veut dire qu'il veut que vous vous rapprochiez, » expliqua-t-il d'un ton plus direct et moins doux. « Gardez bien ça en tête. Mais… pourquoi voudrait-il communiquer avec vous? » Il plissait les yeux. « Qui êtes-vous pour lui? »

« Pardon? » redemanda Naruto en haussant un sourcil. « Je vous ai dit qu'il n'y a eu aucune communication ; nous avons juste des preuves qui nous laissent penser que— »

« Vous refusez de comprendre, » dit légèrement Yashamaru en détournant le regard vers le mur. « Nouvelle erreur. »

Naruto ne savait pas s'il en avait le droit, mais il se sentit soudainement offensé. Il ne voulait pas presser cet homme, mais tout ce qu'il voulait était connaître la vie que menait Gaara à la maison. « Ecoutez, » commença-t-il lentement. « Tout ce que je veux savoir, c'est quelle genre de vie menait Gaara— »

« Vous continuez à l'appeler par son prénom, » l'interrompit le brûlé en relevant les yeux sur lui. « Quel culot vous avez, » murmura-t-il en détournant le regard pour la énième fois.

Naruto fit une pause en plissant les yeux.

« Je dois admettre… » reprit Yashamaru. « Que malgré la… déception… Ce n'est pas plus mal qu'il soit toujours en liberté. »

« Qu'est-ce que vous voulez dire par là? »

« Encore une fois… rien. J'ai dit ce que je voulais dire, » redit Yashamaru d'un ton léger. Ça aurait eu l'air d'une insulte si sa voix n'était pas aussi morne.

« Eh bien dans ce cas dîtes-moi autre chose, » dit Naruto en faisant beaucoup d'effort pour ne pas laisser son impatience transparaître dans sa voix. « Dîtes-moi pourquoi Gaara vous a brûlé vif. »

« Ah, » fit l'homme alors qu'une sorte de sourire relevait le coin de ses lèvres. Il ne regardait toujours pas Naruto. « Enfin vous posez la bonne question… » murmura-t-il en agrippant ses draps blancs avec des doigts tremblants. « Reste à savoir si j'ai envie de vous répondre… »

« Et pourquoi devez-vous avoir une quelconque volonté pour faire ça? » demanda Kakashi en prenant la parole pour la première fois. « Pourquoi est-ce que vous tournez autour du pot ainsi dés qu'il s'agit de parler de l'enfance de Gaara? »

Naruto leva un regard étonné vers Kakashi. Il n'en était pas sûr, mais il pensait avoir décelé un véritable soupçon dans le ton qu'avait employé l'ex-policier.

Yashamaru tourna des yeux morts vers Kakashi avant de laisser échapper un faible rire. « Il vous a contacté vous aussi? Amusant, comme il a tendance à faire à des étrangers quelque chose qu'il refuse de m'accorder… »

« Pourquoi vous contacterait-il? Je doute que Gaara… aie des remords pour ce qu'il vous a fait, » fit Naruto d'une voix douce. « Il a assassiné beaucoup d'autres personnes quelques années après ce qu'il vous a fait alors… »

« Il en a tué d'autres? » demanda Yashamaru en relevant vivement la tête. « Pourquoi donc? »

« Je… » hésita Naruto. « Sans raison. Il l'a fait sans raison. »

Yashamaru secoua la tête. « Gaara ne fait jamais rien sans raison. Il y a toujours une raison, » chuchota-t-il.

Naruto se mordit les lèvres. Il s'était préparé à rencontrer des difficultés avec cet homme, tout simplement parce qu'il résidait dans un asile de fous, mais Yashamaru s'exprimait d'une manière qu'on aurait pas crue dûe à la folie. « Pourquoi vous a-t-on envoyé ici? » demanda-t-il brusquement. « Pourquoi êtes-vous dans cet asile? »

Un autre sourire triste fit tressaillir les lèvres de l'homme. « Inapte à la vie en société, qu'ils ont dit, » répondit-il en haussant les épaules.

« D'accord, mais qu'est-ce que ça veut dire exactement— »

« Vous ne posez pas les bonnes questions, » l'interrompit Yashamru avec en secouant la tête d'un air las.

« On a posé la soi-disant bonne question avant, » remarqua Kakashi. « Vous avez choisi de ne pas y répondre. »

L'homme laissa échapper un autre rire tremblotant. « Oui, vous avez raison là-dessus. C'est vrai que j'ai choisi. C'est bien vrai… » Il acquiesça, puis secoua la tête, comme s'il n'avait pas prévu de penser ce qu'il venait de penser. « Ceci sera… ma seule et unique chance, n'est-ce pas? » demanda-t-il en levant les yeux sur les trois autres. « Je dois affronter la vérité. »

« …Quelle vérité? »

Yashamaru garda la tête baissé, et Naruto pouvait voir l'os qui faisait la jointure à la base de son cou. « Mon Gaara ne… viendra jamais… me voir… » acheva-t-il doucement.

Naruto fut pris d'un léger frisson. 'Mon' Gaara? A quoi jouait cet homme? « Mais pourquoi est-ce que vous… voudriez qu'il vienne vous voir? Après vous avoir fait autant de mal? » demanda-t-il avec sérieux. Peut-être que la folie de cet homme venait de l'espoir que le garçon qui l'avait brûlé aussi sévèrement viendrait un jour le voir au sein de ce bâtiment et supplier qu'il le pardonne?

Yashamaru ne répondit pas à la question. Il se contenta de continuer à fixer le vide.

« Peut-être que c'est parce qu'il n'a personne d'autre à blâmer que lui-même, pour ce que Gaara lui a fait, » chuchota Kakashi à Naruto.

Le blond se tourna vers lui, interrogatif. Le ton de Kakashi laissa à présent transparaître une sorte de conviction, comme s'il avait percé cet homme à jour et n'appréciait pas ce qu'il avait découvert. « Kakashi? Qu'est-ce que tu veux dire? »

« Votre ami est perspicace… » remarqua Yashamaru d'un ton léger. Et il se remit à gratter ce morceau de peau écarlate sur sa nuque.

Naruto haussa un sourcil. « Perspicace pourquoi…? » demanda-t-il en tentant de ne pas laisser entendre son exaspération. « Kakashi, qu'est-ce que tu veux dire? »

Kakashi leva un regard noir du grand brûlé et secoua la tête. « Son comportement… sa gestuelle— ce ne sont pas les gestes d'une personne réellement innocente ou effrayée… » fit-il. « C'est la gestuelle d'un coupable. Quelqu'un qui cache un lourd secret. »

Yashamaru éclata de rire en entendant ces mots, sincèrement cette fois-ci. « En effet, perspicace est votre ami… » répéta-t-il. « Mais il n'a toujours pas la main. C'est toujours mon choix. Le dire… ou ne pas dire… »

« Dire quoi, exactement? » feula presque Naruto, et cette fois-là l'impatience fit craquer sa voix.

« Ce que j'ai fait, » murmura Yashamaru. « Ce pourquoi je dois être pardonné… »

Naruto plissa les yeux à la vue de l'autre. « Est-ce que vous êtes en train de dire… que Gaara vous a fait ça… pour une raison? »

« Il y a toujours une raison, » répéta Yashamaru en détournant le regard.

« Et cette raison serait…? » demanda Naruto d'un ton pressant, se penchant en avant, mais retenu par la main de Kakashi sur son épaule.

Yashamaru leva les yeux du sol et regarda Naruto droit dans les yeux avec son regard creux. Naruto pensa y distinguer une lueur, peut-être des larmes, ou une sclérotique fondue luisant là où sa paupière inférieure aurait dû se trouver.

« Votre ami me regarde avec… avec un air… accusateur, » chuchota Yashamaru. Il fixait Naruto, mais il était sûr qu'il parlait de Kakashi. « Mais là se trouve son erreur. Il ne… comprend pas… Mais Gaara… Si. Il comprenait toujours tout. »

« Il comprenait toujours quoi? »

« Il comprenait, et il n'a jamais rien fait pour l'empêcher, » continua l'homme en ignorant la question de Naruto. « Il comprenait, et pourtant… il… il me laissait faire. Il me laissait toujours faire. »

Naruto secoua lentement la tête. « Qu'est-ce qu'il vous a laissé faire…? »

« Il faut que vous compreniez, » continua Yashamaru, ignorant la question une fois de plus. « Il pouvait tout arrêter. Mais il a joué avec moi. Il tenait mon cœur entre ses deux mains et il a tiré jusqu'à ce que je chute dans les tréfonds de la disgrâce… »

Naruto secoua la tête, et résista à l'envie de se tirer les cheveux. L'homme racontait des trucs alambiqués, et il ne comprenait pas où il voulait en venir. On aurait dit qu'il affirmait que Gaara l'avait obligé à faire quelque chose — quelque chose d'horrible, si on s'en réferrait à la 'chute jusque dans les tréfonds de la disgrâce'.

« Il laissait sa porte… ouverte… » dit Yashamaru en plissant les yeux vers Naruto, affichant un air trahi. « Pourquoi ne l'a-t-il jamais fermée? Alors qu'il comprenait? Il comprenait. » Il cilla et baissa les yeux au sol. « Je… me délectais… de l'idée que peut-être… lui aussi le voulait… » Les mains sur ses genoux commencèrent à tressaillir. « Mais non… qu'est-ce qu'un monstre pourrait bien comprendre à l'amour…? »

Naruto sentit quelque chose en lui palpiter. Quelque chose au fond de son estomac était en train de se fissurer peu à peu, morceau par morceau. Ce que disait Yashamaru… On aurait dit qu'il…

« Je ne suis pas coupable, » lâcha l'homme en tripotant ses pouces. « Je n'ai pas emprunté ces chemins-là de ma propre volonté. J'ai été tenté par ce démon. Ce délicieux démon. »

Naruto tressaillit.

Nom de Dieu.

« Dîtes-nous ce que vous avez fait, » murmura-t-il en sifflant, mais ça sonnait moins autoritaire, avec la manière dont sa voix avait tremblé.

Yashamaru refit ce sourire triste encore une fois. « Perspicace, perspicace… » chuchota-t-il. « Mais si ignorant… si ignorant. Je vais vous le dire, mais promettez-moi… » Il leva des yeux implorants sur Naruto.

Naruto lui rendit un regard confus. « Vous promettre…? »

« Promettez-moi que vous ferez parvenir ce message jusqu'à lui, » dit-il doucement. « Étant donné qu'il préfère communiquer avec vous… et non avec moi. Dîtes-lui de venir me voir… » acheva-t-il.

Naruto soupira. Cet homme avait l'air de penser que lui et Gaara avaient des relations épistolaires régulières ou quelque chose comme ça. « Je ne sais pas si je pourrai faire ça… Gaara ne— »

« Ne l'appelez pas par son prénom! »

Naruto cilla et fit un pas en arrière, désarçonné par l'éclat de voix de l'homme.

« Vous ne le connaissez pas, » prononça Yashamaru d'une voix stable, mais sérieuse. « Vous ne l'avez jamais vu. Vous n'avez aucun droit. » Il resta planté là tremblant, avant de laisser échapper un puissant tressaillement. « Je me demande pourquoi… » murmura-t-il. « Aucun de vous deux ne l'a compris… Je me demande pourquoi… il n'a rien dit. De mes péchés, » fit-il, la voix secouée dans un quasi-sanglot. « Mettez-les à plat sur le sol, et ils couvriraient la Terre dix fois, et mes démons… oh, mes démons se feront un plaisir de les coucher là, à la vue de tous, pour que tous puissent voir l'essence pervertie de mon âme. L'improbabilité de mon salut qui ne viendra jamais… » Même les yeux vides de l'homme ne pouvaient pas cacher son esprit dévasté — comme une tristesse immense qui s'était accumulée pendant des années.

« Qu'est-ce que vous essayez de dire? » le pressa Naruto. Il ne voulait pas que l'homme fasse une dépression nerveuse, mais il voulait savoir où il voulait en venir avec tout ça—

« Pourquoi ne m'a-t-il pas emmené avec lui? » continua l'homme en interrompant Naruto dans ses pensées. « J'ai tout donné pour lui… » Au grand dam de Naruto, il pouvait voir des larmes apparaître dans ses yeux sans vie. « J'ai pris soin de lui, je lui ai montré bien plus d'affection que son père aurait pu jamais lui donner. Comment ai-je pu laisser— » Il s'interrompit pour lever les yeux vers le plafond, comme s'il pourrait y trouver des réponses. « Comment ai-je pu laisser cet amour se transformer en péché? » souffla-t-il d'une voix rauque au plafond. « Un péché si vicieux et profond, » continua-t-il alors que sa voix se transformait presque en grognement. « Et pourtant, » dit-il en poursuivant son monologue, « il a accordé son éternité à son père. Pas à moi. Jamais à moi. Il m'a laissé pourrir ici pour toujours au fond de ce cachot. Il est jamais venu me voir. Ne m'a jamais rendu visite. Il m'a laissé goûter à l'au-delà quand il m'a brûlé aussi sévèrement, mais il ne m'a pas donné mon éternité. Pourquoi? » Il fixait Naruto avec de grands yeux exorbités et luisants, et le blond fit un pas en arrière.

Pour une raison inconnue, ses yeux piquaient, et lorsqu'il ouvrit la bouche pour parler, il trouva sa voix épaisse à cause de la salive accumulée dans sa gorge. « Je ne… Je ne comprends pas, » fit-il d'un ton presque suppliant.

« Vous n'êtes qu'un étranger, » cracha l'homme. « Vous ne pouvez pas comprendre. C'était toujours moi et le garçon. Et quel garçon, » murmura-t-il en secouant la tête. « Un si joli petit garçon… »

« Un joli petit garçon? » répéta Naruto d'une voix incrédule, tout en essayant de lutter contre les émotions que l'homme en face de lui semblait lui transmettre. « Ce n'est plus un enfant à présent. C'est un homme — et il vous a fait du mal étant enfant— »

« Vous ne comprenez pas, » s'écria l'homme d'une voix désespérée. « Il sera toujours un enfant. Il ne comprend rien. Il ne ressent rien. Il ne regrette rien. Et pourtant, » chuchota-t-il, les yeux écarquillés. « Il comprend tout. Il ressent tout. Son cœur… Il l'a arraché de ses propres mains et l'a écrasé. Et il m'a fait la même chose ensuite. On ne peut plus revenir en arrière. Le seule remède est son éternité. »

« C'est quoi cette éternité dont vous n'arrêtez pas de parler depuis le début?! » demanda Naruto en cédant à l'exaspération. « Qu'est-ce que vous voulez dire? »

« L'éternité est l'endroit où nous allons pour ne jamais revenir, » dit-il en regardant encore une fois le mur. « Le moment final. L'éternité infinie. On ne peut accéder au sens de ce mot qu'à condition d'avoir atteint l'autre rive. »

Naruto secoua la tête et passa une main fatiguée dans ses cheveux. Ça ne les menait nulle part. Et il ne parvenait à cerner l'émotion qu'il avait ressentie quelques minutes auparavant. C'était comme si les tourments qu'avait pu ressentir l'homme lui avaient été transmis.

« Pourquoi cela devait-il être vous, et pas lui? Il doit venir me voir, » sanglota l'homme. « Même pour me torturer encore — tant que sa main touche la mienne une dernière fois, consentant — ou non. Ça n'importait pas hier, ça n'importe pas plus aujourd'hui. »

Naruto ne dit rien en retour, alors que l'affreux sentiment au fond de son estomac s'intensifiait. Il savait que quelque chose se préparait — une réalisation violente — et il n'était plus si sûr de le vouloir. C'était le sentiment qu'il avait ressenti quand il avait été sur le point d'entrer chez Gaara avec la tourte il y a des mois de ça.

« Vous n'avez jamais été avec lui comme moi je l'ai été, » continua l'homme. « Cette intimité… ne peut être partagée qu'entre deux personnes qui ne font plus qu'un. Comme nous étions autrefois. »

Naruto se mit à trembler. De l'intimité? Ne faire plus qu'un? Est-ce que Yashamaru savait de qui il parlait? De ce que ça sous-entendait?

Ou peut-être… n'y avait-il aucun sous-entendu. Peut-être était-ce un aveu…

Naruto serra les poings. « Dîtes-moi… » murmura-t-il. « Ce que vous entendez par 'intimité'… » Il avait bien conscience de la question qu'il voulait réellement poser, mais jamais il n'aurait les couilles d'être aussi direct, même pas en rêve.

Yashamaru refit son sourire triste, alors que ses larmes séchaient déjà. « Je peux l'entendre dans le ton de votre voix, » fit-il doucement. « Vous avez déjà trouvé la plus petite pièce du puzzle. »

« Quelle pièce? » cria Naruto d'une voix rauque en se repenchant en avant. « Est-ce que vous… Est-ce que vous et Gaara… vous avez… »

L'homme ne se défit pas de son sourire triste, alors qu'il tournait lentement les yeux sur Naruto. « Oui, » répondit-il simplement.

Et juste à cet instant, la chose fissurée qui palpitait au creux de son estomac implosa en mille morceaux, qui chutèrent dans ses acides gastriques et se muèrent en une douleur lancinante rayonnant à travers ses entrailles.

« Nom de Dieu, » gémit-il misérablement en portant les deux mains à son visage.

Il entendit Kakashi siffler et frapper le mur, et Tayuya, dont il avait oublié la présence-même, jura d'un ton abasourdi.

Tout ce à quoi Naruto parvenait à penser, c'était le laps de temps pendant lequel ça avait pu se produire. De l'âge de sept ans à ses douze ans, Gaara s'était fait…

Naruto se souvint comment Kabuto lui avait dit que le petit garçon avait l'habitude d'éviter toutes les questions portant sur sa vie à la maison — comme la peste, réalisa Naruto. Pourquoi un enfant voudrait-il parler d'une chose pareille?

« Vous… » commença-t-il lentement, mais il ne savait pas quoi dire d'autre.

« J'en étais sûr, » fit le brûlé d'un air scandaleusement auto-satisfait. « Vous oubliez sa volonté, » ajouta-t-il d'un ton accusateur. « Vous oubliez sa volonté à lui — il l'a toujours portée en lui. Même alors qu'il n'était qu'un petit garçon, il l'avait. Je n'ai fait que lui donner une raison. »

Naruto fit mine d'ouvrir la bouche, mais son incrédulité et son dégoût l'empêchèrent de parler. Il n'arrivait même plus à poser les yeux sur l'autre homme maintenant. L'homme pour qui il s'était senti sincèrement désolé à peine quelques instants auparavant—

« Vous commettez l'erreur classique, » poursuivit l'homme d'un ton léger. « La distinction… Vous placez la limite entre la vulnérabilité et la faute au mauvais endroit, sans vous en rendre compte. Vous pensez l'avoir compris, et maintenant vous associez votre colère avec de la pitié envers lui. Ce sera votre première erreur. » Il détourna le regard et sembla fusiller le sol du regard. « Ne l'estimez jamais — que ce soit en le surestimant ou le sous-estimant — c'est tout simplement mieux de le laisser faire ce que sa volonté et son esprit instable lui ordonnent de faire, pour qu'il puisse respirer à travers toute cette démence causée par — non pas par moi, mais… » Il s'interrompit. « Eh bien, je suppose que… l'origine reste un mystère, n'est-ce pas? Je dirais son père. »

« Mais son père ne l'a jamais violé! » hurla Naruto, incapable de le garder à l'intérieur plus longtemps. Et lorsque le mot jaillit de sa bouche, il se sentit de nouveau malade.

« Violé? » répéta l'homme, pensant manifestement avoir le droit de dire cela d'un ton abasourdi. « Quand je vous entends me dire ça, je me retrouve face à votre crasse ignorance, » siffla-t-il, sa voix de plus en plus forte. « Cette espèce de définition primaire et erronée que vous me jetez à la figure, comme si ce que j'avais fait était plus traumatisant que CE QU'IL M'A FAIT A MOI! » hurla-t-il en se levant pour la première fois.

Naruto entendit un bruit de pas derrière lui. C'était Tayuya qui s'avançait en prévention.

Mais Naruto se foutait royalement du danger. Il continua de fixer l'autre d'un regard noir. « Vous croyez que ces brûlures extérieures tiennent la comparaison avec l'ampleur des dégâts mentaux que vous avez infligés à un petit garçon?! » hurla-t-il en s'avançant à son tour, plus bouillonnant de colère qu'il n'avait jamais été. « Vous croyez que— »

« Ces brûlures? » grogna Yashamaru, ses yeux s'assombrissant soudainement lorsqu'il porta une main à sa figure. « Ces brûlures ne sont rien! IL M'A BROYÉ LE CŒUR! » hurla-t-il en se ruant vers Naruto, les bras tendus pour l'aggriper au cou ou aux épaules — Naruto ne saurait jamais ce que visait l'homme.

Il y eut un mouvement rapide, avec Kakashi qui se précipitait en avant pour le bloquer, et Tayuya qui l'attrapait et le tirait en arrière.

« Est-ce que vous avez la moindre idée ce qu'il représentait à mes yeux! » continua à hurler l'homme. « Il était tout pour moi! Et puis il a fait ça— » Il essaya de se dégager de l'étreinte de Tayuya, en vain.

Naruto recula jusqu'à arriver aux environs de la porte, fixant l'homme avec de grands yeux écarquillés et furieux.

« Vous ne comprendrez jamais, » geint l'homme d'un ton désespéré, d'une voix soudainement redevenue blanche. « Vous ne comprendrez jamais le sentiment incroyable d'être avec un garçon qui comprend, oh, comme il me comprenait! » Il baissa la tête et frissonna. « Comme il me comprenait, » répéta-t-il en gémissant. « Comme il criait, » grogna-t-il soudainement, les yeux fixés au sol dans une nostalgie primaire. « La première fois, la seule fois qu'il a émit un son — mais il était si beau, ce cri, ce son rauque, qui lui déchirait la gorge alors que je l'inondais de mon essence, de mon amour, de mon âme, de ma semence— »

Naruto sentit une autre vague de nausée le frapper, et il recula encore.

« Et il ne fermait jamais sa porte à clé, » fit Yashamaru en levant des yeux implorants sur le blond. « Il avait envie de moi, il avait besoin de moi — pour combler l'absence d'affection, » murmura-t-il. « Je lui en ai tant donné… Alors pourquoi, » fit-il avec une voix qui recommençait à trembler. « Pourquoi il m'a laissé pourrir ici! » cria-t-il en luttant contre la poigne de Tayuya. « Pourquoi il m'a abandonné?! » sanglota-t-il, les joues striées de larmes.

Ça faisait un bon bout de temps que Naruto avait commencé à pleurer, et il se tenait devant la porte en couvrant ses yeux de ses deux mains, tremblant.

C'était trop pour lui. La fureur qu'il éprouvait auparavant contre le roux dégoulinait en fondant sur le sol, alors qu'un sentiment de détresse empathique lui serrait le cœur.

C'était ça l'évènement-clé dont parlait Kabuto. Le point de rupture psychologique dans l'esprit du garçon, qui avait tiré le psychopathe meurtrier hors de son subconscient. Peu importe que l'envie de tuer et de tout détruire aie été plus proche de la surface chez lui, Naruto blâmait entièrement Yashamaru, lequel il ne parvenait même pas à regarder maintenant.

Et putain de merde, Naruto ne pouvait pas s'empêcher de penser à l'âge que Gaara avait. Il n'avait que sept, huit, et neuf ans — trois ans alors qu'il n'était même pas encore entré dans la pré-adolescence.

Evidemment, le blond ne connaissait pas tous les détails. Peut-être que l'abus avait commencé bien plus tard. Peut-être que ce garçon était tout simplement manipulateur, comme Yashamaru avait dit—

Naruto voulut se poignarder à l'instant où cette pensée lui passa par la tête. Et en quoi ça importait? Gaara était un enfant. Aucun enfant au monde ne méritait d'être… d'être…

Naruto le sentit pour de bon, cette fois-ci : le vomi qui remuait dans son estomac. Il inspira profondément, se concentrant mentalement pour tenter de garder le liquide à l'intérieur, mais il sentait malgré tout son petit déjeuner remonter peu à peu dans l'œsophage.

« Naruto, » dit Kakashi en apparaissant soudainement en face du blond — ou était-il déjà là avant? « Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse? » demanda-t-il doucement.

Naruto cilla lentement, exténué tout à coup. « S'il te plaît, » fit-il faiblement, « rentrons à la maison. » Sa voix était épaisse et obstruée.

L'homme aux cheveux gris acquiesça en lui tapotant légèrement le dos, avant de se retourner vers Tayuya. « On voudrait terminer cette séance. On aimerait s'en aller maintenant. »

La femme aux cheveux roses acquiesça sans mot dire, sans montrer une seule once de l'irritation qu'elle avait eu envers Kakashi auparavant. Elle avait l'air au contraire clairement perturbée, alors qu'elle soutenait Yashamaru qui s'était effondré par terre. « Juste une seconde, » dit-elle.

Sans efforts, elle souleva l'homme par les bras et le tira violemment sur son lit. Dans d'autres circonstances, Naruto aurait protesté, aurait dit que ce n'était pas une façon de traiter un être humain, mais à cet instant présent il espérait juste que Yashamaru tomberait du lit, se briserait le crâne et survivrait pour se rappeler ses péchés dans la douleur.

Peut-être que c'était ça que Gaara avait voulu, pensa Naruto. Il avait voulu que cet homme souffre pour toujours pour ce qu'il lui avait fait.

Mais alors, qu'avait voulu dire Yashamaru quand il parlait de ne pas avoir reçu son éternité? Qu'est-ce que ça signifiait?

Il se souvint soudainement de ce que Gaara disait selon Kabuto après avoir vu sa mère mourir.

Elle est enfin devenue une éternité…

Naruto sentit ses yeux s'écarquiller. Est-ce que ça signifiait la mort? se demanda-t-il. Est-ce que Yashamaru était en colère contre Gaara parce qu'il n'avait pas mis fin à sa misère et ne l'avait pas laissé reposer pour l'éternité dans la mort?

Le blond secoua la tête. C'était trop bizarre. Et il n'avait pas le cœur à résoudre un mystère, là maintenant. Avec ce qu'il venait d'apprendre…

Comment allait-il s'en remettre?

En un battement de cil, Kakashi le prenait par les épaules et l'emmenait à l'extérieur de la cellule. Il y avait un petit groupe d'infirmières rassemblé juste devant, regardant à l'intérieur avec de grands yeux inquiets. Il se demanda si elles avaient entendu la conversation. Tayuya avait laissé la porte ouverte après tout.

« N'oubliez pas votre promesse, » appella Yashamaru en se redressant sur son lit. « Quand il se révèlera à vous, dîtes-lui qu'il me manque. Que j'ai besoin de lui — que je veux qu'il vienne me voir— »

« Ferme ta bonne grosse gueule, » cracha Tayuya, mais Naruto aurait sorti quelque chose de bien pire s'il avait été le premier à parler. La jeune femme aux cheveux rosés referma violemment la porte avant de la verrouiller de même. Lorsqu'elle se retourna vers Naruto et Kakashi, elle porta sur eux un regard empathique. « On va le bouger dans l'aile criminelle, » leur dit-elle. « Et on va faire en sorte que tout le monde soit au courant de ce qu'il a fait à ce garçon, » ajouta-t-elle.

Naruto était trop épuisé pour hocher la tête, mais il savait que Kakashi s'en était déjà chargé pour lui. « Merci, » dit-il.

« De rien. Je vous raccompagne. »

Naruto dut alors endurer une marche de quinze minutes, alors que les cris atroces d'un enfant abusé par son oncle lui résonnaient dans la tête.


« Je n'ai jamais rien entendu d'aussi affreux, » murmura Iruka en portant une main à sa bouche.

Kakashi venait tout juste de finir de lui expliquer ce qu'il s'était passé à l'asile, et il secoua la tête en chœur avec son compagnon. « Je sais. On va devoir appréhender cette histoire sous un angle nouveau. Mais on doit pas, » fit-il en regardant Naruto, « chercher des excuses à Gaara pour ce qu'il s'est passé. Il se peut que Gaara aie reçu de trés mauvaises influences, et l'homme qu'il est aujourd'hui est probablement le résultat de ces… abus… Mais ce qui est fait est fait. On doit le capturer, et le mettre derrière les barreaux. »

Naruto acquiesça faiblement. Il comprenait. C'est juste que… ça lui brisait le cœur. Il ne pouvait pas s'empêcher de se dire que la vie de Gaara aurait pu être complètement différente si les circonstances n'avaient pas…

Naruto secoua la tête.

« Je comprends ta douleur, Naruto, » dit Kakashi. « Mais on doit faire ce qu'on a à faire. Pourquoi tu rentrerais pas chez toi pour te reposer un petit peu? Ou peut-être que tu préfererais rester ici… »

« Non, non, » fit vivement le blond en se levant du canapé. « Je vais rentrer. Et peut-être que je vais essayer de trouver quelque chose à faire. Si je m'endors j'aurai des cauchemars… »

« Et qu'est-ce que tu vas faire? » demanda Kakashi en haussant un sourcil. « Tu n'as rien pour t'occuper chez toi. Peut-être que ce serait mieux si tu restais ici et regardais la télé… »

Naruto secoua la tête. « Non, je veux vraiment pas déranger. Peut-être que je pourrais essayer de comprendre ce que c'était que cette lettre que j'ai reçu. »

« Quelle lettre? » demanda Iruka en relevant la tête.

Naruto fit une pause, le temps de se souvenir qu'il avait mis la note dans sa poche avant de sortir. Il la sortit et la tendit à Iruka. « Cette note-là, » dit-il. « C'est arrivé ce matin dans une énorme boîte. Y'a pas l'adresse de l'expéditeur. Je sais pas ce que ça veut dire. »

Iruka prit la carte et plissa les yeux à sa vue. « C'est du latin, » dit-il calmement en la fixant. Naruto haussa les sourcils. « Tu sais ce que ça veut dire? » demanda-t-il en s'avançant au niveau de l'homme.

Iruka pointa le deuxième mot du doigt. « Donum veut dire cadeau, » expliqua-t-il à voix basse. « Et ce mot-là… » continua-t-il en montrant le premier mot. « On dirait un déterminant… peut-être 'le'… ou 'un'… hmm… » Il rapprocha la carte, comme si les mots auraient plus de sens de près. « Un cadeau, » conclut-il enfin. « C'est ce que ça veut dire. »

Naruto inclina la tête sur le côté. « Un cadeau? Quel cadeau? » Il leva les yeux vers Kakashi, mais l'autre ne put que secouer la tête.

« Peut-être que c'est une blague ou quelque chose comme ça? » proposa-t-il.

Naruto réfléchit calmement en son for intérieur. Avait-il bien regardé partout dans la boîte? Maintenant qu'il y repensait, il n'avait pas regardé en-dessous du papier-bulle, pas vrai?

« Je crois, » fit doucement Naruto, « que je devrais rentrer maintenant, » continua-t-il avec précaution. « Tu as raison. J'ai besoin de me reposer. »

Kakashi haussa un sourcil. « Tu veux pas rester, t'es sûr? »

Iruka rendit la carte à Naruto avant de renchérir, « C'est vrai, Naruto, es-tu bien sûr? Tu le sais que tu es plus que bienvenu chez nous. »

Naruto acquiesça avec gratitude. « Merci, mais je dois vraiment y aller. Je vous reparlerai demain. »

Iruka afficha une expression triste et Kakashi se contenta de répondre d'un hochement de tête. « OK dans ce cas. Rentre bien. »


Il y avait une autre boîte dans la boîte.

Naruto la fixa avec des yeux méfiants, touchant ses côtés avec précaution.

Il avait pas arrêté d'y repenser en redescendant de chez Iruka, comment il avait abandonné la grosse boîte sur le comptoir sans même regarder à l'intérieur. Comment avait-il pu faire ça? Comment avait-il pu être aussi négligeant?

Lorsqu'il avait retiré le papier-bulle, il n'avait été qu'à moitié surpris de trouver une autre boîte à l'intérieur, posée sur autre pile de papier-bulle. Naruto avait bien fait attention de regarder en-dessous, pour être sûr de ne rien oublier, mais il n'y avait rien d'autre.

Et maintenant le blond était assis sur le sol, faisant face à une simple petite boîte marron. Elle faisait moins de 20 centimètres de longueur et de largeur.

Naruto inspira profondément avant de tirer sur le couvercle, tout en faisant attention à ne pas trop endommager le carton. Il y avait toujours une chance pour que ce soit une erreur ou une farce, une chance que ça vienne de sa grand-mère, ou peut-être même de Kiba, mais la manière dont son cœur battait dans sa cage thoracique lui disait le contraire.

Tout comme la lueur argentée du pistolet qui se refléta dans ses yeux alors qu'il défaisait le dernier bout de scotch de la boîte.

Un flingue.

Naruto fut pris d'un frisson.

Pourquoi est-ce qu'on lui avait envoyé ça?

Puis, un morceau de papier plié en deux attira son attention.

Il le prit d'une main tremblante, et le déplia afin de lire ce qu'il renfermait.

Elle viendra déguisée en imposteur, mais tu la reconnaîtras. Tue-la avant qu'elle ne te tue, car elle a déjà prêté allégeance. Alors seulement la divinité qui pétrit nos fins, aussi abrupte et tranchée soit-elle, nous autorisera-t-elle à nous rencontrer. Honore-moi de ta langue, et je ne parlerai pas contre le soleil.

Gaara.