Bonjour à tous !
Alors voilà, pour me faire pardonner de ma longue absence cette année je vous donne un chapitre un peu plus long que prévu (13 pages au lieu de 10). Je suis sûre que vous ne vous en plaindrez pas ;) J'espère aussi que vous aimerez autant que vous avez aimer les précédents. N'hésitez surtout pas à me faire part de vos messages d'enthousiasme et vos remarques ! J'en prends note et ils m'encouragent beaucoup à ne pas lâcher cette fanfiction même quand le syndrome de la page blanche se fait sentir ou que je n'ai pas beaucoup de temps à lui consacrer à cause de mes études.
Et bien sûr, si vous avez des questions ou autres, venez m'en parler, ici ou sur ma page facebook (vous trouverez le lien sur mon profil auteur). Je vous répondrais dans les plus brefs délais !
En espérant vous revoir très bientôt ;)
Elizabeth-victoria
Cette nuit-là, je n'entendis même pas les cris de liesse de la foule qui était venue fêter la nouvelle et nous exprimer leur joie aux portes du palais jusqu'à tard dans la nuit. J'étais épuisée par les émotions des derniers jours. Ce n'est qu'au matin que je découvris l'ampleur des réactions. Mary était venue nous réveiller. Dans la nuit, je m'étais lovée au creux de l'épaule de Maxon, son bras m'entourant les épaules, me serrant contre lui dans un geste protecteur. La lumière du soleil radieux nous aveugla et un concert de protestations accueilli l'intervention de ma Première femme de chambre.
- Oh non… Pour une fois que je ne veux pas travailler. Grogna mon époux à mon oreille en resserrant son étreinte autour de moi.
Ma seule réaction fut, pour ma part, de fuir cette soudaine source de luminosité. J'enfouis ma tête dans les coussins pour tenter d'y échapper, par encore prête à faire face à cette journée. Maxon fut plus prompt que moi à se lever. Quand le devoir l'appelait, il ne trainait jamais plus que nécessaire. Un de ses rituels était d'aller à la fenêtre pour y admirer un instant le paysage. Je le soupçonnais de contempler en réalité la beauté de son royaume et de savourer la paix qui s'en dégageait.
- America ! S'exclama-t-il, d'un ton surpris.
- Mmmh… Forcée, j'émergeais tant bien que mal du sommeil.
- Viens voir ! C'est incroyable !
Je me levais de mauvaise volonté mais trop curieuse de savoir ce qui avait pu provoquer une telle réaction de si bon matin chez mon roi. Ma curiosité me perdra un jour, c'est sûr. Mais le spectacle que je découvris alors à la fenêtre me cloua sur place, bouche bée.
Des centaines de personnes s'étaient massées sur la place du palais. Des bouquets de fleurs avaient été accrochés aux grilles et des banderoles tantôt à la gloire de la monarchie tantôt souhaitant longue vie au prince pour les uns et à la princesse pour les autres, selon les préférences je suppose, flottaient un peu partout, disséminées dans la foule.
- Et ce n'est rien comparé à ce qui se dit à la télévision depuis ce matin. On ne parle que de vous. Intervint Mary qui était revenue avec le plateau du petit déjeuner. J'ai pensé que vous voudriez prendre votre petit déjeuner au calme au vu des événements. Ajouta-t-elle alors que nous restions muets.
- Hmm… Je vous remercie, Mary. Lui dit Maxon, reprenant contenance, la surprise passée.
Elle s'inclina et reparti aussi discrète qu'une souris. Mon époux alluma la télévision alors que j'étais encore plantée près de la fenêtre, pétrifiée de surprise.
« …En effet. Je me trouve en cet instant sur la place Royale, à quelques mètres du palais, où vous pouvez déjà constater que plusieurs centaines de personnes se sont donné rendez-vous à cette heure matinale de la journée. Depuis hier soir, sitôt après l'annonce de leurs Majestés, les gerbes de fleurs et les cartes de vœux ont affluées aux grilles du palais. Certaines personnes ont même fait le voyage de très loin pendant la nuit dans l'espoir d'apercevoir le roi et la reine ce matin. C'est le cas de ce couple, Ava et London originaires de Paloma.
- Dites-moi, pourquoi avoir fait le voyage de si loin ?
- Eh bien, nous sommes tellement heureux de cette nouvelle de l'arrivée du futur héritier. Nous l'attendions si impatiemment.
- Nous n'avons jamais douté que leurs Majestés finiraient par fonder une famille. Cela se voyait qu'ils souhaitaient des enfants.
- C'est donc pour les soutenir que vous avez fait le déplacement ?
- Exact. Ainsi que pour leur exprimer tous nos vœux de bonheur.
- Avez-vous aussi déposé un présent pour leur Majestés ?
- Bien sûr. Un bouquet de fleurs, une carte et même un ours en peluche pour le bébé.
- Vous avez pensé à tout. Je vous remercie. Tout comme Ava et London, la capitale s'attend à une affluence massive dans les prochains jours. Pour le moment aucun message ni aucune information sur une quelconque apparition ou déclaration dans la journée de la part du couple royal n'a été transmis. Nous n'avons donc pas plus de renseignement par rapport à ce qui a été annoncé hier. C'était Kaylie Donought pour IlléaNewsTV.
- C'est bien normal, il est encore tôt. Merci Kaylie.
- Cela ne m'étonnerait même pas que leurs Majestés soient encore endormies. Ils ont bien besoin de prendre un peu de repos après toutes les émotions des deniers jours.
- Oui. Surtout Sa Majesté America. Echangèrent entre eux les journalistes du plateau télé.
- C'est le sujet qui occupe donc tous les esprits des citoyens d'Illéa depuis hier soir. Dans environs 7 mois, leurs Majestés accueilleront un petit prince ou une petite princesse dans leur famille. La nation toute entière s'en réjouit. Des scènes de liesse ont éclaté à travers tout le pays.
- Et je pense que ce n'est pas prêt de s'arrêter, n'est-ce pas, Liam ?
- Oui, Isabelle. Mais cette naissance prochaine pose aussi beaucoup de questions. C'est d'ailleurs ce que va tenter de faire notre prochain invité, Mickael Venerby, professeur de droit constitutionnel à l'Institut Juridique et Politique de Clermont.
- Bonjour.
- Bonjour professeur. Dites-nous. Au-delà de l'heureuse nouvelle, quelles sont les questions les plus brulantes, celles que tous ont sur les lèvres ?
- Et bien c'est évidemment celle de savoir si l'enfant que porte sa Majesté la Reine est un garçon ou une fille.
- Pourquoi est-ce donc si important ?
- Parce que la loi prévoit expressément que seuls les héritiers mâles directs et légitimes ainés ou cadets, en l'absence d'héritier mâle ainé, et leurs descendants peuvent accéder au trône et régner.
- Et qu'est-ce que cela implique ?
- Si la Reine venait à mettre au monde une petite fille alors cette dernière ne pourrait devenir reine malgré qu'elle soit l'ainée. Ce ne sera que son jeune frère, s'il y en a un, qui héritera du trône à sa place.
- Et dans le pire des cas ?
- Celui ou leurs Majestés n'ont qu'une fille pour leur succéder vous voulez dire ? Plusieurs possibilités peuvent être envisagées. La loi prévoit que dans l'hypothèse où aucun héritier mâle direct du souverain ne vit, le plus proche parent mâle est appelé à régner. Cela peut être le cousin, l'oncle, le neveu voir même le grand père.
- Un des frères de la reine pourrait donc devenir roi ?
- Non. Uniquement les garçons de souche royale, c'est-à-dire uniquement les individus mâles de la famille du côté du roi en excluant les neveux de feu la Reine Amberly, même s'ils font officiellement partie de la famille royale. Cela s'est déjà produit par le passé, souvenez-vous, lorsque le prince héritier, le fils de Damon Illéa, Justin, par conséquent le petit-fils de Grégory Illéa, meurt seulement quelques années après son mariage sans aucune descendance. La jeune veuve, Abby Tamblin Illéa, doit alors épouser en secondes noces le cousin de son époux, Porter Schreave, pour perpétuer la pureté de la lignée royale. C'est le seul exemple de notre longue histoire car le système à évoluer pour ne plus permettre qu'une telle situation se reproduise. Mais actuellement, comme vous l'aurez remarqué cela pose un gros problème car aucun individu mâle vivant n'a été recensé du côté de cette branche. La Constitution n'autorise pas la passation de la Couronne du vivant. Un souverain n'accède au trône que lorsque son père décède.
- Cette solution n'est plus envisageable si nous comprenons bien. Mais quelle est donc l'autre dont vous nous avez parlés tout à l'heure ?
- La deuxième solution est que le roi ou son conseil, dans le cas où il décéderait en ne laissant qu'une princesse pour héritière, nomme un régent jusqu'à ce que la princesse se marie et donne enfin un héritier mâle à la Couronne. Ce sera alors ce garçon qui deviendra roi ainsi que ses fils après lui.
- Il n'y aurait pas de Roi ou de Reine pendant une génération pour ainsi dire ?
- Exactement. Il y aurait une princesse et son époux, le prince consort, mais aucun roi. Le mariage royal ne donnant qu'un statut de conjoint, d'époux ou d'épouse pour la partie au départ extérieure a la famille royale. Ils n'ont pas le statut royal de plein droit comme le fils ou la fille du roi l'aurait. Voyez-vous, la royauté se transmet par le sang dans notre monarchie et non par les unions. C'est un statut très ambigu vu qu'ils font partie de la famille royale sans totalement en faire partie non plus. C'est bien pour cela que les reines gardent toujours leur nom de naissance. Les noms complets des reines sont ainsi peu utilisés car ils sont souvent très longs par conséquence.
- Quel est donc le nom de notre Reine ?
- Le nom complet, vous voulez dire. America Singer Schreave. Vous comprenez que si l'on doit ajouter son titre complet avant son nom, cela devient vite une litanie. Par rapidité et praticité, on abrège par son nom de mariage. Ce n'est pas faux non plus. Ce n'est juste pas son nom complet.
- Pour en revenir à une de vos hypothèses, quel nom prendrait une princesse héritière lors de son mariage ?
- Oh. Dans le cas que nous évoquions précédemment, comme elle serait la garante de la monarchie elle garderait son nom de naissance quoiqu'il arrive. Elle ne prendrait pas le nom de son époux. Surtout pour une question de stabilité et d'identification. Ce qui est totalement différent si la princesse a un frère ainé. Dans cette hypothèse, je suppose qu'elle sera mariée à un prince étranger pour sécuriser une alliance. Elle sortira en quelque sorte de la famille royale car elle sera dans l'obligation de prendre le nom de son époux.
- C'est une Constitution un peu compliquée que nos pères fondateurs ont écrites.
- Je vous l'accorde et je ne vous ai expliqué que la partie sur la succession.
- Souhaitons alors que ces différentes hypothèses que vous avez évoquées ce matin ne se réalisent pas, professeur.
- Oui, je souhaite le meilleur des scénarios à leurs Majestés.
- Merci d'avoir répondu à nos questions, Professeur Venerby.
- Merci à vous.
- Nous l'aurons donc compris, la venue au monde du premier enfant d'un couple royal est un évènement crucial pour la monarchie. Mais bien loin de ces considérations politiques, le peuple d'Illéa se pose pleins d'autres questions.
- Nous retrouvons pour cela Harry Myndred en duplex de Columbia.
- Bonjour Liam, Isabelle. En effet, je me trouve dans un bureau de tabac du cœur de la capitale du district de Columbia. Le gérant de cet établissement a enregistré un afflux massif de personnes venant de toute la ville et parfois même des alentours proches, depuis hier soir. Sur les questions que leurs Majestés ont laissées en suspens, leurs sujets s'empressent d'y répondre. Les bookmakers ne savent plus où donner de la tête tellement les paris abondent en tous sens. Ainsi, on peut miser la somme que l'on souhaite autant sur la date du congé maternité de sa Majesté, que sur le sexe du futur enfant, sur son prénom, la date de sa naissance, si la reine choisira d'accoucher au palais ou dans un hôpital, si le roi sera à ses côtés voir même quelle tenues ils porteront lorsqu'ils présenteront leur enfant à la population.
La caméra qui suivait le journaliste s'orienta vers l'écran de télévision situé en hauteur derrière le comptoir du marchand où s'affichaient la liste des sujets de paris et leur montant.
- Dites-nous, quel est le sujet sur lequel nos chers concitoyens ont majoritairement parier ?
Le journaliste tendit alors le micro au tenancier.
- En vérité, il y en a 2 qui se talonnent de près. Ça ne se joue pas à grand-chose. Mais c'est bien entendu le sexe du bébé qui est le plus joué. Vient tout juste après, le prénom que Leurs Majesté choisiront de donner à leur premier-né.
- Et quelles sont donc les combinaisons qui se découpent nettement ?
- Beaucoup pensent que ce sera un garçon, un petit prince à 63% contre à peine 40% pour une fille.
- Les prénoms se démarquent donc en conséquence ?
- Exact. Et le choix des illéens pour les prénoms masculins sont tous empreint d'une symbolique forte. On retrouve en tête de classement : Clarkson avec 71% puis Porter à 12%, Justin et Damon qui remportent respectivement 6% et 5%. Enfin, on peut même trouver August avec une cote raisonnable de 2%.
- Ce sont des choix traditionnels que nous comprenons aisément. Ce serait un bel hommage pour certain.
- Et c'est la même chose pour les filles, Amberly et Abby dominent avec 39% et 27% chacune. Vient ensuite Caroline, favorite pour 11% des votants, Céleste la suis de près avec ses 10%. Nos concitoyens ont fait preuve d'un petit peu plus d'imagination pour les filles car Grace et Claire font leur entrée dans le classement avec 8% et 3%.
- Ce sont de bien beaux prénoms. Il faut croire que le peuple d'Illéa a du goût. C'était Harry Myndred en direct du District de Columbia.
- Et si vous deviez voter, Liam, vous pencheriez plutôt pour une fille ou un garçon ?
- Pour ma part, je miserais sur une fille. J'ai comme un pressentiment que ce sera une petite princesse.
- Et concernant le…»
- Eteint, Maxon, s'il te plaît. Lançais-je à mon mari alors que les présentateurs enchainaient sur un énième sujet portant sur ma grossesse. Il s'exécuta silencieusement et vint s'assoir en face de moi, m'observant d'un œil inquiet. Il fallait bien avouer que je n'en menais pas large. Bien sûr qu'ils se demandent, si ce serait une fille ou un garçon était une interrogation naturelle
- Ils ne le savent que depuis quelques heures qu'ils spéculent déjà sur la succession. C'est pire que ce que je pensais. C'est de la folie pure…
- Comprends-les. Cela fait tellement longtemps qu'ils attendaient une naissance royale. Pour la plupart c'est la première fois qu'ils vivent un tel évènement.
- Mais nous leurs avons expliqués hier que nous appréciions notre intimité ! Ils ne comprennent donc pas que nous ne sommes pas des bêtes de foire qui aiment se faire observer à tout moment et que l'on peut être leurs souverains autant que des personnes normales ?!
- C'est une nouvelle toute fraiche. Ils s'en réjouissent, c'est naturel. Le monde entier va en faire ses choux gras, il ne peut en être autrement. Bien sûr tu resteras, les 9 prochains mois durant, sous les feux des projecteurs, tu ne peux faire autrement, mais au fur et à mesure que le temps passera, les gens auront d'autres sujets à se mettre sous la dent autrement plus importants, tu verras.
Je fis la moue, Maxon voyait bien que je n'étais pas totalement convaincue.
- Et puis, ils comprendront vite qu'il est plus raisonnable de te laisser en paix pour ne pas risquer ta santé et celle du bébé.
- Je l'espère de tout cœur. Lui répondis-je, à moitié persuadée en buvant ma tasse de thé plongée dans mes pensées. Par miracle, mon estomac criait famine. Néanmoins prudente, je ne me jetais pas sur les délicieuses victuailles qui débordais du plateau. Ce n'était pas l'envie qui m'en manquait pourtant. Je me permis néanmoins une petite brioche nappée de confiture, trop heureuse de pouvoir enfin réussir à manger un morceau le matin. La brioche était encore tiède, fondante, parfumée et la confiture, juste sucrée comme il le fallait. Ma délectation dû se peindre sur mon visage car Maxon m'observait d'un air visiblement ravi.
Ce matin-là, je n'eus pas besoin de sonner Mary pour qu'elle vienne m'aider à me préparer pour la journée. Mon mari s'en chargea très bien tout seul.
- Où as-tu appris à lacer une robe ? Aurais-tu des talents cachés mon amour ? M'étonnais-je.
- Je l'ai suffisamment fait dans le sens inverse… me souffla-t-il à l'oreille.
Sa remarque me fit immédiatement monter le rouge aux joues.
- Tu es tellement jolie quand tu rougis. Remarqua-t-il en me déposant un baiser sur l'épaule.
Son souffle chaud sur ma clavicule, ses lèvres effleurant ma peau eurent un effet instantané sur moi. Mon corps réagit par automatisme. Mes muscles se tendirent imperceptiblement, les poils de ma peau se hérissèrent et mon cœur battit un peu plus vite. Il dut le sentir car ses baisers se firent plus appuyés. Rejetant la tête en arrière, les yeux fermés, je l'invitais plus avant à approfondir l'exploration de ma peau. Nous nous retrouvâmes bientôt soudés l'un a l'autre par un baiser passionné.
- America. Non. Il faut vraiment y aller maintenant. Protesta-t-il contre mes lèvres au bout d'un moment alors que je cherchais à lui défaire sa chemise.
Il se détacha de moi, un regret aussi vif que le miens dans le regard.
- Je le déplore autant que toi mais nous n'avons que trop trainer déjà…
- Pourtant l'autre jour…
- C'était un autre jour. Aujourd'hui est différent. Nous avons plein de choses à gérer.
Il avait revêtu son rôle de roi. Je ne pourrais plus l'empêcher d'aller travailler, quoi que je fasse.
- Très bien. Rendis-je les armes. Tu m'escorterais jusqu'au Boudoir dans ce cas ?
- S'il plait à Votre Majesté. S'inclina-t-il. Je glissais mon bras sous le sien mais nous n'avions pas fait un pas en dehors de notre chambre que nous nous figeâmes sur le seuil.
Le salon de notre suite, attenant à notre chambre, débordais littéralement de bouquet de fleurs, cartes, peluches et autres cadeaux en tout genre.
- C'est… Commençais-je, estomaquée.
- Merveilleux. Termina mon époux.
« Je n'aurais pas utilisé le même qualificatif mais bon… » Pensais-je, intérieurement. Maxon s'avança dans le salon, pris une carte fixé à un des bouquets et la lu à haute voix.
- Tous nos vœux de bonheur à Leurs Majestés la Reine et le Roi pour leur premier enfant à naitre. Signé de la Monarchie de Suèdie.
Il reposa la carte et en pris une autre.
- Nos sincères félicitations au Roi Maxon Schreave et la Reine America pour cette heureuse nouvelle. Vous faites la fierté de ce royaume. En espérant que vous nous donnerez un prince. Signé Amber et Logan Dustorn.
Il y avait des félicitations de tout le monde. Autant de simples gens du peuple que de félicitations officielles de gouvernements, de monarchies ou d'organismes.
Je savais que nous en aurions pour des heures à tout lire et déballer tous les cadeaux.
- Maxon ? Nous ferions mieux d'y aller sinon on en aura pour la journée. Je dirais a Sylvia de nous apporter toutes les cartes plus tard pour que nous puissions les lires et y répondre.
- Tu as raison. Je me suis laissé emporter.
Il lissa sa veste de costume et nous sortîmes enfin de nos appartements. Alors que nous avancions dans les couloirs, les gardes en faction s'inclinèrent encore plus respectueusement qu'à l'accoutumée sur notre passage. Même si nous étions étonnés, nous n'en laissions rien paraitre. Nous les remerciâmes chacun d'un petit hochement de tête. Mais la journée était loin d'être terminée. Elle nous en réservait encore beaucoup.
Arrivés en haut du Grand Escalier, nous eûmes une énième surprise. Extrêmement silencieux, nous n'avions pas entendu un bruit avant d'apparaitre au sommet des marches. Un tonnerre d'applaudissement et de vivats nous accueilli alors. Tous les domestiques et une partie des gardes royaux s'étaient rassemblés dans le Grand Hall pour nous féliciter. On aurait pu croire qu'ils le rempliraient en totalité mais en réalité ils occupaient tout juste la moitié de l'espace. Je me demandais combien de personnes il pouvait contenir. J'en restais clouée sur place. Je connaissais le profond respect et l'attachement sincère des gens qui nous servait tous les jours mais je n'avais pas conscience qu'ils… nous aimaient ? Cela allait plus loin que l'adoration que le peuple manifestait à notre égard lors de nos rares sorties officielles. J'avais appris qu'adorer est un petit peu différent d'aimer même si cela s'en rapprochait fortement. Il y avait quand même une certaine nuance entre les deux.
La plupart ne voyaient guère plus loin que le vernis étincelant que représentait la royauté : luxe, richesse, pouvoir, beauté, raffinement. Mais ces personnes devant nous, étaient à notre service quotidien. Bien que discrets, nous ne les croisions que très peu. Ils accomplissaient leurs tâches sans se plaindre et sans jamais demander de remerciements en retour. Je les admirais pour leur abnégation. Ils passaient leurs vies à faire de la nôtre la meilleure possible. Nous ne les connaissions pas vraiment mais j'avais l'impression, en cet instant, que cette barrière n'existait pas, contrairement avec les autres gens du peuple où j'avais parfois le sentiment de ne pas leur appartenir véritablement. Ils me plaçaient sur un tel piédestal que je me sentais bizarrement étrangère. Mais en l'instant présent, l'assemblée qui s'étalait à nos pieds était tout simplement heureuse pour nous et partageait notre joie comme un membre de notre famille le ferait. Certains avaient les larmes aux yeux, d'autres se tenaient par les mains. Tous avaient un sourire franc aux lèvres. C'était beau a voir.
Sylvia monta les marches à notre rencontre, un énorme bouquet de fleurs dans les bras.
- De la part de tout le personnel, Vos Majestés. Félicitations. S'inclina-t-elle. Je la connaissais depuis suffisamment longtemps pour savoir que sous cette façade un peu froide et distante, elle était émue.
- Merci Sylvia. Nous lui répondîmes en cœur. J'acceptais le bouquet et Maxon se pencha vers moi.
- Veux-tu prononcer quelques mots ou je parle pour nous deux ?
- Commence. Je parlerais après.
Je sentais qu'il fallait que je dise quelque chose. Pas par obligation mais parce qu'ils m'avaient réellement touchée. Rien ne les avait obligés à faire un tel geste. Mais ils l'avaient fait en dépit de tout alors même que nous ne faisions rien de particulier pour eux, que nous ne leur adressions la parole que très peu. Je sentais un réel attachement envers nous. Et cela m'atteignait en plein cœur.
- Je vous remercie tous pour cette sollicitude. Je pense pouvoir parler en notre nom commun en disant qu'elle nous touche plus que vous ne le croyez.
Il se tut un instant et coula un regard dans ma direction. Je lui fis un signe imperceptible de continuer.
- Ainsi comme vous le savez tous maintenant, la Reine est enceinte de notre premier enfant. Vous comprendrez donc que nous vous en demanderons plus de votre part dans les prochains mois, autant en vigilance qu'en application pour que tout soit parfait pour son arrivée.
- Oui, Votre Majesté.
Même si cela ressemblait plus à un ordre qu'a une demande, ils répondirent tous avec entrain et joie.
C'était maintenant à moi de prendre la parole.
- Tout comme mon époux, je tenais à vous remercier pour votre geste qui me touche énormément. Je vous remercie aussi pour tout ce que vous faites pour nous. Nous sommes conscients de tous les efforts que vous fournissez au quotidien pour nous permettre d'accomplir notre travail. Sachez qu'ils ne sont pas vains, sont remarqués et appréciés à leurs juste valeurs même si nous n'avons pas l'occasion de vous le dire personnellement. Sans vous, nous n'y arriverions surement pas aussi bien qu'aujourd'hui. Nous n'avons jamais eu l'occasion de vous remercier comme il convient de le faire pour cela. Alors merci pour tout.
Je ne vous cache pas que ces prochains mois risques de ne pas être facile à vivre mais je sais qu'en travaillant tous ensemble, main dans la main, nous pouvons y arriver et faire en sorte que cette période soit la plus agréable possible. Je veux aussi ajouter qu'au moindre problème, vous pouvez venir m'en parler, à moi ou mon époux. Nous vous écouteront et feront tout notre possible pour vous aider.
Pour toute réponse, j'eu le droit à des applaudissements à tout rompre. J'en profitais pour me pencher vers Sylvia et lui murmurer.
- Sylvia ? Notre suite contient bien trop de bouquets de fleurs que nécessaire pour nous seuls. Veillez à répartir justement ceux qui n'y trouveraient pas leur place au sein du palais. Et apportez-moi les cartes de vœux qui les accompagnent dans le Boudoir pour que je puisse remercier chacun des expéditeurs personnellement.
- Bien Votre Majesté. S'inclina-t-elle.
Nous descendîmes les marches du Grand Escalier et nous fendîmes la petite assemblée qui s'inclina sur notre passage. Par ce simple geste, ils dégageaient autant de fierté et de joie que de déférence.
Nous nous arrêtâmes devant la porte du Boudoir.
- A tout à l'heure, ma douce reine. Tu m'appelle s'il y a quelque chose qui ne va pas ?
- Ne t'en fait pas. Qu'est ce qui pourrait m'arriver de mal ici, entouré de tous ces gardes et ces domestiques prêts à répondre au moindre de mes besoins ?
- C'est d'ailleurs quelque chose à laquelle je vais devoir remédier. Il va falloir renforcer les effectifs de sécurité.
- Maxon… Tu ne crois pas que l'on est déjà assez bien protégé comme cela ? Est-ce vraiment nécessaire ? Ne serait-il pas mieux d'employer cet argent à un poste plus utile pour le royaume ?
- Non. Tu m'es devenu si chère… Je crois que je te l'ai déjà dit mais je te trouve encore plus belle, magnifique et désirable que d'ordinaire ces derniers jours. Je ne savais pas qu'il m'était possible de t'aimer encore plus. C'est pour cela que je ne supporterais pas que la moindre chose t'arrive à toi et à notre bébé.
- Mais enfin… Il n'y a aucun risque. Nous allons parfaitement bien.
- On n'est jamais à l'abri d'un risque, America.
- Mais...
- On en rediscutera plus tard, tu veux bien ? Me coupa-t-il.
Maxon me déposa un baiser sur le front et s'en alla en direction de son bureau, me plantant là. Je l'observais disparaitre, sidérée mais peu surprise, avant d'entrer dans le Boudoir, ne voyant aucune raison supplémentaire de rester sur le palier.
Sylvia m'attendait déjà. Une pile impressionnante de cartes était empilée sur une table.
- Y a-t-il un dossier urgent que je doive absolument traiter aujourd'hui, Sylvia ? Demandais-je.
- Une demande de visite de la monarchie d'Italie nous est parvenue ce matin ainsi qu'une demande d'interview accompagnée d'une séance photo.
Immédiatement cela me mit sur mes gardes.
- De qui émane cette demande ?
- De la Confédération de Presse d'Illéa.
Je me tus un instant. Je me doutais bien du sujet qu'ils voudraient traiter. Au fond, quel autre sujet voudraient-ils aborder ?
- Je ne peux pas donner de réponse pour le moment. Je ne suis pas la seule à décider sur ce point. Il faut d'abord que j'en parle avec Maxon. Voir ce qu'il en pense.
- Bien sûr. S'inclina Sylvia.
J'écrivis une rapide note que je glissais dans l'enveloppe contenant la demande de la Confédération et la tendis a Sylvia.
- Veuillez transmettre ceci à Sa Majesté.
Sylvia s'empara de la lettre et la fit disparaitre dans une chemise.
- Autre chose qui doit être portée à mon attention ?
- En effet, Votre Majesté. Il faudrait également donner une réponse concernant le programme de réinsertion des jeunes mères célibataires ainsi qu'examiner le projet de l'Ecole Polytechnique d'Illéa.
- Est-ce tout ?
- Il y a bien le dossier du budget consacré à la culture et aux arts mais il peut attendre encore quelques heures.
Le programme avait l'air plutôt léger mais je savais que ce n'était qu'une image trompeuse et qu'en réalité, je ne pourrais pas abattre tout le travail à faire en un seul jour.
- Non, non. Montrez-moi ça.
Mes matinées étaient exclusivement réservées au travail si bien que j'avais depuis longtemps demander à mes dames de compagnie de ne pas venir le matin. Elles avaient tendance à me déconcentrer et ne m'était pas foncièrement très utile. Marlee était la seule que j'acceptais pour m'aider dans ma tâche. Elle avait, après tout, suivie une partie de la même formation que j'avais reçue. Je faisais parfois appel à des conseillers de Maxon ou des spécialistes extérieurs quand j'en avais besoin.
Au déjeuner, je me rendis dans la salle à manger mais n'y trouvait qu'une assiette de dressée.
- Sa Majesté m'a charger de vous dire de bien vouloir l'excuser de son absence mais il a beaucoup de travail. Il m'a aussi chargé de vous remettre cette note.
Je reconnu immédiatement l'écriture fine et élégante de mon époux. Il avait simplement écrit trois petites lignes :
« Petit tirage d'oreille en cas de besoin.
Je t'aime.
A ce soir. »
Je souris et remerciais le majordome qui quêtait une réponse possible à transmettre. Le chef cuisinier s'était surpassé aujourd'hui. Il ne pouvait malheureusement pas me servir de mets très raffinés, ne les supportant pas, mais les ingrédients de première qualité avaient le don de sublimer n'importe quel plat tout simple. Cependant, vers le milieu du repas, mon estomac se rappela à moi pour la première fois de la journée. Je dus encore quitter la table précipitamment et m'engouffrais dans les toilettes les plus proches, dans le couloir. Mes nausées étaient toujours aussi fortes. Elles me laissaient pantelante et transpirante. Je ne sortis de la salle d'eau qu'après avoir vérifié que mon apparence était digne de mon rang, que je n'avais pas l'air trop mal en point.
Après le déjeuner, je retournais dans le Boudoir où mes dames de compagnies m'attendaient déjà, absorbées dans une conversation apparemment très excitante. Elles se turent dès que je fis mon entrée et m'assaillirent pour me féliciter chaleureusement. Je les en remerciais gentiment. Quand elles se comportaient ainsi, elles me donnaient toujours l'impression d'un troupeau d'oies trop bruyantes. Je partis me réfugier derrière la petite table où ma correspondance m'attendait.
Au cours de l'après-midi, je les surpris à me jeter de réguliers coups d'œil dans ma direction. Elles avaient beau essayer de se faire discrètes, je n'étais pas dupe. J'avais une petite idée du pourquoi de ce manège. J'en avais sous les yeux l'illustration. Beaucoup de cartes de félicitations exprimaient, avec plus ou moins de subtilité, la même chose.
« Tout le bonheur dont vous méritez. Un petit prince en serait l'apothéose. George et Mila Gawdam -Hudson»
« Vous portez en votre sein la graine de l'espoir et la promesse d'un futur heureux. Vous avez le soutient de tout un peuple. Allison et Nate Wheeler - Allens»
« Je prie le Ciel pour que votre enfant soit ce que tout le monde attend. Lauren Sanchez - Honduraga »
« Nous vous souhaitons une grossesse des plus agréable, Votre Majesté et que votre bébé soit à l'image de ce que le monde s'en fait déjà. Famille Harperford - Zuni »
« Votre futur enfant sera un grand roi comme son père, nous n'en doutons pas un seul instant. Parker et Gia Henderson - Summer»
« Cela faisait si longtemps que nous attendions cette nouvelle. Bien que nous soupçonnions que vous finiriez tôt ou tard par nous l'annoncer, nous étions grandement impatients de l'entendre. Mr et Mme Hampton - Whites»
« Gloire à Votre Majesté. Vous perpétuez la plus noble tradition de notre magnifique royaume. Gloire à votre héritier. Cameron Sullivan - Calgary»
Plus je m'abimais dans cette lecture, plus j'en étais troublée. Les questions fusaient dans mon esprit en ébullition. Je ne savais quoi répondre. Les chuchotements et les coups d'œil de plus en plus insistants de mes dames de compagnies n'atténuaient en rien à mon malaise grandissant. Je respirais soudainement mal dans le corsage de ma robe trop serrée, mes mains tremblaient. Je décidais de me lever et de me poster devant la fenêtre avant que toutes ne remarque mon trouble.
- Votre Majesté ? me demandèrent-elles. Je les fis se rassoir d'un geste.
- Ce n'est rien mesdames. J'ai juste besoin de faire quelques pas.
- Vous ne devriez pas vous fatiguez inutilement, Votre Majesté.
- Ce n'est pas trois pas qui vont m'épuiser, Madame de Murdens. Rétorquais-je, cynique.
- Un peu d'exercice ne peut pas faire de mal, au contraire. Ajouta Lady Fieldson
- Mais les trois premiers mois sont les plus fatigants et les plus risqués pour le bébé, tous les médecins vous le diront. Il faut tout faire pour se ménager.
- Je suis bien d'accord avec Madame de Murdens. Ajouta Lady Atkins. La santé de l'enfant est primordiale et doit passer avant tout.
- Avant même le bien être de sa Majesté ? N'oubliez pas que la santé de la mère influe énormément sur celle de l'enfant.
- C'est bien pour cela que je dis que le plus de repos possible est le mieux.
- Mais si elle commence ainsi, elle ne bougera plus des 7 prochains mois ! Savez-vous que le moral est tout aussi important ?
- Mais ce n'est pas n'importe quel enfant qui est sur le point de venir au monde. C'est le futur héritier du royaume. On attend un prince depuis tant d'année ! On ne peut prendre aucun risque. Même Sa Majesté, le Roi, vous le dira.
- Alors c'est cela dont vous discutez depuis tout à l'heure ?! Et que s'avez-vous de l'avis de mon mari, Lady Atkins ? Demandais-je, froidement, une menace sourde pointant dans ma voix.
- Et bien… Je… J'ai…
- Oui ? Je me retournais et la toisais de haut en bas.
- Nous avons discutés peu après le Bulletin d'hier et naturellement, je l'ai félicité pour cette merveilleuse annonce. J'avais cru comprendre que…
Je haussais un sourcil, l'invitant à continuer.
- … J'avais cru comprendre qu'il réfléchissait déjà aux mesures à prendre, aux aménagements à faire. Je lui ai donc demandé s'il connaissait le sexe de l'enfant en dépit de ce qu'il venait d'annoncer, s'il ne cherchait pas simplement à garder le secret.
- Et qu'a-t-il répondu ? Demanda Mme de Murdens pour toutes les femmes pendues à ses lèvres.
- Il a répondu qu'il était déjà heureux de savoir l'arrivée prochaine de cet enfant, que tout ce qu'il souhaitait c'est que ce dernier et sa mère soient en bonne santé, pour penser à une préférence mais…
- Mais ?
- Mais qu'il avait bien entendu déjà réfléchi à la question.
- Et alors ?
- Donc je lui ai demandé si la balance penchait en faveur d'un certain côté. Tout ce qu'il a eu comme réaction a été un sourire énigmatique.
- Vous en avez donc conclu qu'il savait le sexe du bébé ?! Jubila Mme de Murdens.
- Naturellement. Conclu Lady Atkins.
- « Naturellement » ? M'exclamais-je, estomaquée.
Elles se figèrent comme un enfant surpris en train de faire une bêtise.
- Votre Majesté. La nouvelle est si fraiche, nous nous réjouissons, c'est tout naturel. Tenta Lady Atkins.
- Et nous avons la chance de pouvoir prendre soin de vous. Toute personne dans ce royaume en ferait autant. Surenchérit Madame de Murdens.
- Assez. Ce n'est pas de cela dont je veux vous parler ! Comment pouvez-vous oser affirmer que mon enfant sera un garçon alors que je ne le sais pas moi-même et que nous n'avons jamais laissé penser que nous avions une préférence malgré vos supputations saugrenues ?
Elles se regardèrent comme l'évidence même.
- Et bien… Un prince serait une nouvelle si merveilleuse. Tenta Madame Hoganson.
- Tout à fait. Tout le monde espère que vous nous donniez un petit prince. Compléta Lady Atkins
C'en était trop pour moi. Je tournais les talons et sortis en trombe du Boudoir dans un froissement rageur de jupons, sans un mot de plus.
Trop de pensées tournaient dans ma tête depuis ce matin. Quand nous laisserons-t-ils vivre un tant soit peu en paix ? Pourquoi tant d'engouement pour un enfant dont ils ne savaient presque rien ? Le peuple attendais-t-il vraiment que mon bébé soit un garçon ? Ne pouvait-il pas se réjouir simplement de sa venue, quel qu'il soit ? Etait-ce l'opinion d'une majorité ou d'une minorité ? Comprenaient-ils que je n'avais aucun contrôle dessus ? Quand est ce qu'ils me verront enfin comme une personne normale, bien plus utile que cantonnée à donner naissance à des héritiers pour le royaume ? M'en voudrait-il si je mettais au monde une petite fille ? Ce n'était que notre premier enfant, d'autres viendrait plus tard comme Maxon me l'avait assuré. Moi aussi, je voulais une famille nombreuse. Mais se pouvait-il qu'on ne me laisse qu'une seule chance ? Si j'échouais, pouvait-on obliger Maxon à me répudier ? Et qu'en pensais Maxon de tout cela ? Nous n'en avions jamais vraiment parlé jusqu'ici, les évènements se sont enchainer trop vite pour que nous puissions nous épancher sur le sujet.
Je longeais maintenant le couloir quand je croisais un conseiller de Maxon qui venait à ma rencontre.
- Votre Majesté. S'inclina-il, arrivé à mon niveau.
- Conseiller Pierce. Le saluais-je d'un hochement de tête.
- Je ne vous ai pas encore félicité pour cette merveilleuse nouvelle que vous nous avez donné hier soir. Vous semblez d'ailleurs aller merveilleusement bien aujourd'hui. Dit-il d'un ton bien trop mielleux et avec un sourire beaucoup trop plaqué pour être vrai.
- Je me porte bien. Je vous remercie, Mr Pierce. Lui répondis-je le plus poliment possible.
- Vous ne souffrez pas trop de la chaleur, j'espère ?
- Je la supporte même si je préfère la pluie.
- Les étés ne devaient pas être très cléments en Caroline.
Je n'en reviens pas de parler de la pluie et du beau temps avec un conseiller de Maxon qui me battait froid jusque-là.
- Ce n'était pas si horrible que vous ne le pensez à vrai dire.
- Vraiment ?
- Oui.
- J'aurais aimé voir ça…
Que voulais-t-il dire par là ? Je ne cherchais pas plus longtemps le sens de ses paroles ou c'était la migraine assurée face aux dires de politiciens.
- Excusez-moi, mais j'ai du travail qui m'attend.
- Bien sûr. S'inclina-il alors que je poursuivais ma route. Je suis sure qu'il avait compris que ce n'était qu'un prétexte pour lui fausser compagnie car je me dirigeais à l' opposé du Boudoir, pas même dans la direction de la suite royale.
- Je suis heureux de savoir l'avenir du royaume enfin assuré. L'entendis-je. Il avait bien insisté sur le « enfin ».
Je me retournais et le toisais. Je ne l'aimais pas et lui non plus, alors à quoi bon faire semblant ?
- Comment cela, je vous prie ?
- Eh bien… Nous désespérions de vous voir enceinte. Nous avions peur que…
- Je vous rassure, Mr Pierce. L'interrompis-je. Mon mari et moi en avions décidé ainsi d'un commun accord. Je suis sure que vous étiez au courant. Nous n'avions pas prévu cet enfant mais nous sommes heureux qu'il arrive d'ici quelques mois et l'attendons maintenant avec impatience.
- Je m'en doute et croyez bien que tout le peuple s'en réjouit aussi.
- Je le constate. Les journaux ne parlent plus que de ça depuis ce matin.
- Bien entendu. Nous espérons tous qu'il naitra en bonne santé et qu'il soit en bonne disposition.
- En bonne disposition ?
- Vous n'ignorez pas que votre devoir de Reine est d'assurer la stabilité et la prospérité du royaume en donnant un héritier à Sa Majesté. Vous vous devez de mettre au monde un fils. Si toutefois vous le pouvez.
J'étais tellement estomaquée par son impertinence et son aplomb que je ne sus quoi répliquer à son insulte à peine déguisée. Il en profita donc pour continuer.
- Le monde entier vous attend au tournant. Cela fait à peu près 8 ans, depuis votre mariage en fait, que l'on attend de voir si vous vous acquitterez de votre tâche a la perfection comme la Reine Amberly, paix a son âme, avait su le faire. Certains disent que vous n'arriverez pas à faire mieux.
- Et qui donc dit cela ?
- Oh… quelques nobles par ci par là. Fit-il évasivement.
Je compris dans ces quelques mots qu'il y avait bien plus que quelques personnes. N'en avais-je pas eu un aperçu tout au long de la journée ? Il y en avait même peut-être même beaucoup plus que ce que je voulais l'imaginer.
- Je viens de m'entretenir avec le roi à ce sujet. Il m'a confié que lui-même espère de tout cœur vous voir réussir cet exploit.
Alors même Maxon exigeait de moi que je produise un garçon ? Cette nouvelle me fit l'effet d'un coup de massue sur la tête. Tel un automate, je continuais ma route sans même un dernier regard et sans même relever le sourire mauvais du conseiller Pierce. Un tel de nombre de personne, qu'importe leur nombre exact, attendaient de moi que je fasse cela ? Je ressentais toute la pression qui pesait sur mes épaules avec une acuité aigue. Mon malaise ne s'arrangeait pas. Je suffoquais de plus en plus. J'avais besoin du grand air.
Les personnes que je croisais dans les couloirs me saluaient respectueusement. J'essayais de paraitre maitre de moi-même pour ne pas inquiéter inutilement et surtout pour ne pas me retrouver de nouveau entourée de tous ces individus qui pensaient savoir ce qui était le mieux pour moi. Je n'allais pas bien loin néanmoins. Ma vision commençait à se brouiller et à se dédoubler. Je ne voyais plus ou je mettais les pieds à part la couleur de la moquette. Les murs ondulaient devant mes yeux. Je me sentis chanceler. Mes mains cherchèrent désespérément quelque chose à quoi se raccrocher. Mes pieds se dérobèrent et je me sentis tomber.
- Votre Majesté ! Entendis-je un cri lointain et distinguas une personne accourir vers moi.
Mais tout devint noir avant d'avoir vu qui avait crié mon nom.
