Yo, tout le monde.
Bon, rien à dire, si ce n'est que je ne sais même pas qui me lit encore... M'enfin, c'est fun de publier.
Bonne lecture ! :3


Let me tell you something…

Petit retour en arrière sur le passé pas si lointain, retour dirigé par Dean Winchester en personne qui a encore un peu du mal à se rendre compte de la gravité de la situation. Tu as refermé, claqué ton portable au nez de Sam et tu es désormais appuyé contre ta voiture.
Ta voiture… Pour ne pas dire ta douce, ta moitié, ton Bébé comme tu adores l'appeler. Peut-être la seule femme de ta vie qui ne t'abandonnera jamais. Enfin, ça c'est ce que tu espères. Une femme-voiture, brillante et éclatante. Une femme à conduire, une voiture à aimer. Lovedrive, Scorpions.
Finalement, il est étrange de voir combien ce groupe te berce. Faut dire qu'ils sont assez… Etrange. Leurs chansons trouvent un écho presque parfait dans ce que vous vivez, Bébé et toi… Et Sam, bon, et Sam. Les aventures de vous trois, Castiel en plus – bien qu'il n'ait pas l'air d'apprécier plus que ça les voyages en automobile, hein – sur la route. Scorpions.
Lovedrive.
Mais après tout, tu es le meilleur pour La conduire.

Oh, ce n'est pas de la prétention, hein ! Alors que tu effleures le capot rutilant à la lumière du soleil du bout de tes doigts – et manques de te brûler, elle est d'une chaleur insupportable, comme la braise – de celle qui mène ta vie le long de ton autoroute vers l'Enfer – puisque tu dois y terminer, c'est écrit. Homme vertueux ou une autre merde comme ça – tu sais parfaitement que tu es le seul capable de combler les désirs de cette Femme insatiable. Tu sais que tu es le seul capable d'exaucer les rêves et les demandes de son être dormant qui se repose et bronze au soleil. L'étincelle de ses rétroviseurs latéraux comme deux grands lacs de mercure liquide éclatant, deux gigantesques et magnifiques yeux éclairés par une âme pure. Plus pure que la tienne.

Son corps noir, félin et indomptable dont le ronronnement se tait pour le moment, ressemble à un gros chat étendu de tout son long au soleil ses jantes figurent quatre griffes d'argent. La bête dort encore, même si dans la lumière cette dernière semble respirer, et vivre ! De la paume de la main sur son museau noirci, tu caresses et lui signales de se rendormir. Dors, Bébé, dors.
Dors, je suis là.

Tu secoues la tête.
Tu voulais faire un sommaire de ce qu'il s'était passé, non ? Bah ça semble assez compromis, jusque là. Un chat dangereux au repos, les griffes rétractées, en guise de voiture, ta rage évaporée parce que tu câlinerais presque ledit chat et tu as tout oublié.
Pour ton résumé, franchement, t'es mal barré.

Tu la regarderais bien dormir longtemps, très longtemps. Elle pourrait être morte, elle aussi. Mais pas tant que t'es là. Non, pas tant que t'es là. Appuyé contre le corps endormi de ta belle, tu tripotes nerveusement le portable.
Ah. La haine et la peur reviennent. Tu vois. Dès que tu tentes de te souvenir, tout de suite, elles reviennent. Insidieuses, déroutantes. En même temps, il y a de quoi.
Ca fait quoi, cinq jours environ ? Que vous êtes partis, Cass et toi, à la poursuite d'un groupe, faute de mieux. Quatre jours que ton frère t'a balancé à la figure qu'il voulait coucher avec un archange…
Non, qu'il couchait avec un archange. Rien que l'idée te donne envie de gerber.
T'es sûr que Chuck t'écoutes et sait que tu vas dégobiller.
Ah, mais Dean, si seulement tu savais ce que Chuck fait ….

~O~

In the darkness of the room
I'm leaning back against the wall…

"Vous me rappelez quelqu'un que j'ai connu."
Les mots se posent, simplement. Constatation de l'ange du Jeudi, au trench-coat couvert de suie de graphite –toujours ? Oui toujours. – alors qu'il regarde Cassiel – copieur de prénom – assis à une table, dans l'ombre. Un stylo bic bleu, simple et précis pour l'écriture, la mine continue de courir sur le papier. Des mots se tracent. D'un bleu Castiel. D'un bleu ciel, et Castiel le regarde faire.
Il n'a pas l'impression de voir la bouche du jeune écrivain bouger quand il lui répond, alors qu'il l'entend distinctement.

" Ah oui ? Je te rappelle qui ?
- Un de mes frères.
- Je suis trop vieux pour être ton frère. "

Sourire poli.

" As-tu des questions ? résonne la voix – mais il est sûr de ne rien voir, le petit ange en trench –
- Depuis quand écrivez-vous ici… ? "

Voilà. La question, exactement exacte, qu'il fallait poser. Tout est une affaire de durée. Castiel attend. Mais ce que Castiel attend, Castiel ne l'entend pas vraiment. La pièce est silencieuse, l'arrière-scène si il peut se permettre ce néologisme plutôt. Les 'grattes' – Comme tu dirais, mais tu n'es pas là – des musiciens font résonner sur la scène leurs notes qui s'enchaînent.
La musique du moment.

" Est-ce que ça t'intéresse vraiment, Castiel ? "
Une question silencieuse – muette – qui restera sans réponse. Agrippé aux pans de son trench-coat, l'ange ne sait pas quoi répondre.

~O~

Des vêtements s'empilent sur un lit, sagement pliés. Il y a là quantité de chemises, jeans de toutes les couleurs – naturelles, noirs et blancs, voire rouge flashy et rose bonbon – et sous-vêtements indéniablement masculins. Le lit en lui-même semble avoir été dévasté – oreillers jetés au sol, draps qui partent dans tous les sens – et s'il n'y avait pas la pile, propre et fraiche, en plein milieu, on pourrait se demander honnêtement quand une personne y a dormi pour la dernière fois. La chambre est une pièce blanche, illuminée par un soleil qui coule ses rais de lumière indolents sur le plancher.
Un rire résonne, dans un coin de la pièce.
" Tu vois, Sam, pas de robe ! "

Gabriel. Encore et toujours Gabriel. Si un rire au monde a le pouvoir de vous figer sur place, de vous empêcher de vous mouvoir en prévision de choses qui risquent très rapidement de vous péter à la gueule – pour reprendre Ton expression, même si tu ne sais pas, tu es toujours à caresser ta voiture – si un rire a la force de faire se dresser sur votre nuque vos petits poils fins, les cheveux sur vos têtes et les sourcils sur votre front, c'est bien le rire de Gabriel. Une sonorité unique.
Une sonorité qui nique tout.

" Bravo, Gabriel. Je suis fier de toi. "
Sam sourit, dans un coin de la pièce. Il est l'instigateur de ce rangement, de cette pile éclatante et propre sur le lit de l'archange. Tout ça parce que son frère l'a énervé. Alors quand il est énervé, il range. Ou il tape dans des choses : assez sanguin comme comportement – haha, tu dirais. Mais arrêtes de te prendre pour la star de cette histoire, tu n'en es qu'un personnage. Et t'es pas là. – .
Il avance un peu, pour regarder Gabe – son Gabe. Le possessif est important. Peut-être que lui ne le trahira pas – assis nonchalamment sur un canapé. Même si une boule subsiste dans son cœur (« Sammy, j'te donne dix heures »), il tente de la faire passer au second plan.

" Je sais, je sais. Tout le monde m'adore. Que veux-tu, la célébrité du prénom…
- Mouais. Je n'appellerai pas un enfant Gabriel, n'empêche. "
L'œil de l'ange s'allume.
" Tu veux des gamins, Sammy ? Je peux t'en faire, si tu veux. Tout plein de petits Nephilims… "

La conception de ce qu'il faut faire ou pas a toujours été quelque chose de très vague chez Gabriel.

" Merci, je vais passer mon tour…
- Dommage. "

L'Humain rejoint le Surnaturel. Un baiser, une étreinte, la preuve que deux mondes peuvent cohabiter même alors que la Fin commence à frapper à la porte de l'Univers.

" Gabriel…
- Oui ?
- Tu me promets de pas partir ? "

You must know by now
I won't let you down…

~O~

"Parles-moi de ton frère."
Murmures, chuchotis. Roulement du stylo-bille, stylo bic, qui court après une file de mots et de rimes filles. Rimes féminines, certes, mais rimes tout de même.
" Celui auquel vous ressemblez ? "
Précisément.

~O~

Tu t'étais glissé sans bruit dans la salle de concert. Un sifflement agacé, chansonnette au bout des lèvres, tu avais cherché du regard et des mots Castiel. Les quatre musiciens t'avaient souri, accueillis avec joie quasiment. Dire qu'ils avaient célébré ton retour te rendrait déjà bien assez – trop – prétentieux. Et tu n'es pas prétentieux. En jetant un coup d'œil autour, tu avais pu constater qu'ils étaient en tenue « civile ». Pas plus de maquillage que nécessaire, toujours ce même air de famille ( Addams ? ) et ce visage générique. Seuls les yeux – argent, émeraude, soleil et nuit – te permettent de les nommer. Ils t'avaient rapidement appris qu'ils allaient partir – le concert avait finalement été annulé par la municipalité. Ils ne savaient pas pourquoi, et leur 'chef' Cassiel désirait repartir au plus tôt. Rejoindre la prochaine date de la tournée. – et ce soir ils devaient avoir mis les voiles.
T'avais demandé où était Castiel.
Et maintenant tu le voyais, debout dans la lumière, à parler à l'ombre.
Lumière et obscurité.

~O~

" Il s'appelait … " Les noms n'ont aucune importance. Castiel a les yeux dans le vague, le crâne dans un étau – toujours cet appel, insidieux, qui lui vrille les tempes et l'âme – et les doigts dans ses poches. " Et depuis ma naissance, nous vivions ensemble. Il était mon grand frère, quelqu'un sur qui je pouvais compter sans problème. "
Et alors ?

" Nous n'avions pas vraiment de lien de parenté. C'était plus comme une filiation morale et intellectuelle, comme… "
Comme deux âmes-sœurs, tu ne peux t'empêcher de penser.
" Comme deux êtres destinés. "
Et ton cœur se serre à cette pensée.

" Il n'était pas le plus sage de notre fratrie. Nous étions bien trop nombreux, et le nombre entraîne souvent des bêtises ou des actes involontaires… "
" J'ai grandi auprès de lui. Lorsque mon aîné – notre aîné – a … Fugué, il était là pour me consoler. Pour m'apprendre à marcher, à parler. "
A voler. A rire et à sourire. A courir après Raphaël pour lui prendre des pansements et se les coller sur les ailes.

" Et il te manque ?
- Beaucoup. "

Les archanges savent chanter, et l'âme des anges pleurer. Aucune émotion ne s'accroche au visage de Castiel alors qu'il finit son histoire.
" Il me manque parce qu'il est mort. "
Et tu fuis, sans un bruit.

~O~

And I step outside the door (step outside the door)
Blinded by a million lights…

Les lumières de la scène t'éblouissent bien trop. Tu titubes et tu chancelles, t'appuies contre un mur dans les rires des quatre joueurs. La voix ensorcelante de la petite fredonne.
« In the valley of the fools… Another day went by so fast… »

~O~

"Gabriel…"
Oui, Sammy ?
"On devrait le rejoindre."
Mais c'est lui ou moi.
" Je sais. "
Et alors, ton choix ?
" C'est vous. "

~O~

" Merci, Cassiel. "
Ca le libère, le petit ange. Des années qu'il avait ce cadavre sur la conscience. Des années qu'il pensait devoir oublier B…, tout ce qu'il lui avait appris, tous leurs souvenirs – que la joie, songe-t-il, pas la douleur ni le manque. Pas la peur de ne jamais le revoir. Que la joie de le savoir aux côtés de Père pour l'éternité.
C'est ça, d'avoir une famille trop compliquée. M'enfin faut dire, Dean, la tienne n'est pas mal non plus.

" De rien. "
L'écrivain, parolier, se redresse lentement et rebouche son stylo. Le capuchon bleu sombre est mordillé de coups de dents irréguliers, et il en manque un bout : si bien que lorsqu'il le range dans la poche sur son torse, contre son cœur – c'est vous dire l'importante que Cassiel apporte à l'écriture, dans sa vie – on peut le voir dépasser d'une manière ridicule.
" Suis-moi. J'ai des choses à donner à ton … Ami reporter et à toi-même. "
L'hésitation ne trompe pas.

Le brun au manteau beige suit le griffonneur rimailleur, un peu chamboulé. Trop de sentiments, pour lui qui n'était pas sûr d'en éprouver.
L'échange qui suit entre un Dean perdu est court et dénué de sens. Comme quoi ils seraient très heureux de les revoir prochainement, qu'ils espèrent avoir un bon article – alors que, t'es honnête avec toi-même (pour une fois), tu n'es pas du genre à bien écrire – et qu'ils glissent dans vos poches des billets pour le prochain concert.
Dans la ville à quarante bornes d'ici.

~O~

" Castiel ? tu l'interroges, une fois sortis, les rectangles blancs et roses entre vos doigts indécis.
- Oui, Dean ?
- Tu crois vraiment qu'on doit y aller ?
- Je ne sais pas. Mais c'est ce que nous avons. "
Et puis nous.
Nous nous avons nous, tu voudrais répondre. Mais vu que ça sonne trop cliché, tu te tais.

There's nothin' else that we have got…

~O~

Plus de rires, plus de piles de linge sur le lit. Un lit parfaitement fait, une valise rutilante – achetée pour l'occasion – et Sam anxieux qui regarde Gabriel. Il a peur, oui. Il a peur que Dean soit contre, il a peur que Dean le haïsse. Il a peur de le perdre, mais il sait que depuis longtemps Dean est perdu.
" Restons encore un peu, ce n'est pas si loin. "
Restons encore un peu…
A la radio, Scorpions joue. C'est une chaleur musicale qui intègre le corps de tout ce qui se trouve dans la pièce. C'est une chaleur qui rapproche les deux. Restons encore un peu au sein de ce monde que l'on veut deviner, de ce monde que l'on veut devenir.
Laisse-moi devenir ce que l'on veut être. Un seul être sans visage maintenant s'envisage.

" Gabe ? "
Murmure étouffé.
" Je t'aime. "

But our love is like a rock…

~O~

La nuit commence à tomber. Ca fait cinq heures que tu attends une réponse de Sam, cinq heures que vous êtes de retour au motel. Castiel attend à tes cotés. Tu attends, lui aussi. Tu veux quoi.
Tu attends Sam. Il reste quatre heures, à peu près. Quatre heures avant qu'il ne se rende, te laisse à jamais.
Et tout compte fait, cette idée te fait peur.
Parce que pour lui, tu sais quelque chose.

Pour lui, tu sais tout. Tu le connais depuis qu'il est né, tu le connais plus que tout. Malgré les morts, malgré vos pertes communes – malgré sa défection, le fait qu'il ne sache plus se retrouver dans sa vie et dans ses relations – tu connais ton frère.
Don't you agree that one thing is true … ?
Castiel te regarde t'allonger sur le lit. Et reporte son attention dehors.
Tu fermes les yeux alors que tu t'endors.

I'm not the best…
Non ça c'est sûr, Sammy, je ne suis pas le meilleur…
But the best for you.