Chapitre 11 :

Une invitée surprise

- Fixe ton poignet ! s'écriait Harry à Parvati alors qu'elle s'entraînait au Stupéfix sur Lavande. Ne l'agite pas comme ça ! Fixe-le et articule bien la formule !

Les sorts fusaient de partout dans la Salle sur demande. Harry, au milieu de tout ça, arpentait la pièce distribuant ses conseils et corrigeant parfois. Autour de lui, les corps pétrifiés tombaient, avant de se relever en grinchant, une fois le contre sort prononcé par celui là même qui les avaient attaqué.

Globalement, ce sort était bien maîtrisé mais certains encore éprouvaient quelques difficultés. Parvati Patil, Dean Thomas et Denis Crivey surtout obtenaient des résultats incertains voire même inexistants (les pires étant de loin les incertains : plus personne ne voulait faire équipe avec Denis depuis qu'il avait – comment dire – manqué d'écraser son frère avec une enclume géante qu'il avait fait apparaître lui même ne savait pas comment, au dessus de sa tête).

Padma quant à elle, si elle excellait pour pétrifier ses coéquipiers, elle ne savait trop comment les faire revenir à leur état d'origine. Ses enervatums restaient la majorité du temps sans effets. Le contre sort lui posait des problèmes incompréhensibles, mais comme il y avait peu de probabilités qu'elle souhaite réanimer un mangemort qu'elle aurait pétrifié, le cas n'était pas trop grave.

L'élève que Harry avait le plus de mal à contenir était sans conteste Susan. Depuis la mort de sa tante elle répondait au quart de tour à la moindre attaque et il lui arrivait souvent de stupéfixier des personnes autres que ses adversaires parce qu'un sort mal lancé l'avait frôlée.

Zacharias Smith n'était pas le plus mauvais, pourtant Harry n'avait de cesse de l'abreuver de reproches et autres conseils avec plus ou moins de pédagogie. Comme Denis, Neville n'était pas spontanément souhaité par les autres comme coéquipier, mais c'était parce qu'il faisait preuve d'une habilité stupéfiante. Ses adversaires avaient une fâcheuse tendance à rencontrer le sol souvent et assez durement. La DA avait repris cette soirée même, et tous stupéfixiaient avec un enthousiasme renversant. La mort d'Amélia Bones était encore dans tous les esprits et si il n'y avait pas de lien directement établi entre le club de défense et la montée de Voldemort, tous en ressentaient les enjeux.

Dumbledore avait annoncé le matin même que Nerfus Pyrrhus était le vainqueur (peut être devrions nous dire l' « élu » quand même) des élections. La nouvelle n'avait pas fait d'éclat : plutôt ni chaud ni froid. En effet, peu d'élèves avaient des opinions très arrêtés et même Hermione qui suivait de près ce genre de choses, l'actualité et les débats politiques, haussa les épaules d'un air indifférent peut être un peu maussade. Quand Ron lui demanda la raison de ce peu d'enthousiasme elle lui répliqua d'un air excédé qu'il était évident que Nerfus convenait à tous non pas parce qu'il avait les qualités nécessaires au poste mais plutôt parce qu'il énonçait des idées en somme fades, et si neutres qu'elles ne pouvaient pas vraiment déplaire complètement. Presque un deuxième Fudge en fait. Harry quant à lui n'en avait pas grand chose à cirer : pour lui ce n'était pas le premier ministre qui était important contre Voldemort mais plutôt l'Ordre de Dumbledore.

On oublia vite ces détails. A présent, l'attention collective était plutôt dirigée vers Halloween que l'on allait fêter dans plus ou moins deux semaines. On était que le 15 octobre, mais déjà aux cuisines on ne voyait les elfes de maison plus qu'en train d'évider des citrouilles. Flitwick, chargé de la décoration de la salle pour le jour J, amassait dans son bureau d'importantes quantités de guirlandes et autres artefacts magiques qu'il arrangerait dans la nuit du 30 au 31 octobre pendant que les élèves dormiraient. Parallèlement, la luminosité avait un peu baisser dans la salle de Dedalus Diggle et on pouvait en conclure que le professeur de Défense contre les forces du mal avait prêté quelques unes de ses chères guirlandes illuminées à Flitwick pour le bonheur du professeur de Sortilège mais aussi et moins volontairement, de ses élèves. Ses cours étaient toujours amusants voire hilarants, mais le niveau n'avait que très peu augmenter (Hermione estimait que du niveau de deuxième année on était passé à des exercices normalement destinés aux troisième années. Peut être qu'en juin ils en viendraient à étudier des choses de leur niveau, pour les sixièmes années…).

Du côté du Quidditch, Katie Bell montra très tôt qu'elle était tout aussi exigeante pour les entraînement qu'elle l'avait été pour les sélections. Elle réservait le terrain deux soirées par semaines et entendaient à ce que ses joueurs, devoirs scolaires ou pas, y soient, et à l'heure ! Les trois nouveaux, Emmanuelle, Marc et Victoria, s'avérèrent bien choisis et se lièrent rapidement avec le reste de l'équipe. Les Serpentards venaient parfois les railler pendant qu'ils jouaient, surtout que Marc était un enfant de moldu, mais bien que le vol sur balai lui ait été par conséquence refusé pendant toute son enfance, il s'était remarquablement bien rattrapé et jouait presque comme un professionnel.

En dehors du Quidditch et de la DA, Harry n'était pas très éveillé. Ses visions, majoritairement consacrées à la mort de Sirius, le fatiguaient. C'était devenu fréquent que l'image du voile et de son parrain tombant à travers se superpose à ses activités quotidiennes et cela pouvait mener à des accidents qui auraient pu se révéler dangereux. Ainsi, en cours de botanique, à moitié aveuglé, il rata la plante inoffensive qu'il devait tailler, et sectionna à la place une branche de sa voisine particulièrement agressive. C'était une plante carnivore en très bonne santé dont la tige s'était subitement longuement étirée et qui jaillissant ainsi de son pot avait attaqué à peu près tout ce qui se trouvait dans les parages avant que le professeur Chourave ne vienne la calmer. Ces images étaient pour Harry un harcèlement permanent et d'autant plus dur qu'il avait cessé d'en parler à Ron et à Hermione qui dès qu'il y faisait allusion le poursuivaient pour qu'il aille se plaindre à Dumbledore. Ce que évidemment, Harry refusait obstinément.

Une lettre de Molly leur parvint et leur appris que Percy avait trouvé du travail… pour l'Ordre. Dumbledore lui avait proposé de le rémunérer si il s'acquittait de certaines tâches pas trop dangereuses mais néanmoins utiles et il avait bien entendu accepté. Dès qu'il avait su la nouvelle, Ron s'était violemment indigné. Une telle occupation était, par principe, bénévole. Résister à Voldemort n'était pas un job, plutôt un devoir ou en tout cas un libre choix, et il jugeait indécent d'accepter se faire payer pour ça. Fred et Georges en jugèrent manifestement de même puisqu'ils envoyèrent carrément un colis piégé à leur frère aîné. Heureusement pour Percy mais malheureusement pour eux, Molly intercepta le paquet et le renvoya instantanément à l'expéditeur. L'objet, suite à son explosion, causa des dommages importants à la boutique des jumeaux et Fred passa un après midi entier à St Mangouste. Suite à tout cela, Percy continua de recevoir salaire et les jumeaux entreprirent de se méfier des colis provenant du Terrier.

Par ailleurs, il était très visible que Fred et Georges avaient laissés une forte empreinte de leur passage à Poudlard. En effet, à l'approche d'Halloween, les apparitions de produits provenant de la boutique dite : « Farces et Attrapes pour Sorciers Facétieux » se virent multipliées. Parallèlement, le nombre des visites à l'infirmerie aussi. Mme Pomfresh n'en pouvait plus des visages bizarrement transformés, de ces étranges élèves dont on aurait juré qu'ils avaient été croisés avec d'étonnantes créatures fantastiques. Elle distribuait ses potions à la chaîne en râlant copieusement. Mais les plus touchés par ce nouvel effet de modes étaient Rusard et sa chatte Miss Teigne. Une guerre sans merci s'était engagée entre le concierge et les étudiants. Ceux ci, étaient fournis par Fred et Georges qui leur offraient un avantageux rabais si ils juraient par tous les feux et tous les diables que leurs achats seraient mis au profit de cette lutte. L'offre avait un succès grandissant et tous rivalisaient d'inventivité et d'imagination en combinant toutes sortes d'attrapes d'une manière qui avait quelque chose d'artistique. Rusard ripostait par la mise en place d'une politique de confiscations abusives, traquant sans relâche lesdits artefacts. Le phénomène avait pris une telle ampleur qu'il pouvait être passablement dangereux pour un écolier lambda de se promener au hasard des couloirs, ce genre d'endroit recelant généralement de divers pièges et traquenards qu'il n'était pas forcément bon de rencontrer. Différentes sortes de révélateurs et détecteurs firent alors leur apparition dans les cartables et beaucoup d'élèves ressortirent leurs scrutoscopes, ces engins qui avaient la capacité d'avertir leurs possesseurs quand une personne aux intentions peu louables se trouvait à proximité. Désormais, on entendit fréquemment les scrutoscopes tourner en sifflants dans les classes. Les raisons n'en était pas toujours identifiables mais Ron qui avait emprunté le sien à Harry, prétendait que l'objet l'avait un jour sauvé d'une blague douteuse d'un poufsouffle qui avait tenté de le persuader d'accepter un paquet de chocogrenouilles. Il s'était apparemment avéré que les friandises avaient été mélangées avec une forte dose de crème canaris. Mais de toute évidence le scrutoscope n'était tout de même pas d'une fiabilité absolue puisque rien n'averti Ron lorsque l'on glissa dans son verre trois gélules effervescentes de Nez en Sang. Il maudit à haute voix pendant trois jours et les trois nuits ses frères qui créaient des choses dont on se servait contre lui.

Dans la semaine qui précéda Halloween, il y eut de nouveaux adhérents à la DA. Mais beaucoup repartaient au bout d'une seule réunion –le temps qu'il leur fallait pour comprendre que Harry n'était pas là pour raconter ni son histoire, ni la tronche qu'avait Voldemort. Fin octobre pourtant, le nombre d'adhérent était devenu stable et les réunions se passaient dans la meilleure entente souhaitable.

Halloween arriva enfin. Harry aurait bien aimé que ce fut un jour férié pour les sorciers mais malheureusement il n'était pas reconnu comme tel. C'est donc la mort dans l'âme qu'il prit le chemin des sombres cachots du château où l'attendaient le professeur Rogue et son cours. L'hivers n'était plus si loin et le temps s'était déjà bien refroidi mais c'était dans les cahots que ce changement se ressentait le plus et très vite tous les élèves en vinrent à se munir d'écharpes lorsqu'ils avaient potions.

- Tu n'as toujours pas appris la nomenclature ? dit Katie mi questionnant, mi constatant à Harry lorsqu'il vint s'asseoir à coté d'elle la mine morose.

Il secoua la tête en signe de dénégation. Pourtant, il était loin le temps où il ne prenait pas la peine d'ouvrir son cahier parce que la matière le répugnait. Depuis, ses visions s'étaient faites si insistantes, si perturbantes, qu'il s'était décidé à travailler pour tenter d'améliorer ses notes afin que Rogue cesse de le harceler avec le jus de détraqueur à chaque fin d'heures. Mais à chaque fois, les mots et les symboles dansaient devant ses yeux sans qu'il ne puisse s'y accrocher ou les saisir. Parfois ils partaient dans de folles farandoles et c'était à ce moment généralement que Harry sombrait dans le sommeil. Quoiqu'il en soit, le résultat était inchangé : chaque cours avec Rogue était un désastre qui s'échouait de façon lamentable. C'était curieux de voir que si les potions étudiées variaient selon les séances, en revanche, quelque soit celle que Harry eut raté, c'était toujours la même qu'il devait boire à la fin. En conséquence, il sortait souvent en retard, la rage au ventre et un peu plus de cauchemars à venir dans les veines. Cela ne varia pas même pour le 31 octobre.

Quand il sortit en colère et impuissant, tous étaient déjà dans la Grande Salle à bavarder en buvant du jus de citrouille. Il monta à la salle commune des Gryffondors. Il devait se changer en vitesse, mettre une robe de sorcier propre et… et c'était tout il n'avait pas de temps pour perfectionner plus en avant sa toilette. Il s'apprêtait à gravir les marches qui menaient au dortoir quand il entendit le bruit. Surpris, il stoppa net, l'oreille aux aguets. Ça venait d'en haut. Le son était étouffé, néanmoins Harry pouvait presque affirmer qu'il s'agissait d'une voix qui appelait quelque chose ou quelqu'un. Mais l'intonation était difficilement définissable et les mots quasiment impossibles à saisir exactement. Personne n'aurait dû être dans le dortoir en ce moment. Avec prudence et le plus silencieusement possible, Harry entreprit l'ascension de l'escalier. Heureusement, il était en pierre et il ne posait pas les problèmes qu'il aurait posé si il avait été en bois, constitué de planches grinçantes. Tout de même, Harry éprouvait toute les peines du monde à contenir l'impact de ses chaussures sur les marches. Quand il atteint finalement la porte du dortoir, il s'arrêta un instant écoutant attentivement. Le bruit s'était fait plus fort et paraissait nettement plus proche, mais il était toujours profondément indistinct. Harry ouvrit la porte à la volée. Tout de suite, bien que toujours un peu étouffée, la voix se fit plus claire si bien qu'il put entendre les paroles.

- Harry ! appelait la voix. Eh oh ! Harry Potter ! criait elle avec force et véhémence. Mais qu'est ce que tu fous ? Harry !

Stupéfait, Harry ne bougea pas de l'embrasure de la porte. Il n'y avait personne dans le dortoir. La pièce était vide. Pourtant il ne faisait aucun doute que la voix venait de là. Si la salle avait été moins bien rangée, Harry aurait pu penser que le caractère étouffé de la voix venait du fait que son propriétaire était enseveli sous une pile de vêtements, mais à cet instant il n'y avait pas le moindre linge qui traînait ni aucun autre endroit où aurait pu se cacher un élève. Harry s'avança dans la pièce et tenta une réponse :

- Je suis là… lâcha t-il ses yeux balayant l'espace alentour.

- J'ai un message pour Dumbledore, répondit aussitôt la voix. .

Comprenant soudain Harry se précipita vers sa valise et en extirpa le miroir à double face de Sirius. Là, il y avait le visage de Will qui parlait avec assurance.

- ça fait au moins cinq minutes que je t'appelle, lui reprocha t-il. La prochaine fois, pense à prendre le miroir avec toi. En tout cas, tu diras à Dumbledore que je suis formel : Elle n'y est pas. Voilà c'est tout. Tu lui dira qu'elle n'y est pas.

Et il coupa la communication, apparemment pressé.

Harry rangea le miroir dans sa valise en se promettant de le mettre dès le lendemain dans son sac puis il se changea en vitesse et rejoignit les autres dans la Grande Salle.

Le repas n'avait pas encore commencé, Rogue était déjà installé à la table des professeurs et les élèves (ainsi que quelques professeurs, Chourave notamment) s'enfilaient jus de citrouille sur jus de citrouille. Hagrid qui levait son verre pour saluer et trinquer semblait heureux. Mcgonnagal assise à coté de lui et de Dumbledore souriait en échangeant quelques mots avec le vieux directeur. Harry alla s'asseoir discrètement entre Ron et Hermione qui lui avaient gardé une place et qui depuis cinq minutes déjà se retournaient régulièrement en attendant de le voir arriver.

- Eh bien ? demanda Hermione ?

Harry qui s'installait jeta un bref regard autour de lui avant de répondre.

- Will m'a contacté, chuchota t-il quand il fut sûr de ne pas être entendu.

Ron et Hermione se penchèrent vers lui pour l'écouter avec attention.

Harry ne voulait pas aller tout de suite prévenir le directeur. La salle était blindée et il n'aurait pas manqué d'attirer l'attention. Prudemment il décida d'attendre la fin de la fête.

- Qu'est ce qui n'est pas là, d'après vous ? demanda Ron.

- La pointe du couteau probablement, suggéra Hermione songeuse. Je me demande ce que ce poignard a de si particulier…

Un cri retentissant l'interrompit.


Lyra rêvait. Elle était dans le Nord et chassait le phoque avec Iorek Byrnisson. Elle s'était couchée assez tôt ce jour là, ses études l'épuisant. De plus, la fille au daemon lynx la poursuivait partout, s'installant toujours près d'elle à la bibliothèque, la bombardant sans arrêts de questions sur le don… Comme elle le lui avait prédit, elle ne la lâchait pas d'une semelle. Mais Lyra, pas intéressée, n'en faisait pas beaucoup de cas et se contentait de l'ignorer royalement. Quant à l'aléthiomètre, il restait toujours aussi indéchiffrable pour elle. La compréhension, quand elle comprenait quelque chose, était ardue, disloquée, irrégulière, pas naturelle, et très scolaire. Rien à voir avec la connaissance fluide qui lui venait avant. Cependant, elle n'avait pas perdu ses habitudes et persistait à le ranger dans son petit sac en velourS qu'elle plaçait souvent sous son oreiller, la main posée dessus pour dormir. C'était sûrement un reste des aventures qu'elle avait vécue environ deux ans plus tôt.

Quant à Will, elle n'avait pas cessé de poser toujours la même question à l'aléthiomètre quant à savoir ce qu'il devenait mais la réponse était invariable. Les aiguilles continuaient de marquer un temps d'arrêt sur la ruche (au premier tour : cela signifiait sûrement qu'il était très occupé), la casque (au deuxième tour : là l'interprétation était plus incertaine) puis enfin l'ancre (au dixième tour. De loin le symbole le plus obscur de tous). Livre des symboles ou pas, le résultat était le même : c'était clair comme du jus de boudin.

Le rêve que faisait Lyra était agréable. Le ciel était clair et donnait une image de la banquise plus belle que nature. Mais celle ci loin d'être une vaste surface lisse où il faisait bon glisser et patiner, était un assemblage désordonné et assez monstrueux de blocs disloqués, fragmentés et aux bords étonnamment aigus. Comme si de petits icebergs s'étaient échoués là par vagues successives et les uns sur les autres. La glace était coupante et le paysage n'était que falaises, fossés aux bords abrupts et gouffres. C'était assez dangereux mais c'était cela que Lyra aimait tandis qu'elle pourchassait activement le phoque dans cet espace hostile. Elle patinait là dessus habilement jusqu'à ce que soudainement, le vide surgisse sous elle. Elle bascula dans les abîmes.

Le rêve changea. Le ciel était nettement moins clair à présent. Il faisait nuit et elle était comme dans une dimension nuageuse. Elle était dans la nuit. Pourtant tout autour d'elle il y avait des lueurs qui semblaient provenir de chandelles qui flottaient à ses côtés. Elle n'avait pas encore atteint le fond du gouffre mais elle ne chutait plus vraiment et descendait lentement. Au dessous d'elle, ce n'était plus la nuit. C'était la lumière, les tons orangés, et considérant l'odeur, c'était aussi les victuailles. Là bas, il devait y avoir le sol mais elle n'en était pas totalement sûre, trop en hauteur encore pour distinguer quoique ce soit. Lorsque descendant toujours très lentement elle atteint la zone lumineuse, elle le senti vivement passer : la chute s'accéléra considérablement jusqu'à en devenir vertigineuse puis elle s'écrasa douloureusement sur un sol en marbre.

Quelqu'un cria.

Un peu hébétée, Lyra se releva. Elle eut la surprise de constater qu'autour d'elle, il y avait des gens. Beaucoup de gens. Ils semblaient avoir à peu près son âge, du moins c'étaient apparemment tous des adolescents. La plupart étaient assis à de longues tables en bois verni mais certains s'était levés quand elle s'était écrasée sur le sol. Ils la regardaient tous à présent, à peu près aussi étonnés qu'elle, mais alors qu'elle ne ressentait qu'une vague crainte plus due à la surprise, eux semblaient terrifiés.

- Vous croyez qu'elle a été envoyée par Voldemort ? chuchotait un élève de la table des Serdaigle qui s'agrippait à la manche de son ami.

- Vous avez vu ! Elle a traversé le plafond magique ! soufflait un autre les yeux fixés sur cette étrange fille qui restait plantée au beau milieu de la Grande Salle, une martre sur son épaule.

C'était un concert de messes basses, de murmures angoissés ou excités tout autour d'elle. Indécise, elle les regardait elle aussi en attendant que quelqu'un daigne lui adresser la parole de front. Elle entendit un frôlement de tissu derrière elle. Instinctivement et comme si ce bruissement caractéristique d'une personne qui se lève à une table avait la capacité de lui faire ressentir l'autorité de ladite personne, elle se retourna vers le bruit. Là, se tenait avec une indéniable prestance un vieil homme avec une longue barbe blanche et qui la toisait du haut de ses lunettes en demi-lune. A son regard perçant, Lyra sentit avec malaise qu'elle ne pourrait pas lui mentir.

- A qui avons nous l'honneur ? demanda t-il avec courtoisie.

Ce fut un désordre indescriptible quand Dumbledore coupa court à la fête d'Halloween et demanda à tous les élèves de regagner leur dortoir. Bien que l'inconnue eut révélé son nom, leur curiosité n'était pas assez assouvie pour qu'ils acceptent d'être renvoyés si tôt à leurs oreillers. Ce fut une cacophonie de protestations tout simplement phénoménale. On n'avait pas vu un tel soulèvement unanime des étudiants (toutes maisons confondues) depuis au moins dix ans. Mais le directeur fut ferme. D'un ton catégorique il ordonna aux préfets de reconduire leurs camarades dans les salles communes. Hermione qui avait la mine pensive et sombre qu'elle arborait quand elle réfléchissait, s'acquitta aussitôt de sa tâche et obligea Ron à en faire autant. Les professeurs se joignirent à eux et finalement la Grande Salle se vida. Il ne resta plus que Dumbledore et Lyra, Pantalaimon sur son épaule, se faisant se faisant face.

- Eh bien Miss Belacqua ! On peut dire que vous nous avez fait une sacré surprise ! Il me semble par ailleurs que votre situation exige que nous en débattions. Seriez vous d'accord pour que nous montions dans mon bureau afin que nous puissions discuter de tout cela plus tranquillement? proposa Dumbledore d'une voix aimable.

Lyra avait vu lorsque la porte de la salle s'était ouverte pour laisser passer les élèves, une multitude de corridors de l'autre côté. Elle en avait déduit que le château dans lequel elle se trouvait était grand et qu'il était sûrement très facile de s'y perdre et de s'y coincer quand on ne connaissait pas les lieux. La Grande Salle au contraire était plus vaste et elle savait qu'elle lui serait plus avantageuse s'il fallait fuir ou se battre. Méfiante, elle refusa l'invitation du directeur. Dumbledore ne fit aucun commentaire et l'invita à s'asseoir sur un des bancs désertés, à la table des Gryffondor, au milieu des plats non terminés.

Lyra se demandait comment elle avait pu arriver dans cet endroit. De toute évidence ce n'était plus un rêve l'atterrissage douloureux avait achevé de l'en convaincre. Une chose était sûre c'était pendant son sommeil que c'était arrivé.

- Je suppose que je suis dans un autre monde, déclara Lyra calmement.

Dumbledore la regarda un instant avec attention par dessus ses lunettes en demi-lune.

- Que savez vous sur les mondes au juste, Miss Belacqua ?

Lyra le regarda bien en face.

- Et vous ? Vous m'avez de toute évidence l'air bien au courant, souligna t-elle en se servant une banane dans un des plats.

Dumbledore eut un sourire.

- Je vois. Eh bien disons que je n'ai jamais traversé aucun de ses mondes mais que je connais leur existence.

- Moi j'en ai traversé quelques uns, répondit évasivement Lyra. Elle observa un instant les décorations de la Grande Salle et la robe de sorcier du directeur. Je ne crois pas connaître celui là, trancha t-elle enfin.

- C'est un daemon, je suppose, dit Dumbledore en indiquant la martre du menton.

- C'est bien cela, confirma Pantalaimon en se redressant sur l'épaule de Lyra.

Prise d'une soudaine inspiration, Lyra plissa un instant les yeux pour déterminer le daemon de son interlocuteur. L'espace d'un éclair elle eut la vision d'un oiseau grandiose aux couleurs de feu. Elle reporta son attention sur le vieil homme.

- C'est vous qui m'avez fait venir ici?

- Je crois que nous avons été surpris autant l'un que l'autre de votre présence.

- Alors comment est ce que je suis arrivée ?

- J'espérais que vous pourriez me l'expliquer, avoua Dumbledore. Comment faisiez vous avant pour passer de mondes en mondes ?

Lyra resta silencieuse. Dumbledore ne dit rien de plus mais sa main toucha quelque chose au fond d'une poche de sa cape. La main hésita puis finalement se retira. Il reporta son attention sur Lyra qui elle aussi leva les yeux vers lui. Avisant un nouvel élément qu'il n'avait pas remarqué précédemment, il s'enquit d'en savoir la nature.

- Et ça ? questionna t-il en indiquant la main droite de Lyra. Qu'est ce que c'est ?

Surprise Lyra tourna son regard vers l'endroit indiqué. Dans sa main, il y avait un sac de velours noir qui pesait, semblant contenir quelque chose d'assez lourd. Elle ne s'était pas rendu compte qu'elle avait emmené l'aléthiomètre avec elle ! Il était vrai qu'elle s'en séparait rarement même pour dormir. Et dire qu'elle le portait depuis tout ce temps. Posant le sac sur la table devant Dumbledore, elle l'ouvrit et en extirpa l'instrument. Les lumières des chandelles étincelèrent sur l'armature de métal alors que la jeune fille découvrait l'objet.

- C'est un aléthiomètre, expliqua t-elle.

Aussitôt une lueur de compréhension s'alluma dans les yeux du vieux directeur. Il venait de découvrir l'identité de son invitée. Sa main replongea dans les profondeurs de sa cape comme précédemment mais cette fois n'hésita pas : elle sortit elle aussi un petit sac de velours qu'elle posa sur la table. Intriguée, Lyra regarda le sac mais ne montra aucun signe de curiosité particulière. Dumbledore lui jeta un coup d'œil puis il ouvrit le sac qu'il retourna sur la table. Des bouts de métal scintillant en sortirent avec un tintement claironnant et aussitôt après, ce qui ressemblait à un manche de couteau en bois tomba lui aussi avec un bruit plus sourd.

Lyra se leva d'un bond. Elle l'avait immédiatement reconnu.

- Comment avez vous eu ça ? interrogea t-elle froidement, sa voix grondant d'une colère difficilement contenue.

Dumbledore quant à lui restait calmement assis, mais il était si grand que, debout, elle ne le dépassait que de quelques centimètres, très peu en réalité.

- Donc vous connaissez cet objet ? répliqua t-il d'un ton toujours aimable.

- JE VOUS AI DEMANDE COMMENT VOUS AVEZ EU ÇA ! répéta Lyra avec fureur.

Ses bras et ses jambes tremblaient à présent et elle incendiait un Dumbledore toujours tranquille, du regard.

- EST CE QUE VOUS AVEZ SEULEMENT UNE IDEE DE CE QUE NOUS AVONS DU SACRIFIER POUR EMPECHER CET OBJET DE NUIRE ? se déchaîna t-elle. EST CE QUE VOUS EN AVEZ SEULEMENT UNE SEULE IDEE ? ET VOUS ! VOUS LE RESSORTEZ COMME ÇA SANS MEME VOUS DEMANDER CE QUE CELA PEUT ENGENDRER ! VOUS ETES…

La rage l'empêcha d'achever. Les mots de sortaient plus, pris dans un engrenage monstrueux de remous bouillonnants, de rouleaux violents qui se brisaient en éclat comme des vagues en temps de tempête. A ses côtés, Pantalaimon aussi crachait, loin de toute idée de la raisonner. La conscience se manifeste rarement quand on est en colère.

Voyant que Dumbledore, aussi paisible qu'à l'ordinaire, ne réagissait pas, elle crut bon de renverser un plat pour appuyer ses propos.

- Je pense qu'une conversation civilisée est toujours plus productive que ce genre de dialogues mal embouchés, dit Dumbledore.

Mais cela ne calma pas Lyra, au contraire, son indignation redoubla. Après tout ce que Will et elle avaient vécu ? après tout ce qu'ils avaient du sacrifier… ! Comment ce bonhomme osait-il ? Ses dents serrées vibraient sous son courroux. N'avait-il pas idée de ce que l'utilisation du couteau allait entraîner ? Belle aventure que de traverser les mondes ! Que croyait-il que cela allait lui apporter ? La gloire ? La science ? Voulait-il le reconstituer ? Pourquoi diable croyait il qu'il avait été brisé ? Pour le plaisir peut-être ! Et d'ailleurs, comment l'avait il trouvé ? Will était sensé l'avoir jeté dans la Tamise ! Bordel Will ! Comment le poignard était-il arrivé là ?! Comment ce vieil homme avait-il réussi à récupérer tous les morceaux ?

Mais pendant qu'elle se faisait ces réflexions, elle n'avait pas cessé de crier sur Dumbledore, vociférant à tous vents, et le marbre de la Grande Salle en tremblait encore.

Profitant qu'elle reprenait sa respiration, le vieux directeur prit un instant la parole.

- Amusant comme votre réaction est similaire à celle du jeune Parry.

- …

Parry ? Lyra en resta interloquée. Il avait bien dit « Parry » ? Méfiante, elle croisa ses bras et toisa son interlocuteur attendant des explications.

Il sourit et d'un geste l'invita à se rasseoir. Ce que Lyra ne fit pas, attendant toujours.

- Aussi incroyable que cela puisse vous paraître c'est votre ami William Parry qui m'a aidé à récupérer tous les morceaux.

Lyra se contint pour rester silencieuse mais elle laissa échapper un reniflement dédaigneux à valeur de scepticisme. Will l'aider à reconstituer les morceaux ? Et ce vieillard croyait lui faire avaler ça ? Soudain une angoisse l'étreignit. Comment cet homme connaissait-il Will ? Qu'avait-il bien pu lui faire ? Sentant une colère mêlée d'inquiétude la reprendre, elle ouvrit la bouche pour parler mais Pantalaimon lui chuchota à l'oreille de rester calme et d'écouter jusqu'au bout. Ses mains frôlèrent l'aléthiomètre qu'elle avait glissé dans sa poche. Avant, il lui aurait fait savoir si ce grand barbu lui cachait quelque chose.

- C'est moi qui l'ai contacté, continua Dumbledore. Au début, il s'est mis en colère, comme toi. Mais il a finalement accepté de m'aider. Il faut que tu saches que je n'ai pas l'intention de reconstituer le couteau. Je sais ce qu'il peut faire. William m'a parlé des spectres. Il a aussi évoqué ce que vous avez vécu mais il est resté très évasif sur le sujet et j'ai choisi de respecter son silence. Je ne prévois absolument pas d'utiliser le poignard. Seulement, il y a quelqu'un dans ce monde qui n'aurait aucun scrupule à le faire. Et nous avons la preuve que c'est son objectif. C'est pour cela que Will m'a aidé à réunir les morceaux. Pour qu'il ne puisse pas les trouver.

Il fit une pause pour observer Lyra. Il croisa le regard clair de Pantalaimon qui l'observait.

- Je suppose que ces explications ne te suffisent pas et qu'il te faut en savoir plus sur la personne dont je te parle ? déduisit-il à son air qui restait buté.

Elle acquiesça d'un signe de tête avec froideur. Mais à l'intérieur, elle s'embrasait. Will était dans ce monde ! Dumbledore lui expliqua qui était Voldemort, ce qu'était l'Ordre et le monde des sorciers. Lyra écouta tout cela avec attention et d'un air concentré.

- Il est tard maintenant, et vous savez tout ce que vous avez à savoir, termina enfin Dumbledore. Venez, nous vous avons fait préparer une chambre.

Sans un mot, Lyra le suivit.


Une fois installée dans une chambre modeste mais avec un lit entouré de rideaux et un petit bureau dans le coin à droite – sûrement une chambre de professeur – Lyra se prit à se perdre dans ses pensées.

Elle avait traversé un monde sans le poignard et maintenant elle était dans le monde de Will. Brûlée par l'espoir, elle se souvint des mots de l'ange : « il existe d'autres voix pour voyager.. ». L'avait elle découverte inconsciemment dans son sommeil ?

- Qu'est ce que tu en penses, Pan ?

La martre bailla.

- Je me demande si la nuit finie tu ne te réveilleras pas à Jordan Collège, lui répondit son daemon d'une voix un peu ensomeillée.

Lyra y songea un instant.

- Peut-être… admit elle sans trop y croire.

Elle sortit l'aléthiomètre de la poche où elle l'avait glissé.

- L'avantage d'avoir un pyjama avec des poches ! ironisa Pantalaimon.

Lyra haussa les épaules et extirpa l'objet de son sac de velours. Elle le contempla un instant, ré-admirant le travail de l'orfèvre qui l'avait conçu. Puis elle tourna les aiguilles qu'elle tournait toujours pour poser sa question : l'enfant et la ruche. L'objet répondit de la même manière qu'à l'habitude : la ruche, le casque et l'ancre. Mais alors que le premier lui avait toujours été très limpide, le second et le dernier prirent soudain tout leur sens. Lyra sentit confusément qu'elle entrait dans l'état de transe qu'elle avait déjà connue. Concentrée, tout lui sembla soudain très clair et lumineux. Le casque c'était le guerre dans laquelle Will avait été embarquée dans laquelle elle même, elle en était déjà sûre, allait entrer. L'ancre, c'était la chaîne où l'ancre même prise dans le sable, empêtrée et qui ne voulait pas s'en détacher. C'était le bateau qui la traînait difficilement derrière lui malgré sa désapprobation et son refus. Will ne voulait pas participer à ce conflit. Il s'y était résigné parce que la cause était importante mais Lyra comprenait qu'il aurait voulu s'occuper de sa mère, qu'il avait peur de ce Voldy-quelque-chose s'en prenne à sa seule famille. Mais maintenant elle était là et elle n'avait pas peur. Lyra, suivant son impétuosité naturelle était bien décidée à empêcher ce Voldy-quelque-chose de réduire à néant tout ce que Will et elle avaient accompli.


NDA : Gloups eh oui ! J'ai refait la fin de ce chapitre! A l'origine c'était bien comme ça que ça devait se passer dans ma tête mais j'avais changé finalement parce que je comptais déplacer ce passage puis finalement ben, je suis revenue à l'idée initiale. Désolée pour le dérangement ! Et puis merci à tous ceux qui ont lus! réponses aux reviews: un gros merci à Lyra Parry, Roselani et Ptite lilou!! Je suis désolée par contre il faudra attendre un peu pour les retrouvailles ... (c'est pas possible de mettre un petit smiley à l'air gêné ici?! )